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La mise en oeuvre des langues dans l'interaction

De
374 pages
Traiter de la mise en oeuvre des langues dans l'interaction, c'est étudier leur diversité, leur variabilité et les significations de leurs usages lors de rencontres entre individus aux histoires, savoirs et visions du monde divers. Les articles ici réunis analysent la construction de l'identité et de l'altérité, l'échange de savoirs et de savoir-faire dans des situations de communication à caractère pédagogique, ainsi que la dynamique des pratiques langagières urbaines.
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La mise en œuvre des langues
dans l'interactionEspaces Discursifs
Collection dirigée par Thierry Bulot
La collection Espaces discursifs rend compte de la participation des discours
(identitaires, épilinguistiques, professionnels...) à l'élaboration/représentation
d'espaces - qu'ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés,
communautaires,... - où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de
modifications sociales.
Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des
approches et des méthodologies, et concerne
- au-delà du seul espace
francophone - autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les
langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance;
elle vaut également pour les diverses variétés d'une même langue quand
chacune d'elles donne lieu à un discours identitaire; elle s'intéresse plus
largement encore aux faits relevant de l'évaluation sociale de la diversité
linguistique.
Derniers ouvrages parus
Sigrid BEHRENT, La communication interalloglotte, 2007.
Jeanne-Marie BARBERIS, Maria Caterina MANES GALLO (dir.),
Parcours dans la ville, 2007.
Aude BRETEGNIER (éd.), Langues et insertions, 2007.
Christine HELOT, Du bilinguisme en famille au plurilinguisme à
l'école,2007.
Gudrun LEDEGEN (Sous la direction de), Pratiques linguistiques
des jeunes en terrains plurilingues, 2007.
Jean-Michel ELOY & Tadhg 6 hIFEARNÂIN (dir.), Langues
proches - Langues collatérales, 2007.
Sabine KLAEGER, La Lutine, 2007.
P. LAMBERT, A. MILLET, M. RISPAIL, C. TRIMAILLE (dir.),
Variations au cœur et aux marges de la sociolinguistiques, Mélanges
offerts à Jacqueline Billiez, 2007.
Christine BIERBACH et Thierry BULOT, Les codes de la ville.
Cultures, langues et formes d'expression urbaines, 2007
Thierry BULOT, La langue vivante, 2006
Michelle V AN HaaLAND, Maltraitance communicationnelle,2006
Jan JAAP DE RUITER, Les jeunes Marocains et leurs langues,
2006.
UNESCO ETXEA, Un monde de paroles, paroles du monde, 2006.Sous la direction de
Michelle AUZANNEAU
*
Avec la collaboration de Sarah Verdoïa
La mise en œuvre des langues
dans l'interaction
Présentation de Michelle Auzanneau
L'HarmattanDu même auteur:
La parole vive du Poitou. Une étude sociolinguistique en milieu
rural, Editions L'Harmattan, Paris, 1998.
cgL'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2.296-04258-2
EAN : 9782296042582PRESENTA TIONI
Cet ouvrage réunit les textes de communications du /vme
colloque du Réseau Français de Sociolinguistique (RFS)
intitulé «Faits de langues et de cultures dans la dynamique
interactionnelle »2.
Les trois précédents colloques du RFS avaient été consacrés
aux contacts de langues. Les deux premiers s'intéressaient au
terrain français et examinaient, notamment, les différents types
de contacts de langues qui s y produisent, tandis que le
troisième mettait en relation la question du contact de langues
et celle de la mobilité de groupes ou d'individul. La
thématique de ce quatrième colloque, centrée sur l'interaction
et non plus sur les contacts de langues, a amené à un
changement de point de vue: les locuteurs agissant dans le
cadre d'échanges verbaux consti(uent le point de départ des
analyses. L'objectif défini était alors d'étudier les pratiques
langagières (langues, formes linguistiques, formes discursives),
à partir de «corpus» correspondant à des interactions ou à
des extraits d'interactions considérés dans leur dynamique en
tenant compte de l'environnement plus large dans lequel ils ont
lieu.
Cet objectif a favorisé la diversité des études présentées
concernant les terrains et les espaces sociaux considérés, les
problématiques et les objectifs particuliers des contributions.
1Par Michelle Auzanneau, Université Paris Descartes.
2 Organisé à l'Université Paris Descartes, les 7 et 8 octobre 2005, par
l'Equipe Sociolinguistique du Laboratoire Dynalang: M. Auzanneau, C. Deprez,
C. Juillard, S. Verdoïa. Je remercie Sarah Verdoïa pour son investissement et
sa rigueur dans le travail de correction et de mise en forme des actes.
3Voir les actes de ces trois colloques: D. de Robillard et V. Castelloti (Ed.),
France, pays de contacts de langues, Louvain-La-Neuve, CILL 29/1-2,2003 ;
1. Billiez (Ed.), Contacts de langues, modèles, typologies, interventions,
L'Harmattan, Paris, 2003 ; C. Van den Avenne (Ed.), Mobilités et contacts de
langues, L'Harmattan, Paris, 2005.La mise en œuvre des Jangues dans J'interaction8
Ainsi, les communicationl ont porté sur la France (Hickel,
Moïse, Hudelot et Froment, Sourdot, Vasseur, Cortier et Di Meglio,
Auzanneau et Leclère-Messebel), les DOM-TOM (Guyane,
Réunion), l'Afrique de l'Est (Miller), de l'Ouest (Dreyfus),
Centrale (de Féral), le Canada, la Suède (Verdoïa) ainsi que sur
les migrations internationales ou encore des espaces virtuels5
(Bensalah, Pierozak). Ces espaces virtuels font aussi partie des
espaces sociaux divers pris en compte par les auteurs tels que
l'espace public (la rue, la place du village), l'espace privé
(réunion amicale), l'espace de formation (classes, ateliers de
formation).
Le fait de donner une place centrale à l'interaction a
également eu comme effet d'estomper ou de reconsidérer la
frontière entre situations de contacts de langues et situations
dites «monolingues ». Les études mettent l'accent sur les
rencontres entre individus aux pratiques langagières, aux
histoires, aux savoirs et savoir-faire, aux visions sur le monde
divers, agissant en partie grâce à la langue et sur la langue lors
des interactions, dans des environnements toujours complexes,
rarement monolingues. Elles mettent en évidence le caractère
indissociable des «faits de langues et des faits de cultures ».
Ainsi, les contributions se sont intéressées à la variabilité
linguistique et/ou langagière, aux mouvements discursifs, à
certains aspects de l'organisation interactionnelle, en relation
avec la dimension interculturelle des rencontres, la construction et
l'expression de l'identité ou de l'altérité, avec les positionnements
inter personnels, les représentations et les catégorisations de
soi, des autres et des usages langagiers, le passage et la
coconstruction des savoirs et des savoir-faire, les changements
sociolinguistiques.
4 Les noms cités en exemple correspondent à ceux d'auteurs dont les
articles sont publiés dans ces actes.
5
Les actes, du fait de la sélection des articles, ne reflètent pas
complètement cette diversité des terrains.Présentation 9
Ce colloque était également ouvert à la diversité des approches
théoriques. Ainsi, les contributeurs, comme en témoignent ces
actes, se réclament de courants théoriques divers et, le plus
souvent, construisent un cadre d'étude en faisant appel à
plusieurs d'entre eux. L'ethnographie de la communication est
souvent évoquée de même que différents courants de la
sociolinguistique. Mais les auteurs font également appel à d'autres
domaines de la linguistique ainsi qu'à diverses disciplines des
sciences humaines, telles que la linguistique interactionnelle, la
pragmatique, l'ethno-sociolinguistique, l'ethnométhodologie, la
sociologie de l'éducation. Le statut de l'interaction varie en
fonction des études: elle est un objet central, un moyen
d'accéder à des données, une situation particulière.
Cette interdisciplinarité et la diversité des études, loin de
constituer un obstacle à la cohérence d'ensemble du colloque,
ont permis la mise en commun des approches et des outils
d'analyse. Elles ont favorisé l'enrichissement de notre réflexion
sur la question des langues dans la dynamique interactionnelle.
Cependant, à l'issue de ce colloque comme tout au long de son
déroulement, s'est fait sentir la nécessité d'approfondir notre
réflexion théorique et de privilégier des questions d'ordre
méthodologique, dans une démarche à la fois heuristique et
épistémologique. La lecture transversale des articles présentés
dans les trois premières sections de cet ouvrage et surtout celle
des contributions de la quatrième section (groupe lCOR,
Mondada, Blanchet, de Robillard) révèlent la récurrence de
questionnements, dont certains sont anciens mais toujours
actuels ou actualisés, concernant des aspects de la recherche
tels que le recueil et l'analyse des données, la place du
chercheur, la prise en compte de la situation d'enquête.
Lors du colloque, deux conférences ont été présentéel ainsi
que quarante et une communications organisées en trois
6 La conférencede clôture « Le signe saussurienet la (socio)linguistique»
a été présentée par L.-J. Calvet qui traitait des conséquences de la vision
saussurienne du signe pour la sociolinguistique. Cf le site officiel de L.-J.
Calvet sur le net: <http://perso.orange.fr/Louis-Jean.Calvet/>.La mise en œuvre des langues dans l'interaction10
ateliers, une table ronde et un panel. Seule une partie des
communications présentées est publiée dans les actes du fait de
renoncements de communicants et de la sélection des textes
effectuée par un comité scientifique7 ainsi que par les
organisatrices du colloques. Cette sélection, exigée par l'espace
de cet ouvrage, tenait compte, notamment, de la proximité des
travaux vis-à-vis du cadre et des objectifs posés au préalable.
Le débat a parfois eu lieu entre les lecteurs présentant des avis
différents et l'avis majoritaire a permis de trancher. Je
remercie vivement les auteurs qui se sont prêtés à ce jeu ainsi
que le comité scientifique pour son travail de lecture long et
minutieux.
Les actes du colloque s'ouvrent sur une question posée par
A. Lodge lors de la conférence d'ouverture du colloque «La
sociolinguistique historique est-elle possible? ». L'auteur,
répondant à cette question, explique que l'évolution du français
de Paris est le produit de l'interaction dialectale ou sociétale
qui a lieu dans la communauté urbaine dont l'évolution doit,
elle aussi, être analysée. Ce texte est suivi d'articles réunis
dans quatre sections reprenant les thématiques principales du
colloque.
Les articles de la première section traitent, dans des
perspectives diverses, de «la coconstruction de l'identité et
de l'altérité ». F. Hickel s'intéresse au jeu des places et des
rôles d'un jeune déféré et d'un éducateur qui préparent un
entretien avec le juge et s'interroge sur la construction
interprétative de l'échange. Pour S. Verdoïa, qui analyse une
interaction lors de laquelle les interactants emploient des
formes différentes du suédois, les mouvements de convergence
et de divergence linguistique sont à rapporter à la
coconstruction identitaire et à la perception que les locuteurs
ont des langues et de leurs usages. C. Moïse montre que dans
l'interaction violente les actes des locuteurs marquent des
7 Le comité scientifique était composé de 1. Boutet, D. de Robillard,
M. Dreyfus, F. Gadet, C. Moïse et MT Vasseur.
8Pour cette partie du travail d'édition: M. Auzanneau, C. Deprez et C.luillard.Présentation 11
positionnements sociaux ou des prises de pouvoir. Elle pose la
question de la participation du chercheur au «processus de
montée en tension ». Enfin, à partir de l'analyse d'échanges
autour de la notion de «kif» (entretiens et page web), A.
Bensalah considère que le discours réflexif propre à l'enquête
fait émerger une «herméneutique de la suspension »,
intermédiaire de l'herméneutique relevant des pratiques
sociales quotidiennes et de l 'herméneutique liée au discours
théorique du chercheur.
Les textes présentés dans la deuxième section «Echanges
de savoirs, de langues et de cultures; interactions à
caractère pédagogique» traitent de la question du passage des
savoirs et savoir-faire lors d'interactions dans des espaces de
formation, en tenant compte des relations qui s'établissent entre
les participants et l'environnement socioculturel dans lequel
s'élaborent et se développent ces relations. C. Hudelot et M
Froment s'attachent à montrer que les mouvements explicatifs
et justificatifs lors des Conseils à l'école primaire sont des lieux
d'actualisation des normes, des valeurs par les élèves et les
amènent à donner du sens au milieu scolaire. La question de la
distinction entre acquisition de savoirs ou savoir-faire scolaires
et acquisition de compétences réelles en matière de culture
scolaire et sociale est posée par I. Sourdot qui analyse une
séance de « lecture-compréhension» d'une classe préparant à
un diplôme de CAP. MT Vasseur, à partir de l'observation de
la participation aux échanges verbaux d'élèves d'une classe de
CLIN, et en particulier à leurs prises d'initiatives dans le cadre
des activités qui y ont lieu, s'intéresse à la façon dont la
médiation du groupe, et plus largement de la société
environnante, participe aux apprentissages. M Dreyfus observe
la relation existant entre les modèles d'interaction observés en
classes pluriculturelles unilingues au Sénégal et bilingues au
Mali et les «formes sociales de l'apprentissage» en milieu
scolaire. Enfin, C. Cortier et A. Di Meglio, à partir de l'analyse
d'une séance de travail trilingue, jrançais-corse-italien, d'une
classe de primaire, traitent de l'intérêt didactique de
l'approche polynomique en classe de langue.La mise en œuvre des langues dans l'interaction12
Les articles constituant la troisième section «Pratiques
langagières et cultures urbaines» s'intéressent à différentes
formes de communication, orales ou écrites, relevant d'aspects
dynamiques de la société environnante. Le texte de M
Auzanneau etM Leclère-Messebel se présente comme une
transition entre les deuxième et troisième sections: elles
s'intéressent à la relation entre jeux de positionnements et
variabilité langagière de stagiaires, de professeurs et
d'éducateurs d'un atelier de la Protection Judiciaire de la
Jeunesse de la périphérie parisienne, au cours d'une séance de
formation. C. Miller étudie les pratiques linguistiques des juges
dans les tribunaux coutumiers de Juba (Sud-Soudan) et pose la
question de la «norme dominante» dans ce contexte
plurilingue urbain. C. de Féral soulève le problème de la
description du «camfranglais» parlé en milieu urbain au
Cameroun. Leurs travaux respectifs montrent l'intérêt d'étudier
les langues mises en œuvre par les partenaires d'interactions
afin d'accéder à certains aspects des dynamiques sociolinguistiques
urbaines. Enfin, l Pierozak, analysant les « rituels de salutation»
dans les tchats francophones, considère qu'il s'agit de « rituels
relationnels », d'« espaces linguistiquement emblématiques de
soi et de l'Autre ».
La dernière section, « La question du corpus ou le corpus
en question », réunit des auteurs qui, à partir d'approches
différentes de la sociolinguistique, et de points de vue
théorique, méthodologique et épistémologique, discutent de
l'intérêt de l'analyse des données dans la dynamique
interactionnelle ainsi que de la place et du traitement du
corpu/. Le groupe lCOR, qui souhaite contribuer à «une
approche pluridimensionnelle de la parole en interaction »,
traite de l'intérêt de l'analyse sur la base de grands corpus en
9 Les auteurs de ces textes ont participé, lors du colloque, à un panel,
coordonné par Lorenza Mondada et intitulé « Corpus en contexte:
implications pour la sociolinguistique », ou à une table ronde, présidée par
Françoise Gadet et intitulée il La place du corpus dans l'étude des dynamiques
sociolinguistiques i).Présentation 13
prenant comme exemples les usages et la variation de laforme
« attends» en interaction. L. Mondada, s'intéressant aux
activités catégorielles effectuées tant par les locuteurs que par
les chercheurs lors de descriptions, pose la question de la
pertinence «de catégories utilisées dans la parole en
interaction et de sa description linguistique ». Quant à Ph.
Blanchet, il examine « la question des corpus» dans des cadres
épistémologique ou théorique et propose de distinguer entre
deux « polarités épistémologiques» : le « corpus constitutif» et
le «corpus restitutif ». Il partage «les réjlexions épistémo-
méthodologiques» de D. de Robillard pour qui le corpus, s'il
est employé, doit être accompagné d'un récit de
contextualisation puisqu'il est un produit de l'altérité et de
l'interprétation d'une altérité par une autre. D. de Robillard
insiste sur le fait que le chercheur doit assumer sa pluralité,
pratiquer la réjlexivité et la traduire, de même que ses résultats,
de façon explicite.
Dans le cadre de ces actes, comme lors du colloque, les
chercheurs ont analysé divers aspects de la question-
programme de la sociolinguistique, définie par J Fishmanlo et
complétée à sa suite: « qui» parle « à qui» (identités, statuts,
positionnements, altérité, etc.), « quoi» (langues, traits
linguistiques, variation, etc.), «quand» (circonstances temporelles,
moments de l'interaction, etc.), « pourquoi» (objectifs,
motivations, etc.), «comment» (manières de faire, stratégies,
etc.) et « où » (lieux, espaces, etc.) ? Ces éléments ont pu être
examinés dans leur variabilité au sein de la dynamique
interactionnelle, en tenant compte de facteurs sociaux
considérés à plus grande échelle, à partir d'angles de vue
différents et de façon critique. Nos discussions ont fait émerger
des questions similaires à propos du chercheur, de sa
démarche, du contexte et des résultats ou des suites de la
recherche: qui cherche quoi, quand, où, pourquoi, comment,
mais aussi pour qui et avec quels effets? Nous rejoignons alors
10Fishman 1., 1965, «Who speaks what language to whom and when?»
dans LA LINGUISTIQUE 2, 67-88.La mise en œuvre des langues dans l'interaction14
la question que L.-J Calvet propose d'ajouter à la liste: «So
what?, et alors? »11.L'avancée de la sociolinguistique est liée
vmeà la prise en compte de ces questions; le colloque du
RFS12 intitulé « Intervenir: appliquer, s'impliquer? » permettra
de poursuivre et d'approfondir le débat.
II Calvet L.-J., 2005, « Les voix de la ville revisitées; sociolinguistique
urbaine ou linguistique de la ville? » dans REVUEDEMONCTON, Signalétique
et signalisation et langagière des Espaces de la ville, Actes de la
quatrième joumée intemationale de sociolinguistique urbaine, Moncton,
septembre 2005, 36/l.
12Colloque organisé par le LESCLaP à l'Université Picardie Jules Veme,
Amiens, 13-15 juin 2007.CONFERENCE
LA SOCIOLINGUISTIQUE
HISTORIQUE EST-ELLE POSSIBLE?1
Introduction
La sociolinguistique historique utilise les concepts et les
techniques de la sociolinguistique pour élucider les états de
langue passés. Elle part du principe que les propriétés
observables dans les communautés linguistiques du monde
actuel - variation, stratification, évaluation sociale des variantes
- étaient également présentes dans les communautés du passé
(voir Trask 2000: 315). Les objectifs et les méthodes de la
sous-discipline sont donc: (a) de créer une image multi-
dimensionnelle des états passés d'une langue (face à l'image
plus ou moins unidimensionnelle qui domine dans
l'historiographie conventionnelle), (b) de corréler la variabilité
présente dans les états de langue passés à la diversité existant
dans les sociétés en question, et (c) d'invoquer, pour valider ses
hypothèses, the uniformitarian principle, selon lequel les
langues fonctionneraient plus ou moins de la même façon dans
toutes les sociétés (voir Labov 1994 : 21-23).
Est-ce que ces objectifs sont réalisables dans la pratique?
Dans cet article nous allons examiner, dans une première
section épistémologique, les obstacles qui guettent le
sociolinguiste désireux d'explorer le passé, et, dans une
deuxième partie plus étendue, la façon dont nous avons tenté
nous-même de surmonter ces obstacles en reconstituant
l'évolution sociolinguistique du français de Paris depuis le
Moyen Âge (Lodge 2004). Nous verrons à chaque étape que le
moteur des changements linguistiques c'est l'interaction
1
Par Anthony Lodge, Université de Saint Andrews, Royaume-Uni.La mise en œuvre des langues dans l'interaction16
dialectale ou sociolectale qui se produit au sein de cette
immense communauté urbaine.
Les limites de la sociolinguistique historique
La sociolinguistique historique occupe une place paradoxale
dans les sciences du langage: faire l'histoire d'une langue sans
appliquer les principes de la sociolinguistique produit une
histoire bancale; appliquer à l'histoire d'une langue ces mêmes
principes soulève des obstacles souvent insurmontables.
Lesquels?
Interdisciplinarité
Comme la sociolinguistique elle-même, la sociolinguistique
historique est une discipline interdisciplinaire: les meilleurs
linguistes sont capables d'émettre des idées pleines de bon sens
linguistique, mais bourrées de non-sens sociologique. Le
sociolinguiste historicien doit être, en même temps, historien
social, mais le fait d'être en premier lieu linguiste le condamne à
être toujours à la traîne des progrès en sciences de l'histoire.
Faire des corrélations valables entre langue et société à des
époques reculées représente un défi plus que redoutable.
« L'emploi du présent pour expliquer le passé»
Toute reconstruction du passé nécessite des hypothèses.
Supposer que les langues fonctionnent selon plus ou moins les
mêmes principes dans toutes les sociétés nous aide à choisir
entre les hypothèses possibles et permet de valider celles que
nous voulons retenir. L'emploi du présent pour expliquer le
passé nous évite de postuler, pour les états de langue passés, des
situations impossibles. Mais c'est au prix de risques plus
qu'évidents d'anachronisme. Une des tâches de la linguistique
historique est d'expliquer les différences entre le passé et le
présent: comment reconnaître, en appliquant the uniformitarian
principle, ce qui est véritablement différent dans le passé?La sociolinguistique historique est-elle possible? 17
Le problème des données
Dans l'historiographie conventionnelle, l'histoire d'une
langue se lit essentiellement dans la production écrite de
personnes cultivées. Un corpus de textes existe, échelonné sur
plusieurs siècles, et, pour en faire une histoire, il suffit de le
décrire linguistiquement, en rattachant les changements
observés aux grands mouvements de la culture. Cette approche
réduit au minimum le problème des preuves. En
sociolinguistique historique, il en va tout autrement, car ce qui
nous intéresse c'est la variabilité de la langue et l'accès au
vernaculaire. Même dans un monde moderne observable, le
vernaculaire fuit comme un animal nocturne, dès qu'on
l'approche: où trouver les traces d'une bête si sauvage dans les
mondes du passé? En matière de preuves, la situation du
sociolinguiste historicien est invariablement mauvaise. Les
données linguistiques parvenues jusqu'à nous sont rarement
celles que, dans un monde idéal, nous aurions choisies nous-
mêmes; elles survivent d'une manière fortuite; elles sont
fragmentaires et loin d'être représentatives de tous les registres
de la langue. Notre situation est, en effet, analogue à celle du
paléontologue ou de l'archéologue: le métier nous oblige à faire
des hypothèses, mais à partir de presque rien.
La présence de ces trois obstacles nous astreint à une grande
humilité vis-à-vis de ce qu'il est possible de faire en
sociolinguistique historique. Cette humilité ne doit pourtant pas
glisser dans le désespoir. Les progrès scientifiques résultent
habituellement de contacts entre disciplines; la construction et
la validation d'hypothèses se trouve au coeur de toute activité
scientifique; les données pertinentes en linguistique historique
sont toujours lacunaires, mais elles ne sont pas toujours
absentes. L'importance de la dimension sociale dans le
déroulement des changements linguistiques est telle que, dès
qu'on peut faire de la sociolinguistique historique, on est dans
l'obligation de la faire. Notre devise sera simplement « faisons
ce qu'on peut avec ce qu'on a ».
Or, il se trouve que, pour toute une série de raisons, les
documents d'utilité sociolinguistique, quoique rares, sont moinsLa mise en œuvre des langues dans l'interaction18
rares à Paris que dans les autres villes d'Europe. L'accès au
vernaculaire et à la production orale de la « foule anonyme»
ressemblera toujours à la quête du Saint Graal, mais il existe
néanmoins, dans les documents parisiens parvenus jusqu'à nous,
des indices de variabilité qui sont importants en eux-mêmes et
qui peuvent parfois nous orienter dans le sens du vernaculaire.
Dans certains cas, il convient d'accorder une priorité accrue à
des données négligées précédemment. Paris a joué un rôle
tellement central dans l'histoire du français que les historiens
sont obligés, qu'ils le veuillent ou non, de faire des hypothèses,
explicites ou non, concernant son développement sociolinguistique.
Dans ce qui suit, nous allons faire l'ébauche de notre étude
de la question. Nous allons considérer, dans un premier temps,
les données disponibles et un cadre d'analyse qui permettra de
les interpréter, et, dans un deuxième temps, les grandes
tendances que nous discernons dans l'histoire du français
parisien.
Données et cadre d'analyse
Les données
Les sociolinguistes historiciens ne cesseront jamais d'être
ligotés par la carence des données, mais, pour toute une série de
raisons liées à la présence dans la ville de grandes institutions
administratives, religio-éducatives et commerciales, ce problème
est moins aigu à Paris qu'ailleurs. A Paris, ville exceptionnelle à
bien des égards, des indices existent. Yoici une typologie des
sources principales:
- variabilité présente dans les manuscrits des XIIIe_Xlye
siècles;
- correspondance personnelle, surtout de gens peu lettrés;
- observations métalinguistiques de grammairiens, etc. ;
- représentations littéraires / semi-littéraires de la langue
parlée;
- enregistrements magnétiques de la première moitié du
XXe siècle;
- projections en arrière à partir de dialectes toujours vivants.La sociolinguistique historique est-elle possible? 19
Le rôle de l'historien est d'analyser les renseignements contenus
dans cette multiplicité de sources et de les intégrer aux faits que
nous connaissons déjà par l'historiographie traditionnelle.
L'historien sera ainsi appelé à sélectionner les données, à les
évaluer et à les ordonner; selon des principes nouveaux, mais
lesquels?
Villes et interactions
Tout en acceptant le rôle essentiel de facteurs structuraux
dans le changement linguistique, le sociolinguiste diachronicien
partira du principe que ce sont les locuteurs qui font évoluer les
langues, plutôt que l'inverse. Pour qu'on puisse dire qu'un
changement linguistique arrive à son terme, il faut que
l'innovation en question soit intégrée au système de la langue.
Or, entre innovation et intégration au système, intervient tout le
processus de diffusion, dont la rapidité sera dictée par la
structure de la communauté linguistique en question et par les
évaluations subjectives des locuteurs (voir Weinreich, Labov et
Herzog 1968). Il sera donc nécessaire de situer l'histoire du
français parisien dans la communauté de locuteurs en question.
Puisqu'il s'agit d'une urbaine par excellence, il
sera nécessaire de baser cette histoire d'abord sur une analyse
fiable du phénomène de l'urbanisation, et ensuite sur une bonne
compréhension de ce qui se produit normalement dans la langue
des villes (voir Baggioni 1997 : 50). Les villes, et surtout les
villes capitales, sont les lieux les moins propices pour la
création de langues « pures ». Elles sont, au contraire, les sites
privilégiés d'interactions, de contacts et de mélanges entre
dialectes différents. Or, il se trouve que les vingt dernières
années ont vu la publication de recherches importantes (a) sur la
théorie de l'urbanisation (Hohenberg et Lees 1985) et (b) sur le
contact des dialectes (Trudgill 1986).
Théories de l'urbanisation
Hohenberg et Lees distinguent trois phases dans
l'urbanisation de l'Europe entre l'an mil et le milieu du XXe
siècle, liées à l'industrialisation progressive de nos sociétés:La mise en œuvre des langues dans l'interaction20
I. Une phase préindustrielle (Xr - XIVe siècles)
Bien que l'urbanisation de l'Europe médiévale se soit
amorcée en Italie du Nord et aux Pays-Bas, la ville de Paris,
pour plusieurs raisons, est passée, au cours du xue siècle, au
premier rang de la hiérarchie urbaine abritant une population
que certains ont estimée à 200 000 habitants. A propos de la
ville médiévale, Rohenberg et Lees notent deux choses qui vont
nous intéresser particulièrement: (a) la réussite démographique
des villes préindustrielles dépend presque entièrement de
l'immigration; (b) la fonction première des villes étant
l'échange commercial, la culture urbaine est avant tout le fait
des bourgeois, non des nobles.
II. Une phase proto-industrielle (XVC- XVIIIe siècles)
Cette longue période de l'histoire européenne est
caractérisée par de grandes fluctuations démographiques, dues
en grande partie aux épidémies et à la sous-alimentation. La
stagnation économique et commerciale n'est qu'en partie
redressée par la découverte du nouveau monde au XVe siècle.
Dans la structure sociale des villes, Rohenberg et Lees
constatent d'importantes transformations dans le sens de
modèles fournis par les villes italiennes. Paris s'aristocratise : la
noblesse s'identifie de plus en plus avec la ville et vient y passer
plus de temps. La culture urbaine se hiérarchise et un fossé se
creuse entre la culture populaire traditionnelle et la nouvelle
culture des élites de la Renaissance, de la Réforme et des
Lumières.
XXe siècles)nI. Une phase industrielle (XIXe -
Le processus d'industrialisation amorcé dans la deuxième
moitié du XVIIIe siècle a transformé le tissu urbain de l'Europe
d'une manière sans précédent et sans doute irréversible. La
transition de modes de production artisanaux à des modes de
production industriels exige des concentrations d'ouvriers dans
des usines. Les économies d'échelle exigent des concentrations
de consommateurs. Tout pousse dans le sens de l'urbanisation,
et ce sont les métropoles les plus grandes (Londres, Paris) qui
s'agrandissent le plus vite.La sociolinguistique historique est-elle possible? 21
Dialectes en contact
Les villes sont des entités complexes, caractérisées par une
grande diversité culturelle et par une forte stratification sociale.
Ce sont ainsi des sites privilégiés de l'interaction, des lieux de
contacts entre personnes provenant de milieux linguistiques
différents. Les dialectes «purs» de la campagne, chers à la
dialectologie traditionnelle, les langues «pures », chères à
l'historiographie des «grandes de culture» sont bien
loin des dialectes très mélangés des villes. Ce qui se produit
lorsque des locuteurs de dialectes différents entrent en contact a
été le sujet d'un livre fort influent de Trudgill (voir Trudgill
1986, auquel on peut ajouter Kerswill et Trudgill2005).
En situation de contact interdialectal, les locuteurs font
normalement de grands efforts pour optimiser la
communication et pour minimiser la distance linguistique qui
les sépare. Le phénomène de l'accommodation
entraîne un mouvement de convergence dialectale qui peut
aboutir, dans certains cas, à la koinéisation. Ceci n'exclut
pourtant pas des développements inverses, dans le sens de la
divergence: pour des raisons identitaires, différentes
communautés à l'intérieur d'une ville peuvent chercher des
moyens sociolinguistiques pour renforcer à la fois la cohésion
interne du groupe et la distinction externe. De l'ouvrage de
Trudgill, j'ai retenu trois termes-clefs associés au processus de
koinéisation :
- Koinéisation: le développement d'un dialecte nouveau,
plus ou moins stable, à partir d'un mélange de traits provenant
de dialectes différents;
- Nivellement dialectal: la réduction de différences entre des
dialectes en contact. Même après la koinéisation, le nouveau
dialecte ne sera pas entièrement uniforme. Il comportera
certaines variantes qui peuvent alors être soumises à la
« réallocation » ;
- Réallocation : recyclage de variantes résiduelles vers des
fonctions spécifiques en tant que marqueurs sociaux ou
stylistiques.La mise en œuvre des langues dans l'interaction22
Grille analytique
En confrontant les sources linguistiques parisiennes avec,
d'une pal1 les trois phases de l'urbanisation identifiées par
Hohenberg et Lees, d'autre part les trois aspects de la
koinéisation analysés par Trudgill, j'ai constaté que les trois
processus décrits par celui-ci, tout en se reproduisant à toutes
les époques, n'ont pas tous été prédominants en même temps.
Dans le développement du français de Paris, ces trois processus
prennent chacun une importance différente selon le stade
d'urbanisation. Ceci se comprendra mieux à l'aide du tableau
suivant:
XIe -XIVe s. Phase préindustrielle Koinéisation
XVe - XVIIIe s. Phase proto-industrielle Réallocation
XIXe XXe s. Phase industrielle Nivellement-
La ville préindustrielle
Qu'est-ce qui nous permettrait d'entrevoir les débuts du
dialecte urbain parisien, dans la mesure où les premiers stades
des langues et dialectes nouveaux sont toujours les moins bien
documentés? Dans le cas de Paris, nous pouvons d'abord faire
des projections en arrière à partir de données dialectales d'IIe-
de-France fournies par la dialectologie moderne. Nous pouvons
procéder ensuite à une étude des plus anciens textes datés et
localisés à Paris, qui remontent au milieu du XIIIe siècle.
Ka inéisation parisienne
L'essor de Paris au xue siècle est un des faits les plus
remarquables de la démographie médiévale. Parti de presque
rien au XIe siècle, Paris devient la ville la plus grande de
l'Occident deux siècles plus tard. Un tel développement n'a pu
se produire sans avoir des conséquences linguistiques
profondes. Etant donné que la réussite démographique des villes
médiévales dépendait presque entièrement de l'immigration,
nous devons penser que Paris, dès cette époque, était un
formidable melting-pot dialectal. Il est fortement probable queLa sociolinguistique historique est-elle possible? 23
le haut niveau d'interactions ait mené, par la koinéisation, à la
formation d'un nouveau dialecte urbain.
L'apport de la géographie linguistique
Nous ne disposons d'aucun moyen pour étudier le
déroulement de ce processus de koinéisation, mais nous
pouvons en voir les conséquences, d'une part dans les dialectes
modernes et d'autre part dans les textes écrits à Paris aux XIIr-
XIVe siècles. L'examen des cartes de l'Atlas linguistique de la
France (Gilliéron et Edmont 1902-10) nous montre qu'encore
au début du XXe siècle les vernaculaires ruraux parlés en Ile-de-
France différaient sensiblement du parler de la métropole:
En ville En lIe-de-France
Mafoi [wa] Mafoué [we] (ALF 1047)
Un seau d'eau [0] Un siau d'iau [io] (ALF 812)
Ils portent Ils porto nt (ALF 1064)
Nous étions Nous éteins (ALF 512)
Ils portaient Ils portiaint (ALF 10)
Tout en partageant de nombreux traits phonétiques et
morphologiques avec les patois de l'IIe-de-France, le parler de
la ville moderne possède de nombreux traits qui proviennent de
dialectes parlés en dehors de cette zone centrale - le
champenois et le normand notamment. Visiblement, le parler
parisien n'est pas un dialecte « pur» : il résulte d'une mixture
de plusieurs dialectes et correspond à ce que Trudgill définit
comme une koiné :
« a historically mixed but synchronically stable dialect
which contains elements trom the different dialects
that went into the mixture, as well as interdialect forms
that were present in none».
(Trudgill 1986, 107-8).
Tout cela les historiens du français le savent depuis assez
longtemps (voir Fondet 1995, Gsell 1995). Le désaccord se fait
autour des origines de cette koiné.La mise en œuvre des langues dans l'interaction24
La koiné écrite versus la koiné orale
La thèse devenue orthodoxe donne à la koiné parisienne une
origine écrite, savante: un petit cénacle de clercs éclairés,
agissant dans les intérêts à long terme de la nation, sélectionne
dans un premier temps (IXe siècle) des traits appartenant à
plusieurs dialectes - de manière consensuelle,apparemment.A
partir de ces traits dialectaux disparates, il fabrique une langue
littéraire composite, essentiellement écrite, qui est ensuite
adoptée (XII" siècle) par l'élite parisienne comme langue parlée.
Plus tard cette variété cultivée est diffusée de haut en bas de la
société parisienne - tout en subissant des déformations
considérables dans la bouche du peuple, qui ont donné
naissance, quelques siècles plus tard, à ce que la tradition
prescriptiviste appelle lefrançais populaire.
Cette thèse se heurte à de considérables difficultés: d'abord,
aucune donnée disponible ne permet de soutenir l'existence
d'une koiné écrite avant 1300; ensuite, étant donné le statut
médiocre de la littérature vernaculaire à l'époque, on imagine
mal le roi et son entourage modelant leur façon de parler sur
celle d'auteurs littéraires ou de jongleurs itinérants. On dirait
plutôt l'inverse.
Il serait plus rationnel, croyons-nous, de donner à la koiné
parisienne une origine orale: les différents traits dialectaux,
importés à Paris par les flots d'immigrés ruraux qui ont inondé
la ville à partir du XII" siècle, se concurrencent pendant un
certain temps dans l'immense cohue urbaine, avant de coalescer
dans une koiné plus ou moins stable - comme nous pouvons
l'observer aujourd'hui dans les nouvelles villes surgissant en
Afrique ou en Amérique latine (voir par exemple Bortoni-
Ricardo 1985). La présence de variabilité et de changement
dans les manuscrits parisiens des XIIIe-XIVe siècles indique
qu'à Paris comme ailleurs le processus de koinéisation était un
processus continu. La standardisation du français trois siècles
plus tard autour du français de Paris résulterait ainsi, non pas
d'une koiné écrite établie a priori et à date très ancienne par des
cénacles de clercs, mais d'une koiné orale née, au cours du basLa sociolinguistique historique est-elle possible? 25
Moyen Âge, de la concurrence de diverses formes orales dans
d'innombrables interactions quotidiennes.
Ce qui caractérise le développement du français parisien
pendant la phase préindustrielle serait donc un processus de
mélange de dialectes, de koinéisation, lié aux grands
mouvements d'immigration qui avaient fait de Paris au XIIIe
siècle la ville la plus grande de l'Occident. Il est important,
pourtant, de ne pas simplifier la situation sociolinguistique de
Paris au Moyen Âge. On se rappellera d'abord qu'à cette époque
c'était une ville diglossique, les fonctions H étant remplies par
le latin et les fonctions B par le parler parisien. On retiendra
aussi que koinéisation n'implique pas uniformité: c'est la leçon
que nous tirons, du moins, de la variation graphique et
morphologique présente dans les textes écrits à Paris aux XIIIe_
XIVe siècles.
La ville proto-industrielle
Les données dont on dispose pour l'histoire du dialecte
parisien deviennent nettement plus exploitables au cours du
XVe siècle, par le nombre et par la qualité. La Renaissance
apporte en particulier des ouvrages métalinguistiques de tout
ordre, des représentations littéraires du parler vernaculaire et
des écrits de semi-Iettrés. Pendant quatre longs siècles (XIVe-
XVIIIe siècles), la population européenne connaît des
fluctuations parfois effarantes, et Paris suit le mouvement.
La population parisienne continue à être alimentée par
l'excédent démographique des campagnes. Mais la nouveauté, à
l'époque qui nous intéresse maintenant, c'est que la structure
interne de la population urbaine se modifie: l'aristocratie
terrienne s'urbanise, et, pour la première fois, vient s'installer en
ville en permanence. Ceci fait de la ville un lieu de conflits
intenses, d'une part, au sein des élites (entre le patriarcat
bourgeois traditionnel et les nobles), d'autre part, entre les élites
et le prolétariat urbain. Hohenberg et Lees notent également
qu'à partir du XVe siècle la culture des villes se modifie de
manière radicale: elle se hiérarchise avec la société, se scindantLa mise en œuvre des langues dans l'interaction26
entre une culture traditionnelle populaire et une culture des
élites, alimentée par les nouvelles visions apportées par la
Renaissance italienne, par la Réforme et (plus tard) par les
Lumières.
Les répercussions sociolinguistiques de ces transformations
démographiques et culturelles sont considérables. A la suite
d'une période (médiévale) de convergence dialectale, le français
parisien connaît désormais un mouvement de divergence,
reflétant la nouvelle stratification sociale. Le processus qui
semble caractériser le plus cette période est celui nommé par
Trudgill la «réallocation» de variantes. A la suite de la
koinéisation médiévale, le parler parisien au XVI" siècle est loin
d'être homogène. Il véhicule de nombreuses variantes
phonétiques, morphologiques, lexicales, sans cesse renouvelées
par l'immigration de gens des campagnes. Dans une société
hautement conflictuelle, les Parisiens ne peuvent rester neutres
devant cette variabilité. Ils dotent automatiquement les
variantes les plus frappantes, les plus « saillantes» de valeurs
sociales - ce11aines seront attribuées à la Cour, d'autres à la
Ville, d'autres au Peuple ou à la Province; certaines seront
réservées au style noble, d'autres au style familier, d'autres
encore au style grossier et bas. La notion de « saillance» - le
niveau de conscience associé par les locuteurs à des variables
particulières - est une fonction du degré de stigmatisation
qu'elle génère, de la distance phonétique, de la neutralisation de
contrastes phono logiques, etc. Malgré une part de circularité
dans cette définition (voir Kerswill et Williams 2002), la
« saillance » prend une importance considérable à l'époque qui
nous concerne ici, puisqu'elle dicte tout le processus de
réallocation.
Le processus de « réallocation » se déroule normalement de
manière implicite et inconsciente dans des situations de contact
entre dialectes. Il serait pourtant légitime de considérer le
mouvement de codification de la langue standard, qui a
tellement marqué l'évolution du français entre le XVIe et le
XVIIIe siècle, comme une manifestation explicite et consciente
de ce même processus, affectant les variantes en circulation àLa sociolinguistique historique est-elle possible? 27
des styles ou à des sociolectes particuliers. L'historiographie
conventionnelle attribue la codification du français aux seules
activités des grammairiens, lexicographes, remarqueurs qui ont
foisonné à cette époque. Dans un sens, cette vue des choses est
soutenable car ce sont les grammairiens qui font les livres de
grammaire. Mais à d'autres égards cette vue est fausse, car elle
réduit le rôle des locuteurs «ordinaires» à celui de passifs
récepteurs de règles venues d'en haut. Il serait plus raisonnable
de voir l'émergence à cette époque de nouvelles normes comme
la formation d'un nouveau consensus, et le processus de
codification comme impliquant toute la communauté des
locuteurs, du moins indirectement. Labov a signalé l'étrange
consensus qui existe vis-à-vis des normes à l'intérieur de
communautés linguistiques extrêmement hétérogènes. Les
grammairiens n'innovent pas, ils redistribuent de façon explicite
les variantes sociolinguistiques en circulation suivant les
évaluations subjectives des locuteurs. Nous ferions mieux de
voir à l'oeuvre la fameuse Main Invisible de Rudi Keller que la
seule main très visible d'un Malherbe ou d'un Vaugelas.
L'imaginaire linguistique des Parisiens est dominé à
l'époque proto-industrielle par une opposition entre le Bon et le
Mauvais Usage, entre le prototype de l'Honnête Homme et
celui du Paysan de Ville. La voix de I'Honnête Homme se fait
entendre dans toute la belle littérature de l'époque. La voix du
Paysan s'entend dans la littérature comique, burlesque et
polémique. Elle ne s'entend que sous une forme caricaturale et
stéréotypée, et, jusqu'à présent, la valeur linguistique de ces
caricatures a été considérée par l'historiographie conventionnelle
comme étant faible. Elles sont censées dépendre entièrement
d'une tradition littéraire et manquer «totalement d'authenticité ».
Mais c'est mal interpréter le sens de ces documents. Toutes les
formes qui s'y trouvent se révèlent à l'analyse être des formes
authentiques. Cependant, les auteurs ne cherchaient pas le
réalisme. Ce qui les intéressait c'était le symbolisme social des
variantes en question. De tels renseignements sont loin d'être
négligeables pour l'historien de la langue: l'accès à l'évaluation
contemporaine des variables sociolinguistiques jette une
lumière dont on ne saurait trop apprécier la valeur sur leLa mise en œuvre des langues dans l'interaction28
processus de réallocation, tel qu'il s'est déroulé à Paris entre le
XVIe et le XVIIIe siècle.
Ces textes stéréotypés exploitent seulement les variantes les
plus saillantes, et il est légitime de penser que plus une variante
est fréquente dans ces textes, plus elle était saillante aux yeux
du public de l'époque. En comparant la fréquence relative des
variantes-clefs dans un corpus de ces textes échelonnés entre
1550 et 1750, il s'est avéré possible de créer une sorte de
baromètre de saillance couvrant trois siècles d'histoire. Etant
donné le lien étroit entre saillance et réallocation, il est possible
de voir se refléter dans ces textes le processus de réallocation à
l'oeuvre dans le français parisien entre les dates en question.
Nous voici donc bien renseignés à l'époque proto-
industrielle sur les variantes sociolinguistiques les plus
sensibles, comme sur les évaluations subjectives que leur
donnaient les Parisiens. Mais perceptions et comportement ne
sont pas la même chose. Avons-nous des sources qui nous
donnent un accès plus direct à l'usage réel? Nous pouvons citer
d'abord le remarquable Journal de Jean Héroard, qui cite
verbatim les paroles du jeune Dauphin entre 1605 et 1610 (voir
Ayres-Bennett 2004). Pour le siècle suivant, nous pouvons citer
le nOn moins remarquable Journal de ma vie du vitrier
autodidacte J.-L. Menétra (1780).
Il faut penser que le langage parisien sous l'Ancien Régime
consistait en une longue série de gradations entre deux
extrêmes. Le Parisien se voyait tiraillé entre les deux types de
normes: une norme prestigieuse d'un côté et des normes
vernaculaires de l'autre. Il poussait son français tantôt vers l'une,
tantôt vers l'autre, selon la situation et selon sOn niveau de
culture. Les normes linguistiques, aussi bien les normes
prestigieuses que les normes vernaculaires, sont des
abstractions, mais il serait légitime de soutenir qu'il existait tout
au long de l'époque proto-industrielle, en bas de la société
parisienne, un dialecte stigmatisé constamment alimenté par
l'afflux de campagnards de l'Ile-de-France qui faisaient vivre la
grande ville.La sociolinguistique historique est-elle possible? 29
La ville industrielle
La situation des données d'utilité sociolinguistique ne
s'améliore que lentement à l'ère industrielle. L'historien
continue à dépendre d'ouvrages métalinguistiques de tout ordre,
de représentations littéraires du parler vernaculaire et d'écrits de
semi-Iettrés. C'est seulement vers la fin du XIXe siècle que de
nouvelles sources viennent les compléter: les premières études
linguistiques (celles de Bauche 1929 et de Passy 1899 par
exemple) et les premiers enregistrements sonores.
Le processus d'industrialisation, amorcé dans la deuxième
moitié du XVIIIe siècle, a transformé le tissu urbain de l'Europe
d'une manière sans précédent et sans doute irréversible. La
transition de modes de production artisanaux à des modes de
production industriels exige des concentrations d'ouvriers dans
des usines. Les économies d'échelle exigent des concentrations
de consommateurs. Tout pousse dans le sens de l'urbanisation,
et ce sont les métropoles les plus grandes qui s'agrandissent le
plus vite.
Comme par le passé, l'expansion de la population parisienne
s'alimente essentiellement par l'immigration, et plus le siècle
avance, plus les immigrants viennent de loin. Dans l'évolution
de la démographie parisienne entre 1800 et 1950, nous
distinguons trois phases: une première phase de croissance
lente (première moitié du XIXe siècle), une deuxième phase de
croissance rapide (deuxième moitié du XIXe siècle), enfin une
troisième phase de stabilité démographique (première moitié du
XXe siècle).
Sur le plan de la stratification sociolinguistique de Paris au
début du XIXe siècle, il est possible de distinguer trois niveaux:
(1) la langue standard, (2) un parisien vernaculaire hérité du
vieux dialecte semi-rural de l'époque proto-industrielle, (3) de
nombreux dialectes français et autres, apportés par les
immigrants nouvellement arrivés de la province. Dans
l'évolution du parler parisien au cours de ce siècle, deux
tendances, apparemment contradictoires, se dessinent: d'une
part, un mouvement convergent de «nivellement dialectal »,La mise en œuvre des Jangues dans J'interaction30
d'autre part un mouvement divergent accentuant la stratification
sociolinguistique de la ville.
Convergence
Le nivellement dialectal, nous l'avons vu plus haut,
comporte une réduction des différences entre des dialectes en
contact. Cette peut provenir de la diffusion
progressive des normes de la langue standard. Elle peut
provenir également de la rencontre du vernaculaire parisien
avec les langues / dialectes d'immigration.
Prenons d'abord le progrès de la standardisation. Dans la
première moitié du XIXe siècle, nous voyons la persistance à
Paris de nombreux traits hérités du vieux dialecte semi-rural de
l'Ancien Régime. Le Petit dictionnaire du peuple publié par
Desgranges en 1821 enregistre de nombreux traits phonétiques
qu'il dit avoir entendu chez le petit peuple et que l'on retrouve
dans les textes que nous venons de mentionner. Bien que des
traces de ce vieux dialecte se perpétuent dans le parisien
populaire du XXe siècle, des observateurs comme Nisard (1872)
indiquent que vers 1850 il n'en restait plus grand-chose. Le
dialecte poissard était bel et bien mort, tué sans doute par l'école
et par l'appareil de la standardisation.
Un second aspect du nivellement dialectal à Paris à cette
époque concerne la rencontre du vernaculaire parisien avec les
dialectes / langues d'immigration (occitan, breton, etc.). C'est
par le biais de l'accommodation que l'on peut expliquer les
simplifications phonétiques et morphologiques attribuées
prescriptivement au français populaire - par exemple,
l'élimination des distinctions de longueur (type mettre (e court)
~ maître (e long) et de timbre vocalique (type brin ~ brun,
~ tâche), simplification du système verbal. Berruto (1983)tache
signale des simplifications analogues dans l'italiano populare. Il
est faux de considérer les vernaculaires urbains comme des
formes corrompues de la langue standard. Dans le cas du
vernaculaire parisien, il s'agit d'une version du dialecte parisien
traditionnel, modifiée au cours du XIXc siècle à la suite de
contacts avec des dialectes extérieurs.La sociolinguistique historique est-elle possible? 31
Divergence
Les processus de standardisation et de nivellement dialectal
que l'on observe dans le français parisien au XIXc siècle ont été
tous les deux des mouvements de convergence, mais on y
constate, à la même époque, un mouvement contraire de
divergence. La deuxième moitié du siècle est marquée par
l'émergence d'une nouvelle stratification sociale, née de la
révolution industrielle, opposant une classe prolétarienne à une
classe bourgeoise. Ceci sera reflété naturellement dans la
structure sociolinguistique de la ville. La bourgeoisie s'approprie la
langue littéraire. Son refus de toute simplification des systèmes
phonologiques et grammaticaux a eu pour conséquence la
conservation de formes linguistiques autrement vouées à la
disparition (par exemple le passé antérieur, l'imparfait du
subjonctif, les inversions du sujet). La classe ouvrière prend
également ses distances. Si elle s'accroche à une prononciation
prolétarienne, c'est dans des marqueurs lexicaux que nous
trouvons les variantes les plus saillantes. Le rôle sociostylistique de
la variation lexicale est sans doute plus développé en français,
même de nos jours, que dans d'autres langues européennes.
Ce n'est pas le lieu ici d'entamer l'histoire de l'argot parisien,
avec tous les problèmes de définition qui s'y rattachent. Il
suffira de rappeler que les fonctions fondamentales de tout argot
sont (a) de renforcer la solidarité interne du groupe et (b) de
lancer un défi à une société dont on rejette les normes de
comportement. On ne s'étonnera donc pas si le prolétariat
parisien dans la deuxième moitié du XIXc siècle a trouvé dans
l'argot sorti des bas-fonds du Paris médiéval un outil tout
indiqué pour remplir ses besoins identitaires, face à une
bourgeoisie jugée oppressive (voir Halliday 1978). C'est
l'impression qu'instille l'écoute des chansons d'Aristide Bruant
(1895) enregistrées à l'extrême fin du XIXc siècle.
Les films d'Arletty et de Michel Simon continuent à exploiter
cette veine au cours des années 30, où le comique dépend
étroitement de la conscience des gens d'une opposition nette
entre le français des bourgeois et celui du peuple (voir
Abecassis 2005). Tout cela est bien démodé maintenant: la32 La mise en œuvre des langues dans l'interaction
Deuxième GuelTe mondiale et les Trente Glorieuses ont aboli
toutes les bases sociales du vernaculaire urbain de la Ille
République. Beaucoup de ses formes subsistent encore, mais
elles ne servent plus prioritairement de signum de classe. Elles
remplissent avant tout un rôle stylistique, diaphasique (voir
Gadet 1992 et 1999).
Les mouvements simultanés de convergence et de
divergence que nous avons vus se dérouler dans le langage
métropolitain au XIXe siècle ne sont pas l'apanage de Paris.
Pedersen (2005) observe un phénomène analogue à
Copenhague et à Stockholm, où se déroulent simultanément,
entre le dialecte urbain et la langue standard, des mouvements
de convergence stylistique et de divergence sociale. Mon étude
de l'histoire sociolinguistique de Paris s'alTête en 1950, avec
celle de Hohenberg et Lees. Les transformations des cinquante
dernières années ont été trop profondes pour trouver une place
dans un ouvrage couvrant déjà sept siècles d'histoire.
Conclusion
Il existe des obstacles redoutables à la faisabilité de la
sociolinguistique historique, qu'il importe de ne pas minimiser
- des problèmes d'interdisciplinarité, de validation des hypothèses,
et surtout de données. Dans bien des cas, la carence de données
interdit toute activité dans ce domaine. Mais parfois les bonnes
conditions sont réunies et permettent alors à l'historien de faire
quelque chose. Nous croyons que le français parisien se trouve
dans ce cas. Partant du principe que la langue de Paris n'a pas
évolué d'elle-même et que ce sont les Parisiens eux-mêmes, au
cours d'innombrables interactions quotidiennes, qui l'ont fait
évoluer, nous avons fondé notre analyse à la fois sur les travaux
de spécialistes de l'urbanisation européenne et sur ceux de du contact interdialectal. Le résultat en est une
sociolinguistique macro plutôt que micro, une sociolinguistique
des probabilités plutôt qu'une sociolinguistique des certitudes,
mais cela reste, me semble-t-il, de la
historique.La sociolinguistique historique est-elle possible? 33
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