//img.uscri.be/pth/06f181b9fd768a5374aba8aaae174041d3d2b273
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La Mauritanie

De
198 pages
Ce livre révèle et dénonce une tradition d'esclavage et de racisme en Mauritanie, à seulement quelques heures d'avion de l'Europe, perpétuée et perpétrée, au nom de l'Islam, à l'encontre des Haratine. Il constitue un document culturel, éthique et politique qui porte toutes les qualités de l'enquête historique minutieuse et du procès à charge intenté aux survivances bien vivaces d'un système féodal.
Voir plus Voir moins
La Mauritanie
Entre l’esclavage et le racisme
Quête du sens Collection dirigée par Georges-Elia Sarfati « Quête du sens » participe d’une réévaluation de l’éthique et de l’accomplissement des fins humaines, considérant que l’émancipation des sujets est indissociable des luttes pour l’émancipation collective. Fondée en référence à la pensée de Viktor Frankl, philosophe et pionner de la thérapie existentielle, cette collection accueille des textes narratifs, des essais critiques, des entretiens, des collectifs dont les auteurs sont soucieux de témoigner de la recherche du sensé, et de l’affirmation persistante de l’action et de la liberté humaines dans une histoire en proie aux conflits des significations. Ses perspectives questionnent la condition humaine – compte tenu de ses dimensions tragiques : souffrance, culpabilité, finitude- dans les trois registres de la création, de l’expérience et de l’attitude. Ses contributions – de la clinique à la politique- ouvrent sur la possibilité d’un remaniement discret des idées reçues, comprises comme des héritages actifs du conformisme et des totalitarismes, privilégiant ainsi l’expression de l’expérience immédiate et concrète d’une pensée de rupture avec l’air du temps. Déjà paru Sarah Bensaïd,Bénéfices secondaires, 2013.
Mohamed Yahya OULDCIRÉ
La Mauritanie
Entre l’esclavage et le racisme
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02941-2 EAN : 9782343029412
Préface
Pour la plupart de nos contemporains, notamment français, la Mauritanie est une dénomination vague qui renvoie à une contrée relativement lointaine, que peu d’ailleurs sauraient situer sur la carte avec exactitude. Et pourtant, ce pays, riche en histoire, concerne de bien près la France, mais de telle manière – nous voulons dire contradictoire – que son évocation un tant soit peu précise n’est pas de nature à faire briller le prestige de la « patrie des Droits de l’Homme ».
Ce livre est né d’une rencontre, lors des Journées d’étude de victimologie, qui se sont déroulées à Madrid, au prin-temps 2010, à la Casa Sefarad, sur le thème :Trauma et histoire. Au nombre des contributions, aussi remarquables les unes que les autres, celle de Monsieur Mohamed Yahya Ould Ciré a tout particulièrement frappé les esprits. Nous nous souvenons encore de l’attention soutenue de l’assistance, tendue vers le recueil d’une information aussi méconnue que révoltante pour la conscience : la révélation, par le menu, d’une tradition d’esclavage et de racisme, perpétuée et perpétrée à l’encontre des Haratine, à quelques heures d’avion de l’Europe, dans une contrée située au sud du Maghreb et à l’ouest du Mali.
L’auteur des textes que l’on va lire, aujourd’hui exilé politique, entré en opposition avec le régime de son pays, exerça un temps les fonctions de Consul général de Mauritanie en Guinée-Bissau, mais entra en conflit avec son gouvernement dès lors qu’il dénonça les malversations dont s’étaient rendus coupables de hauts responsables, liés par des
5
intérêts claniques et une même idéologie d’oppression des plus faibles. Monsieur Ould Ciré est docteur en sciences politiques de l’université Paris II, où il a soutenu en 2006 une thèse doctorale entièrement originale, particulièrement complète et érudite, intitulée : « L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application. » Dans le même temps, il a fondé A.H.M.E., l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe, dont il défend la cause, en animant par ailleursLe Cri du Hartani, son organe éditorial. C’est dans les colonnes de cette revue – notamment accessible en ligne – que l’auteur du présent ouvrage publie régulièrement ses analyses et ses prises de position destinées à ouvrir les yeux du grand public sur ce qui demeure une réalité scandaleuse de notre époque de « progrès ».
Ce livre, composé d’articles adaptés à l’occasion de leur recueil en volume, est assurément un document culturel, éthique, politique d’une grande importance qui ne devrait pas laisser indifférents ceux qui se préoccupent de défense des droits de l’Homme, ou celles et ceux qui, tout simplement, par tempérament ou par éducation, ont toujours à cœur de dénoncer l’injustice et le règne impénitent de l’archaïsme, dès lors qu’il heurte non seulement la sensibilité, mais surtout qu’il entre en contradiction avec les valeurs universalistes dont se prévalent les citoyens éclairés pour lesquels, à moins de grave compromission, les notions d’égalité et de liberté ne sauraient souffrir le moindre compromis.
La Mauritanie entre l’esclavage et le racisme porte toutes les qualités de l’enquête historique minutieuse, et du procès à charge, intenté au nom de l’éthique la plus haute, aux survivances bien vivaces d’un système féodal que le tout-venant croit de bonne foi appartenir à des époques depuis longtemps révolues. C’est pourtant tout le contraire qu’établit la suite des textes, pleins de détermination et de courage qui donnent corps à ce volume.
6
Il n’y est pas seulement question d’informer un public obnubilé par d’autres horizons – souvent artificieux, complaisamment entretenus et cultivés par la presse – il y est surtout question de ramener ce public à la considération d’un véritable problème de politique intérieure et extérieure qui devrait le concerner, en l’éveillant d’une cécité et d’une surdité dont il s’est fait une seconde nature, tant il est imbu de bonne conscience. Ce livre inflige à cette bonne conscience un démenti cinglant comme une gifle, et proclame quenul n’est jamais suffisamment informé, la véritable information consistant à se préoccuper de ce qui se situe hors de portée des routines de notre curiosité…
M. Ould Ciré rappelle que le terme « Haratine » désigne, en dialecte arabo-berbère, les affranchis de l’esclavage maure, et que ce terme a pris une connotation politique à partir de 1974, du moment où El Hor (Organisation de Libération et d’Émancipation des Haratine) a commencé d’en systématiser l’usage à des fins de revendication. Il précise également que l’identité haratine est celle du statut d’esclave maure, qui, au même titre qu’un objet, mais pis encore puisqu’il est un sujet susceptible de subir les sévices de son maître, peut être « vendu, loué, prêté, partagé et légué »… Que son plaidoyer cherche tout particulièrement un écho auprès du lectorat français et francophone n’est pas fortuit, puisque la Mauritanie fut une colonie de la France, entre 1904 et 1960, date à laquelle celle-ci transféra les pouvoirs à la communauté maure, minoritaire, à l’exclusion de la majorité haratine. Depuis lors, la situation d’esclavage – formellement abolie – et de racisme – formellement illégale – perdure, tandis qu’au même titre que le Sénégal, le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Congo et la Centrafrique, la Mauritanie et son lourd héritage font partie du « pré carré de la France », domaine exclusif de la présidence de la République française.
Il est sans doute utile de souligner, avec l’auteur de ces textes, qu’en Mauritanie, l’Islam a un statut constitutionnel, et que l’esclavage y est légitime, en vertu de ses sources coraniques. Citant l’étude de Malek Chebel :L’Esclavage en terre
7
d’islam(Fayard, 2007), M. Ould Cire écrit encore : « L’esclavage existe toujours en terre d’islam. Au pire, on le nie, au mieux on le tait ».
Disons enfin que ce livre dérangeant comporte sept parties dont le contenu thématique devrait édifier le lecteur, relativement dépourvu de préjugé, et assez honnête pour ne pas refuser une vérité que la pensée unique peine à laisser percer. Le premier chapitre, « L’esclavage en Mauritanie et dans le monde arabe », fait le point sur un état persistant des origines actuelles de la condition serve ; le deuxième chapitre, « L’esclavage administratif et politique », décrit la portée du phénomène xénophobe et esclavagiste ; le troisième chapitre : « Le racisme en Mauritanie et dans le monde arabe », loin de marquer une redondance, apporte des témoignages supplémentaires au développement liminaire ; le quatrième chapitre, « L’identité haratine et ses enjeux politiques », aborde les données idéologiques et anthropologiques du problème ; le cinquième chapitre, « Religion et esclavage en Mauritanie », expose en détail les sources théologico-politiques de la tradition esclavagiste dans cette partie du monde ; le sixième chapitre, « Tribalisme, État et question haratine », démontre les solidarités institutionnelles et culturelles qui légitiment le maintien de l’esclavage ; enfin, le septième chapitre, « Sortir de l’esclavage et du racisme », aborde avec circonspection les perspectives de dépassement du problème posé tout au long de l’ouvrage. Souhaitons que ce livre hautement significatif pour notre temps rencontre l’accueil qu’il mérite, et que sa réception par un public consciencieux contribue au succès du combat moral et politique qui en justifie la publication. Georges-Elia Sarfati
8
Dédicace
Nous dédions ce travail
– À toutes les victimes de l’esclavage en Mauritanie. L’objectif principal de ce livre est la libération et l’émancipation des abid (esclaves) et des haratine (affranchis).
– À tous ceux qui luttent contre l’oppression.
– À notre mère Aminetou Mint El Maâloumles sacrifices pour consentis à notre éducation. – À notre père Saâdane Ould Cirésans lequel nous n’aurions pas eu accès à l’école moderne. – À notre épouse El Waâra Mint Chëdad et à nos enfants pour leur soutien indéfectible. – Au Docteur Israël Bernard Feldman, psychanalyste, victimologue et président de l’association Yshak. Par son biais, j’ai été invité comme conférencier au premier Congrès de Victimologie de Madrid des 10, 11, 12 mai 2010. – À Mesdames Rachel Israël, psychanalyste et secrétaire générale de l’association Yshak et Dominique Sabbah, psychologue et coordinatrice du Congrès, véritables chevilles ouvrières de ces journées susmentionnées. – Au docteur Georges Elia Sarfati, directeur de recherche associé à l’Université de la Sorbonne-Paris-IV et professeur de linguistique française de l’Université Blaise Pascal-Clermont Ferrand II.L’idée d’éditer ce livre est née grâce à lui. Dans un premier temps, il s’est agi de publier notre thèse en science politique soutenue à Paris II en 2006
9