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La Grèce dans tous ses états

De
158 pages
La Grèce ne date pas d'hier, l'Antiquité est grecque... aussi. Son nom évoque à lui seul des valeurs politiques et morales qui sont devenues universelles. La Grèce, le pays, est pourtant jeune. Elle est née en 1821, mais ce n'est qu'à partir des années 1950 qu'elle connaît une relative stabilité politique et économique. La Grèce d'aujourd'hui est peu connue en dehors de quelques stéréotypes. L'objectif de cet ouvrage est de donner quelques points de repère indispensables pour apprécier la Grèce dans tous ses états : histoire, géographie, économie, sociologie, littérature, art, culture...
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LA GRECE DANS TOUS SES ETATS

Collection Économie et Innovation
dirigée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis
Dans cette collection sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Ces ouvrages s'adressent aux étudiants de troisième cycle, aux chercheurs et enseignants chercheurs.
Les séries Krisis, Clichés et Cours Principaux collection. font partie de la

La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens et de compilations de textes autour des mêmes questions. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations (responsable: Blandine Laperche) La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples et fondamentaux qui s'adressent aux étudiants des premiers et deuxièmes cycles universitaires en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

@L'Hannatlan,2003 ISBN: 2-7475-4828-7

Sophie BOUTILLIER

Henri TONNET

(sous la direction)

LA GRECE DANS TOUS SES ETATS

INNOV AL 21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France Éditions L'Harmattan L'Harmattan Hongrie Hargitau. 3 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris 1026 Budapest

L'Harmattan ItaIia Via Bava, 37 10214 Torino

FRANCE

HONGRIE

ITALlE

L'Acropole

AVANT-PROPOS
Henri TONNET

La présentation pluridisciplinaire de la Grèce contemporaine publiée ici à l'initiative de Sophie Boutillier est appelée à devenir le vademecum de toute personne désireuse de trouver réunis en un seul volume un grand nombre de renseignements précis et à jour sur ce pays. En effet, malgré tous les guides et les monographies existant sur le sujet, la Grèce, qui attire toujours beaucoup de touristes, est finalement un pays moderne assez peu connu. La confusion entre la Grèce antique et la Grèce moderne et l'approche nécessairement superficielle des agences de voyages entraînent bien des confusions, des lieux communs et des clichés. L'objet de ce livre est de faire justice aux préjugés et de présenter la réalité de la Grèce dans son histoire, ses multiples activités présentes et ses perspectives d'avenir. L'ouvrage comporte trois parties équilibrées entre les réalités objectives de la Grèce moderne, son histoire, sa géographie, son économie et sa société d'une part - ces points étant regroupés entre les deux premières parties - et ses productions spirituelles, son idéologie nationale (la gestion imaginaire de son espace et de son temps), son art moderne et sa littérature. Georges Prévélakis se livre à une passionnante réflexion sur les rapports symboliques de l'espace et du temps dans l'imaginaire de la Grèce, tant du point de vue des Grecs eux-mêmes que de celui des Européens occidentaux qui ont voulu l'Etat grec et l'ont modelé à la mesure de leurs intérêts et de leurs rêves. L'auteur suit le renversement de l'approche des Grecs par les Occidentaux depuis la conception dévalorisante du

schismatique indigne de ses ancêtres de l'époque classique jusqu'au rêve philhellénique de la «régénération» de la Grèce antique. Cet espace grec rêvé est une juxtaposition de l' Antiquité et du monde moderne néoclassique avec l'architecture correspondante et des institutions centralisées calquées sur les modèles français puis allemand. Restait à intégrer le MoyenAge byzantin si dévalorisé par le XVIIIe siècle. Ce sera l' œuvre de I'historien Constantin Paparrhigopoulos. Si la Grèce moderne a pu régler ainsi ses rapports avec son passé, il n'en a pas été de même pour l'espace. G. Prévélakis fait remarquer à juste titre que la Grèce moderne n'a pas de grand géographe, de statut comparable à celui de Paparrhigopoulos. Cela s'explique sans doute par une ambiguïté entretenue volontairement par les Grecs avec les espaces qui sont les leurs. Il y a d'abord un va-et-vient continu entre le pays et l'étranger dû à la navigation et au commerce. Il faut aussi tenir compte des mouvements traditionnels de transhumance. Il y a encore des échanges constants entre la capitale, où se tient le pouvoir depuis l'époque du roi Othon, et les régions où siègent les grandes familles de notables détenant un pouvoir concurrentiel. De façon originale, G. Prévélakis tente une explication partielle de la guerre civile par un conflit larvé entre capitale et provinces du nord. Et pourtant cette politique de l'espace n'est pas intégrée dans l'idéologie nationale grecque moderne. De façon caractéristique, la science qui fait concurrence à la géographie est la science du folklore (laographie) qui tend à isoler les us et coutumes typiquement grecs de leur contexte (balkanique) et annule ainsi la dimension temporelle puisque les us et coutumes sont supposés continuer l'Antiquité jusqu'à l'époque moderne. Le fond de la question est que l'espace grec est infiniment plus large que celui de l'Etat national. C'est une frontière toujours à conquérir jusqu'au «Désastre d'Asie mineure» qui scelle provisoirement la «fin de la frontière ». Mais ce n'est qu'une fin provisoire, car les Grecs se découvrent encore une nouvelle frontière, celle d'un monde de la diaspora où tout reste possible... Le volume se poursuit par deux synthèses denses de Joëlle Dalègre sur l'histoire contemporaine (de 1830 à nos jours) et la géographie de la Grèce. Les faits historiques sont rappelés, ce dont les non-spécialistes seront reconnaissants à l'auteur, en particulier en ce qui concerne la question chypriote dont les origines méritent d'être rappelées. Mais Joëlle Dalègre mène parallèlement - à un autre niveau que dans l'article théorique de 8

G. Prévélakis - une réflexion sur le paradoxe de cet Etat moderne d'un peuple très ancien, créé par les Occidentaux à partir d'anciens sujets d'un empire oriental, qui réunit, au prix de terribles traumatismes historiques, la presque totalité des Grecs. La question des nationalités et des régions contestées n'est pas esquivée. On trouvera aussi dans ce chapitre une fort intéressante réflexion sur les rapports symboliques et réels entre la Grèce et l'Europe. Celle-ci n'aperçoit dans l'Athènes moderne que ses rapports avec la cité antique, faisant ainsi l'impasse sur l'époque romaine, l'époque byzantine et les quatre cents ans d'occupation ottomane. Une place importante est faite aux démêlés de la Grèce avec les autorités européennes qui, avec beaucoup de maladresse, heurtent les sensibilités grecques quand il s'agit de solidarité avec la Serbie, de l'attribution du nom de Macédoine à un Etat slave et albanais et de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Suit une présentation de la géographie physique où Joëlle Dalègre souligne la spécificité d'un pays de climat méditerranéen fait de montagnes difficilement franchissables et d'un éparpillement d'îles. Un des problèmes majeurs dans ce domaine est celui de l'eau, eau potable rare dans les îles et eau d'irrigation indispensable dans les zones agricoles. La géographie économique souligne, à juste titre, les perspectives encourageantes ouvertes aux Grecs dans les Balkans à la suite de la disparition du bloc communiste: installation d'entreprises grecques en Albanie, en Bulgarie, en Roumanie et en Ukraine et afflux de main-d'œuvre bon marché venue de ces régions. L'économie grecque continue à reposer sur l'agriculture, la pêche et la navigation (18,5 % de la flotte mondiale). Dans ce domaine Joëlle Dalègre souligne le rôle important joué par les subventions de l'Union européenne. Dans l'évolution des cultures (recul du raisin de Corinthe et du tabac) et la construction d'importantes infrastructures (routes, ponts, ports, métro ). Mais, bien sûr, c'est le tourisme qui continue à assurer une part importante des revenus du pays. L'article fait apparaître la spécialisation des différents secteurs touristiques. Les stations thermales et les stations de montagne sont surtout fréquentées par une clientèle grecque. Le tourisme archéologique est en perte de vitesse, cependant que les îles et la Crète concentrent un tourisme balnéaire de masse (Britanniques et Allemands) arrivé par avion. Le chapitre sur la démographie montre un phénomène relativement nouveau le renversement des flux migratoires, ce qui fait désormais de la Grèce un pays d'immigration en majo9

rité albanaise. On le sait, l'essentiel de la population grecque se concentre dans les villes, Athènes se développant maintenant essentiellement vers l'est en direction de l'aéroport de Spata. Cette contribution se termine par une très utile chronologie. Les très utiles chapitres sur l'économie et la société grecques d'aujourd'hui intéresseront plus spécialement les lecteurs non spécialistes. La Grèce y apparaît ici sous ses aspects les plus modernes, entièrement débarrassée des lieux communs qui empêchent trop souvent de la voir telle qu'elle est. Les facteurs politiques et économiques sont étroitement liés. C'est ce que prouve Dimitri Uzunidis qui traite de « l'eurolibéralisme» à la grecque. L'auteur rappelle rapidement la politique courageuse et volontariste qui a permis l'adhésion du pays à la Communauté économique européenne, puis à la zone euro. Avec beaucoup de lucidité, il affirme que, malgré ses succès dans ce domaine, la Grèce a et aura encore à affronter des problèmes économiques importants. L'article apporte des renseignements très précis sur les réformes opérées pas la Grèce pour atteindre l'objectif de l'intégration dans la zone euro: importante diminution du secteur public et réduction des dépenses publiques, en particulier par un combat systématique contre la fraude fiscale. La dette publique reste encore très importante. On apprend que les revenus de la Grèce ont baissé, par suite d'un moindre achat de produits grecs à l'étranger et de la diminution des revenus du tourisme en concurrence avec d'autres pays offrant des prestations similaires. Cependant les aides spéciales européennes liées à la réalisation d'infrastructures pour les Jeux Olympiques de 2004 contribuent à la modernisation du pays et donnent un coup de fouet provisoire à l'activité. La plus grande réalisation récente dans ce domaine (avec des fonds européens, mais aussi américains) est le grand aéroport international Elefthérios Vénizéls de Spata qui fait d'Athènes un grand nœud de communications entre l'Europe et le Moyen Orient. Les prochains travaux concerneront les ports du Pirée et de Thessalonique. Suit une description systématique de l'économie de la Grèce. Cette économie repose sur deux types d'activité, le secteur public et la toute petite entreprise, peu compétitive et très peu exportatrice. La basse globale du taux de chômage qui est relativement assez bas (8% en 2002) ne doit pas masquer l'augmentation considérable du chômage des jeunes (28% contre 15% en Europe). Les perspectives européennes de la Grèce, après les élargissements, ne sont pas encourageantes. Le pays voit se profiler

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une diminution des aides communautaires et un durcissement de la concurrence au niveau international. Une problématique semblable mais vue du point de vue de la société est reprise par Sophie Boutillier. Un premier constat: la société paysanne traditionnelle a vécu. Les Grecs se sont beaucoup modernisés. Leur PIB reste modeste puisqu'il se situe au 44e rang mondial, mais il faut moduler cette donnée en tenant compte de la très importante économie informelle (30% du PIB). En revanche si l'on combine le PIB avec des données qualitatives comme l'espérance de vie et le taux d'alphabétisation, on s'aperçoit que la Grèce se situe dans les premiers rangs. Bien que les agriculteurs ne soient plus majoritaires, ils sont proportionnellement plus nombreux que dans les autres pays de la Communauté. Une autre caractéristique de la répartition par activité est qu'en Grèce le nombre des travailleurs indépendants (32% de la population active), en particulier dans des entreprises familiales, est bien plus important que dans les autres pays de la Communauté. Beaucoup de Grecs exercent à la fois deux emplois. Au point de vue démographique la Grèce se distingue par sa sous natalité (1,32 enfant par femme) et par le vieillissement de la population qui lui est consécutif. Les prestations sociales en Grèce sont généralement basses, ce qui n'empêche pas l'espérance de vie d'être élevée. La prise en charge par les familles et par l'Eglise réduit d'autant le nombre des personnes âgées dépendant des prestations de l'Etat. Et les Grecs, pour trouver du travail, n'ont recours que rarement aux bureaux officiels de placement. Les réseaux de parents, amis et connaissances jouent ce rôle. La contribution se termine par un tableau chronologique comparatif du commerce extérieur, de la production et des investissements étrangers, des finances et des migrations internationales. On trouvera dans le chapitre que nous consacrons à la littérature des indications sur l'évolution des grands courants littéraires du Moyen-Age à nos jours. Il apparaît que le pays, du point de vue littéraire comme du point de vue géographique, est un carrefour. Les principales tendances et écoles littéraires européennes s'y retrouvent. Cela pourrait conduire à une dispersion et à une certaine perte d'identité. Mais la langue, toujours fondamentalement semblable et toujours renouvelée, constitue un puissant facteur d'unité. Un créateur de la littérature d'aujourd'hui, et tout particulièrement un poète, dispose d'un Il

instrument littéraire diachronique incomparable que l'on pourrait comparer aux grandes orgues. Un grand créateur comme Elytis peut en tirer tour à tour les effets les plus grandioses ou les plus subtils. Eurydice Trichon-Milsani réussit un tour de force en donnant en dix pages une synthèse sur un des aspects trop peu connus et enseignés de la civilisation néo-hellénique, I'histoire des arts plastiques modernes. Après un rapide aperçu sur l'école académique dite de Munich, E. Trichon-Milsani se tourne vers les débuts du modernisme en peinture qui correspond, après les années 1950, à une «ruée» vers Paris. Dans les années 1980, on voit déjà exposer des artistes dont les noms nous sont familiers, même si nous ne sommes pas spécialistes: Fassianos, Takis, Tsoklis. Puis vient un tableau très complet de la scène artistique grecque en ce début de troisième millénaire. Chaque artiste, peintre, sculpteur ou photographe, est caractérisé d'un mot pertinent, ce qui fait regretter que notre publication n'ait pu comporter des reproductions en couleur. La production de certains, comme celle de Tsoklis, est analysée plus en détail. E. Trichon-Milsani fait aussi apparaître des écoles, comme celle des «crémoniniens». Outre cette étude de personnalités, la contribution comporte un intéressant développement sur les structures accueillant l'art en Grèce: Pinacothèque, musées, centres culturels grecs et étrangers, collections et fondations privées et galeries; elle se termine par des considérations sur l'avenir de la politique grecque en matière d'arts plastiques contemporains. Souhaitons que cette utile présentation rencontre l'attente du public et qu'elle suscite commentaires et éventuelles corrections. Car cette « photographie» de la Grèce au début du troisième millénaire ne saurait rester valable très longtemps. Nous voudrions continuer à accompagner le voyage dans le temps de la Grèce que nous aimons et donc remettre bientôt notre livre à jour. Mais cela ne dépend plus de nous...

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L'ombre

recherchée

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Athènes:

de

Strefi

à l'Acropole

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PREMIERE PARTIE HISTOIRE ET GEOGRAPHIE
La première partie offre au lecteur quelques points de repère indispensables pour comprendre la Grèce d'aujourd'hui. G. Prévélakis pose d'emblée la question de l'identité grecque. La Grèce, berceau de l'Europe, du moins considérée comme telle depuis le siècle des Lumières, est en train de se forger une identité nationale. Les livres d'histoire enseignent que la Grèce est le berceau de la démocratie, des sciences et de la philosophie. Ce qui n'est pas en soi inexact, mais l'Antiquité est loin, et l'on a vite fait d'enjamber plusieurs siècles. La Grèce, comme tout autre pays, a une histoire, une géographie et des frontières. C'est ce que soulignent avec insistance G. Prévélakis et J. Dalègre. G. Prévélakis n'hésite pas à parler du mythe néoclassique européen. Jusqu'au XIXème siècle, quelques grands empires se partagent le monde. L'Europe occidentale et chrétienne, dominée par la Grande-Bretagne (alors première puissance mondiale), la France, l'Allemagne et la Russie, s'oppose à l'Empire ottoman et musulman. La Grèce fut le premier état de l'empire ottoman à accéder à l'indépendance, du moins sur le plan formel, car dans les faits, J. Dalègre montre clairement qu'il n'en fut pas ainsi. L'Europe occidentale avait besoin de procéder à une sorte de travail d'identification pour forger les arguments de son intervention militaire. «Cette translation, écrit G. Prévélakis, fut accompagnée d'une extraordinaire manipulation des temporalités. Entre l'admiration pour l'Antiquité et la sympathie pour les victimes de la 'barbarie ottomane' s'interposait Byzance, que les Lumières regardaient avec encore plus de mépris que leur propre Moyen-Age». J. Dagère évoque pour sa part l'incompréhension dont se sent victime la Grèce vis-à-vis des grandes puissances. On le comprend aisément car « le jeune Etat de 1832 doit la vie aux puissances, il leur doit son prince, des millions de livres sterling