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LA MIGRATION DANS L'ORGANISATION PSYCHIQUE DES COUPLES INTERCULTURELS

De
248 pages
Dans le couple qui unit des partenaires qui sont de pays différents, l'un des partenaires au moins doit quitter son pays pour vivre en couple. Comment cette migration influence-t-elle le devenir du couple ? Comment cette migration influence-t-elle la vie conjugale ? Y a-t-il une prédisposition à l'union interculturelle ? Pourquoi le couple choisit-il de vivre dans ce pays-ci, plutôt que dans ce pays-là ? Une référence pour toute personne concernée, de près ou de loin, par les questions que posent la mobilité et la rencontre des cultures.
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La migration dans l' organisation psychique des couples interculturels

Collection Logiques Sociales Série Théories sociologiques dirigée par Monique Hirschhorn
Déjà parus

M. HIRSCHHORN, J. COENEN-HUTHER, Durkheim-Weber. Vers la fin des malentendus, 1994. C. GIRAUD, Concept d'une sociologie de l'action. Introduction raisonnée, 1994. J. COENEN-HUTHER, Observation participante et théorie sociologique, 1995. Joël MEISSONNIER, Provinciliens: les voyageurs du quotidien entre capitale et province. 200I.

Catherine

PETIT

La migration dans l' organisation psychique des couples interculturels

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

({;) L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-2II5-X

PREFACE

Cet ouvragefait la lumière sur les multiples questionnements suscités par l'existence même des couples interculturels. Catherine Petit iffectue une analYse ms fine et plurielle pour exposer des éléments de réponse, ou du moins des éclaircissements, qui permettent de mieux percevoir ces couples. C'est bien

J'orij!jnalitéde cette recherche: elle explore de façon ttis inventive
~~ct~co~~~à~~Ia~m~n~a~poMIa~fflCOupk

la

L'auteur construit sa recherche avec une bonne base théorique, relevant aussi bien de la p.rychologie du couple que de la p.rycholoj!je des migrations, qu'elle enrichit par l'interview de couples interculturels. EIJe maîtrise bien la pluralité des variables dans une co~ugaison méthodologique de la théorie et de l'approche empirique. T tis vite la lecture de cet ouvrage nous projette dans la découverte de la relation co~ugale interculturelle. Quelle est-elle? Qui la constitue et la construit dans la durée? Comment s'iffectue le choix du partenaire étranger? Comment s'iffectue le choix d'un lieu de vie pour le couple? L'identité co~ugaJe se construit à tra~ ces choix. Les changements de Ms nécessitent des adaptations transculturelJes. Assurément ces dernières influenceront la vie de ces couples et pour certains jusqu il de profonds changements dans leur identité co,yugale. (( Les chapitres consacrés au nous interculturel)) et à l'adaptation transcultureJle sont d'une grande richesse conceptuelle. L'auteur définit un modèle d'analYse et de compréhension de J'organisation p.rychique du couple

intercultureL

Catherine Petit enrichit par sa propre contribution critique (( l'adaptation transculturelle qu'elle définit comme un processus qui comprend trois dimensions: l'adaptation socioculturelle, l'adaptation pfYchologique et le développement d'une identité interculturelle )). Cette recherche exploratoire n 'etifèrmepas les couples interculturels dans un enclos. Au contraire, elle ouvre des voies sans le risque de la dispersion. La démarche Ms structurée de l'auteur, par sa connaissance théorique et les modèles de compréhension qu'elle propose, est en même temps structurante pour l'analYse du vécu des couples interculturels. Augustin Barbara Socio-ethnologue

REMERCIEMENTS

Cette recherche est le mémoire que j'ai présenté en vue de l'obtention du titre de Licenciée en sciences psychologiques (bac+5 ou M.D.) à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'Université Catholique de Louvain, en Belgique. J'adresse mes sincères remerciements à Jean-Marie Jaspard, mon promoteur; à Annie, Fiona, Kirsten et Oxana; à Ivan, JeanClaude, Lorenzo et Manuel. Merci aussi à Jade Girard.

Right now l can tellyou something: when l was not manied yet l reallY wanted to come to this country and live herefor a long time but l alwqys had in mind that one day l would like my husband and l to return to my country. But then we got manied and l came to live in Canada and l found myself in tears every dqy, because l missed my friends and familY very much. Vi1l,ilio was so wonied about the situation that he

promised one day we will move, but the time goes I?Y and l
don't see him very excited about moving. See our problem is that Vi1l,ilio doesn't speak Spanish very fluentlY so he is afraid that he is not going tofind a betterjob in Mexico. Plus Mexico is a third world country, and there is too ma'!Y economic and political problems going on all the time. l like Canada, but l want to see nry familY and nry brother's children growing up. A'!Y other person in nry situation that l talk to feels the same wqy l do: we will never let down our land, our roots, ourfriends and familY. But we will also never let our husband go. l think Vi1l,ilio is calling me l have to letyou go. Write me soon!

Martha

A mon amie Martha

INTRODUCTION

Dans le couple interculturel, c'est-à-dire le couple qui unit des partenaires qui sont de pays différents, la migration d'au moins l'un des partenaires est la condition pour vivre en couple. La migration se présente comme une condition majeure pour l'existence sociale du couple. Dès lors, il nous semble que l'expérience migratoire jouera un rôle central dans la vie conjugale. Or, en parcourant les écrits disponibles sur les couples dits «mixtes», la question de la migration est certes présente, mais à l'arrière-plan. Il est nécessaire de s'intéresser, parfois même en lisant entre les lignes, au type de conjugalité mixte auquel les chercheurs ont consacré leurs recherches. Ont-ils étudié l'union de personnes originaires d'une même société multiculturelle ? Ont-ils étudié l'union d'immigrants et de natifs? Ont-ils étudié l'union de ceux dont au moins l'un des partenaires doit quitter son pays pour vivre en couple? Une équipe hawaiienne de chercheurs (Tseng, McDermott & Maretzki, 1977) s'est intéressée à la conjugalité mixte présente sur son lieu de vie : la société multiculturelle que sont les îles Hawaii. Même si ces chercheurs mentionnent l'existence de couples dont les partenaires n'ont pas grandi dans une même société, ils ne nous éclairent guère en ce qui concerne les questions liées à la migration pour la vie en couple. Néanmoins, leurs apports sont très pertinents en ce qui concerne l'adaptation interculturelle des partenaires. Falicov (1995) ne

précise pas s'il y a ou non migration à l'occasion du lien conjugal, et elle n'aborde pas la question de l'exil1. Ceci suggère qu'elle étudie les couples mixtes issus d'une société multiculturelle telle que les Etats-Unis, pays où elle pratique. Gordon (1964) suppose que les partenaires d'un « interethnicmarriage» ont grandi dans des pays différents. Toutefois, il ne spécifie pas le motif de la migration qui a (eu) lieu: rétablissement dans la société d'accueil est-il directement lié au couple ou était-il antérieur à, et indépendant de, la vie conjugale? Guyaux, Delcroix, Rodriguez et Randane (1992) ont mené une recherche auprès de trente couples: dix couples belgomarocains, dix couples belga-italiens et dix couples belgocongolais. Les partenaires étrangers avaient terminé leur première socialisation dans leur pays d'origine et avaient déjà immigré « définitivement» en Belgique avant de rencontrer leur conjoint. Il n'empêche que leur recherche fournit quelques apports quant aux questions de l'exil et du retour au pays d'origine. Barbara (1993) reste vague sur la question de la migration à l'occasion de l'union mixte. Cependant, il suggère que la question de la migration est et reste présente dans la vie des couples mixtes lorsqu'il aborde la question des «territoires de l'enracinement )) (Barbara, 1993, p. 302). Enfin, Romano (1988) ne s'intéresse qu'aux couples pour lesquels la migration est la condition d'une vie commune. Elle apporte quelques éléments théoriques sur les questions relevant de l'exil et sur les éventuels changements d'équilibre dans la vie conjugale liés à la migration du couple. En outre, elle signale le peu de littérature existant dans son domaine de recherche. Notre recherche s'inscrit dans le prolongement de celles de Romano (1988). Notre projet est d'étudier la migration dans l'organisation psychique des couples interculturels. Nous nous intéressons aux processus à l'œuvre dans la construction conjugale de ces couples.

1 Nous

entendons

exil au sens figuré d'éloignement de son p'!}s, sans connotation

de

souffrance

ni de non-retour.

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Afin de bien comprendre les enjeux de ce genre d'union, nous esquisserons en préliminaire la fonction de la culture pour le sujet. Dans le chapitre premier, nous ferons une revue critique de la littérature scientifique sur le couple interculturel. Cette revue critique s'organisera autour du processus de construction conjugale du couple interculturel. Dans le deuxième chapitre, nous étudierons l'expérience de migrant eu égard au processus qui la sous-tend, à savoir l'adaptation transculturelle. Nous ferons donc une revue critique de la littérature scientifique relative à l'adaptation transculturelle. Sur ces bases théoriques, nous présenterons notre propre investigation empirique. Celle-ci fera l'objet du troisième chapitre intitulé la migration dans l'organisation psychique de couples interculturels. Partant de l'idée que la migration est un élément central dans la vie du couple interculturel, nous mettrons à l'épreuve les questions suivantes: Qu'est-ce qui pousse un sujet à choisir un conjoint étranger? Qu'est-ce qui motive le choix du pays où le couple vivra? Le pays de résidence influence-t-il l'identité conjugale? Et les changements de pays de résidence influencent-ils l'identité conjugale? L'identité conjugale influencet-elle l'adaptation transculturelle du/des partenaire(s) étranger(s) ? Et réciproquement, l'adaptation transculturelle du/ des partenaire(s) étranger(s) influence-t-elle l'identité conjugale? Notre recherche est de type exploratoire: nous voulions confronter les intuitions qui ont guidé notre réflexion théorique à la réalité conjugale. Nous avons donc interviewé quelques couples interculturels. La recherche exploratoire a pour fonction de mettre à l'épreuve une idée, non de viser la généralisation. Aussi, nous proposerons quelques pistes de recherches émergeant à l'issue de cette contribution.

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CHAPITRE

PRELIMINAIRE:

CULTURE ET IDENTITE

Afin de bien comprendre les enjeux d'une union interculturelle et/ou d'une adaptation transculturelle, il convient de rappeler le rôle de la culture dans la psychologie du sujet. Pour cela, nous nous référerons aux apports théoriques de Camilleri (1994) et de Erikson (1972). Ceux-ci parviennent à expliquer simplement et clairement les concepts et le lien entre culture et identité. L'être humain est un être qui vit pour soi, dans le sens où sa fin est son être même: il vit pour sa conservation. Il est animé de pulsions, lesquelles, à l'inverse des instincts, peuvent être réprimées et peuvent se satisfaire d'après une extrême variété de modalités. A l'état de nature, la satisfaction des pulsions serait laissée à la créativité individuelle, ce qui rendrait la vie collective impossible. Or, l'être humain naît prématuré: l'enfant a besoin de sa mère ou d'un substitut maternel pour vivre. La conservation de l'être humain passe donc par son appartenance au monde social. Celui-ci est médiatisé par le langage. Aussi, l'être humain évolue-til dans un univers symbolique: aucun stimulus n'agit directement sur lui, mais par l'intermédiaire du sens. Dès lors, l'identité naît d'une négociation entre un souci ontologique (donner sens aux choses), un souci pragmatique (la nécessité de s'adapter à

l'environnement) et la référence à un idéal de valeur (ce que le sujet voudrait être) (Camilleri, 1994). La culture est un ensemble cohérent qui, d'une part, prescrit des modalités de satisfaction des pulsions (elle rend donc possible la vie en groupe) et, d'autre part, offre aux sujets des unités de sens:
« La culture est l'ensemble plus ou moins fortement lié des significations acquises les plus persistantes et les plus partagées que les membres d'un groupe, de par leur affiliation à ce groupe, sont amenés à distribuer de façon prévalente sur les stimuli provenant de leur environnement et d'eux-mêmes, induisant vis-à-vis de ces stimuli des attitudes, des représentations et des comportements communs valorisés, dont ils tendent à assurer la reproduction par des voies non génétiques» (Camilleri, 1994, p. 27). Dépendant intérioriser de son environnement la culture de son groupe: social, l'enfant est invité à

« On appelle enculturation (ou "endoculturation'') l'ensemble des processus conduisant à l'appropriation par l'individu de la culture de son groupe. L'enculturation n'est qu'un aspect et ne livre qu'une partie d'un processus plus général, celui de la "socialisation" (...») (Camilleri, 1994, p. 28).

L'intériorisation de la culture se présente comme un moyen économique de rencontrer les fonctions ontologiques et pragmatiques de l'identité. Elle présente un double avantage. Grâce à l'articulation des dimensions ontologique et pragmatique, le sujet éprouve de moindres conflits intra-psychiques : les unités de sens dans lesquelles le sujet s'investit dans son rapport à luimême sont celles qui lui permettent de s'adapter à l'environnement. D'autre part, le sujet éprouve de moindres conflits inter-subjectifs: les unités de sens étant communes au groupe, l'identité du sujet tend à se confondre avec l'identité d'appartenance (Camilleri, 1994).

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L'identité (Erikson, 1972) est une conscience de soi dans laquelle le sujet reconnaît son unité: le sentiment d'être un tout cohérent, non morcelé; sa permanence: le sentiment d'être en continuité dans le temps et dans l'espace; son unicité: le sentiment d'être distinct des autres et des objets; son appartenance: le sentiment d'identification aux: caractéristiques essentielles de sa culture, de son groupe. Ainsi définie, l'identité se présente comme une dialectique entre un besoin de différenciation,être distinct des autres et des objets (unicité) et un besoin d'assimilation, l'identification aux caractéristiques de son groupe, sa culture (appartenance) (Brewer, cité par Schônpflug, 1997). En outre, la permanence identitaire ne renvoie pas à une constance, mais à une dialectique qui confère au sujet son unité:
« (. . .) Mais si nous mettions la permanence identitaire dans une telle adhésion à un contenu fixe, nous nous réduirions à une mécanique qui éliminerait une composante au moins aussi importante de notre vécu: l'absorption du nouveau, le changement. Notre devenir individuel est fait au moins autant d'altération que de reproduction. Et pourtant, nous ne disons pas à chaque intériorisation d'une "nouveauté" que nous sommes devenu une autre personne, en rupture avec la première. Comment pouvons-nous donc demeurer le même tout en nous ouvrant à l'altérité? C'est possible dans la mesure où nous ne restons pas le même en excluant cet "autre", mais en négociant, au prix de diverses procédures, son articulation avec ce qui est déjà en nous, de telle façon qu'il soit perçu comme ayant une relation acceptée avec ce qui existait avant lui. On aura ainsi compris que, si l'identité est une constance, ce n'est pas une constance mécanique, une répétition indéfinie du même, mais une dialectique, par intégration de l'autre dans le même, du changement dans la continuité. L'opération identitaire est une 4Ynamiqued'aménagementpermanent du différences, compris des y contraires,en unefOrmation qui nous donne le sentiment de n'être pas contradictoire. ans la mesure où nous réussissons cette D opération, nous avons la conviction de nous construire comme une unité, non pas de type arithmétique, qui exclut

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la diversité, mais du type d'une structure, (Camilleri, 1994, p. 44, nous soulignons).

qui l'inclut»

La culture participe donc à l'identité du sujet. Confronté à une autre culture (un sujet étranger ou des sujets qui partagent une autre culture), le sujet reçoit des messages et perçoit des comportements qui ne trouvent pas de sens dans son univers symbolique. Le contact culturel active l'opération identitaire : afin de préserver sa conscience de soi, le sujet va devoir intégrer la nouveauté, la différence à ce qui existait déjà en lui. Aussi, l'enjeu d'une union interculturelle et/ou d'une adaptation transculturelle est de parvenir à rencontrer l'autre tout en maintenant sa conscience de soi.

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CHAPITRE PREMIER: LE COUPLE INTERCUL TUREL

Ce chapitre a pour objectif de présenter une revue critique de la littérature scientifique relative à l'étude du couple interculturel, centrée sur les processus à l'œuvre dans la construction conjugale. Nous commencerons par faire le point sur la recherche dans ce domaine. Nous analyserons ensuite les concepts utilisés pour désigner l'union « mixte », afin de déterminer une unité d'analyse pertinente pour notre recherche. Nous étudierons alors la conjugalité interculturelle. Enfin, nous examinerons les facteurs susceptibles d'influencer l'identité du couple.
1. LA RECHERCHE SUR LES COUPLES DITS « MIXTES»

Après un bref aperçu sur les approches qui ont structuré l'étude des couples dits «mixtes» 2, nous esquisserons l'évolution dans le temps de cet objet d'investigations dans les recherches européennes de langue française. Enfin, nous rapporterons

2 Dans ce chapitre, acception commune, chapitre suivant.

nous emploierons

le concept

«couple

mixte» du concept

dans son dans le

mais nous étudierons

la pertinence

quelques critiques générales domaine.
1. LES APPROCHES

concernant

la recherche

dans ce

Les couples mixtes ont été étudiés, d'une part, dans le cadre d'une socio-anthropologie migrations et, d'autre part, dans le des cadre d'une démo-sociologie e la famille (Streiff-Fenart, 1994), avec d quelques interpénétrations entre ces approches. Les recherches américaines, et plus largement les recherches anglo-saxonnes, se situent dans le cadre de la socioanthropologie des migrations. Le couple mixte est étudié du point de vue des relations entre groupes vivant dans une société multiculturelle: il existe, dans la société, des groupes déjà identifiés et posés comme différents et c'est cette différence qui est constitutive de la mixité. La mixité est étudiée à partir de la désignation sociale(Streiff-Fenart, 1994). Dans ce cadre, la mixité s'évalue d'après les concepts anthropologiques d'exogamie et d'endogamie, sur la distinction extérieur/intérieur au groupe (Neyrand,1998), et se réfère à la règle générale de l'échange (Streiff-Fenart, 1994) :
« L'interdit de l'inceste étant universel, toute société définit, d'une manière plus ou moins institutionnalisée, un groupe à l'intérieur duquel on ne peut pas se marier. Cela signifie, en d'autres termes, qu'il est obligatoire de se marier en dehors du groupe. (...) L'exogamie a cependant des limites que l'on préfère ne pas franchir et les sociétés humaines ont, pour la plupart, défini des groupes à l'intérieur desquels on doit se marier: on parlera alors d'endogamie. Ainsi, une tribu est généralement endogame dans le sens où ses membres ne sont pas autorisés à se marier en dehors de ses limites. L'endogamie est souvent associée à une certaine idée de pureté et c'est ainsi que la caste est le groupement endogame par excellence: se marier en dehors du groupe risque de mettre en péril la pureté du groupe tout entier» (Deliège, 1996, p. 13). Dans le cadre de la démo-sociologie d'étudier la psychosociologie des relations de la famille, il s'agit familiales. Entre le

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couple et le couple mixte, il n'y aurnit pas de différence de nature, mais une différence de degré. Aussi, le couple mixte se présente comme un laboratoire de l'interaction conjugale (Barbara, 1993). il permet d'étudier, à la loupe, les mécanismes d'accommodation conjugale à l'œuvre dans tous les couples. La mixité est étudiée à partir de l'intensité de la différence entre les conjoints (StreiffFenart, 1994). Dans ce cadre, la mixité s'évalue d'après les concepts démographiques d'homogamieet d'hétérogamie,proximité/ distance sociale (Neyrand, 1998). Observons qu'à ces approches du couple mixte correspondent des approches de l'individu. L'approche socioanthropologique définit l'individu d'après son groupe d'appartenance, son identité sociale. L'approche démosociologique, quant à elle, définit l'individu dans sa différence par rapport à autrui. Ainsi, chaque approche se centre sur l'un des deux pôles antagonistes de l'identité du sujet: l'appartenance et l'unicité, lesquelles renvoient aux besoins d'assimilation et de différenciation. Notons enfin que certains chercheurs rejettent la pertinence d'étudier la mixité. Ainsi, par exemple, Lemaire (cité par Philippe, 1994) ne nie pas l'existence de mariages mixtes, mais il dénie à ce concept le pouvoir d'être en dernière instance la donnée explicative pertinente: d'après lui, le sujet est irréductible à des catégories sociologiques et le fait de rester au niveau des différences culturelles occulte les difficultés relationnelles liées à l'histoire propre du sujet.
2. UN OBJET SCIENTIFIQUE INSCRIT DANS L'HISTOIRE

Dans les recherches européennes de langue française, nous pouvons observer une évolution temporelle correspondant, d'une part, à l'accroissement de la mobilité et au développement des techniques de communication et, d'autre part, à l'avancement de la construction européenne. Avec les ancrages de la psychanalyse et de l'anthropologie structurale, les chercheurs ont d'abord entretenu une vision pathologique du couple mixte: était mis au premier plan l'aspect

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névrotique de l'union extérieure au groupe. La survie du groupe passant par le respect des interdits de l'inceste et de l'union extérieure au groupe (Lévi-Strauss, cité par Barbara, 1993), la transgression de ces interdits serait un signe d'inadaptation (Delcroix & Guyaux, 1994 ; Philippe, 1994). A partir des années '80, des chercheurs ont proposé que le mariage mixte serait plutôt un défi lancé aux groupes d'origines: défi tantôt connoté négativement, avec l'idée d'une revanche inconsciente d'un individu rejeté ou en désaccord avec sa communauté (Barbara, cité par Delcroix & Guyaux, 1994) ; défi tantôt connoté positivement, avec l'idée d'une certaine force nécessaire pour affronter les transgressions et les réactions sociales qui y sont corrélées et pour cheminer dans un dialogue entre deux cultures (Delcroix & Guyaux, 1994). Actuellement, le couple mixte est perçu comme le reflet d'une société multiculturelle (Barbara, 1993 ; Delcroix & Guyaux, 1994) et des questions que pose la rencontre des cultures au sein d'une société:
« TI ne s'agit pas tant d'un laboratoire d'un fonctionnement familial qui pourrait éclairer sur le vécu d'autres couples que d'un laboratoire de ce que peuvent être une communication et une compréhension interculturelles pouvant avoir une pertinence et une utilité dans l'ensemble de la société qui devient de plus en plus interculturelle » (Guyaux citée par Bensimon, 1994, p. 280).

3.CIDTIQUESGENERALES

Philippe (1994) émet quelques critiques qùant aux études menées sur les couples mixtes. Selon elle, cette littérature se compose de nombreuses monographies sans que le choix de l'approche ne fasse l'objet d'une explicitation théorique. Philippe (1994) regrette qu'il n'y ait pas de somme cumulative des connaissances: chacun refait pour son propre compte des constatations déjà faites par d'autres. Enfin, le cloisonnement

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disciplinaire ne ferait qu'augmenter question de manière globale. II. CONCEPTS

la difficulté d'appréhender

la

Afin de déterminer une unité d'analyse pertinente pour notre recherche, nous allons analyser les concepts relatifs aux couples mixtes présents dans la littérature. Nous observerons les limites respectives des différents termes et nous spécifierons quels concepts sont appropriés pour notre étude.
1. COUPLE OU MARIAGE?

« Disons déjà, en règle générale, qu'une relation amoureuse conçue comme passagère doit apporter au sujet des satisfactions immédiates, et qu'elle est abandonnée dès qu'elle ne les donne plus, ou dès qu'elle s'accompagne de difficultés considérables. Ce qui caractérise au contraire le lien que nous appellerons "conjugal", c'est cette capacité de supporter la souffrance et le conflit. (...) Ainsi, sur /eplan p{Ychologique, a distinction l la plus importante n'est pas à faire entre /es liens "conjugaux" tit stgets maTifs, et tit stgets non mariés. Mais la distinction est à faire entre lien amoureux passager, sans intention latente de durée d'une part, et d'autre part lien amoureux implicitement considéré comme devant durer, et donc surpasser l'éventualité de conflits» (Lemaire, 1979, p. 31). D'après Lemaire (1979), sur le plan psychologique, le concept pertinent pour définir l'union d'un homme et d'une femme qui s'inscrit dans la durée serait le couple. Pourquoi, alors, certains auraient-ils peur de se marier bien qu'ils soient engagés dans un lien conjugal?

Le mariage est un « acte solennel par lequel un homme et une femme établissent entre eux une union dont les conditions, les effets et la dissolution sont régis par les dispositions juridiques en vigueur dans leur pays, par les lois religieuses ou par la coutume; union ainsi établie» (Le Petit Larousse 2002, p. 628). Ainsi, dans

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le cas du mariage, le lien conjugal est régi par le contrôlesociaLCe pourrait donc être dans le pouvoir de contrôle du groupe que résiderait la distinction entre le couple et le mariage (et la peur de certains à l'idée du mariage). Dès lors, dans l'étude de liens conjugaux unissant des individus originaires de pays différents, quelle serait l'unité pertinente: le couple ou le mariage? Certes, les Etats interviennent dans ce genre d'union: en la favorisant ou en la décourageant, voire en l'interdisant. Cependant, le lien conjugal entre des partenaires étrangers commence avant le mariage et c'est parce qu'un tel lien existe qu'un mariage pourra être célébré: nous le verrons, les partenaires doivent surmonter un certain nombre de difficultés avant de pouvoir s'inscrire dans un environnement physique et social, et dès lors, avant de pouvoir actualiser leur union. C'est pourquoi, bien que nous reconnaissions une pertinence certaine au concept de mariage, nous utiliserons le couplecomme unité d'analyse.
2. MIXTE, BI-NATIONAL, INTERETIINIQUE OU INTERCUL1UREL ?

Nous étudions l'union de personnes qui ont grandi dans des pays différents et dont au moins l'un des partenaires doit quitter son pays afin de pouvoir vivre en couple. Examinons quels concepts présents dans la littérature scientifique traduiraient une telle réalité et essayons de déterminer un concept qui serait le plus pertinent. La littérature francophone utilise le terme « couple mixte» pour désigner un couple qui unit des personnes «de religion, de race ou de nationalité différente» (Le Petit Robert - 1986, cité par Neyrand, 1998, p. 5). Cette définition est le fruit d'une évolution: en effet, en 1968, le même dictionnaire définissait le mariage mixte comme l'union « entre catholique et chrétien d'une autre Eglise»
(Le Petit Robert

-

1968,

cité par

Neyrand,

1998,

p.5).

Selon

l'acception actuelle, le chercheur peut retenir l'unité d'analyse pertinente en fonction de sa discipline. Ainsi, pour un juriste, sera « mixte» un couple qui unit deux personnes de nationalités

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