La mort inégale

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Parler de la mort est toujours délicat. La mort interpelle et réactive les angoisses les plus profondes, renvoyant chacun à sa condition de simple mortel. À plus forte raison que nos sociétés ont connu un recul spectaculaire de la mort. Mais derrière ces progrès se cache en réalité un tout autre phénomène : l'inégalité des hommes devant la mort. La durée de vie est loin d'être la même pour tous et la mort inégale ne fait que traduire l'inégalité des conditions sociales. L'examen sociohistorique révèle combien les fondements de ces inégalités résident en amont du système de santé.
Publié le : dimanche 15 mai 2016
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EAN13 : 9782140010200
Nombre de pages : 142
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Aurélien Cintract
La mort inégale
Préface de JeanMichel Bessette
L O G I Q U E S S O C I A L E S
La mort inégale
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Éric LE BRETON,Mobilité et société dispersée, Une approche sociologique, 2016 Lenita PERRIER,Couleur de peau et reconnaissance sociale, L’expérience vécue des afro-brésiliens émigrés à Paris, 2016 Michel BONNET,Mobilités l’ombre d’un père, 2016 Dieudonné KOBANDA NGBENZA,Enfants isolés étrangers, Une vie et un parcours faits d’obstacles, 2016. Marie Zoé MFOUMOU,La professionnalisation des métiers féminins. L’exemple du secrétariat au Gabon, 2016. Thérèse PEREZ-ROUX, Richard ÉTIENNE, Josiane VITALI (dir.), Professionnalisation des métiers du cirque. Des processus de formation et d’insertion aux épreuves identitaires,2016.Virginie DE LUCA BARRUSSE et Mariette LE DEN (Dir),Les politiques de l’éducation à la sexualité en France, Avancées et résistances, 2016. Anne MORELLI et Daniel ZAMORA (coord.),Grève générale, Rêve général, Espoir de transformation sociale, 2016. Najia DOUTABAA-CHARIF,L’altérité comme pratique culturelle, Le cas des visiteurs de l’Institut du Monde Arabe, 2016. Dimitris TRIMITHIOTIS,La configuration des mythes sur l’Europe. La communication politique des discours électoraux, 2016. Nicole ROELENS,Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle, Comment se fabrique l’hégémonie de l’humanité mâle ? (Tome 5), 2016.
Aurélien Cintract
La mort inégale
Du recul de la mort à l’analyse socio-historique de la mortalité différentielle
Préface de Jean-Michel Bessette
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08531-9 EAN : 9782343085319
PRÉFACE Pour introduire… En inscrivant sa recherche surLa mort inégaledans une perspective socio-historique, Aurélien Cintract poursuit et réactive une solide et riche tradition anthropologique qui va de M. Mauss(Les techniques du corps;Effet physique chez l’individu de l’idée de mort suggérée par la collectivité;Rapports réels et pratiques entre la 1 psychologie et la sociologie)A. Leroi-Gourhan à (La 2 mémoire et les rythmes) et E. Morin(Le paradigme 3 perdu : la nature humaine ; La nature de la nature), mais aussi d’A. L. Kroeber à N. Elias(Esquisse d’une théorie 45 de la civilisation)et M. Shalins. De fait, comme le notait Kroeber, si l’anthropologie ne s’occupe pas au premier chef de l’homme comme animal… son sujet propre est bien l’interrelation de ce qui dans l’homme est biologique et de ce qui est social. C’est précisément à l’étude des processus socio-historiques de production des hommes - qui sous-tend la recherche anthropologique - que s’applique dans ce travail A. Cintract.
1 In M. MAUSS,Sociologie et Anthropologie, PUF, 1950.2  In A. LEROI-GOURHAN,Le geste et la parole, tome 2, Albin Michel, 1965. 3 In E. MORIN,La méthode 1, Seuil, 1977 4 In N. ÉLIAS,La dynamique de l’Occident, Calmann-Lévy, 1975. 5  M. SHALINS,La nature humaine, une illusion occidentale, Ed. de l’Eclat, 2009. 7
L’analyse historique de la mortalité différentielle présentée ici met en relief le poids déterminant des conditions d’existence dans la production des inégalités devant la mort. Mais au-delà de cet éclairage, la focale apportée par l’auteur permet d’apercevoir - et c’est là un apport important à l’analyse - que les fondements de ces inégalités se situent en amont des modalités de fonctionnement des systèmes de santé : de fait, c’est plus précisément l’état des rapports sociaux qui, à travers les conditions et les modes de vie dévolus ou abandonnés à chacun, détermine les disparités au regard de la maladie et de la mort.La mort inégale apparaît alors comme la résultante - littéralement comme l’incorporation - des inégalités sociales. On voit ainsi, pour reprendre les termes de P. Bourdieu, comment l’histoire individuelle « faite corps » rencontre à tout instant l’histoire de la société et de ses institutions, c'est-à-dire l’histoire « faite chose ». Ce que montre finalement cette approche socio-historique de la mortalité différentielle c’est que, chez l’homme, la mort biologique est un fait de culture. La mort est culturellement investie. Les probabilités de vivre plus ou moins longtemps sont fonction des modalités d’inscription du corps anatomique dans le corps social.La mort inégalese lire comme une expression de peut l’inégalité des conditions de vie et le terme de la vie apparaît comme l’addition présentée à chacun au sortir du banquet de l’existence. Les statistiques de la mortalité brossent à leur manière le tableau de la somme cumulée des inégalités vécues et incorporées. Comme l’écrit L. Chevalier, « La mort résume la vie et l’inégalité devant la 1 mort l’inégalité du reste. » L’étude socio-historique des inégalités devant la mort nous donne ainsi la mesure des 1 L.CHEVALIER,Classes laborieuses, classes dangereuses, Plon, 1959, p.439.8
violences quotidiennes dont les descriptions idéologiques et politiques - banalisées, naturalisées :fatalitas !- tendent à masquer qu’au bout du compte sont réglées en termes de vie et de mort les conditions d’existence allouées aux uns et aux autres. C’est ce que nous dit à sa façon une complainte populaire grecque mettant en scène Charos, la mort : « O mort, tu te balades de-ci de-là, dans le voisinage... Avec toi inutile de se perdre dans des syllogismes fumeux ; Au bout du compte, tu nous présentes l’addition... »  Jean-Michel BESSETTE 9
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