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La langue du cyberespace: de la diversité aux normes

De
303 pages
La communication par le langage se réalise aujourd'hui dans un nouveau lieu, le cyberespace. De nouveaux réseaux de communication s'y créent, et de nouvelles pratiques langagières s'y manifestent. Les usages du numérique, sur lequel se fondent les technologies de l'information et de la communication, se sont banalisés dans la communication langagière et recouvrent aujourd'hui des réalités multiples. Courriel, forums, blogs ou SMS sont devenus des modes courants de communication.
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SOMMAIRE
Introduction Jeannine Gerbault

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LA CMT, LIEU DE RENCONTRE DE LA DIVERSITÉ
Weblogs as Tools for Global Communication Diversity James Archibald Choix linguistiques et alternance codique dans les forums diasporiques marocains Hassan Atifi La langue persane affectée par les technologies de l’information et de la communication Leila Farkamekh Langues et SMS au Sénégal. Le cas des étudiants de Dakar Kristin Vold Lexander Langue des signes, communauté sourde et CMT Pierre Guitteny Et le smiley sous un angle émique ? Co-énonciation et accommodation, remarquable et complexité Isabelle Pierozak

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LES NOUVEAUX LIEUX DE DISCOURS
Ce que cyber-parler veut dire : quels cadres théoriques pour l’analyse des conversations multimodales en réseau ? Marie-Noëlle Lamy Analyser les interactions pédagogiques en ligne, pourquoi, comment ? François Mangenot Discours électronique médié : quelle évolution depuis une décennie ? Rachel Panckhurst La construction de l’illusion : mécanismes linguistiques et cognitifs qui assurent la compréhension métaphorique du clavardage Ksenya L. Filatova

91 105 121 137

Transgresser la Netiquette. L’échange régulateur comme construction de la communauté virtuelle Coco Norén, Charlotte Lindgren Les acteurs de l’entreprise face à l’émergence des TIC : des pratiques plurielles Laurent Morillon, Arlette Bouzon, Michèle Caria Un corpus transcrit de 30 000 SMS français Cédrick Fairon, Jean-René Klein, Sébastien Paumier

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DE LA DIVERSITÉ AUX NORMES
La définition et la négociation des normes de discussion dans les forums : quel idéal communicationnel ? Sacha Mandelcwajg Le forum débat comme dispositif d’apprentissage collaboratif en formation initiale : spécificités discursives Françoise Hélary, Yves Kuster, Geneviève Lameul, Gérard Sensevy Pratiques langagières sur un forum pédagogique en anglais Annick Rivens Mompean Quelques pratiques langagières dans MEPA, un dispositif de Simulation Globale en Réseau pour la pratique du FrançaisLangue Étrangère D. Luzzati, J. Lehuen, S. Kitlintska The variable use of ne in public French-language synchronous chat Rémi A. van Compernolle Analyse linguistique et sociopragmatique de l’écriture électronique. Le cas du SMS tchaté Fabien Liénard Le rôle des smileys dans la production et l’interprétation des messages électroniques Michel Marcoccia, Nadia Gauducheau

185 201

221
239

251 265 279

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Introduction
Tous les genres entretiennent un ensemble complexe de relations avec les textes du passé et avec les autres textes du présent : les genres viennent de quelque part et se transforment en quelque chose d’autre. Parce qu’ils existent avant leurs utilisateurs, les genres façonnent leurs utilisateurs, et pourtant les utilisateurs et leurs communautés de discours les refabriquent et les refaçonnent constamment (Schryer, 1993 : 108 ; notre traduction).

La communication médiatisée par les technologies de l'information et de la communication (TIC) ne se réduit plus aujourd’hui à la communication médiatisée par ordinateur. Alors que la présence des ordinateurs s’est généralisée dans la plupart des sociétés, tout à la fois dans les usages professionnels et privés, la communication entre les humains instrumentalisée par les réseaux informatisés utilise d’autres outils, et en particulier ceux qui s’appuient sur la téléphonie mobile, dont les coûts, comme ceux des ordinateurs, ne cessent de baisser. Dès lors, les usages du numérique – sur lequel se fondent les technologies de l'information et de la communication – se sont banalisés et recouvrent aujourd’hui des réalités multiples. C’est pourquoi le terme ‘communication médiatisée par les technologies de l'information et de la communication’ (CMT) a été préféré ici au terme CMO, ‘communication médiatisée par ordinateur’. Les changements induits par ces ‘nouvelles technologies’ ont transformé le paysage pour tous les acteurs de la communication. Cependant, quels que soient les outils et dispositifs déployés, quel que soit le degré auquel chacun utilise les différents canaux du ‘multimédia’ dans la communication, les contenus continuent d’être véhiculés par la langue, et la CMT donne lieu à des changements linguistiques et sociaux qui ne peuvent pas nous échapper ; en faisant émerger de nouveaux questionnements, ces changements ont modifié la configuration du domaine de recherche des spécialistes du langage comme de celui des spécialistes de la communication. Depuis quelques années, un certain nombre de travaux et de rencontres scientifiques en France se sont attachés à décrire les pratiques langagières associées à l’utilisation des nouveaux outils de communication. Dès 1999, L. Mondada étudiait l’interaction sur l’Internet selon une approche conversationnelle. On peut aussi citer le colloque « La communication électronique : approches linguistiques et anthropologiques », qui s’est tenu à

Paris en 2004, ainsi que les contributions aux Carnets du CEDISCOR N° 8 « Les discours de l'Internet nouveaux corpus, nouveaux modèles ? » (2004), mais bien d’autres travaux menés par des scientifiques français et étrangers témoignent du dynamisme de ce domaine de recherche, dont l’américaine Susan Herring (1999) reste la représentante la plus connue. Les questions à explorer sont nombreuses et très diverses, elles concernent aujourd’hui essentiellement l’écrit, certes, mais la recherche de réponses exige que l’on prenne aussi en compte les développements de la téléphonie mobile et l’appropriation (la ‘vulgarisation’) de la CMT par un très large public. Le colloque « La langue de la CMT » à l’occasion duquel les textes réunis ici ont été produits s’est déroulé à Bordeaux en mai 2006. Il rassemblait des chercheurs de divers horizons – linguistes, sociolinguistes, spécialistes de l’information et de la communication, didacticiens – qui ont mis en lumière constats et problématiques autour des quatre thèmes qui leur étaient proposés à propos de la CMT, à savoir : la langue, le discours, les comportements et les normes. La nature des communications présentées lors de cette rencontre et la richesse des discussions qui les ont suivies nous ont poussée à adopter pour cet ouvrage une structure sensiblement différente de celle du colloque ; nous espérons ainsi rendre compte des temps forts et des dominantes de ces contributions. Cet ouvrage, constitué d’une sélection des contributions, est donc organisé en trois parties, à l’intérieur desquelles les articles s’articulent autour de trois fils conducteurs : La CMT lieu de rencontre de la diversité, Les nouveaux lieux de discours, De la diversité aux normes. La CMT lieu de rencontre de la diversité L’ouverture de cet ouvrage par un article en anglais est un parti pris visant à refléter la co-présence des langues dans le cyberespace. Si la langue française était au centre des questions posées dans la thématique du colloque de Bordeaux, la CMT est par excellence un lieu de rencontre des langues, et les contributions de la première partie de cet ouvrage montrent bien la réalité de cette rencontre. Des forums et des interfaces des logiciels aux abréviations dans les SMS, l’anglais est incontestablement présent dans la CMT, qui est par ailleurs un lieu d’expression pour une variété d’autres langues. James Archibald, auteur du premier des deux textes anglophones de cet ouvrage, explore le thème de la diversité sous plusieurs angles. À partir de l’exemple des blogs, qu’il voit comme les témoins de l’application des principes de liberté d’expression, de reconnaissance de la diversité, et d’accès de plus en plus ouvert à l’information et à la connaissance, il montre comment la CMT est le lieu de rencontre de différents types de diversité : d’opinions, de langues, de

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cultures, de modalités des codes. Il pointe vers la diversité dans les degrés de liberté d’expression en général, et de liberté de la presse en particulier, et vers ce potentiel de la CMT de nous donner le choix des manières dont nous accédons aux connaissances et à l’information et dont nous les traitons. Il présente un ensemble de traits caractéristiques permettant de décrire la « bloguitude » (blogness) sur un continuum. L’article de Hassan Atifi traite de l’impact de l’Internet sur les usages langagiers dans les situations multilingues. Il aborde la question centrale des choix linguistiques opérés par les internautes dans les situations de contact diasporique en ligne, et montre, à partir de l’exemple des forums de discussion communautaires marocains, comment la communication médiatisée par les TIC opère ses choix parmi les langues du répertoire : le français coexiste avec les autres langues parlées par les internautes marocains, qui pratiquent assez régulièrement l’alternance codique, la diversité linguistique témoignant des identités multiples revendiquées par ces internautes engagés dans des communautés diasporiques ; de plus, selon Atifi, le support écrit en ligne ne semble pas représenter une difficulté particulière pour la compréhension et l’efficacité de la communication plurilingue. La contribution de Leila Farkamekh traite aussi, à partir de l’exemple de blogs, de la diversité des procédés d’alternance linguistique auxquels les persanophones ont recours lorsqu’ils utilisent les environnements informatisés. Ceux qui résident en France utilisent un mélange de français et de persan, alors que ceux des pays anglophones utilisent un mélange d’anglais et de persan, leur langue maternelle. Elle identifie les processus à l’œuvre dans l’utilisation de termes propres à la CMT, et conclut que la grande flexibilité de la structure du persan facilite l’utilisation des emprunts ainsi que la création des mots composés à base de mots anglais. L’étude de Kristin Vold Lexander porte sur les pratiques de l’écrit des étudiants de Dakar (Sénégal) et rapporte que si les langues africaines sont en général marginalisées à l’écrit face au français, langue officielle, elles sont souvent utilisées dans les SMS. Selon Vold Lexander, de plus, l’appropriation de l’écrit se fait plus facilement dans la communication par SMS et concerne aussi bien les milieux aisés que la classe moyenne et même le milieu rural. Elle fait l’hypothèse que cette pratique offre une possibilité de communication écrite à des personnes qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue habituellement utilisée à l’écrit et qui se trouvent souvent exclues de ce domaine de communication, l’usage de l’écriture émergeant grâce à la liberté linguistique caractérisant les SMS : des personnes ne maîtrisant pas le français et ayant souvent peu de scolarisation communiquent tout de même à l’écrit, en utilisant le wolof. Pierre Guitenny explore une autre facette de la diversité, puisqu’il s’intéresse à la communauté sourde et montre l’importance cruciale que revêt la CMT pour cette communauté. En effet, les technologies de communication

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visuelle (visiophonie, téléphonie 3G, visioconférence, visio-interprétation, messagerie vidéo) permettent d’utiliser la langue des signes pour communiquer à distance, et pour diffuser une multitude d’informations jusque-là inaccessibles aux locuteurs de cette langue. Cet auteur insiste sur les répercussions de la CMT sur les personnes sourdes individuellement, en termes d’accès au savoir et d’autonomie, mais également collectivement, en termes de restructuration communautaire ainsi que d’intégration sociale et professionnelle. Pour Guitteny, d’autre part, ces technologies sont susceptibles d’avoir une influence sur le développement de la langue des signes elle-même, en favorisant la diffusion de néologismes et en élargissant les communautés de locuteurs. Isabelle Pierosak met l’accent sur la diversité qui prévaut dans l’utilisation des smileys dans les échanges électroniques. Ces échanges étant caractérisés par une pluralité et une diversité de « variantes », elle montre que le « français tchaté » est le résultat d’un processus de brouillage des frontières entre phénomènes, où le terrain de la co-énonciation est occupé par les smileys ; dans son analyse syntaxique pluridimensionnelle des smileys, elle étudie l’articulation des smileys avec les autres éléments d’un énoncé, ce qui la conduit à mettre en avant le défi des nouveaux questionnements posés aux linguistes par ces phénomènes liés à l’utilisation de la CMT. On sait que la CMT tient aujourd’hui une place privilégiée dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage. Il n’est donc pas surprenant que figurent dans la deuxième section de cet ouvrage comme dans la suivante (De la diversité aux normes) des contributions qui explorent les usages de la CMT dans les contextes pédagogiques. C’est le cas des articles de François Mangenot et de Rachel Pankhurst dans la deuxième section, et de ceux de Françoise Hélary et al., d’Annick Rivens Mompean et de Daniel Luzzati et al. dans la troisième section. Les nouveaux lieux de discours L’étude de la CMT fait appel aux acquis et aux travaux antérieurs des chercheurs de différentes disciplines, mais la CMT représente aussi un défi parce qu’elle crée de nouveaux lieux de discours à propos desquels les outils et les cadres de recherche sont encore loin d’être circonscrits. Les textes réunis dans la deuxième partie de cet ouvrage explorent ces nouveaux lieux de discours. Certains de leurs auteurs proposent de nouvelles approches pour décrire et étudier la CMT, en pointant vers l’inadéquation des modèles constitués. Les uns et les autres explorent ces nouveaux lieux de discours en créant, parfois de toutes pièces, leurs propres outils et cadres d’analyse. L’article de Marie-Noëlle Lamy interroge des données conversationnelles d’utilisateurs de la CMT pour proposer trois cadres théoriques capables de prendre en compte la spécificité du discours multimodal.

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Les apports principaux de ces cadres concernent le passage d’un mode à l’autre, la matérialité de l’environnement électronique et la perception de l’espace virtuel par l’usager. Pour cette auteure, l’impact de la médiatisation suppose une nouvelle lecture des stratégies communicatives ; elle montre en particulier comment, dès lors que plusieurs modalités sont disponibles simultanément, la séquentialité et la gestion de la face fonctionnent trans-modalement. Pour Lamy comme pour Filatova (ci-dessous), les nouveaux outils de communication donnent corps à une nouvelle perception de l’espace virtuel par les utilisateurs de la CMT. François Mangenot, tout comme Marie-Noëlle Lamy, s’interroge sur les outils d’analyse de la CMT. Il met en évidence les inconvénients de l’application des outils d’analyse existants à des genres de discours relativement nouveaux ; s’intéressant plus particulièrement aux discours en contexte éducatif, cet auteur a pour objectif de balayer et de discuter, à partir de la littérature scientifique existante, les différentes approches permettant l’analyse des interactions pédagogiques en ligne. Rachel Pankhurst insiste sur les changements linguistiques entraînés par la constitution de ces nouveaux lieux de discours. Après un rapide passage en revue des différents termes utilisés pour parler de la communication médiatisée par les TIC et la présentation de son choix du terme « discours électronique médié » (DEM) elle résume brièvement les différentes marques de ce discours apparaissant respectivement dans les courriels, les forums et les chats universitaires qu’elle a étudiés depuis 1996. Les situations de communication provoquant des usages différents, la récente présence de ces nouveaux lieux de discours dans la communication universitaire laisse prévoir que les usages linguistiques vont tendre à se modifier au sein de ce(s) genre(s) de discours. Pour Ksenya Filatova, dans les nouveaux lieux de discours, les interlocuteurs construisent l’illusion par un ensemble de moyens qui sont propres à la CMT : le clavardage (que d’autres auteurs nomment ‘tchat’, ou encore ‘chat’) « se fait passer pour » une véritable conversation en s’appuyant sur un ensemble de mécanismes cognitifs et linguistiques qu’elle décrit. La construction métaphorique qui se réalise dans le clavardage fournit le transfert crucial d’une région thématique source – le domaine familier de la conversation en face à face – à la région cible – la situation de clavardage dématérialisée. Pour Filatova, afin d’appuyer cette illusion massive, les mécanismes compensatoires cognitifs opèrent directement avec la matière du texte. Coco Norén et Charlotte Lindgren étudient aussi les échanges par chat, et analysent comment ce qu’elles appellent « l’échange régulateur » contribue à construire la communauté virtuelle. Loin de considérer les violations à la Netiquette comme « trouble communicatif », elles postulent que ce qui paraît a priori être une discordance sociolinguistique se présente comme une ressource importante pour constituer et maintenir la culture linguistique du salon chat, communauté qui n’existe que par le verbal écrit. Elles placent leur étude, basée

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sur des enregistrements d’un salon de chat, dans le courant de la linguistique interactionnelle, et mettent l’accent sur la notion d’identité collective d’une communauté virtuelle. Le contexte économique et social des entreprises, particulièrement mouvant, nourrit le développement des TIC et s’en nourrit. Laurent Morillon, Arlette Bouzon et Michèle Caria étudient l’impact de la CMT sur le contenu du travail collectif et sur les échanges écrits qui l’alimentent. Apparue dans les entreprises depuis le milieu des années 1990, la CMT a modifié la synchronisation des échanges proposée par les supports classiques de communication interne, notamment ceux au format papier. Les constats faits par ces auteurs leur permettent d’émettre un certain nombre de réflexions sur les liens qui peuvent exister entre les évolutions des modes d’organisation et ceux de la langue. Cédrick Fairon, Jean-René Klein et Sébastien Paumier, quant à eux, abordent le problème que constitue l’étude des SMS, nouvelles formes de communication écrite que les scientifiques doivent étudier en tenant compte de leur particularités. La tâche des chercheurs, expliquent-ils, est compliquée dans le cas des SMS par une absence de données liée aux contraintes techniques ainsi qu’à des considérations relatives à la protection de la vie privée. Ces auteurs présentent un corpus de 30 000 SMS français, collectés dans le cadre d'un projet mené en Belgique, intitulé « Faites don de vos SMS à la science ». Ce corpus est unique par sa qualité, sa taille et le fait que les SMS aient été manuellement transcrits en français « standardisé ». Les auteurs expliquent le processus de collecte des SMS, et présentent de manière détaillée le protocole de transcription du corpus. De la diversité aux normes Sacha Mandelcwajg confronte les règles présentes dans quatre modèles théoriques de la communication (Grice, 1979 ; Brown et Levinson, 1978 ; Habermas, 1987 ; van Eemeren et Grootendorst, 1996) aux normes régulant les échanges en forum telles qu’exprimées dans la méta-norme constituée par la Netiquette et la charte des forums. Ses résultats mettent en évidence la coexistence de plusieurs normes, les forums étant constitués de sous-conversations appartenant à des genres différents et renvoyant à des normes de discussions spécifiques. Trois contributions, celle de Françoise Hélary et al., celle d’Annick Rivens-Mompean et celle de Daniel Luzzati et al., s’intéressent au forum en contexte pédagogique et aux normes qui semblent s’en dégager. Pour Françoise Hélary, Yves Kuster, Geneviève Lameul et G. Sensevy, qui ont étudié le fonctionnement du forum débat dans un cadre d’apprentissage collaboratif, la communication dans ce type de dispositif apparaît comme une forme textuelle spécifique, un système de transactions, qui fait l’objet d’un

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« contrat de communication régissant les échanges » ; elle se développe sur un mode polyphonique, « comme un ‘collectif de pensée’ (Fleck, 1934/2005) dans lequel s’institutionnalisent peu à peu des significations partagées » et où peut se constater la naissance d’un sociolecte propre à ce mode de communication. Annick Rivens Mompean s’interroge sur l’apparition de nouveaux codes d’écriture, en parlant, non de norme « stabilisée », mais de normes émergentes, et de ce qui caractérise les normes de cette communauté discursive en association avec les rôles tenus par les interlocuteurs dans la situation de formation. Dans ce « genre communicationnel émergent », l’auteur caractérise avec Hert (1999) la quasi-oralité du forum comme une nouvelle oralité ‘secondaire’ dépendante de l’écriture, où des procédés spécifiques (reprise du message, emboîtement, normalisation des émoticones…) donnent lieu à consensus. Pour Daniel Luzzati, Jérôme Lehuen et Sylwia Kitlinska, l’émergence de normes est perceptible même chez des locuteurs non natifs : ces auteurs montrent comment les utilisateurs de la plate-forme de formation MEPA (dispositif de simulation pour l’apprentissage du Français Langue Étrangère) se sont approprié les usages dans ce monde virtuel, et ils y décrivent les normes de la communication et de l’interactivité, qui se révèlent être peu influencées par le fait qu’il s’agit de locuteurs non natifs de français en situation d’apprentissage, et donc sensiblement les mêmes que chez les locuteurs natifs. L’article en anglais de Rémi Van Compernolle étudie la variation qui affecte les usages du « ne » de la négation en français dans la CMT, et en particulier dans le chat. À partir d’un corpus d’échanges synchrones, cet auteur met en évidence des normes d’usage qui, tout en reflétant la tendance à omettre très fréquemment le ne de la négation, diffèrent sensiblement des normes du français parlé (auquel le chat est comparé), et qui témoignent d’une adaptation des participants visant à compenser l’absence de la dimension extralinguistique propre à la communication en face à face. Fabien Liénard reprend le thème de l’appartenance à une communauté, mais, surtout, il s’intéresse aux normes d’un écrit-parlé (« parlécrit ») aux nombreuses spécificités. Il présente une typologie des procédés scripturaux utilisés pour la CMT. Construite autour de l’identification d’un triple processus (de simplification, de spécialisation et d’expressivité), cette typologie permet de mieux comprendre les degrés d’usage et d’appropriation qui émergent. Afin de valider ses hypothèses, cet auteur analyse un corpus qui lui permet de mettre en évidence le rôle de la contrainte que constitue le mode communicationnel adopté par le scripteur et, par conséquent, l’existence d’une variété de français normée « fortement dépendante de la technologie médiatrice ». Michel Marcoccia et Nadia Gauducheau, à propos du rôle des smileys dans la production et l’interprétation des messages électroniques, soulignent l’importance du degré d’appropriation du code par les internautes : le « savoir communiquer sur l’Internet » suppose l’existence de normes partagées et la

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« stabilisation du code » ; selon ces auteurs, qui rejoignent en cela les conclusions des autres contributeurs de cet ouvrage à propos d’autres traits et attributs caractérisant la CMT, les normes d’utilisation et d’interprétation propres aux smileys se démarquent des comportements non verbaux de la communication en face à face avec laquelle ils ont été comparés. Jeannine Gerbault Université de Bordeaux 3
Nos remerciements vont à Michel Petit (université de Bordeaux 2), qui a contribué à la structuration de cet ouvrage, et à Françoise Demaizière (université de Paris 7) pour sa relecture attentive des textes.

Références Brown, P., Levinson, S. (1978). Universals in language use: Politeness phenomena. In: Goody, E. (ed.), Questions and politeness. Strategies in social interaction. Cambridge: CUP, pp. 56-289. Eemeren, F. van et Grootendorst, R. (1996). La Nouvelle dialectique. Paris : Kimé. Fleck, L. (1934/2005). Genèse et développement d’un fait scientifique. Paris : Les Belles Lettres. Grice, H. (1979). Logique et conversation. Communications, 30, pp. 57-72. Habermas, J. (1987). Logique des sciences sociales et autres essais. Paris : Presses Universitaires de France. Herring, S. (1999). Interactional coherence in CMC. Journal of ComputerMediated Communication, 4, 4. http://jcmc.indiana.edu/vol4/issue4/herring.html Hert, P. (1999). Quasi-oralité de l’écriture électronique et sentiment de communauté dans les débats scientifiques en ligne. Réseaux, 97, pp. 211259. Paris : CENT-Hermès Sciences, 1999. http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00000517 Mondada, L. (1999). Formes de séquentialité dans les courriels et les forums de discussion. ALSIC, 2, 1, pp. 3-25. Mourlhon-Dallies, F., Rakotonoelina, F. et Reboul-Touré, S. (2004). Les discours de l’Internet : nouveaux corpus, nouveaux modèles ? Les Carnets du CEDISCOR, 8. Paris : Presses Sorbonne Nouvelle. Schryer, C. (1993). Records as genre. Written Communication, 10, pp. 100-134.

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LA CMT, LIEU DE RENCONTRE DE LA DIVERSITÉ

Weblogs as Tools for Global Communication Diversity
J. Archibald jak.archibald@mcgill.ca

As a form of open communication facilitated by information and communication technologies (ICTs), blogging allows for diversity of opinion expressed in diverse languages on the Web. The open nature of the medium makes blogs and bloggers interesting objects of study in the context of emerging international communication, knowledge and information societies where many societies in transition are now struggling with basic issues such as freedom of expression in general and freedom of the press in particular. Freedom of the press is of particular concern since blogs are often perceived as unregulated journalistic writing whose objectives are to create alternate sources of public knowledge, to foster the free and uncensored expression of ideas and opinions and to provide open access to multivariate information. This paper focuses on both the policy and praxis of blogging; specifically, blogs as adjunct tactics in corporate communication, and international policy issues affecting this new medium. The author draws on information and policy statements used in the context of the World Summit on the Information Society (WSIS). Experience is never limited, and it is never complete; it is an immense sensibility, a kind of huge spider-web of the finest silken threads suspended in the chamber of consciousness, and catching every airborne particle in its tissue. Henry James Partial Portraits1

Introduction The image of the Web is now all pervasive in discussions of communication networks. Technologically mediated communication now colors the ways in which these networks are built as collective artifacts of modernity. In fact, these consist of a renewable web of knowledge about the world accessible to an ever-expanding community whose shared intelligence arises from a type of information gathering and dissemination unheard of before the emergence of a globalized information society. Members of this society form a learning community without fixed borders wherein everyone ends up learning from one another or at least expanding knowledge frames2 based on in-put from varied sources. These may often be described as open sources: open to
1 Cited in Aitchison, Jean. Words in the Mind, An Introduction to the Mental Lexicon. 2nd edition, p. 84. Oxford: Blackwell, 1994. 2 See the discussion of frames in Neubert and Shreve, 1992, pp. 59-65.

influences and open in terms of access. Weblogs present themselves as an influential example of computer-mediated communication because of the increasingly important role they play in the construction of shared information and knowledge in cyberspace. Moreover, they also play a role in framing human experience and even conditioning consciousness and the ways in which we construct knowledge and shape the discourse which describes our current human condition. The “information society”, which was the focus of the World Summit 3 on the Information Society (WSIS), has truly become a learning society wherein technology gives learners access to others’ experience, knowledge and opinions. By opening ourselves up to learn from others and their life experiences, we expand our horizons and continuously enhance our personal and collective wisdom and our mutual knowledge. As we shall see, bloggers and their weblogs have contributed significantly to the expansion of our collective experience and knowledge by providing fora for the putatively free expression of ideas and opinions thereby expanding human consciousness. Diversity The underlying principle which allows for this expansion of consciousness is diversity: diversity of opinion, of sources of information, and of languages and cultural expression. This fact was stated very simply by Argentina’s then Minister of Education, Science and Technology, Daniel Filmus, at the close of the Geneva phase of WSIS, when he declared that WSIS’s central theme was cultural diversity in the broadest sense of the term and that all other considerations must flow from the universal recognition of diversity as the information society’s key organizing principle (Archibald, 2004). Unavoidably, this diversity will open up the information society to all, and acceptance of this principle will lay the ground rules for the participation of all in building a new communication environment which will foster and respect cultural diversity, recognize the role of the media including new media in promoting diversity, and provide choices in the ways in which we access and process knowledge and information. The Declaration of Principles adopted in Geneva allows one to understand the all-pervasive nature of this principle.
Cultural diversity is the common heritage of humankind. The Information Society should be founded on and stimulate respect for cultural identity, cultural and linguistic diversity, traditions and religions, and foster dialogue among cultures and civilizations. The promotion, affirmation and preservation of diverse cultural identities and languages as
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See the WSIS home page to have access to all official Summit documents: http://www.itu.int/wsis/index.html

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reflected in relevant agreed United Nations documents including UNESCO's Universal Declaration on Cultural Diversity, will further enrich the Information Society. (8-52) The creation, dissemination and preservation of content in diverse languages and formats must be accorded high priority in building an inclusive Information Society, paying particular attention to the diversity of supply of creative work and due recognition of the rights of authors and artists. It is essential to promote the production of and accessibility to all content — educational, scientific, cultural or recreational — in diverse languages and formats. The development of local content suited to domestic or regional needs will encourage social and economic development and will stimulate participation of all stakeholders, including people living in rural, remote and marginal areas. (8-53) The preservation of cultural heritage is a crucial component of identity and self– understanding of individuals that links a community to its past. The Information Society should harness and preserve cultural heritage for the future by all appropriate methods, including digitisation. (8-54)

Although weblogs are not mentioned explicitly in this text, it is clear that they present a new format for accessing content in a wide variety of sectors and that their producers, the bloggers, and their readers and contributors are a set of new stakeholders in the information society. The impact of their blogging activities has and will have far-reaching effects in terms of social, cultural and economic development no matter where the blogger is, where the blog is hosted, or where the readership is to be found. Indeed, one may ask what role cultural diversity will play in the knowledge-based societies of the future. In September 2005, the debates at the preparatory conference in Geneva (WSIS II / PrepCom3) clearly illustrated the dangers of ignoring the principle of diversity. It became clear that issues of cultural sustainability and compatibility, the importance of cultural rights as well as the needs and interests of indigenous cultures could be simply and bluntly marginalized by those polities not willing to recognize this principle and the associated rights. The representatives of national governments and multinational corporations were caught up in negotiations among themselves about the rules governing information and knowledge-based societies of the future. The importance of cultures and cultural diversity was seen by many stakeholders among civil society as a keystone in the construct of a globalized “information society”. The tendency of some polities to hesitate in subscribing to the principle of diversity, if not stopped and corrected, could turn WSIS’s vision for the future of human development into a fiasco. Cultural Diversity and the Media The Plan of Action adopted at the close of the Geneva phase established a logical link between the principle of diversity and the plans that all stakeholders would be expected to lay in order to ensure the successful implementation of this vision. The media and eventually the “new media” with

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both their regional and global reach should benefit from the eventual implementation of WSIS’s Declaration of Principles and Action Plan. A world-wide information and communication infrastructure respectful of the principle of diversity was seen as a fundamental condition for building the “information society” of the future (C2). Initially, WSIS called for this infrastructure to meld traditional media and emergent technologies in the creation of a new communication environment which would foster expressions of cultural diversity and identity, linguistic diversity and local content (C2.1 and C8). By virtue of the openness of the systems implemented, the content could also be made accessible to all those with access to web-based networks, thus blurring the distinction between local and universal, parochial and universalistic. This developmental ethos focused not only on the here-and-now, but also on the creation of a repository of consciousness which would “catch” the sundry creations of the human mind. The Action Plan stated this optative by expressing the world community’s support in the development and use of Information and Communication Technologies (ICTs) for the
preservation of natural and cultural heritage, keeping it accessible as a living part of today’s culture. This includes developing systems for ensuring continued access to archived digital information and multimedia content in digital repositories, and support archives, cultural collections and libraries as the memory of humankind. (C8.23c)

Weblogs with their trackback systems, archives and hyperlinks, which function as a result of the integration of ICTs in this medium, are a living artifact of “today’s culture” and serve also as a digital repository of stakeholders’ individual and collective memories and understanding or misunderstandings of their particular domains of interest. In fact, weblogs serve the triple function of preserving stakeholders’ current perceptions of issues, an understanding of their antecedents and an interested vision of their possible future developments. The “Blogs of War” cited below serve as a poignant example of this phenomenon. What then is the specific relationship between the principle of diversity and the media in terms of future development? WSIS addressed the ownership issue calling for the diversification of ownership since “owners” were seen as actors on the world communication stage playing
an essential role in the development of the Information Society […] as […] important contributor[s] to [the] freedom of expression and plurality of information. (C9.24)

In the case of weblogs, clearly identifiable stakeholders claim ownership of their creations which – despite the essentially open nature of the medium – constitute intellectual property subject to protection under international conventions; moreover, bloggers are free to express the opinions of their ownership be this individual or collective. In fact, many individuals have launched their own blogs while at the same time, collective entities such as

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corporations, associations or governments have also created blogs to suit their own diverse purposes. The international community called upon United Nations member states to encourage through more extensive use of ICTs the development of the media including print, broadcast and “new media” to play a role in shaping the “information society”. (C9.24a) Yet, knowing fully well that many states, some of whom do not espouse the principles of democratic freedoms prevalent in the West, would not welcome the free expression of diversity, WSIS in its collective wisdom encouraged
the development of domestic legislation that guarantees the independence and plurality of the media. (C9.24.b)

Weblogs and their owners would be major beneficiaries of this policy if it were to be fully implemented under all régimes. Such, however, is not the case. The international community was also concerned by issues of security, the protection of minors, and the use of ICTs to promote hate, racism and various forms of discrimination. And one may be certain that all too many bloggers are engaged in these unsavory activities as states struggle to strike a balance between freedom of expression, the press and opinion on one hand and media censorship on the other. The blog as an expression of freedom It is clear from the above that blogs are the great beneficiaries of ICTs and have been identified as an influential new medium in the constellation of web-based media at the disposal of an ever-expanding audience. Not only do they serve as an expression of freedom in the information, knowledge and communication society, but they are also a symbol of the new-found freedom of expression found in cyberspace for those who were constrained by traditional media under a number of régimes many of which have tended to limit freedom of expression, opinion and the press. As we shall see, some of these régimes have even put blogs to work to promote their particular view of the world, or to enlist citizens to participate in various forms of governance. So, when we say today, “Voulez-vous bloguer avec moi?” , it is worth understanding what type of relationship is being proposed. A brief incursion into the language of blogging might serve to clarify some of the basic issues. The recently published Handbook for Bloggers and Cyber-dissidents4 serves as an excellent starting point in trying to understand the semantics of the
Reporters without Borders (RSF). Handbook for Bloggers and Cyber-dissidents. Paris: RSF, 2005. Readers may wish to note that this handbook exists in French (Guide pratique du blogger et du cyberdissident) as well as in other languages including Arabic, Chinese and Russian. For more
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“human word-web” (Aitchison, 1994: 82-98) which has emerged since the mid1990s around blogs. The term blog is a shortened form of weblog or a web diary and designates a website that contains written material, links or photos posted at regular intervals, usually by one individual, on a personal basis; however, blogs are also maintained by collective entities such as businesses, governments and associations. When “owned” by an individual, blogs are most usually a space which is a quintessential forum for the freedom of expression (Lion, 2005). The more controlled institutional or organizational blogs serve to track opinions, capture customer or citizen feedback and shape public opinion. These may be edited to varying degrees, thus limiting the freedom of expression (Le Meur, 2005). The blogger is a person – physical or artificial5 – who runs or edits a blog and is able to claim ownership of the blog’s content or output to which he has given form (Barbry, 2005). For this reason, blog content may be syndicated and is protected by copyright laws where such laws are in effect or where international conventions are respected. As such, the blogger communicates with publics which may or may not be known to him in advance; hence, the blog is a form of on-line public communication accessible to a very wide audience. This group is made up of persons in the blogosphere, a specialized region in cyberspace. In this virtual region, one finds a number of sub-sets known as blogging communities which may have personal, political, commercial or ethnic objectives among others. The organizing principle behind this space enhances information sharing, the creation of a community consciousness and the emergence of shared knowledge – some of which may be biased – about a great variety of topics. Hence, blogs may be used as engines of information or disinformation. Very often identifiable groups in the blogosphere are communities of interest whose members share common values, beliefs and
information and the complete text of the handbook, consult the Reporters sans frontières Web site : http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=527 . One should also note that the French spelling of the term blogger varies from country to country: the spelling blogger is common in France whereas Québec usage tends to favor: blogueur/ blogueuse. The Office québécois de la langue française explains the logic of this choice in the following way : Le terme blogueur, forme francisée de blogger, a été proposé par l'Office québécois de la langue française, en octobre 2000, pour désigner cette notion. Les termes anglais blogger et bloger (ou weblogger et webloger) et les graphies bloggeur, blogeur et bloggueur (ou webloggeur, weblogeur et webloggueur), mal adaptées en français sur le plan graphique, sont à éviter. En français, la consonne g devant e, i, y se prononce [ge], comme dans voyageur, et rend donc nécessaire à l'écrit l'emploi du u [gue], comme dans blagueur. La graphie recommandée est donc blogueur. Pour les adeptes de carnet Web ou de cybercarnet, synonymes de blogue, on parlera alors de carnetier. Le terme weblogueur, correspondant à la forme anglaise d'origine web logger, n'a pas été retenu, car il vient concurrencer inutilement le terme blogueur et son synonyme, carnetier, adoptés par un grand nombre d'internautes francophones. Source : http://w3.granddictionnaire.com/BTML/FRA/r_Motclef/index1024_1.asp 5 Artificial persons include corporations, NGOs and other legal entities.

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attitudes which run the gamut from positive to negative and constructive to destructive. In all cases, ICTs have supported the expansion of the blogosphere through the widespread use of software called blogware6. In fact, the creation of blogware has become in recent years a growth industry. In the overlap linking the individual blogger with organizational or institutional interests, one finds an interesting example of free expression. Milblogs demonstrate how technology has supported the emergence of this particular form of blogging, milblogging, and enhanced the freedom of expression of those who work within very constrained situations. Milbloggers are military personnel who, as the result of the explosion of communications technology throughout the military, have turned their brainpower to commenting from the front lines on highly controversial and sensitive topics (Hockenberry, 2005). One wonders at the tolerance for this activity within the American military and the ability of milbloggers to express their opinions openly on-line and to communicate with the denizens of cyberspace about strategically sensitive issues7. Blogness In an extremely short period of time, blogs have emerged as an incredibly varied new media genre. Given the diversity within this genre, one may ask what makes a blog a blog. Blogness encompasses those universal characterics which allow us to describe this phenomenon. In commenting upon the qualities of individual bloggers, William Dyer (2005) notes that they tend to write “independently and without obligation”; yet he concedes that a designated blogger may in reality represent a group of “likeminded” people who promote a certain collective vision of an issue. There is, nevertheless, an appearance of freedom of expression, real or artificial. Blogness connotes a true or factitious independence and freedom of opinion or expression. Moreover, blogness also entails the promotion of a particular vision, be it individual or collective, running the gamut from benevolent – or seemingly so – to seditious or rebellious. One may then describe a blog on a shifting scale or spectrum of blogness defined by a number of criteria all rooted in a unique understanding of memetics. This is to say that blogs are necessarily constructed around memes or informational patterns held in one person’s memory which may be copied to
For an informed discussion of blogware of use to civil society groups see the Civiblog Web site which provides platforms and resources for NGOs, activists, dissidents and individuals at risk through the medium of blogging. http://www.civiblog.org/blog/BloggingResources 7 Imagine the sense of freedom LCpl Jason C. Myers, an American milblogger, must have felt when he wrote the following entry in his milblog (Archive of a Mad Marine): “I hate the Marine Corps with an unbridled passion, and cannot wait till next August to get the fuck out. It will be grand.” Source: http://siliddar.livejournal.com/data/atom (7 September 2006)
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another’s memory (Heylighen, 2001) much in the same way that Jean Aitchison (2004) has described culturally determined semantic patterns in her work on cognitive linguistics. It is for this reason that blogs have become such useful instruments in shaping thought patterns and promoting the world views of individuals or groups of like-minded people through the use of ICTs including various types of blogware used as facilitating mechanisms. These patterns spread with exceeding speed in cyberspace and can influence the way people think about and analyze issues over extensive geographical spans. It is no wonder why this genre is now used so extensively by all sorts of like-minded people including benevolent charitable organizations and extremist or racist groups, each promoting a different vision of world order. Notwithstanding this variety, the genre characteristics, blogness, and ICTs are the glue which holds the blogoshere together. No one feature is unique to blogs, but taken together they help us define blogness. Specifically, many of the common features of blogs as identified by Godesky (2005) may be described in greater detail as follows.

Archives and permalinks

Because a blog is a repository of the blogger’s and the blogger’s community’s views of a topic or set of issues, and a record of individual or collective thought patterns, a key feature of blogs is the maintenance of an archive of old blogs and human/machine readable URLs which are as stable as possible over time. This feature has led to the emergence of blogs as some of the most valuable artifacts of the information society. A common feature of blogs is the maintenance of lists of links [hyperlinks] to other blogs with a similar focus, thus creating clusters of like-minded bloggers in the blogosphere. Such patterns of blogrolling affect the very organization of the blogosphere and bear witness to the pervasiveness of blogging as a means to influence opinion and to shape collective consciousness. Blogs reflect the blogging community’s management of and reaction to issues in a regular and timely manner; consequently, blogs feature dated “posts” which are organized by the time of their writing and are able to be up-dated insofar as the blog is live.

Blogrolling

Chronological ordering

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Comments

Very often, “posts” elicit comments from others who share a common virtual space with the blogger responsible for a blog’s organization and for initiating issue-related discussions based on opinions expressed by the initiator. The blog then becomes a conversational space marked by an on-going reversal of roles in which blog author and reader often take turns in dated although often asynchronous conversations. These also help to shape the collective consciousness of any given blogging community which analysts recognize as a virtual discourse community. These communities share knowledge frames and discourse patterns typical of a given on-line discourse community. Another way for the blogger to show his intentions is to link in a purposeful manner his blog to other sites in the blogosphere. This technique is called “pinging”. It extends the reach of the blog per se and creates through this process a larger corpus of texts related to the same issue of immediate concern to the initiating blogger. This is why a distinction is made in blogging between the public which constitutes the blog’s primary community and the larger audience made-up of casual blog browsers who troll the Internet for information/knowledge/opinions to be found in the blogospere. This results in very large text corpora for analysis by those interested in the language and discourse of any given extended blogging community. In essence, pinging is evidence of the initial blogger’s connectedness and his mastery of ICTs linking him to the larger blogosphere. Knowing full well that the blog is a distinct creation and consequently an artifact and cultural good, successful bloggers tend to view their output as intellectual property. This property may then be syndicated, and the blog “owner” may choose to protect and promote his property through syndication. Indeed, many blogs supported by large groups of loyal users have grown into highly lucrative commercial ventures. The product is sold; rights to access the material posted on the blog are sold thus building a sense of exclusivity in that particular blogging community; subsidiary rights may become a significant source of revenue for the “owner”; advertising revenues may also complement the blog’s revenue stream. As a result, aggregators of such material are able to archive sufficient amounts of information through the use of ICTs to build up a very large conversational corpus on a set of related issues. This corpus is then readily accessible to the blog’s public. Individuals or groups in the larger audience may then seek access by becoming members of the source blogging community. Syndication reinforces, therefore, the perceived value of the blog and the desire or even need to belong.

Pinging

Syndication

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Trackback

The trackback feature constitutes another means of expanding the blog’s audience. Most blogware allows one to trace the history of “posts” diachronically. The trackback feature is particularly useful for scholars and researchers interested in the evolution of the language used in a blog in particular or in the blogosphere in general. In this way, it is easier to trace the ways in which a blogger has influenced public opinion, contributed to the knowledge base in an issue-related domain and shaped public consciousness. The trackback feature contributes to the overall value of the blog.

Not all blogs show these features. These are certainly characteristics which one must include among the descriptors of blogness, and the bloggiest of blogs do, some better than others. Other characteristics may be interpreted along a continuum of blogness. Firstly, one may ask what the voice of the blog is, for all blogs have a voice. The truest of blogs allows the blogger to use his own voice in freely expressing his opinions and positions on chosen issues. These blogs are, in fact, a very personal reflection on issues of concern to the blogger and his blogging community. At the other end of the spectrum, are institutional blogs whose “owners” appear to be anonymous and whose positions on issues of choice are not those of a physical person, but rather those of an artificial person expressing the collective views of a corporation, government department or organization. Clearly, “Personal reflection […] makes [blogs] far livelier and far bloggier than […] more staid competitors.” (Reynolds, 2006: 116) So the quality of a blog’s voice is a determining factor in situating a blog on the continuum of blogness. At issue next is the communication model used in a blog. This determines the dynamics of the relationship between the blogger and his public and/or audience.
Bottom-up communication Top-down communication ----------------------------------------------------------------

In the blog, communication flows along a continuum in the sense that communication is initiated by a person – physical or artificial – who engages his public or audience in an exchange. Acceptance of this model in cyberspace is reinforced by the simple fact that we now live in an “age of participation” (The Economist, 2006: 4) where denizens of the blogosphere are expected to engage in the sort of participatory communication typical of blogs. In fact, the more intense and regular the level of participatory communication is, the bloggier the 20

blog. In determining the level of blogness, it is important to identify the directional flow of communication patterns. Blogs initiated from the bottom -up tend to involve physical persons or groups of like-minded individuals; these present more authentic blog communication. On the other hand, corporate, institutional and edited blogs represent a form of top-down communication; this pattern is less spontaneous, and the level of control – even censorship – tends to negate the blogness of the communication pattern. (Reynolds, 2006: 130) Hence, many corporate, institutional and government-sponsored blogs do not allow for the freedom of expression and opinion typical of the bloggiest of blogs. Moreover, top-down blogs are often manipulative and make a concerted effort to shape or modify the consciousness of their publics and audiences. Under the guise of customer or citizen service, these blogs appear to have as their objective the programming of consumer or citizen behavior according to institutional or governmental needs. Bottom-up communication patterns in blogs are empowering whereas the overt and covert controls found in top-down communication patterns dampen or even eliminate the freedom of expression and opinion key to maintaining a successful blog. Therefore, one may legitimately ask if blogs “owned” by artificial persons are really blogs even though they pretend to espouse the same form. A third paradigm which must be understood in describing blogness involves the way in which knowledge is constructed through blogging activities. It can be argued that blogs play an essential role in the information/knowledge/communication society insofar as they contribute information and opinion to the construction of the information, knowledge and opinions of not only their publics and audiences, but also society at large. They have the power of liberating and constraining at the same time. The resulting knowledge created by bloggers must also be situated on a continuum.
Horizontal knowledge Vertical knowledge ----------------------------------------------

Blogs owned by physical persons tend to build horizontal knowledge, because their “knowledge” is more akin to learning one from another in what has been called “mutual learning clusters”. Yet, depending on the objectives of the blog owner, this knowledge may not necessarily represent the truth; certain ill-intentioned bloggers may wish to promote unethical or antisocial attitudes, values and beliefs which could have a negative effect on social behavior and the collective consciousness of any given social group. This is another form of blog-related empowerment, because horizontal knowledge “makes people smarter” and gives them the potential to act individually or collectively based on shared knowledge. Again, these actions may be either negative or positive in societal terms. At the other end of the spectrum is a form of vertical knowledge promoted through institutional, corporate, governmental and edited blogs. These 21

foster “institutional dictatorship” and may lead to a form of disempowerment which results from efforts to control a public’s or an audience’s consciousness (Reynolds, 2006: 121-124). It may be concluded then that blogs which facilitate the emergence of horizontal knowledge are bloggier than those which limit access to vertically defined knowledge or information in top-down communication patterns. In all cases, there is a close relationship between pristine blogness and empowerment. This is so much so that one may question the blogness of institutional, corporate or governmental blogs whose voice is anonymous, whose communication flows from top to bottom, and whose informational and knowledge content is set by some form of organizational dictatorship. At the end of the day, true blogs are all about freedom of expression and opinion, and this is compatible with the principles adopted by WSIS at the end of the Geneva phase of the Summit. The new “common knowledge” This mass of information and knowledge found in the blogosphere is truly innovative in that it represents new “common knowledge” that heretofore would have had to find outlets in traditional media. The new sources of information and knowledge have become more accessible to a wider audience through ICT applications and the more generalized acceptance of the principles of freedom of expression and opinion agreed to by UN member states at the close of the Geneva phase of WSIS. The breadth of this knowledge base is truly astounding! According to a report published by the World Intellectual Property Organization (WIPO, 2005), there were an estimated 50 million blogs in existence in April 2005, and the number continues to expand.8 In general, these blogs are freely accessible at no charge although many blog owners assert copyright for their efforts. Since many blogs represent exploitable intellectual property, more and more bloggers have gone into business so to speak. Examples of this are Matt Drudge’s popular blog, the Drudge Report (www.drudgereport.com), and Andrew Sullivan’s political blog, the Daily Dish (www.andrewsullivan.com). The importance of these and other commercialized blogs in the blogosphere is not to be discounted.
Matt Drudge’s blog, the Drudge Report, which scores some 150 million pageviews per month, has been reported to earn its creator more than US$1 million annual income from banner advertising [and] Andrew Sullivan, invites its readers to make a donation through an American Express credit card. (WIPO, 2005: 16-17) In France alone 7,3 millions d'internautes consultent un ou plusieurs blogs par mois, soit 27,6 % des internautes (contre 6,7 millions au troisième trimestre 2005). Mais le phénomène ne s'arrête pas là, puisque[…] 3.197.000 internautes auraient déjà créé un blog, soit 12 % des internautes et 900.000 de plus qu'en novembre 2005. (Rauline, 2006)
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Yet, despite the fact that bloggers such as Drudge and Sullivan have turned their activities into a commercial venture, their blogs still demonstrate most of the essential characteristics of blogness and most importantly, they do not fall under the yoke of “organizational dictatorship”. By virtue of their reach and their accessibility by large audiences, they have attained the status of a new and freer outlet which has begun to rival traditional media in the highly competitive field of information dissemination and the creation of a new form of “common knowledge”. But one need not be a Drudge or a Sullivan to carve out a place in the blogosphere; individual bloggers with rather modest outputs have also become real players as we have seen with respect to the emergence of milblogging following the United States’s involvement in Iraq. These milbloggers have indeed contributed to our collective understanding of this war, and their archives as modern technologically empowered artifacts of war9 have become part of our new-found “common knowledge” to be shared by all and extensively mined as a source of information by the traditional print and broadcast media. Core principles There is no universal declaration of bloggers’ rights and freedoms; however, the principles supporting pristine blogness are not foreign to the prevailing ethos shared by civil society and the government sector at the close of the Geneva phase of WSIS. A functional information society will not be built and the famous “digital divide” will not be bridged unless the family of nations is truly able to guarantee freedom of expression and diversity of opinion in an open communication environment. If this happens, it will be seen as the real 21st century revolution. And bloggers are at the forefront of this information revolution. Indeed, the blog has become in a very short time “a powerful tool of freedom of expression” (RSF, 2005: 5); bloggers and their active participant readers are now engaged in a process that will reshape 21st century journalism. Blogs are emerging as a new media genre, a new journalism unfettered by the organizational dictatorship of traditional publishers, broadcasters and government press agencies or other such top-down organizations. In essence, blogging has come to be seen as a form of what one might call “liberation journalism”. People living under autocratic or repressive régimes have found a technologically empowered voice reestablishing the freedom of speech and the press where it had been stifled, promoting free expression and diversity where unidimensional thought once prevailed and disseminating opinions openly from under the veil of censorship unjustly imposed by those in positions of authority or control. (RSF, 2005: 33-40)
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See the Milblogs Archive: Free speech from those who make it possible: http://www.mudvillegazette.com/milblogs/2003/09/

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Business, government and blogness Notwithstanding all of the talk about participatory management or government and the contributions of self-directed teams or civil society groups to corporate or government strategy, reality is that most businesses and governments present the symptoms of top-down communication even when they seem to welcome bottom-up or customer/client/citizen in-put. In the end, organizational communication in both businesses and governments tends to be controlled and managed in such a way as to integrate various forms of corporate/government communication into a strategic plan. In business, one current trend is to include corporate “blogs” in the strategic marketing communication plan, thus giving a more human face to customer and investor relations. These blogs’ levels of disclosure and transparency in communicating both within and outside the corporate entity vary widely; however, it is generally recognized that corporate blogs lack the transparency and freedom of expression and opinion that one usually associates with blogs owned by physical persons closely involved with their blogging communities. It may be argued that the constraints of the business environment impose limits on the freedom of expression and opinion which go beyond the limits generally accepted in relation to issues such as discrimination and defamation of character. Corporations are naturally leery of situations which could lead to legal action and possible punitive damages (Verbiest, 2005). Nevertheless, corporations do see added value in adopting communication strategies which include corporate blogs. They come closer to their clients, customers, investors and even employees by using a medium with which people are increasingly familiar. This way, businesses collect valuable market intelligence. By fostering loyalty, they consolidate blogging communities faithful to a service-product mix promoted by a particular corporate group. After all, as the truism says, the best customer is a repeat customer. So why not keep all these publics and audiences within the corporation’s sphere of influence? Moreover, the strategic value of blogs is enhanced by the simple fact that most people believe in the good faith, transparency and truth-value of pristine blogs. And since blogging is habitforming, corporations have a vested interest in encouraging their clients and customers to acquire the habit of sharing a conversational space with the supplier of their goods and services. Corporations can then feign to be open to opposing opinions and judgments affecting their products and services (Le Meur, 2005) while at the same time ensuring that their centrally controlled message is repeatedly redirected to customers, clients, investors and employees who have been purposefully integrated into a factitious corporate blogging community. In a word, this is called strategic manipulation.

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