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La médecine traditionnelle à Madagascar

De
540 pages
La médecine traditionnelle dispose d'un environnement magique et fascinant, non dénué de menaces. Qu'en est-il de son histoire dans la Grande Île, dans son environnement physique et psychique ? Le lecteur est invité à découvrir les méthodes employées par les tradipraticiens, dont le but commun est de faire redécouvrir la santé à leurs semblables. L'objectif de l'ouvrage est de susciter une autre vision, de procurer à cette médecine traditionnelle la place qu'elle mérite en tant que système de soins, de donner le choix aux patients d'une rencontre entre tradition et modernité.
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Pierrette Ravaonirina MBOLA MOREL La médecine traditionnelle à Madagascar
Exemple d’Antananarivo-Atsimondrano et Toliara-II
La médecine traditionnelle telle qu’elle est connue ou supposée suscite
encore beaucoup de questions. Elle passe par l’oralité, conf ée à une
personne d’exception dont la singularité réside dans un contact privilégié
avec une nature dont elle s’applique à transmettre les messages. Cette
médecine suppose un caractère d’exigence, de disponibilité, visant La médecine traditionnelleessentiellement l’amour du prochain : aider le malade revêt un sens réel
dans le soutien et l’empathie.
La médecine traditionnelle dispose d’un environnement magique et à Madagascar
fascinant, non dénué de menaces. Qu’en est-il donc de son histoire
dans la Grande Île, dans son environnement physique et psychique ? En
référence aux laboratoires scientif ques existants, aux tabous…. Exemple d’Antananarivo-Atsimondrano
Forte d’expériences de terrain, l’étude présentée ici a été réalisée et Toliara-II
dans plusieurs endroits, sur plusieurs années, incluant sources orales
et iconographie, auxquelles s’additionne le support écrit. Le lecteur est
invité à découvrir les méthodes employées par les tradipraticiens, dont le
but commun est de faire recouvrir la santé à leurs semblables.
L’objectif de l’ouvrage est de susciter une autre vision, de procurer à
cette médecine traditionnelle la place qu’elle mérite en tant que système
de soins, donner le choix aux patients d’une rencontre entre tradition et
modernité, dans ce qui pourrait être qualif é de multithérapie.
En annexe, seront présentés les témoignages, textes de lois, code en
vigueur sur la médecine traditionnelle.
Pierrette MBOLA jouit d’une formation pluridisciplinaire : maître de
conférences à l’Université de Toliara (Tuléar), enseignante à l’ESCAM
(psychologie de la personnalité), et maître associée à l’Académie
malgache. Elle est titulaire d’une maîtrise en droit, d’un doctorat en
anthropologie, et a suivi des formations de projets liés au changement
climatique. Résidant à Antananarivo, la terre de naissance de l’auteur est néanmoins
Tuléar – région où elle contribue à protéger les espèces végétales si précieuses, et
où cette recherche a été effectuée. Après plusieurs articles parus dans le Bulletin
Interne de l’Académie malgache, ce livre est sa première publication.
Préface de Louis Mansaré Marikandia
Photographie de couverture de l’auteur.
ISBN : 978-2-343-12376-9
49 €
Pierrette Ravaonirina
La médecine traditionnelle à Madagascar
MBOLA MOREL
Exemple d’Antananarivo-Atsimondrano et Toliara-II






La médecine traditionnelle
à Madagascar




















Pierrette Ravaonirina MBOLA MOREL











La médecine traditionnelle
à Madagascar




Exemple d’Antananarivo-Atsimondrano et Toliara-II







Préface de Louis Mansaré Marikandia























































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12376-9
EAN : 9782343123769


PRÉFACE
Au cours de ces dix dernières années, je côtoie MBOLA MOREL Ravaonirina
Pierrette, l’auteure de ce livre. L’interférence de la tradipraticienne et du chercheur m’a
permis d’apprécier sa persévérance, sa ténacité et son penchant pour l’excellence.
La flore de Madagascar, caractérisée et reconnue pour son rapport élevé
d’endémicité, est un patrimoine culturel immatériel national, voire mondial, unique et
aujourd’hui fragilisée par les actions anthropiques en corrélation avec la loi de l’offre et de la
demande pour les essences : produits d’exportation licites et surtout illicites, d’une part, et
des besoins des familles et des communautés urbaines en bois d’énergie et de charbon qui
augmentent suivant un rythme exponentiel, de l’autre.
Or, pour un pays enclin à la paupérisation, les offres de santé de l’écosystème
forestier, par le biais de l’utilisation à bon escient les plantes médicinales, sont
incontournables et salutaires. D’autant plus que la médecine traditionnelle ne se positionne
point en situation de concurrence par rapport à la médecine moderne mais tient à mériter une
place dans la gamme des offres de santé.
En milieu rural, le transfert des connaissances de base relatives à l’utilisation des
plantes médicinales se fait à la fois au niveau familial et communautaire malgré la réticence
de certains devins-guérisseurs qui ne sont pas encore prêts pour le partage de « savoir » et de
« savoir-faire ».
Par ailleurs, la perception négative d’une frange de la population à l’endroit de la
médecine traditionnelle crée une controverse, car pour elle, la connaissance des plantes
médicinales met en corrélation « Nature et Surnature » dont la procédure de la thérapie se
fonde sur la trilogie « Guérisseur, Ancêtres et Créateur ». Une démystification de cette
perception qui, pour le moment, demeure une équation à plusieurs inconnus est nécessaire
pour éviter la persistance d’un syndrome de peur chez certains individus et/ou de groupe de
personnes.
Ainsi, dans ce domaine, le pari revient aux tradipraticiens et aux chercheurs de la
trempe de MBOLA MOREL Ravaonirina Pierrette soucieuse des détails pour pouvoir
pénétrer dans cet univers de la médecine traditionnelle, mais surtout pour former une relève
de haut niveau.
Un programme de vulgarisation devrait être envisagé et soutenu pour que les jeunes
malgaches puissent s’approprier ce patrimoine culturel immatériel d’une valeur inestimable.
Dr MARIKANDIA Louis Mansaré
Université de Toliara

5




























AVANT-PROPOS

La médecine traditionnelle telle qu’elle est connue ou supposée connue suscite encore beaucoup de
questions. En effet, les bizarreries rencontrées dans cette tradition vécue au présent sont liées à son
passé et à son évolution.
- Elle est orale, confiée à une personne extraordinaire, spéciale qui est encore en contact avec
la nature, apte à transmettre ses messages.
- Elle est exigeante et possessive parce qu’elle est accaparante. On ne peut pas y mettre de
l’intérêt pécuniaire car l’amour du prochain prime : aider le malade revêt un sens réel qui ne
peut pas être négligé.
- Elle possède un environnement magique et fascinant pour les intéressés d’un côté, mais qui
fait peur, à cause des préjugés qui se sont brodés sur lui, avec le temps, de l’autre.
Là où l’intérêt de la recherche se situe, c’est quand l’empirisme marche sur les plates-bandes du
modernisme et la médecine moderne. Malgré les atouts en sa possession, ne peut ignorer la
médecine traditionnelle, car c’est une source, une racine et une richesse si on peut le dire ainsi,
encore « inexploitées », du monde moderne. Actuellement, quand on parle d’économie, on valorise
les richesses marines (corail, crevettes…), minières (pierres précieuses, charbon…), terrestres (bois
précieux : bois de rose, palissandre…) et la place de la médecine traditionnelle et de ses plantes
médicinales endémiques est aussi fondamentale pour Madagascar.
Un autre intérêt : la plupart des auteurs, quand ils se penchent sur la question de la médecine
traditionnelle, dévoilent un pan comme si le mystère doit être gardé intact pour que la tradition reste
une tradition archaïque et inutile, ou comme si ce qui la touche appartient à la civilisation donc
difficile à comprendre.
Cette étude est un essai de réponse à toutes les questions que nous nous sommes posées : qu’en
estil de la médecine traditionnelle, de son environnement physique, de son histoire dans la grande île
par rapport aux laboratoires scientifiques existants, aux tabous, à la manière de pensées qui
déterminent les moyens utilisés.
L’analyse a été faite à partir de plusieurs descentes sur le terrain, dans plusieurs endroits, repartie
sur plusieurs années, prouvée par les sources orales, expérimentale et iconographique ; à tous ces
éléments ont été rajoutées les sources écrites. Nous voudrions emmener les lecteurs à nous suivre
dans cet univers de la médecine traditionnelle pour découvrir les moyens et les méthodes employées
par les tradipraticiens pour faire recouvrer la santé à leurs semblables.
Quand on parle de moyens, ils peuvent être symboliques, culturels ou mystiques qui rendent la
médecine traditionnelle magique.
Les pratiques diffèrent les unes des autres, en passant du massage aux divinations. Et c’est de là
aussi que s’érigent les difficultés rencontrées dans l’acceptation de pratiques traditionnelles liées à la
médecine.
7

Même si au niveau mondial, il y a une ouverture, la législation locale balbutie encore en ce début du
eIII millénaire.
Le but du livre c’est de susciter une autre vision, donner à cette médecine la place qu’elle mérite en
tant que pratique de soins, la mettre en « orbite », pour une rencontre traditionnelle, moderne et
donner le choix aux patients dans la multithérapie pour retrouver leur bien-être.
Dans ce sens, il y aura dans une première partie la médecine traditionnelle dans le temps et dans
l’espace ainsi que son environnement.
On peut y trouver le cadre géographique et historique, le cadre social et culturel ainsi que la
médecine traditionnelle proprement dite.
En deuxième partie, la médecine traditionnelle et le phénomène magico-religieux.
Nous avons mis en exergue les différentes dimensions de cette médecine tournant autour de l’aspect
magico-religieux, de la relation de la pratique avec le surnaturel et du sacré.
Dans la troisième partie, divisée en trois chapitres également, est développé le devenir de la
médecine traditionnelle. Ont été mis ensemble le contexte politique et juridique de la santé publique
et les atouts internes et externes de la médecine traditionnelle. Elle est terminée par la
redynamisation et la sauvegarde de la médecine traditionnelle pour une meilleure survie de ce
patrimoine culturel immatériel.
En Annexe sont présentés les témoignages, les textes de lois et des codes en vigueur sur la médecine
traditionnelle.
L’auteure
Dr MBOLA MOREL R. Pierrette
Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique
Université de Toliara
Faculté des Lettres et des Sciences humaines et
sociales








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Acronymes

ACNALS Académie Nationale des Arts, des Lettres et des Sciences
ADN Acide désoxyribonucléique
AMADIA Andia malagasy miady amin’ny diabeta (Malgaches qui luttent contre le

diabète)
AME Association malgache d’ethnopharmacologie
ANAE Association nationale d’Action environnementale
ANGAP Association nationale pour la gestion des aires protégées, parc national
de Madagascar
ANTM Association nationale des tradipraticiens de Madagascar
APM Amis du Patrimoine de Madagascar
ASTRAMA Association des tradipraticiens de Madagascar
BAM Bulletin de l’Académie malgache
CENHSOA Centre hospitalier de Soavinandriana
CHD Centre hospitalier de District de niveau 1 ou 2

CNARP Centre national d’application des recherches pharmaceutiques

CRIC Centre de recherches et d’intervention culturelle

CSB Centre de santé de base de niveau 1 ou 2

ESCAME École supérieure de comptabilité, d’administration et de management

d’entreprise
FBVA Fivondronamben’ny vohitr’andriana, Association regroupant les

descendants des sites et collines royaux.
FFMA Friend’s Foreign Mission
9

FJKM Fiangonan’i Jesosy Kristy eto Madagasikara

FTM Foiben-Taosarintanin’i Madagasikara

FZMMRA Fikambanana Zanadrano – Mpitsabo Mpikaroka Raokandro

Atsimondrano
ICM Institut catholique de Madagascar
IMRA Institut malgache des recherches appliquées

INALCO Institut national des langues et civilisations orientales

INSPC Institut national de santé publique et communautaire

LMS London Missionary Society

MTR/MCP Médecine traditionnelle, médecine complémentaire

NMS Norvegian Mission Society
OMS Organisation mondiale de la Santé
ONE Office national pour l’environnement
OSTIE Organisation sanitaire tananarivienne inter-entreprise
PBZT Parc botanique et zoologique de Tsimbazaza
PCIM Patrimoine culturel immatériel malgache
PIOSA Pan Indian Ocean Science Association
RN Route nationale
UNESCO United Nations of Educational, Scientific and Cultural Organisation

VIH/SIDA Syndrome immunodéficitaire acquis



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Remerciements

Gloire à Dieu, qui nous a donné la possibilité de travailler pendant ces longues périodes sur
un thème qui nous fascine.
Avant d’exprimer mes devoirs de reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à la
réalisation de ce rêve devenu réalité, je dédie ce travail à trois personnes proches, qui, chacune à
leur façon, m’ont influencée pour ce travail de recherche :
- Mon défunt père MBOLA Morel,
- Ma défunte mère MARIE Claire,
- Mon défunt mari TSIMINDRY Ramanantsoa.
Je remercie tout d’abord le Dr MARIKANDIA Louis Mansaré de l’Université de Toliara,
pour son soutien constant, son aide durant les différentes étapes de ce travail.
Je remercie également le Pr TERRAMORSI Bernard de l’Université de la Réunion, pour
l’intérêt qu’il a porté à mes recherches, et ses encouragements qui m’ont poussée à me dépasser.
Je remercie de même le Pr RAFAMANTANANTSOA Jean Gervais de l’Université
d’Antananarivo, qui, malgré ses nombreuses occupations, a pu consacrer un peu de son temps,
pour discuter et mettre en valeur la culture et la tradition.
Mes remerciements vont également au Pr RAVAOSOLO Jeanne, qui, par sa sollicitude,
m’a permis de finaliser ce travail.
Que tous les membres du jury retrouvent ici ma gratitude pour le grand honneur qu’ils me
font en acceptant de participer au jury de ma thèse de doctorat ; il s’agit de :
- Président : Pr DINA Alphonse.
- Directeur de thèse : Pr RAVAOSOLO Jeanne
- Rapporteur interne : Pr RAMANGASALAMA Ndrianja
- Rapporteur externe : Pr RAFAMANTANANTSOA Jean Gervais
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- Juges : – Pr MANJAKAHERY Barthélemy
– Dr RAMAMONJISOA Berthin Irené
Mes vifs remerciements vont aussi :
- Aux tradipraticiens sans exception, qu’ils soient des Associations (ANTM, FZMMRA,
ASTRAMA…) ou des sites (Toliara, Antananarivo, etc.) qui ont facilité la réalisation de ce
travail.
- À tous les informateurs, qui, par leurs contributions, ont donné vie à cet ouvrage.
- Aux employés de l’Académie nationale des Arts, des Lettres et des Sciences, de
Tsimbazaza, qui, par leur particulière attention, m’ont donné la possibilité d’avoir entre les
mains des ouvrages indispensables et difficilement accessibles.
Je ne peux taire ou minimiser la participation importante de ma fille, TSIMINDRY
Mbola Tahiene que je remercie pour sa présence ; son souci pour ma santé l’a amenée souvent à
m’accompagner sur le terrain.
À vous tous, ma sincère et profonde gratitude.

MBOLA MOREL Ravaonirina Pierrette
Juin 2013

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Introduction générale








Introduction
Notre thèse de doctorat intitulée « LA PLACE ACTUELLE DE LA MÉDECINE
TRADITIONNELLE À MADAGASCAR : EXEMPLE D’ANTANANARIVO-ATSIMONDRANO ET
DE TOLIARA-II » veut s’insérer dans le cadre de l’anthropologie sociale et culturelle, en
empruntant la voie de l’expérience vécue, articulée à la pensée sociale traditionnelle du bien-être,
en se fondant à la fois sur notre propre pratique de la tradithérapie malgache et sur une analyse
théorique et historique de la pensée traditionaliste du bien-être et des soins à la personne. Nous
espérons replacer en « orbite » la médecine traditionnelle, remettre en valeur ses véritables
etenants et aboutissants ; elle était, en effet, confrontée depuis le XIX siècle – et l’expansion
coloniale – à la médecine occidentale allopathique, chimique, vantée de plus en plus comme la
panacée moderne indépassable.
La médecine englobe toutes sortes de thérapeutiques ; ce qui nous intéresse ici, ce sont les
protocoles de soins et les pharmacopées utilisés au quotidien, depuis des temps immémoriaux
par des Malgaches, pour soigner leurs maux, des usages employés devant la maladie, qui ont
traversé le temps pour parvenir jusqu’à nous : une médecine dont l’aspect spatio-temporel n’est
plus déterminé et que l’on qualifie de « traditionnelle ».
La tradition, selon le Robert, est une transmission à travers les siècles, des coutumes, des
opinions et usages par la parole ou l’exemple. Ainsi, selon nous, ce qui est « traditionnel »
s’agissant de médecine, c’est la transmission orale des pratiques thérapeutiques – parfois
eretranscrites plus ou moins pertinemment par des ethnographes occidentaux du XIX –, de
l’héritage transgénérationnel de savoirs, de comportements, liés aux maladies des populations.
Pour les Malgaches, quels que soient leurs groupes ethniques, la maladie est une sanction
des dieux. Des dieux, parce que la chose mystérieuse ou incompréhensible appelée « maladie »
voire « mal » – aretina, hasilofa – qui affaiblit l’homme, a sûrement son explication dans le
divin. Les Malgaches pensent qu’une force surnaturelle est responsable de leur vie : « Aza ny
lohasaha mangina no jerena fa Andriamanitra an-tampon’ny loha » c’est-à-dire que Dieu est
haut placé (omniprésent), qu’il voit tout ce qui se fait dans n’importe quel endroit isolé ou non ;
ce n’est pas la tranquillité de la vallée qu’il faut voir, mais Dieu placé au-dessus de la tête. Le
divin est un sommet, un point de vue sublime qui ne perd rien de vue. Ne dit-on pas « Ty to, to
avao » en quelque sorte, la vérité reste la vérité et l’honnêteté paie toujours. Quand on fait le
bien, qu’on suit la morale et qu’on respecte les aînés, la vie est et sera douce, par contre, les
15

perturbations, les manquements aux devoirs et obligations sont ou seront sanctionnés. C’est pour
cela qu’il faut toujours éviter le « tsiny, havoa et ou hakeo » – réfutations et reproches de la
société ou fuir le « tody » qui est le juste retour des choses sur le malfaiteur, mais nous y
reviendrons plus loin.
Les tradipraticiens, c’est-à-dire les utilisateurs et fabricants des pharmacopées
traditionnelles et des rituels associés, avec leur sens de l’observation, ont pu maîtriser la
botanique et connaître la phytothérapie, grâce et à cause d’une médecine symptomatologique et
empirique. Ils ont pu différencier la part des forces surnaturelles par rapport à cette médecine
symptomatologique. Les fondements conceptuels de la médecine malgache s’appuient sur des
croyances en l’existence d’un Dieu suprême – Créateur de l’homme – « Andriananahary ou
Zanahary », des dieux mâles (Andriamanidahy) et femelles (Andriamanibavy) pouvant être en
contact avec les ancêtres, et en l’immortalité de l’esprit ou fanahy qui engendre le « culte des
ancêtres ». Ces derniers, devenus des dieux au cours d’un processus précis, sont les médiateurs
entre les vivants et les dieux et enfin avec Zanahary ou Andriananahary, le Créateur. Nous
constaterons tout de suite la contradiction avec la Bible qui dit que « L’âme qui pèche meurt » ;
or, tout le monde est pécheur, et « il n’y a pas de salaire, pas d’amour ni de haine dans le
Schéol » : la mort stoppe tout.
Andriamanidahy et Andriamanibavy sont les aïeux d’une génération déjà lointaine et qui
sont assimilés aux dieux. Au sens littéral, Andriamanitra veut dire pour les ancêtres, toute force
surnaturelle qu’ils respectent et vénèrent parce qu’elle peut provoquer un miracle.
Pour les Malgaches, le Procréateur suprême est tel parce qu’il est à jamais Andriana
= « roi » – manitra « odorant », c’est-à-dire incorruptible, en bonne santé, en vie éternellement.
Cette vitalité exceptionnelle, cette santé inaltérable, font d’Andriamanitra une puissance vitale et
procréatrice ; son nom dit bien qu’il est celui qui échappe à la corruption, à la décomposition, en
cela, il est éternellement saint. Cette constitution absolument saine est une preuve de l’Hasina,
du sacré. De même Zanahary (le mot le plus employé sur les côtes) est la puissance solaire (si
1l’on retient la racine hary) et encore vitale : « la racine hary porterait le sens de perfection


1 Rakibolana Rakipahalalana, 2005, p. 505, Hary = tomombana, lavorary, c’est-à-dire parfait, créé, existence, vie.
16

(créée) et d’organisation (créer) de la création. Le mot zanahary signifierait l’ancêtre fondateur
2
d’une société et non pas purement et simplement l’Être suprême » .
« Hary désigne en fait la procréation, les vrais zanahary sont multiples », dit
3RAMAMONJISOA S. cité par LUPO. Les puissances procréatrices malgaches, avant les
« arrangements » des missionnaires chrétiens, dès les années 1830, avec la langue et les
croyances malgaches, avant l’imposition du « Dieu suprême » et de la « guérison des âmes »,
sont synonymes de Santé inaltérable, de Fertilité et de Puissance génésique.
Aussi cela peut être mâle : lahy ou femelle : vavy, on parle à ce moment-là, des rois et
princes, des reines et princesses décédés ; comme cela peut être tout simplement un charme ou
une amulette, c’est-à-dire ody ou aoly, remède ou fanafody, fanafana et ody qui signifie ce qui
régularise les effets néfastes d’un ody. En tout cas, ces forces surnaturelles ont pour rôle la mise
en relation verticale de leurs descendants avec le Créateur.
ePendant la période précoloniale jusqu’au milieu du XIX siècle, non seulement chaque
groupe ethnique avait ses « sampy = palladium », ses « mpimasy = devins-guérisseurs », qui
faisaient les divinations et offraient leurs arts pour « soigner » et protéger ses membres, mais il y
avait même des familles qui avaient leurs propres « mpitsabo = guérisseurs » toujours prêts à
aider quand surgissaient les problèmes. Le sampy, à l’origine, est une amulette sur laquelle on a
mis un cordon pour permettre de le porter en bandoulière sur soi ; on lui porte une confiance
aveugle, parce qu’il a le pouvoir de protéger contre les maladies. Les sampin’andriana
appartenant au roi ou au royaume, sont vénérés par toute l’ethnie : on leur adresse des prières
avant d’engager la guerre contre les royaumes environnants ; celui qui se charge du sampy est un
mpimasy, un devin-guérisseur qui soigne (mpitsabo) et qui s’occupe de plusieurs familles et
même de tout le village.
L’évangélisation menée sur les hauts plateaux par la LMS dès les années 1825,
l’acculturation progressive de la société orale malgache par les Écritures, ont fait apparaître une
nouvelle manière de soigner, de se comporter, de louer un Dieu unique, dispensateur de Vérité
révélée et de la Lumière, et pour ce qui nous occupe dans cette étude, une suspicion nouvelle à


2
Pietro LUPO, 2006, Dieu dans la tradition malgache, Karthala, Paris, p. 69.
3 Ibid., p. 70.
17

l’égard du corps censée pousser l’homme à la faute – le « péché de chair » – et à la damnation.
Le corps, loin d’être en odeur de sainteté, devient le point faible du pécheur en puissance qu’est
l’homme des missionnaires ; celui-ci est lieu et véhicule de perdition de l’âme. Mortification,
abstinence, prohibition sont les bases de la normalisation chrétienne du corps humain et vont
entrer en conflit avec la conception malgache traditionnelle de la santé et de la sexualité. Il y eut
désormais une nuance entre le Dieu des chrétiens et le Dieu des Malgaches, Zanahary ou
Andriananahary. Ceux qui fréquentaient les guérisseurs malgaches considérés comme « païens »
étaient dénigrés ; ils ne pouvaient bénéficier ni de l’enseignement, ni du dispensaire des
religieux, et ceux qui ont commencé à adhérer à la religion chrétienne, étaient excommuniés et
perdaient leur espoir de bénéficier du « paradis ».
4Même les premiers missionnaires, comme JONHSON J., l’ont remarqué . Il a, par
exemple, trouvé « qu’un roi Bara, qui fait partie des peuples les plus arriérés du pays, reconnaît
l’existence d’une entité surnaturelle, un Dieu qui a créé son milieu, son monde ».
La période coloniale a accentué la reconnaissance de l’efficacité de la médecine
occidentale. Ainsi, l’arrivée de la nivaquine qui pouvait soulager le paludisme, de l’antibiotique
et plus tard, des vaccins, est venue renforcer l’occidentalisation de la médecine. Et dès lors, les
« acculturés » ont dévalorisé tout ce qui appartenait à la tradition, stigmatisé et considéré comme
« idolâtrie », « superstition », croyances primitives.
eAu début du XXI siècle encore plus qu’hier, l’avancée spectaculaire de la technologie par
l’intermédiaire des échographies et du scanner, les techniques d’imagerie des neurosciences ont
ouvert la voie à une nouvelle vision concernant la pratique de la médecine. Mais en même temps
et de façon croissante, à l’entrée du monde dans le troisième millénaire, on assiste à la
réhabilitation, à un engouement nouveau pour les « médecines douces » dites encore
« traditionnelles » ou « alternatives ». L’homéopathie, l’ostéopathie, la réflexologie,
l’aromathérapie, la phytothérapie… attirent un nombre croissant de malades déçus par une
médecine occidentale positiviste et désincarnée, des gens inquiets des effets secondaires non
maîtrisés de la médecine allopathique, chimique. Ces effets secondaires des médicaments
chimiques suscitent un retour au « naturel » qui s’affirme de plus en plus, lançant une nouvelle


4
John JOHNSON, « Histoire du premier siècle de l’Église malgache », cité par MASON-LAVIK dans La croyance
en Dieu, Bulletin de l’Académie malgache. Nouvelle série – tome XXVIII, p. 81-88.
18

mode : celle du « bio » et des médecines douces, non invasives, et surtout « à l’écoute du
patient ».
En Occident, le médecin est peu à peu devenu un prescripteur de chimiothérapie, très
distant, éludant trop souvent le toucher et le dialogue en présence du corps souffrant. Beaucoup
d’Occidentaux en reviennent ainsi à leur tradithérapie oubliée. Cette médecine occidentale qui a
pu apparaître comme la panacée montre ses limites, même si le progrès apporté par l’imagerie
médicale, la virologie, etc. reste incontestable.
Comme toute recherche a une histoire, ce travail a vu son embryon prendre forme quand,
devant un accident vasculaire cérébro-méningé, avec inondation ventriculaire, mon mari s’est
trouvé cloué dans un lit d’hôpital neurochirurgical pour un coma d’un mois et une suite normale
de réveil, de rééducation, de thalassothérapie et autres.
Sur les conseils d’un ami algérien, nous nous sommes mis sur un chemin contraire à la
logique cartésienne. De l’eau salée, température 80° sortant du flanc d’une montagne, à côté
d’une mosquée – c’est Hammam Mlehra, à 140 km d’Alger – pour se laver la tête sept (7) jours
de suite, dans l’espoir de sortir d’une paralysie certaine. Effectivement, cela marche ! Il reprend
petit à petit sa place dans le monde des vivants, pour reprendre sa vie quotidienne.
Le monde évolue et nous suivons son cours ; il se trouve que bien de choses
incompréhensibles se mêlent et se superposent dans nos vies. La recherche de la vérité nous
conduit à faire des démarches pour satisfaire la soif de la connaissance présente.
Ainsi, parallèlement au monde médical officiel et valorisé, prétendant avoir l’exclusivité
du savoir médical, évolue sans tapage, une autre pratique vieille comme ce monde : la pratique
traditionnelle.
Contexte général
Madagascar est une grande île où il existe plusieurs groupes de population avec des us et
coutumes et des espaces géolinguistiques différents ayant cependant une chose qui les réunit :
une culture basée sur le respect des aînés qui aboutit au culte des ancêtres, suite logique de cette
considération due aux « Ray (père) aman-dreny (et mère) », aux parents. La nature aussi a une
« âme », taquinée ou maltraitée, elle se défend. Quand elle agit, elle renvoie au quintuple – ou
plus – ce qu’elle a reçu. Elle provoque des perturbations autour de la personne ou le groupe de
19

personnes que représente la société. Les troubles et les perturbations jouent sur la maladie et la
5
santé, d’une personne. Selon LERICHE R., rapporté par VALABREGA J-P , « La santé est la
vie dans le silence des organes », et la vie peut être définie comme « l’ensemble des forces qui
s’opposent à la mort » ; ainsi la santé est l’ensemble des forces et réactions défensives de
l’organisme contre la maladie ou l’agression, au sens donné à la notion de stress par les travaux
de SELYE H. dans son ouvrage The Stress of Life (McGRAW-HILL, Toronto, 1956). De l’autre,
la maladie qui ne peut se séparer de la santé est un processus intra-organique, qui entraîne « des
6modifications , des ajustements dans les relations du sujet malade avec son monde ».
L’une des méthodes de soins qui nous intéressent dans ce travail, est la médecine
traditionnelle. La pratique de la médecine est universelle, mais son histoire et sa valorisation sont
différentes selon les cultures et les sociétés. On peut la constater quand on prend l’exemple de
l’Afrique, du nord au sud et de l’est à l’ouest, de beaucoup de pays latino-américains et
asiatiques.
Pour Madagascar, le premier hôpital a été créé en 1860 sous le règne de RANAVALONA
7II .
Selon le Pr Yvette PARÈS, la médecine traditionnelle ne peut se comprendre que quand
on la rapporte au terme de civilisation. Et la civilisation dont elle parle peut se comprendre par
identité culturelle. Dès lors, elle « Peut s’interpréter comme un ensemble de préceptes matériels
et moraux, rationnels et irrationnels, empiriques et mystiques qui ont été développés depuis
8l’aube des temps comme un système de défense pour assurer la sécurité du groupe » .
L’image et le rôle de la médecine traditionnelle ont été renforcés en Afrique lorsque les
chefs d’État du continent ont déclaré à Abuja (Nigeria) en 2001 que la recherche en médecine
traditionnelle devait constituer une priorité. Et ceci a été suivi par une autre à Lusaka (Zambie)


5 Jean-Paul VALABREGA, 1962, La relation thérapeutique, Flammarion, p. 24.
6 Ibid., p. 26.
7 P. AUBRY, P. RAKOTOBE, 2000, La formation médicale à Madagascar de 1870 à nos jours. Med. Trop. 60,
p. 345-347.
8 Yvette PARÈS, 2006, Comprendre la médecine traditionnelle africaine, http/www.tvt/spip.php?article113
20

au cours de la même année, qui instituait la période 2001-2010, « Décennie de la médecine
traditionnelle africaine ».
La médecine traditionnelle maghrébine est le fruit de la rencontre des cultures propres au
monde méditerranéen depuis des temps fort anciens. Les pratiques anciennes en matière de
thérapeutique se retrouvent dans toute l’Afrique du Nord, et ceci dans un ensemble qui associe
les médecines arabe, gréco-latine, juive, carthaginoise et berbère. Les recherches en médecine
traditionnelle empirique y sont nombreuses et anciennes.
En Algérie, plus particulièrement, nous avons constaté que cette pratique fait partie de la
vie de la majorité de la population. Par-ci, de l’eau associée à une prière donnée par un
« Taleb », par-là, un maître spécialiste des plantes médicinales soigne, conseille toute une foule
de malades. Malgré la forte présence des hôpitaux, la population s’oriente beaucoup plus vers les
imams, les taleb et les marabouts que vers les médecins qui ont reçu la formation scientifique et
occidentale. La médecine traditionnelle ne sépare pas le corps de l’esprit, du psychisme, comme
le fait la médecine occidentale envisageant toujours avec des pincettes la question du
« psychosomatique » ; cette association intime du somatique et du spirituel est la base de sa
réussite.
Les recherches qui ont été faites dans la région des crêtes du Zaïre-Nil, par Martine
BAERTS et Jean LEHMAN de 1979 à 1984 sur une centaine de guérisseurs, ont démontré que la
phytothérapie burundaise semble appartenir à une tradition commune avec les peuples de l’Est
africain. Une centaine n’est qu’une infime partie du total des guérisseurs des régions explorées,
mais démontre une présence effective de la médecine traditionnelle.
Dans les pays de langue bantoue, en l’Afrique de l’Est : « La maladie est un indice ou une
preuve d’une situation conflictuelle entre le malade et son clan, sa famille ou un individu
quelconque vivant ou mort » ; en fait, c’est une perturbation que le devin-guérisseur, en tant que
9juge des conflits, gardien des coutumes, doit deviner, et… parfois guérir.


9 Martine BAERTS, Jean LEHMAN, 1989, « Guérisseurs et plantes médicinales de la Région des Crêtes Zaïre-Nil
au Burundi. Belgique : Musée Royal de l’Afrique centrale Tervuren », Annales Sciences économiques, vol. 18, p. 6.
21

À l’ouest, si on prend l’exemple du Sénégal, la philosophie de la médecine traditionnelle
est fondée sur la théorie des quatre éléments : air, terre, eau et feu. Ces éléments sont représentés
par des étoiles et le moment de la naissance détermine le destin sous lequel, forcément, tout
individu se voit rangé. Renforcer le rayonnement de l’étoile de l’individu pour détruire ou sortir
le ou les souffles maléfiques, est le rôle de la médecine traditionnelle. Le Président SENGHOR
L. a dit un jour que l’Africain croit en trois dieux : le Dieu créateur, les ancêtres et les bois. Cette
affirmation reflète la place des plantes dans la vie quotidienne de la population africaine. Quelle
est cette vertu intrinsèque qui place les bois au même niveau que Dieu ?
La première journée africaine de la médecine traditionnelle a été célébrée le 31 août
2003, à Antananarivo, sous le thème « La médecine traditionnelle : notre culture, notre avenir ».
En Afrique, entre autres à Madagascar, les guérisseurs n’ont pas « de doses » connues,
leur savoir se transmet entre eux ; ils ne connaissent pas les sciences fondamentales ; en effet,
c’est une vision normale pour des profanes qui ont tendance à exagérer ce qu’ils ne maîtrisent
pas.
Aujourd’hui, l’évolution de la société, l’occidentalisation des soins avec les vaccinations
obligatoires et autres, ont poussé la médecine traditionnelle créole dans la clandestinité mais n’a
pu la supprimer. La preuve, des « tisaneurs » de l’île de la Réunion, héritiers des traditions de
leurs ancêtres venant de Madagascar il y a plus d’un siècle, sont venus en juillet de l’année 2007,
à Antananarivo, se ressourcer pour une revalorisation de la tradition et de la culture. Nous y
reviendrons un peu plus loin.
Avant de nous attacher à ce qui existe seulement sur cette île, nous ouvrir à ce qui se
passe est nécessaire pour connaître les différences ou divergences, et les ressemblances dans
cette médecine traditionnelle ; l’Asie et « le Nouveau Monde » restent un champ d’investigation
démesuré…
Sur la médecine polynésienne, le Net ne donne pas beaucoup d’informations. Cependant,
jusque dans les années 1930, la plupart des Polynésiens se méfiaient de la médecine européenne
et préféraient s’en remettre à leur tahu’a, des guérisseurs qui employaient des plantes.
22

Les réalités aux îles des Philippines ont fait couler beaucoup d’encre. Les avis sont
10
contradictoires, entre les supercheries et les miracles .
La médecine traditionnelle thaïlandaise reconnaît la maladie comme étant une
perturbation de la libre circulation des flux d’énergie au sein des « Sen », ou lignes d’énergie.
Cette médecine traditionnelle thaïlandaise était transmise oralement par les bonzes dans
l’enceinte des temples.
Depuis 1945, après la libération, l’État coréen a regroupé les pratiquants de la médecine
traditionnelle dans une coopérative à l’échelon national et qui est devenue plus tard, l’hôpital de
médecine koryote (peuple de Corée). Actuellement la Corée du Sud a une Académie coréenne de
médecine koryote.
Vieille de 3 000 ans, la médecine traditionnelle chinoise soulage un patient sur dix dans
le monde. Le classique de l’interne, Huangdi Nei Jing, est le livre le plus ancien qui décrit
l’acupuncture existant en Chine ; il a été compilé entre 770-221 av. Jésus-Christ. La médecine
traditionnelle vietnamienne est d’origine chinoise. Il n’y a pas de santé si l’homme n’est pas bien
psychiquement, physiquement et socialement. La médecine chinoise, et plus largement asiatique,
est devenue à la mode en Occident qui y voit une garantie d’authenticité et d’écoute.
L’immigration chinoise actuelle à Madagascar, devrait sous peu, provoquer une « rencontre »
entre deux traditions thérapeutiques naturelles, les immigrants chinois ayant toujours voyagé de
par le monde, avec leurs médicaments et leur spiritualité. Et actuellement, en plus du Centre de
11Santé de Mahitsy , où les médecins chinois ont une très bonne renommée, depuis quelques
décennies, d’autres centres de soins commencent à proliférer à Antananarivo et ses environs.
Comme partout ailleurs, en terre Navajo, chez les Indiens d’Amérique du Nord,
aujourd’hui l’Arizona et le Nouveau-Mexique, la maladie, c’est l’arrêt de l’harmonie.
Et dans la médecine hindoue traditionnelle, l’Ayurveda, la maladie est une affaire
12cosmique, sacrée . Les premiers traités de la médecine de l’Inde sont le RIGVEDA (5 000 av.


10 René HAQUIN, 1977, Les guérisseurs philippins. Éditions Universitaires Jean Pierre Delarge, Paris, p. 71-72.
11
Commune située sur la route de Majunga.
12 L’Ayurveda science de la vie. http:/www.diplomatie.gouv.fr/fr.article-imprim.php3 ?id_article=40029, 07/10/06.
23

J.-C.) et l’Atharvaveda (1 000 av. J.-C.), mais c’est vers 1 700 /600 av. J.-C. qu’elle fut codifiée
par CHARAK. Le corps humain dépend de l’énergie cosmique, le Prana, qui est relié au monde
par les cinq sens ; une relation du microcosme – homme – avec le macrocosme – univers. À côté
de la médecine chinoise, la découverte de cette « nouvelle spiritualité », pousse aujourd’hui
beaucoup d’Occidentaux à faire le voyage thérapeutique et spirituel en Inde pour bénéficier de
soins plus exotiques avec le massage, le yoga.
Contexte spécifique
Le Pr Yvette PARÈS qui a contribué à fonder en 1980, un hôpital de médecine
traditionnelle à Keur Massar, près de Dakar (Sénégal), soutient que :
« Tous les peuples ont élaboré des médecines selon leur intelligence, leur génie, leur
13représentation de l’univers et leur environnement » .
Dans sa démarche, non seulement, elle nous livre la réalité, mais elle nous fait
redécouvrir la pluralité des médecines.
Même si le peuple de Madagascar a élaboré progressivement sa médecine, en liaison avec
14sa culture, peu d’ouvrages la mentionnent. Seuls des articles disparates d’étrangers parlent de
plantes médicinales ou d’actions de fétichisme ou encore d’ordalies, mais il n’y a pas beaucoup
d’écrits sur la médecine en tant que telle. Car l’écriture dans cette société de l’oral fut d’abord le
privilège des ethnographes coloniaux ou des évangélistes, qui, d’une manière ou d’une autre,
sauf exception, méprisaient la tradithérapie malgache présentée comme des croyances primitives.
15
Cependant, des gens comme DANDOUAU , par exemple, ont eu l’intelligence de transcrire des


13
Yvette PARÈS, 2006, Médecines du monde, http
//www.diplomatie.gouv/.fr/fr/articlemprim.php3?_article=40029.
14 Charles RENEL, 1915, « Les amulettes malgaches, Ody et Sampy ». Bulletin de l’Académie malgache,
n.s. t. II, Tananarive, p. 29-291.
15 Exemples : A. DANDOUAU, 1907, « Manala-falitsy ou manala-dika », Bulletin de l’Académie malgache, vol.
V, p. 55-72.
1908, « Ny famohazana ny sikidy ». Bulletin de l’Académie malgache, vol. VI, p. 62-72.
1908. « Le fatidra (Serment de sang) ».’Académie, vol. VI, p. 75-80.
1910-1911, « Catalogue alphabétique des noms malgaches des végétaux ». Bull. Économ. Madag. X n° 2 et XI n° 1,
Tananarive, p. 265.
1914, « Coutumes Sakalava : Le sikidy ». Antropos IX, p. 546-872.
1913. A. DANDOUAU (Mme), M. FONTOYNONT, « Ody et fanafody (charmes et remèdes) ». Bulletin de
l’Académie malgache, n.s. t. XI, Tananarive, p. 151-229…
24

informations orales sur une phytothérapie malgache très élaborée, que des « jeunes » chercheurs
16
peuvent exploiter . Du point de vue du colonisateur, feignant d’oublier que la France
majoritairement rurale au tournant du siècle, comptait un nombre faramineux de rebouteux et de
« tisaneurs » ; il n’y a pas de « médecine malgache » : il y a seulement des croyances et des
superstitions à éradiquer, une absence totale de principes hygiéniques. De fait, les « médecins de
métropole » occupaient une place importante dans l’Académie malgache des premiers temps [Dr
FONTOYNONT, par exemple] : à côté du réseau scolaire, le réseau sanitaire était le fer de lance
de la colonisation et de sa propagande paternaliste. Soigner l’autre (dans la mythologie du
e« french doctor » revivifiée à la fin du XX par Médecins sans frontières et son « droit
d’ingérence »), c’est montrer sa compassion (chrétienne) tout en affirmant une supériorité
scientifique, validant la « mission civilisatrice » de la France. L’autre n’est pas civilisé parce
qu’il n’a ni école ni hôpital ; la médecine de type occidental se veut un critère essentiel de la
« civilisation ».
Madagascar compte un médecin pour dix mille habitants ; ce qui n’est pas suffisant –
l’OMS donne un chiffre plus élevé, un médecin pour presque 13 000 habitants. Et encore, même
pris en charge, le coût des soins est très élevé : les médicaments, les analyses, les rééducations,
17en fait, tout ce qui touche le suivi, ne sont pas à la portée du simple citoyen .
Dans cette étude, nous avons choisi comme terrain d’investigation Toliara (Toliara II) et
Antananarivo (Atsimondrano), pour mettre en pratique le conseil de Socrate, précisant que si on
se connaît, on pourrait connaître l’univers et les dieux. Ainsi cette étude nous est bénéfique pour
deux raisons :
– en premier lieu, en tant qu’originaire de Toliara (Sud-Ouest), elle va nous permettre de
connaître et de faire connaître les réalités de notre région. Nous avons pensé que mener les
recherches autour de Toliara serait intéressant parce que difficile, vu sa superficie. Toliara II est


16 S. FUMA, B. MANJAKAHERY, 2006. « Pharmacopée traditionnelle dans les îles du Sud-Ouest de l’océan
Indien », Actes du colloque international, 10-13 décembre 2005, Tuléar-Madagascar. Université de la Réunion, 254
p.
17
Journal télévisé de 20 h, TVM du 04/05/07.
25

très étendue que ce soit en allant vers le Nord que vers le Sud. Alors, autant en profiter, les
routes étant quand même praticables, malgré leur état qui laisse à désirer.
– en second lieu, mener une étude comparative sur deux aires géoculturellement différentes dans
la manière de vivre la médecine traditionnelle, est très intéressant, surtout si ces deux zones se
situent à un millier de kilomètres de distance l’une de l’autre. Antananarivo, en tant que capitale,
représente le progrès, les échanges facilités avec les médecins étrangers et des traitements
nouveaux ; au contraire, Toliara est une ville du Sud-Ouest éloignée, déshéritée, qui séduit peu
les touristes, et où la situation sanitaire est déplorable ; le manque de médecin est inquiétant. Le
choix du sujet est sorti de toutes ces idées additionnées aux problèmes de santé vécus dans la
famille.
La problématique
Beaucoup de questions restées sans réponses satisfaisantes nous ont orientées vers des
recherches d’une manière tant endogène qu’exogène, aussi bien dans la pensée actuelle de la
population que dans la place à donner à cette médecine traditionnelle. En outre, la politique
nationale du ministère de la Santé mérite d’être abordée.
eEn ce XX siècle, qu’en est-il de cette médecine dite traditionnelle, de son
environnement ? Surtout que médecine traditionnelle suppose superstition.
La médecine traditionnelle n’est ni une supercherie ni un charlatanisme. C’est un art de
guérir qui prend en compte la personne dans sa globalité et son environnement et non une
manœuvre frauduleuse employée par des escrocs, qui sont à l’affût des crédulités des gens pour
vivre. Il ne faut pas nier que parmi les guérisseurs se cachent des « exploiteurs de la crédulité
18publique » , des individus qui ont trouvé dans le système, un moyen facile de vivre aux dépens
d’innocents ou de naïfs qui ont recours au mystérieux, à l’inexplicable ; cependant, les charlatans
et les faussaires existent dans n’importe quel domaine. Mais l’actualité ne nous montre-t-elle pas
régulièrement des abus similaires chez les médecins allopathiques des grandes villes
occidentales ?


18 Albert LEPRINCE (Dr). 1942, Le pouvoir mystérieux du guérisseur, comment l’acquérir. Éditions DANGLES :
e
10 édition, p. 11.
26

Pourquoi la médecine traditionnelle ?
– La population se soucie-t-elle toujours de la médecine traditionnelle et quelle est son image ?
– Y a-t-il des différences entre zone rurale et zone urbaine ?
– La population s’y attache-t-elle parce qu’elle y croit, ou seulement parce qu’elle y est obligée,
faute de moyens de payer les médicaments ?
– La population va-t-elle à l’encontre de l’éthique de la médecine moderne, parce qu’elle ne
nécessite pas de longues études diplômantes ?
– Qu’est-ce qui différencie la médecine moderne de type occidental de la médecine
traditionnelle ? Y a-t-il des incompatibilités entre la médecine traditionnelle (savoir ancestral,
empirique et phytothérapeutique) et la médecine moderne (académique, normative et
cartésienne) ?
– Y a-t-il incompatibilité entre l’expérimentation scientifique et l’expérience traditionnelle ?
Comment la pratique de la médecine traditionnelle est-elle perçue par la
population ?
Malgré les moyens mis en œuvre par les gouvernements successifs, à notre connaissance,
il n’y a pas encore de réglementations adaptées et adoptées touchant la médecine traditionnelle.
Or, l’absence de réglementations ou la mauvaise utilisation des pratiques traditionnelles peut
avoir des effets nuisibles, voire dangereux. Et il en est de même avec les médicaments
allopathiques de la médecine occidentale : ce qui guérit peut tuer, « le remède est dans le mal »
selon le dicton. Platon explique que le pharmakon des Grecs anciens était le remède ou le
poison, selon les circonstances, le dosage ; et le pharmakeus était un guérisseur ou un sorcier
empoisonneur. Quoi de plus naturel, ce qui provoque (ody, pharmakon) guérit (fanafody,
remède). Le tradipraticien connaît à quelle dose son remède peut devenir poison.
Pourquoi nos législateurs ne se sont-ils pas saisis de ce problème ?
e- La médecine traditionnelle est-elle encore utile en ce III millénaire ? Est-ce que son
temps n’est pas révolu ?
- S’il y en a, qu’est-ce qui cause les réticences ? Qu’est-ce qui a pu détourner la population
de cette médecine traditionnelle ?
- Qu’en pensent les intellectuels, les scientifiques ?
27

– Quelle est la réaction des tradipraticiens face aux savoirs traditionnels non protégés ?
Quel est le rôle de la médecine traditionnelle dans la vie de la
population ?
– La médecine traditionnelle peut-elle contribuer à l’amélioration de la vie matérielle de la
population ?
– Qu’est-ce que la médecine traditionnelle peut apporter aux problèmes psychologiques ou
psychiatriques d’une partie de la population ?
– En quoi la réappropriation de la tradithérapie par la population malgache déculturée, par le
colonialisme de jadis puis le néocolonialisme d’aujourd’hui, peut-elle permettre de retrouver
l’identité, l’équilibre culturel endommagés ?
Quelle place octroyer à la pratique de la médecine traditionnelle ?
En effet, les plantes médicinales, les moyens employés comme les sampy et ody, ont fait
l’objet de plusieurs recherches – il faut le dire, toujours séparément – mais l’esprit véhiculé par
leur emploi en tant que médecine, n’a pas été trop pris en considération, ainsi que ceux qui les
pratiquent : les tradipraticiens.
RENEL C., lui, a remarqué à l’époque que les ody peuvent générer des situations
19« miraculeuses » par leur force invisible , ils « bougent » pour annoncer des malheurs. Je pense
qu’il a cerné la pensée du Malgache qui s’attache à son ody – fiaro, par exemple : l’inefficacité
des ody est consécutive à des violations des fady et non à leur sainteté.
- Quel est le handicap de la médecine traditionnelle qui pousse nos chercheurs à ignorer
cette partie de la culture malgache ?
- Comment la médecine traditionnelle – sans prétention universelle et émanation du
tanindrazana (tany = terre, pays, razana = les ancêtres) – aurait-elle failli à son rôle de
sauvegarde des Malgaches ?
- Que peut apporter la médecine traditionnelle à une société malgache plongée dans la
pauvreté chronique, la corruption morale, matérielle, le manque d’hygiène ?


19
Charles RENEL, 1915, op. cit., p. 158-162.
28

- La médecine traditionnelle a-t-elle encore sa place dans le cœur et l’esprit de la
population ?
Méthodologie
L’étude concerne l’univers culturel malgache et sa structure idéologique sur la question
de la santé. Nous tenterons de faire ressortir ce qu’il nous faut, à partir de différentes sources
orales ou écrites, de récits de vie et d’expériences vécues. Nous n’avons pas à démontrer
l’évidence qui existe, en ce qui concerne la vivacité de l’oralité dans la culture malgache. Cette
méthode de transmission est aggravée par le taux très moyen, sinon très bas d’alphabétisation.
Ainsi, notre approche est à la fois existentielle, parce que basée sur les récits de vie des
tradipraticiens et structuralistes, par la méthode qui est appliquée à l’analyse des données
récoltées.
Sources orales
▫ Enquêtes
Au stade actuel de la médecine traditionnelle, s’informer à la source est très naturel,
même si de temps en temps, la transmission orale semble donner des informations
contradictoires, ce qui nous pousse à les confronter aux écrits pour mieux vérifier leur
authenticité. Il faut dire aussi qu’en plus du problème de temps, les déplacements n’étaient pas
évidents, surtout du point de vue financier, nos deux sites se situant à 1 000 km de distance,
d’une part, mais d’autre part, visiter les sites sacrés dans l’Atsimondrano, est du pareil au même ;
les endroits sont situés sur des collines difficiles d’accès ; de plus, les enquêtes sont enregistrées
avec les musiques d’accordéon, les applaudissements et les transes. Cependant, l’optimisme était
toujours au rendez-vous parce que, au désir et à l’amour qui nous poussent à aller toujours plus
loin, s’est greffée la motivation ; heureusement nous n’avons jamais été sujettes à des rejets
venant des personnes ressources, même si, les rencontres sont sporadiques.
Pour les enquêtes, nous avons assisté à des réunions administratives – tous les deux mois
depuis 2006 – des Zanadrano, des cérémonies rituelles – dès que l’occasion se présente ; nous
avons tenu des entretiens semi-structurés avec des tradipraticiens – une cinquantaine – au niveau
29

d’Antananarivo Atsimondrano ; nous avons aussi pris des échantillons parmi la population – une
trentaine, afin de mettre en exergue les informations du premier site.
Dans les enquêtes sur le terrain, les membres de la famille assistent à l’entretien,
participent parfois par gentillesse ou par curiosité. Même les enfants ont participé à nos
entretiens, lors de notre passage par quatre fois déjà, à Sikily, situé sur la route de Ranobe, ou à
Benetse (= 10), commune d’Ankilimalinika, sur la RN 9, Toliara II. Presque tous les enfants du
village de Sikily ont été soignés par Tsibakaka, un Tromba, un esprit qui soigne par
l’intermédiaire de la possession. Ainsi Tsibakaka est aussi une « grand-mère » parce que la
personne possédée est une femme, et les enfants ne font plus de différence entre l’esprit et la vivante ; des informations ont été enregistrées au niveau des gens rencontrés au hasard,
vers Manombo (= 10) ou Ankililoake, sur la route nationale n° 9, allant vers le nord. Les autres
informateurs étaient des gens rencontrés ou à Mitsinjo (= 5), Miary (= 2, banlieue de Toliara), ou
vers le sud, à Ianatsony (= 2) ou St Augustin, ou à Ambohimahavelona (= 4), à 30 km de Toliara,
en prenant le premier croisement après Andatabo.
Pour ce faire, nous n’avons pas laissé passer les occasions qui se sont présentées pour
avoir le maximum d’informations possible, telles qu’assister à des traitements de brûlures, voir
les relations malades ou famille de malades avec les tradipraticiens, assister à l’occasion, à des
cérémonies rituelles et cultuelles selon la démarche d’une observation participante. Car la
tradithérapie n’est pas seulement de la phytothérapie, elle abrite aussi divers cérémonies et
rituels en son sein, et la pharmacopée fait partie des moyens qui y sont utilisés.
C’est à partir de cet ensemble que nous allons tirer les moyens mis en œuvre dans la
médecine traditionnelle : symboliques, culturels et mystiques, tout en n’oubliant pas les
personnes ressources.
▫ Présentation des personnes clés :
Nos informateurs sont composés de différentes personnes incontournables, de gens de
l’art.
▫ Les experts modernes
Le Pr RAMAHANDRIDONA, spécialiste en endocrinologie, traite les maladies
métaboliques ; c’est un des promoteurs de l’Association AMADIA qui s’occupe des diabétiques.
30

Plusieurs produits de l’IMRA portent la marque de ses recherches. Il est très strict quand il s’agit
du régime à suivre pour maintenir une bonne santé ; en tant que professeur, il estime que malgré
la culture et le fait de considérer le riz comme aliment de base des Malgaches, il faut savoir
changer et évoluer pour la santé : prendre autre chose et réduire le riz : 8 cuillerées par repas. S’il
ne s’agissait que de lui, chaque individu aurait le poids conforme à sa hauteur ou sa taille. Il n’est
qu’un exemple dans la multitude. Pour lui, les plantes médicinales sont dangereuses, toutefois
elles restent le premier et le dernier recours des Malgaches en cas de maladie.
▫ Les chercheurs
Le Dr RAKOTOBE, un ethnobotaniste à la tête du CNARP, se fait un plaisir d’aider les
tradipraticiens. Les travaux du Centre national de recherches pharmaceutiques (CNARP)
consistent à produire des médicaments à partir des plantes médicinales, d’après les modes
d’emploi traditionnels et selon des tradipraticiens considérés comme personnes ressources en la
matière. Pour lui et son équipe, les produits naturels, plantes et remèdes, issus de nos campagnes,
ne peuvent que s’adapter à nos organes et organismes.
▫ Les tradipraticiens
Ils sont au centre de ce travail. RAKOTOVAO Maurice est le président d’une association
de tradipraticiens que nous verrons plus tard.
RAKOTOVAO M. a été éduqué dès son plus jeune âge par sa grand-mère, qui était
tradipraticienne. Son destin, pense-t-il, était inscrit sur les astres le jour de sa naissance. Ses
parents devaient se séparer de lui très tôt. La suite de sa formation a été prise en charge par des
« esprits de l’eau » et des Zazavavindrano = filles des eaux, qui sont, selon ses dires, des
personnes normales, seulement elles vivent sous l’eau. L’eau que les terriens voient, est le ciel
du monde d’en dessous.
▫ Les patients et leurs familles
De leurs choix dépend la survivance ou non de la médecine traditionnelle.
MARTIN est comptable à la perception d’Anosipatrana, à Antananarivo. Interviewé, il
dit qu’il a été déjà soigné par des tradipraticiens. Il dit qu’il est très strict sur sa façon de se
31

soigner ; toutefois il reconnaît que les rares fois où il est allé voir des tradipraticiens, non
seulement, il a été bien accueilli, mais guéri aussi.
Des gens pris au hasard : connaître l’avis de la population est nécessaire pour avoir une
opinion correcte sur la question.
TAFANGY A., un fonctionnaire retraité, regrette encore aujourd’hui les conséquences
néfastes des évènements 1947. Par peur ou par dépit, beaucoup de gens ont abandonné la
médecine traditionnelle. Bien de charmes et amulettes ont été brûlés sur la place publique. Or,
c’est une partie de notre fond culturel, qui, par la même occasion, part en fumée.
En plus des sources orales, des exemples sont mis en annexe, il y a les sources écrites.
Sources écrites
Les documents écrits sont constitués par des ouvrages, des revues et journaux, divers
bulletins, et quelques témoignages, mais aussi du Net.
Outre ce que nous avons accumulé par curiosité depuis un certain nombre d’années, la
bibliothèque de l’Académie a été notre première source. Étant membre de la section II de
l’Académie nationale des Arts, des Lettres et des Sciences, nous avions eu la possibilité de
bénéficier des ouvrages introuvables ailleurs. Cette source a beaucoup apporté dans la réalisation
de ce travail, surtout que l’Académie a plus de cent ans d’âge (l’Académie a été créée en 1902).
Les anciens ouvrages y sont facilement trouvables, les bulletins, les mémoires et divers ouvrages
sur la médecine traditionnelle d’ailleurs.
La seconde est la bibliothèque du PBZT, le fonds Grandidier, aujourd’hui revenu à
l’Académie.
Les archives de Fombandrazana sy Fivoarana – CRIC – de l’Académie. Fombandrazana
sy Fivoarana est un Centre de recherches d’intervention culturelle, qui travaille au sein de
l’Académie.
Et enfin des ouvrages offerts par des ami(e)s.
Les savoirs des praticiens, récoltés à partir de leur vécu quotidien, font partie des sources
dans une approche expérimentale.
32

Approche expérimentale
Être tradipraticien n’est pas donné à tout le monde. Il y a ceux qui sont prédestinés à
l’être, par leur signe astrologique (par exemple, né en Alahasaty), ou par l’hérédité (où les
savoirs sont transmis naturellement par habitude, c’est-à-dire par une manipulation dans le vécu
quotidien des enfants), ou par désir de connaissance (amour de l’harmonie autour de lui, par
humanisme mais qui demande une formation). Il faut un dévouement exemplaire pour subsister
dans le domaine traditionnel ; il faut avoir le « don », une science d’observation et de
mémorisation des pratiques à faire, le « pouvoir » de faire ou défaire une situation qui fait la
particularité du praticien. La question humanitaire y joue un très grand rôle, et dans la culture
malgache, la surnature tient une grande place dans le phénomène de la maladie.
Pendant la journée de Partage d’expertises, le 16 juillet 2007, qui s’est tenue à
l’Académie nationale des Arts, des Lettres et des Sciences à Tsimbazaza, Antananarivo, le grand
Miko, tradipraticien de très grande renommée à l’île de la Réunion, dans sa communication, a
partagé ses méthodes de travail. Dans ce cadre, en cas de difficulté, pour les maladies graves, il
regarde le soleil pendant un quart d’heure, il arrive à déterminer la maladie et ce qu’il faut faire
pour la soigner. Le soleil lui transmet ce qu’il faut voir et faire. Dadatoa RAMORISY, par
contre, regarde le soleil, non pas pour soigner les vivants mais pour amadouer la mort. Il le fait,
avant de fermer et pour « fermer » le tombeau.
Ces expériences diffèrent selon l’individu considéré : possédé de tromba,
devinguérisseur ou ombiasa, astrologue ou mpanandro, masseur ou mpanotra, matrone ou renin-jaza.
Nous verrons si les savoirs traditionnels ont pu traverser le temps à la lueur de ces pratiquants,
que nous illustrerons, bien entendu, par des photographies, preuves de notre présence effective
aux manifestations et enquêtes sur le terrain.
Sources matérielles et iconographiques
La vision de la médecine traditionnelle, jusqu’ici, a démontré que celle-ci est synonyme
de plantes médicinales. Nous avons trouvé que la médecine traditionnelle va au-delà de ces
33

20« simples » – expression de l’Abbé PIERRE et de Maria TREBEN – ou plantes médicinales de
la pharmacie naturelle, d’où l’importance de cette approche iconographique, surtout que les
photographies proposées ici ont été prises sur le terrain, par nos soins, au cours de la recherche.
La richesse des informations sera démontrée par les photographies qui constituent nos sources
iconographiques, pour prouver la place actuelle de la médecine traditionnelle ; les photographies
présentées sont très récentes, parce qu’elles s’étendent de 2006 jusqu’en 2012. Et ce seront des
photographies se rapportant à des séances cultuelles, des traitements pratiqués par les
tradipraticiens sur les malades, à des plantes médicinales, à l’environnement et qui constituent un
des supports de cette étude.
Par exemple, le devin-guérisseur, celui qui consulte les astres ou les ancêtres avant de
soigner, commence toujours la séance par poser le problème aux forces de la nature : présenter la
personne et ses problèmes par une invocation tout en demandant quelle méthode utiliser pour les
résoudre ou réaliser le souhait. Chez les possédés, la séance commence par l’invocation d’un
esprit ancêtre qui, pendant sa manifestation, résout le problème du consultant. Chaque séance est
unique parce que chaque problème est spécifique ; il peut s’agir d’une simple demande de
confirmation ou d’infirmation d’un sujet qui inquiète, comme connaître un jour faste pour un
mariage, un jour favorable pour construire une maison, aux résolutions des problèmes de santé
comme la diarrhée, les vertiges, aux problèmes psychiatriques tels que hadalà, kasoa (folie) et
autres, en bref tout ce qui concerne les remèdes à prendre pour retrouver le bien-être tant
physique que psychique. Toutefois, se faire soigner, c’est aborder la personne dans son contexte
environnemental et social avant de s’occuper ensuite de son corps physique, à la différence d’une
consultation de type occidental qui n’est pas concernée par cette démarche : le souci du médecin
est concentré spécialement sur l’organe malade.
Appareils photo numériques et dictaphones ont été très utilisés dans les récoltes de
données. L’évolution technologique permet l’emploi de matériels sophistiqués, même si les
allées et venues sur le terrain ont gâché, par plusieurs fois, ces outils très utiles pour les travaux
de recherche et même, ont causé des pertes de matériels. Par maintes occasions, les problèmes de
batterie, de charge d’ordinateurs et de virus qui font « planter la machine », ont fait surgir des


20
Maria TREBEN, 1986. La santé à la pharmacie du bon Dieu, Conseils et pratique des simples. Steyr, Autriche :
Éditeur Wilhem Ennsthaler, p. 9.
34

découragements temporaires. Il a même fallu des investissements tant financiers qu’humains
pour pallier ces problèmes matériels : une solution de rechange, quand on pense que tout bascule.
Les espaces sacrés ou sacralisés n’ont pas été négligés, l’évolution de l’environnement de
la médecine traditionnelle pourrait être suivie. Les photos justifieront le raisonnement et la
critique constructive pour répondre à la question soulevée, objet de la thèse.
De la valeur donnée à la médecine traditionnelle, du choix de la manière de se soigner, de
la croyance à l’efficacité ou non des tradipraticiens, et de l’attachement des Malgaches à la
tradition et de la faiblesse des moyens financiers dont ils disposent sortira « La place actuelle de
la médecine traditionnelle à Madagascar : exemple d’Antananarivo-Atsimondrano et de
Toliara-II », sujet de notre étude, dont voici le plan :
En première partie, nous développerons la médecine traditionnelle dans l’espace et dans
le temps ainsi que son environnement.
Le premier chapitre sera consacré au Cadre géographique et historique ; le deuxième au
Cadre social et culturel. Enfin le troisième chapitre à la médecine traditionnelle proprement dite
pour l’approche de définition.
En deuxième partie, nous mettrons en exergue les différentes dimensions de cette
médecine. Cette deuxième partie sera divisée en trois chapitres qui démontreront l’aspect
magico-religieux, la relation de la pratique avec le surnaturel et le sacré.
En troisième partie, trois chapitres également s’articuleront autour du Devenir de la
médecine traditionnelle. Nous y trouverons le Contexte politique et juridique de la Santé
publique et les Atouts internes et externes de la médecine traditionnelle. Le dernier chapitre
portera sur la Redynamisation et sauvegarde de la médecine traditionnelle.




35











Première Partie :
Espace, temps et environnement de la médecine
traditionnelle











Madagascar est la quatrième Île du monde après l’Australie, la Nouvelle-Guinée et
Bornéo. Considérée comme île Continent, elle est connue déjà depuis l’aube des temps par sa
place prépondérante en tant que plaque tournante sur la route des « Zend » et vice versa.
Toutefois, même si les voyageurs d’antan, pirates ou commerçants ont remarqué sa particularité,
sa végétation, sa faune et sa flore et surtout sa population, nous pensons qu’il est préférable de la
présenter.
L’île de Madagascar est située dans l’océan Indien, entre 11°57’55’’ de latitude sud et
48°7’54’’ de longitude est, séparée de l’Afrique par le canal de Mozambique d’une distance de
21400 km .
Jusqu’à ce que Madagascar devienne l’île rouge, parce qu’au fil des ans, ses forêts ont été
détruites par l’exploitation abusive des Tavy et hatsaky – les cultures sur brûlis –, les feux de
brousse, bien de noms lui ont été attribués.
22De « Al-kamor » ou « terre de la lune », par exemple, plusieurs noms lui ont été
eattribués depuis le II siècle, tels que l’île Saint-Laurent, Madeigascar, Madécache, Matécassi,
Madagascar, l’île de Beauté, la Perle de l’océan Indien ou tout simplement la Grande Île. En
effet, BOITEAU P. rapporte dans son ouvrage MADAGASCAR, en se basant sur les notes de El
Edriss : Kitab nuzhat al-mustak fi ihtirak al-afak, traduction française d’Amédée JAUBERT
publiée à Paris en 1836 sous le titre de Géographie d’Edrisi, p. 78, que les habitants de Sofala
(côte orientale d’Afrique) trafiquaient déjà en 1154 avec les marchands du pays du Mahârâja et
les gens de Qomr (Madagascar).
23Un article du 18 septembre 1942 intitulé : « “Madagascar” une erreur », confirme ces
changements de noms, en se basant sur les erreurs de Marco POLO qui n’alla jamais en Afrique,
et qui, quand même, décrivit sur la foi des voyageurs arabes, le pays de Magdicho, principal port
de l’Afrique orientale au Moyen Âge. Il croyait que c’était une île, alors qu’à l’époque, on ne


21
Pierre RANDRIANARISOA. 1967, « MADAGASCAR et les croyances et coutumes malgaches ». Association
nationale des Écrivains d’Expression française, Paris, p. 9.
22 Pierre BOITEAU, 1958, MADAGASCAR, Contribution à l’histoire de la Nation malgache. Éditions sociales,
Paris, p. 23.
23 Journal Paris-Soir, n° 744 du 18 sept.1942. Fonds Grandidier : Cote 224151.
39

connaissait aucune île à l’est de l’Afrique. Et comme par un extraordinaire hasard, l’île de
Madagascar existait, le nom donné par anticipation a été adopté et au cours du temps, Magdicho
devint Mogelasio pour arriver au nom qu’elle porte actuellement.
24Madagascar compte aujourd’hui plus de vingt millions d’habitants pour ses
2590 000 km .


24
Banque mondiale, discours présidentiels et autres médias, la statistique n’est pas actualisée.
40

I.1 – Cadre géographique et historique
I.1.1 – Généralités
La population malgache est, selon nos devanciers savants, le fruit d’une fusion des
25autochtones appelés Vazimba , des hommes – paraît-il – de petite taille, avec les populations des
edifférentes immigrations de Sumatra, de Java, du golfe Persique et de l’Afrique, entre le II et le
eX siècle.
Ces informations, aujourd’hui, sont l’objet de différentes recherches, vazimba, beosy ou
kimosy, leur identité reste encore à démontrer, grands ou petits. En tout cas, les vazimba
26Tsatsik’afo du nord Fiherena sont pareils à n’importe quel autre type de personnes d’ailleurs.
Jusqu’à nos jours, la population malgache garde encore beaucoup « d’histoires » ignorées. La
cause en est la transmission qui est surtout basée sur l’oralité pour presque la totalité de la
population.
N’ont été écrits que les récits historiques, très fragmentaires, vécus par les étrangers, en
econtact direct ou indirect avec les Malgaches, et les compilations faites plus tard au XX siècle,
par des chercheurs « malgachisants ».
Les recherches actuelles essayent d’éclaircir, en temps et en espace, les non-dits de
l’histoire de Madagascar.
Madagascar est composé d’une vingtaine d’ethnies ou devrions-nous dire populations
régionales. La discussion sur le mot tribu ou ethnie, en parlant d’une communauté biologique
d’origine – aboutit toujours sur une connotation infructueuse.
Il faut lire dans ce sens :


25 e Fred RAMIANDRASOA, 1967, « Tradition orale et histoire ». Thèse de doctorat 3 cycle, Paris, 363 p.
26
Leur patriarche a sa résidence à Antseva, sur la route nationale N° 9, vers Analamisampy.
41

« Des populations régionales mais un seul peuple, des réalités historiques aux problèmes
27
actuels ».
Aussi, nous donnons ici les groupes de populations que nous pouvons trouver par région :
1. Les Antankarana : habitants de l’extrême nord de l’île, de l’Ankarana, ils sont de
tradition musulmane. Ils se disent Onjatsy, un clan d’origine arabe.
2. Les Sakalava : ceux qui ont traversé différentes rivières, différents fleuves et vallées, ils
occupent presque la totalité de la côte ouest.
3. Les Makoa : ils sont installés dans le nord-ouest de l’île. Ils sont les descendants
d’Africains dont ils portent le nom, Makua.
4. Les Tsimihety : « ceux qui ne se coupent pas les cheveux », occupent une partie du
centre nord de l’île, ils habitent dans le triangle Sakalava à l’ouest, les Betsimisaraka, à l’est et
les Merina au sud.
5. Les Betsimisaraka : « ceux qui ne se divisent pas malgré leur nombre » habitent sur la
côte est de Madagascar.
6. Les Merina : ce sont les occupants des Hautes Terres, au centre de l’île, ils sont aussi
appelés Ambaniandro ou « ceux qui sont sous le soleil ».
7. Les Betsileo : « ceux qui sont si nombreux qu’on ne peut pas les vaincre » occupent les
hautes terres au centre sud du pays.
8. Les Sihanaka : ils occupent la région du lac Alaotra, entre les Merina et les
Betsimisaraka.
9. Les Bezanozano : ils occupent la région du Mangoro, à la lisière de la forêt de l’est.


27 Jean-Pierre DOMENICHINI, 2010, « Groupe de Travail sur les Droits humains », Ambassade des États-Unis,
28 juillet.
42

10. Les Antemoro : ils occupent les bords de l’eau de la région du sud-est. Descendants
d’Arabes, ils pratiquent l’astrologie, écrivent le sorabe, écriture arabico-malagasy. Ils
connaissent la fabrication du papier connu sous le nom de papier Antemoro.
11. Les Antesaka : toujours du Sud-Est, ils viennent du pays sakalava comme leur nom
l’indique : Antesakalava. Ils n’ont pas subi l’influence de l’islam.
12. Les Antefasy : pareils aux Antemoro et Antesaka, ils sont des occupants du Sud-Est mais
du côté du littoral longeant la plage.
13. Les Antambahoaka : toujours sur la côte orientale, ils sont aussi descendants d’Arabes
comme les Antemoro, ils occupent la vallée de Mananjary.
14. Les Tanala : population de la falaise Tanala, ils sont entre les Betsileo et les habitants du
Sud-Est.
15. Les Sahafatra : les gens de la clairière sont cantonnés sur les bords du haut
28Manampatrana, au pied des montagnes. Selon R. DECARY , ils se rapprochent beaucoup des
Tanala par leurs caractères et leur genre de vie ; et d’après leurs traditions, ils seraient originaires
du pays Mahafaly.
16. Les Zafisoro : voisins des Antefasy, ils occupent aussi les bords du fleuve Manampatrana.
17. Les Zafimaniry : peuple de la forêt, ils sont entre les Tanala et les Betsileo.
18. Les Bara : cette population des grandes prairies, du plateau de l’Isalo et de l’Horombe,
sont des éleveurs. Leur richesse se trouve dans le bovin qui marque toutes les étapes de leur vie.
19. Les Mikea : population de la forêt du sud-ouest, ils sont entre les Vezo et les Masikoro.
20. Les Vezo : ce sont des pêcheurs et marins, ils sont considérés comme « les enfants de la
mer » ; ils occupent la côte ouest et sud-ouest de l’Île et, selon les archéologues, ils étaient les
habiles facilitateurs des migrations successives sur Madagascar, grâce à leurs capacités et
savoirfaire en navigation. Les Sarà, les Voroneoke et Tsimanavadraza font partie du groupe ethnique
Vezo.


28
Raymond DECARY, 1951. Mœurs et coutumes des Malgaches. Paris, Payot, p, 9.
43

21. Les Masikoro : ce sont les cultivateurs et/ou éleveurs du sud-ouest. À la différence des
Vezo, ils sont très sédentaires, mais en pasteurs, ils suivent les pâturages au gré des saisons. Ils
aiment travailler sur le court terme, mais ils ne peuvent plus s’adonner à l’élevage de
contemplation à cause de l’insécurité.
22. Les Mahafaly : population du plateau Mahafaly, toujours dans le sud, ils se singularisent
par leur Aloalo, sculptures majestueuses dressées au-dessus des tombeaux en souvenir, et en
racontant l’histoire de leurs défunts. Les Tanalana qui occupent la partie littorale sud de l’île,
face au canal de Mozambique, en général, sont issus de l’ethnie Mahafaly ;
23. Les Antandroy : ils occupent les pays des ronces, le pays du raketa (ou figue de Barbarie)
au sud de l’île, entre les Mahafaly et les Antanosy. Ils sont devenus nomades à cause de l’aridité
du sol.
24. Les Antanosy : ils occupent l’extrême sud de l’île. L’occupation des Îles sœurs, la
Réunion et Maurice serait en partie issue du mariage d’une princesse Antanosy avec un Français
qui s’est ensuite installée à l’île de la Réunion, avec sa suite et plusieurs de ses sujets. La
deuxième zone se trouve sur une partie du plateau Mahafaly (à Bezaha).
Madagascar offre une grande variété de reliefs. Les hautes terres centrales, qui font partie
de l’unité géographique dite de l’Imerina, du Vakinankaratra et du pays Betsileo, sont composées
29de chaînons et de hauts plateaux (Tampoketsa), variant en moyenne entre 1 000 et 1 500 m , de
complexes volcaniques et de collines chauves recouvertes par endroits d’eucalyptus et de pins ;
la plaine du Betsimitatatra, au centre, commence à disparaître devant le développement croissant
de la ville d’Antananarivo.
Constituée de hauts plateaux, de collines plus ou moins escarpées et de massifs
volcaniques et de plaines, Antananarivo offre des caractéristiques physiques multiples. Le
sudouest présente, pour sa part, des littoraux peuplés de mangroves, de grands causses et des dunes


29
Ministère de la Culture et du Tourisme. 2005, « Antananarivo ». Guide touristique. ORTANA, p. 10.
44

30de sables rubéfiés, décalcifiés . À l’intérieur des terres, les fourrés xérophiles abritent des
centaines d’espèces végétales endémiques.
I.1.2 – Cadre historique et géographique du premier site :
Antananarivo
Présentation historique
Antananarivo, avant d’être la capitale, est une ville historique. Les vestiges du palais de la
reine en reconstruction actuellement, démontrent encore la force et la stabilité du royaume
merina d’antan.
Avant de devenir Antananarivo, Anjalamanga était Vazimba. Au fil des générations – du
e eXIV au XVII siècle, les Vazimba ont sélectionné et/ou planté certaines espèces d’arbres de
stature majestueuse, comme le Nonoka (Ficus pyrifolia Link), l’Amontana (Ficus baroni Bak),
l’Aviavy (Ficus megapoda Bak.), ou encore le Hasina (Dracaena reflexa Lam), pour marquer
31visuellement la détention du pouvoir et de l’autorité et le caractère princier de la colline .
Ils ont édifié des fortifications variées dans les endroits vulnérables, des manda ou murs
de pierres sèches à Ambohipotsy, à Antsahatsiroa… ou des hadivory ou fossés à Ankadibevava,
à Anjohy ou à Ankadinandriampirokana, par exemple.

Antananarivo-Atsimondrano a joué un rôle très important dans l’histoire de l’Imerina
central. En effet, la capitale du Fanjakana ifanoavana, était Ambohimasimbola. Les générations
d’Ampandrana, en se multipliant, instituèrent le Fanjakana arindra, par l’intermédiaire de la
ereine RANGITA (début du XVI siècle), qui s’établit à Merimanjaka. Sous ANDRIAMANELO
32(1540-1575), leur capitale se transporta à Alasora .


30 J-M. LEBIGRE, 1999-2000, « Écotourisme et développement local dans le Sud-Ouest : des potentialités à
os
explorer ». Talily n 7-8-9, p. 10-23.
31 REPOBLIKAN’I MADAGASIKARA. La cité des milles, Antananarivo : histoire, architecture, urbanisme.
Antananarivo : Cite, Tsipika Éditeurs, p. 14.
32
Édouard RALAIMIHOATRA, 1965, Histoire de Madagascar. Imprimerie Société malgache d’Édition Tananarive,
p. 84-90.
45

Le « Fikambanamben’ny Vohitr’Andriana » – littéralement regroupement des collines
royales –, une association familiale des descendants des douze collines de l’Imerina, présidée par
le prince Solonavalona ANDRIAMIHAJA,
a procédé à une cérémonie d’anniversaire et
ea érigé une stèle pour sa 13 année
d’existence à Ifandro, berceau du royaume
merina, dans l’Atsimondrano, le 6 avril
2008.

Comme j’ai eu la chance d’avoir été
Mbola
Figure 1 : Princes et princesses honorant la cérémonie invitée à la cérémonie – deuxième à partir de
de leur présence (2008) la gauche sur la photo –, j’ai pu en profiter
pour avoir des connaissances plus amples relatives à l’histoire de cette association et à la colline
en général.


Discours des notables pendant la
cérémonie, Le Andrianihasimbolavita, le
Mbola prince Solonavalona ANDRIAMIHAJA
avec Arindrano debout, et l’Ombimanga
assis à sa droite en blanc, le prince
RATRIMOARISON Mamy.
Au commencement, la limite
Figure 2 : Conseiller prenant la parole devant
naturelle du royaume était le fleuve Ikopa l’Assemblée (2008).
au nord. Le royaume s’étendit sur la rive
nord, au temps de RALAMBO (1575-1610). Le devin ANDRIANANDRITANY, avec son idole
Kelimalaza (idole royale), l’a aidé dans ses conquêtes, conquêtes qui ont permis à
ANDRIANJAKA de se retrouver à la tête d’Analamanga, et plus tard, prendre Anjalamanga des
enfants d’ANDRIAMPIROKANA, princes des lieux, qui étaient ANDRIAMBODILOVA et
RATSIMANDAFIKA.
46

Selon Le GROS, « le sampy Kelimalaza fut introduit chez les Merina par une femme
e 33
Antemoro appelée KALOBE, vers la fin du XVI siècle » . La tradition orale a toujours rattaché
les sampy aux devins Antemoro.
ANDRIANJAKA consolide le système de fortifications mis en place par les vazimba,
construit son rova à Analamasina – l’ancien rova était à Ambohimitsingina, débaptisé en
34Ambohimitsimbina – et change le nom de la colline en Antananiarivo qui devient la capitale de
son royaume. RAZAKANAVALODAMBO, seigneur d’Alasora, devient roi d’Antananarivo
après ANDRIANJAKA et prit le nom d’ANDRIAMASINAVALONA ; il change à son tour le
nom de sa ville par Antananarivolahy.

Le rôle social des tradipraticiens se manifeste par l’efficacité de leur service.
35Aujourd’hui, plusieurs lieux de culte sont gardés par des Zanadrano , en souvenir des vaillants
princes et princesses des monarchies disparues. La marque de leur passage peut être constatée
par l’existence des lieux de culte, fréquentés par des adeptes enthousiastes et toujours
passionnés.
Situation géographique du premier site
Les hautes terres centrales, comme ce nom l’indique, sont composées de hautes
montagnes qui peuvent atteindre plus de 2 000 m d’altitude, avec le massif de l’Ankaratra et de
36l’Andringitra et le pic Boby, et de hauts plateaux compris entre 1 200 et 1 600 m . Des vestiges
de forêts sclérophylles ne subsistent que sous des formes ouvertes et morcelées autour de l’Ibity,
de l’Itremo et dans l’Isalo ; au fait, la région centrale est fortement dégradée, même les conifères


33
LE GROS. 1997, « Guérir chez les Antemoro de Matataňa ». Thèse de doctorat en Études africaines, INALCO.
Paris, p. 117.
34 « Repoblikan’i Madagasikara », La cité des milles, op. cit., p. 17.
35 Personne possédée ou non mais, qui est habilitée par l’ancêtre propriétaire du lieu, à faire des rituels cultuels dans
le Doany.
36 Lucile ALLORGE. et collab., « Écosystèmes malgaches ». Hommes & Plantes n° 61, p. 8.
47

et les eucalyptus reboisés il y a une cinquantaine d’années semblent disparaître aujourd’hui.
37
L’érosion est avancée et entraîne une lavakisation très poussée.

Les environs d’Antananarivo se divisent entre les vallées, les pentes et les plateaux. Les
routes sont bonnes presque dans leur totalité. Les routes secondaires ne se voient que dans les
liaisons inter-communes rurales, à l’exemple de la route Ambatofotsy-Andramasina, ou
Andramasina-Behenjy. L’accessibilité aux hôpitaux ne se pose pas, la possibilité de se soigner
est acquise pour tout le monde.
Cependant, l’Atsimondrano, que ce soit vers le Nord, ou vers l’Ouest, par l’Est ou par le
Sud, les tradipraticiens et guérisseurs ont pu monter une association, pour rassembler les
praticiens traditionnels du sud de l’Ikopa, afin de préserver les savoirs traditionnels de la région.
Sont-ils des descendants de Zazavavindrano ? Ne sont-ils que les gardiens des eaux, lieux de
manifestation des « esprits » ? Sont-ils les descendants de peuples des basses terres qui ont
remonté les cours d’eau pour venir vers les hautes terres ?
Sans discrimination des manières de faire, ils se sont pris en main et mis en commun leur
méthode à la FZMMRA qui signifie : Fikambanan’ny Zanadrano, Mpitsabo, Mpikaroka
Raokandro Atsimondrano = Association des Zanadrano, guérisseurs, chercheurs en plantes
médicinales d’Atsimondrano


37 Terme technique en géographie qui montre la particularité du phénomène exceptionnel et catastrophique de
l’érosion à Madagascar.
48


Figure 3 : Carte FTM – Antananarivo renivohitra et Atsimondrano, source monographie MAEP.
L’Atsimondrano, pour les tradipraticiens de la FZMMRA, c’est toute la partie sud de
l’Ikopa. D’Arivonimamo ou d’Ambatolampy, il n’y a pas de différence, ils viennent tous dès
qu’il y a réunion au siège, à Ankaraobato.
49

Situation générale d’Antananarivo
Antananarivo est visible, de jour comme de nuit, des collines alentour : de Lohavohitra
dans le Vonizongo (1 715 m), depuis 20 km autour de la plaine et 30 à 35 km sur les sommets.
Les Vazimba ont trouvé que ces escarpements abrupts et ces paliers offraient une position
stratégique et naturelle pour la défense des villages et hameaux, qu’ils ont implantés autour du
rova (palais) de leur mpanjaka (chef, roi).

Sur le plan du relief, elle présente un paysage varié, plusieurs microclimats. Elle supporte
une des plus grandes charges de population de Madagascar.

2Si pour l’Atsimondrano, la densité est de 606 habitants par km , pour une superficie de
2379 km et une population totale résidente de 229 597, par contre, Antananarivo – Renivohitra
2(capitale) a une densité de 6 638 habitants par km , pour une population de 710 236. Le taux de
38natalité est de 3,55 % , contre un taux de mortalité moyen de 0,56 %.
La pression démographique a entraîné une dégradation de l’environnement, par les feux de
brousse, la pollution des terrains de cultures due à l’évacuation des eaux usées des villes, et
par39dessus, une insuffisance de sécurité .
Cependant, le taux d’alphabétisation est assez élevé, grâce au système permanent d’information,
éducation, communication.
Au niveau de la santé publique, si on étudie la monographie de la région d’Antananarivo
de 2003, sans considération de la qualité du personnel soignant – médecins, dentistes,
sages40 41femmes, infirmiers et autres – le ratio population/soignants était de 1 pour 1 514 habitants .
Les infrastructures sanitaires publiques ou privées abondent. Ceci s’explique par la proximité de
la ville d’Antananarivo ; la capitale connaît un développement socio-économique important. Le
spectaculaire exode rural s’explique par la création de nouvelles usines de la zone franche.


38 « Repoblikan’i Madagasikara ». 2003, Monographie de la région d’Antananarivo, p. 37.
39 Ibid., voir annexe.
40 Cf. Tableau en annexe.
41
Ibid., voir en annexe.
50

L’industrialisation déborde vers la périphérie dont Antananarivo-Atsimondrano, exemple la zone
Forello.
Les besoins sans cesse croissants de la capitale donnent un coup de fouet au
développement des cultures maraîchères, horticoles, du petit élevage et de la riziculture. Les
déplacements quotidiens des ouvriers, des marchands, des étudiants sont à l’origine du
développement des lignes suburbaines.
Il est constaté aussi que la superficie couverte de forêt n’est plus très vaste.
L’Atsimondrano
La région d’ANALAMANGA a une superficie de 16 911 km²
Chef-lieu : Antananarivo-Renivohitra ; province d’appartenance : Antananarivo ; districts
(exfivondronana) composant la région : Antananarivo-Renivohitra, Antananarivo-Avaradrano,
Ambohidratrimo, Ankazobe, Manjakandriana, Anjozorobe, Andramasina,
Antananarivo42Atsimondrano
L’Atsimondrano, dans cette situation générale, épouse le même climat, la même
morphologie d’escarpement. Atsimondrano : (atsimo = Sud) – (rano = eau), veut dire qui se situe
au sud de l’eau ; et l’eau en question c’est le fleuve Ikopa. L’Atsimondrano, administrativement
forme vingt-six communes : Ampitatafika, Andranonahoatra, Ambohidrapeto, Bemasoandro,
Fiombonana, Itaosy, Ankaraobato, Ambavahaditokana, Tanjombato-Andafiatsimo,
Andoharanofotsy, Soalandy, Antanetikely, Alatsinain’ambazaha, Ampanefy, Ankadimanga,
Fenoarivo, Soavina, Ampahitrosy, Anjomakely, Androhibe, Tsararivotra, Ambalavao,
Talatan’Ambatofahavalo, Alasora, Ambohijanaka, Andramasina, Bongatsara, Vontovorona,
Ankazobe, Anosizato, Alakamisy (Tampoketsa),
Pour la FZMMRA, Arivonimamo, Miarinarivo (Itasy), Ambatolampy (Ankaratra), sont
rajoutés à ces communes.


42 Source: Journal officiel n° 2915 du 12 juillet 2004.
51

Le champ d’investigation de ce travail est l’Atsimondrano où opère la FZMMRA : la
FZMMRA dans laquelle nous évoluons, pour la région d’Antananarivo, est dirigée par un
tradipraticien, RAKOTOVAO Maurice, surnommé Dadavao. Il nous serait difficile et
certainement peu judicieux d’embrasser l’Imerina dans sa totalité.
L’accent sera mis sur des tradipraticiens, membres de la FZMMRA. L’étude se fera dans ce que
l’association spécifie Atsimondrano, le côté sud de l’IKOPA. Le quartier général de l’association
se trouve à Ankaraobato, Ankadilalampotsy, Andoharanofotsy.
I.1.3 – Cadre historique et géographique du second site : le
SudOuest
Présentation historique
Dans la région sud-ouest malgache, Toliara est une ville Vezo-Masikoro.
Avant même d’être habitée, explorateurs et négociants avaient fait de Toliara, un port
d’attache. Abritée par des bancs de coraux, aujourd’hui menacés d’être ensevelis par le sable, à
l’origine, Toliara était occupée par les Tandavake sur la côte. Puis vinrent les Voroneoke. Ces
groupes, en se mêlant, ont formé l’ethnie Vezo. Les Masikoro étaient sous l’autorité des
Andrevola. Ces derniers ont phagocyté les premiers occupants en unifiant la région du Fiherena.
Si on se réfère à RALAIMIHOATRA, les Masikoro viennent d’Itomampy, du centre sud
du pays, par un des fils d’ANDRIAMBALOVALO ou ANDRIAMBALOALINA, donc ils
e 43étaient venus s’installer dans le sud-ouest rejoindre des autochtones vers la fin du XVI siècle .
Historiquement, quand les Zafindravola se sont déplacés, les Tentembola étaient avec
eeux. La formation de la dynastie Zafindravola se situe au XVII siècle. L’histoire mentionne
aussi divers groupes qui ont suivi les Zafindravola dans leur déplacement, ce sont les Antambỳ,
44 45les Tsingory , les Ndrarakabaro et autres . Les Tentembola sont suivis d’un point


43 Édouard RALAIMIHOATRA, 1965, op. cit., p. 55.
44 Michel RAZAFIARIVONY 2006, Ny harivolana na lahateny nentin-drazana ain’ny fiaraha monina
malagasyMasikoro. TPFLM, Antananarivo, p. 37.
45 M. E. FAGERENG, 1947-1948, « Dynasties Andrevola ». Bulletin de l’Académie malgache, n.s. T. 28, p. 139.
52

d’interrogation (?) dans la communication de FAGERENG, présentée à l’Académie malgache.
Nous pensons que les Tentembola, grâce à leur milieu, sont de nature calme et pacifique ;
l’habitude de vivre en mer a cultivé en eux cette paix intérieure qui les caractérise, à tel point
qu’ils sont classés comme des gens qui ne savent pas différencier le bien du mal : ils ne se
fâchent pas pour le plaisir. Ainsi, ils ne font parler d’eux que pour des raisons qui leur
conviennent.
Les Zafimanely, descendants d’ANDRIAMANELY, un des fils
d’ANDRIAMBALOVALO, étaient les cousins des Zafindravola, et les Behavana, un des clans
46Antesaka, étaient issus des Masikoro .
47Si on se réfère aux contes recueillis par BIRKELI , les Andrevola sont les descendants
de RAKOBA, un des fils de
BARARATAVOKOKE. Le
deuxième fils, RAPAMPANGA, est
l’ancêtre des Zafimanely. Les
migrations intérieures ont divisé les
frères en différentes ethnies selon
leurs régions et leurs activités.
Dans le manuscrit inédit de
1916, compilé dans le livre
Souvenirs de voyages d’Alfred
48GRANDIDIER 1865-1870 , il est Figure 4 : le Fihamy sacrée de Miary
mentionné qu’il « débarqua à Tuléar
le 20 juin 1868 et fut reçu par le roi LAHIMIRIZA, chef régnant sur la contrée ». Selon
GRANDIDIER A., le pays des Masikoro s’étendait jusque dans l’Androka au Sud, avec les Vezo
tout le long de la côte.


46 Édouard RALAIMIHOATRA, op. cit., p. 54.
47 Émile BIRKELI, 1924, « Folklore Sakalava ». Bulletin de l’Académie malgache, n.s. t. VI, 1922-1923, p. 371.
48
« Documents anciens sur Madagascar » VI, 1916, Souvenirs de Voyages d’Alfred Grandidier 1865-1870.
Manuscrit inédit.
53

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