La mondialisation et la société de l'information

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Face aux enjeux de la mondialisation et les défis du développement de la communication dans les pays en développement, quelle place l'Afrique subsaharienne occupe-t-elle dans cette société globalisée ? Quelle solution la communauté internationale préconise-t-elle contre la fracture numérique pour lutter contre la pauvreté et favoriser le développement des sociétés africaines ?
Publié le : vendredi 1 février 2013
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EAN13 : 9782296530225
Nombre de pages : 512
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M. Rachel Zongo
LA MONDIALISATION
ET LA SOCIÉTÉ DE L’INFORMATION
Quelle place pour l’Afrique au sud du Sahara ?
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Quelle place pour l’Afrique au sud du Sahara ?
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Sœur M. Rachel Zongo est docteur en sciences et
techniques de l’information et de la communication
de l’université salésienne de Rome, spécialisation
journalisme et communication pour le développement.
Lauréate d’une médaille de son université en
octobre 2006, elle est présentement enseignante
à l’IPERMIC (Institut panafricain d’étude et de recherche sur
les médias, l’information et la communication) de l’université
de Ouagadougou. Elle assure des sessions, conférences et des
formations dans le domaine de laion et des médias.
Depuis 2009, elle est la directrice de la télévision catholique du
Burkina Faso.
Préface de Serge Théophile Balima
Photographie de couverture :
Africa’s Top 5 Internet Countries Infographic © Jon Gosier.
ISBN : 978-2-336-00899-8
48 €
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LA MONDIALISATION
M. Rachel Zongo
ET LA SOCIÉTÉ DE L’INFORMATION
Quelle place pour l’Afrique au sud du Sahara ?
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La mondialisation
et la société de l’information





















Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa



Dernières parutions

Essè AMOUZOU, Partenaires en développement et réduction de la pauvreté en
Afrique noire, 2013.
Essè AMOUZOU, La démocratie à l’épreuve du régionalisme en Afrique noire,
2013.
Abou-Bakr Abélard MASHIMANGO, La bellicité dans la Corne de l’Afrique
(1961-2006). Transnationalisme ethnique, États et conflits armés, 2013.
Joseph DOMO, Les relations entre frontaliers. Cameroun-Tchad, 2013.
Idrissa BARRY, Migrations, ONG et développement en Guinée, 2013.
Windpagnangdé Dominique KABRE, La conclusion des contrats électroniques.
Étude de droits africains et européens, 2013.
Yafradou Adam TAIROU, Préoccupations environnementales et droit de
l’entreprise dans l’espace OHADA, 2013.
Gabin KORBEOGO, Pouvoir et accès aux ressources naturelles au Burkina
Faso. La topographie du pouvoir, 2013.
Jean-Claude MASHINI, Le développement régional en République
démocratique du Congo de 1960 à 1997, 2013.
Kouamé René ALLOU, Les Nzema, un peuple akan de Côte d’Ivoire et du
Ghana, 2013.
Emmanuel NKUNZUMWAMI, Le partenariat Europe-Afrique dans la
mondialisation, 2013.
Lang Fafa DAMPHA, Nationalism and reparation, 2013.
Jean-François BARLUET, Un drame colonial en Côte d’Ivoire : l’affaire
Quiquerez Segonzac (1891-1893), 2013.
Gervais MUBERANKIKO, La protection du locataire-gérant en droit OHADA,
2013.
Gervais MUBERANKIKO, La contribution de la décentralisation au
développement local, 2013.
Alain COURNANEL, Economie politique de la Guinée (1958-2010). Des
dictatures contre le développement, 2012.
Amadou OUMAR DIA, Peuls et paysans. Les Halay ɓe de Mauritanie, 2012.
Sous la direction de Bruno DUJARDIN, Renforcement des systèmes de santé.
Capitalisation des interventions de la Coopération Belge au Burundi, en
République Démocratique du Congo et au Rwanda, 2012.
Hygin Didace AMBOULOU, Les personnes, les incapacités et la filiation en
droit congolais, 2012.
Brice POREAU, Rwanda, une ère nouvelle, 2012.
M. Rachel ZONGO








La mondialisation
et la société de l’information
Quelle place pour l’Afrique au sud du Sahara ?









Préface de Serge Théophile Balima























































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00899-8
EAN : 9782336008998

DEDICACE


Voilà le livre que les communicateurs de développement et les socio
anthropologues attendaient pour circonscrire le domaine complexe de la culture et
de la communication en contexte africain ! Cet ouvrage est manifestement le
résultat d’un travail méthodique sur les outils et les pratiques, les usages et les
usagers de nos ressources matérielles d’information et de communication.
Si le continent africain est caractérisé par le sous-développement, le fait est là
qu’il regorge de richesses produites à travers les âges et les d’espaces
géographiques où vivent des milliers d’hommes et de femmes aux traditions
séculaires.
Cet ouvrage de l’auteur a trouvé ses marques dans une approche
pluridisciplinaire où se mêlent confortablement histoire et géographie, sciences
sociales et culture, technologies de la communication et civilisation orale. Il n’y a
pas de frontière rigide entre ces domaines dès lors que vous plongez dans cet
univers de partage et d’intégration communautaire par les instruments et par le
dialogue.
Le présent livre pose des questions sur notre univers culturel hybride au
contact des civilisations exogènes et de la modernité. Aussi l’auteur embrasse-t-
elle la communication pour soutenir le développement à travers un processus de
transformation sociale. En s’inscrivant dans le contexte du Burkina Faso, l’auteur
valorise l’approche participative de développement par la communication. C’est
donc un véritable plaidoyer en faveur d’une exploitation rationnelle de nos
ressources communicationnelles endogènes et des technologies nouvelles de la
société de l’information. L’originalité de l’œuvre est de concilier traditions et
modernité dans une interaction positive où la culture identitaire conserve toute
son importance. Le livre est intéressant à maints égards : il brosse un tableau de la
situation des médias, propose des témoignages vivants, interprète les projets de
communication vécus sur le terrain et s’achève sur une méthodologie
d’élaboration d’un plan intégré de communication pour le développement au
Burkina Faso. C’est donc avec une vision à la fois pragmatique et didactique que
l’auteur préconise une démarche qui fait passer d’une géographie du sous-
développement à une géographie de l’espoir par la mobilisation sociale en faveur
du développement durable.

Pr Serge Théophile BALIMA


5
SOMMAIRE


Introduction 9

Première partie 27
ÉQUITÉ MÉDIATIQUE POUR L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Chapitre 1 29
Relations internationales

Chapitre II 45
Pour un nouvel ordre mondial de l’information et de la communication

Chapitre III 59
La fracture numérique

Chapitre IV 85
La mondialisation et la société de l’information : quelle place pour l’Afrique
au sud du Sahara ?

Chapitre V 109
Anthropologie de la communication.
Adoption du modèle interprétatif de Turner

Deuxième Partie 127
ANALYSES D’EXPERIENCES ET TEMOIGNAGES PRIVILIGIES

Chapitre I 129
Présentation du Burkina Faso

Chapitre II 143
La bendrologie : culture et communication traditionnelle chez les Moose

Chapitre III 185
Approche participative du monde rural : l’expérience du GRAAP

Chapitre IV 233
Cinéma et culture : l’expérience du FESPACO

Chapitre V 267
Théâtre pour le développement : l’expérience de l’Atelier théâtre burkinabé

7
Troisième Partie 305
ANALYSE INTERPRETATIVE DES PROJETS DE COMMUNICATION POUR LE
DEVELOPPEMENT

Chapitre I 307
Projet FAO d’information sur la sécurité alimentaire : des moyens
traditionnels à internet

Chapitre II 345
Projet UNESCO intégrant technologies modernes et communication
traditionnelle : les centres multimédias communautaires

Chapitre III 383
Interprétation selon le paradigme de Turner

Quatrième Partie 393
PLAN DE COMMUNICATION INTEGRE POUR LE DEVELOPPEMENT AU
BURKINA FASO

Chapitre I 395
Le paysage médiatique

Chapitre II 409
La communication traditionnelle : source de valeurs et défi pour l’avenir

Chapitre III 433
Problèmes à résoudre en communication pour une croissance humaine entre
tradition et innovation

Chapitre IV 443
Proposition d’une communication intégrée pour le développement

CONCLUSION GÉNÉRALE 467

BIBLIOGRAPHIE 487







8
INTRODUCTION


La communication est devenue de nos jours un phénomène qui influence plus
que jamais la vie et l’évolution des sociétés contemporaines. Avec l’enjeu des
mass médias, des nouvelles technologies de l’information et de la communication
(NTIC) et de la révolution médiatique, la communauté internationale se voit à un
moment crucial de son histoire. Bien que tous reconnaissent les bienfaits de la
communication moderne et innovatrice, ces moyens de communication créent des
inégalités entre les peuples, entre le nord et le sud du monde. A cet effet, l’équité
médiatique est plus que jamais un sujet à l’ordre du jour dans les relations
internationales. Non seulement cette problématique comporte une dimension
internationale, mais elle renvoie de manière spécifique au concept - défi de la
communication pour le développement : car la communication est considérée
comme un instrument capable de transformation sociale et d’accélération du
progrès dans les pays en voie de développement, parmi lesquels ceux de l’Afrique
subsaharienne sont l’objet spécifique de notre attention.
Face à l’engouement pour les moyens modernes de communication, bien
nécessaires au développement du continent, la communication traditionnelle en
Afrique est fortement interpellée. Elle n’est pas prise en compte comme il le
faudrait et tend à se perdre de plus en plus ainsi que les richesses culturelles
qu’elle comporte dans son ensemble. Selon les chercheurs les plus accrédités, la
dévalorisation de la communication traditionnelle et de la tradition orale africaine
peut devenir une réalité préoccupante aujourd’hui. C’est là une difficulté à
affronter afin de trouver à temps des solutions adéquates pour sauvegarder les
cultures africaines. Les échecs des projets de développement en Afrique sont pour
la plupart liés à la non-considération de la spécificité de la culture et de la
communication traditionnelle dans les stratégies proposées.
Alors, face à la problématique de l’équité médiatique et de la valorisation de la
communication traditionnelle, quel type de communication faudrait-il envisager
en Afrique afin de mener à bien et à terme le développement des populations ?
Notre travail de recherche entend aborder en profondeur les enjeux et les défis de
cette problématique afin d’envisager des propositions concrètes pour le Burkina
Faso.

1. Motivation

Après avoir fait mon mémoire de licence sur la « communication pour le
développement et la transformation sociale au Burkina Faso », j’ai été
profondément touchée de constater que les zones rurales de mon pays, comme
celles des autres pays de l’Afrique subsaharienne, manquent considérablement de
médias et de nouvelles technologies de l’information et de la communication. J’ai
senti la nécessité d’entreprendre une étude à ce sujet afin de contribuer par la
réflexion à trouver des solutions à cette situation. Non seulement les gouvernants
9
de nos jours sont appelés à promouvoir l’accès à l’information de leurs peuples,
mais la responsabilité incombe également à la communauté internationale de
trouver un équilibre dans ce domaine en faveur du monde rural, dépourvu du
minimum.
C’est en tenant compte de cette réalité que j’ai choisi pour cette étude
d’approfondir la recherche sur le thème de l’« équité médiatique » avec le souci
prioritaire de mettre en valeur la « communication traditionnelle » dans les
processus de développement en Afrique et en particulier au Burkina Faso. Nous
entendons par « équité médiatique » la recherche d’un équilibre dans les
disponibilités d’information et d’outils de communication entre le nord et le sud
du monde.
L’équité médiatique met en évidence la réalité de la mondialisation en acte. Le
problème central n’est pas, ici, la mondialisation elle-même ou ce que les pays
info-pauvres en retireront, mais plutôt de savoir s’ils bénéficieront d’un juste
partage des opportunités. La communauté internationale devra à mon avis se
diriger vers une coopération au développement plus efficace, mieux coordonnée
et orientée vers des résultats concrets. Devant cette mondialisation, la majeure
partie des Etats et en particulier ceux de l’Afrique ne semblent pas disposer des
outils nécessaires pour faire face aux pressions des grands changements
médiatiques.
Selon Vincent, Nordenstreng et Traber, les pays en développement devraient à
leur tour favoriser les médias et les technologies de l’information partant du
principe que tous ont le droit égal d’y accéder. Partant de ce principe, il est
nécessaire de réduire les inégalités, de promouvoir la coopération pour une
diffusion durable de la technologie en faveur de l’« équité médiatique ».
Déjà en 1980 le Rapport MacBride faisait état d’un déséquilibre dans
l’information avec la tendance d’une aggravation de l’écart entre les riches et les
pauvres en matière de communication. Comme MacBride le précisait « L’écart
entre les sur-informés et les sous-informés ne cesse de se creuser en même temps
que s’accuse le déséquilibre entre émetteurs et récepteurs de l’information ».
Malgré les efforts pour résoudre ce problème, le fossé entre les deux parties du
monde demeure encore une réalité. Il convient de rechercher des voies pour sortir
de l’impasse, surtout dans les zones rurales en Afrique, en tenant compte de leur
culture et de leurs besoins spécifiques.
Au début du troisième millénaire, cette situation est perçue par les
gouvernements africains comme un vrai défi à relever dans le cadre de leurs
politiques de développement économique et social en faveur des populations dans
les villages et dans les zones suburbaines dépourvues de moyens adéquats de
communication. Face à une telle situation, que peuvent faire les pays du continent
et en particulier ceux de l’Afrique subsaharienne pour combler leur retard tout en
sauvegardant leurs propres cultures ? Le Sommet du G-8 tenu à Okinawa au
Japon en 2000, au sujet de la « fracture numérique », a mis à l’ordre du jour ce
retard dans le domaine de la technologie des réseaux électroniques qui menace le
10
Tiers Monde. Quelles mesures appropriées pourraient combler ce fossé
technologique fortement ressenti par les pays les plus pauvres ?
Déployés d’une manière opportune, les médias et les technologies innovatrices
de l’information peuvent contribuer à la lutte contre la pauvreté, au
développement économique et social, voire à la démocratisation ; d’où la
recherche d’un progrès de la communication moderne dans les zones rurales de
l’Afrique. Mais la motivation de notre travail est de chercher comment tendre à
une réelle équité médiatique entre les nations et de permettre aux gens plus
pauvres de la campagne du Sahel d’avoir accès aux médias et à la technologie de
l’information dans le respect des valeurs et des modes traditionnels de
communication qui fondent leur culture.
La communication dans le contexte africain n’est jamais isolée de la personne
humaine. Elle fait entièrement partie de son identité, de ses traditions, de sa
culture. La tradition orale par exemple est une valeur fondamentale qui
s’exprime à travers différentes expressions : proverbes, contes, poésie, musique,
danse. Au Burkina Faso particulièrement, toutes les formes de la communication
traditionnelle demeurent aujourd’hui vivantes et dynamiques au moins dans la vie
courante. Les auteurs de la recherche Towards equity in global communication
affirment catégoriquement : « Il est important que les nouveaux médias
reconnaissent et comprennent les diversités culturelles, les systèmes sociaux et la
communication traditionnelle ». Sans nier l’importance des médias pour le
développement des sociétés rurales, leur utilisation doit aller de pair avec la
sauvegarde des formes de communication traditionnelle, en vue d’un
enrichissement réciproque des unes par les autres : une communication qui se
veut intégrale.
Avec l’avancée des mass médias et des nouveaux médias, certains milieux
culturels en Afrique sont tentés d’abandonner la communication traditionnelle,
suivant la tendance d’une sorte de « syndrome de Stockholm » à l’avantage des
pays et des concentrations médiatiques plus fortes. Pour NDiaye, le
développement de programmes d’information et de communication appropriés
pour les groupes de base doit au contraire s’appuyer sur une connaissance
approfondie des voies et formes traditionnelles de la communication, telles
qu’elles se développent dans les villages. La tradition orale et le patrimoine
culturel fondés notamment sur une idée élevée de la connaissance, nourrie par la
population comme mémoire collective, sont une source de référence, de valeurs et
d’attitudes au quotidien, fondement donc de l’ordre social.
Ces formes traditionnelles de communication ne sont-elles pas la clé de la
participation populaire, de la confiance en soi, de l’utilisation des ressources
locales capables d’inciter au développement social ? C’est l’exigence de
recherche, tout autre que rhétorique, à laquelle nous essayons de répondre dans
cette étude. Chaque projet, qu’il concerne le reboisement, le forage de puits, la
construction de digues, l’éducation ou le statut des femmes dans quelque pays
que ce soit, doit prendre en compte ces niveaux endogènes de communication, si
l’on veut qu’il réussisse. Si l’on ne considère pas ces niveaux, alors plus d’un
11
projet sera condamné à l’échec. Les moyens traditionnels de communication ne
devraient, par conséquent, pas être négligés.
En résumé, la motivation de notre étude est fondamentalement la recherche de
voies pour sauvegarder et valoriser la communication traditionnelle en rapport
avec les mass médias et les nouvelles technologies de l’information, et les
intégrer au maximum ; c’est-à-dire, tendre vers une communication qui se veut en
même temps participative, innovatrice et authentique.

2. Objectifs

Le premier objectif de cette étude est de contribuer à stimuler, à travers les
diverses formes de connaissance, le développement des technologies de
l’information et de la communication soit médiales, soit personnelles en Afrique
subsaharienne, invitant ainsi à la lutte contre la pauvreté et favorisant la
démocratisation. Nous abordons la problématique de la communication
mondialisée alors que la majeure partie de la population du Tiers monde n’a pas
encore de radio locale, ni de télévision, ni de téléphone, ni Internet. Le but de la
recherche est d’amener les pays concernés comme le Burkina Faso et la
communauté internationale à une prise de conscience de cette fracture
numérique, afin de trouver des solutions pour favoriser l’accès des plus pauvres et
marginalisés à la technologie de l’information, au savoir de la société moderne, à
la disponibilité d’un parc de médias et de nouveaux médias adéquats aux
principes de l’équité médiatique.
Plus que jamais aujourd’hui, le fossé ne cesse de se creuser entre les pays
sous-développés du Sud et les pays développés du Nord en matière
d’information, d’infrastructure minimale, d’accès au savoir, à la culture et aux
loisirs. A l’heure de l’explosion de l’offre satellitaire de programmes
audiovisuels, l’Afrique subsaharienne demeure particulièrement démunie en
matière de talents et de capacité endogène de production : une production qui
puisse offrir à son public une référence à son vécu et au reste du monde, en le
faisant sortir du simple rôle de consommateur de la culture des autres.
Un second objectif, fondamental et à notre avis prioritaire, que nous voudrions
atteindre concerne la recherche d’une forme de communication adaptée pour le
développement en Afrique et au Burkina Faso, orientée surtout par la valorisation
de la communication traditionnelle : véhicule de culture authentique, instrument
de cohésion sociale et source anthropologique incontournable, à travers une
utilisation fonctionnelle, pour un « projet intégré » de développement ; donc la
recherche d’une communication qui rende les populations participantes et
responsables de leur propre progrès. Stella Hughes, coordinatrice du nouveau
programme UNESCO, consciente de cette réalité dans les pays en
développement, relève opportunément à ce propos :

Les nouvelles technologies de l’information et de la
communication ne représentent ni une solution ni un objectif
12
en soi : elles offrent aux communautés les moyens d’identifier
et de mettre en œuvre leurs propres solutions afin d’atteindre
les objectifs qui leur sont propres dans le domaine du
développement humain, culturel, social et économique.

Dans la motivation, j’avais déjà souligné la tendance de la part de certains
milieux en Afrique à sous-estimer, sinon à négliger les formes de communication
incrustées dans les racines culturelles. Par conséquent, notre thèse voudrait
encourager les populations de l’Afrique subsaharienne et du Burkina Faso en
particulier, à valoriser la communication traditionnelle avec ses richesses afin de
les sauvegarder et de les exploiter en même temps que le know-how médial. Nous
entendons pour cela définir comment, à travers l’impact de la communication
moderne, on peut réussir à ne pas perdre les liens avec les valeurs de la
communication traditionnelle qui animent en profondeur les relations humaines.
Face à la diffusion des médias et des technologies de l’information et de
l’informatique, les codes et les signes du « sens fort de l’humain » ne doivent pas
laisser affaiblir leur influence sociale.
Au-delà des difficultés de correspondance entre deux expressions culturelles,
une exogène et l’autre endogène, comment donc intégrer les deux formes de
communication : moderne et traditionnelle ? A cet effet, nous retenons pour le cas
du Burkina Faso, comme troisième objectif de cette étude, de faire nôtre
l’affirmation de Vincent, Nordenstreng et Traber : « Il est important que les
médias d’innovation reconnaissent et comprennent les diversités culturelles, les
systèmes sociaux et la communication de type traditionnel ». En effet, les formes
expressives et la transmission de l’hérédité sociale, comme Lasswell définit une
des « fonctions » de la communication, peuvent enrichir les formes modernes en
une communication qui se veut « intégrée », respectueuse ensemble de la dignité
de la personne humaine, de ses droits à la vie et au développement économique,
social et culturel. Nous proposons également d’approfondir, de recueillir et de
sauvegarder selon des méthodes scientifiques les richesses des cultures africaines,
les considérant pour ce qu’elles sont : un prius en tant que « racines de la
communication » et une « valeur ajoutée pour l’équité médiatique ».
Un autre objectif de notre Thèse est de mettre en évidence, sur le terrain du
Burkina Faso, des expériences pratiques et des projets institutionnels qui intègrent
les médias de masse et personnalisés avec la communication traditionnelle, en
vue du développement du monde rural subsaharien. A ce propos on recueillera
des témoignages de responsables et d’experts, on analysera des recherches sur le
terrain et des documents, on projettera des hypothèses. Tout cela constituera une
base pour proposer, en conclusion, un Plan spécifique de communication pour le
développement au Burkina. On voudrait ainsi se rendre compte si leur impact
s’avère positif auprès des populations burkinabé, et en fonction de cela envisager
un plan de communication intégrée et participative pour l’autopromotion
communautaire dans leur milieu de vie.
13
Voilà donc, en rapport avec ce qui a été dit ci-dessus, pourquoi notre étude
s’intitule : Equité médiatique pour l’Afrique subsaharienne : analyse
d’expériences et de projets qui intègrent mass médias et nouvelles technologies
tout en valorisant la communication traditionnelle. Proposition d’un plan pour
le Burkina Faso.

3. Cadre historique et théorique de la question

A partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, certains principes ont été
appliqués sur la circulation de l’information : ils fonctionnent parfois comme des
éléments de pouvoir de l’Etat, mais en pratique, ils assimilent l’information et les
autres expressions médiales à des produits commerciaux.
Le passage à l’économie industrielle de service - basé sur l’information et sur
la diffusion des techniques informatiques d’emmagasinement, de traitement et
d’utilisation des nouvelles - conduit à perdre conscience de la nécessité de réguler
les flux internationaux des contenus des médias, même si les préoccupations
financières ont fini par prévaloir sur celles juridiques. Avec le développement des
télécommunications et de l’électronique, et surtout avec l’avènement des
satellites de diffusion directe, on observe une mutation ultérieure dans la collecte
et la transmission de l’information. Le volume des flux augmente, comme aussi la
rapidité des transmissions et la capacité de gestion (archives, banques de
données). Sur ce point, le marché de l’information et de l’audiovisuel est surtout
entre les mains des pays développés du Nord, tandis que les pays du Sud n’ont
plus qu’à élever leur protestation auprès des instances compétentes des
institutions internationales.

Pour un Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication

eEn 1973 en Algérie, pendant la 4 Conférence des pays non-alignés, les
premières déclarations ont été formulées ouvertement concernant les
« déséquilibres » de l’information mondiale.
La demande-notion d’un Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la
Communication (NOMIC) a été introduite pour la première fois lors d’un
Symposium international sur la politique des communications organisé en 1976, à
Tunis, par les pays du Tiers monde et dont la résolution finale déclarait : « Etant
donné que l’information dans le monde accuse un déséquilibre, il est un devoir du
Tiers monde et des autres pays de changer cet état de choses et de veiller à la
décolonisation du secteur de l’information, ainsi que d’introduire un nouvel ordre
mondial » Des conférences et rencontres ultérieures des Non-alignés ont confirmé
les mêmes recommandations pour un NOMIC dans le système médiatique
international. L’UNESCO devient le lieu par excellence de ce débat qui finit par
transformer la communication internationale en un champ de bataille entre
Premier et Tiers monde, s’accusant mutuellement de mettre obstacle, d’une part,
au libre flux de l’information et, de l’autre, à un flux libre et équilibré.
14
La Conférence Générale de l’UNESCO tenue à Paris en 1978 approuve une
« Déclaration » qui est considérée un programme idéal pour les pays en
développement. Se référant en partie au « paradigme de la dépendance », elle
affirme des principes pour une équité dans la distribution mondiale des ressources
de l’information.

Le tournant du Rapport MacBride

La Direction Générale de l’UNESCO institue, en 1978 même, la Commission
MacBride pour l’étude des problèmes de l’information et de la communication au
niveau mondial. Le document Voies multiples, un seul monde est le résultat de ce
travail, appelé couramment Rapport MacBride du nom du président de la
Commission.
Ce Rapport, approuvé en 1980, représentait une voie d’issue à la question
épineuse du déséquilibre international dans le domaine de l’information et de la
dotation des médias. Il affirme dans ses conclusions que la communication est
aussi bien un droit fondamental de l’individu qu’un droit collectif qui doit être
garanti à toutes les communautés et à toutes les nations. La liberté de
l’information, et plus précisément le droit de chercher, de recevoir et de diffuser
l’information, est l’un des droits fondamentaux de l’homme, condition préalable
à beaucoup d’autres droits. En effet, selon Francis Balle il n’y a pas de
développement sans liberté pour les médias car « l’essor des médias et la
croissance économique vont de pair ». A l’égard du flux libre et équilibré de
l’information, la valeur dominante qui devrait inspirer la communication
internationale, dans ce domaine, est la communication pour le développement.
Les conclusions-recommandations du Rapport MacBride rendaient essentiels
entre autres les points suivants :

1. L’étude de la communication dans le monde entier montre la diversité des
solutions adoptées dans les différents pays, selon les traditions, les divers
modèles de la vie sociale, économique et culturelle, leurs besoins et possibilités.
2. Le Rapport montre une importance extrême que revêt l’élimination des
déséquilibres et des disparités dans la communication, dans ses structures et, plus
particulièrement, dans la circulation de l’information. Les pays en
développement ont besoin de réduire leur dépendance, revendiquant un nouvel
ordre de la communication, plus juste et plus équitable.
3. La communication est aussi bien un droit fondamental de l’individu qu’un
droit collectif qui doit être garanti à toutes les communautés et à toutes les
nations. La liberté de l’information est l’un des droits fondamentaux de l’homme.
4. Il est essentiel que les pays élaborent des politiques nationales de
communication reliées à la totalité des objectifs du développement social,
culturel et économique. Chaque pays devrait développer ses modèles de
communication selon sa situation propre, ses besoins et ses traditions.
15
5. Les considérations fondamentales du Rapport constituent un cadre
conceptuel pour l’instauration d’un Nouvel ordre de l’information et de la
communication, dont la mise en œuvre est conçue comme un « processus continu
de changement » dans la nature des relations entre les nations et à l’intérieur de
chacune d’elles.
A la suite des débats NOMIC de la part de l’UNESCO, trois conceptions de
l’information tendent à se confronter : a) conception libérale (pays occidentaux) ;
b) conception socialiste (pays de l’Est) ; c) conception tiers-mondiste (pays non
alignés).
Le Rapport MacBride a suscité de grands débats houleux, avec des positions
pour ou contre les solutions indiquées pour les problèmes de la communication.
La question devient alors de savoir quel est l’impact du NOMIC après MacBride.

La globalisation de l’information et la communication

Le NOMIC a-t-il été réalisé ? La réponse de Majid Tehranian est ainsi
articulée : non, oui, peut-être. Non, parce qu’après la Seconde Guerre mondiale
rien de significatif n’a été changé dans les structures du système économique
mondial. Oui, parce que quelque chose a changé dans les structures politiques du
monde, comme la fin de l’Union Soviétique et du bipolarisme entre les
superpuissances. Peut-être, parce que l’économie politique, technologique et
l’émergence des cultures conduisent à une étape de transition.
Le NOMIC semblait pouvoir résoudre les problèmes cruciaux dans le monde
de l’information. Mais le bipolarisme s’est transféré dans la division entre pays
développés et pays non développés, entre Centre et Périphérie. Le flux des biens
et des services, des idées et des nouvelles, des images et des données, assumant
une dimension transnationale dans l’économie et dans la culture globale, accroît
la divergence entre les deux formations. Le NOMIC peut mieux se construire à
partir de la maturation des compétences à communiquer pour ceux qui sont
« sans voix » : littéralement ceux qui ne possèdent pas de médias,
métaphoriquement tous les pays qui n’ont pas voix au chapitre dans les relations
internationales. La « pluralité des voix » requiert le pluralisme dans les structures
d’accès aux médias. Nous sommes entrés dans une ère de transformation sociale,
avec des développements qui s’entremêlent entre « globale » et « locale » ; par
conséquent, il est nécessaire de redéfinir les politiques internationales de la
communication. L’imprévisibilité des évènements attise la demande d’équité
médiatique, de justice et de changement de la part des pays plus démunis.
Mowlana se demande si la communication globale, dans une phase de transition
avec ses tendances et contretendances, apportera la « fin de la diversité ». A notre
avis cela n’arrivera pas, compte tenu aussi des conclusions de beaucoup d’études
culturelles.
La culture de convergence entre les médias, l’informatique et les
télécommunications est reconnue en général comme un des compartiments de
l’économie globale. D’autres, au contraire, considèrent la « culture » comme plus
16
importante dans le processus de globalisation ; selon Raymond Williams, par
exemple, la globalisation économique ne signifierait pas automatiquement
homogénéisation d’une culture globale, parce que chaque localité est typique,
caractérisée par une culture hybride et hétérogène, et croît et se renouvelle
quotidiennement.
Selon les théoriciens les plus critiques, la globalisation des médias empêche le
changement social, dans le sens qu’elle traduit systématiquement une
discrimination à l’égard des pauvres, des femmes, des minorités et de
l’environnement. L’intégration des économies et des systèmes de communication
introduit de nouvelles inégalités entre pays, régions et à l’intérieur des groupes
sociaux. Fernand Braudel observe comment les réseaux de télécommunication
(Internet surtout) s’entremêlent dans l’actuelle division internationale du travail,
attribuent un ordre hiérarchique à l’espace et conduisent à une polarisation plus
drastique entre Centre et Périphérie. Mais dans le domaine de la globalisation se
manifestent des phénomènes parallèles de fragmentation (du savoir), de
spécialisation (des savoirs) et de sous-systèmes localisés. Si la ligne de division
entre Nord et Sud ne suffit plus à interpréter le sens de l’espace mondial,
toutefois les inégalités structurelles, les différences et les identités culturelles ne
peuvent pas être considérées comme dissipées. La faiblesse des pays du Sud ne
leur permet pas de faire entendre leur voix dans les nouveaux espaces de la
mondialisation.

Pour une équité médiatique

Désormais, dans l’esprit (ensemble interprétatif et critique) de la
globalisation, un nouveau concept a été mis à l’ordre du jour et fait son chemin
dans le monde de la communication comme dans les institutions internationales :
l’équité médiatique.
Après l’impact du Rapport MacBride évoqué ci-dessus, une des
préoccupations de l’UNESCO était la « décolonisation de l’information et de la
communication » : il fallait inaugurer un programme qui concerne surtout le Sud
du monde.
En 1983, l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) faisait état,
dans le Rapport Maitland du sous-développement du Tiers-monde dans le secteur
de la technologie et des télécommunications, soulignant la distance qui séparait
les « super-communicants » du Nord et les « sous-communicants » du Sud. La
Conférence du G7 sur la société de l’information, tenue à Bruxelles en 1995,
soulignait l’ultérieur décalage entre les deux réalités du monde, généralement sur
le plan économique, et en particulier entre les « inforiches » et les
« infopauvres », tout en invitant à un partage de l’enrichissement humain à
travers la coopération. Selon Robert Verrue, le défi entre le Nord et le Sud réside
dans le passage de la « fracture numérique » à l’« opportunité numérique » pour
tous. Ce thème est également débattu dans les enceintes internationales, y
compris aux Nations Unies, et constitue encore aujourd’hui une réalité tangible.
17

Le Sommet du G8 qui s’est tenu à Okinawa en 2000, au sujet de la « fracture
numérique », a souligné que le retard dans la technologie des réseaux
électroniques menacerait le Tiers-monde ; depuis lors les milieux politiques se
soucient davantage de le combler au moyen de mesures d’appui de la part des
pays plus industrialisés.
A ce point, l’« équité médiatique » se situe à un niveau international comme
proposition d’un monde qui devrait communiquer effectivement de manière
globale.

Aperçu de la littérature utilisée

Comme sources principales et littérature, nous nous référerons à divers
études, recherches et auteurs selon les arguments à traiter.
Dans la première partie du travail, nous nous proposons de reconstruire le
cadre culturel dans lequel le concept de l’équité médiatique s’est affirmé. Pour
cela nous prendrons en considération des études comme celles de Sean MacBride
(pour le Rapport MacBride) et Vincent-Nordenstreng-Traber (pour l’Après
MacBride). En outre, nous aurons l’opportunité de faire référence à Paul Baran,
Raul Prebish, Mohammadi, pour le « paradigme de la dépendance » ; mais aussi
à Habermas et Mattelart ; pour le « paradigme de la modernisation » à Lerner,
Rogers, Schramm ; sur le plan d’interprétation socio-anthropologique, à
Durkheim, Lévi-Strauss, Turner, Groffman. Et encore, pour différents aspects et
approches disciplinaires, à Lazarsfeld, Brown, Fraser, Breton, Tudesq, Soupizet–
Gille, Castel, Ossama, Wolton, Warnier, Lavieille, Gauthier, Biffot, Roche,
Derieux, Loquay. Un rôle de tournant aura Paulo Freire avec sa Pédagogie des
opprimés, pour le « paradigme de la multiplicité » et l’approche participative ; le
même paradigme met en évidence Mowlana et Wilson.
Un espace particulier sera réservé aux documents du Programme International
pour le Développement de la Communication (PIDC) de l’UNESCO. Sur le plan
théorique, nous introduirons l’ensemble des éléments approfondis selon le
« paradigme de Victor Turner » qui concerne les « nouveaux rameaux greffés »
sur les « racines culturelles » que nous adoptons comme modèle interprétatif de
base et dont nous parlerons à part (cf. point 5). Nous prendrons également en
considération Walter Ong et l’Ecole de Toronto (Innis, McLuhan) pour le
« paradigme du déterminisme technologique » sur l’évolution historique des
instruments de la communication et, dans la réalité africaine d’aujourd’hui, pour
la perspective d’un rapport créatif entre la « culture orale » des traditions et la
« culture électronique » des médias et des nouveaux médias. La documentation
est large sur les problèmes de l’information et de la communication, sur la
globalisation médiatique et sur les relations Nord/Sud, mais des documents
spécifiques sur l’équité médiatique comme telle ne se présentent pas aussi
nombreux.
18
Dans la partie du travail concernant l’analyse des expériences et témoignages
privilégiés, nous prendrons comme sources principales : Servaes, Lewin,
Thompson, Ong et White. Mais nous aurons également ici, comme auteur
fondamental de référence, Victor Turner, tandis qu’une aide complémentaire sera
demandée aux textes de Durkheim, Lévi-Strauss, Winkin. Pour la connaissance
de la réalité africaine à travers les différentes expériences que nous avons
recueillies par des témoignages au Burkina Faso, nous nous référerons entre
autres aux œuvres de Pacéré, Klotchtoff, Dubresson, Deschamps, Lerebours,
Savonnet-Guyo, Camara, Ky-Zerbo, Hampaté Bâ, Ilboudo, Balima, Sissao,
Barlet, Vieyra, Boughedir, M’Bokolo, N’Diaye, Boal, Brokett, Brown, Guerre,
Kompaoré et encore de Turner. Des documents FAO et d’institutions nationales
burkinabé et continentales (GRAAP, FESPACO, ATB) complètent l’ensemble
des sources, ayant pour objectif central la « communication traditionnelle »
accompagnée et intégrée avec la « communication moderne ». Certains
documents en provenance de notre pays sur des expériences seront utilisés
comme approche historique, mettant en évidence les formes et les outils
traditionnels de communication et leurs fonctions même aujourd’hui et en
perspective à l’avenir.
Quant à la partie dédiée à l’analyse interprétative des projets de
développement, nous étudierons en particulier des recherches et documents de
l’UNESCO, de la FAO, des Nations unies, les publications du « Courrier ACP »,
les Rapports internationaux sur les communications. Parmi les auteurs, nous
avons appelé en cause Schramm, Fraser, Turner, Ilboudo, Bessette–
Rajasunderam, Fortier, Freire, Katz et Lazarsfeld. Mais un espace de
protagonistes sera réservé aux témoignages de recherche d’experts et de
spécialistes comme Stella Hughes, principale coordinatrice du nouveau
programme de l’UNESCO, et Jean-Pierre Ilboudo, spécialiste de la
communication pour le développement à la FAO.
La partie conclusive de la Thèse portera sur la proposition d’un plan de
communication pour le Burkina Faso. On y abordera la communication
multidimensionnelle du pays et nous chercherons à déduire les leçons de notre
étude en tentant l’articulation d’un plan ad hoc pour une « communication
intégrée au Burkina », focalisée sur la « valorisation des systèmes et instruments
traditionnels ». Parmi les œuvres principales de référence figurent en alternance
des auteurs occidentaux et africains, surtout burkinabé : Schramm, NDiaye,
Ossama, Turner, Pacéré, Yepri, Camara, Balima et Frere, Nyamba, Kompaoré,
Ouédraogo, Hampaté Bâ, Nkafu, Kawada–Tsukada, Thompson, Sissao, Millogo,
Sanon, Dabiré, Kam Sié, Mowlana et Wilson, Niangoranh, Porquet. Outre
naturellement ceux déjà indiqués dans les parties précédentes, nous prendrons en
compte certains documents nationaux et officiels qui constitueront un objet de
critique.
Comment prévoir un Plan de développement pour la communication en tenant
compte du fait que les moyens traditionnels sont très nombreux et différents entre
les 60 ethnies qui composent le Burkina Faso ? Chaque ethnie a ses instruments
19
et beaucoup d’autres expressions ou langages de communication. Dans
l’ensemble c’est comme un « enracinement culturel multidimensionnel » sans
limites. Nous chercherons à trouver les points communs des diverses cultures
pour tracer un fil conducteur capable de conduire à une interprétation organique
de « l’intérieur » même pour l’innovation médiatique.

4. Hypothèses, demandes de recherche et méthodologie

En tenant compte de tout ce qui a été évoqué ci-dessus, nous avons formulé
des hypothèses qui se traduisent par des demandes précises auxquelles la Thèse
voudrait répondre. Nous vivons dans une société médiatique et une globalisation
en acte. Dans un tel contexte, comment l’Afrique subsaharienne et le Burkina en
particulier pourront-ils affronter cette situation à travers les technologies de
l’information et de la communication des générations successives, vu les réalités
limitées du continent ? N’est-il pas avant tout nécessaire de renforcer les
infrastructures de communication, en particulier dans les zones rurales encore
dépourvues d’un minimum de médias modernes, en favorisant leur
développement ? Quels sont la situation et l’impact du NOMIC dans la réalité
complexe post-MacBride des relations internationales ? Comment le rapport
entre info-riches et info-pauvres est-il en train de se transformer ? Qu’est-ce
qu’on entend par « équité médiatique » ? Quels sont ses fondements culturels et
les perspectives d’affirmation ?
Pourquoi beaucoup d’Africains ont-ils tendance à perdre les signes de la
culture orale et à abandonner les valeurs de la « communication traditionnelle »
enracinées dans l’héritage culturel, en les considérant comme indicateurs de
sous-développement ? Que faut-il faire pour redonner confiance et valoriser les
systèmes de communication traditionnelle, sans nier les avances de progrès liés
aux médias modernes ? Que signifie rechercher les voies pour une
« communication intégrée » en Afrique subsaharienne ? Faudrait-il un plan ou
projet spécifique adapté au contexte en matière de communication et
développement pour le Burkina Faso ?
Y aurait-il des expériences et projets réalisés dans ce sens, qui intègrent les
mass médias et les technologies de l’information avec la valorisation de la
communication traditionnelle comme de « nouveaux rameaux greffés » sur les
« racines culturelles » ? Quel est l’impact réel sur les populations africaines et
quelles sont les potentialités de développement ? Mais surtout la question clef :
comment serait possible, aujourd’hui, une valorisation de la communication
traditionnelle comme l’« âme » d’un processus symbolique global, étendu aux
mass médias et aux nouveaux médias ?

Pour la méthodologie de la Thèse, nous allons engager alternativement
différentes méthodes, avec une approche théorique et/ou empirique. Nous
prévoyons en particulier : 1) une étude théorique-argumentative de fond sur
l’équité médiatique (après MacBride) ; 2) une analyse qualitative des expériences
20
pratiques – avec observation, recueil de textes, de témoignages, interviews,
transcription – au Burkina Faso et en d’autres pays subsahariens,
particulièrement orientées vers la sauvegarde et la valorisation de la
communication traditionnelle ; 3) une analyse et une interprétation critique des
projets de développement (UNESCO-FAO-PNUD), des réalisations en cours et
de documents ; 4) la construction et l’explication d’un Plan spécifique ad hoc de
communication intégrée pour le Burkina Faso.

5. Paradigme central de référence : modèle interprétatif de Turner

Nous prendrons en considération, comme paradigme central de référence, un
modèle interprétatif puisé dans la pensée et les recherches de Victor Turner en
alternant ses idées sur le processus rituel des tribus africaines, sur celui de la
religion et celui médiatique, pour étudier des thèmes ou scènes possibles et
avancer la proposition d’un Plan de développement intégré entre mass médias,
innovation technologique et communication traditionnelle au Burkina Faso.

L’application de sa métaphore « nouveaux rameaux greffés » sur les « racines
culturelles » s’avère adaptée au « symbolisme rituel » et à « l’anthropologie de la
performance », qui caractérisent l’héritage culturel du pays et peuvent expliquer
toutes les formes d’expressions même d’aujourd’hui. Le modèle de Turner reflète
en effet ses expériences de recherche parmi les populations africaines. Les rituels
des Ndembu, qu’il a largement étudiés, présentent beaucoup d’analogies avec les
aspects culturels de l’Afrique subsaharienne et en particulier du Burkina Faso,
qui sont l’objet de notre travail : c’est le cas par exemple du rite de l’initiation, de
l’utilisation des symboles dans les diverses circonstances de la vie tribale, du
« drame social » exprimé durant les funérailles ou les mariages ou encore,
comme nous l’analyserons, dans les manifestations cathartiques de la « parenté à
plaisanterie ».
Turner, anthropologue écossais né à Glasgow en 1920, est célèbre pour ses
analyses du processus rituel et du symbolisme. A travers des recherches parmi les
populations primitives, il développa des théories sur le rôle du rite dans le
changement qu’il appliquera par la suite aux sociétés modernes. Au cours de ses
campagnes de recherche chez les Ndembu (Zambie actuelle), Turner a
approfondi comment les cultures tribales utilisent les rites de passage pour
marquer des moments clés de la vie de l’individu.

1) De la fonction du rite à l’analyse du processus de la société
La méthode appliquée par Turner part du fonctionnalisme structurel, courant
de pensée qui considère la société comme un système unitaire, harmonieux, dans
lequel les parties fonctionnent indépendamment pour en maintenir l’équilibre
général à travers le consensus et l’ordre social. C’est une approche qui emphatise
donc le consensus entre les groupes sociaux pour rendre insignifiant le conflit
21
dans les relations. La structure sociale est vue comme quelque chose de stable qui
rend possible d’en étudier la morphologie.

Mais Turner poursuit sa recherche en y introduisant une perspective
dynamique avec des analyses de processus, qui concerne d’un côté les « rites de
passage » (naissance, puberté, mariage, mort) et de l’autre les « rites pour la
résolution des conflits ». Elément central est la notion de « drame social », défini
comme « irruption de tensions », un processus social anharmonique ou
disharmonique qui naît dans des situations de conflit.
Il étendra par la suite son parcours à la société moderne, analysant les
différentes formes de « représentations » (théâtre, mass médias, y compris la
fiction populaire) qui selon son jugement, articulent elles aussi en rituel les
processus culturels. Le rite est une « action symbolique », ou bien une séquence
stéréotypée d’actes qui, par des gestes, paroles et objets, se déroulent dans un lieu
isolé pour influencer des entités ou des forces surnaturelles en faveur des
intéressés. Pour Turner, toute la vie du groupe est jalonnée de « drames
sociaux » : soit la société primitive soit la société développée présentent des
déséquilibres structurels. Le drame social est un défi perpétuel à toutes les
aspirations, à la perfection de l’organisation sociale et politique.

2) Le symbolisme rituel renforce les valeurs communes
Le rituel est donc évalué comme un mécanisme de compensation ou de
réparation pour les tensions qui se produisent en des moments prévus ou pour des
conflits improvisés dans la vie sociale. Le rituel est comme une organisation
d’action et d’objets symboliques dans tous les domaines sensoriels (vue, ouïe,
toucher, odorat, goût), accompagnée par la musique, la danse et avec les
interludes de jeu et de divertissement. C’est le cas, déjà cité, de la « parenté à
plaisanterie » au Burkina Faso. Non seulement le symbole est une valeur de base
sociale et religieuse, mais il « transforme » aussi les attitudes et le comportement
humain. Unité minimale du rite exprimé en actes, le symbole peut être un objet,
une activité, une relation entre des événements, des gestes, l’unité d’espace dans
le contexte rituel.
Dans l’ensemble, le « symbolisme rituel » renforce les valeurs communes
d’une société. Il sert à qualifier des œuvres de culture qui ont pour caractéristique
d’être pourvues d’une valeur perçue comme immédiatement expressive : mythes,
rites, croyances.

3) Le rituel dans les sociétés modernes. Anthropologie de la performance
Turner, qui se qualifie savant du symbolisme comparé, distingue entre
symboles instrumentaux (au service du rituel particulier) et symboles dominants
(avec une haute signification autonome). Parmi ses idées principales sont
associées étroitement : la liminalité, la communauté et l’anti-structure. Si pour
lui le rite est une « performance de transformation » qui révèle d’importantes
catégories et contradictions dans les processus culturels, les notions de liminalité
22
et de communauté sont appliquées aussi par une série de phénomènes à la société
moderne. Nous aurons l’opportunité de les rappeler comme références
interprétatives en diverses manifestations de communication culturelle au
Burkina, soit de l’héritage du passé, soit actuelles.
L’anthropologie de la performance examine des phénomènes apparemment
divers comme le théâtre, le sport, le pèlerinage, les concerts musicaux, le
carnaval et les expositions d’art. Pour Turner, toutes ces activités sociales et
culturelles présentent des caractéristiques fonctionnelles dans la société moderne,
sur le modèle des rites tribaux qu’il avait étudiés chez les Ndembu. Dans sa
pensée « le monde est une scène de théâtre » fait d’interactions sociales et plein
d’actes rituels. La vie quotidienne est une sorte de représentation de « drame
social » qui exprime la capacité de communiquer des informations.

Turner parlera de phénomènes liminaux pour les représentations culturelles
citées, le divertissement et les médias, prêts à prendre des aspects mythiques et
sacrés capables de célébrer les pouvoirs de la « transcendance » dans des « lieux
cachés » comme pour les rites de passage tribaux : ex. la salle cinématographique
ou la salle de télévision, bien que le destinataire soit ici un public de masse.
En conclusion, le modèle interprétatif de Turner nous semble adéquat pour
éclairer, par la richesse de ses éléments et analogies culturels, notre étude sur
l’équité médiatique en vue d’un développement de la communication au Burkina
Faso qui intègre les médias modernes et les expressions traditionnelles. La
difficulté de prime abord consiste dans le fait que Turner a étudié la population
Ndembu de la Zambie, tandis que nous, nous devrions appliquer son modèle à 60
ethnies différentes du Burkina. Nous chercherons naturellement à trouver les
points communs à ces différents groupes pour identifier un parcours
d’interprétation pour tous. Dans ce sens, nous nous référons à d’autres auteurs, à
commencer par Lévi-Strauss et Durkheim, et à la théorie sur l’approche « culture
orale-culturelle électronique » de l’Ecole de Toronto et de Ong, qui nous
fournira aussi des éléments utiles à l’explication des objets de cette étude.
Cela devrait montrer combien les « racines culturelles » (tradition, rituel,
symbole) sont les fondements d’une croissance osmotique des « nouveaux
rameaux greffés » (médias et NTIC), appelés à s’intégrer ensemble dans un
processus de développement orienté vers les exigences spécifiques de notre pays.

6. Guide de la lecture

Le texte de cette étude comporte quatre grandes parties, chacune subdivisée en
4 ou 5 chapitres.
23
Dans la première partie, seront approfondis les concepts propédeutiques,
constitutifs et problématiques de l’« équité médiatique ». Nous chercherons à
comprendre l’état du Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la
Communication (NOMIC). Une attention particulière sera accordée à l’analyse
du Rapport MacBride sur les problèmes de l’information dans le monde et aux
applications qui en dérivent. Après quoi, nous aborderons la problématique de la
« fracture numérique », l’écart entre les pays riches et les pays pauvres dans le
domaine de l’information et de l’informatique. Le tout se rapportera ensuite à la
globalisation dans sa réalité complexe avec une référence particulière à la
communication de masse et à l’innovation technologique.
La perspective de fond sera mise en évidence sur la base de certaines études
culturelles, dont les résultats affirment que la communication globale ne contredit
pas absolument, mais au contraire favorise les différences et les identités
culturelles à travers diverses formes d’hybridation. Et cela constituera un aspect
important du travail, parce qu’il devrait consacrer l’approche culturelle comme
leitmotiv. Une telle approche viendra, à son tour, s’associer à la conception du
modèle interprétatif multiforme de Turner des « nouveaux rameaux greffés » sur
les « racines culturelles », du « processus symbolique rituel » et de la
« performance » (tribale, religieuse, et médiatique).
La seconde partie est consacrée au recueil des expériences et témoignages
privilégiés en Afrique subsaharienne et en particulier sur le terrain au Burkina
Faso. On essayera d’éclairer le sens et la tradition de la littérature culturelle des
Moose pour les buts de communication, définis Bendrologie (du Bendre =
instrument à percussion parlant). Nous aurons l’honneur d’écouter les
expériences locales à travers le témoignage de Maître Titinga Pacéré, initiateur et
codificateur de l’étude de cette forme expressive de communication, qu’il appelle
« science du langage des tam-tams et des masques ». Cette forme de
communication traditionnelle sera analysée suivant l’interprétation turnerienne
d’un « symbolisme rituel ».
L’expérience du GRAAP (Groupe de Recheche et d’Appui pour
l’Autopromotion des Populations) sera ensuite analysée : fonctions, activités,
analyse des expériences dans l’utilisation des instruments de communication
traditionnels pour le développement autochtone des paysans au Burkina Faso.
Les expériences de cette méthode participative, qui s’effectue avec des « séries
éducatives », seront enrichies du témoignage du directeur de l’institution.
On verra ensuite l’expérience du FESPACO (Festival Panafricain du Cinéma
et de la télévision de Ouagadougou) concernant l’intégration de la culture et de la
tradition orale africaine à la culture cinématographique (audiovisuelle) avec les
nouvelles technologies. L’interview de Clément Tapsoba, journaliste critique du
FESPACO, intégrera les analyses. En particulier, on soulignera la recherche
d’une valorisation de la tradition orale avec le cinéma qui s’intègre bien dans le
24
paradigme de Turner des « nouveaux rameaux greffés » sur les « racines
culturelles ».

Le dernier chapitre de cette partie sera destiné à l’étude de l’expérience de
l’Atelier Théâtre Burkinabé (ATB), basée sur le théâtre-forum pour le
développement qui permet la participation active des spectateurs, partant de la
théorie du « théâtre de l’opprimé » l’Augusto Boal. Un instrument de valorisation
des performances traditionnelles pour la sensibilisation et l’éducation des
populations aux problèmes sociaux : rôle et fonction, analyse de l’expérience,
témoignage de Prosper Kompaoré, fondateur et directeur de l’ATB, seront les
points saillants de notre réflexion.
Pour ce qui regarde la troisième partie, elle offrira une analyse critique -
interprétative des projets de développement. Nous commencerons avec le projet
réalisé par la FAO, « Connaissance et information sur la sécurité alimentaire en
Afrique : des médias traditionnels à Internet », qui comporte un interview de
Jean-Pierre Ilboudo, spécialiste coordinateur du service FAO en la matière ;
ensuite un espace sera réservé à l’initiative de l’UNESCO en cours : « Le projet
intégrant nouvelles technologies de l’information et communication
traditionnelle » par la création des Centres Multimédia Communautaires en
Afrique. A cet effet, l’action en faveur de l’équité médiatique dans le Tiers
monde a comme protagonistes, en Afrique subsaharienne, les CMC qui
répondent à la dimension de la « communitas » dans la théorie de Turner :
Banikoara (Bénin), Koutiala (Mali), Dassasgho (Burkina Faso). Le projet que
nous allons étudier aboutit à la Division du développement de la communication
UNESCO dont Stella Hughes, qui nous a accordé sa précieuse interview, est
coordinatrice principale.
Enfin, la quatrième partie de notre étude sera entièrement consacrée à notre
proposition spécifique de Plan opérationnel de développement de la
communication pour le Burkina Faso. Il partira d’une reconnaissance de la
situation des technologies de l’information et de la communication dans le pays :
presse, radio, télévision, Internet, cadre juridique et institutionnel. Mais une étude
plus approfondie sera réservée à la communication traditionnelle dans ses
diverses formes ; le tout encore à la lumière du modèle interprétatif de Turner
qui, à notre avis, semble particulièrement adapté aux exigences et aux divers
aspects analysés dans cette étude. A ce niveau également, le recueil des
témoignages des anciens sur la culture traditionnelle dans les villages cherchera à
donner de manière anthropologiquement vive les bases d’une proposition de Plan
pour le Burkina Faso, qui en fasse ressortir les « racines culturelles » intégrant
communication traditionnelle, mass médias et nouvelles technologies en vue d’un
progrès communautaire fondé sur la conscience identitaire.
25
Première partie


ÉQUITÉ MÉDIATIQUE POUR L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Préliminaire

L’histoire de l’humanité est marquée par des évènements-clefs qui fondent son
passé, son présent et son futur. Ainsi, l’explosion de la communication constitue
l’un des plus spectaculaires. Les transformations dans ce domaine vont désormais
influencer les rapports entre les nations et les peuples. Toutefois, si la révolution
de la communication semble constituer un avantage considérable pour tous, de
grandes disparités sont constatées çà et là qui divisent la société en info-riches et
info-pauvres. Cette situation demeure un défi pour la communauté internationale
aussi bien que les pays en développement.

Dans ce contexte, cette première partie de notre étude nous amènera à
réfléchir sur l’Equité médiatique pour l’Afrique subsaharienne. Sur ce thème,
nous développerons dans un premier temps les relations internationales de la
Seconde Guerre mondiale à nos jours ; deuxièmement, nous verrons en quoi
consiste l’enjeu du Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la
Communication appelé couramment NOMIC ; puis en troisième lieu nous
aborderons le sujet problématique de la fracture numérique, le rapport entre Nord
et Sud dans le domaine des technologies de l’information et de la
communication (TIC); quatrièmement nous étudierons le phénomène de la
mondialisation et la société de l’information, pour identifier la place de l’Afrique
au sud du Sahara et enfin, dans le cinquième point nous parlerons de
l’anthropologie culturelle de la communication à partir du modèle interprétatif de
Turner sur la culture africaine, en rapport avec la situation au Burkina Faso,
objet spécifique de notre étude.














27
Chapitre 1
RELATIONS INTERNATIONALES


Pour mieux comprendre l’enjeu de la communication moderne, il est
important de faire un rapprochement avec la discipline des relations
internationales et spécialement de la communication pour le développement. Les
erelations internationales remontent à l’antiquité et au sens plus classique au XVI
siècle quand l’Etat moderne apparaît. Les pères de cette discipline sont entre
autres Grotius, Hobbes, Machiavel et beaucoup d’autres ; le terme
« international », qui signifie « entre les nations », apparaît sous la plume d’un
ejuriste anglais, John Bentham, à la fin du XVIII siècle au lendemain de la
Première Guerre mondiale.
En 1945, le monde sortait de la guerre la plus meurtrière de l’histoire de
l’humanité pour entrer dans une nouvelle période fertile en événements et en
bouleversements de tous ordres aujourd’hui. Plus de cinquante ans après la
capitulation des puissances de l’Axe qui avaient prétendu instaurer un ordre
nouveau fondé sur la dictature, l’asservissement et l’exploitation des peuples, de
enouveaux problèmes se posent. Au seuil du XXI siècle, ils suscitent
interrogations et angoisses dans un monde marqué par l’accélération de l’histoire
et par de perpétuelles remises en cause.
eL’étude des relations internationales au XX siècle impose de distinguer quatre
périodes : la première s’étend jusqu’à la Première Guerre mondiale ; la deuxième
débute avec le Traité de Versailles et s’achève avec la Seconde Guerre mondiale ;
la troisième correspond à la guerre froide ; et la quatrième, au monde
contemporain de l’après-guerre froide. Notre étude s’intéressera aux relations
internationales d’après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours.

1. De la conférence de Yalta (1945) à la guerre du Vietnam (1965)

1.1. La formation des blocs

La Seconde Guerre mondiale se termine le 8 mai 1945 sur le Continent
européen et le 14 août en Extrême-Orient après le lancement des bombes
atomiques sur le Japon (Hiroshima, Nagasaki, 6 et 9 août 1945). La fin du second
conflit mondial marque en particulier l’arrivée de deux nouvelles puissances
devenant les « supergrands », les Etats-Unis et l’Union Soviétique. La conférence
de Yalta (1945) est la référence d’un système mondial dominé par les deux
susdits grands Etats.
L’Organisation des Nations Unies (ONU) est créée à la Conférence de San
Francisco (23 avril-25 juin 1945). Déjà précédemment à la conférence de
Brettons Woods (juillet 1944) les Alliées avaient adopté les statuts du Fonds
Monétaire International (FMI). Au même moment l’emprise communiste devient
de plus en plus forte. Churchill dénonce la mainmise soviétique sur les Etats
29
d’Europe centrale et orientale. Ainsi, naissent deux zones d’influence
matérialisées en Europe et dans le monde : d’un côté l’Amérique et ses alliés, de
l’autre l’Union Soviétique et les Etats socialistes.
En juin 1947, le Plan Marshall a pour but d’aider économiquement et
financièrement seize pays d’Europe, de reconstruire cette Europe face à l’Union
Soviétique et d’ouvrir de nouveaux débouchés à l’économie des Etats-Unis.
L’Union Soviétique et ses pays satellites rejettent ce plan. De la division de
l’Europe émergent deux blocs : l’échec des conférences de Moscou et de Londres
en 1947 marque le début de la guerre froide. A l’instar des relations sociales, les
relations internationales peuvent être caractérisées par deux types essentiels : des
relations d’interaction et des relations d’interdépendance. Les premières sont
telles que la modification du comportement d’un acteur entraîne la modification
de l’ensemble de la relation. Et pourtant, cette « bipolarisation » n’exclut pas une
certaine diversité liée, d’abord, à l’évolution interne de chacun des blocs : au sein
du monde occidental, se construit progressivement une Europe communautaire,
baptisée Union Européenne depuis 1993, à la recherche encore aujourd’hui d’une
unité problématique ; au sein du monde communiste, la rupture entre Moscou et
Pékin au début des années 60 a sonné le glas du vieux rêve d’internationalisme
prolétarien ; la Chine établit ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis et
veut s’affirmer comme un modèle pour les autres pays sous-développés.

1.2. La guerre froide et l’indépendance des nouveaux pays

La guerre froide est l’affrontement militaire, idéologique et économique que
se livrent les deux blocs de 1947 à 1953, sans en arriver cependant au conflit
armé direct.
Par la force, l’Union Soviétique impose aux populations des pays occupés par
l’Armée rouge ses conceptions idéologiques, économiques et sociales. Les Etats-
Unis et les pays occidentaux se sentent menacés. C’est pendant la formation des
blocs qu’a été adoptée, le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des
Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme.
La fausse détente : au cours de cette période la guerre froide évolue vers une
sorte de stabilisation. Après la mort de Staline (mars 1953), l’arrivée au pouvoir
de Khrouchtchev est synonyme de détente, de « coexistence pacifique ». Pendant
cette période a lieu un événement considérable : en avril 1955, la conférence de
Bandoeng (en Indonésie), qui regroupe 24 pays d’Afrique et d’Asie, marque
l’entrée du Tiers-monde sur la scène politique internationale.
Cette époque est celle de nombre d’indépendances de pays africains, dont par
exemple en 1958 celles de onze pays d’Afrique noire. C’est celle de la création de
l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) en 1960 et de la
première conférence des pays non alignés (Belgrade septembre 1961).

30
2. De la guerre du Vietnam à la détente (1965-1989)

Les rivalités vont continuer entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique ; il faut
attendre 1985 pour qu’une véritable détente voie le jour entre les supergrands.
Pendant cette période, les guerres sont nombreuses (israélo-arabe, Vietnam), etc.
Cette période est aussi celle du non-alignement, avec le Sommet d’Alger, qui sera
synonyme de volonté d’indépendance politique, économique et culturelle. Mais,
comme le dit Mohammadi, la décolonisation n’a pas apporté forcément la justice
et la paix et demeure encore un défi de notre temps.
Sur le plan économique, il y a la tentative de la CNUCED Conférence des
ereNations Unies pour le Commerce et le Développement (1 conférence en mars à
e e eGenève, 2 à New Delhi en 1968, 3 à Santiago du Chili en 1972, 4 à Nairobi en
1976) de créer un statut international des matières premières pour stabiliser les
cours et annuler la dette des pays les moins avancés. D'autre part, l’Assemblée
générale des Nations Unies adopte en mai 1974 une déclaration sur l’instauration
d’un Nouvel Ordre Economique International (NOEI), qui propose de nouveaux
rapports Nord/Sud. Cette déclaration échouera elle aussi. A tout cela il faut
ajouter la crise du système monétaire international.
En août 1971, les Etats-Unis décident de mettre fin à la convertibilité du dollar
en or et à l’étalon de change or. C’est le désordre monétaire, puisque le dollar
peut désormais flotter, ce qui amènera le Conseil européen en décembre 1978 à
créer son propre système devant contribuer à une stabilité monétaire européenne.
C’est aussi l’époque de la crise pétrolière. La volonté d’émancipation
économique des pays du Tiers monde s’est manifestée par la création, au début
des années 60, de l’OPEP, qui a été à l’origine du premier choc pétrolier en 1973,
et par l’exigence qu’ils ont manifestée de voir s’instaurer un nouvel ordre
économique international moins défavorable aux intérêts des pays pauvres.
En octobre 1973, six pays producteurs de pétrole font passer le baril de 3 à 5
dollars et, en décembre, à 11 dollars, soit un quadruplement du prix, ce qui
entraîne inflation, ralentissement de l’activité économique et chômage dans de
nombreux pays. Un second choc pétrolier se produit lorsque l’Iran en 1976
diminue ses livraisons à l’étranger : en juin le baril est à 18 dollars, en 1981 il
sera à 34 dollars. A partir de mars 1985, date de l’arrivée au pouvoir à Moscou de
Gorbatchev, un processus de détente se met en route.

31
3. De la chute du mur de Berlin à l’après « Tours jumelles » (1989-2002)

Les régimes communistes s’effondrent en RDA, Tchécoslovaquie, Bulgarie,
Hongrie, Roumanie, Pologne : c’est la révolution des peuples en 1989, des
élections libres sont organisées. En septembre 1990, un traité rétablit l’Allemagne
unie dans sa pleine souveraineté. Cette détente Est/Ouest contribue à des
avancées vers le désarmement, à l’avènement d’une sécurité européenne, à
l’accueil des pays de l’Est au sein du Conseil de l’Europe. Il y aura aussi le
génocide au Rwanda (avril à juillet 1994), devant lequel la communauté
internationale restera impuissante. L’Inde et le Pakistan en 2002 cherchent à
éviter le pire au Cachemire.
Après les attentats du 11 septembre 2001, attentats revendiqués par le réseau
Al-Qaida et son chef, Oussama Ben Laden, les Etats-Unis mettent en place une
nouvelle alliance avec la Russie. Une déclaration signée à Moscou le 24 mai 2002
organise cette « nouvelle stratégie » : relever ensemble les défis globaux, aider à
résoudre les conflits régionaux, continuer à coopérer dans le combat contre le
terrorisme et, à ce même titre, établir un nouveau partenariat pour développer les
ressources énergétiques de la Russie et de la région de la Caspienne, donner la
« priorité haute » à l’admission de la Russie dans l’OMC. Au niveau de l’OTAN,
le 15 mai 2002 ; a été décidée la création d’un « Conseil OTAN-Russie ». Des
sujets pourront faire l’objet de consultations voire d’une coopération : lutte contre
le terrorisme, gestion des crises, non-prolifération des armes de destruction
massive.
Les attentats du 11 septembre ont entraîné un unilatéralisme militaire plus
important des Etats-Unis, unilatéralisme également pénal, écologique et
commercial conduit par l’administration Bush. Celle-ci « déclare la guerre au
terrorisme ».

e3.1. Défis des relations internationales du XX siècle

La vieille critique le système international productiviste autodestructeur qui
nous dépasse par sa complexité, sa technicité, sa rapidité. Il propose au contraire
une communauté mondiale humainement viable. Cela signifie contrôler les
moyens, c’est-à-dire la techno-science et le marché mondial. La liberté de la
recherche scientifique s’arrête quand elle menace la dignité des personnes ou
devant la nécessité de sauvegarder l’humanité et le monde vivant. Les activités de
la techno-science doivent s’inscrire dans un contrat social au service de la société,
l’effort de recherche doit être réorienté en fonction des priorités actuelles de
l’humanité. Le marché doit être remis à sa place, tout n’est pas à vendre. On doit
respecter les fins et agir pour consacrer et développer les droits humains : liberté,
égalité, solidarité.
Il serait nécessaire de construire des sociétés humaines à travers des moyens
démocratiques, justes, écologiques et pacifiques. Pour ce qui est de la démocratie,
la gouvernabilité de la terre veut dire à la fois une nouvelle relation entre Etats et
32
sociétés civiles et une nouvelle relation entre Nord et Sud. Tel est le défi global
devant lequel se trouvent les personnes, les peuples et l’humanité. L’auteur va
plus loin en proposant quelques moyens de démocratisation au niveau des acteurs
importants : démocratiser le Conseil de sécurité, faisant une place importante aux
pays du Sud en tant que membres permanents. Etablir un véritable
fonctionnement démocratique du FMI et de la Banque mondiale, en accordant un
droit de saisie des ONG dans les institutions financières internationales ; créer de
nouvelles institutions qui gèrent les fonds, issus en particulier des taxations des
transactions de change, où seront pleinement représentés les pays du Sud.
Par rapport à la communication, il faut soustraire l’information à l’emprise des
grands groupes industriels et financiers. L’information n’est pas une marchandise,
mais devrait être un moyen au service du débat démocratique, d’où l’importance,
aussi au niveau international, de permettre juridiquement aux journalistes d’avoir
la responsabilité exclusive de l’information, et l’importance à donner aux
populations qui le veulent les moyens de se former aux nouvelles technologies.
Ce souci du rôle de l’information dans les relations internationales fera naître les
débats des années 80 par rapport à l’institution du NOMIC.
Il y a près d’un demi-siècle, l’ONU décidait que le développement
économique et social des pays du Tiers monde serait l’une de ses principales
préoccupations. Ex : la Communauté Economique pour l’Afrique (CEA) ; cette
institution a été créée sous l’influence du paradigme de la dépendance et aussi
par le fait qu’un nouvel ordre de l’économie ne pourra se faire ou se réaliser sans
l’établissement d’un nouvel ordre de l’information et de la communication. Ainsi,
les instances de la communication internationale étaient devenues un lieu de
véritable bataille entre les deux mondes, à savoir le Premier monde et le Tiers
monde, s’accusant mutuellement sur la libre circulation de l’information. Cette
situation avait suscité des controverses concernant l’établissement du NOMIC.

4.Les pays du Sud face au reste du monde : particularité des problèmes

Les nations qui venaient d’accéder à l’indépendance étaient unies pour les
mêmes préoccupations économiques. Deux structures leur permirent de faire
entendre leurs revendications, l’Assemblée générale des Nations Unies et le
Mouvement des Non-Alignés (MNA)
L’expression « Tiers monde » vit le jour en 1950, puis fut remplacée à partir
des années 1980 par l’expression « pays du Sud ». Ces pays ont d’ailleurs éclaté
en trois groupes nouveaux : pays industrialisés, pays intermédiaires et pays les
moins avancés. Aujourd’hui nombreuses sont les inégalités sur notre planète et
nombreux les obstacles dans la lutte pour les égalités. Le Sommet mondial de
Copenhague sur le développement social (mars 1995) a fixé dans une déclaration
divers objectifs qu’on est loin d’avoir atteints. La Déclaration de Millénaire des
chefs d’Etat et de gouvernement (2000) a, de son côté, demandé que d’ici 2015 la
proportion des personnes avec un revenu inférieur à un dollar par jour soit réduite
de moitié. Les écarts sont pourtant de plus en plus importants : l’écart entre le
33
revenu moyen dans les vingt pays les plus riches et celui dans les vingt les plus
pauvres était en 1960 de 1 à 13, en 2000 il s’est accentué de 1 à 37. On évoque
souvent à juste titre la corruption des dirigeants de ces pays du Sud et
l’importance des budgets militaires au détriment des besoins vitaux des
populations. Lavieille propose deux moyens globaux à mettre en œuvre pour
l’ensemble des pays et des populations : 1) subordonner le libre-échange aux
considérations sanitaires, environnementales, sociales et éducatives ; 2) créer un
revenu minimum d’existence.
Le système international comme ensemble structuré de relations entre certains
acteurs n’est pas immuable. Robert Gilpin distingue ainsi trois types de
changement dans les relations internationales : premièrement, le changement de
système lié à la croissance, la transformation et l’émergence de nouveaux acteurs
(empires, cités, Etats, etc.) ; deuxièmement, le changement systématique qui
affecte la forme de contrôle ou de « gouvernance » d’un système international ;
troisièmement, le changement d’interactions qui touche les relations entre les
entités d’un système international donné. En réalité, ces trois types de
changement sont le plus souvent mêlés : les acteurs, leurs relations et le mode
dominant de « régulation » forment un tout.
Les relations internationales analysent les structures et les fonctions de chaque
acteur du système international. Aux acteurs traditionnels que sont les Etats se
sont ajoutées à partir de 1945 les organisations non gouvernementales, enfin nous
ajouterons à cette série d’acteurs la techno-science, à travers ses réseaux
internationaux, ses laboratoires, et aussi le marché mondial à travers les firmes
multinationales, ses marchés financiers. Dans ce cadre, les relations
internationales consistent à étudier les aspects politiques de la société
internationale, mais aussi les aspects sociaux, culturels, stratégiques,
économiques, écologiques de cette société internationale. Elle englobe le passé, le
présent et l’avenir. Il s’agit de nouer ou de renouer un dialogue entre l’expérience
du passé, les défis du présent et l’horizon de responsabilité qu’est l’avenir.
L’ouverture des sociétés et des économies contribua tout d’abord à élargir le
cadre classique des relations internationales. Celles-ci avaient été envisagées à
partir de la prééminence de l’Etat. La sphère politique dominait les sphères
économiques et financières, le maillage de plus en plus serré des réseaux
d’information et de communication ou encore l’amélioration des moyens de
transport furent les manifestations les plus évidentes du développement des
relations transfrontalières, qui tendaient à échapper au contrôle des Etats. A côté
des relations inter-Etatiques, se développèrent donc des relations transnationales
qui échappaient au contrôle des Etats.
Roche relève que, dans un ouvrage de droit international publié en 1963,
René-Jean Dupuy distinguait ainsi la société internationale relationnelle et la
société internationale institutionnelle. La société relationnelle est la société des
Etats en relations constantes les uns avec les autres par l’intermédiaire d’un droit
volontariste coordonnant leurs intérêts et leurs objectifs. La société
institutionnelle est pour sa part l’univers de la transnationalité, où des organes
supranationaux se superposent aux autorités étatiques préexistantes.

34
5. La communication internationale et sa complexité croissante

La communication internationale est liée aux relations internationales,
initialement par rapport aux Etats, au flux transnational des informations, aux
accords pour la couverture des nouvelles dans les diverses parties du monde. Son
champ est complexe et s’est développé rapidement à l’intérieur des études de la
communication. Elle a pris une forme caractéristique à partir de la Seconde
Guerre mondiale et de la guerre froide, puis a été développée dans les temps
modernes par l’Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la
Culture (UNESCO), qui œuvre dans le but de maintenir un équilibre entre les
Etats du monde. La communication internationale est absolument nécessaire, afin
que les petits pays comme certains de l’Afrique subsaharienne ne soient pas
isolés des autres malgré les disparités entre le Premier monde et le Tiers monde.
Traditionnellement la communication internationale est en rapport aussi avec
la communication pour le développement et la demande d’un Nouvel Ordre
économique mondial. Le concept d’ordre mondial comprend les règles et les
normes qui régularisent la coopération économique internationale. Mais selon
MacBride, le rôle de la communication dans les relations internationales est
également important, pour ne pas dire vital ; puisqu’il dépend d’elle que l’opinion
internationale prenne pleinement conscience des problèmes qui menacent la
survie même de l’humanité et dont la solution ne peut être trouvée sans
concertation et coopération entre les pays : faim, misère, analphabétisme,
racisme, chômage, injustice économique, accroissement de la population,
destruction de l’environnement, discrimination à l’égard des femmes.
Historiquement on distingue « trois périodes » importantes dans l’évolution de
la communication internationale : 1835-1932 période des inventions
technologiques et conventions internationales ; 1933-1969 période de la
propagande politique et de la guerre froide ; 1970-1989 période des oppositions
pays riches pays pauvres et de la complexité de l’information. Après ces trois
périodes d’évolution, les relations internationales ouvrent en leur sein l’espace à
la mondialisation et à la globalisation, avec de nouveaux espaces de flux et
contre-flux de la communication globale.
5.1. Inventions technologiques et conventions : 1835-1932

Dans cette première période, la communication internationale comportait des
problèmes à résoudre par rapport aux connexions à partir du télégraphe et aux
tarifs. Ces problèmes s’adressaient premièrement au contexte européen ;
l’Amérique du Nord n’avait pas trop de difficultés analogues et pouvait compter
sur une langue commune ; tandis que certains pays étaient technologiquement en
retard. Le gouvernement impérial britannique de l’époque contrôlait le
développement des nouvelles technologies de la communication internationale en
Europe et hors de l’Europe y compris en Amérique. Trois technologies majeures
35
étaient établies : la télégraphie en 1837, la téléphonie en 1871, la radiotélégraphie
sans fil en 1895. Les premières « transnationales » commencent à émerger
comme la compagnie Marconi et celle de Thomson.
Des problèmes liés à l’utilisation du télégraphe surgirent, d’où la nécessité
d’un accord sur les tarifs internationaux et l’établissement d’un code. En 1865
Napoléon III convoque une conférence à Paris pour atténuer les différents entre
deux groupes de télégraphie. D’autres pays participèrent à cette conférence
internationale. Le télégraphe sous-marin se développa au même moment.
Métropoles et colonies reconnurent très vite la valeur du télégraphe, devenu
moyen de centralisation et de contrôle du pouvoir. Avec la télégraphie les grands
pays européens contrôlaient les destins de plusieurs colonies.
Guglielmo Marconi inventa la télégraphie sans fil ou radiotélégraphie en
1895, comme fondement de la radiodiffusion. En 1896 il porta son idée en
Grande-Bretagne où il obtint le brevet. Il établit la compagnie de radio
télégraphie « Marconi », qui diffusait les applications de son invention dans le
monde. En 1906, une autre Conférence établit les principes que le « spectre des
ondes électromagnétiques pouvait être divisé en bandes réservées pour des
services particuliers ». Elle adopta aussi : le « SOS » comme un appel de détresse
internationale, les fréquences réservées au service ; l’interdiction des
interférences ; l’enregistrement des fréquences. Les points d’issues de la
régulation se basaient sur des intérêts nationaux (concertation du pouvoir,
question du privé, fixation des tarifs).
La communication internationale s’achemina ensuite vers une nouvelle
orientation des rapports entre les Etats. Les Etats-Unis adoptèrent
l’« isolationnisme », préférant être concernés par d’autres problèmes. La
Révolution bolchevique (1917) affecta non seulement le futur de la Russie, mais
aussi le reste du monde. Cependant, la coopération se développa lors des
conférences internationales ainsi qu’à travers des conventions. A cette époque,
commença également à s’amorcer la « propagande » qui s’imposera surtout dans
la période suivante ; durant la Première Guerre mondiale (1915-1918), la
propagande était déjà utilisée contre l’ennemi pour obtenir la sympathie de sa
population.
Pour ce qui est de la régulation internationale en matière technique d’entre
deux guerres les pays tentaient de travailler ensemble : l’Union Internationale du
Télégraphe constitue la source de la coopération. La Conférence de Madrid en
1932 créa l’Union Internationale des Télécommunications (UIT).

5.2. Propagande politique et guerre froide (1933-1969)

a) De la propagande politique à l’Organisation des Nations unies (ONU)
Dans cette période la communication internationale est vue comme une
menace et un danger, car le monde sait l’énorme influence de la propagande. En
1922, Mussolini introduit le « fascisme » en Italie ; dix ans plus tard (1933) Hitler
inaugure le « national-socialisme » comme pouvoir absolu en Allemagne. Il
36
nomme Joseph Goebbels ministre de la propagande, et celui-ci émet en 1940 une
radio clandestine du Rash Nazi Germanie. Après la Seconde Guerre mondiale
commencent les confrontations entre les USA autoproclamés « leader du monde
libre » et l’Union Soviétique. Certains événements particuliers accroissent les
tensions : le coup d’Etat communiste en Tchécoslovaquie en 1948, le bloc
soviétique à Berlin Est, la formation de l’OTAN en 1949, la guerre de Corée en
1950. Les empires européens commencent à s’effondrer en Asie et en Afrique.
Entre-temps, à la suite de la naissance de l’Organisation des Nations unies
(ONU) en 1945, l’abus de la violence est condamné et l’asservissement des droits
de l’homme dénoncé. L’ONU tente de promouvoir la paix dans le monde.
Quelle était la substance fondamentale du Nouvel Ordre mis en place après la
guerre ? Comment a-t-il évolué sur le plan de l’économie et de la sécurité ? Dès
1945 des dispositions par rapport à certains projets sont par la suite modifiées
parce que ni les Nations unies ni les accords de Brettons Woods n’ont pu
répondre aux attentes. Sur le plan de la sécurité, les accords de la sécurité
collective universelle se sont transformés en des accords de sécurité des blocs ; le
fonctionnement effectif d’un système de sécurité dépend, outre de la « dissuasion
atomique », surtout de la collaboration entre grandes puissances. Le système
international se trouve incapable de fonctionner, l’évolution de la politique
internationale à la fin des années quarante a montré que l’Organisation des
Nations unies assume le second rôle et par conséquent les gens intéressés par la
sécurité internationale se tournent vers d’autres formes d’institutions.
Les institutions du nouvel ordre économique sont le Fonds Monétaire
International (FMI), la Banque mondiale et plus tard l’Accord Général sur les
Tarifs et le Commerce (GATT). Ces institutions doivent travailler à la promotion
de la reprise après-guerre et à l’extension des échanges, du commerce et du
capital dans l’économie internationale. La stabilité du système des échanges et du
paiement et la capacité de l’économie, brisée par la guerre, dépendent de manière
cruciale du dollar américain ; les USA jouissent d’une économie dominante et
cela accroît leur puissance géopolitique. Mais le Nouvel Ordre économique
international ne peut se réaliser qu’à travers une réelle reprise économique. A ce
propos Biffot considère que les commissions régionales et institutionnelles de
l’ONU sont une « manifestation de la régionalisation de la coopération
économique et sociale internationale », c’est-à-dire un « instrument de
décentralisation et de concertation régionale ».

b) Le mouvement des Non-Alignés : la Conférence de Bandung
L’avènement du Tiers monde comme une différenciation ultérieure entre
l’Occident et le Bloc soviétique a été un élément crucial de compromissions intra-
système au sein du monde. En vue d’une politique commune favorable au
« développement » des pays afro-asiatiques, les gouvernements de la Birmanie,
de Ceylan, de l’Inde, de l’Indonésie et du Pakistan convoquèrent pour les 18-24
avril 1955 à Bandung en Indonésie une Conférence internationale qui marque le
début du « Mouvement des Non-Alignés ». Cette initiative comporte une
37
revendication collective des pays du Tiers-monde dans le domaine politique
(décolonisation) et dans celui du « développement ». La majeure partie des
exigences qui ont été formulées seront constamment reprises par les résolutions
de l’ONU et acceptées progressivement.
Dix principes ont conclu le communiqué final de Bandung, en ne s’éloignant
pas trop des droits internationaux existants ni des dispositions de la Charte des
Nations unies : 1) le respect des droits humains ; 2) le respect de la souveraineté
et de l’intégrité territoriale des pays ; 3) l’égalité des races et des nations ; 4) le
principe de non-intervention dans les affaires internes ; 5) le droit de défense
nationale et collective ; 6) l’abstention d’actes de menace, d’agression ou de
l’usage de la force ; 7) la solution pacifique des controverses ; 8) la coopération
internationale fondée sur les intérêts réciproques ; 9) le respect de la justice et des
obligations internationales ; 10) le « refus de recourir à des accords de défense
collective destinée à servir les intérêts particuliers des grandes puissances » (qui
fonde la doctrine du non-alignement).
Par rapport au « développement » la Conférence de Bandung se situe au
niveau de la coopération économique, avec des recommandations qui visent à une
réciprocité d’action et de reconnaissance dans le système économique
international.
Le « développement », devrait se réaliser dans une perspective d’intégration
dans l’économie mondiale.
L’essentiel est que le « développement » est une affaire proprement
économique, qui passe par la production et l’accumulation, et est fondé sur les
investissements privés et sur l’aide extérieure. On envisage la création d’un
certain nombre d’institutions ou de nouvelles lignes politiques : l’ONU crée en
1958 le Fonds spécial des Nations unies pour le développement économique ; la
Banque mondiale consacre progressivement ses ressources aux pays du Tiers
monde et crée en 1956 la Société Financière Internationale pour favoriser les
investissements privés ; enfin des banques régionales de développement seront
créées pour l’Afrique en 1964 et pour l’Asie en 1966. La stabilisation des prix des
matières premières et la résolution des problèmes de transports feront partie des
devoirs des institutions de la Conférence des Nations unies pour le Commerce et
le Développement (CNUCED) en 1964. Dans le Nouvel Ordre économique
international, on fait allusion au terme « autonomie collective », qui deviendra
plus tard la « coopération Sud-Sud ». Un rôle particulier est attribué au pétrole
dans l‘élaboration d’une politique commune ; d’où la création de l’OPEP, qui
joua un rôle particulier dans les conflits israélo-égyptiens en octobre 1973.
La Conférence de Bandung est restée dans la mémoire collective comme le
point de départ des revendications du Tiers monde, et comme l’affirmation d’une
volonté commune des pays du Sud de prendre leur distance par rapport aux
grandes puissances. Dans ce sens, le « développement » est considéré comme une
nécessité universelle, un objectif à atteindre à travers un effort économique,
stimulé par des capitaux extérieurs et par la mise en œuvre de la technologie
moderne avec « la création d’institutions flexibles et de diverses technologies ».
38
Sur le plan du « développement », la principale contribution de la Conférence
de Bandung a été de hâter l’avènement des nouvelles institutions, de promouvoir
le modèle de « développement » proposé par les Etats industriels et en particulier
par les Etats-Unis. La décolonisation après la guerre a exercé des effets de
fragmentation.

5.3. Négociations, oppositions pays riches/pays pauvres et complexité de
l’information : (1970- aujourd’hui)

Plusieurs motifs permettent de voir le début des années soixante-dix comme
eun des moments significatifs du XX siècle, car à cette période on assiste à la fin
de l’âge d’or de la croissance économique d’après-guerre, suivi d’une
augmentation du chômage, des problèmes d’environnement et d’un moment de
détente dans la politique entre les superpuissances. Les grands changements de
l’économie et de la sécurité internationale sont assez élaborés.

a) L’économie et la sécurité internationale
Il y a un lien évident entre la « sécurité alimentaire » et la « sécurité
internationale ». Cela implique une fois de plus la nécessité de la confrontation
entre les théories d’orientation politique, selon lesquelles l’économie est une
fonction de l’ordre politique dominante, et les théories d’orientation économique,
eselon lesquelles la seconde partie du XX siècle a connu des mutations profondes
et autonomes dans les organisations économiques. La mutation la plus marquante
sur le plan de la sécurité consiste à abandonner des positions opposées pour
embrasser la négociation : une caractéristique qui a favorisé l’apaisement des
tensions entre les puissances dans les premiers temps des années soixante-dix.
Clark relève l’importance et la nécessité d’une « collaboration étroite entre les
Etats pour un meilleur fonctionnement du service de la sécurité ».
L’ère de la négociation a été caractérisée par un dialogue formalisé entre les
puissances, par exemple avec le Traité pour la Limitation des Armes Stratégiques
(TLAS) et la Conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE),
bien que plusieurs de ces accords n’aient pas toujours été respectés. Durant cette
période de négociation, deux dynamiques se sont étroitement liées : la
formalisation des rapports entre les superpuissances et le monitorage à but
défensif des relations internes. Au début des années soixante-dix, l’économie
internationale a dû affronter des problèmes de baisse de la croissance,
d’instabilité monétaire et de tarifs d’échange, de chômage, de retour au
protectionnisme et d’accès aux matières premières.

b) L’émergence de la globalisation
La mondialisation admet l’élaboration d’un ordre politique capable de
favoriser un type déterminé d’activité économique et la promotion de formes
déterminées d’organisation économique. Dans le cas des USA, la théorie du
marché libre soutient que la prédominance américaine après la guerre a donné vie
39
à un espace économique favorable à la formation de modes de production
transnationale et à la mobilité des capitaux. Les principaux indicateurs de la
globalisation économique seraient donc dus aux effets spécifiques des politiques
poursuivies par les Etats-Unis. L’idée principale de cette théorie, selon Andrew
Walter, est l’adaptation de la pensée d’Adam Smith au contexte international.
L’« hégémonie dans un système international serait l’équivalent fonctionnel du
gouvernement national », en constituait « le moyen à travers lequel s’établissent
et se maintiennent les préconditions politiques minimales pour un ordre
économique mondial ouvert ».
Toutefois l’analyse de la globalisation peut se faire dans des cadres
interprétatifs différents : premièrement, le déclin de la puissance américaine est
dû aux coûts pour la conservation de l’hégémonie et de l’expansion impérialiste,
en second lieu, le déclin est dû aux mutations du pouvoir international provoqué
par le développement de l’interdépendance : un autre point de vue soutient de
manière pertinente que, malgré le rôle joué par les USA dans la création de
conditions favorables à une économie mondiale transnationale, cette dernière a
progressivement développé une autonomie de manière à pouvoir survivre aussi
sans le leadership américain : d’autres observateurs font remarquer que, malgré
les voix alarmantes, l’expérience des années soixante-dix a démontré que chaque
tentative de retourner à une gestion économique sur les bases nationales est un
obstacle au progrès. L’instabilité des années soixante-dix était due à certains
facteurs, comme l’évolution générale de l’interdépendance économique et les
effets spécifiques des mouvements de capitaux privés. Il est vrai que
l’interdépendance promeut la coopération et l’harmonie, il est évident également
qu’elle constitue une source d’instabilité avec différentes activités difficiles à
contrôler de la part des gouvernements.

c) De la détente à l’opposition entre les pays producteurs et non producteurs
de pétrole
La période de la détente pouvait être avantageuse au Tiers monde, en ce sens
qu’il pouvait revendiquer une révision de l’ordre économique international en
prévalence. Du point de vue quantitatif, le Tiers monde était prédominant dans
plusieurs forums internationaux ; sa force se manifestait surtout à travers
l’Organisation des Pays producteurs de pétrole (OPEP). La fin de la Guerre
froide porte à penser que d’autres questions pouvaient être également affrontées
au niveau international. En somme, les premiers moments des années soixante-
dix ont constitué « une opportunité unique pour le Tiers monde ». Les rapports
entre les puissances se sont réduits en une opposition entre elles liée aux
évènements du Tiers monde où un certain nombre de mutations révolutionnaires
ont provoqué une nouvelle politique des Etats-Unis.
On assiste également, à cette époque, à un ensemble de « nouvelles questions
de politique globale ». Aux efforts entrepris par le Tiers monde dans les années
soixante-dix afin de promouvoir le développement à travers la Conférence des
Nations unies sur le Commerce et le Développement (UNCTAD) se sont ajouté de
40
nouvelles préoccupations concernant la population mondiale, le manque de
ressources et l’exagération des divergences entre Nord et Sud.
Les revendications du Tiers monde ne se limitent pas à des questions
économiques et de développement, mais jouent directement sur l’ordre politique
international. Le Tiers monde voulait « le pouvoir et le contrôle par rapport à la
richesse » mais son programme était aussi « politique »; cela a engendré une
nouvelle attitude de confrontation entre riches et pauvres de la planète. Derieu
souligne qu’en effet, depuis les dernières décennies l’aventure du développement
a mis en évidence des conflits dont les principaux sont : 1) un conflit culturel ; 2)
un conflit économique ; 3) un conflit social ; 4) un conflit politique.
Malgré les espérances des années soixante-dix, l’ultérieure intégration du
Tiers monde dans le système économique mondial a eu lieu seulement à partir des
années quatre-vingt, selon les conditions établies par l’Occident et par un certain
groupe d’institutions financières internationales. Loin d’être une expression
d’autonomie dans laquelle le contrôle de l’Etat et le développement national sont
des objectifs prioritaires, l’intégration du Tiers monde a marqué un échec final
dans la lutte pour un développement autonome devant un système économique
international de genre compétitif. L’ancien ordre politique a barré la route à un
nouvel ordre économique international.
Cette position et cette faiblesse ont rendu impossible une action efficace de la
part des pays du Tiers monde. Le choc pétrolier des années soixante-dix a
contribué ultérieurement à la fragmentation du monde en voie de
développement : d’une part, les pays producteurs du pétrole ; d’autre part, les
pays non producteurs de pétrole.

d) Convergence entre société et communication
Puisque l’histoire est censée avancer, il y a obligatoirement un progrès par
rapport au passé, et ce progrès est souvent représenté par l’amélioration de la
communication entre les peuples. L’instantanéité des communications était déjà à
l’œuvre durant la Guerre froide, marquée surtout par l’essor de la télévision.
Entre 1945 et 1989, l’information en direct impliqua quatre transformations
majeures de la vie internationale :
1. La diplomatie secrète s’avère impossible. La diplomatie publique qui en
découle attache plus d’importance aux discours qu’aux faits. La théâtralisation de
l’information s’accompagne d’une mise en scène de l’actualité.
2. La diffusion répétitive d’images souvent brutales affaiblit la croyance en
l’infaillibilité de l‘Etat. Il en résulte deux conséquences : d’une part,
l’amélioration du sens critique du citoyen-spectateur ; d'autre part, cette
information en continu facilite la mobilisation d’une opinion publique plus
sensible à l’émotion qu’à l’intérêt.
3. La libre circulation des idées devient un thème essentiel de la politique
extérieure. Les pays occidentaux s’en servirent comme instrument de pression sur
les régimes totalitaires. Pour leur part, les pays du Tiers monde dénoncèrent la
logique économique qui dominait le marché de l’information et la dépendance
41
culturelle qui en résultait (thème du Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de
la Communication au début des années 80).
4. Enfin, l’information économique accentue la clôture de l’espace, en
unissant dans une même bouche les places financières reliées aux mêmes réseaux.
La contraction du temps accompagna donc la réduction de l’espace.
Ces évolutions longues sont amplifiées par les effets de la « révolution
relationnelle » qui préluda à l’entrée dans l’Age de l’information après la Guerre
froide.
Dans les pays du Sud, les obstacles à l’édition dans le monde de la
communication de masse sont nombreux : analphabétisme, censure, difficultés de
création de librairies et de maisons d’édition, prix et inégale répartition du
papier ; pour la presse d’information, on est frappé d’abord par les contrastes tant
du point de vue des tirages que du point de vue des libertés.
La bataille mondiale de l’audiovisuel peut être synthétisée en disant que de
1950 à 1975 s’instaure une période de protectionnisme mondial ; à partir de 1975
c’est l’offensive des Etats-Unis ; à partir des années 80 surgissent les rivalités
entre le Japon, les Etats-Unis, et les groupes européens ; à partir des années 90,
les enjeux se situent autour des « autoroutes de l’information ».
La concentration de la presse est renforcée par la tendance à l’intégration qui
se manifeste dans toute l’industrie de la communication : dans un tel processus,
l’informatique, la presse, la radio, la télévision, le cinéma et le spectacle
populaire (autant de genres qui, tout en utilisant les mêmes techniques, exigent
des capitaux importants) peuvent devenir les éléments d’une même gigantesque
machine.

e) Rapport ente les médias et les forces économiques
On constate d’abord un poids du nord sur le sud de la planète. En 1978 à
l’UNESCO, les pays du Tiers monde dénoncent le pouvoir des agences
internationales de l’information qui représentent une minorité de la population
mondiale et donnent peu d’informations sur la majorité de celle-ci. En 1980,
après la présentation du Rapport MacBride, l’UNESCO adopte la Déclaration sur
le Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication (NOMIC)
pour rééquilibrer les flux d’information en faveur des pays du Sud. De
gigantesques concentrations se sont succédées entre les firmes géantes du
téléphone, du câble, de l’information, de la vidéo, de la publicité et du cinéma.
Time-Warner CNN (Câble News Network), Disney ABC, Microsoft NBC et
d’autres conglomérats cherchent à contrôler l’ensemble de la filière information,
documentation, programme. Les logiques du marché et du profit prévalent sur
toute autre considération.
Ce phénomène de rapport de forces entre média et économie, avec ses effets
sur les relations internationales, constitue de plus en plus une réalité
préoccupante. L’influence des médias sur l’opinion publique nationale et
internationale est incontestable. Les médias vont contribuer à rendre perméables
des frontières qui ne l’étaient pas : ce fut par exemple le cas des pays de l’Est,
42
avec la chute du mur de Berlin en 1989 liée, entre autres, aux médias. On peut
dire de façon spécifique que les médias vont jouer un rôle dans la démocratisation
d’un régime autoritaire. Des appels à l’opinion publique internationale en faveur
des droits de l’homme ont pu jouer un rôle par rapport à des régimes en Afrique,
en Amérique du Sud et Centrale.
D’autre part, les médias ont pu jouer un rôle déterminant dans l’organisation
de telle ou telle solidarité internationale en cas de catastrophe naturelle et en cas
de guerre. Par rapport aux conflits, les médias montrent des effets très variables :
ils peuvent éventuellement « internationaliser » un conflit régional ou local, ils
peuvent contribuer à régler indirectement le conflit à travers une sorte de télé
diplomatie ou au contraire l’aggraver en attisant des tensions et des haines. Par
exemple, citons l’influence négative de la « Radio mille colline » au Rwanda lors
du génocide de 1994. L’impact des médias sur la politique et la société dans son
ensemble est tellement vaste qu’il devient plutôt difficile d’en comprendre les
effets possibles sur la société.

f) Interdépendance et coopération
La société internationale, caractérisée par le flux de l’information, est marquée
par les interdépendances et les coopérations, les conflits et les compétitions ; elle
est marquée aussi par les défis qui se posent à elle.
Interdépendance et coopération. Des interdépendances existent en premier lieu
par rapport aux niveaux géographiques : local, national, régional, international.
Des interdépendances existent même entre les activités : ainsi le développement,
la paix, la protection de l’environnement sont indissociables, affirme par exemple
la Déclaration de Rio de 1992 sur l’environnement. Des interdépendances
existent entre différents acteurs des relations internationales. Elles sont porteuses
de problèmes, de menaces, de drames, mais peuvent être aussi porteuses de
solidarités, d’espoirs, de drames évités.
Les coopérations représentent un autre aspect important des relations
internationales. Par exemple coopérations entre Etats, entre ONG, entre
organisations internationales. Les politiques de coopération s’exercent en
particulier entre des Etats du Nord et du Sud, coopérations bilatérales d’Etat à
Etat ou multilatérales à travers les organisations internationales. On constate aussi
la coopération soumise à un principe de droit consacré par différents textes, par
exemple des conventions de droit international de l’environnement.
La forte mixité de la scène internationale semble devenir une réalité.
Désormais tout acteur local ou national, de l’individu à l’Etat en passant par les
collectivités territoriales, les entreprises ou les associations, est un acteur
potentiel sur la scène internationale. Plus ou moins libre de ses mouvements,
selon les cas, il pourra contourner les obstacles et accroître ses capacités en
s’organisant transnationalement : un objectif lui-même facilité par le
développement des moyens d’information et de communication.
43

La question est donc moins d’opposer le « monde Etat-centre » (celui des
Etats et des organisations intergouvernementales) que de diriger la recherche vers
l’examen et l’interprétation de leurs interactions.

eg) Les défis de la société internationale au début du XXI siècle
Ici la liste indicative semble impressionnante : la faim dans le monde (sous-
alimentation et malnutrition), les maladies (tropicales, cancers, Sida, etc.), les
conflits armés (inter Etatiques et guerres civiles), le terrorisme, les atteintes aux
droits de l’homme, la débâcle écologique, la pauvreté, l’endettement mondial, la
corruption, l’analphabétisme et l’explosion démographique.
Les réponses à ces défis doivent être multidimensionnelles. Il s’agit de mettre
en œuvre des moyens démocratiques, équitables et durables pour passer d’un
productivisme autodestructeur à une société humainement viable. Le rôle et la
contribution responsable du monde de la communication dans ce processus sont
souhaitables et envisageables.
eLe grand défi de la communication au XXI siècle demeure un débat ouvert.
Mac Bride dans la préface de son Rapport « Voie multiple, un seul monde »
mettait en garde la communauté internationale sur les enjeux et les disparités des
flux d’information.

Dans les années soixante-dix, les discussions internationales
sur les problèmes de la communication en étaient arrivées sur
de nombreux points, après bien des grincements, au stade de
l’affrontement direct. Les protestations du Tiers monde contre
le flux envahissant d’informations en provenance des pays
industrialisés étaient souvent interprétées comme autant
d’atteintes à la libre circulation de l’information. Quant à ceux
qui défendaient la liberté de presse, on les accusait d’attenter à
la souveraineté nationale. Un vaste débat contradictoire s’était
établi sur les diverses conceptions de la valeur de l’information,
sur le rôle, les droits et les devoirs des journalistes et sur la part
que les médias pouvaient prendre à la solution des grands
problèmes

Maintenant nous entrerons en profondeur dans le débat du NOMIC afin de
comprendre les enjeux et les réalités à ce sujet.





44
Chapitre 2
POUR UN NOUVEL ORDRE MONDIAL
DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

1. Comment l’information circule-t-elle dans le monde ?

Le panorama des enjeux internationaux nous introduit dans le domaine
sensible de la communication, élément fondamental dans le dynamisme des
relations entre les peuples. Le Rapport MacBride dans les années 80 mettait déjà
en évidence les problèmes et les disparités dans le domaine de la communication
internationale. Il disait ceci :

La communication est au cœur de toute sociabilité. Partout
où les hommes ont été amenés à nouer des relations suivies, la
nature des réseaux de communication qui se sont établis entre
eux ainsi que les formes qu’ils ont prises et l’efficacité qu’ils
ont atteinte ont largement déterminé les chances de
rapprochement ou d’intégration communautaire de même que
les possibilités de réduire les tensions ou de résoudre les
conflits là où ils apparaissent.

Pendant les années 80, la communication est devenue un vecteur clé des
sociétés tant industrialisées qu’en développement : secteur de croissance de
l’économie, elle exerce une influence complexe qui s’étend à l’ensemble de l’aire
socioculturelle et constitue le point de rencontre de nombreux domaines de
l’activité humaine. Les nouvelles technologies élargissent l’accès aux matériels
audiovisuels le recours combiné aux télécommunications, aux réseaux
informatisés et aux systèmes de médias offre de nouvelles possibilités
d’établissement de réseaux, d’accès à l’information et d’apprentissage à distance.
On constate également la prise de conscience de l’importance de la circulation de
l’information ainsi que des déséquilibres existants dans ce secteur, de leurs
conséquences et de leur impact sur les processus nationaux et internationaux de
décision ainsi que sur l’individu et sa vie privée.
Comme l’offre d’information s’accroît à un rythme extraordinaire au niveau
international, l’égalité d’accès à celle-ci est considérée comme le moyen de
réduire la dépendance dans les relations économiques, politiques et culturelles.
Au sens large, l’étude de la circulation internationale de l’information devient une
autre façon d’aborder l’étude des relations internationales. Mowlana souligne que
l’analyse de la circulation internationale de l’information devrait donc s’intéresser
aux différentes activités économiques, politiques et culturelles indiquées dans le
schéma ci-dessous :
45



La « circulation internationale de l’information » est ici entendue comme le
mouvement des messages à travers les frontières nationales entre deux ou
plusieurs systèmes nationaux et culturels. Une définition de cette circulation
devrait avoir en même temps une dimension nationale et une dimension
internationale.


1.1. Le droit à communiquer dans la dimension internationale

La communication est considérée comme un droit de l’homme. Ce droit est de
plus en plus envisagé comme le droit de communiquer, et va au-delà de celui de
recevoir la communication ou d’être informé. Elle est donc envisagée comme un
processus bi-directionnel dont les participants individuels ou collectifs
entretiennent un dialogue démocratique et équilibré. Cette idée de dialogue, par
opposition au monologue, est au cœur de beaucoup d’idées contemporaines qui
conduisent à la reconnaissance de nouveaux droits de l’homme.
La dimension internationale de la communication et le fait qu’elle soit un droit
sont une réalité de plus en plus prégnante. La communication ignore désormais
les frontières. Le droit doit nécessairement tenir compte de cette situation
nouvelle.
46
La société contemporaine est qualifiée de société de communication. Elle se
situe à deux niveaux : naturel et social. Dans ce second niveau, la communication
crée un déséquilibre entre le développement technologique des mass-médias et le
manque de maturité des relations sociales, qui altère et empêche la
communication humaine. En vue d’une croissance sociale il est nécessaire de
développer les potentialités sociales facilitant le développement libre de la
capacité de communiquer.
Du point de vue du droit, la communication relève de toutes les activités qui,
au moyen de l’écrit, de la parole, de l’image, du son ou de toute autre forme de
signe, contribuent à rendre publics des faits, des idées, des sentiments ou des
opinions. Tous les éléments qui constituent la communication sont objet de
réglementation. Ce qui en droit est essentiel, c’est la notion de public, de
publication ou de publicité, au sens de ce qui est rendu public. Le droit de la
communication est le droit de ce qui est public ou destiné à être publié.
D'autre part, l’objet de ce droit constitue la « liberté d’expression ». Ainsi,
l’unité du régime juridique des différentes techniques de communication découle
du principe de la liberté de communication. En effet, un principe simple inspire le
droit de la communication, celui qui est inscrit dans l’article 11 de la Déclaration
des droits de l’homme : « La libre communication des pensées et des opinions est
un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire,
imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas
déterminés par la loi ». Le droit de la communication constitue donc l’ensemble
des règles qui régissent l’exercice de ces activités.
Le droit à communiquer est un prolongement logique du progrès vers la liberté
et la démocratie. A chaque époque, l’homme a lutté pour se libérer des pouvoirs
qui le dominaient, qu’ils soient politiques, économiques, sociaux ou religieux, et
qui tentaient d’entraver la communication. Ce n’est que par des efforts
infatigables que les peuples ont obtenu la liberté de parole, de la presse et de
l’information. Aujourd’hui la lutte continue pour étendre les droits de l’homme,
elle met en jeu de nouveaux aspects du concept fondamental de liberté.
L’exigence d’une circulation bidirectionnelle, d’un échange libre, de possibilité
d’accès et de participation ajoute une nouvelle dimension qualitative aux libertés
successivement conquises dans le passé. L’idée du droit à communiquer élève
tout le débat sur la « libre circulation » à un niveau supérieur.
Chacun a droit de communiquer, dit MacBride dans son Rapport. Les
éléments qui composent ce droit fondamental de l’homme comprennent les droits
suivants sans qu’ils ne soient aucunement limitatifs : 1) le droit d’assemblée, de
discussion, de participation et autres droits d’association ; 2) le droit de poser des
questions, d’être informé, d’informer et autres droits d’information ; 3) le droit à
la culture, le droit de choisir, le droit à la vie privée et d’autres droits relatifs au
développement de l’individu.
Assurer le droit à communiquer exigerait que des ressources techniques de la
communication soient disponibles pour satisfaire les besoins de l’humanité en la
47
matière. Cette approche pourrait faire progresser la démocratisation de la
communication à tous les niveaux : international, national, et local et individuel.

1.2. Origine et buts du NOMIC

L’une des préoccupations majeures de la communauté internationale après la
Seconde Guerre mondiale a été l’instauration d’un Nouvel Ordre Economique
International (NOEI) et d’un Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la
Communication (NOMIC) à la suite des revendications respectives des pays du
Tiers monde conformément à leur aspiration à des relations internationales plus
justes et plus équitables : des relations entre partenaires et non entre dominants et
dominés. En somme, une révision du système caractérisé par le déséquilibre entre
les pays riches et les pays pauvres.
La quatrième Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays non-
alignés, tenue à Alger du 5 au 9 septembre 1973, a été la première réunion où l’on
a soulevé la question en termes clairs et donné une expression véhémente à leur
intérêt commun en matière de communication. Il s’agissait en fait d’une première
tentative de matérialiser leurs revendications dans ce domaine. Le programme
d’action pour la coopération économique adopté à l’issue des travaux proposait
ces points :
a. la réorganisation des circuits de communication hérités du passé colonial ;
b. la révision des tarifs de dépêche de presse ;
c. l’appropriation collective des satellites de communication et un code de
conduite ;
d. des échanges de connaissances entre les différentes institutions.
La recherche et la revendication d’un droit de la communication
correspondent à cette logique de cohérence, de rigueur et d’unité qui semble
actuellement tant faire défaut aux règles applicables à ce secteur d’activités. Est
ainsi exprimée la préoccupation d’une véritable prise en considération de la
fonction sociale de la communication, de ses contraintes et de son particularisme.
Le Sommet d’Alger avait également recommandé de réorganiser les systèmes de
communication des pays non alignés eux-mêmes. Dès 1975 naissait à l’initiative
de l’agence Yougoslavie Tanjug, un premier pool réunissant une dizaine
d’agences de presse en provenance de pays non alignés. En 1975, les ministres
des affaires étrangères des pays non alignés, réunis à Lima au Pérou, regroupèrent
toutes les revendications des pays en développement sous la nomenclature
« Nouvel Ordre International de l’Information ».
La notion de NOMIC a été introduite pour la première fois dans la discussion
lors d’un Symposium international sur la politique des communications organisé
en mars 1976 à Tunis par les pays du Tiers monde et dont la résolution finale
déclarait :
« Etant donné que l’information dans le monde accuse un déséquilibre qui
donne la préférence aux uns et ne tient pas compte des autres, il est un devoir du
Tiers monde et des autres pays en voie de développement de changer cet état de
48
choses et de veiller à la décolonisation du secteur de l’information, ainsi que
d’introduire un nouvel ordre de l’information » Mattelart souligne l’expression
« décoloniser l’information ».
La rencontre débouchera sur la proposition de créer quatre conventions de
coopération portant sur : 1. l’infrastructure des télécommunications ; 2. la
diffusion ; 3. la recherche et la formation ; 4. les échanges et l’interaction
culturels.
Les conclusions du Symposium de Tunis trouveront un large écho plus tard,
dans l’ILET (Institut Latino-américain des Etudes Transnationales) sur le thème :
« Le rôle de l’information dans le nouvel ordre international ». La même année,
deux autres assises importantes sont tenues pour les pays non alignés : il s’agit en
premier lieu de la Conférence des ministres de l’information tenue en juillet 1976
à New Delhi (Inde).
La même année se tint à Colombo la Cinquième conférence des pays non
alignés, où fut lancée définitivement l’idée d’un nouvel ordre international de
l’information, devenu avec le temps Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de
la Communication (NOMIC). Cette revendication, présentée comme un
complément indispensable à l’instauration du « Nouvel Ordre Economique
Mondial », sera incorporée aux programmes de l’UNESCO et de l’Assemblée des
Nations unies en 1978.
Parmi les décisions les plus importantes prises par la conférence de Colombo
en vue d’instaurer le NOMIC, on retiendra la création des cinq institutions
suivantes pour les PNA (pays non alignés) :
- Conseil intergouvernemental pour la coordination et la collaboration entre
les pays non alignés ;
- Pool des agences de presse ;
- Conférence et Comité de coopération des organismes de radiodiffusion ; des journalistes ;
- Comité international d’experts des télécommunications.
eDans la même optique Jorg Becker affirmait, lors de la 22 session du Conseil
intergouvernemental du programme international pour le développement de la
communication :

J’aimerais dire que je considère la promotion des médias
dans le Tiers monde comme tout aussi justifiée aujourd’hui
qu’il y a vingt ou trente ans. Les résultats d’une conférence
internationale sur l’utilité sociale de la radio en Afrique,
organisée conjointement par mon Institut et la Confédération
des syndicats allemands (DGB) en mars 2002, confirment mon
jugement.

Soutenu par le mouvement des Pays non alignés, le débat sur les déséquilibres
des flux et des échanges atteint l’ensemble de la communication internationale
dans les années soixante-dix, la décennie du « Nouvel Ordre Mondial de
49
l’Information et de la Communication ». L’UNESCO en est le principal lieu
d’expression.
Amorcé dès 1969 sous la présidence du Français Jean Maheu, le débat à
l’UNESCO sur la « communication à sens unique », qui caractérise les rapports
Nord Sud, débouche, sous la présidence du Sénégalais Amadou Mohtar M’Bow,
sur la création en 1977 d’une Commission internationale pour l’étude des
problèmes de la communication.
Le NOMIC devient l’un des thèmes principaux des rencontres internationales.
Ce débat révèle à l’opinion publique internationale toute l’étendue de la vocation
et de la responsabilité de l’organisation dans le domaine de l’information et de la
communication. Dès lors, on comprend aisément que l’UNESCO soit devenue le
forum par excellence.

1.3. Nouvelles stratégies de communication : rôle de l’Unesco

A la fin de la guerre froide, la Conférence générale de l’UNESCO avait adopté
une nouvelle stratégie de communication qui réaffirmait, entre autres, le principe
de « libre circulation de l’information » et réitérait que la « liberté d’expression »
doit s’exercer « sans aucune entrave ». Ce retour à ses principes fondamentaux a
rendu à l’UNESCO son autorité morale au sein du système des Nations unies,
comme institution de pointe sur le terrain de la défense de la « liberté
d’expression » et de son corollaire, la « liberté de la presse », une composante
essentielle de toute société démocratique.
Le rôle de l’UNESCO dans la communication part d’un fondement essentiel
de base en rapport avec le droit de la communication, notamment de la presse, de
l’audiovisuel et de l’Internet : le principe comme nous l’avons déjà rappelée dans
l’article 11 de la Déclaration des droits les plus précieux de l’homme.
Ainsi, se trouve défini le domaine de compétence de l’UNESCO, pour qui la
coopération internationale dans l’éducation, la science, la culture et l’information
s’impose comme le moyen le plus propice à l’accomplissement de sa mission.
C’est dans ce cadre que se situent les initiatives de l’organisation, dont l’action
principale aujourd’hui réside dans la promotion de l’information et de la
communication dans les pays du Tiers monde. On peut donc attribuer à
l’UNESCO le lancement d’un programme d’étude et d’une série de projets
relatifs à :
- le renforcement des échanges Nord Sud ;
- à la promotion des systèmes de communication dans les pays en
développement ;
- la création de nouvelles structures dans ces mêmes pays ;
- l’élaboration des politiques de la communication.
Mais c’est surtout à la XIXe Conférence générale de l’UNESCO, tenue en
1976 à Nairobi au Kenya, que l’information trouva une place prépondérante
comme une de ses vocations premières : « favoriser la connaissance et la
50

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