La métamorphose

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La métamorphose, présente dans la littérature et la mythologie, est aussi une catégorie sociologique. Elle se situe entre la forme et l'apparence, le visible et l'invisible, la norme admise et celle non admise. L'auteur la présente dans le monde contemporain en perspective de la réalité sociale, et l'introduit comme moyen de stratégie pour amener sa dimension sociologique. L'ouvrage amorce le débat sur la conception sociale du jugement à travers les enjeux de la perception en présentant les diverses formes de la métamorphose.
Publié le : mercredi 1 juillet 2015
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EAN13 : 9782336386874
Nombre de pages : 138
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Antigone MOUCHTOURIS
La métamorphose
Une sociologie de la perception
Préface de Bernard Valade
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Sociologie de la connaissance
La métamorphose
Une sociologie de la perception
Logiques SocialesSérie ‘Sociologie de la connaissance’ dirigée par Francis Farrugia En tant que productions sociales, les connaissances possèdent une nature, une origine, une histoire, un pouvoir, des fonctions, des modes de production, de reproduction et de diffusion qui requièrent descriptions, analyses et interprétations sociologiques. La série vise à présenter la connaissance dans sa complexité et sa multidimensionnalité : corrélation aux divers cadres sociaux, politiques et institutionnels qui en constituent les conditions empiriques de possibilité, mais aussi, de manière plus théorique, analyse des instruments du connaître dans leur aptitude à produire des « catégorisations » savantes ou ordinaires, à tout palier en profondeur et dans tout registre de l’existence. Attentive à la multiplicité des courants qui traversent cet univers de recherche, ouverte à l’approche socio-anthropologique, intéressée par les postures critiques et généalogiques, cette série se propose de faire connaître, promouvoir et développer la sociologie de la connaissance. Elle s’attache à publier tous travaux pouvant contribuer à l’élucidation des diverses formes de consciences, savoirs et représentations qui constituent la trame de la vie individuelle et collective. Déjà parus MOREAU DE BELLAING Louis,Des sociologues dans la soute, 2009. NAMER Gérard,Machiavélisme et mondialisation en crise, 2009. CHARMILLOT Maryvonne, DAYER Caroline, SCHURMANS Marie-Noëlle (dir.),Connaissance et émancipation, 2008. JANNE Henri,Le système social,2008. MOREAU DE BELLAING Louis,L’enthousiasme de Madame de Staël, 2007. NAMERGérard,Karl Mannheim, sociologue de la connais-sance. La synthèse humaniste ou le chaos de l’absolu, 2006. SAINT-LOUIS Fridolin,Georges Gurvitch et la société autogestionnaire, 2006.
Antigone Mouchtouris
La métamorphose
Unesociologie de laperception Préface de Bernard Valade
Parmi les autres publications de l’auteur Sociologie du public dans le champ artistique, coll. « Logiques sociales », L’Harmattan, Paris, 2003.
Les jeunes de la nuit -Représentations sociales des conduites nocturnes, coll. « Logiques sociales », L’Harmattan, Paris, 2003.
Les jeunes - Approche politique du corps, Sauramps, Montpellier, 2008.
La réception des œuvres artistiques. La temporalité de l’expérience esthétique, coll. « Topos », Le Manuscrit, Paris, 2013. Observation, la méthode de la forme, coll. « Logiques sociales », série « Sociologie de la connaissance », L’Harmattan, Paris, 2011La réception des œuvres artistiques. La temporalité de l’expérience esthétique, coll. « Topos », Le Manuscrit, Paris, 2013. La temporalité et le jugement social, coll. « Topos », Le Manuscrit, Paris, 2014. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06789-6 EAN : 9782343067896
PRÉFACE
Le changement est le thème central de la sociologie clas-sique auquel la quasi-totalité de cette dernière pourrait être ré-duite. Parmi les métamorphoses qu’il comprend, celles de la « question sociale » ont donné son titre à un célèbre ouvrage de R. Castel. Changement d’apparence, de fonction, de nature, tel est bien ce que manifeste, dans ce cas précis, la transformation e de ce que l’on appelait au XIX siècle la « question ouvrière » en un nouvel objet d’interrogation. Dans le présent ouvrage, Antigone Mouchtouris remonte vers l’amont de ces investiga-tions, en rapportant le vocable ‘en question’ à une sociologie de la perception et de la représentation. Elle inscrit, certes, la ‘mé-tamorphose’ dans une contemporanéité marquée par l’avène-ment de nouvelles configurations spatiales et une modification de la relation au tempsde la fameuse « accélération l’histoire » naguère conceptualisée par D. Halévy. Mais après avoir dénoncé le piège de la « rhétorique iconique » des infor-mations télévisées, elle s’est donné pour tâche d’étudier la cons-truction du jugement social à partir des « perceptions norma-tives de ce qui est supposé être la réalité sociale ». Ce qui l’a conduite à formuler une série d’interrogations : comment les formes iconiques s’organisent-elles au niveau cognitif ? Com-ment forme, contenu, contexte, temporalité se combinent-ils et se constituent-ils en systèmes ? À quelles manipulations ces possibilités combinatoires sont-elles exposées ?
Dans son investigation, A. Mouchtouris se soutient d’analyses philosophiquesnotamment que l’on doit à celles G.W. Leibniz, G. Berkeley, E. Husserl, M. Merleau-Ponty, P. Ricœur ; elles lui permettent d’affirmer qu’il y a une articula-tion entre la forme figurée et la forme pensée« La forme de-vient letopos, à la fois objet réel et objet effectif », ce qui, relève-t-on au passage, est bien exploité par la culture de masse. Les références sociologiques sont fournies par G. Simmel, K.
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Mannheim, G.H. Mead, R. Linton ; elles l’autorisent à avancer que la forme n’exprime pas seulement une configuration, mais aussi « une disposition mentale déjà préétablie par la normativi-té qui est incluse dans les représentations sociales ». Des illus-trations en nombre de ce qui ressortit à une sociologie de la connaissance sont enfin prélevées dans un important corpus littéraire. Trois registres sont ouverts où sont spécifiés trois types de métamorphose. Les mythologies grecque et romaine font valoir celle-ci comme stratégieet, à ce titre, comme mar-quée par l’intentionnalité.Docteur Jekyll et Mister Hyde de R.L. Stevenson fait bien voir la dimension proprement sociolo-gique que peut présenter la métamorphose, en mettant en évi-dence le poids des normes sociales ; sa variante narcissique et existentielle trouve son expression dansLa Métamorphosede F. Kafka etLe Portrait de Dorian Grayde O. Wilde. La lecture de la métamorphose qui nous est ici proposée ne suit pas les distributions habituellement opérées. Celle des dieux et des héros antiques a toujours pour modèleLes Méta-morphosessuite d’épytallia hellénistiques déroulée d’Ovide, depuis la création du monde. De l’homme en animal, elle est fréquemment mise en scène de l’Asinus aureus d’Apulée au célèbre roman de Kafka et parfois susceptible d’être suivie d’un retour à la condition première. D’un homme en unautrehomme, elle se confond avec le thème du double développé par Stevenson. De l’homme en une partie de lui-même, elle est illustrée par une farce absurde de Gogol (Le Nez). Solidaire d’une théorie de la nature qui pose la continuité des formes en qui elle s’incarne, la métamorphose peut être également asso-ciée aux idées de palingénésie et de métempsycose, c’est-à-dire de régénération et de transmutation. Chez Goethe (Maximes et réflexions, 1809-1832) elle est ainsi intégrée à l’ordre métho-dique d’une théorie unitaire, et précisément étudiée, au moyen de la raison et de « l’imagination exacte », comme formation et transformation des êtres organiques (Cahiers scientifiques, en particulier morphologiques, 1817-1824). Mais les termes dans lesquels il est possible de la penser peuvent être très différents de ceux-là : ontologique, elle est, chez Kafka, liée à la décou-verte et à la déprise de soi, ainsi qu’en témoigne sonJournal
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(1950), et au malentendu auquel se heurte K., « l’arpenteur » de son dernier romanDas Schloss. L’étude d’Antigone Mouchtouris, qui enregistre ces varia-tions, est aussi richement documentée qu’originalement pro-blématisée. Côté documentation, chacun des trois premiers cha-pitres correspondant à la typologie précédemment énoncée con-tient divers exemples savamment commentés. Ce sont, pour « la métamorphose comme stratégie », Danaé, Ulysse, Daphné, qui sont, entre autres, convoqués. À la suite de l’œuvre de Steven-son, ce sont des extraits d’une précédente enquête,Les jeunes de la nuit, puis une analyse de la circulation du capital selon Marx qui donnent sens à « la dimension sociologique de la mé-tamorphose ». Quant à la « métamorphose et le soi », après Wilde et Kafka viennent une belle page sur la métanoïa et un renvoi à la quête du Graal. Côté problématique, le quatrième et dernier chapitre ouvre des « perspectives épistémologiques » sur la perception des relations humaines, la construction et le fonctionnement des modèles sociaux, et « plus encore sur la formation de notre jugement social ». Les rapports qu’entretiennent métamorphose et métaphore, l’analogie, la relation icône / image, la vérité et la vraisemblance, le réel et l’imaginaire, le débat entre fait social et perception donnent lieu à des mises au point autant précises qu’utiles. Elles renouvellent la réflexion sur le changement de forme, de nature ou de struc-ture en quoi consiste la métamorphose au terme de laquelle le sujet ou l’objet concernés ne sont plus reconnaissables. Nourri de références à de nombreux domaines d’étude, l’ouvrage d’Antigone Mouchtouris transgresse allègrement les frontières disciplinaires. Il nous invite à porter plus d’attention à des concepts et à des notions, dont la portée heuristique n’est pas correctement mesurée dans les sciences sociales, ou que l’on associe à des contributions particulièreslaformepour G. Simmel, lamorphologiesocialepour M. Halbwachs. En esthé-tique, la métamorphose s’est imposée avec l’idée deformequ’en Allemagne Herder a été le premier à appliquer à l’œuvre d’art, et que Hegel a déployée dans une succession de cadres historiques. En France, H. Focillon (Vie des formes, 1931) l’a
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