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La grappe au poing

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L'ouvrage porte une interrogation sur l'inscription du socialisme tout au long du 20e siècle dans une région fortement marquée par la viticulture. Les contributions rassemblées dans ce livre témoignent de la force et du retentissement de la pensée de Jaurès, de la puissance de ses capacités d'analyse de la situation sociale dans le Midi viticole et de la rigueur de son raisonnement. Cette étude dépasse le caractère régional en proposant une interrogation sur les modèles sociaux-politiques, les principes de la "gauche" et les diverses figures de Jaurès.

Avec le soutien du CNL


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La Grappe au Poing
Les socialistes languedociens et la question viticole
sous la direction de Fabien Nicolas
Champ social éditions
La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL
Et de la région Languedoc Roussillon
Présentation de l'ouvrage : L'ouvrage porte une interrogation sur l'inscription du socialisme tout au long du 20e siècle dans une région fortement marquée par la viticulture. Les contributions rassemblées dans ce livre témoignent de la force et du retentissement de la pensée de Jaurès, de la puissance de ses capacités d'analyse de la situation sociale dans le Midi viticole et de la rigueur de son raisonnement. Cette étude dépasse le caractère régional en proposant une interrogation sur les modèles sociaux-politiques, les principes de la "gauche" et les diverses figures de Jaurès.
Table des matières L’UNITÉ DES SOCIAL ISTES DANS L’HÉRAULT Le meeting unitaire du 30 avril 1905 à Béziers Le Modèle organisationnel Guesdiste: Les socialistes dans l’Hérault avant 1905 Les trois Actes de l’unité: L’institutionnalisation de la SFIO dans l’Hérault (19051906) LE SOCIALISME VITICOLE Les Parlementaires socialistes de l’Hérault et les questions viticoles dans l’entre-deux-guerres Parti et système de partis dans les années trente: Entre clientélisme et revendication sectorielle en Midi Rouge, le Barthisme Les élus locaux face à la crise du vignoble languedocien LES FIGURES DE JEAN JAURÈS La Figure de Jean Jaurès dans la presse monarchiste La Place Jean Jaurès à Béziers: Une récupération radical-socialiste au temps du Cartel des Gauches Conclusion
Actes de la Journée d’études du Comité Jean Jaurès de Béziers (30 avril 2005)
Avant-propos
30 avril 1905-30 avril 2005, un siècle déjà, jour pour jour après le grand, l’immense meeting tenu par Jean Jaurès aux Arènes de Béziers pour célébrer l’unité des socialistes, acquise quelques jours auparavant lors du « congrès fondateur » tenu dans la salle du Globe à Paris, le Comité Jean Jaurès qui venait de se constituer organisait son premier colloque intitulé « Jean Jaurès, l’unité socialiste et le Languedoc viticole ». Par une coïncidence, qui ne saurait être fortuite, c’est en cette année 2007, où nous commémorons le centenaire des événements de 1907, de la révolte des vignerons et tout spécialement de la manifestation du 12 mai 1907 qui rassembla plus de 150 000 personnes dans les rues de Béziers que nous publions les actes de notre premier colloque. Je voudrais à l’occasion de ces quelques mots d’introduction à ce recueil exprimer toute ma reconnaissance à Fabien Nicolas, secrétaire général du Comité Jean Jaurès qui a su rassembler autour de lui une solide équipe de jeunes collègues universitaires, historiens ou politistes pour entreprendre la tâche de revisiter notre histoire, celle de la gauche languedocienne, pour en tirer les enseignements utiles aux socialistes de notre temps. D’autres publications de nos travaux vont suivre évoquant tour à tour,La Séparation des églises de l’État (décembre 2005),Les Soixante-dixdu Front populaire (juin 2006),La « Retirada »(avril 2007) ou encoreLeMidi bouge en rouge(mai 2007). L emeetingJean Jaurès aux Arènes et sa visite au chantier de la première cave de coopérative « Les Vignerons Libres » à Maraussan le lendemain le 1er mai 1905, a laissé une trace profonde dans la mémoire collective. Formidable orateur, compagnon des luttes des mineurs de Carmaux ou des viticulteurs de l’Hérault, Jean Jaurès a fait entendre sa voix à la tribune de l’Assemblée ou dans les pages d el’Humanitédéfendre inlassablement la cause des opprimés, des exploités tout en pour avançant pas à pas pour la construction du socialisme. Aux Arènes, Jaurès conclut, lyrique son discours :
« Ah qu’il est bon de travailler, qu’il est bon de tailler la pierre qui fera la maison, de fondre le métal de la charrue fertilisatrice. Que c’est bon de greffer la vieille vigne pour faire jaillir des sources nouvelles de gaieté, de santé et de joie…»
Le lendemain à Maraussan en visitant le chantier de la future coopérative des « Vignerons Libres » : « Jamais la journée du Premier Mai ne fut plus douce, plus rayonnante d’espérance qu’en cette commune paysanne…» Dansl’Humanitédu 7 mai 1905, Jaurès revient sur son séjour dans l’Hérault : « Ceux qui ne connaissent le Midi que par les livres ou par de banales descriptions s’imaginent qu’il est gai à l’oeil et au coeur, et cela est vrai dans un sens. Comment n’y aurait-il pas la gaieté là où la sève circule aussi puissamment sous une lumière aussi généreuse et aussi splendide ? Mais ce qui donne à tout ce Midi de la vigne, de Béziers à Narbonne, une beauté vraiment originale et sans doute incomparable, c’est que cette force joyeuse de la vie s’y exprime par des lignes d’une sévère grandeur. » Les contributions, rassemblées dans ce recueil, des intervenants à notre premier colloque témoignent de la force et du retentissement encore aujourd’hui de la pensée de
Jaurès, de la puissance de ses capacités d’analyse de la situation sociale, ici dans le Midi viticole et de la rigueur de son raisonnement. Les socialistes de 1905, privés de recours aux sondages, savaient néanmoins exprimer les attentes du peuple languedocien et y répondre en offrant une perspective politique. Voilà bien un expert de notre temps. Jean-Michel du Plaa Président du Comité Jean Jaurès, Conseiller municipal de Béziers, Conseiller général
Introduction
Intituler une recherche collective sur le socialisme méridional, laGrappe au Poing n’est pas une gageure tant les questions viticoles déterminent depuis 1905 l’implantation et l’institutionnalisation de cette famille politique dans le territoire languedocien. Celui-ci a {1} souvent d’ailleurs été dénomméMidi rougetant par rapport aux structures de production, la monoculture viticole que par les comportements politiques de ses habitants. La spécificité {2} majeure de ce territoire est sans doute la pérennité de son vote pour les partis de gauche {3} durant le XX siècle . Pour autant, il ne faut pas déduire de cette constante de l’histoire électorale languedocienne l’existence d’un quelconque déterminisme territorial ni même celle d’un système politique fermé à la compétition interpartisane. L’offre électorale de ce système partisan est tout autant variée qu’elle varie tout au long du XX siècle. Cette évolution est la conséquence de dynamiques et interactions politiques nationales et internationales mais aussi des fluctuations du marché du vin. Le territoire est au centre d’actions et de dynamiques multiscalaires. Dans ce jeu d’échelle, le territoire le moins analysé, le moins connu car le moins étudié est sans aucun doute le territoire de vie, en l’occurrence le Languedoc méditerranéen. Une de ses principales caractéristiques est d’être une « terre de résistance », de ruptures à la main mise du pouvoir central. Incontestablement depuis la Révolution, et sans doute même auparavant, il est le théâtre de « rébellion » ou de « contestation » face à l’autorité centrale. La croisade des Albigeois, la période des guerres de Religion, comme les guerres de Rohan, la révolte de Montmorency ou la guerre des Cévennes participent à développer une identité collective de défiance par rapport à l’autorité centrale et attestent bien d’un particularisme réflexif. Identité construite qui se retrouve dans « l’hymne » de la Résistance, « Cathares, camisards, maquisards » qui affirme un caractère de résistance de la marge face au centre. Pour autant ce n’est pas tant cette approche d’un territoire « marginal/contestataire » qui est au cœur de cette étude sur les Socialistes et la viticulture mais une analyse centrée sur la « forme parti » et plus précisément par la forme prise par la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) puis le PS (Parti Socialiste) celle d’un « parti de gouvernement du {4} territoire », compris comme un « fait social total » qui a mobilisé l’attention des différents auteurs. L’expression partisane de la famille socialiste est alors comprise comme une capacité à durer ce qui implique une organisation structurée et ramifiée de l’échelon national à l’échelon {5} local autour de leaders . Les socialistes languedociens forment incontestablement un parti politique qui répond à la définition de Joseph La Palombara et Myron Weiner, présent depuis 1905, participant tant aux Congrès nationaux que fédéraux et organisés autour deleaders,plus souvent élus, le modélisant ce parti ouvrier en terre viticole non pas à un parti de masse, ni même en un parti {6} de notable selon les définitions de Maurice Duverger mais bien en un parti stratarchique . Cette forme structurelle, inédite pour un parti socialiste interroge alors la place des socialistes dans leur système électoral. Celle-ci est en évolution tout au long du XXe siècle comme l’atteste les discussions que se livrent les différentes contributions des trois parties de l’ouvrage. Quelle est la place et le rôle de la SFIO dans le système politique languedocien lors de
{7} sa création en 1905 ? Les trois premiers contributeurs insistent chacun à leur manière sur le fait que cette mise en place a crée un « véritable système partisan pluraliste » détaché d’un affrontement politique de factions. Pour autant, les exposés mettent en avant de nombreuses failles dans cette première phase d’institutionnalisation, soit interne avec les différents courants socialistes, soit externes face à la toute puissance du parti hégémonique, le Parti républicain radical et radical-socialiste. L’hypothèse proposée par Cyril Gispert, celle de la création d’un « parti social-démocrate » dès 1880 à travers l’exemple héraultais, souligne tout l’intérêt d’une méthode prospective liée à la réalité de l’étude du système politique local. Parti ouvrier, parti socialdémocrate, la SFIO est également dans le système électoral le seul à concurrencer le Parti républicain radical et radical-socialiste, expression partisane du régime ce qui fait de lui en Midi rouge un parti anti-système. Ce positionnement « revendiqué » fait écho à la mobilisation contre le coup d’Etat de {8} Louis Napoléon Bonaparte en décembre 1851, à la Commune de Narbonne , explique les {9} scores réalisés par François Mitterand lors de l’élection présidentielle de 1965 et est traduit comme une singuralité face à d’autres régions à d’autres « provinces ». Toutefois leMidi rougese définit pas seulement comme un territoire électoral, c’est ne aussi à partir des années 1870, un territoire agricolemarqué par la monoculture de la vigne, {10} vignoble ou se côtoient simultanément la très grande et la très petite propriété . Plus que les mobilisations en faveur de la République ou les résultats électoraux enregistrés, c’est bien cette monoculture, liée à cette différence de taille des exploitations qui est au centre de toutes les mobilisations territoriales, liées à la défense de la viticulture et structurée autour d’un {11} unanimisme viticole . Face à ce type de mobilisation, les socialistes languedociens deviennent des élus sectoriels tant ceux élus au niveau national comme le mettent en évidence certaines contributions de la deuxième partie et notamment celle de Jean-Marc Bagnol que ceux agissant au niveau local. Ces derniers dans un contexte politico-économique particulier, celui de lacrisedu vindes années cinquante aux années soixante et dix, évoluent du registre d’« élu du vin », dont la grande « figure » est Édouard Barthe, à celui de « notable modernisateur » comme le met en évidence Olivier Dedieu.Membres d’un parti sectoriel, dirigé {12} par des « élus du vin », les socialistes méridionaux s’identifient et commémorent avec ferveur une figure allogène au monde de la viticulture celle de Jean Jaurès, fondateur de leur unité. Ce « culte » jauréssien traduit tout autant l’absence de leaders politiques d’envergure régionale référent, que l’appropriation par les socialistes méridionaux d’un des leurs, l’enfant {13} du Tarn qui défend la cause des viticulteurs . Les figures de Jean Jaurès qui font précisément l’objet de la troisième et dernière partie de cet ouvrage ne sont pas forcément celles que mettent en avant les socialistes méridionaux. Il s’agit d’abord de la vision duMidi blancdu leader charismatique du Midi rouge étudiée par Philippe Secondy, à laquelle s’ajoute une traitant de la concurrence à laquelle se livrent les partis de gauche autour de la récupération symbolique de la figure de Jean Jaurès. L’exemple biterrois où Jean Jaurès fit son premier meeting en province après le Congrès du Globe est à ce titre éloquent sur les récupérations d’un héros devenu non plus partisan mais bien national.
Culte du héros, parti des élus du vin, les socialistes méridionaux ont su affirmer dans ce {14} territoire républicain, à l’exemple du département du Var , leur attachement à ce régime politique. En cela ils sont su prendre la succession des radicaux-socialistes hégémoniques durant le premier tiers du XXe siècle. Ce glissement des enjeux de la viticulture, concomitant au passage d’une hégémonie électorale des radicaux-socialistes aux socialistes atteste de l’importance de cette thématique dans les luttes électorales languedociennes. C’est d’ailleurs sans doute une des causes de la « mutation » du Parti communiste en Languedoc autour de ses enjeux liés à la viticulture que traduit l’élection du leader professionnel Emmanuel Maffre-{15} Baugé au Parlement européen en 1979 . Faisant écho à cette élection d’un « euro-député communiste du vin », celle de Paul Germa de Sutra, auteur d’un rapport pour le PS intitulé la Grappeau Poingqui atteste avec force, s’il y en avait besoin, la vitalité des rapports du monde viticole et de la famille socialiste jusqu’au tournant de la « grande transformation » des années quatre vingts.