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LA LUTTE CONTRE L'EXCLUSION DANS LE LANGUEDOC (1789-2000)

De
359 pages
On est venu à bout totalement des exclusions politiques et sexistes ; on s'en approche pour les étrangers et les malades mentaux et c'est également vrai pour la pauvreté. Mais il ne serait pas difficile, si volonté il y avait, de mettre fin à l'exclusion, ce qui signifie, non la fin des inégalités, mais l'abolition des mises à l'écart ou des abandons. Une étude à partir des Archives départementales et des gens du terrain qui concerne les trois département de l'Aude, du Gard et de l'Hérault avec un index par commune.
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LA LUTTE CONTRE L'EXCLUSION DANS LE LANGUEDOC MARITIME
1789 - 2000

DU MÊME AUTEUR

Expériences françaises d '.action syndicale ouvrière en collaboration avec Michel Rocard et Hubert Lesire-Ogrel (Ed. Ouvrières 1956) L'action syndicale ouvrière et la théorie économique du salaire 1957)
Le.ç traitement.~ des fonctionnaires (Génin 1958) et Leur détermination

(Génin

Économie du Travail (en collaboration avec François Sellier) (P.U.F.1962, 1970) La politique économique etflnancière du Maroc indépendant (P.U.F. 1963)
Le Maghreb entre Les mythe.ç (P. U.F .1967)

Le développement économique du Maghreb (P.U.F. 1968) La méthode prospective (Dunod 1974)
La dialectique de L'indépendance (P. U.F .1977)

Tran.vfen de technologie indu.vtrielle (Economica 1981) Économie du Travail (P.U.F.1988)

A.ba,ç le

dogmatisme

(Le.ç politique.ç de développement

des pays du Tiers-

Monde) (Economica 1991) Alban de Villeneuve-Bargemont ( 1784-1850), lin grand notable bien ordinaire (Lacour 1993)
d Les pratiques publique. fi] "exclusion depuis la Révolution (L'Hannattan 1999) .française

André Tiano

LA LUTTE CONTRE L'EXCLUSION DANS LE LANGUEDOC MARITIME
1789 - 2000

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

2003 ISBN: 2-7475-3929-6

@ L'Harmattan,

INTRODUCTION

La lutte contre l'exclusion est un combat difficile et ceux qui la mènent ont toujours l~impression d'un immense échec au milieu de petites victoires. Ce pessimisme est néfaste et conduit certains à baisser les bras. Il est renforcé par le sens que donnent souvent les journalistes, les hommes politiques et même des chercheurs au tenne d'« exclusion». Sont considérés comme exclus les victimes de la précarité et de l~inégalité et on en arrive même à considérer comme tels ceux que la société prend en charge. Alors, les exclus se comptent par millions, et plus de solidarité ne ferait pas avancer la lutte contre l~exclusion car il ne serait possible de la vaincre qu'en changeant radicaletnent la société pour éliminer les inégalités, ce qui n'est pas pour demain. Est-ce à dire que tous ceux qui se battent concrètement contre l'exclusion le font en vain? No~ si l'on revient à une définition précise de l'exclusion dans ses deux formes, active ou passive: une mise à l'écart ou un abandon. Une personne assistée peut être un exclu parce qu'elle est insuffisament assistée mais non pas parce qu'elle est

5

assistée. La solidarité redevient le contraire de l'exclusion et la disparition de cette dernière es~ de nouveau, un but possible dans la courte périodel. Mais pourquoi s'en tenir à un court laps de temps dans lequel la réalité change difficilement? Une vision de la IOllguepériode est encouragante car le progrès y est patent. Ill' est, non seulement par rapport à la fin du XVIllème siècle, mais il l'est aussi par rapport aux «trente glorieuses» que nous avons tendance à considérer comme un âge d'of. Si nous avons restreint la définition de l'exclusio~ il est, par ailleurs, nécessaire de l'élargir, car les mises à l'écart et les abandons ne concernent pas seulement les titulaires de faibles revenus, ils peuvent affecter les malades menta~ les détenus, les étrangers, les femmes. Le domaine politique, au sens large, a toujours connu des luttes dans lesquelles on s'évinçait, on s'emprisonnait, on se tuait ; mais en dehors de tout comb~ on a fait de même à l'égard de personnes ou de groupes persécutés, non pour ce qu'ils avaient fait mais pour ce qu'ils étaient, et là, on retrouve une exclusion active. Aux exclusions sociale2, sanitaire, carcérale, sexiste s'ajoutent donc des exclusions politique, religieuse, raciale. Et entre toutes ces catégories d'exclusions il y a des interactions qui ne peuvent apparaître si on n'étudie qu'un type d'exclusion et un seul.

1

Ce qui n'empêche pas de lutter contre les inégalités mais les armes et.

les adversaires ne sont pas les mêmes_ Dans un cas, on n'a pas d'adversaires qui se déclarent partisans de l'exclusion et on n'a à combattre que la paresse, la boose et l'égoïsme. Dans J'autre on peut se déclarer partisan des inégalités, adversaire des interventions de l'Etat, partisan du moteur du profit illimité et si on n'est pas d'accord avec ces positio~ il faut alors reprendre la lutte sociale et politique qu'on appelait autrefois lutte des classes. La disparition de l'exclusion peut s'obtenir dans l'unanimité, celle de l'inégalité exige des affiontements sociaux. 2 Au sens strict

6

Près de 400 témoignages m~ont pennis de proclamer qu'en France «la fin des exclusions est proche»3 mais ils ne provenaient pas de « témoins qui se font égorger». Ils sentaient le papier et l'encre de leurs auteurs plus que le sang des détenus ou des Juifs ou les immondices des malades mentaux confinés dans des loges obscures. On n'y percevait pas directement la peur des étrangers clandestins, l'abattement des plus pauvres abandonnés ou déportés, l'irritation des citoyens ou des citoyennes exclus des scrutins, des femmes privées de droits familiaux ou patrimoniaux. Par contre l'évolution sur plus de deux cents ans paraissait linéaire car chaque chercheur dégageait une tendance et un écrivain de seconde ~ comme je le fus, en tira une tendance d'autant plus lourde. Il n'y a de science que générale mais cette science déssèche et gomme les va-et-vient que des hommes individuels impriment à la société; notre optimisme n' a-t-il pas rendu plus sombres les noirs du passé et éclaircit les blancs du présent? Aujourd'hui, je veux vérifier et vivifier, garnir de chair et de nuances la vue aérienne de cette histoire des pratiques publiques d'exclusion sur l'ensemble du territoire français, en redescendant sur terre~ sur la terre des trois départements qui constituent le Languedoc maritime. Sept cent quatre-vingt-cinq cartons d'archives ont ajouté leur poids de souvenirs aux auteurs qui ont déja défriché une partie de notre champs local. L'histoire ne s'arrête pas au passé sans déboucher sur le présent et 110US avons donc procédé à des enquètes auprès des acteurs actuels des pratiques excluantes ou antiexcluantes pour pouvoir situer le passé par rapport au présent. Au delà d'un contact plus direct entre le lecteur et les acteurs présents et passés j'espère donc enrichir l'étude précitée de nouveaux faits pris dans notre histoire régionale et, en conclusion, confronter les tendances
3

Tiano A Les pratiques publiques d'exclusion depuis la Révolution tfançaise / La fin des exclusions est proche (L'Harmattan 1999). Par la suite~quelques rares notes renverront à ce livre que je ne mentionnerai que sous le nom de l'auteur

-

7

que j~ai dégagées au niveau national avec les enseignements cette histoire~

de

Ce livre contribue ainsi à 1'bistoire des trois départelnents et d'un certain nOlnbre de leurs communes4, même si j'ai conscience que J'étendue de mon sujet m'a empêché de creuser aussi profondément qu'il aurait été souhaitable. Dans le domaine plus restreint d'un des types d'exclusion~ une étude systématique des archives municipales et de la presse régionaIe5 aurait peut-être pennis de combler les lacunes que j'ai constatées dans les archives départementales ou nationales, en particulier pour le XXème siècle, lacunes qui m'ont quelques fois empêché de conclure mais qui, je l'espère, ne vous arrêteront pas dans la lecture de ce livre.

4 Une table des communes citées figure à la fin du livre. S J'ai un peu travaillé sur les archives municipales de Montpelllier et dépouillé la presse à des moments où j'étais certain qu'il s' était produit des événements intéressants dans mon domaine.

8

CHAPITRE

I

L'EXCLUSION

ANTIRELIGIEUSE

Les grands moments de cette exclusion ont été ceux des poursuites contre les prêtres constitutionnels pendant la Révolution française, puis, un siècle plus tard, l'éviction des
congrégatiOtlS.

1 - 1 Les prêtres constitutionnels
Dans la région comme dans la nation, on distingue les prêtres réfractaires et les assermentés ou constitutionnels, ainsi que le reconnaît le Directoire du département de I'Hérault: « les premiers résistent avec une coupable opiniâtreté à obéir à la loi de l'Etat à laquelle les derniers sont parfaitement soumis » Et un des représentants en mission se comparait même à un prêtre constitutionnel quand il évoquait les mauvais traitements qu'il avait subis: « Quand j'arrive dans une ville, les malveillants ont eu soin de m'y faire précéder par les calomnies les plus abominables À la vérité cela me fait courir les mêmes dangers que couraient les prêtres assermentés lorsque, pour la première fois, ils entrèrent dans une paroisse fanatique pour en remplacer le curé».

9

Et pourtant ce furent ces mêmes prêtres constitutionnels que l'on dénonça, par la suite, conune des ennemis de la Révolution6. Une affiche du Gard magnifia l'abdication d'un prêtre et d'un ministre protestant qui « ont préféré de mériter le titre de citoyen ftançais plutôt que de rester encore dans cette autre classe qui cherche à étouffer la patrie en contrariant les lois sociales». Le Directoire du département de l'Aude adressa aux jureurs qui se maintinrent un reproche encore plus précis: « ils abusent des serments qu'ils ont prêté~ prêchent J'insurrection et entretiennent des correspondances avec les émigrés et fomentent des troubles intérieurs». Ceux qui avaient accepté des responsabilités dans les instances révolutionnaires ne trouvèrent pas plus grâce que les autres; c'est que l'ennemi véritable était la religion, présentée connne incompatible avec la Révolution. Nombreuses furent les rnmticipalités (par exemple, Agde, Béziers, Pont-SaintEsprit) qui invoquèrent la Raison pour condamner les religions; la Société populaire de Montpellier fit de même dans les tennes plus violents d'une adresse envoyée à la Convention: « Ministres de tous les cultes, auxiliaires de la tyrannie, c'est vous qui perdites l'humanité! Ah s'il n'eut suivi que l'impulsion de son instinct, s'il eut marché à la lueur de ce flambeau sacré, l'homme eut joui de la plénitude du bonheur! Sinistres charlatans, dans quel gouffie ne l'avez-vous point précipité! Qu'y-a-t-il de commun entre vous et des hommes libres? ».

Les mêmes hotmnes, dans mte adresse à la Convention du même jour, invectivèrent encore les ministres de tous les cultes:
«Bonze, rabin, catholicien, muphti, prètres de toutes les sectes, fuyez, fuyez loin de nous ou abjurez vos erreurs et déposez vos titres vains». 6 Qu~ n'ayant pas combattu la Révolution, relèvent de l'exclusion et non du combat, à moins que leurs abdications n'aient été volontaires, ce qu'il nous faut examiner.

10

les autorités ont regretté que « de nombreux habitants, suppôts de cet Être qui n'a existé que dans l'imagination des âmes faibles» se soient rendus dans deux communes voisines «où
deux précbeurs de mensonges nounissent encore les ignorants de leurs

A Lodève~

folles erreurs». Et, dans le Gar~ le directoire tonna contre les prêtres constitutionnel~ les pasteurs et les rOOins qui «ne paraissent pas avoir abjuré toutes les erreurs et les principes de leur culte ». Les actes suivirent les paroles en cette année 1793 et les abdications se multiplièrent: apparues en Saône-et-Loire en septembre 1793~ elles gagnèrent l'Hérault en novembre et le Gard en février 1794 puis l'Aude en avril-mai. Elles furent 117 recensées dans l'Aude, soit entre ~ et 1/3 du clergé, 152 dans l'Hérault pour 343 communes~ soit, probablement 1/3 du clergé et une bonne moitié des jureurs~ environ 325 dans le Gard pour 355 communes, ce qui donne une proportion plus importante qui dépasse même le nombre des prêtres constitutionnels. Les abdications ont-elles été volontaires, le fruit d'une déchristianisation qui aurait commencé longtemps avant la Révolution ou bien s'est-il agi d'une exclusion véritable? Je vais essayer de rassembler les indices d'une réponse mais je me bornerai à la période 1793-1794 car la situation devint encore plus inextricable par la suite~ avec la multiplication des sennents, les divergences des consignes des Autorités ecclésiastiques et les revirements de la politique religieuse des gouvernements au gré des coups d'état'. Pour trancher le débat sur le degré de contrainte à l'égard des abdicataires, j'aurai recours à des indicateurs globaux de présomption de pression, à

'7 Pastre, vicaire à Moussoulens dans }'Aude, est assennenté mais, refusant d'abdiquer, il est incarcéré 3 mois à Carcassonne; il prète le serment de 1795 (soumission et obéissance aux lois de la République) puis se rétracte; il prète Je serment de 1797 (serment de haine à la Royauté et à l'anarchie) et il est emprisonné un an pour sa rétractation de 1795. Ce n'est pas facile de le classer en réftactaire ou en exclu!

Il

des indicateurs liés au comportement des religieux et enfin à l'évocation des pressions exercées. Indices globaux de pression Une première présolnption peut naître d'une concentration des abdications qui laisse supposer une action extérieure plutôt qu'une prise de conscience autonome de l'inanité du sacerdoce. Dans l'Aude, sur 84 abdications dont la date est connue~ 69% ont eu lieu entre le 5 mai et le 4 juin 1794 et plus de la moitié dans la première quinzaine de ce mois. A Carcassonne, 24 abdications ont été prononcées entTele 10 et Je 19 mai 1794 et Il entre le 22 et le 28. Les statistiques sont plus complètes dans le Gard grace à l'ouvrage de Rouvière. Sur les 268 abdications datées, 169 le sont de Ventôse et 52 de Gennina18 ; dans ces deux mois, quelques jours en concentrent beaucoup: 21 abdications le 28 février, 27 dans les deux jours des 6 et 7 mars, 26 dans les trois jours suivants et 28 dans les deux jours des 15 et 16. fi est difficile de ne pas croire à une pression extérieure. Elle peut provenir du Directoire du département, des Autorités municipales, des Sociétés populaires, des corps d'année qui traversent Je pays ou des représentants en mission lors de leurs nombreux déplacement. Nous retrouverons les pressions des instances stables un peu plus loin mais il serait intéressant de rechercher dans le Gard une corrélation entre les séjours des représentants en mission et les vagues d'abdications9. TI est certain que les représentants en mission s'intéressèrent à l'éradication des religion~ Boisset avec modération dans J'Hérault et Borie avec fougue dans le Gard; Borie se vanta d'ailleurs des effets de sa présence sur les abdication: « J'arrivai à Nimes le 3 Pluviôse pour organiser le gouvernement révolutionnaireet par un mouvementspontané,dans tout Je Gard, les
8 Concentration voisine de celle de la Provence selon Vovelle (23) ~s dates des abdications manquent pour qu'on puisse les rapprocher des déplacements de Boissier et de Chateau-Randon dans l'Hérault

12

communes, les prêtres et les ministres y ont abdiqué tout culte public en Pluviôse et en Ventôse». Et à plusieurs reprises, le représentant demanda aux Autorités « Jes noms des prêtres et des ministres qui n'ont pas encore abdiqué et qui cherchent ainsi à diviser les citoyens pour favoriser nos ennemis»

Par contre~ quand il s'agit de rechercher une corrélation statistique il ne faut pas se dissimuler qu'une telle recherche est bien aléatoire; elle repose d'abord sur une première hypothèse, que les lieux mentionnés dans les arrêtés du représentant Borie désignent effectivement des lieux de séjour aux dates des arrêtés. fi est rare que des 8JTêtés de même date soient localisés dans des villes différentes mais cela est arrivé: Borie ne pouvait être en même temps à St-Chély le 3 Prairial et du 1 au 6 à Nimes ; de même il ne pouvait être le 5 Floréal en même temps à Nimes et à Marvejols on le 25 Prairial à Nîmes et à Mende; mais, à part ces trois impossibilités, les autres localisations sont compatibles, par leur distance entree elles, avec les dates des arrêtés. Ma deuxième hypothèse réside dans le regroupement des communes où ont eu lieu des abdications dans une zone de rayonnement où des déplacements à cheval du représentant en mission étaient possibles. Enfin il faut admettre que des pressions pouvaient être indirectes par le biais des instances locales et ne produire leurs effets que dans les jours qui suivaient les admonestations du représentant; il faut aussi ne pas écarter une pression à faible distance sous la forme de convocation des prêtres ou des autorités locales. Le tableau suivant s'efforce de rechercher s'il y a un lien entre les abdications et les déplacements de Borie dans le Gard10. Ses résultats ne sont pas probants: sur 98 abdications, 35 ne présentent de concomitance d'aucune sorte, 26 nous laissent
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En caractères norma~

les relations improbables; en italique,
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J'ignorance; en caractères gras et soulignés, les simultanéités; caractères gras, les concomitances avec un léger décalage; caractères soulignés les pressions possibles à faible distance.

13

dans l'ignorance faute de connaître la localisation de Borie; 37 présentent une sorte de conélation : 7 avec unité de temps et de lieu, 9 avec décalage dans le temps et 21 à distance. Le rythme des abdications nous laisse une présomption de contrainte mais ]a recherche de J'influence du représentant en mission ne nous pennet pas de la confinner globalement dans Je Gard où les statistiques étaient les plus complètes. TI nous faut donc recourir à des indices plus ponctuels.

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Indices de pression liés aux comportements des abdicataires Pour certains, l'abdication a été une fonnalité car ils avaient abandonné le sacerdoce depuis longtemps, et ils le déclarèrent, tels les curés de Pézenas et d'Aigues-Mortes, avec, pour ce dernier, ces paroles: « Il est enfin arrivé cet heureuxjour ou je peux, je dois même, donner libre-cours à des sentimentstrop longtempsétouffés». Il semble bien en être de même pour ceux qui accompagnèrent leur abdication de propos blasphématoires tels un pasteur, président du Directoire du Gard et le curé de Saint-Géniès-deMalgloirèsll mais on en est jamais sûr car, dans le district d'Alès, un certain Morenville employa des tennes emphatiques
pour abdiquer (<<Assez et trop longtemps je fus esclave des préjugés

et victime d'un fanatisme insensé ») mais, en même temps, refusa par trois fois de renoncer, au-delà de la cure de Portes, à la prêtrise; un bénédictin de Saint-Chinian avait dénoncé tous les cultes dans une adresse à la Convention et il rétracta son abdication peu aprés. Nombreux sont les abdicataires qui déclarèrent, par la suite, avoir cédé à la crainte, à commencer par le-dit bénédictin :
« Pendant le règne de la Terreur j'eus la faiblesse de céder à

la crainte, de me rendre aux sollicitationset aux lettres de certains administrateurs,soit d'autres personnes et je renonçais aux fonctions du sacerdoce sans cependant renoncer à ma religion ni à ses principes». Un curé de l'Aude «a quitté par terreur seulement la maison presbytérale» ; un curé du district de Béziers a renoncé pour ne pas abandonner père et mère. Les curés de Montlegun, de Brousses, de Coumanel, de Donazac, de Villemartin dans l'Aude invoquèrent, de même, la contrainte lors de leur
Il

«J'ai fait l'abandon de cet état et des fonctions

opposées aux

principes de la raison et au bonheur des hommes» déclare le pasteur; « mort aux fauteurs de tous les préjugés et à toutes les erreurs prétendues religieuses» dit le curé

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rétractation. Il faut aussi savoir lire les déclarations d'abdication

elles-même: lorsque les abdicataires invoquent le bien de la
paix et de la tranquillité publique comme le firent de nombreux pasteurs du Gard, ils manifestent qu'ils veulent éviter la violence (<< irriter la malveillance », comme le dira celui de Vauvert). Quand ils justifient leur abdication, comme le curé de Lansargues, par la crainte « d'entraver la marche de la Révolution» on peut soupçonner qu'ils manifestent leur peur d'être considéré COlline suspect et traité comme tel. Le curé de FeITaIs exposa rapidement ses sentiments en désavouant publiquement son abdication un an aprés l'avoir prononcée: « Ayant cru trop légèrement aux vexations que l'on me menaçait de faire éprouver aux prêtres même les plus tranquilles sous le régime de sang qui existait alors comme cette démarche n'a été provoquée que par la terreur et qu'elle n'était prescrite par aucune loi auxquelles le requérant s'est toujours fait un devoir de souscrire., aujourd'hui que la justice est à l'ordre du jour il lui suffit pour en être relevé de témoigner combien ses sentiments politiques et religieux étaient éloignés d'un acte aussi condamnable .i désavoue et retire ladite abdication et renonciation». D'ailleurs les persécuteurs ne se font pas toujours d'illusions sur la sincérité des abdications et un journal du 9 Nivôse an II dénonce, dans le département voisin du Gers, les hypocrites dans des tennes qui dénient trop la contrainte pour ne pas l'avouer : « TIsprêchent qu'il faut rouvrir des églises, qu'il (le peuple) a offertes à la patrie; ils prêchent qu'il faut rouvrir les temples qu'on a fermés; ils prétendent enfin que, s'ils se sont déprêtrisés, cet acte a été le produit de la peur et de l'oppression. Scélérats f Qu'espérez-vous en précipitant ainsi le peuple d'abyme en abyme? Ignorez-vous le sort des prêtres réfractaires et voulez-vous l'apprendre en attirant également sur vos têtes la foudre populaire? Quel est donc le démon contre-révolutionnaire qui vous force ainsi à changer de conduite? Quoi! Sous la seule influence de l'opinion vous venez, au sein des sociétés populaires vous déprêtriser publiquement, solennellement et surtout volontairement; vous venez dire au peuple que vous avez

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menti constamment à votre conscience, au ciel et à la terre; et au moment même vous reprenez vos fonctions»

Les modalités de l'abdication sont aussi des indices de la contrainte. Beaucoup d'abdicataires se firent un point d'honneur à ne pas relnettre leurs «lettres de prêtrise» en refusant purement et simplement ou en promettant de les remettre sans tenir parole ou en invoquant une perte ou une relnise à des tiers cotntne GibaI, un curé du canton de Saint Pargoire qui déclara les avoir laissées dans un dossier sownis à une juridiction de Toulouse. La démarche est identique lorsque l'abdicataire limite son abdication à ses fonctions mais se refuse de l'étendre à son état. L'évêque de Nimes n'y consentira qu'à la troisième comparution et le curé de Portes « s'en tient à sa déclarationet ne veut ni y ajouter ni diminuer» mais un mois plus tard il sera contraint de remettre ses lettres. Les Autorités du district de Saint-Pons se plaignirent aussi de cette résistance qu'elles rencontrèrent à Olonzac et ailleurs. Enfm nombreux sont les abdicataires qui continuent à exercer leur sacerdoce, si l'on en croit les dénonciations et atTestations dans l'Aude et les propos du Directoire du département de l'Hérault. C'est d'ailleurs pour cela que, comme nous le venons dans le paragraphe suivant, les Autorités prirent des mesures pour éloigner les prêtres, qu'ils aient abdiqué ou nOD. Enfm les rétractations furent nombreuses. Certes une bonne partie d'entre elles peuvent provenir de la peur de l'enfer ou du souci de l'insertions sociale voire du désir d'un revenu et elles ne signifient pas obligatoirement que l'abdication ait été atTachée à leur auteur. Mais il faut souligner que beaucoup de rétractations intervinrent trés tôt, dès que la pression la plus violente eut cessé de s'exercer. L'Histoire du clergé de l'Aude de Sabartbès nous permet de dresser une statistique de ces rétractations: Dans la liste des 120 abdicataires du département de l'Aude, 16 noms ne comportent aucune autre indication et, pour 30, l'abdication n'est pas suivie de rétractation; 16 se sont rétractés sans que la date de leur acte soit nlentionnée; 30 se

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sont rétractés en 1794-1795 et 28 aprés 1795. Plus de 60% des abdications ont donc été provisoires et plus de la moitié des rétractations ont eu lieu trés rapidement alors qu'il n'y avait rien à attendre socialement d'une réintégration dans les Églises. Et puis -pourquoi ne pas aller directement au but- nous avons connaissance des pressions elles-mêmes qui s'exercèrent. Les pressions ouvertes Les discours en faveur de l'abdication sont constants et nous en avons déja eu une idée; ils s'accompagnèrent d'incitations à quitter les tenues sacerdotales comme à Marsillargues où une délégation vint à deux reprises y inviter le curé en novembre et décembre 1793. Les incitations ont pu aller plus loin, en faveur du mariage12, comme ce fut le cas d'un texte du Conseil du département de l'Aude, qui s'adresse aussi aux futures épouses: «Jeunes citoyennes, vous applaudirez sans doute au renversement d'un préjugé qu~ découvrant pour vous un nouvel
horizon, accroit vos espérances; il Y a encore un pas à faire et la patrie l'attend de vous. Osez prendre vos époux dans le sanctuaire. Les hommes qui l'habitent, vous le savez, ne furent jamais vos ennemis ».

Des manifestations accompagnèrent les incitations et ils ne devaient pas rassurer les prêtres des régions d'Uzès et d'Alès, ces autodafés de mannequins où le Fanatisme trônait entre l'Aristocrate et le Fédéraliste ou entre la Féodalité et le Despotisme. La résolution antireligieuse apparaît aussi dans l'éviction des prêtres des instances révolutionnaires: le curémaire d'Aubais est épuré faute d~avoir abdiqué; le procureur de la commune d'Aimargues est destitué par Borie malgré la protestation de son successeur qui, courageusement, fit savoir que « la municipalitéa vu avec beaucoup de regret le remplacement
de Perrin; elle appréciait beaucoup ses lumières et son zèle patriotique

et ne croyait pas que je fusse en état de suppléer

». En juillet

12 Voyelle (23) estime que dans l'Hérault entre 16 et 24% des abdicataires se marièrent et 8% dans le Gard.

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1784 un prêtre, membre terroriste du Tribunal criminel révolutionnaire, auteur de dénonciations de prêtres constitutionnels, écrit à sa maîtresse pour lui annoncer qu'il est contraint de se marier (avec une autre !) en raison des menaces d'épuration:
« Tu n'ignores pas les circonstances critiques où mon ancien

état me plaçait et combienil est essentielque je me mis à l'abri de la loi qui semblaitdevoir frapper tout de suite tous ceux qui....auraient appartenu à la caste justement proscrite et abhorrée des prêtres Tous mes amis de Nimes et d'ailleurs m'écrivaient, me faisaientdire de me hâter de me marier, qu'il serait bien douloureux pour moi et pour eux que je perdisse par entêtement le ftuit de cinq années de travaux pour la Révolution, qu'il allait être incessament déclaréqu'il serait fait sans distinctionune déconfiturede prêtres, que ceux qui tiendraient à la société par le mariage et qui jusqu'à cette époque n~avaient amais dévié seraient toujours regardés de bon oeil j par les amisde la liberté }) Il n'est pas question d'ambition déçue mais de prison pour le commun des prêtres qui n'abdiquaient pas. Le curé de Bouillargues fut arrêté le 3 mars et abdiqua le 9 avril 1794 ; il en alla de même d'Antoine Babou dans l'Aude; quant à Mgn Gouttes, curé Audois, nommé évêque d'un autre diocèse, il fut exécuté en prison faute d'avoir abdiqué. Dans un arrêté du 4 juin 1794, Borie rassembla sous la surveillance des corps administratifs au chef-lieu du district tous les les prêtres qui n'avaient pas abdiqué. Le conseil du département de l'Hérault décida en novembre 1793 que tout abdicataire qui se rétractait serait poursuivi comme perturbateur de l'ordre public et la Société populaire de Béziers invita ses membres qui faisaient partie du clergé à apporter leur lettre de prêtrise« sous peine d'être dénoncés comme suspects». Au delà du clergé, des fidèles furent également emprisonnés: un laboureur de Pégairolles qui avait demandé en janvier 1793 la lecture du décret sur la liberté des cultes; un instituteur de Lodève en février 1795 pour avoir déclaré à la Société populaire qu'il ne fallait pas imposer une renonciation au culte. On comprend que certains prêtres aient

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voulu protéger leurs fidèles autant qu'eux-mêmes en abdiquant au nom de la « tranquillité publique». Les non-abdicataires arrêtés ou sous surveillance au chef-lieu du district, restait à éloigner les abdicataires pour leur enlever la tentation de continuer clandestinement leur sacerdoce. C'est ce que fit Borie dans son arrêté du 4 juin 1794 en distinguant ceux qui avaient seulement abdiqué de ceux qui avaient renoncé à leur état: Les premiers étaient obligés de s'éloigner de 20 lieues de la commune où ils avaient exercé et tIe reçuretIt aucune indemnité de voyage. Les seconds pouvaient continuer à résider dans leur commune si elle étaient en même temps leur commune de naissance. Ceux qui s'étaient mariés pouvaient y demeurer même si ce n'était pas le cas. Le raisonnement de Borie ne fait pas de doute: les prêtres mariés ne peuvent plus exercer d'influence l1éfaste car ils se sont totalement déconsidérés et ceux qui ont renoncé à leur état sacerdotal sont considérés comme moins dangereux que les simples abdicataires. Borie veilla à la stricte application de son atTêté et il harcela les Municipalités pour qu'elles rendent des comptes et évitent de confier à des prêtres des fonctions qui justifieraient leur maintien dans les communes où ils avaient exercé: officiers municipaux, instituteurs, secrétaires-greffiers des communes; il n'hésita pas à menacer certaines d'entre elles:
« Vu la lettre de la municipalité de Laurent-les-arbres tendant à conserver le ci-devant curé dans la commune sous pretexte qu'il est secrétaire-greffier de la municipalité I Considérant que si le fanatisme exerce encore dans les campagnes un empire funeste à la chose publique, c'est en partie aux officiers municipaux qu'on doit en faire le reproche puisque quelques uns favorisent les ci-devant prêtres pour éluder les dispositions de mon arrêté du 16 Prairial ». Dès Juillet, la municipalité de Béziers avait envoyé tous les prêtres dans leur commune de naissance et en septembre 1794, Penin prit, pour l'Hérault, un arrêté du même type que celui de Borie. Chaudron-Rousseau parcourut }'Aude en mai 1794 et ordonna l'éloignement des prêtres et leur concentration à

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Carcassonne, d'abord en désignant quelques prêtres, puis en généralisant ces mesures à l'ensemble dans les districts de Limo~ Quillan, Castelnaudary. Là aussi des instances locales comme le comité de surveillance de Lézignan furent l'objet de remontrances des instances supérieures. Les municipalités furent mélées à une dernière fonne de pression: la renonciation au culte et la fenneture des églises. Dans quelques cas comme ceux de Sète et de Marsillargues une abdication fut directement liée à la fenneture d'une église (le curé de ce dernier village déclara avoir abdiqué par découragement aprés la démolition de son église) mais le lien a été rarement explicite; à Nimes, les églises ont été fermées le 15 février 1794 et 6 abdications ont eu lieu dans les 10 jours suivants. Le livre de Rouvière nous permet de dire que 118 prêtres ou pasteurs ont abdiqué avant la fenneture de leur église ou leur transfonnation en Temple de la Raison; dans 87 cas la fenneture a précédé l'abdication et dans 27 il Y a eu simultanéité. Comme pour les autres moyens de pression, les instances supérieures suppléèrent au manque de zèle des municipalités: à Campagnan, le conseil général décida la fenneture, «attendu que le voeu des habitants de cette commune pour la renonciationou le maintien de l'exercice du culte n'est pas
encore prononcé ».

On a senti, à plusieurs reprises, des divergences entre les municipalités rurales d'une part, et celles des chefs-lieux de districts ou les Sociétés populaires d'autre part ; les pressions vinrent des secondes, des représentants en mission et, dans l'HérauIt~ des militaires. Le peuple? On trouve quelques traces de son hostilité aux persécutions et même de son appui aux persécutés. Dans we commune du district de Saint-Pons (Agel), la Fête de l'Être Suprème du 8 juin 1794 s'est déroulée dans l'indifférencel3 : « La faite au genre humain c'est faite dans ma communeet que la lecture du raport de Robespierre c'est lu au temple dédié à
13Et pas seulement à l'égard de l'orthographe!

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Letre suprème et ne si est point rendu que très peu de monde» ; près d'Olargues les assistants « ont dit unanimement à haute voix qu'ils voulaient conserver le culte de leurs pères» et à Olargues même, le 20 septembre, une quarantaine de femmes ont forçé l'officier municipal à servir la messe aprés l'avoir frappé; prudent il n'en reconnut aucune «car il avait presque perdu le sens» ! Certains esprits politiques locaux se rendirent compte du danger et un habitant d' Anduze écrivit dès janvier 1794 : «Je pense que les patriotes ultra-révolutionnaires sont plus dangereux que les aristocrates; à Saint-Jean-du-Gard on veut forcer à observer les décades, à travailler le dimanche, on a déchiré et brûlé la robe du ministre huguenot. Et bien cela cause de la fermentation et il est à craindre qu'un des foyers les plus patriotes ne devienne bientôt un foyer de fanatisme parce que, méconnaissant vos sages décrets sur Is cultes, on veut outrer les choses».

Cet attachement du peuple14 explique que l'exclusion des prêtres et des pasteurs n'ait plus été qu'épisodique aprés le début de 1795 (proclamation de la liberté religieuse à Nîmes le 21 février). Elle reprendra contre l'Eglise catholique en 1880 avec la lutte contre les Congrégations. 1 .2 L'exclusion des congréganistes par la Troisième République Un décret de mars 1880 dissout les établissements des Jésuites et soumet à autorisation toutes les autres communautés religieuses; malgré la modération des Autorités religieuses qui contraste avec la fougue de leurs défenseurs royalistes, les relations s'enveniment et faute de demandes d'autorisation, les communautés sont dispersées par la force en 1880-1881~ Fondée sur une législation sur les associations discriminatoire
14 n n'exclut pas pour autant les pressions de militants fanatisés tel celui qui menace la municipalité de Soulié qui finalement (en 1796) s'éxécutera et arrêtera le curé constitutionnel: « Si l'administration ne poursuit pas cette affaire, je vais la dénoncer à qui de droit })

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pour les associations religieuses, celles qui ont survécu ou s'étaient reconstituées sont à nouveau dispersées en 1902-1903 avant que la France ne vive une période d'apaisement. Notre région ne resta pas du tout, mais pas du tout, à l'écart de l'offensive nationale contre les congrégations; comme le pays entier, elle y vécut ses suites judiciaires puis sa période d'apaisement.
L 'offensive contre les congrégani~ytes

Elle se déroula en deux périodes (1879-1881 et 19021903) et se dédoubla en action municipale de laïcisation des écoles et en action étatique de dissolution des communautés non autorisées. Dès 187915, la ville de Montpellier s'attaqua aux 4 écoles primaires congréganistes qui regroupaient 56% des élèves, en accusant leur enseignement de l'histoire « en opposition formelle avec les principes de toute société laïque et tendant à former des partisans de secte plutôt que des libres citoyens». L'une d'entre elle fut laïcisée dans le délai légal de 6 mois et les trois autres l'année suivante en même temps que les écoles des Frères de Lodève, Clennont, Pézenas et Vias; le mouvement continua dans les années suivantes dans d'autres villes de l'Hérault. Le conseil municipal de Nimes formula un voeu analogue en février, provoquant des manifestations et l'éclatement d'une bombe dans les jardins de la préfecture qui n'empêcha pas la laïcisation en avril. Les protestants y bénéficièrent d'une année de répit Dans les premières années du siècle, les attaques furent orientées non plus vers les écoles publiques désonnais laïcisées mais vers les établissements « libres » ouverts par l'Église catholique. On leur reprocha, soit d'être dirigés non par un laïc mais par une congrégation non autorisée qui se dissimulait derrière lui (Prime Combe 1903), soit d'être le lieu de départ de manifestations
15EUe renouvelait une initiative de 1872 qui s'était heurtée, en même temps qu'une tentative analogue de Béziers en 1871, à un refus préfectoral.

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antigouvemementales (Alès 1904). Le Conseil de Coumonterral recommanda le refus d'autorisation prévue par la loi de 1901 car « toutes les asssociationsreligieuses en général sont un danger pennanent pour la République»; d'autres villages- tel Gigeanrefusèrent le droit d'enseigner à des congrégations dont ils souhaitaient par ailleurs le maintien dans d'autres activités. Après le refus du Sénat d'ordonner la laïcisation systématique des écoles congréganistes, la chasse aux congrégations non autorisées fut ouvette par la Chambre. La première difficulté, rencontrée dans la région comme ailleurs, était de découvrir le gibier car les archives étaient dans un état déplorable et les mairies témoignaient «de beaucoup de circonspection». Le sous-préfet de Montpellier fut obligé de se rendre lui-même à 6 heures du Inatin à Boisseron « comme pour
tout renseignement sérieux il ne (lui) est pas permis de (se) fier à (ses)

auxilliairesqu~ faute d'instruction ou de discrétion ne peuvent ( lui) être d'aucune utilité». Outre le recensement des congrégations non autorisées, les sous-préfets furent aussi mis à contribution pour proposer une ligne de conduite; celui de Saint-Pons recommanda l'autorisation pour trois d'entre elles, la déconseilla pour une et ne se prononça pas pour une dernière et il rappela le critère de l'utilité: autorisation si l'enseignement paraissait utile et ÎITemplaçable rapidement. Le représentant de l'Etat était donc moins systématique que les municipalités, plus sensibles à l'anticléricalisme du département Une fois le délai prescrit pour les demandes d'autorisation écoulé sans que les congrégations se manifestent, confonnément à ta politique nationale de l'Église, la répression commença en octobre. Elle fut stimulée par les milieux anticléricaux représentés par le journal Le Petit Méridional qui manifestait le 12 son nnpatience : « Qu'attend-t-on ? Serons nous obJigés de dire bientôt que plus ça change, plus c'est la même chose?». Pourtant les Jésuites avaient déja été expulsés, avec deux mois de retard, il est vrai, ce qui avait occasionné une véritable émeute républicaine à Béziers à la date limite du 30 juin que leur avait assignée le décret; il avait fallu qu'un

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escadron de cavalerie protègea le couvent des Franciscains contre les émeutiers. En octobre le scénario fut presque le même partout: au couvent des Cannes de Montpellier ou de Carcassonne, à celui des Franciscains à Béziers ou à celui des Récollets à Nîmes. Les congréganistes avaient convoqué leurs partisans à des messes dites pendant la nuit précédente et à des prières matinales. Le commissaire de police s'appuya, de son côté, sur des dizaines de gendarmes et d'agents de police, voire sur l'année. D'abord il fallut enfoncer les portes au terme d'un dialogue de sourds avec le Supérieur, assisté d'homtnes de loi et d'hommes politiques royalistes: s'activèrent serruriers, gendarmes, compagnie de Génie sous les huées de la foule, plus fortes que les cloches qui sonnaient à toute volée! Les menaces d'excommunication et de poursuites judiciaires16 n'arrêtèrent pas les assaillants qui se heurtaient encore à d'autres portes et à des grilles. Puis il fallut s'attaquer à chaque cellule et faire mine d'emmener de force les quelques religieux qui s'y trouvaient. Les derniers actes mirent en scène les manifestants: des foules selon les journaux catholiques, quelques femmes et quelques voyous fanatiques selon la presse républicaine. D'abord on escorta les religieux jusqu'aux maisons qui les hébergaient en
les « couronnant de lauriers, les couvrant de fleurs, recevant à genoux leur bénédiction », selon la Semaine religieuse, ou leur « baisant la robe ou les pieds» selon Le Petit Méridional qui ajouta que « le tableau manquait totalement de gaieté et surtout de propreté». Les journées se tenninèrent en bagarres entre Républicains et Royalistes que la Semaine religieuse décrit en ces termes: «Après le départ des honnêtes gens, les manifestants continuèrent à brailler la Marseillaise et leur bande hideuse a sillonné pendant quelques temps le faubourg de la Saunerie».
16 «

Je vous préviensque d'après le code pénal vous venez de

commettre un crime justiciable de la Cour d'assise et passible de peines aftIictives et inIamantes. Votre crime ne se prescrit que par dix ans et je vous annonce que nous aurons la mémoire longue » menace un des défenseurs des Carmes de Montpellier.

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La seule expulsion de 1880 qui n'obéit pas à ce schéma fut celle des Augustins de l'Assomption de Nimes qui quittèrent volontairement leur maison pour ménager la sensibilité des enfatlts pensionnaires et, à la suite d'une transaction qui tolérait le maintien de certains d'entre eux, considérés comme enseignants et non comme congréganistes. Les scènes se renouvelèrent en 1902 et 1903 avec, en particulier, les manifestations et contre-manifestations de Millau où, dans une ville de 17000 habitants, les manifestants des deux bords atteignirent 6000; les «A bas la calotte» répondirent aux cantiques (<< suis Chrétien, c'est ma gloire et Je mon soutien ») ; les portes enfoncées se succédèrent et il fallut attaquer les cloisons; on rechercha le deuxième des deux religieux pour lesquels on avait mobilisé 45 gendarmes et la dizaine de manifestants arrêtés fut mise en liberté de crainte que la foire du lendemain ne soit l'occasion d'émeutes. Dans les documents des cartons d'archives on sent cependant un certain humour et le fonctionnaire qui évoquait « SaintJean de Fos, Saint Bauzille, Cazilhac, tocsin, vedettes, éclaireurs- cyclistes, garde civique, garnisaires, chacune, huit jours durant, eut son fortChabrol. » poursuivit en passant à l'Aude où il faisait un portrait du député local : « M. de Laurens-Castelletest moinsnet. fi veut le beau geste mais pas le calice.Ce fut un martyr en dentelle et à l'heure. Le commissaire de police constatait d'avance que la résistance serait héroïque jusqu'à 6h45 mais pas au delà: M. de Laurens-Castellet avaitun train à 6h50 » La différence entre les deux périodes, c'est que l'Église et l'évêque de Montpellier, Mgn de Cabrières, sont beaucoup plus discrets dans la deuxième. Le cardinal a joué un rôle important durant toute la première crise. Déja au début de l'été, il avait fait une démarche auprès du préfet en lui demandant, ainsi qu'au gouvememen~ de ne pas laisser les religieux dans l'incertitude et de les prévenir de la date d'une expulsion éventuelle « en s'engageant à ne pas profiter de cette communication pour augmenterles moyensde résistance» mais en avertissant que

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« la résistance matérielle à l'intérieur (des établissements) était un des moyens légaux de défense des congrégations». Il s'en était suivi une polémique sur l'entrevue avec le préfet. En août, l'évêque avait dit une messe d'action de grâce «pour remercier Dieu d'avoir délivré, par la voie du Sénat, les congrégations du péril qui les menaçait» 17. En octobre, aprés l'expulsion des Cannes, Mgn de Cabrières se rendit chez le préfet en habit de choeur, c'est à dire en swplis et camail, et il protesta contre la violence et rappela au préfet qu'il était susceptible d'être excommunié. La presse républicaine le décrivit en chape et mitre, fulminant l'anathème. Ce n' était pas vrai, de l'aveu même du préfet, mais celui-ci n'en pensa pas moins que «tous les efforts de l'évêque de Montpellier n'ont cessé de tendre à surexciter violement tous les gens appartenant de près ou de loin au monde clérical. le but non avoué mais certain de ce prélat est d'amener un conflit violent à main année et sur la voie

publique entre ses affidés et les Républicains». L'attitude de cet évêque tranchait avec celle de ses voisins: celui de Nîmes, au moment de la laïcisation des écoles, a pris soin de désavouer les poseurs de bombe et de déclarer qu'il se satisfaisait de la possibilité d'ouvrir des écoles catholiques. Quant à celui de Rodez, il fut l'objet d'une critique de la part de l'évêque de Montpellier en raison de ses positions favorables à la demande d'autorisation de la part des congrégations. Montpellier, siège de la Cour d'appel et du Parquet, sera au centre des suites judiciaires de l'exclusion des congréganistes. Les suites judiciaires de / 'offensive Elles ont été étudiées en haut lieu: les tribunaux civils ou pénaux devraient se déclarer incompétents, les actes du préfet ou du commissaire de police relevant des tribunaux administratifs; des déclinatoires de compétence avaient été préparés à l'avance par le Ministère. Mais cela n'alla pas tout seul dans le ressort de la Cour de Montpellier: en appel, les
Le sénat avait rejeté le projet de loi de la Chambre sur l'enseignement des congréganistes, l'incitant ainsi à des mesures plus radicales sur les congrégations elles-même.
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congréganistes (Cannes de Montpellier ou Franciscains de Béziers) obtinrent satisfaction et les déclinatoires du préfet furent rejetés, avec désaveu des décisions de première instance ou mêtne du Premier président; il fallut donc que le préfet « élève le conflit ». En effet le monde de la magistrature, comme nous le verrons dans un des chapitres suivants, est proche de l'Église catholique ou convaincu par les arguments développés par la consultation des deux mille avocats qui déclarait illégale l'action contre les congréganistes. Des magistrats se dérobèrent dans les affaires précitées o~ même, désavouèrent les positions favorables à l'administration; la sous-préfecture de Béziers ne trouva pas un avoué disposé à la représenter en justice et le plus conciliant demanda à y être commis d'office pour sauver sa réputation. Au début du XX ème siècle, plus de cent actions contre des congrégations continuant illicitement leur activité se traduisirent par des amendes de quelques dizaines de francs qui, malgré la modestie des peines, firent l'objet d'appels, voire de pourvois en cassation. Cette légereté des condamnations et même quelques ordonnances de non-lieu est le signe d'un certain désir d'apaisement malgré la rigueur de l'action séparatrice de l'époque. L'apaisement Déja en 1890 on pouvait le supposer avec le constat, sans réaction, de la présence de 5 Cannes dans leur couvent de Montpellier et avec la disparition des scellés sur la chapelle du couvent des Franciscains de Béziers qui «paraissent s'être détachés sous l'influence des agents atmosphériques». Ce fut, en tous cas, l'apaisement à partir de 1907 et, surtout, pendant la guerre. Le procureur recommanda en 1907 de ne pas poursuivre les Soeurs de l'Assomption de Nîmes: «fi reste aujourd'hui Il religieuses âgées ou infirmes
soignées par trois autres valides. On ne voit réellement pas l'interêt de

faire exercer des poursuites pour arriver à une condamnationà cinq
francs d'amende. »

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En 1910, le Parquet de Nimes abandonna les poursuites contre des Soeurs de Boucieu-le-Roi qui~pourtant, avaient donné des preuves de leur mauvaise foi. La tendance à la modération n'est pas absolue car, en 1911, les religieuses, tolérées en 1907, furent expulsées mais, dans l'ensemble, les cartons d'archives renferment surtout des traces de tolérances. Tolérance explicite par la suite, en raison des projets d'amnistie dans le cas des Frères des écoles chrétiennes de Nimes en 1912 dont l'établissement illégal continua à fonctionner et qui leur valut, en 1917, une citation à comparaître en 1919 de façon à éviter toute action pendant la guerre. En 1922 les conseillers municipaux de Béziers s'étaient « engagésles uns enversles autres
à ne jamais soulever au cours de leurs réunions de questions politiques

qui les diviseraientforcément» et ils appliquèrent cet accord à l'enquète possible sur les Frères des écoles chrétiennes de l~agglomération. Ces nouveaux clivages politiques marquent la fm de l'exclusion des congréganistes de la région. Exclusion ou lutte? Une sorte de gueITe o~ tout au moins, de concUlTence scolaire existait depuis longtetnps. L'emprise des congrégations sur l'enseignement, et, en particulier, sur celui des filles s'était accrue pendant le second Etnpire: en 1845, 45% des filles étaient enseignées par des congréganistes et 25% des garçons dans j'Hérault; en 1879-80, la proportion des garçons fut la même (25,7) et celle des filles passa à 53,3%. Dans l'ensemble du Languedoc maritime, les congréganistes représentaient 17,9% des instituteurs et 46,2% des institutrices en 1849 et ils furent 39 et 62,5% en 1866. Les Pouvoirs publics s'efforçaient de freiner le mouvement et le préfet du Gard écrivit au desservant d'Aulas qui delnandait l'ouverture d'une seconde école «affectée spécialementaux enfants du culte catholique» en 1844 :
« Il est en général désirable que les enfants dont les familles ne professent pas les mêmes croyances religieuses contractent de bonne heure en fréquentant les mêmes écoles des habitudes de

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bienveiJ1anceréciproque et de tolérance mutuel1e qui amèneront plus tard entre les citoyens les sentiments de paix et de conftateroité »

Mais ce langage laïc est peu entendu à en croire les vantardises catholiques; en 1878 le chroniqueur de la Semaine religieuse annonce que, dans les concours de bourses, les 14 premiers viennent des écoles des Frères « qui ont laisséla quinzièmeplace à leurs concurrents». Et en 1880 le même journal explique la suppression de l'épreuve du discours latin au baccalauréat par les défauts de l'enseignement public:
« Le véritable secret de ces belles théories c'est que dans les collèges de l'Etat on est aux abois pour obtenir quelque travail sérieux. La presque totalité des élèves nous ne calomnions pas -s'y refuse et l'on trouve commode alors de proclamer, sous pretexte de progrès, le droit à la paresse et à l'ignorance » Et une institutrice du Canet, dans l'Aude, se plaint au préfet d'être placée à part avec ses élèves lorsqu'elle va à la messe. C'est que la guen-e scolaire est un prolongement de la lutte politique; comtne l'écrira en 1883 le rédacteur en chef de l'Eclair, W1 des laïcs présents aux côtés des Cannes lors de l'assaut du couvent: « Un grand devoir s'impose aux conservateurs après cette nouvelle infamie de nos gouvernants. .... Ils doivent par tous les moyens fonder à côté de chaque école laïque une école congréganiste Les sommes qu'ils consacreront à répandre l'enseignement religieux serviront en même temps à combattre la révolution dont la marche progressive menace la fortune, la sécurité et la vie des familles. » Et la révolution, comme le disait le grand vicaire de l'évêché de Montpellier à une distribution des prix en 1880 se greffait sur la Révolution: « La preuve manifeste que le plan élaboré par la Révolution de 1789, parfois interrompu et sans cesse repris, est toujours poursuivi lentement et sûrement... il s'agît enfin de détruire l'Église el1emême ». Le grand vicaire était fidèle à la pensée de son évêque qui ne participa jamais aux fêtes du 14 Juillet -même et surtout lorsque

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J. Feny fut là en 1879- mais ne manqua pas de célébrer une messe le 21 Janvier« dans une pensée religieused'expiation pour un crime dont toutes les âmes françaises devraient rejeter la responsabilité» L'évêque a aussi, naturellement, présidé un service solennel pour les funérailles du comte de Chambord en 1885. Son hostilité à la République était ancienne puisque, dès 1877, il invita les fidèles à voter pour les candidats réactionnaires, à l'encontre «des hommes sans moeurs, sans religion qui se serviront des mandats dont on les aura investis que pour perpétuer panni nous l'ère, depuis trop longtemps ouverte, des révolutions». Cependant, Mgn de Cabrières, en 1877 dans une lettre au clergé, posa des limites à son opposition: «Mais ne prononcezjamais aucun nom.. dispensez vous de toute application
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pratique» ; ~ plus tard, il se soumit à la politique conciliantede
l'Eglise: « Si, comme citoyen,j'ai le droit et le devoir de nourrir en mon coeur les traditions d'honorable fidélité que mon père m'a transmises, comme évêque, j'ai la triste obligation de conformer ma conduite extérieure et publique aux volontés de l'Église et l'Église veut que nous vivions en paix avec les pouvoirs». Les évêques voisins avaient ,bien avant, pris des positions plus ouvertes: Mgn Besson, l'évêque de Nimes s'étonnait, en 1876, que nombre de ses prêtres « ne séparaientpas les Bourbons et la foi» et celui de Carcassonne s'efforçait « de tempérer l'ardeur politique de son clergé» en 1877. L'antagonisme scolaire et les positions tranchées de l'évêque de Montpellier accentuent le léger doute que nous émettions- sans le retenir- dans notre livre sur l'ensemble de la France: l'éviction des congréganistes ressort un peu ne la lutte et pas seulement de l'exclusion. C'est vrai dans l'Hérault mais le comportement de l'Eglise dans les deux autres départelnents nous incite à ne pas changer de position: l'éviction des congréganistes est une exclusion exploitée politiquement par les royalistes contre la République qui fut quand même coupable

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de pratiques excluantes. Coupables aussi les Révolutionnaires lorsqu'ils s'attaquèrent aux prêtres constitutionnels. Par contre toute exclusion antireligieuse a pris fm dès la guerre de 1914-1918. On ne peut pas en dire autant de l'exclusion politique.

SOURCES18

Je remercie le personnel des Archives départementales de Carcassonne et de Montpellier pour leur amabilité et leur compétence qui contrastent avec l'absence d'initiatives de celui de Nîmes où j'ai trouvé les conditions de travail désastreuses
Sur l'exclusion des prêtres constitutionnels

ARClllVES Nationales: AF/II/I03, F/ICIIIIHérault/13, F/19/430, F/19/875 Départementales du Gard : L137, L138, L140 Départementales de j'Hérault: L979, L2675, L4576, L4577, L4726, L529S, LS296 BffiLIOGRAPHIE 1) Andrieu JP Notes et Documents pour servir à 1'histoire religieuse du département de l:4ude pendant la Révolution (1914) 2) Bacoccina A La Société populaire de Béziers 1790-1793 (Mémoire Maîtrise Université Paul Valéry 1971) 3) BeDugou H La Révolution dans le canton de Saillt-Pargoire (Hérault 1789...1800)(Thèse Droit Montpellier 1931) 4) Campet C Protestantisme et Révolution: La Société populaire de Marsillarglles 179/-1794 (Mémoire Maitrise Université P. Valéry 1987) 5) Cholvy G Histoire de Montpellier (Privat 1984)
18 En caractère gras, les références dont j'ai fait le plus usage

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