La laïcité en Amérique latine

De
Publié par

Même si le catholicisme est demeuré largement dominant en Amérique latine, la laïcité a fini par faire souche, permettant la coexistence de la religion catholique avec d'autres religions. L'Amérique latine est devenue un modèle, montrant que la laïcité est véritablement "l'art de vivre ensemble". Cet ouvrage rassemble des contributions de juristes, de politologues et de sociologues latino-américains, tous spécialistes du fait religieux, et dresse un panorama contrasté de la laïcité en Amérique latine.
Publié le : jeudi 15 octobre 2015
Lecture(s) : 68
EAN13 : 9782336392981
Nombre de pages : 386
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
hommes par la maîtrise des esprits. Mais c’était sans compter avec l’inLuence
latine, la laïcité a Ini par faire souche, permettant la coexistence de la religion
Sous la direction de Arnaud MARTIN
LA LAÏCITÉ EN AMÉRIQUE LATINE
Recherches Amériques Latines
LA LAÏCITÉ EN AMÉRIQUE LATINE
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili.
Dernières parutions Bernard GRUNBERG,A la recherche du Caraïbe perdu. Les populations amérindiennes des Petites Antilles de l’époque précolombienne à la période coloniale, 2015. Bruno MUXAGATO,Le leadership du Brésil en Amérique du Sud. De la contestation à l’émergence d’une hégémonie consensuelle, 2015. Françoise et Roland LABARRE,De la Castille médiévale à l’Amérique latine contemporaine. Seize études d’histoire et de littérature, 2015. Christophe BELAUBRE,Eglise et Lumières au Guatemala. La dimension atlantique (1779-1808), 2015. e Bruno MUXAGATO,La politique étrangère du Brésil au XXI siècle. L’action autonomiste et universaliste d’une puissance mondialisée, 2015. Simon LANGELIER,Le démantèlement du budget participatif de Porto Alegre. Démocratie participative et communauté politique, 2015. Javier PEREZ SILLER et Jean-Marie LASSUS,Les Français au Mexique, XVIIe-XXIe siècle (vol. 1), Migration et absences, 2015. Javier PEREZ SILLER et Jean-Marie LASSUS,Les Français au Mexique, XVIIe-XXIe siècle (vol. 2), Savoirs, réseaux et représentations, 2015. Angelica MONTES-MONTOYA, La représentation du sujet noir dans l’historiographie colombienne. Le cas de Carthagène des Indes (1811-1815), 2015. Hélène FINET et Francis DESVOIS,Chili 1973-2013. Mémoires ouvertes, 2014. La liste complète des parutions, avec une courte présentationdu contenu des ouvrages, peut être consultéesur le site www.harmattan.fr
Sous la direction de Arnaud MARTIN LA LAÏCITÉ EN AMÉRIQUE LATINE
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05351-6 EAN : 9782343053516
INTRODUCTIONL’AMÉRIQUE LATINE FACE AUX DÉFIS DE LA LAÏCITÉ Arnaud MARTINLes rapports entre le politique et le religieux ont toujours été particuliè-1 rement complexes en Amérique latine. Dès la découverte du Nouveau Monde en 1492, le christianisme a été utilisé par les conquistadors qui ont vu en lui un outil particulièrement efficace d’acculturation des populations indi-gènes : les structures politiques et sociales des empires vaincus disparurent, victimes de l’instrumentalisation de la religion chrétienne. Parole de paix et d’amour, le message du christ fut dévoyé, trahi, vendu aux intérêts écono-miques et politiques des nouveaux maîtres. Puis vint la décolonisation, au e début duXIX siècle, qui vit les nouveaux gouvernants user des mêmes armes pour atteindre le même but : le gouvernement des hommes par la maî-trise des esprits. Mais c’était sans compter sur l’influence de la philosophie des Lumières qui traversa les océans, faisant germer des idées subversives comme la liberté ou la démocratie et conduisant à remettre en cause la place indue du clergé catholique dans la société civile et politique. Pour autant, les populations latino-américaines sont restées profondément religieuses, et très majoritairement catholiques, tout en se laissant progressi-vement conquérir par l’idéal de laïcité. Dans sa longue marche vers cette e e démocratie libérale qui, tout au long desXIX etXX siècles, sembla si uto-pique, et n’aboutit qu’à partir des années 1980 et la troisième phase de dé-mocratisation, les rapports entre politique et religion furent très conflictuels. Les régimes autoritaires ne cessèrent de saper les bases de la religion chré-tienne, soit en utilisant le clergé comme un auxiliaire de gouvernement, soit en considérant la religion comme l’« opium du peuple » qu’il fallait éradi-quer, et les périodes de démocratie furent souvent trop courtes pour établir des rapports pacifiés entre Églises et États. C’est pourtant dans un tel cadre sociopolitique que la laïcité fit souche en Amérique latine, ce qui fait de cette région du monde un champ d’études particulièrement riche d’enseignements pour quiconque s’intéresse à la laïci-té. L’instabilité politique, la diversité culturelle et le pluralisme religieux ont constitué autant d’entraves dans la redéfinition des rapports entre le politique
1 Sur cette question, voir FalkVANGAVER,Le politique et le sacré, Paris, Presses de la Re-naissance, 2005 ; Jacques ROLLET,Religion et politique. Le christianisme, l’islam, la démo-cratie, Paris, Éditions Grasset et Fasquelle, 2001.
Introduction
et le religieux, et alors que la compromission du clergé catholique avec les forces politiques conservatrices et les régimes autoritaires auraient pu porter un coup fatal au catholicisme en Amérique latine, force est de constater que les gouvernements et les clergés des différents pays de cette région ont réus-si, à de rares exceptions près, à établir des relations harmonieuses qui expli-quent en grande partie la place privilégiée qu’occupe encore aujourd’hui l’Église catholique dans les sociétés latino-américaines. S’il y a une région du monde où la laïcité peut être considérée comme une réussite, c’est très certainement l’Amérique latine. Mais ceci n’exclut pas, bien entendu, que des difficultés se présentent, dans certains pays, par exemple à l’occasion de 1 certaines réformes sociétales . La réussite de la laïcité en Amérique latine tient essentiellement à ce que la séparation des Églises et de l’État n’est jamais totale. Les responsables religieux interviennent dans les débats politiques sans que cela soulève de problèmes particuliers, le clergé ayant naturellement vocation à faire en-tendre la voix des croyants, en tant qu’autorités morales et représentant des courants de pensée qui doivent être pris en considération par les gouver-nants. De même, les pouvoirs publics respectent la liberté religieuse et assu-rent des relations harmonieuses entre les différentes religions. La laïcité en Amérique latine est donc synonyme de tolérance religieuse, ce qui est d’ailleurs sa vocation : « La laïcité n’est pas un contrat, la laïcité n’est pas non plus une doctrine, elle n’est pas un dogme de plus, elle n’est pas la reli-2 gion de ceux qui n’ont pas de religion. Elle est l’art du vivre-ensemble . » Pour autant, le chemin vers une authentique laïcité tournant le dos à un laïcisme aveugle n’ayant rien à envier, sur le plan de l’intolérance, à l’obscurantisme religieux des siècles passés, a été long et plein d’embûches. Et l’enjeu était d’autant plus important que la question envenimait les rela-tions entre les différentes formations politiques et entravaient les avancées de la démocratie libérale. Il est vrai que si la laïcité était comprise comme une nécessité, notamment en raison de la place importante de la religion dans la vie quotidienne de la grande majorité des Latino-Américains et du plura-lisme religieux grandissant, la définition de ce qu’elle devait revêtir n’allait pas de soi. Encore de nos jours le débat n’est pas clos, même si les différents partisans de la laïcité peuvent s’entendre sur une définitiona minima, aidés
1 Voir notamment Jean BAUBÉROT,Les laïcités dans le monde, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, e e 3 éd., 2010 ; Guy HAARSCHER,La laïcitééd., 2011; voir, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 5 également Jean BAUBÉROTMicheline M et ILOT,Laïcités sans frontières, Paris, Éditions du Seuil, 2011. 2 Discours du Président François Hollande prononcé le 9 décembre 2013 à l’occasion de la remise des insignes de chevalier de la Légion d’honneur au sociologue et historien spécialiste de la laïcité Émile Poulat. CitéinJean-Louis BIANCO, Introduction du « Point d’étape sur les travaux de l’Observatoire de la laïcité » (mardi 25 juin 2913), <http://www.la-croix.com/content/download/1011433/34340090/version/1/file/Rapport+Obs+de+la+Laïcité.p df> (consulté le 16 décembre 2013), p. 5.
8
Introduction
en cela par les prises de position favorables à la laïcité des papes successifs, essentiellement depuis le Concile de Vatican II, ceux-ci invitant à appréhen-der la question sous l’angle du respect de la foi, de la tolérance de la diversi-té religieuse et de la légitimité d’une séparation perméable entre le politique et le religieux. e e Au cours desXIX etXXles pays latino-américains ont souvent siècles, hésité dans la détermination de la nature des relations qu’il fallait établir entre les Églises – et principalement l’Église catholique – et l’État. Il est vrai que la définition même de la laïcité n’est pas aisée, et que différentes accep-tions de la notion, potentiellement contradictoires dans leurs effets, peuvent être retenues, même s’il s’agit toujours d’établir une séparation entre le poli-tique et le religieux. A priori, la laïcité est synonyme de respect de la liberté de conscience. L’État appartenant au peuple (laos, en grec) tout entier, nul ne peut faire l’objet de discriminations fondées sur ses convictions religieuses. Celui-ci doit donc être neutre sur le plan religieux, de façon à permettre à tous les citoyens de vivre ensemble, de partager un même espace public : croyants, agnostiques, athées, tous ont leur place dans la société et tous doivent faire l’objet du même respect et de la même liberté de conscience, de pensée et d’expression, sachant que la seule limite imposée est le respect de la liberté d’autrui. Mais une seconde approche de la laïcité est possible, celle-ci devenant le symbole de la lutte contre le cléricalisme et renvoyant à une séparation plus stricte des Églises et de l’État. La religion se voit ainsi exclue du débat pu-blic, qu’il soit politique ou sociétal, voire même de l’espace public, et relé-guée à la sphère privée. Le risque est alors grand de tomber dans le laïcisme, c’est-à-dire dans une position par principe hostile aux religions, et de voir les pouvoirs publics adopter des politiques visant à éradiquer les croyances reli-1 gieuses considérées comme des superstitions d’un autre temps . L’athéisme 2 devient alors quasiment une nouvelle religion d’État . En pratique, de nombreux pays latino-américains ont oscillé entre ces deux approches assez différentes de la laïcité. Passer d’un État confessionnel dans lequel le catholicisme est religion d’État et où le clergé occupe une place particulièrement importante dans la vie politique et sociale, à un État laïque respectueux de toutes les convictions religieuses et philosophiques, ne donnant de primauté à aucune, mais n’excluant aucune de la sphère pu-blique, conscient de l’importance des religions dans la vie des hommes et de son apport aux débats et aux décisions politiques, n’a pas été sans difficulté, et si les États latino-américains ont fini par adopter, dans leur grande majori-
1 Voir notamment Vincent PEILLON,Une religion pour la République. La foi laïque de Ferdi-nand Buisson, Paris, Éditions du Seuil, 2010. 2e La France a connu une telle dérive au début duXXsiècle. Voir notamment Jean SÉVILLIA, Quand les catholiques étaient hors la loi, Paris, Perrin, 2006.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.