Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La marchandisation des enfants au Burkina Faso

De
466 pages
Le Burkina Faso connaît depuis les années 1990-2000 une intensification d'un phénomène de marchandisation des enfants qualifié, selon les acteurs sociaux, de trafic, de traite et/ou d'exploitation. L'objectif de ce travail est, d'une part, d'appréhender le vécu et la prise en charge des enfants victimes de ces situations et, d'autre part, d'identifier les raisons qui conduisent des enfants et même des parents à se tourner vers ces personnes. En outre, l'étude s'est attelée à analyser le processus de réinsertion familiale et sociales des enfants.
Voir plus Voir moins

Sien So Sabine Léa SoméLe Burkina Faso connaît depuis les années 1990-2000 une
intensifcation d’un phénomène de marchandisation des
enfants qualifé, selon les acteurs sociaux, de trafc, de traite
et/ou d’exploitation.
Dans certains cas, des enfants sont victimes de réseaux
de trafquants humains (burkinabè et de la sous-région) à des
fns économiques (exploitation dans les cultures agricoles
ou dans le secteur minier) ou sexuelles (notamment dans LA MARCHANDISATION DES ENFANTS le marché de la prostitution). Dans d’autres cas, les enfants
sont mis au travail par quelques familles locales socialement AU BURKINA FASO
privilégiées dans le cadre d’emplois de maisons, d’emplois
agricoles, ou d’élevage. Trafic, traite et exploitation
Cette situation est liée à des raisons historiques,
sociologiques et économiques qui concernent principalement
les familles rurales en très grande pauvreté. L’objectif
majeur de ce travail est, d’une part, d’appréhender le vécu
et la prise en charge des enfants victimes de ces situations
et, d’autre part, d’identifer les raisons qui conduisent des
enfants et même des parents à se tourner vers ces personnes,
alors qu’elles sont supposées les aider à sortir de la misère.
En outre, l’étude s’est attelée à analyser le processus de
réinsertion familiale et sociale des enfants tel qu’il est conduit
par l’État et/ou les Organisations non gouvernementales,
en référence aux législations internationale et nationale des
droits de l’enfant.
Sien So Sabine Léa Somé, docteure en Anthropologie
sociale et en Ethnologie, est actuellement enseignante
à l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest/
Unité universitaire à Bobo-Dioulasso (UCAO/
UUB). Ses recherches antérieures portent sur les
migrations féminines dagara, les activités des
jeunes migrantes dagara relevant de l’économie informelle,
l’exploitation économique des enfants. Cet ouvrage est issu de
sa thèse de doctorat soutenue le 25 novembre 2015 à l’École
des hautes études en Sciences sociales (EHESS) à Paris.
ISBN : 978-2-343-11592-4
39 €
LA MARCHANDISATION DES ENFANTS AU BURKINA FASO
Trafic, traite et exploitation
LA MARCHANDISATION DES ENFANTS AU BURKINA FASO
Sien So Sabine Léa Somé
Trafic, traite et exploitation 1































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-polytechnique, 75 005 Paris

http://www.harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-11592-4
EAN : 9782343115924
2







LA MARCHANDISATION DES ENFANTS
AU BURKINA FASO







3 4 Sien So Sabine Léa SOMÉ







LA MARCHANDISATION DES ENFANTS
AU BURKINA FASO



Trafic, traite et exploitation




















5 6




DÉDICACE





À tous les enfants qui sont amenés à effectuer, sans leurs parents, une
mobilité géographique du fait de la pauvreté à la recherche de
meilleures conditions de vie







7 8 REMERCIEMENTS

Cette recherche a été menée grâce au concours de plusieurs
personnes à qui nous exprimons une profonde reconnaissance pour
leurs soutiens, leurs encouragements et leur disponibilité pour en
discuter et nous faire des suggestions.
Nous exprimons notre profonde gratitude à Madame Doris
Bonnet et à Monsieur Amadé Badini pour leurs conseils, leur patience,
leur disponibilité, leurs encouragements et l’assiduité sans relâche
dans la direction de ce travail.
Nos remerciements vont également à l’Ambassade de France
au Burkina Faso qui nous a accordé une bourse afin que nous
puissions poursuivre nos études.
1Nous remercions l’ex Centre d’Etudes Africaines à Paris,
notre laboratoire d’accueil en France.
À Ouagadougou, l’Institut de Recherche pour le
erDéveloppement (IRD) nous a généreusement accordé un stage du 1
février au 31 juillet 2009.
Nous remercions plus particulièrement Monsieur Jean-Pierre
Guengant et Monsieur Jean-Luc Leblanc représentants de l’IRD à
Ouagadougou et Madame Fatoumata Ouattara Traoré, anthropologue
responsable de mon stage à l’IRD.
Nos remerciements vont également aux responsables et agents
des différents ministères, à leurs structures décentralisées et aux
responsables des structures privées qui œuvrent dans le cadre de la
lutte et de la réinsertion des enfants victimes de trafic. Ils ont accepté
nous recevoir et répondre à nos questions.
Nous ne saurions oublier toutes les personnes qui ont accepté
d’être interviewées et « observées » : les enfants, les parents, les
acteurs du trafic. Sans elles, ce travail n’aurait pu voir le jour.
Merci aux membres de notre famille : à notre père, Méda
Didier, à notre mère, Somé Marie-Madeleine, à nos frères Somé
Thierry et Somé Brice.
Enfin nos remerciements à tous ceux qui, d’une manière ou
d’une autre, nous ont apporté leur soutien dans l’élaboration de ce
document.

1- Depuis le 2 janvier 2014, le Centre d’Etudes Africaines (CEAf), le CEMAf et le
CHSIM ont fondé ensemble une nouvelle unité de recherche : l’Institut des mondes
africains (IMAf).
9 10 INTRODUCTION

Le Burkina Faso, à l’instar d’autres pays d’Afrique et du
monde connaît des mouvements migratoires tant externes qu’internes
dont les causes sont variées et diverses. Dans la plupart des cas, il
s’agit de migrants de pays pauvres ou à faibles ressources se déplaçant
vers des zones plus nanties. Cela se traduit par un exode rural et une
migration vers d’autres pays. Dans ce contexte, beaucoup d’enfants
accompagnent leurs parents dans cette mobilité professionnelle, tandis
que d’autres se déplacent seuls ou en groupe d’âge pour fuir
l’indigence de la famille d’origine ou la violence dans le confiage ou
encore les contraintes que les traditions font peser sur eux. D’autres
encore sont soumis au trafic et à la traite humaine, pratiques surtout
développées à la faveur d’une conception qui assimile l’enfant à un
objet de commerce, de transaction, autrement dit de profit.
Ces observations sont pour l’essentiel des conclusions de nos
recherches précédentes réalisées dans le cadre de deux Masters passés
à l’Université de Lille. Le premier portait sur « Les migrantes dagara
dans l’économie informelle à Ouagadougou : cas des serveuses dans
2les lieux de restauration et des employées de maison » , et le second
sur « La réinsertion des enfants victimes de la traite au Burkina Faso :
3cas des enfants des régions de la Boucle du Mouhoun et du Centre » .
Ces études ont orienté la formulation du thème de la présente
recherche intitulée « La marchandisation des enfants au Burkina
Faso : trafic, traite et exploitation ».
Aussi, pour développer ce thème de recherche, nous ferons, en
introduction, un rapide rappel de l’état des lieux du phénomène et des
mesures répressives. Ce qui nous aidera à rapporter quelques éléments
de revue de littérature et des travaux relatifs à ce sujet.
Ce tour d’horizon contribuera à problématiser le contenu de ce
thème de recherche et à annoncer l’organisation de notre produit en
quatre grandes parties.




2- Mémoire soutenu pour l’obtention du Master 1 en Sociologie, Lille 1, 2006.
3- Mémoire soutenu pour l’obtention d’un master recherche en Sociologie, Lille 3,
2007.
11 A/ Présentation du problème de la «
marchandisation » des enfants au Burkina Faso

Présentation succincte du phénomène

La marchandisation des enfants en situation de mobilité est un
phénomène international. Les continents pourvoyeurs sont
prioritairement l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine au profit de
l’Europe et l’Amérique du Nord. Mais, il existe aussi des enfants
4marchandisés au niveau interne, à l’intérieur des continents et des
pays.
Pour le cas spécifique du Burkina Faso, les principales
destinations sont majoritairement des pays limitrophes : la Côte
d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger et le Bénin. De manières
subsidiaires, des pays africains, plus éloignés tels que le Gabon, la
Lybie, mais aussi l’Arabie Saoudite et des pays européens tels que la
France, l’Allemagne, l’Italie… qui accueillent des enfants burkinabè
(cf Ministère de l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale
(MASSN)).
Au niveau interne, les déplacements s’effectuent des zones
rurales vers des zones urbaines, mais également des zones rurales vers
d’autres zones rurales à l’intérieur du pays offrant plus d’opportunités
d’emploi comparativement aux localités d’origine.
Ces enfants sont destinés à fournir une main-d’œuvre dans les
exploitations agricoles, minières, mais aussi dans le petit commerce et
les emplois domestiques. D’autres sont introduits dans des réseaux
d’adoption ; d’autres encore dans des réseaux d’exploitation sexuelle.

État des lieux : les étapes de la reconnaissance du trafic et de
la traite des enfants

Nos investigations nous ont permis de distinguer quatre étapes
de la reconnaissance du trafic et de la traite des enfants au Burkina
Faso.
La première (fin des années 1990 à 2000) se réfère au moment
où les débats portent sur l’existence du phénomène de trafic. Dès les
années 1990, le trafic des enfants est évoqué dans les discours

4- Nous discutons plus loin, § 2.2, les notions de marchandisation et d’enfant
marchandisé.
12 officiels, mais aussi par les acteurs de la société civile (ONG,
associations, …). Le trafic des enfants est vu par les institutions
internationales (Bureau international du travail (BIT), Fonds des
Nations Unies pour l’enfance (UNICEF)) comme le lieu d’aliénation
de l’enfant. Cette période est celle pendant laquelle est apparu le mot
« trafic d’enfants » dans les pays francophones, suivie de débats sur
ses différents types (interne et transfrontalier) et formes (typologies)
qu’il connaît.
Le Programme International pour l’Elimination du Travail des
5Enfants (IPEC ) du Bureau International du travail (BIT) distingue six
types de trafic d’enfants dans le rapport de synthèse (BIT/2000) basé
sur les études du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte
d’Ivoire, du Gabon, du Ghana, du Mali, du Nigeria et du Togo.
La typologie rapportée se présente comme suit : l’enlèvement,
le placement assimilable à une vente, le placement temporaire, la mise
en servitude, le placement identifié comme une prestation de service,
et celui identifiable à un détournement. Selon cette typologie, le
6confiage, dans certains cas, peut être assimilable à du trafic .
D’autres études ont permis de mieux affiner cette définition.
Dans tous les cas, le trafic et/ou la traite des enfants comprend
les phases suivantes :
- Le déplacement contraint de l’enfant à l’intérieur ou à
l’extérieur du pays.
- Une transaction qui fait de l’enfant une valeur marchande.
- L’existence d’intermédiaires (adultes) à qui cette action
profite.
- L’exploitation.

7La deuxième étape (2000-2003) correspond au moment où les
autorités reconnaissent l’existence du phénomène et décident
d’élaborer des textes législatifs pour sa définition, son repérage et sa
répression pour combler un vide juridique. Au Burkina Faso, il y a eu

5 - International Program on the Elimination of Child Labour (IPEC).
6- Cette typologie inclut le confiage des enfants. Nos investigations révèlent que la
pratique du confiage d’enfants a en effet subi des transformations (maltraitance,
exploitation) et s’assimile à un transfert de main d’œuvres plus qu’à une pratique de
socialisation).
7 - La mise en place de mesures répressives au Burkina Faso est antérieure à celle de
certains pays voisins tels que le Togo (2005), le Bénin (2006), la Côte d’Ivoire
(2010).
13 la loi n° 038-2003/AN du 27 mai 2003 portant définition et répression
du trafic des enfants.
8En 2001 , un laissez-passer est exigé pour permettre aux
mineurs de voyager en direction de la Côte d’Ivoire.

La troisième étape (2004-2007) est celle du souci d’une
meilleure définition du phénomène et de l’élaboration de stratégies de
lutte plus efficientes. À ce stade, le phénomène est appréhendé comme
une entrave au développement national tant sur le plan social
qu’économique. Des accords multilatéraux sont signés.
- L’accord multilatéral de coopération avec huit autres pays
(Bénin, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Guinée, Togo, Libéria, le
27 juillet 2005 pour lutter contre la traite des enfants.
- L’accord multilatéral de coopération avec vingt-trois autres
pays de l’Afrique de l’Ouest et du centre le 6 juillet 2006 pour
lutter contre la traite des personnes, en particulier les femmes
et les enfants. Il comprend un plan d’actions 2007-2009.
Par ailleurs, un plan d’action de lutte est adopté par les acteurs
de la lutte (MASSN, MTEJ, ONG et associations de lutte contre le
phénomène) pour la période de 2004 à 2008.

La quatrième étape (2008-2014) débute avec l’adoption de la
loi n° 029-2008/AN du 15 mai 2008 pour lutter contre la traite des
personnes et les pratiques assimilées au Burkina Faso.
Jusqu’en mai 2008, on a utilisé le terme « trafic » pour traduire
le terme anglais « trafficking ». Ayant reconnu là une erreur de
traduction, une nouvelle loi
(Loi n° 029-2008 du 15 mai 2008) définissant le phénomène et
les modalités de répression a été élaborée. « Trafficking » est alors
traduit par le terme approprié qui est « traite » et « trafic » illicite de
9migrants correspond désormais au terme anglais « smuggling » .
À la suite de l’adoption de la nouvelle loi, un plan d’action est
élaboré en novembre 2008. Il est intitulé : « Plan d’Action National de
Lutte contre la Traite et les autres violences faites aux enfants au
Burkina Faso de 2008 à 2011 ».
Un Comité National de Vigilance et de Surveillance (CNVS)
10sur les pires formes de travail des enfants a été installé le 21 octobre

8- Cf. Journal officiel du Faso, juin 2001.
9- Traduit par « contrebande » dans le Robert & Collins.
10- Selon l’expression consacrée par la Convention 182 de l’OIT.
14 2011, suite au décret 529/PRES/PM/MASSN/MATD/SECU du 17
juillet 2009. Il a pour mission de lutter contre la traite et les pires
formes de travail des enfants.
Un Plan d’Action National de lutte contre les Pires Formes de
Travail des Enfants (PAN/PFTE) est adopté le 15 février 2012.
Dès 2000, désormais, tout déplacement d’enfants non
accompagné de ses parents ou d’un tuteur légal est soupçonné d’être
du trafic ou de la traite. Les interceptions s’intensifient, en
conséquence. Le tableau 1 illustre bien nos propos.

Tableau 1: Effectifs des enfants victimes de traite interne et
transfrontalière : période de 2000-2013

Traite interne Traite transfrontalière
Année Nombre Nombre Nombre Nombre de Total
de filles de de filles garçons
garçons
2000 - - - 71 71
2001 115 196 183 51 545
2002 120 194 50 41 405
2003 111 195 30 34 370
2004 316 410 104 128 958
2005 632 446 21 64 1 163
2006 1 068 207 44 6 1 325
2007 106 262 7 27 402
2008 27 62 15 99 203
2009 156 515 29 88 788
2010 145 387 17 39 588
2011 450 662 33 137 1 282
2012 433 1 121 50 306 1 910
2013 404 768 138 287 597
Total 4 083 5 425 721 1 378 1 1607
Source : Direction de la Lutte contre les Violences faites aux
Enfants (DLVE).





15 Mesures répressives

Un programme de lutte contre le trafic des enfants au Burkina
11Faso a été officiellement mis en œuvre le 22 mars 2002 . Mais, la
longueur des procédures d’élaboration de la loi, de sa présentation à
l’Assemblée Nationale et de son adoption, a reporté à 2003 la loi n°
038-2003/AN du 27 mai 2003 portant définition et répression du trafic
d’enfants. Cette loi s’inspire de la Convention des Nations Unies
contre la Criminalité Transnationale Organisée (CTO). Au regard de
12cette loi, l’expression « trafic illicite de migrants » désigne comme
étant interdit « le fait pour toute personne ou groupe de personnes
d’organiser le transport sur terre, sur mer ou par air, l’hébergement
ou le transit de migrants clandestins afin d’en tirer, directement ou
indirectement, un avantage financier, matériel ou un autre avantage
et que le territoire national serve de zone d’origine, de transit ou de
13destination. »
Selon la Convention des Nations Unies, le « trafic des
enfants » est un concept qui se distingue de la « traite des enfants ».
L’intention d’exploitation de l’enfant dès le début du processus de la
traite distingue celle-ci du trafic. Mais, il n’en demeure pas moins
qu’un enfant victime de trafic peut lui aussi être exploité à
destination.
C’est la loi n° 029 : 2008/AN du 15 mai 2008 portant lutte
contre la traite des personnes et les pratiques assimilées qui définit la
« traite d’enfants » au Burkina Faso.
Au sens de la présente loi, la traite des personnes désigne le
« recrutement, le transport, l'hébergement ou l'accueil de personnes,
par le recours à la menace ou le recours à la force ou à d'autres
formes de contraintes, par enlèvement, fraude, tromperie, abus
d'autorité ou d'une situation de vulnérabilité ou par l'offre ou
l'acceptation de paiements ou d'avantages pour obtenir le

11- Annoncé au journal télévisé de 19 heures du 22 mars 2002. Avec la mise en place
du programme de lutte contre le trafic des enfants, les interceptions au cours des
voyages se sont intensifiées. De 2000 à 2013, 11 607 enfants, dont 4 804 filles et
6803 garçons (DPEA/MASSN) ont été interceptés pendant le voyage.
12- Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et
protocoles s’y rapportant, centre pour la prévention internationale du crime,
ODCCP/UN, New York, 2002.
13- Cette définition n’est pas spécifique aux enfants. Elle est valable aussi pour les
adultes. Cf. l’Article 10 du Paragraphe 2 de la loi n°029 : 2008/AN du 15 mai 2008.
16 consentement d'une personne ayant autorité sur une autre aux fins
d'exploitation » (Article 1).
La personne qui se rend coupable de traite est punie d’un
emprisonnement pouvant aller de 5 à 10 ans (article 4) ; de 10 à 20 ans
(article 5) et d’un emprisonnement à vie (article 6) selon les situations
(cf. l’intégralité de la loi n°029 : 2008/AN du 15 mai 2008 en annexe
I).
Cette exploitation peut concerner le travail de l’enfant, son
corps (exploitations sexuelles, trafic d’organes, pratiques rituelles…)
et/ou son identité (adoption illégale, mariage forcé)…
La référence à des fins d’exploitation établit une nette
14distinction entre le phénomène de « traite des personnes » et le
« trafic de migrants » (Centre de Recherche Innocenti (CRI) du Fonds
des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), avril 2002).
Cette nouvelle définition, des Nations Unies en 2002, oblige
donc les Etats et leurs partenaires à faire une distinction entre la
« traite des enfants » et leur « trafic » ; comme entre ces pratiques et
les migrations saisonnières des enfants travailleurs et la situation des
enfants immigrés exploités sur le plan du travail.
La loi n° 029 : 2008/AN du 15 mai 2008 vient abroger la loi n°
038-2003/AN du 27 mai 2003 (Article 12) qui comportait des
insuffisances. Celle de 2003 ne prenait pas en compte toutes les
dispositions contenues dans la Convention de Palerme notamment en
matière de traite des enfants, des jeunes filles et des femmes, ainsi que
des pratiques assimilées telles que l’exploitation d’autrui par la
mendicité, notamment celle des enfants et le trafic illicite des
migrants. De même, elle ne réprimait pas la complicité et n’offrait pas
de garantie pour la protection des victimes.
Par l’adoption de la nouvelle loi, les objectifs recherchés sont
de se conformer aux dispositions des instruments juridiques
internationaux ratifiés par le Burkina Faso, d’élargir les domaines
d’application de la loi n° 038-2003/AN du 27 mai 2003 par une prise
en compte des phénomènes nouveaux et d’avoir une loi suffisamment
protectrice des victimes.

14- Le protocole additionnel de la convention des Nations unies contre la criminalité
transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des
personnes, en particulier des femmes et des enfants, à son article 3.
Le protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, mer et air, additionnel à
la convention des Nations Unies contre la criminalité organisée, définit en son
Article 3, le trafic illicite de migrants.
17 En ce qui concerne l’exploitation des enfants par le travail au
Burkina Faso, des actions de répression sont initiées dès la deuxième
moitié du dix-neuvième siècle et le début du vingtième siècle. A partir
de ces périodes, plus précisément à partir du milieu du vingtième
siècle, le travail des enfants migrants ou pas qui était toléré est
désormais combattu. Le passage de la tolérance à la répression de
telles pratiques peut s’expliquer par le fait que différentes institutions,
organisations nationales et internationales ont été alertées sur ces
différentes pratiques migratoires parfois accompagnées d’exploitation
et ont entrepris des campagnes de sensibilisation. De ce fait, il s’est
imposé la nécessité d’élaborer des politiques sociales liées à la
mobilité des enfants et à leur mise au travail.
Au Burkina Faso par exemple, beaucoup de paramètres ont
concouru à ce changement. Ainsi, la prise de conscience de
l’exploitation subie par certains enfants au travail et la présence
d’organisations internationales (UNICEF, BIT, etc.) œuvrant pour la
promotion des droits des enfants ont contribué à la mise en place de
mesures répressives :
-Arrêté n° 539/ITLS/HV du 29 juillet 1954 relatif au travail
des enfants (JORHV du 19 août 1954 : 349) ;
-Arrêté n° 545/IGTLS/HV du 2/8/1954 portant législation à
l’âge d’admission à l’emploi (JORHV spécial du 15 août 1954 : 349) ;
-décret n°77-311 du 17 août 1977 fixant les conditions de
travail des gens de maison (JORHV du 22 décembre 1977 : 1046 ;
-les articles 145, 146, 147, 148, 151 de la loi n° 033-2004
portant Code du travail au Burkina Faso) ; 149, 150, 151, 152, 153, 154 de la loi n°
0282008/AN portant Code du travail au Burkina Faso.

La situation européenne
En Europe, c’est à partir des années 1800 que des mesures
limitatives ont été prises en ce qui concerne le travail des enfants
(Factory Act, 1833, en Angleterre, Loi du 21 mars 1841 en France
15portant l’âge minimum à 8 ans et limitant le travail de nuit ; etc.) .
En France, la loi de 1874 prône une limitation à 12 ans l’âge
d’embauche dans l’industrie et une interdiction du travail dans les
mines pour les enfants âgés de moins de 14 ans. Quant au travail de
nuit, il est interdit aux enfants âgés de moins de 16 ans.

15- Cf. Manier (2003 : 10-16) pour la chronologie des lois.
18 En 1881, la loi Ferry institue l’école obligatoire gratuite
jusqu’à 13 ans. Bernard Schlemmer (2006 : 174-175) souligne
qu’avec cette loi les termes « enfants » et « travailleurs » sont
devenus antinomiques puisqu’elle induit que « la place des enfants est
à l’école » jusqu’à 13 ans.
En 1892, la « loi sur le travail des enfants, des filles mineures
et des femmes dans les établissements industriels », interdit le travail
industriel avant l’âge de 12 ans et apporte de nombreuses restrictions
au travail des mineurs de moins de 18 ans. Le contrôle de son
exécution fut confié à un corps d’inspecteurs indépendants des
autorités locales. Elle est complémentaire des lois votées au début de
la décennie précédente sur l’obligation de scolarité.
Par contre, dans les pays africains et notamment au Burkina
Faso, ce n’est qu’au vingtième siècle, après la période coloniale, que
les codifications liées au travail des enfants sont élaborées. Ces
codifications ont été instituées suite aux recommandations du Bureau
International du Travail (BIT). Elles ont pour objectif de renforcer la
protection des enfants.
Mais, avant l’existence de ces lois, les coutumes fixaient
16également certaines limites en matière de travail des enfants .
Néanmoins, l’absence de pénalité encourue en cas de transgression de
ces règles limitait leurs portées.

B/ Revue de littérature et de la presse

Revue de littérature

L’émergence de la conscience d’un problème social

Le trafic, la traite et l’exploitation des enfants, comme souligné
plus haut, ont suscité assez récemment l’intérêt du grand public, des
hommes politiques et des chercheurs. Au Burkina Faso, c’est dans les
années 2000 que l’Etat a commencé à réfléchir à l’adoption d’un
ensemble de mesures pour lutter contre ces phénomènes. « Les enfants
victimes de trafic », « les enfants victimes de traite » et ceux qui sont
exploités sont donc désormais considérés comme un « problème
social ».

16- Ainsi, pour son épanouissement, l’enfant des sociétés rurales avait droit au loisir,
les tâches domestiques étaient reparties selon les capacités physiques de chaque
membre de la famille, le temps de repos la nuit était respecté.
19 Les premières études relatives à cette problématique ont été
réalisées au Burkina Faso dans les années 2000
(MTEJ/MASSN/UNICEF/IPEC/BIT/Aide à l’Enfance Canada/Save
the children UK, 2002 ; Korsaga, 2005 ; Dayamba, 2006).
Le trafic, la traite et l’exploitation des enfants sont des sujets
qui suscitent l’intérêt des spécialistes de diverses disciplines. Ces
phénomènes sociaux sont devenus des objets d’étude de la
criminologie, des sciences politiques, de la sociologie (de la
migration, de la politique, de l’enfance), de l’anthropologie, du droit.
Des agents sociaux, des avocats, des magistrats, des agents de
sécurité, des acteurs de la société civile… s’impliquent dans la lutte
contre ces phénomènes sociaux.

Un phénomène historique ou un problème nouveau ?

Le trafic et la traite des enfants sont considérés comme des
phénomènes historiques (Lee, 2007). Ils ont toujours existé en
Afrique, en Asie, en Amérique latine, en Europe. C’est la prise de
conscience de la nécessité d’initier une lutte qui est relativement
nouvelle. Les actions de lutte se sont généralisées au vingtième siècle.
Les stratégies initiées pour la résolution du problème sont
fonction du sens donné au concept. Ainsi, lorsque le trafic et la traite
sont définis comme étant des problèmes d’ordre moral, criminel ou
public, la tendance est d’opter pour des solutions qui privilégient la
répression. Quand le problème est appréhendé comme une entrave aux
droits sociaux ou humains, les stratégies de renforcement de
17capacités des individus et des groupes engagés dans la lutte (Lee,
2007 : 3) sont préconisées afin qu’ils initient des activités en
conformité avec les valeurs sociales et culturelles locales.




17- « Empowerment » est le terme correspondant en anglais « au renforcement des
capacités des acteurs ». L’« empowerment » est un processus au cours duquel les
individus et les groupes renforcent leurs capacités par la participation à un projet
collectif. Ce qui aboutirait à un développement plus conforme aux valeurs sociales
et culturelles locales (Cernea, 1985)
20 Les diverses dimensions de la notion de traite des
personnes selon des études

La traite des êtres humains, et notamment des enfants, est
appréhendée selon diverses dimensions par les différentes études.
Dans un premier temps, certains auteurs ont conceptualisé la
« traite des êtres humains » et leur exploitation comme étant de
l’esclavage (Bales, 2005 ; Ould, 2004). La « traite » est perçue
comme la pire des formes possibles d’exploitation des êtres humains.
Cette forme contemporaine d’esclavage induit que des individus à la
recherche de meilleures conditions de vie sont traités comme des
marchandises. Ils sont rendus vulnérables, du fait qu’ils sont prêts à
toutes activités pour atteindre leurs objectifs.
Les chercheurs qui insistent sur la nécessité d’utiliser le terme
18d’« esclavage moderne» estiment qu’il permet de souligner les
éléments essentiels de la violence. Il met également en exergue sa
résolution, son contrôle absolu. Il attire l’attention sur l’exploitation
économique (Bales, 2000 : 476) et permet de garantir le maximum
d’audience dans le cadre de la lutte contre cette injustice actuelle (Van
den Anker, 2004 : 19).
Cependant, d’autres auteurs mettent en garde contre le besoin
d’éviter le sensationnel (Anderson, 2004). Il ne faut pas comparer une
pratique ancienne non interdite par la législation internationale
19jusqu’au dix-neuvième siècle (traite négrière ) avec le travail forcé,
salarié (Kempadoo, 2005). Il existe des similitudes entre l’exploitation
contemporaine au travail et la traite négrière atlantique. Celle-ci est
e eune pratique qui s’est étendue du XV au XIX siècle. Le convoyage
de la main-d’œuvre d’une localité à une autre, les difficiles conditions
de vie et de travail présentent également des similitudes entre
l’exploitation contemporaine au travail et la traite négrière.
Dans un second temps, on rencontre des chercheurs qui lient la
traite des êtres humains à la prostitution. Le débat tourne autour du
recrutement, du consentement, des proxénètes. La traite est rendue
synonyme de la traite des femmes en vue d’une exploitation dans la
20prostitution (Chapkis, 2003 ; Doezema, 2000 ; Keire, 2001 ; Scully
2001).

18- Terme inventé par le BIT en 1993 (Botte, 2005 : 666).
19 - Cf. Olivier Pétré-Grenouilleau (2004) pour une étude historique synthétique sur
le sujet.
20 - Renvoi au débat sur la traite des blanches au 19e siècle. Cf. Chaumont, 2009.
21 Certaines études, par contre, ont montré que les êtres humains
peuvent être exploités dans des domaines autres que la prostitution et
l’exploitation sexuelle (Di Nicola, Piper et Lindquist, 2007). Ces
autres domaines sont le secteur agricole, le travail domestique, la
construction, les industries, le secteur minier, le service militaire, etc.
(Anderson, 2004 ; Anti slavery international, 2006 ; Sharma, 2006).
La reconnaissance de plusieurs domaines d’exploitation des victimes
de la traite permet d’être attentif à ses autres manifestations et de
développer des stratégies de lutte dans ce sens.
Dans un troisième temps, la traite est conceptualisée comme
étant liée aux réseaux de crime organisé (UN, Convention
internationale contre le crime organisé 2000, Lee et al 2007 : 5).
Quatrièmement, la traite est appréhendée par certains auteurs
tels que Stephen Castles (2003), Khalid Koser (2000) et Louise
Shelley (2007) en lien avec le contexte de la migration transfrontalière
illégale. A cause du caractère illégal de ce déplacement d’êtres
humains, des politiques et des textes législatifs sont élaborés pour
contrôler cette forme de migration massive (le protocole additionnel à
la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale
visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en
21particulier des femmes et des enfants , la Convention relative aux
22droits des enfants (CDE) , etc.).
Enfin, dans tous les cas, la traite est étudiée comme étant liée
aux droits humains. La traite des êtres humains dont celle des enfants
est perçue comme une violation des droits humains (United Nations
High Commissioner for Human Right, 2002, Anne Gallagher, 2002).
Ces différentes conceptualisations de la traite concernent
principalement celui de l’être humain, en général, contrairement à la
présente étude qui se propose de s’intéresser à un cas spécifique
d’humains, les enfants et notamment burkinabè.



21- Il a été signé en 2001 par le Burkina Faso.
22- New York, 20 novembre 1989. En son article 35, la CDE interdit la traite
d’enfants « les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées sur le plan
national, bilatéral et multilatéral pour empêcher l’enlèvement, la vente ou la traite
d’enfants à quelques fins que ce soit et sous quelque forme que ce soit ». Elle a été
ratifiée par le Burkina Faso le 23 juillet 1990. Elle est entrée en vigueur partout dans
le monde en septembre 1990.
22 Des études et des travaux académiques relatifs aux thèmes
du trafic et de la traite des enfants au Burkina Faso

Une première revue de littérature relative à ces différents
thèmes révèle que le sujet est une préoccupation réelle pour les
chercheurs même si les études sur le trafic (Korsaga, 2005, Barro,
2006, Dayamba, 2006) ou la traite (Somé, 2007) des enfants au
Burkina Faso, comme nous allons le voir ci-dessous, sont moins
nombreuses que celles sur le travail des enfants (Boursin, 1996 ;
Sanogo, 2003 ; Ouédraogo, 2006 ; Traoré/Rabo, 2006 ; Wangré et
Maïga, 2008 ; Wouango, 2011). Trois travaux de mémoires soutenus
sur le thème de la lutte contre le trafic des enfants ont particulièrement
marqué notre attention.
Renaud Fulbert Korsaga (2005) s’est intéressé surtout aux
causes du trafic des enfants et aux conséquences de ce phénomène non
seulement sur les enfants, mais aussi sur la société d’origine. Il
analyse les raisons socioculturelles, socioéconomiques,
psychosociales et institutionnelles à l’origine de cette pratique. À la
fin de son travail, il précise que : « le trafic est un véritable fléau
social capable d’annihiler les efforts de développement » (Korsaga,
2005 : 101). Pour cette raison, il invite à une collaboration nationale et
internationale en vue d’une lutte efficiente. Il propose, également,
l’éducation, la formation et la conscientisation des populations à un
plus grand engagement dans la lutte. Son étude est à la fois
fondamentale et opérationnelle.
Quant à Abdoulaye Barro (2006), il a mené une étude sur
l’impact de la sensibilisation dans la lutte contre le trafic des enfants
au Burkina Faso dans deux localités (les départements de Kokologo et
de Kangala). L’étude lui a permis de constater dans les deux
départements concernés, une prise de conscience et un changement
dans le comportement d’ensemble des populations. Néanmoins, une
légère résistance persiste, car la mise au travail précoce des enfants
n’est pas totalement condamnée par les populations locales, qui la
considèrent comme un processus de socialisation.
Barro, contrairement à Korsaga, insiste sur le fait qu’il existe
un lien très étroit entre la mise au travail précoce des enfants et la
représentation que la population a de celui-ci. Il identifie deux
principales causes de la pratique du trafic dans les deux départements
de Kokologo et de Kangala : les causes socioculturelles (éducation par
le travail, la culture de la migration, le confiage…) et celles
23 économiques (besoins matériels, recherche de travaux
rémunérateurs…). Il souligne que l’éducation et l’instruction peuvent
être considérées comme des facteurs entretenant le phénomène de
trafic. Ils en sont également les principales conséquences.
Fifou Dayamba (2006) a fait un état des lieux et a donné des
recommandations pour lutter contre le phénomène de trafic des
enfants au Burkina Faso. Ce dernier montre que le phénomène du
trafic et du travail des enfants est une réalité au Burkina Faso. Ces
phénomènes engendrent de nombreuses conséquences pour les enfants
sur divers plans. Il y a des conséquences :
− sociales (détresse, délinquance juvénile, prostitution,
criminalité, vol, viol, violence, mendicité, chômage au niveau
de la zone de destination) ;
− physiques sur la victime (malnutrition, maladies, maltraitances,
traumatisme…) ;
− économiques (exploitation, perte de main-d’œuvre au niveau
de la localité d’origine) ;
− culturelle (jeunes non-initiés) et sur l’instruction
(nonscolarisation, déperdition scolaire, etc.).

Comparativement aux travaux de Korsaga et de Barro, son
étude est plus opérationnelle, plus axée sur des propositions de
solutions pour l’éradication de ces deux phénomènes, car il a pour
préoccupation de susciter une plus grande prise de conscience de la
part des décideurs. Il préconise la lutte contre la pauvreté surtout en
milieu rural comme axe principal. À cet effet, il suggère :
- la sensibilisation, l’éducation citoyenne ;
- la construction d’infrastructures éducatives et de formation ;
- la création d’emploi pour les jeunes, surtout en milieu rural,
par la construction de barrage et l’octroi de crédits aux jeunes ;
- le soutien aux activités génératrices de revenus des femmes.

Aux décideurs politiques, il suggère également :

- la ratification des conventions internationales garantissant les
droits des enfants contre toutes les formes d’exploitation ;
- la réglementation nationale spécifique au phénomène du trafic
et du travail des enfants et de son application stricte ;
- la répression ;
24 - la multiplication des centres de transit et de réinsertion sociale
(le suivi des enfants rapatriés sont cités comme pouvant à
court terme freiner ces phénomènes).

Il préconise des activités de maraîchage, de culture de contre
saison, d’artisanat, d’élevage, comme des activités pouvant retenir les
jeunes en milieu rural. Il cite également comme solution au
phénomène, la scolarisation et le maintien des enfants à l’école, le
recrutement et la formation des jeunes majeurs dans divers domaines
de production économiques.
Nous avons relevé des travaux académiques qui s’écartent du
thème du trafic pour se consacrer à celui du travail des enfants au
Burkina Faso. A ce niveau, nous avons retenu les études de sept
auteurs. Il s’agit des travaux de Frédérique Boursin (1995–1996),
Noufou Sanogo (2003), Touwendé Joachim Ouédraogo (2006),
Salamata Traoré/Rabo (2006), Naba Jérémy Wangré et Alkassoum
Maïga (2008) et Joséphine Wouango (2011).
Frédérique Boursin (1995–1996) s’est intéressée aux enfants
de la rue à Ouagadougou au Burkina Faso. Elle a cherché à savoir si
ces enfants sont effectivement des victimes passives c’est-à-dire sous
l’influence du groupe des pairs, ou de la famille à qui il est accordé un
rôle primordial. Les résultats de son enquête lui ont permis de passer
de la perspective d’enfant délinquant à celle d’enfant travailleur. Ce
dernier n’est plus perçu comme étant un marginal, mais plutôt comme
un acteur qui participe à l’économie de son pays. Les enfants de rue
travaillent, pour la plupart, dans le secteur informel (vendeurs
ambulants, cireurs de chaussures, gardien de motocyclette, bicyclette,
voiture, etc.).
Noufou Sanogo (2003), dans sa recherche, s’est intéressé au
travail des enfants dans le milieu rural. Il analyse les dures conditions
de travail de ces enfants dans le secteur agro-pastoral et plus
précisément le cas des enfants bouviers du village de Sokoroni. Il
conclut que le travail des bouviers revêt les pires formes de travail des
enfants, dans la mesure où leur travail consiste au gardiennage et à la
conduite des troupeaux en pâturage en tout temps et en tout lieu
moyennant un veau tous les six mois de travail effectif. Il fait le point,
dans son étude, sur la législation burkinabè par rapport au travail des
enfants. Son constat est que cette législation est insuffisamment
appliquée.
25 Touwendé Joachim Ouédraogo (2006) s’est intéressé au travail
d’enfants dans le domaine de l’orpaillage. Il a pris le cas spécifique du
site d’orpaillage de Bouda au Burkina Faso. L’auteur montre comment
malgré un arsenal juridique et institutionnel étatique, des enfants
demeurent toujours victimes de travaux dangereux.
Salamata Traoré/Rabo (2006) a mené des recherches sur le
travail des enfants comme un des handicaps à la réussite scolaire dans
le village de Karengtenga et dans la circonscription d’éducation de
base de Ouagadougou n° 12. Ses analyses révèlent que le travail des
enfants constitue un lourd fardeau pour les jeunes élèves et handicape
sérieusement leur réussite scolaire. L’auteur porte son attention sur
une des principales conséquences du travail des enfants, à savoir la
privation de son droit à la scolarisation.
Naba Jérémy Wangré et Alkassoum Maïga (2008) se sont
intéressés, quant à eux, aux enfants de la rue en Afrique, et notamment
au Burkina Faso. Les deux auteurs analysent la culture de la rue
comme une sous-culture. Celle-ci impose aux enfants une autre vision
du monde. Elle les conduit à adopter une attitude de négation de
certaines valeurs sociales. Les travaux de ces auteurs ont contribué à
appréhender les constructions identitaires, les stratégies de survie des
enfants de la rue.
Joséphine Wouango (2011) s’est intéressée au travail des
enfants dans une carrière de granit du quartier Pissy de la ville de
Ouagadougou. L’auteur explique que les conditions de travail de ces
enfants, concassant le granit, sont considérées comme dangereuses par
les textes juridiques nationaux et internationaux. À travers l’étude
qu’elle a menée, elle cherche à comprendre l’expérience des enfants
qui travaillent dans cette carrière pour tester l’hypothèse selon laquelle
l’école serait un moyen efficace de lutte contre le travail des enfants.
L’enquête de terrain révèle que le travail des enfants dans la carrière
n’est pas déterminé uniquement par des aspects économiques. De
l’avis de l’auteur, le souhait des parents, de certains enfants et
adolescents de trouver un autre emploi pour les enfants travailleurs
relance le débat sur le « droit au travail » pour les enfants. L’étude
révèle la complexité de la relation entre le travail et l’école et la
nécessité d’élargir et de diversifier les opportunités d’éducation et de
formations professionnelles officielles pour les enfants et les
adolescents travailleurs.
La revue des études de ces différents auteurs a permis d’avoir
une idée sur les différentes activités menées par les enfants en ville en
26 vue de leur survie. Les activités informelles menées à leur propre
compte ou pour celui d’un patron, leur permettent d’avoir de modestes
moyens de subsistance pour eux-mêmes, voire aussi pour leur famille.
La vie dans la rue ou la recherche d’une activité rémunérée
fait, de cette catégorie d’enfants de la rue ou dans la rue, des proies
faciles pour d’éventuels acteurs du trafic ou de traite d’enfants. Ces
enfants sont particulièrement réceptifs aux promesses d’un avenir
meilleur que les trafiquants leur font miroiter.
Par ailleurs, ces différentes recherches ont inventorié les
différentes activités que les enfants peuvent mener soit de plein gré
soit par contrainte. Le phénomène d’enfant au travail au Burkina Faso
est donc une réalité. Ils sont dans le secteur agricole, minier, informel,
celui de l’emploi domestique, etc.

Les rapports d’études des Organisations Non
Gouvernementales

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et les
associations de développement, tout comme les ministères spécialisés,
sont confrontées à la marchandisation des enfants à travers leur trafic,
leur traite ou leur exploitation dans leurs zones d’intervention.
Certaines de ces institutions ont aussi commandité des études pour
cerner le phénomène. Ces études donnent lieu à des rapports pouvant
permettre de réajuster leurs stratégies d’intervention en vue de
modifier la situation encourue par les mineurs exploités (BIT/IPEC
2000, 2003 ; Bourdillon, 2006 ; Boursin, 2006 ; Croix rouge
burkinabè, 2006 ; Enda Tiers-Monde jeunesse action, 2008 ; Fonds
enfants et PSVDHTE, 2005, 2006 ; MTEJ et alii, 2002 ; OIT et alii,
2000 ; Les partenaires de Terre des Hommes Allemagne au Burkina,
2002 ; Terre des Hommes Allemagne, octobre 1999 ; UNICEF, avril
2002, novembre 2002).
Les premières enquêtes produites par les ONG et les structures
étatiques ont eu pour but d’attirer l’attention de l’opinion publique sur
l’existence de ces phénomènes et sur l’urgence de mettre en place des
mesures nationales et internationales contre des phénomènes qui
prennent de l’ampleur. Ces études ont été réalisées par l’Organisation
Internationale du Travail et d’autres partenaires
(OIT/BIT/IPEC/METSS, 2000), le Fond des Nations Unies pour
l’enfance (UNICEF) 1998, 2001, 2002).
27 L’inconvénient des documents qui proviennent des ONG
réside dans le fait qu’ils sont, pour la plupart, parcellaires et
concernent des localités bien précises.
Le BIT/IPEC/Lutrena (2000, 2002), en collaboration avec
d’autres partenaires, s’est intéressé au trafic d’enfant à des fins
d’exploitation de leur force de travail sur le territoire national
burkinabè. Leur étude prospective de 2000 leur a permis de choisir,
pour leur intervention, les régions de l’Est, du Sud-Ouest et du
NordEst (surtout la province du Sourou), définies comme zones de forte
prévalence.
Les travaux de PROSAD et de Fonds Enfants concernent les
régions du Sud-Ouest (2005) et de l’Est (2006).
L’UNICEF s’est intéressé au trafic des enfants dans les régions
du centre, de la Boucle du Mouhoun, du Centre-Ouest et de l’Est du
pays.
La Croix Rouge burkinabè (2006), quant à la elle, a porté son
attention sur les cas spécifiques des provinces de la Comoé, du
Kadiogo et du Houet.
Terre des Hommes (TDH) Lausanne a principalement mené
des investigations sur la migration de travail (2008) et la traite des
enfants dans les provinces du Sourou, du Kénédougou, du Houet et du
Kadiogo. En ce qui concerne les filles domestiques du Sourou, TDH
Lausanne prend le parti de « considérer que leur flux en direction de
Ouagadougou, Bobo et le Mali constitue un phénomène migratoire
massif, profondément ancré dans le mode de fonctionnement des
communautés villageoises du Sourou, et non un fléau émergent, de
nature fondamentalement criminelle ou perverse, réductible au
concept international de traite des personnes, en particulier des
femmes et des enfants » (TDH Lausanne, 2008 : 8).
TDH Allemagne et Save The Children Canada mènent leurs
activités essentiellement dans la région des Hauts-Bassins.
Rappelons qu’il y a eu une évolution dans la traduction du
terme anglais « trafficking ». Traduit au départ comme étant du
« trafic », il a ensuite désigné la traite. « Smuggling » est le terme
anglais qui correspond, en réalité, au trafic de migrants. Ces
fluctuations sont perceptibles au niveau des études des ONG. Ainsi, la
revue des partenaires de Terre des hommes Allemagne illustre bien
cette fluctuation. Jusqu’en 2005, la revue était intitulée comme suit :
« Pour dire non au trafic des enfants en Afrique de l’Ouest » (2004,
28 2005). A partir de 2006, la revue est intitulée « Pour dire non à la
traite des enfants » (2006, 2007, 2008).
La spécification conceptuelle officielle, comme nous l’avons
23précédemment souligné , est intervenue en 2008 au Burkina Faso
avec la loi n° 029 : 2008/AN du 15 mai 2008 portant lutte contre la
traite des personnes et les pratiques assimilées. Celle-ci est une
relecture de la loi n° 038-2003/AN du 27 mai 2003 portant définition
et répression du trafic d’enfants. Cette relecture a été nécessaire pour
rendre la loi conforme au Protocole de Palerme.
Les travaux des institutions nous permettent de distinguer trois
cas de figure de définition du trafic.
Le premier cas de figure : les premières études ont assimilé le
trafic d’enfant à la traite du fait d’une traduction incorrecte de
l’anglais au français. Ainsi, les caractéristiques du trafic étaient
décrites comme étant similaires à celles de la traite (Les partenaires de
Terre des Hommes Allemagne au Burkina, 2002 ; Lutrena, MTEJ et
alii, 2000, 2002 ; Terre des Hommes Allemagne, 1999 ; UNICEF,
avril 2002 et novembre 2002).
Le deuxième cas de figure : les diverses recherches
commanditées par les ONG et structures étatiques au Burkina Faso ont
entrepris de globaliser leur objet d’étude. Elles se sont alors
intéressées aux « Pires Formes de Travail des Enfants » selon les
24définitions du BIT (Fonds enfants et PSVDHTE, 2005, 2006), ainsi
qu’à l’exploitation du travail des enfants (Croix Rouge Burkinabè,
2006).
Le troisième cas de figure : les différents travaux ont
commencé à distinguer le trafic illicite de migrants de la traite des

23- cf. 1.3.3.Les étapes de la reconnaissance du trafic et de la traite des enfants.
24- L’expression « Pires Formes de Travail des Enfants » comprend :
-toutes les formes d’esclavages ou pratiques analogues telles que la vente et la traite
des enfants, la servitude pour dette et le servage ainsi que le travail forcé ou
obligatoire, y compris le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur
utilisation dans des conflits armés ;
-l’un, le recrutement ou l’offre d’un enfant à des fins de prostitution, de
production de matériel pornographique ou de spectacle pornographique ;
-l’utilisation, le recrutement ou l’offre d’un enfant à des fins d’activités illicites,
notamment pour la production et le trafic de stupéfiants, tel que le définissent les
conventions internationales pertinentes ;
-les travaux qui par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont
susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l’enfant.
(Cf. Convention 182, article 3, 1999)
29 Etres humains. Des cas de traite ne sont plus définis comme du trafic
(UNICEF, 2005). Hormis TDH Lausanne, les autres structures à la
lumière de leurs études parlent de traite des enfants telle que la définit
la loi n° 029.

État des différents travaux relatifs au trafic, à la traite des
enfants

Nous retenons que le trafic, la traite et le travail des enfants
préoccupent non seulement la recherche académique, mais aussi la
réflexion dans l’action des institutions spécialisées et structures
étatiques et/ou non étatiques en contact direct avec les populations
locales. L’intérêt de ces différentes recherches repose sur deux
préoccupations (connaissance et initiation d’actions de lutte) liées à ce
phénomène social. Ces préoccupations conduisent à adopter deux
approches principales du trafic des enfants.
La première approche est celle des individus et des institutions
qui sont pour l’éradication totale de toute forme de mobilité et de
travail des enfants qu’ils associent à une exploitation en bonne et due
forme. Dans ce cas, toute forme de trafic d’enfants est assimilée à une
exploitation par le travail.
Cette première approche est celle de la plupart des experts des
structures internationales telles que le BIT, OIT, l’UNICEF, Aide à
l’Enfance Canada, etc.
La deuxième approche concerne surtout les structures qui
œuvrent pour la promotion des droits de l’enfant travailleur, en
sécurisant leur trajet et leur travail afin d’éviter une récupération des
ressources acquises par des réseaux de trafiquants.
Cette approche est adoptée par l’Association des enfants et
Jeunes Travailleurs (AEJT) et des ONG des pays du sud. Ces derniers
prônent une valorisation et une reconnaissance positive du travail des
enfants qui sont des acteurs démunis.
Il s’agit, par ailleurs, des structures comme Terre des Hommes
(TDH) Lausanne, le Projet d’Appui Contre la Traite des Enfants
(PACTE) qui œuvrent pour une protection des enfants migrants
travailleurs sur leur trajectoire et leur lieu de destination.
Notre problématique prendra en compte ces deux approches,
abolitionniste du travail des enfants et protectrice du droit des enfants
travailleurs et migrants, parce qu’elles peuvent expliquer les usages
30 sociaux de la législation relative au trafic, à la traite et au travail des
enfants au Burkina Faso.

Les phénomènes du trafic, de la traite et du travail des
enfants vus par la presse et les médias : le paysage
médiatique et les principaux sujets abordés

Le phénomène de trafic des enfants est resté absent des médias
burkinabè et internationaux jusque vers le début des années 2000. À
partir de cette période, par contre, ce phénomène a fait l’objet d’une
médiatisation croissante. Cette prise en compte dans le discours des
médias est liée à l’intérêt que des institutions internationales, telles
que l’OIT, le BIT, l’UNICEF, la Banque Mondiale, portent à cette
problématique depuis les années 2000. Il en va de même dans les
médias burkinabè.
Le recours à des déplacements d’enfants en vue de les faire
travailler est une pratique ancienne liée aux conditions de vie précaires
(Jacquemin, 2007 ; Elodie Razy et Marie Rodet, 2011). Mais que se
passe-t-il au cours des années 2000 pour que le phénomène de trafic
des enfants acquière une grande et croissante visibilité dans les
médias ? Comment cette pratique est devenue au Burkina Faso une
question sociale digne de retenir l’attention des journalistes ? Quel
processus a contribué à la construction sociale de ce phénomène,
relayé par les médias de tous genres (presse écrite, audio et
audiovisuel) ?

Dans cette partie, il s’agit de s’intéresser à l’historique du
traitement de l’information sur le phénomène de trafic des enfants par
les médias. Cette approche historique nous permettra de saisir et de
montrer son évolution, à travers l’analyse chronologique d’un corpus
de médias burkinabè. Bien que ne pouvant pas procéder à un
dépouillement exhaustif de l’ensemble des médias de la période de
2000 à 2013, l’analyse s’est appuyée sur un échantillon suffisamment
fourni.
De quelle réalité du trafic, de la traite des enfants et de leur
mise au travail les médias burkinabè rendent-ils compte ? Quelle (s)
image (s) des enfants introduits dans le circuit de trafic
véhiculentils ?
31 Cette tendance récente des médias burkinabè à s’intéresser aux
phénomènes du trafic et de la traite des enfants au Burkina Faso
s’inscrit dans un contexte où il existe divers enjeux notamment
politiques, économiques et sociaux. Ce contexte est marqué par la
production de l’or, du coton, bases de l’économie du pays.

Le paysage médiatique au Burkina Faso

Le paysage médiatique du Burkina Faso est actuellement
composé d’une presse privée et des moyens d’information de l’État.
Peuvent être répertoriés 47 journaux, tous genres confondus, dont 5
quotidiens, 10 hebdomadaires, un mensuel, 5 bimensuels paraissant
régulièrement.
Nous avons répertorié parmi les quotidiens : L’Observateur
Paalga (quotidien privé créé en 1973), Sidwaya (journal étatique créé
en 1984), Le Pays (créé en 1991), L’express du Faso (créé en 1998),
Le Quotidien (créé en 2009).
L’inventaire des hebdomadaires concerne : le Journal du jeudi
(premier journal satirique du pays créé en 1991), L’indépendant
(journal de l’opposition créé en 1993), Le Bendré (créé en 1993),
L’opinion (créé en 1997), Evasion (1996), L’aurore (1996), San Fina
(1999), La voix du Sahel (1999), L’hebdomadaire du Burkina (1999),
Labor tribune.
Nous avons dénombré trois mensuels qui sont : L’Etendard
(créé en 2000), L’étalon enchaîné (créé en 2008) et Mutations (créé en
2011).
25Les bimensuels sont L’événement (2001), La colombe
(2000), L’éveil (1994), Le Reporter (2007), Courrier confidentiel
(2011).
La presse écrite burkinabè a connu un important essor avec le
processus de démocratisation initié au début des années 1990.
L’espace médiatique de la presse écrite s’est élargi et enrichi avec des
journaux privés de divers formats, aux vocations éditorialistes et
périodicités diverses. En général, les quotidiens sont tous orientés vers
l’information générale ; les périodiques se positionnant comme des
presses d’opinion.
Il existe une presse en langues nationales, en marge du circuit
officiel, mais soutenue par des ONG et des programmes de

25- Le bimensuel, L’évènement est devenu un bi-hebdomadaire en novembre 2012.
32 développement ruraux. Elle est présente dans les zones de culture de
rente comme le coton et dans les régions à forte alphabétisation. Une
26dizaine de titres réguliers irrigue les différentes zones linguistiques
du pays avec une nette prédominance sur le plateau mossi, où résident
la majorité de la population burkinabè. Cette presse particulière est
animée par une association qui tente de l’organiser et de lui donner
une certaine vitalité.

Le corpus de la presse

Pour analyser les représentations sur les phénomènes de trafic,
de traite et de travail des enfants, un corpus non exhaustif de 155
articles a été constitué. Ce corpus a été obtenu de diverses manières.
Pour la période antérieure à 2003, les articles retenus ont été
sélectionnés dans les quotidiens Sidwaya, L’Observateur Paalga, Le
Pays, Le journal du soir, l’Express du Faso, Le Quotidien,
l’hebdomadaire le Journal du Jeudi, et le bimensuel L’Evénement.
Certains articles ont été relevés dans la bibliographie d’études (Terre
des Homme/Allemagne au Burkina Faso (les partenaires), 2002 : 61,
63-66) réalisées localement sur le sujet et des mémoires d’étudiants
(Traoré/Rabo, 2006 : 82 ; Korsaga, 2005 : 104).
Cette revue de presse écrite burkinabè est complétée par un
relevé sur internet de 21 articles parus depuis 2003 dans 3 quotidiens
nationaux (Sidwaya, Le pays et L’Observateur Paalga).
Rien ne permet d’affirmer que cette revue de presse soit
exhaustive. Cependant, leur recoupement et leur complémentarité
permettent de penser que les articles cités constituent la grande
majorité des publications de 2000 à 2014 sur le trafic, la traite et le
travail des enfants.

Les principaux thèmes abordés et les représentations que
les médias donnent du travail et/ou du trafic, de la traite
des enfants au Burkina Faso et en Afrique de l’Ouest

Les articles publiés permettent aux structures privées
impliquées dans la lutte contre le trafic des enfants et aux autorités de
prendre la parole pour s’exprimer sur le phénomène. Les victimes s’y

26- Nous n’avons pas la liste exhaustive des journaux en langue nationale.
33 27expriment très rarement, mais apparaissent sur les photos parfois aux
côtés des trafiquants.
De nombreux articles renseignent sur le phénomène. Ils
permettent aux structures privées d’avoir de nouveaux éléments pour
orienter, organiser, planifier et pour diriger leurs actions. La presse
écrite présente principalement le caractère immoral des phénomènes
de trafic, de traite et de travail des enfants. Les articles invitent à
initier des actions visant l’abolition de ces pratiques.
Les principaux sujets abordés par ces articles concernent les
thématiques suivantes :

-Thématique concernant les interceptions et les
rapatriements

Les cas d’interception et de rapatriement d’enfants sont relayés
par la presse nationale notamment :
Le quotidien Le Pays du 5 juin 2001 publie un article, écrit par
Hamed Traoré, intitulé « Lutte contre le trafic d’enfants : 104 mineurs
rapatriés de Côte d’Ivoire ». Parmi eux, il y avait une vingtaine de
filles. Le rapatriement de ces enfants est le résultat de la collaboration
avec les autorités burkinabè résidant à Bouaké en Côte d’Ivoire, les
autorités ivoiriennes, le Ministère des Affaires Etrangères et le
Ministère de l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale. Le samedi
12 mai 2001, 12 enfants ont été reçus au Burkina Faso. 18 ont été
rapatriés le 18 mai et 27 le 31 mai. La plupart de ces enfants
voyageaient avec des parents ou d’autres personnes qui n’ont pas été
capables de fournir des pièces administratives attestant leurs liens de
parentés. Ces enfants rapatriés venaient de toutes les provinces du
Burkina Faso.
Dans la rubrique « société » de Sidwaya, du 5 juin 2001,
Gabriel Sama a produit un article intitulé : « Rapatriement d’enfants
de Côte d’Ivoire : sans motifs valables ». Cet article lui a permis de
dénoncer les cas de rapatriements arbitraires. 27 enfants ont été
interceptés le 31 mai 2001 à la frontière de la Côte d’Ivoire par la
police de ce pays et ils ont été rapatriés. Pourtant, certains étaient
accompagnés de leurs parents. Parmi les rapatriés figuraient aussi des
jeunes mariées qui n’avaient aucun document attestant de leurs statuts

27 - Dans 2 articles du journal L’Observateur Paalga du 20 janvier 2010 et du 26
septembre 2011 et dans 1 article de Sidwaya du 12 juillet 2006.
34 de femmes majeures et d’épouses. Leurs époux ont été retenus par la
police.
L’Observateur Paalga du 12 juin 2001 contient un article
intitulé « Trafic d’enfants : 10 Nigériens interceptés à Dori ». La
même information est relayée par le quotidien Le Pays du 12 juin
2001. Ce dernier mentionne : « Des enfants nigériens interceptés à
Dori » dans la province du Séno. 10 enfants de nationalité nigérienne
ont été interceptés par la police nationale de Dori le 3 juin 2001. Agés
de 6 à 15 ans, ils ont été amenés à Dori par un marabout qui les aurait
abandonnés depuis la fin des dernières récoltes pour retourner au
village. À la fin de son article, le journaliste, Ali Mahamoudou Maïga,
s’interroge : élèves coraniques ou trafic d’enfant ?
Dans Sidwaya du 3 octobre 2001, dans la rubrique « Société »,
figure un article intitulé « Balé : trafic de soixante-neuf enfants :
soixante-six rapatriés ». Ce convoi d’enfants mineurs a été intercepté
le 26 septembre à Oury. Il se dirigeait vers les périmètres irrigués et
vers les champs de coton à Karagasso-Vigué, à la recherche d’un
emploi dans les exploitations agricoles. Les membres du convoi furent
rapatriés. Certains parents de ces mineurs ont reconnu avoir donné
leur accord aux enfants désireux de partir. Ils justifient leur accord par
le manque de moyens de subsistance au village.
L’article de Sidwaya », du 29 septembre 2004, intitulé :
« Niangoloko, l’association « Ton » lutte contre le trafic des enfants »,
28écrit par Mamadou Yere de l’AIB Comoé , évoque l’intensification
des activités de lutte de « Ton » et les multiples interceptions
d’enfants destinés aux plantations en Côte d’Ivoire. Cet écrit a pour
principal but de médiatiser l’interception de 3 enfants qui devaient être
utilisés dans les plantations de Côte d’Ivoire. « Ton » est une
association qui s’est fixée pour objectif de lutter contre le trafic
d’enfants et elle a opté pour la sensibilisation et les patrouilles
régulières.
Souleymane Zouré de L’Agence d’Information du Burkina
(AIB) a publié le vendredi 22 octobre 2004 un article sur des
rapatriements titré « Trafic d’enfants dans le Ioba : la gendarmerie de
Dano a intercepté vingt-six enfants » dans la rubrique « Société ». Ces
enfants originaires de la province du Ioba allaient en destination de
Bobo-Dioulasso et Mangodara. Parmi eux, il y avait 11 garçons, âgés

28- Adresse de la version électronique : http://www.lefaso.net/spip.php?article4195
Accueil du site>Régions
35 environ de 14 à 16 ans originaires de Mou, Sala, Navrikpè dans le
département de Dissin. Ils ont été arrêtés le 22 octobre. 11 autres
enfants, âgés de 12 à 17 ans dont 3 filles, en provenance de Zambo ont
été interceptés le 4 septembre 2004. Le 6 septembre de la même
année, 4 filles âgées de 13 à 16 ans environs venant du village de
Bolimbar dans le département de Dano et un garçon de Zambo ont été
29interceptés. Cette interception a été rapportée par lefaso.net .
« Trafic d’enfants : Une petite Nigériane cherche le chemin du
30 erretour "at home" » est le titre d’un article sur lefaso.net du 1 juin
2005. Cet article a été produit par Hortense Zida de la Direction de la
Communication et de la Presse Ministérielle (DCPM) du Ministère de
l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale (MASSN). Cette
Nigériane avait été amenée au Burkina Faso par un proxénète. Dès
qu’elle a découvert qu’on la destinait à la prostitution, elle a pris la
fuite et elle a été sauvée par des personnes de bonne volonté qui l’ont
orientée vers les structures habilitées à l’aider à retourner dans son
pays.
31« Trafic d’enfants : 18 filles déroutées à Boromo » est un
écrit de Rasmané Zongo de l’AIB/Boromo paru dans Sidwaya et cité
par lefaso.net le 17 octobre 2006. En partance pour Karagasso-Vigué,
ces filles et leurs guides ont été interceptés le 24 septembre 2006 à la
gare routière de Boromo par la gendarmerie et la direction provinciale
de l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale des Balé. Leur
présence dans cette localité avait été signalée par des transporteurs
membres du Comité de Vigilance et de Surveillance (CVS) mis sur
pied pour lutter contre ce phénomène.
32Mamadou Yere de l’AIB/Comoé a écrit un article intitulé :
« Trafic d’enfants : 25 enfants interceptés » le 10 juin 2006. Le
journaliste explique comment des émissaires du « Comité
départemental de Soubré de lutte contre la traite et les pires formes de
travail des enfants en République de Côte d’Ivoire » ont convoyé à
Banfora, le 05 juin 2006, 25 enfants, en situation de trafic. Ces enfants
avaient été interceptés à Soubré en République de la Côte d’Ivoire.
Dans son numéro 5754 du 17 novembre 2006, Sidwaya, titre
un de ses articles : « trafic, exode et traite d’enfants : les réalités d’un
phénomène persistant ». Il y est question d’une interception à Boromo

29-Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article4716 Accueil du site>Régions
30- Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article7581
31- Site : http.net/spip.php?article16980 Accueil du site>Régions
32- http://www.lefaso.net/spip.php?article14406 Accueil du site>Actualités>Société
36 de 18 filles en partance pour les champs de coton de
KarangassoVigué dans la province du Houet. Le journal dénonce la complicité de
certaines proches des victimes qui livrent les enfants aux propriétaires
des champs.
« Trafic d’enfants. Un groupe de 10 filles interceptées à
Dano » est le titre d’un article de Souleymane Zouré, paru le 8
septembre 2009 dans Sidwaya, dans la rubrique Les régionales. Ces
filles, originaires du département de Zambo, dans la province du Ioba,
étaient en partance pour la capitale, Ouagadougou, à bord d’un car de
transport. Appartenant à la tranche d’âge de 12 à 17 ans, ces filles,
pendant leurs interrogatoires, ont cité le nom d’un monsieur résidant à
Ouagadougou qui était chargé de les accueillir et de les aider à trouver
des emplois de domestiques et serveuses dans les bars. Avant leur
retour en famille, les agents de l’Action Sociale les ont sensibilisées
sur les pires formes de travail des enfants.
L’Observateur Paalga du 20 janvier 2010 contient un article,
intitulé « Trafic d’enfants. 14 victimes interceptées par la police de
Banfora », publié par Luc Ouattara dans la rubrique Société. 14
enfants de sexe masculin, âgés de 8 à 16 ans en partance pour la Côte
d’Ivoire ont été interceptés le 15 janvier 2010 par la Direction
Régionale de la Police de Banfora et remis à la Direction Provinciale
de l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale de la Comoé. Mais, la
police n’a pas pu mettre la main sur celui qui accompagnait ces
gamins. Les enfants ne savaient pas leur destination précise. Dès le
lendemain, ils ont été rapatriés dans leurs villages d’origine à Dargo et
à Pièla. La Comoé est une zone d’accueil et de transit pour le trafic
des enfants et il convient de redoubler de vigilance, selon le
responsable de l’Action Sociale.
Le journal Le Quotidien, du 2 novembre 2012, contient, dans
la rubrique Société, un article d’Alphonse Chiba Guébré intitulé
« Lutte contre la traite des enfants. 387 enfants libérés, 16 auteurs
présumés déférés ». Il y est question de l’« Opération Tuy », une
action conjointe de la Direction Générale de la Police Nationale, de
l’Organisation Internationale de Police Criminelle (OIPC)-Interpol et
de l’Action Sociale qui a permis de retirer de la traite 387 enfants,
dont 81 filles, et de déférer 16 auteurs à la Justice. Ces enfants, âgés
de 10 à 18 ans (dont 5 de nationalité étrangère) travaillaient dans les
domaines de l’orpaillage, du commerce, de la pêche et de
l’agriculture. L’« Opération Tuy », menée du 29 au 30 octobre 2012,
est une opération de lutte contre la traite des enfants qui a concerné les
37 villes de Ouagadougou, de Bobo-Dioulasso et de Houndé. Elle a
permis d’identifier 48 cas avérés de traite, dont 41 sur les sites et 7
avec les maîtres coraniques.
Les articles qui évoquent les interceptions permettent de
connaître certaines localités de départ (les provinces du Ioba, du
Sourou, du Gourma, de la Gnagna, des Balé…) et de destinations
(Provinces du Kadiogo, du Houet, de Tuy, …) des enfants. Ils laissent
percevoir le caractère national et international (du Burkina Faso vers
le Mali, la Cote d’Ivoire, le Niger… ou du Niger, du Nigéria… vers le
Burkina Faso) du phénomène de la marchandisation et de la mobilité
des enfants. Par ailleurs, les journalistes décrivent les circonstances de
départ et de retour dans la localité d’origine des enfants. Le constat est
qu’au fil des années, le nombre d’enfants interceptés augmente parce
que les forces de l’ordre ont reçu des instructions d’être plus vigilants.
Les victimes sont aussi bien des filles que des garçons. Ces articles
dénoncent également des cas de rapatriements arbitraires.

-Thématiques : arrestations et incarcérations

Quelques rares cas d’arrestation et d’incarcération des auteurs
du trafic ou de la traite sont également transmis aux médias par les
forces de l’ordre.
Dans Le Pays du 24 avril 2001, il est question de « Trafics
d’enfants : des suspects emprisonnés à la MACO ». Les services de
sécurité burkinabè ont appréhendé deux individus originaires du
Ghana qui transitaient par le Burkina Faso avec neuf enfants âgés de 6
à 9 ans. Aucune de ces personnes ne détenait un titre de voyage et
n’était en possession d’une pièce d’identité. Les chefs de file des
enfants ont affirmé qu’ils étaient en partance pour la Gambie pour
remettre les enfants à leurs parents. Face aux propos contradictoires et
peu cohérents des adultes, ils ont été suspectés de trafic d’enfants et
détenus à la MACO, en attendant d’être jugés.
« Gnagna : arrestation d’un trafiquant d’enfants à Bogandé »
est un article paru le 5 avril 2004 dans Sidwaya dans la rubrique
« Société ». Il a été rédigé par Moussa Lankoandé de
l’AIB33Bogandé . Le journaliste affirme que l’homme qui convoyait les
enfants a été appréhendé à Bogandé par la gendarmerie de cette
localité. Il était en compagnie de 5 mineurs originaires de la ville de

33 - Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article1764
38 Manni, située à 35 kilomètres au Nord du chef-lieu de la province de
la Gnagna (Bogandé). Agés de 13 à 16 ans, les victimes sont toutes
des garçons et ont été enlevées à l’insu de leurs parents. Ils étaient en
destination de Partiaga. L’individu arrêté n’en serait pas à son premier
acte. En 2003, il aurait trafiqué 4 enfants de la même ville de Manni
vers la même destination. En attendant d’être transféré au Tribunal de
grande instance de Fada, l’auteur a été gardé à la gendarmerie de
Bogandé. Quant aux enfants, ils ont été remis à leurs parents.
« Lutte contre le trafic d’enfants : une proxénète arrêtée à
Koupèla » est un article de O. A. L. L. paru dans Sidwaya le 30
34décembre 2005 et cité par Lefaso.net . Il y est question du
démantèlement d’un réseau de proxénètes à Koupèla par la brigade de
gendarmerie de cette ville. Une Nigériane âgée de 60 ans, cerveau du
réseau, a été arrêtée 23 décembre 2005. Avec la complicité d’autres
Nigérians, cette dame faisait venir des jeunes filles âgées de 14 à 15
ans pour les livrer à la prostitution. Des jeunes nigérians vivant au
Burkina Faso se rendent dans leur pays où ils flattent des jeunes filles
à qui ils promettent le mariage. Une fois à Koupela, ils les
abandonnent entre les mains de la proxénète, qui les héberge. Elle les
laisse souffrir de faim jusqu’à ce qu’elles acceptent de se prostituer.
Chaque prostituée doit verser cinq cents francs CFA par jour à la
proxénète. Les filles seront rapatriées et la proxénète transférée au
Tribunal de grande instance de Tenkodogo pour être jugée.
Dans la rubrique « Régions » de Sidwaya du 12 juillet 2006,
35Assany Sawadogo de l’AIB Gaoua publie un article intitulé
« Niangologo : deux trafiquants d’enfants arrêtés ». La personne mise
en cause est originaire du département de Gaoua (province du Poni). Il
a recruté un enfant qu’il a confié à un couple pour qu’il le conduise
dans la province de la Comoé pour être employé dans un champ de
coton. Le journaliste fait également un bref état des lieux du
phénomène dans la province du Poni.
« Trafic d’enfants : un maître d’école coranique écroué au
Mali » est un écrit de la rubrique « Société » daté du 12 avril 2007.
36L’auteur est Emery Albert Ouédraogo de L’Observateur Paalga . Il
errelate comment le 1 avril 2007, un maître d’une école coranique,

34 - Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article11685 Accueil du
site>Actualités>Société
35- Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article15145
36http.net/spip.php?article20165
39 ressortissant de la province du Loroum (plus précisément de la
commune rurale de Banh), à la tête de 13 enfants mineurs, a été arrêté
par la gendarmerie de Kôrô, première ville malienne à partir du
Yatenga.
37L’Observateur Paalga du 27 octobre 2008 cite un cas
d’arrestation de 3 suspects impliqués dans le trafic de 15 mineurs
originaires de Kongoussi. Ces enfants se sont rendus dans un premier
temps dans la mine de Poura et ils ont ensuite été encouragés à quitter
ce lieu pour être convoyés vers la mine de Perkoa.
Dans Le quotidien du 15 mai 2013, dans la rubrique Société, il
s’agit de l’arrestation par la gendarmerie de Ziniaré d’un individu de
nationalité burkinabè pour trafic de mineurs. Lors d’un contrôle de
routine, il a été pris en compagnie de 5 mineurs, âgés de 13 à 14 ans,
qu’il tentait d’amener à Léo où ils devraient être employés à des
tâches de travaux champêtres. L’interpellé a affirmé qu’il se livrait à
de telles activités depuis 3 ans. Il aurait hérité cet emploi de son défunt
père. Les enfants auraient été pris avec le consentement des parents
38eux-mêmes, moyennant une promesse de rémunération de 100 000
francs CFA à la fin des récoltes. Il a en outre déclaré ne pas savoir que
son activité était répréhensible. Un des parents a effectivement
confirmé avoir donné son consentement pour le départ de son fils âgé
de 14 ans parce qu’il n’avait rien à faire ; auparavant, il avait
rencontré ce monsieur qui devait l’amener et lui a demandé de prendre
soin de son enfant. Lui aussi précise qu’il ne savait pas que cela était
interdit par la loi. Les enfants seront restitués à leurs parents et
l’individu qui se livrait au trafic d’enfants sera présenté au procureur
du Faso.
Toujours dans Le Quotidien du 19 août 2013, dans la rubrique
Le voyageur de Guena, il est question de « Proxénétisme à
Ouagadougou : une jeune nigériane mise aux arrêts pour trafic
d’enfants ». La prévenue, interpellée le 15 août 2013, est une jeune
femme âgée de 27 ans. Elle avait fait venir de son pays, le Nigéria,
deux adolescentes dont l’âge est compris entre 15 et 16 ans pour se
livrer à la prostitution. Elle aurait acheté chacune des deux fillettes à
39400 000 francs CFA. Une fois au Burkina Faso, ces filles devraient

37 - Site : www.L’observateurpaalga.bf
38 - 152,449 euros.
39 - 609,796 euros.
40 40se prostituer pour lui procurer la somme de 1 000 000 de francs CFA
chacune avant de pouvoir disposer de leur liberté. L’une d’entre elles
41aurait réussi à rembourser la somme de 300 000 francs CFA en trois
semaines de prostitution tandis que l’autre n’a réussi à réunir que
4250 000 francs CFA. L’interpellée devait être déférée à la Maison
d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO).
Les articles portant sur les arrestations et les incarcérations des
auteurs du trafic attirent l’attention sur le fait qu’il existe une
législation qui réprimande cette pratique avant de citer des cas des
personnes arrêtées et/ou incarcérées. Ces écrits témoignent de
l’existence d’une lutte contre le trafic, la traite et l’exploitation des
enfants même si elle demeure embryonnaire. Ils révèlent également
certaines stratégies et la nationalité des acteurs du trafic.

-Thématique : appuis logistiques et financiers

Les journaux donnent également des informations relatives à
divers appuis logistiques et médiatisent aussi les financements alloués
aux activités de lutte, de sensibilisation contre les phénomènes de
trafic, de traite et de travail des enfants. Ils rapportent aussi les
financements destinés aux activités de réinsertions des victimes.
Des associations (exemple : Munyu), des structures onusiennes
(BIT/LUTRENA, UNICEF), des projets de développement (Fonds
Enfant, Croix Rouge Burkina…) et d’autres pays (exemple :
l’Allemagne à travers son ministère de la coopération) sont
principalement les acteurs de ces appuis.
Sur le terrain, ces acteurs collaborent avec principalement le
Ministère de l’Action Sociale et de la Solidarité Nationale, le
Ministère de la Fonction Publique, du Travail et de la Sécurité
Sociale.
Sidwaya publie le 26 novembre 2003 : « Kénédougou -
Association Munyu : des vélos contre le trafic d’enfants », un article
écrit par Appollinaire Kam de l’AIB Orodara. Il y est question d’une
remise officielle de vélos à quinze comités villageois de
communication pour le changement de comportement à Orodara, le 15

40 - 152,449 euros.
41 - 457,347 euros.
42 - 76,224 euros.
41 novembre 2003, par l’Association Munyu des femmes de Banfora.
Ces vélos ont été acquis grâce au concours financier de l’UNICEF.
« Tapoa : lutte contre le trafic d’enfants : réception
d’infrastructures et d’équipements agricoles » est un écrit de K.
Boureima Lido, journaliste de l’Agence d’Information du Burkina
43(AIB/Tapoa) . L’article a été publié dans la rubrique des « Régions »
le 23 août 2004 sur lefaso.net. Il s’agit de la réception, le 14 août
2004, du centre d’accueil pour enfants victimes de trafic par le
Secrétaire Général de la province de la Tapoa, et de la remise de
charrues à 10 enfants issus de couches vulnérables, susceptibles d’être
victime de trafic. La réalisation de cette infrastructure et l’acquisition
de ces équipements agricoles ont été possibles grâce à l’appui
financier du projet de lutte contre la traite des enfants
(BIT/LUTRENA).
erLe numéro du 1 au 3 juin 2012, de Sidwaya a consacré un
article à une activité du projet Fonds de lutte contre la traite des
44enfants (Fonds Enfants) . Le titre de cet article est « Projet Fonds
Enfants. Un soutien à la prise en compte du social dans la dynamique
de développement des communes ». Le projet a remis du matériel aux
services sociaux des communes.
L’Observateur Paalga, du 9 août 2012, dans la rubrique « chez
nous », consacre un article à l’annonce qui a été faite par le ministre
de la Coopération économique et du développement de la République
fédérale d’Allemagne, Dirk Niebel. Ce diplomate informait le public
de l’octroi par son pays d’une aide au Burkina Faso pour les activités
menées dans le cadre de la promotion des droits humains et de la lutte
contre les pires formes de travail des enfants. Cette annonce a été faite
par le ministre allemand de la Coopération lors d’une visite officielle
au chef de l’État burkinabè. L’article est intitulé « L’Allemagne au
45Burkina : 12 000 000 d’euros pour améliorer l’agriculture et
éradiquer la traite des enfants ».

43 - Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article3619
44 - Fonds Enfants est mis en place par la banque de développement KFW. C’est un
fonds qui vient en appui à la décentralisation. Ce sont les communes, à qui est
confiée la maîtrise d’ouvrage, qui sont essentiellement appuyées. Ainsi, l’association
qui est dans le besoin élabore son projet et le soumet à l’approbation du conseil
municipal. Le projet approuvé est transmis par les soins de la Commune. Elle est
examinée et financée. L’intervention se fait sur demande.
45 - 7 871 484 000 francs CFA.
42 -Thématique liée aux politiques et stratégies de lutte contre le
trafic des enfants.

Les journaux portent à la connaissance de la population, les
politiques mises en place pour lutter contre le phénomène et/ou pour
réprimer les auteurs. Ce sont essentiellement la législation existante,
les caravanes de presse, l’adoption de plan d’action national de lutte,
initiation de projets de lutte, etc.
erDans le quotidien Le Pays du 1 juin 2001, un article, dans la
rubrique « baromètre », traite du « Trafic d’enfants : déclaration du
gouvernement burkinabè ». Dans la déclaration, faite le 30 mai 2001 à
Ouagadougou, le Ministère des Affaires Etrangères réaffirme
l’engagement du Burkina Faso à lutter contre le trafic d’enfants. Un
bref rappel des conventions relatives au sujet y est fait et un appel a
été lancé à l’endroit des Organisations Internationales spécialisées en
matière de protection des droits des enfants afin qu’elles apportent une
contribution déterminante en vue de l’éradication du trafic des enfants.
Dans Sidwaya du 11 juin 2001, dans la rubrique « Politique »,
Bilélé Bénin publie « Les enfants au-devant des préoccupations : une
caravane pour une cause puérile ». Le journaliste annonce la
célébration de la Journée de l'enfant africain, instituée en souvenir du
massacre des enfants de Soweto, en 1976, sous le régime de
l'apartheid. C’est la onzième fois que cette journée sera célébrée au
Burkina Faso. À cette occasion, une caravane de presse sillonnera les
provinces du Sanguié, du Nayala, du Sourou et de la Kossi. L’objectif
est d'emmener les journalistes sur le terrain afin de leur faire toucher
du doigt les réalités que vivent les enfants de ces localités. Les
hommes des médias seront alors appelés à produire des émissions
audiovisuelles et des articles de presse. Ces différentes productions
écrites et audiovisuelles ont pour objectif d’inciter les communautés à
changer de comportement vis-à-vis des enfants.
Dans la rubrique « Société » de Sidwaya du 25 juin 2001,
Mamadou Kaboré a publié un article dont le titre est : « Exploitation
des enfants : le Sourou peut stopper le fléau ». Il s’agit de la caravane
de presse (précédemment annoncée dans Sidwaya n° 4279) dénommée
« Caravane de presse travail et trafic des enfants », organisée du 18 au
22 juin 2001 sous les auspices du Ministère de l'Action Sociale et de
la Solidarité Nationale et de l'UNICEF. Cette caravane a pour mission
de sensibiliser les populations sur les effets néfastes de l’exploitation
des enfants. Avant d’aller à Tougan, le chef-lieu de la province du
43 Sourou, la caravane a fait escale à Réo, chef-lieu de la province du
Sanguié et à Toma, chef-lieu de la province du Nayala. Contrairement
aux deux dernières localités, au Sourou, il existe un centre de
formation professionnelle de jeunes filles depuis 1990 qui aurait pu
contribuer à freiner la migration et l’exploitation par le travail des
enfants.
L’Observateur Paalga du même jour (lundi 25 juin 2001)
relaie la même information en intitulant son article « Travail et trafic
d’enfants : à la recherche d’une thérapie ». Il précise que l’objectif de
la caravane de presse est de permettre aux journalistes et
communicateurs des divers médias nationaux d'observer, d'interroger
des acteurs, d'être témoins des pires formes de travail et d'exploitation
des enfants. Il ressort que la pauvreté est la principale cause du travail,
du trafic et de l’exploitation sexuelle des enfants dans les provinces
visitées (Sanguié, Nayala, Sourou, Kossi). Dans Sidwaya du 27 juin
2001 des pages 15 à 17, Etienne Nassa aborde le même sujet en
publiant l’article sur « (Caravane de presse). Trafic, Travail et
exploitation sexuelle des enfants : les leçons d’une bataille ».
Dans le quotidien L’Observateur Paalga du 27 juin 2001, il y a
un article portant sur : « Trafic et travail des enfants : les dispositions
de lutte prises au Burkina Faso ». Il y est question d’une déclaration
du Ministre du Travail de l’Emploi et de la Sécurité Sociale. Il précise
les critères essentiels du trafic qui font que le Burkina Faso, à l’instar
des autres pays, estime que des dispositions doivent être prises
localement et au niveau régional et international pour lutter contre ce
phénomène. Pour le ministère, ils sont nombreux les enfants qui
travaillent et compromettent leur éducation, leur santé, leur
développement, voire leur vie, car ils sont soumis à des conditions
inhumaines de travail : durée excessive de travail, utilisation d'outils
dangereux, manipulation de produits chimiques toxiques, port de
charges très lourdes, etc. Ces enfants sont parfois traités comme une
simple marchandise et beaucoup d'entre eux ne peuvent échapper aux
travaux dangereux, au trafic, à la servitude pour dette ou à la
prostitution. Il précise que selon les estimations du Bureau
international du travail (BIT), 51,05 % d'enfants âgés de 10 à 14 ans
mènent des activités économiques au Burkina Faso.
Le Pays du mercredi 25 juillet 2001 publie un article sur le
« Trafic des enfants : un projet pour combattre le phénomène ». Il est
relayé par L’Observateur Paalga le 26 juillet 2001 à travers un article
intitulé « un projet pilote pour lutter contre le fléau ». Il est question
44 d’un atelier de formation sur le trafic d'enfants à Bobo-Dioulasso qui
s’est tenu du 17 au 19 juillet 2001. Organisée par le projet
expérimental de lutte contre le trafic d'enfants, cette rencontre
s'adressait aux comités de vigilance et de surveillance de la région des
Hauts-Bassins. Il s'est agi au cours des travaux de trouver les voies et
moyens nécessaires à une atténuation de ce phénomène.
Sidwaya du 17 septembre 2004 évoque l’atelier organisé du 14
au 15 septembre 2004 pour la validation du Plan d’Action National.
L’écrit est intitulé : « Lutte contre le trafic des enfants : un cadre de
référence pour tous. »
« De la répression du trafic d’enfants » paraît le 25 octobre
462006, rédigé par Crépin Somda dans Le Pays . Il y est question des
dispositions légales (article 148 du Code du Travail, la définition de
« Pire forme de travail des enfants », la loi n° 038-2003 AN du 27 mai
2003 portant définition et répression du trafic des enfants) mises en
place par l’État burkinabè pour lutter contre le trafic des enfants.
« Traite des personnes, une loi pour protéger les victimes » a
été écrit par Séraphine Somé. Il est paru dans Sidwaya le 19 mai 2008
47et a été cité par lefaso.net . L’article porte à la connaissance des
lecteurs l’existence de la loi n° 029-2008/AN portant Lutte contre la
traite des personnes et les pratiques assimilées, adoptée le 15 mai
2008 à Ouagadougou par l’Assemblée Nationale. Il explique le
contexte d’adoption de cette loi.

- Thématique : les rencontres organisées par les structures
étatiques et par les ONG

De manière récurrente, les articles de la presse écrite sur la
traite et le trafic des enfants sont consacrés aux séances de formations,
aux ateliers et aux séminaires organisés par les acteurs de la lutte
(gouvernement et ONG).
Dans Sidwaya du 5 juillet 2001, un article intitulé « Burkina
Faso : trafic des enfants. Des initiatives pour contrer le phénomène »
traite d’une rencontre organisée dans le cadre du lancement d'un projet
expérimental de lutte contre le trafic des enfants au Burkina Faso à

46 - Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article17156 Accueil du
site>Actualités>Société
47 - Site : http://www.lefaso.net/spip.php?article26909 Accueil du
site>Actualités>Société
45

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin