//img.uscri.be/pth/82d4d0e3b5d6e0ae57a0eb737f30b95621daf23a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,18 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La Namibie indépendante

De
288 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 juin 1991
Lecture(s) : 217
EAN13 : 9782296234826
Signaler un abus

LA NAMIBIE INDÉPENDANTE
Les coûts d'une décolonisation retardéeJean-Claude FRITZ
(CERPO-DIJON)
LA NAMIBIE INDÉPENDANTE
Les coûts d'une décolonisation retardée
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 PARIS@ L'Harmattan, 1991
ISBN: 2-7384-0967-9SOMMAIRE
Avertissement terminologique 9
Chronologie sommaire Il
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1re partie: La politique de division, ou le projet sud.
africain de néo apartheid 31
1.1. La catégorisation officielle de la population,
ou la construction des ethnies 40
1.1.1. La structure démographique d'après les
recensements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.1.2. La démarche historique de catégori-
sation ethnique 45
1.1.3. Des critères de classification discutables 47
1.2. La séparation spatiale, ou la géographie mar-
quée par l'apartheid 50
1.2.1. Les «Homelands» 53
1.2.2. Les villes 58
1.2.3. Les mines 67
1.2.4. Les fermes 71
1.3. La différenciation juridique, ou les citoyennetés
différenciées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
1.3.1. Le temps du «pouvoir blanc» sans
fard: la Constitution de 1968 74
51.3.2. Le début de la transition: l'A.G. 8 de
1980 . . . . . . . . . . . . . . . .-. . . . . . . . . . . . . . 75
1.3.3. Le gouvernement transitoire sous con-
trôle sud-africain: la R 101 de 1985. 77
1.3.4. L'avant-projet de Constitution 80
831.4. Le jeu politique, ou « la carotte et le bâton»
841.4.1. L'action culturelle..................
851.4.2.L'organisation administrative........
1.4.3. Les manœuvres politiques et institution-
88nelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
961.4.4. La transformation de la guerre......
103Conclusion de la première partie................
2e partie: Le maintien d'une économie coloniale,
ou les ambiguïtés du développement iné-
gal indépendant 107
2.1. L'inégal développement 109
2.1.1. Les déséquilibres sectoriels 110
2.1.2. Les disparités régionales 114
2.1.3. Les inégalités sociales 118
2.2. Une économie dépendante 129
2.2.1. Une économie extravertie 129
2.2.2. Une périphérique 132
2.2.3. Une économie assistée? 137
2.3. L'exploitation des ressources naturelles 143
2.3.1. Les ressources minières 144
2.3.2. Les de la pêche 160
2.3.3. La terre 166
1692.4. Une économie appauvrie?...............
2.4.1. Croissance ou récession?.......... 169
2.4.2. Les transferts de ressources vers l'exté-
172rieur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1742.4.3. Le financement du développement...
179Conclusion de la deuxième partie...............
63epartie : Le contrôle colonial de la transition: libé-
ration ou transition néo-coloniale 181
3.1. L'organisation de la transition, ou le maitien
du pouvoir sud-africain 183
3.1.1. Les bases. de règlement du conflit... 183
3.1.2.Le maintien du contrôle sud-africain. 191
3.1.3. Le rôle des Nations Unies 196
3.2. La préparation des élections 202
3.2.1. Les règles du jeu 202
3.2.2. Les forces politiques en présence 209
3.2.3. La campagne électorale 217
3.3. La victoire électorale de la SWAPO ou ni
vainqueurs, ni vaincus? 224
3.3.1. La répartition des suffrages 225
3.3.2. Les conséquences sur l'Assemblée Cons-
tituante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240
3.4. Une indépendance sous contraintes 244
3.4.1. Le compromis nécessaire 244
3.4.2. La fragilité du jeune État 251
3.4.3. La stratégie de développement en ques-
tion. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . .. 255
Conclusion de la troisième partie 265
Conclusion générale 267
Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 271
7TOPOGRAPHIE
BOTSWANA
InternatIOnal boundaries/
~., Pans/PanneInternasIQMle 9rense
"
R,vers/R'VIere/ ~=:~::~~ /
fb.lw3yünes'Spoorlyne/
(mIlDEPTH BELOW SEA LEVEL
(ml
SEEDIEPTE
o -200
:;.200
(m)
ALTITUDE /
(ml
tiOOGTE BO SEEVlAK
o - 200
~oo- 500
500 -1000
1000-1500
2(0)1500 -
>2000
R.S.A,.
3(X}{()Q
1.5
Carte reproduite à partir de la carte n° 5 en couleurs du
NATIONAL ATLAS OF SOUTH-W~ST AFRICA, 1983,que nous remer-
cions vivement pour l'aimable autorisation donnée en vue
de son utilisation.AVERTISSEMENT TERMINOLOGIQUE
Les mots sont «piégés»: c'est d'autant plus vrai
quand on est dans un domaine où ils ont un poids parti-
culier servant à « catégoriser» une population et à déter-
miner des statuts et indirectement des conditions de vie
différentes, et quand on traduit une langue étrangère uti-
lisant elle-même des mots d'une autre langue... Quelques
précisions préliminaires sont donc utiles.
1) Nous faisons nôtre cet avertissement des publications
de l'ONU sur la Namibie (UNIN : Namibia... 1986) : « La
terminologie provenant de l'apartheid sud-africain qui a
été utilisée dans cette Étude pour montrer le caractère géné-
ralisé (pervasiveness) de l'apartheid dans la Namibie illé-
galement occupée ne signifie en rien son acceptation
(endorsement) par la SWAPO ou les Nations Unies» ou
par nous...
2) Les mots d'origine africaine sont écrits dans les
publications officielles et les ouvrages de recherche de plu-
sieurs façons: un des districts du Nord du pays est dési-
gné suivant les circonstances par le nom Ovambo, ou
Owambo, ou Ovamboland par exemple.
L'utilisation de tableaux et de citations provenant de
sources variées nous a conduit à accepter ce pluralisme.
3) Certains mots sont malheureusement utilisés dans des
sens un peu différents suivant les sources; en particulier
« Noirs» (Blacks) peut dans certains cas regrouper tous
les « Non-Blancs », et dans d'autres exclure certains grou-
pes comme les Métis (Coloureds) et/ou les Bâtards de
Rehoboth... Le contexte permet en général de clarifier la
signification.
94) Nous avons parfois utilisé les mots de langue
anglaise pour désigner des « groupes de population» ou
des partis politiques, après avoir indiqué leur traduction
française, car les expressions françaises correspondantes ne
sont pas toujours satisfaisantes, ou parce que les sigles de
langue anglaise sont couramment utilisés. Par exemple, on
utilisera Bâtards, ou Rehoboth Basters, et on parlera plu-
tôt de la SWAPO et de la DTA que de leurs noms com-
plets traduits en français.
5) Nous employons en général le nom Namibie retenu
officiellement par l'ONU en 1968 pour désigner le pays,
y compris dans un certain nombre de références au passé.
Nous n'avons gardé l'expression « Sud-Ouest Africain»
que pour l'historique de l'introduction et évidemment pour
les citations et références aux diverses publications, offi-
cielles ou non.
6) Enfin, nous avons eu un problème pour les accords
de genre et de nombre pour les noms d'origine africaine.
Comme ils appartiennent à des familles linguistiques
variées, ils se forment de manière différente. Pour sim-
plifier et en priant les linguistes de nous pardonner, nous
avons fait le choix arbitraire d'appliquer l'accord de nom-
bre pour les noms (S) mais de laisser toutes leurs autres
utilisations invariables.
10CHRONOLOGIE SOMMAIRE
DE LA NAMIBIE COLONIALE
1884 :Début de la colonisation allemande du « Sud-Ouest
Africain» .
1903-1906 : Guerres des « Rereros » et « Namas » de résis-
tance à l'occupant.
1915 : Reddition des troupes allemandes aux forces sud-
africaines.
1920 : Mandat « C » de la Société des Nations confié à
l'Afrique du Sud « au nom de Sa Majesté Britan-
nique» sur le Sud-Ouest Africain.
1922 : Le port de Walvis Bay est transféré à l'adminis-
tration du Sud-Ouest Africain.
1946 : L'Assemblée Générale des Nations Unies refuse
l'annexion du territoire par l'Afrique du Sud.
1948 : Arrivée au pouvoir en Afrique du Sud du Parti
National et début de la mise en place de l'apar-
theid.
1950 : Avis consultatif de la Cour Internationale de Jus-
tice, affirmant le contrôle des Nations Unies sur
le mandat.
1959 : Massacre de l'Old Location à Windhoek par la
police sud-africaine. Création des organisations
nationalistes OPO et SWANU.
1960 : Création de la SWAPO, mouvement nationaliste.
Il1966 : Jugement de la Cour Internationale de Justice reje-
tant une plainte du Libéria et de l'Éthiopie contre
l'Afrique du Sud pour absence d'intérêt à agir
(18 juillet).
Premier accrochage armé SWAPO Forces sud-
africaines (26 août).
Résolution de l'Assemblée Générale mettant fin au
Mandat sud-africain sur le territoire (27 octobre).
1967 : Création du Conseil des Nations Unies pour la
Namibie.
1968 : La Namibie nom officiel de l'ex-Sud-Ouest Afri-
cain par décision de l'ONU.
1969 : Première résolution du Conseil de Sécurité deman-
dant le retrait immédiat des Sud-Africains.
1971 : Avis consultatif de la Cour internationale de Jus-
tice affirmant l'illégalité de la présence sud-africaine
en Namibie, repris par une résolution 301 (71) du
Conseil de Sécurité.
1971 : Sean Mac Bride est nommé premier Commissaire
à plein temps de l'ONU pour la Namibie.
1975 : Indépendance de l'Angola et intervention (non vic-
torieuse) des troupes sud-africaines dans ce pays.
Début des consultations de la Turnhalle.
Développement de la lutte et de la répression sur-
tout dans le Nord.
1977 : Création de l'alliance politique liée à l'administra-
tion sud-africaine la DT A.
Création du poste d'Administrateur Général de la
Namibie par les Sud-Africains et désignation du
premier administrateur, le juge J .M. Steyn.
Début des activités du «Groupe de Contact»
formé par les principaux États occidentaux.
1978 : Adoption par le Conseil de Sécurité de la résolu-
tion 435 (78) prévoyant la transition de la Nami-
bie vers l'Indépendance par le biais d'élections libres
sous le contrôle et la supervision des Nations Unies
12et avec l'envoi d'une force des Nations Unies
(UNTAG).
Nomination d'un Représentant spécial pour la
Namibie du Secrétaire Général des Nations Unies
Martti Ahtisaari.
Élections illégales organisées par les Sud-Africains
en Namibie.
1979 : Nomination du deuxième Administrateur Général
sud-africain le Dr Gerrit Viljoen.
Suppression d'une partie de la législation de dis-
crimination raciale.
1980 : Proclamation AG8 (1980) de l'Administateur Géné-
ral prévoyant des « Autorités Représentatives» pour
les « groupes de population» (Réintroduction par-
tielle de l'apartheid).
Intensification et « namibianisation » de la guerre.
1982 : Le « groupe de contact» occidental propose des
principes de solution dont l'essentiel est accepté par
la SWAPO, mais affirme la théorie du «lien»
entre le décolonisation de la Namibie et le retrait
des troupes cubaines d'Angola dont le principe est
rejeté notamment par les pays socialistes, les pays
non alignés, la SWAPO et l'Angola.
1983 : Début des travaux de la Conférence Multipartite
(MPC) organisée par l'Administration sud-africaine.
1985 : Installation par les Sud-Africains d'un « Gouver-
nement d'Unité Nationale» gouvernement « inté-
rimaire » ou « transitoire» chargé d'assurer la tran-
sition vers l'Indépendance, sous contrôle sud-
africain.
Arrivée d'un nouvel Administrateur Général Louis
Pienaar.
1988 : Négociations et accords à Genève et Brazzaville
entre l'Angola, Cuba et l'Afrique du Sud, avec la
participation des États-Unis; la théorie du « lien»
triomphe: les troupes cubaines vont commencer
leur retrait de l'Angola et le processus d'Indépen-
dance de la Namibie va être mis en route, confor-
13mément à la décision 435 (78) du Conseil de Sécu-
rité de l'ONU.
er avril) marqué de vio-1989 : Cessez-le-feu théorique (1
lents combats entre la SWAPO et les Sud-Africains
au Nord du pays.
Arrivée progressive de la force des Nations Unies
(UNT AG) et déploiement (février-août) pour con-
trôler et superviser le processus, l'Administrateur
Général sud-africain restant en place.
Élections à l'Assemblée Constituante (7-11 novem-
bre) et victoire de la SWAPO.
1990 : Adoption de la Constitution Ganvier-mars) adop-
tée le 9 février, publiée le 21 mars.
Proclamation de l'Indépendance le 21 mars.
Entrée en fonction du premier Gouvernement de la
Namibie indépendante, dirigé par la SWAPO avec
à sa tête comme Président le leader historique du
mouvement nationaliste Sam Nujoma.
14Introduction
La Namibie présente l'originalité d'être le dernier pays
d'Afrique continentale à être décolonisé, et un des der-
niers dans le monde à se libérer formellement de la vague
d'expansion européenne du XIXe siècle1. Il contribue à
parachever la dépossession du monde2 apparente qui
avait connu sa grande époque entre 1945 et 1965, l'Afri-
que en bénéficiant surtout dans la période 1957-1965.
La Namibie pays de 823 000 km2 et de 1 025 000 habi-
tants officiellement en 19813 a donc échappé à cette pre-
mière vague de décolonisation qui a concerné la majorité
du continent. Pire, elle est restée hors d'atteinte d'une
seconde vague touchant entre 1975 et 1980 plusieurs pays
voisins importants par leurs dimensions (Angola, Mozam-
bique, Zimbabwe). Pour l'expliquer il est nécessaire de pré-
ciser que la domination coloniale de ce pays était exercée
dans des circonstances particulières par un État présentant
lui aussi des caractéristiques spéciales, l'Afrique du Sud
bastion du « pouvoir blanc », seul État d'Afrique dont la
1. Il reste des enclaves espagnoles au Maroc; hors d'Afrique, il
reste aussi des pays qui se sont bâtis par une expansion de type colo-
niale, mais continentale, en contiguïté géographique pour l'essentiel.
L'Union Soviétique et les États-Unis voire dans un contexte différent
la Chine. Il faut noter aussi le statut particulier du grand Groënland,
très peu peuplé, vis-à-vis du Danemark. '
2. Berque (Jacques), La dépossession du monde, Paris, Seuil, 1964.
3. Vander Merwe (J.M.), Ed. National Atlas of South West Africa
(Namibia) - Goodwood, Cape, National Book Printers 1983, p. 1. Cette
source sera par la suite présentée comme « National Atlas of SW A ».
15structure est restée à l'heure de l'époque coloniale avec un
pouvoir exercé par les descendants des colons blancs, indé-
pendants de leur ancienne métropole. Les Noirs sud-
africains vivent donc dans un État indépendant, mais en
réalité sous la domination d'une excroissance africaine de
l'Europe du XVIIe auXIXe siècle.
Quelques rappels historiques paraissent utiles pour per-
mettre de situer dans une perspective dynamique l'analyse
qui sera développée dans le corps de cette étude, d'autant
plus que les travaux en français sur la Namibie restent peu
abondants 4.
La présentation rapide sera faite en distinguant quel-
ques grandes étapes 5.
1. La période de colonisation allemande6
On dispose de certains éléments de l'histoire précolo-
niale qui permettent de savoir que la région était peuplée
par des populations de différentes origines, appartenant
aux groupes Khoisan (Hottentots et Bushmen) et Bantou
4. Il en existe pourtant d'intéressants. Outre Fraenkel (P .). Les
Namibiens, Paris, Éd. Entente, 1975. Voir la bonne introduction de
Cros (Gérard), La Namibie, Paris, PUF, 1re Éd. 1983 en collection Que
Sais-Je? et l'excellente étude Diener (Ingolf), Apartheid: la cassure,
Paris, Arcantère Éd., 1986, dont le titre est malheureusement peu expli-
cite, mais qui est consacré à la Namibie comme son sous-titre discret
l'indique.
5. Outre Diener (1.), op. cit. ; Cros (G.), op. cit., on peut consul-
ter Goldblatt, History of South West Africa. From the beginning of
the Nineteenth Century, Capetown, Juta, 1971.
Wood (Brian), ed. :Namibia 1884-1994. Reading on Namibia's His-
tory and Society, London, NSC, UNIN, 1988.
Katjavivi (P .H.), A history of Resistance in Namibia, Paris,
UNESCO, 1988 ; et pour une excellente présentation synthétique Fraen-
kel (Peter), Murray (Roger) with Stearman (Kaye), the Namibians -
Minority Rigths Group Report n° 19, London, 1985 ; (considérablement
transformé et mis à jour par rapport à l'édition de 1974), pp. 6 à 21.
Pour les perspectives à venir Asante (S.K.B.), Asombang (W. W.), An
Independent Namibia? Third World Quarterly, vol. Il, n° 3, July 1989,
pp. 1 à 19.
6. Sur cette période outre Diener (1.), op. cit., 165 à 137, voir
Drechsler (H.), Let us die fighting, London, ZedPress, 1980.
Goldblatt, op. cit., pp. 72 à 201.
National Atlas of SW A cartes 32 à 36.
16quand la colonisation européenne fit sentir son poids après
la Conférence de Berlin en 1884-1885. Cette Conférence
avait permis à l'Allemagne, récemment unifiée comme l'Ita-
lie, de faire reconnaître sa participation au partage de
l'Afrique, même si elle était tard venue dans cette mêlée
colonisatrice qui déferlait alors vers le continent (<<Scram-
ble for Africa ».. .).
Déjà la présence européenne s'était manifestée avec
l'installation d'un point d'appui côtier par les Anglais à
Walvis Bay en 1878 et également dans les années 70 des
colons Boers avaient traversé le pays en route (Trek) de
l'Afrique du Sud vers l'Angola. Mais à Berlin c'est l'Alle-
magne qui proclama son protectorat sur le Sud-Ouest Afri-
cain en 1884.
A partir de 1885, et surtout de 1890, l'occupation mili-
taire allemande s'effectua, sans jamais concerner l'ensemble
du pays actuel, en particulier certaines zones du Nord. Des
combats et une répression impitoyable alternèrent avec
divers accords, dont la plupart constituaient de véritables
marchés de dupes pour les groupes namibiens qui les
signaient. Des guerres d'envergure opposèrent les Alle-
mands aux Héreros (1904) et aux Namas (1903-1906) sui-
vies d'une répression tellement violente que d'après les esti-
mations officielles les 3/4 de la population Hérero et plus
de la moitié de la population Nama .furent exterminés en
quelques années, et la grande majorité de leurs terres
confisquées.
Le contrôle des terres dans tout le Centre et le Sud
est alors passé soit à des compagnies concessionnaires, soit
à des colons allemands, alors qu'un réseau de communi-
cations, en particulier ferroviaire, était mis en place.
2. Le mandat sud-africain
La guerre de 1914-1918 allait mettre fin à la colonisa-
tion allemande, 21 ans après ses débuts: les troupes sud-
africaines alliées à la France et à la Grande-Bretagne inter-
venaient en effet dans le Sud-Ouest Africain dès 1914, et
après un premier échec l'emportaient sur les Allemands en
juillet 1915. .
Cette intervention militaire permettait à l'Union sud-
africaine de revendiquer dans le cadre de la Société des
17Nations créée au lendemain de la guerre une place privi-
légiée. Elle obtenait un mandat « C » qui lui confiait avec
de larges pouvoirs l'administration du territoire en 1920,
en tant que mandataire de la Société des Nations, ou plus
exactement et la précision est importante, le mandat était
confié « à Sa Majesté britannique pour être exercé en son
nom par le gouvernement de l'Union Sud-Africaine ». Si
le système des mandats avait théoriquement pour but le
bien-être et le développement des peuples ainsi adminis-
trés, l'article 2 de l'Accord de mandat donnait des pou-
voirs considérables à l'Union sud-africaine lui..permettant
pour l'essentiel d'administrer le territoire comme une partie
intégrante de l'Union sud-africaine, avec quelques nuan-
ces.
La colonisation européenne en provenance d'Afrique
du Sud porta la population blanche du territoire à 28 000
en 1928, soit deux fois plus qu'en 1913, à la veille de la
guerre. La colonisation agricole continua à déposséder les
Africains de leurs terres, ce qui entraîna une résistance
résolue et des insurrections de certains groupes comme les
Namas en 1922, les Batards de Rehoboth en 1924 et divers
troubles dans l'Owambo, l'ensemble étant réprimé violem-
ment.
Après la Deuxième Guerre mondiale, l'Organisation des
Nations Unies prenait la place de la Société des Nations,
et le système de la Tutelle succédait à celui des mandats.
L'Afrique du Sud demanda à l'ONU d'autoriser l'annexion
du territoire par l'Afrique du Sud: le rejet fut clair 39
voix contre, 0 pour, 9 abstentions. Devant ce refus, l'Afri-
que du Sud refusa de placer le Sud-Ouest Africain sous
le régime de la Tutelle, mais s'engagea à respecter les obli-
gations du mandaf:< Les revendications de la population
contre l'administration sud-africaine s'accentuèrent et trou-
vèrent un porte-parole, le Révérend Michael Scott, pour
les porter devant les instances internationales au nom des
chefs Héreros bloqués sur place par les autorités coloniales.
A partir de 1948 l'occupation sud-africaine franchit une
nouvelle étape avec l'arrivée au pouvoir en Afrique du Sud
du Parti National et la mise en place d'un régime d'apar-
theid, fondé explicitement sur la discrimination et l'iné-
galité raciales. Simultanément un nouveau pas était fran-
chi par les autorités sud-africaines en vue de l'annexion
du territoire comme cinquième province du pays. La réac-
18tion de la communauté internationale fut vive et hostile.
Un avis de la Cour Internationale de Justice de 1950 con-
firma que si l'Afrique du Sud n'était pas obligée de pla-
cer le territoire sous le nouveau régime de la Tutelle, ses
responsabilités liées au mandat demeuraient, la fonction
de contrôle passant de la Société des Nations à l'ONU,
le statut du territoire ne pouvait en aucun cas être modi-
fié unilatéralement.
L'instauration de l'apartheid dans le Sud-Ouest Afri-
cain multiplia les protestations et les actes de résistance
de la population. Le 10 décembre 1959, la police péné-
trait dans l'Old Location, zone noire à la périphérie de
Windhoèk dont les habitants devaient être expulsés en
application de la nouvelle politique: elle ouvrait le feu sur
la foule désarmée qui se regroupait, tuant Il personnes
et en blessant 24. Ce massacre allait s'avérer un tournant
historique, commémoré d'ailleurs aujourd'hui par la plu-
part des forces politiques namibiennes 7.
La revendication nationaliste s'organisait dès lors à par-
tir de trois forces principales: les intellectuels, - les tra-
vailleurs sous contrats, - et le Conseil des chefs tradi-
tionnels. Les travailleurs sous contrats qui avaient formé
l'Ovambo People's Congress (OPC) en 1958 la transfor-
maient en Ovambo People's Organisation (OPO) en 1959
avec comme Président Sam Nujoma. Mais la nécessité de
dépasser le cadre ethnique apparut très vite et en juin 1960,
cette organisation changea son nom et ses statuts, deve-
nant la SWAPO (South West Africa People's Organisa-
tion). A la même époque les intellectuels de différentes
régions et les représentants des chefs Hérero coordonnaient
leurs efforts qui conduisaient à la création en 1959 de la
SWANU (SouthWest Africa National Union) ; en septem-
bre 1959 J. Kozonguizi fut élu Président, les représentants
de l'OPO étant partie prenante avec Sam Nujoma comme
membre du Comité exécutif. C'était apparemment la pre-
mière organisation politique à caractère national et anti-
coloniale. Toutefois l'année 1960 voit les chefs Héreros
prendre ombrage de l'influence des intellectuels dans cette
organisation et s'en retirer; les essais de fusion complète
entre la SWANU et l'OPO ayant échoué en juin 1960,
7. K. Katjavivi (P.), op. cit., p. 41.
19c'est à ce moment que la SWAPO fut créée comme mou-
vement rival dont l'action internationale se manifesta en
septembre avec une pétition remise à l'ONU en coordina-
tion avec le chef Kutako (Hérero) et le chef Witbooi
(Nama).
Cette action internationale fut relayée par la plainte
déposée par l'Éthiopie et le Liberia contre l'Afrique du
Sud en novembre 1960. Après presque 6 ans de procédure,
la Cour Internationale de Justice déclara le 18 juillet 1966
que les demandeurs n'avaient pas de « droit ou intérêt juri-
dique » au regard de l'objet de leur demande. Cette déci-
sion, consternante pour le mouvement anticolonialiste, fut
prise 7 voix contre 7, la voix du Président étant prépon-
dérante. Elle allait ouvrir une nouvelle étape pour la
Namibie.
En effet sur le terrain la SWAPO lance la lutte armée;
la première bataille de la guerre se livre à Omgulumbashe
le 26 août 1966 entre les combattants de la SWAPO et
les forces armées sud-africaines. Sur le plan international
l'Assemblée Générale des Nations Unies vote le 27 octo-
bre 1966 une résolution mettant fin au mandat sud-africain
sur le Sud-Ouest Africain et plaçant le territoire sous la
responsabilité directe des Nations Unies.
3. L'occupation illégale de la Namibie
A partir de 1966 la communauté internationale multi-
plie les prises de position condamnant la présence sud-
africaine en Namibie8. L'ONU met en place en mars
1967 un Conseil des Nations Unies pour la Namibie (UN
Council for Namibia) ; l'Assemblée Générale de l'ONU le
12 juin 1968 proclame que le Sud-Ouest Africain s'appe-
lera désormais la Namibie, pour répondre aux vœux des
populations intéressées. Le Conseil de Sécurité par sa réso-
lution 266 du 20 mars 1969 demandait au gouvernement
sud-africain de retirer immédiatement son administration
du territoire. Le 12 août 1969, le Conseil de Sécurité renou-
velait cette demande de retrait immédiat des Sud-Africains
8. Voir Cros (Gérard), La Namibie, op. cil., pp. 51 à 53 ; voir aussi
Katjavivi (Peter M.), op. cil., pp. 55 à 71 ; Diener (1), op. cil., pp. 155
à 164 ; Fraenkel (P .), Murray (R.), op. cil., pp. 9- 10.
20de la Namibie; mais l'abstention de la Grande-Bretagne,
de la France et des États-Unis, au côté de la Finlande mon-
trait l'ambiguïté des positions occidentales sur le problème.
D'autres résolutions se succédèrent, avec la même orien-
tation (p.e. 276 (70».
Dans un Avis consultatif du 21 juin 1971, la Cour
Internationale de Justice déclara que « la présence conti-
nue de l'Afrique du Sud en Namibie étant illégale, l'Afri-
que du Sud. a l'obligation de retirer immédiatement son
administration de la Namibie» et que les États membres
étaient soumis à « l'obligation de reconnaître l'illégalité de
la présence de l'Afrique du Sud en Namibie et le défaut
de validité des mesures prises par elle au nom de la Nami-
bie ». La résolution 301 du Conseil de Sécurité adopte cet
avis (par 13 voix pour et 2 abstentions la France et la
Grande-Bretagne). La pression des Nations Unies sur
l'Afrique du Sud se confirme dans les années suivantes
mais sans efficacité. En août 1974 Sean Mac Bride est
nommé par l'ONU premier Commissaire à plein temps
pour la Namibie, et en septembre le Conseil des Nations
Unies pour la Namibie adopte son décret n° 1 pour la pro-
tection des ressources naturelles de la Namibie, interdisant
l'exploitation des ressources naturelles du pays sans auto-
risation des Nations Unies. Pendant toute cette période les
résolutions sont nombreuses, par exemple 323 (72), 366 (74)
et 385 (76) du Conseil de Sécurité. L'Assemblée Générale
quant à elle reconnaît, notamment dans sa résolution 3111
(XXVIII), la SWAPO comme « le représentant authenti-
que du peuple namibien ».
Sur le terrain la mobilisation nationaliste se développe
de même que la lutte armée. En réponse, la répression dans
le Nord est particulièrement sévère entre 1972 et 1975
créant un mouvement d'exode dans les populations
d'Owambo. Mais un événement majeur en 1975 affaiblit
la position des Sud-Africains et simultanément augmente
leur intervention: c'est la décolonisation des territoires por-
tugais d'Afrique avec la marche vers le pouvoir en Angola
du MPLA (Mouvement pour la Libération de l'Angola),
mouvement de libération nationale d'inspiration marxiste,
soutenu par les pays socialistes et non alignés, et allié de
la SWAPO. Les troupes sud-africaines tenteront alors de
prendre le 'contrôle de la capitale angolaise Luanda pour
soutenir leurs alliés locaux l'UNIT A et dans une moindre
21mesure le FNLA qui n'avaient pas accepté la prépondé-
rance réelle du MPLA dans la lutte anticolonialiste. Les
soldats cubains appelés en renfort par le gouvernement mis
en place par le MPLA arrêteront l'offensive sud-africaine
en octobre-novembre 1975.
Dès cette époque, la présence militaire
dans le Nord de la Namibie est considérable avec un dou-
ble objectif: combattre le SWAPO, le mouvement natio-
nalistenamibien et son armée la PLAN (People's Libera-
tion Army of Namibia) d'une part, - combattre le gou-
vernement angolais dirigé par le MPLA en soutenant
l'UNITA de Jonas Savimbi d'autre part. La plus grande
partie du Nord (une partie du Kaokoland, l'Ovambo, le
Kavango, la zone de Caprivi) est transformée progressi-
vement en une zone de guerre, avec toutes les conséquen-
ces pour les populations civiles.
Pour faire face à cette dégradation de leur situation
sur un plan international, les dirigeants sud-africains ont
essayé de relancer l'initiative sur le plan politique interne
en Namibie où leur position se détériorait. C'est ce qu'on
connaît sous le nom d'initiative de Turnhalle, du nom du
lieu au centre de Windhoek où ils ont organisé un pro-
cessus de négociations entre divers groupes namibiens pour
créer une force politique locale qu'ils pourraient mettre en
avant face à la SWAPO.
Les dirigeants sud-africains avaient dû se résoudre à
« décoloniser» au moins formellement le pays, ce qui était
un changement substantiel de stratégie: ils savaient aussi
qu'ils seraient obligés de mettre fin à l'apartheid au moins
dans ses dispositions les plus spectaculaires; mais c'était
leur seule chance de désarmorcer les réactions et pressions
internationales, tout en installant une équipe politique pro-
che idéologiquement et en position subordonnée dans le
pays voisin, protégeant ainsi leurs intérêts et ceux des
colons sud-africains installés en Namibie.
En application de cette analyse, ils commencèrent à
organiser des consultations et des discussions entre divers
groupes en 1975, les conversations débutant formellement
er septembre; en 1977 la Conférence de la Turnhallele 1
s'achevait avec des conséquences concrètes pour le gou-
vernement sud-africain.
Un projet constitutionnel avait été élaboré par cette
Conférence allant dans le sens d'une autonomie du terri-
22toire compatible dans son contenu et ses modalités avec
la vision du monde du gouvernement sud-africain, qui avait
d'ailleurs suscité et accompagné l'ensemble du processus.
Aussitôt fut établi un Administrateur Général pour le ter-
ritoire du Sud-Ouest Africain, par une loi de 1977, et un
certain nombre de compétences lui furent transférées par
9,une Proclamation du Président de l'Afrique du Sud Y
compris des compétences législatives. Le processus de sépa-
ration avec l'Afrique du Sud paraissait entamé, mais une
analyse plus précise juridique et politique révélait que
l'Administrateur Général du Territoire restait bien même
10 sous las'il disposait « d'une autonomie remarquable»
dépendance étroite du Président de la République d'Afri-
que du Sud, qui le nommait et jouissait de divers moyens
de contrôle, de droit et de fait, sur la manière dont il exer-
çait ses fonctions. Il avait le profil d'un représentant local
d'un pouvoir central, avec des pouvoirs étendus mais dans
une logique de déconcentration.
La future administration namibienne de transition
devait travailler avec lui, que ce soit l'Assemblée Natio-
nale ou le Conseil des Ministres. Le Juge M.T. Steyn fut
nommé premier Administrateur Général; la Conférence de
la Turnhalle allait lui fournir le personnel politique local
avec lequel collaborer.
A la fin de la Conférence, les forces politiques qui y
avaient participé jusqu'au bout et en acceptaient la logi-
que furent organisées dans un Parti de type confédéral,
les réunissant dans un ensemble sans leur faire perdre leur
spécificité. La Democratie Turnhalle Alliance (DT A) ou
Alliance Démocratique de la regroupait une dou-
zaine de forces politiques, toutes ayant une base ethnique
bien précise, et émanant des Il « groupes de population»
officiellement reconnus. Beaucoup d'entre eux n'étaient for-
més que d'une poignée de personnes dotées d'ambitions
9. South West Africa Constitution Admendment Act, n° 95 of 1977,
Establishment of the Administrator General for the Territory of South
West Africa, Proclamation, 1977 (Proclamation n° 180 of 1977 of the
State President) et Empowering of the Administrator General for the
Territory of South West Africa to make laws Proclamation (Procla-
mation n° 181 of 1977 of the State President).
10. Rotberg (Robert I.), Ed. Namibia, Political and Economics
Prospects, Capetown, Johannesburg, David Philip, 1983, p. 20, utilise
cette formule.
23politiques mais dépourvues de toute représentativité réelle;
d'autres avaient une représentativité plus réelle .mais fluc-
tuante au gré des leaders politiques qui s'y ralliaient ou
les quittaient; deux au moins avaient une base plus solide
et permanente. La NUDO (National Unity Democratie
Organisation, Organisation Démocratique d'Unité Natio-
nale) avait une assez forte implantation dans le groupe
Hérero, grâce au soutien de nombreux chefs et de certai-
nes personnalités qui incarnaient une partie de la légiti-
mité nationaliste du début des années 60. Le Parti Répu-
blicain, scission du Parti National, représentait le groupe
des Blancs dans la coalition: quoique minoritaire dans sa
communauté, il n'en était pas moins une force importante
par son organisation et la compétence et les moyens maté-
11riels dont jouissaient ses principaux dirigeants .
Rejetant cette stratégie diverses organisations se regrou-
paient en 1975 dans une Convention Nationale Namibienne
(Namibian National Convention, NNC) pour constituer un
Front anticolonial: les deux grandes organisations histo-
riques de résistanceSW APO et SWANU y côtoyaient des
groupes à base sociale ethnique affirmée (Damara Tribal
Council ou Rehoboth's Basters Volksparty) et d'autres peti-
tes forces (Democratic Co-op Party, National African Peo-
ple's Democratic organization NAPDO). L'aile intérieure
de la SWAPO poursuivait légalement son activité politi-
que, alors que l'aile extérieure était en conflit armé avec
les forces sud-africaines: phénomène apparemment para-
doxal qui donne une présence légale à la SWAPO, sans
empêcher la répression et les pressions de s'exercer sur ses
12. Après quelque temps la SWAPO allaitmilitants
reprendre son autonomie par rapport à ce Front, qui ne
s'avérerait pas durable.
Création de la DT A, nomination d'un Administrateur
Générale, mise en place de nouvelles institutions transitoi-
res, l'année 1977 était vraiment celle des initiatives sud-
africaines. L'année 1978 au contraire allait être celle des
initiatives internationales.
Il. Pour la liste par Cros (G.), op. cit., pp. 70-71 et 82.
12. Voir Fraenkel (P.) et al., MRG Report 19, op. cit., p. Il.
244. L'échec de la décolonisation de 1978
et les responsabilités internatio.nales
. En juillet 1978, le Secrétaire Général des Nations Unies
nommait un Représentant Spécial pour la Namibie, le Fin-
landais Martti Ahtisaari. Le 29 septembre 1978, le Con-
seil de Sécurité adoptait la Résolution 435 (1978) réaffir-
mant c,omme objectif le retrait de l'administration illégale
de l'Afrique du Sud en Namibie, prévoyant la création
d'un Groupe d'Assistance des Nations Unies pour la
période de transition (GANUPT ou plus communément
UNTAG d'après les initiales anglaises) pour aider le Repré-
sentant Spécial à exécuter son mandat: « assurer dans un
proche avenir l'indépendance de la Namibie au moyen
d'élections libres sous la supervision et le contrôle de
l'Organisation des Nations Unies », et déclarant illégales
les mesures prises par « l'Administration illégale en Nami-
bie » concernant l'organisation des opérations électorales.
La résolution se félicitait aussi du fait que la SWAPO était
disposée à. coopérer, et demandait la coopération immé-
diate de l'Afrique du Sud.
Cette résolution a servi de fondement au processus
d'indépendance namibien, mais avec 10 ans de retard.
Pourquoi la décol,?nisation de la Namibie a-t-elle été retar-
dée d'une décennie?
Sur le plan intérieur namibien le reste de cet ouvrage
tentera d'apporter certains éléments de réponse, de même
que sur l'évolution de la stratégie sùd-africaine. Dans cette
introduction il est utile de rappeler brièvement le cadre
international qui a contribué à retarder la décolonisation.
En janvier 1979 pourtant le Représentant Spécial visite
la Namibie où des élections viennent d'avoir lieu en décem-
bre 1978, en violation de la résolution 435. Mais à partir
de cette date jusqu'en 1988 l'ONU perdra quelque peu
l'initiative et jouera un rôle moindre. Pourquoi?
En 1977, sous l'impulsion du Président américain Car-
ter, un « Groupe de contact» fut mis en place composé
-du Canada, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Alle-
magne Fédérale et des États-Unis d'Amérique, c'est-à-dire
5 puissances occidentales décidées à agir directement, par
des contacts bilatéraux avec l'Afrique du Sud, les divers
États de la ligne de Front et la SWAPO. Il visita pour
25la première fois en 1977 l'Afrique du Sud où le Président
Vorster fit des concessions apparentes concernant l'élabo-
ration de sa réforme institutionnelle, contredite par sa pro-
clamation de l'annexion formelle de l'enclave de Walvis
Bay et de certaines îles côtières au territoire de l'Afrique
du Sud.
A l'époque, l'intention de Carter est probablement
d'accélérer les choses, mais malheureusement la position
du groupe de contact va évoluer à cause de l'évolution
politique intérieure de ses principaux membres. L'arrivée
au pouvoir des Conservateurs et de Madame Thatcher en
Grande-Bretagne précède de peu l'élection du Républicain
Reagan à la Présidence américaine en novembre 1980. Ces
conservateurs, défenseurs de l'ultra-libéralisme, hostiles à
tout ce qui est mouvement socialiste et lutte de libération
anticoloniale vont changer l'attitude de ce groupe de con-
tact occidental, tout en paralysant l'action potentielle nou-
velle des Nations Unies.
Le groupe de contact va sous leur impulsion évoluer
vers une attitude de compréhension voire de complicité vis-
à-vis du régime de Prétoria, les arguments classiques de
ce dernier relatifs à la défense de « l'occident» et « du
monde libre» rencontrant un écho important dans leurs
oreilles.
L'Afrique du Sud, qui avait fait preuve d'une certaine
souplesse en 1979 et 1980, va reprendre l'initiative et réé-
laborer ses propres solutions en 1981 profitant de la poli-
tique « d'engagement constructif» du Président Reagan à
son égard. Ce « groupe de contact» va renforcer la posi-
tion sud-africaine en élaborant la théorie du « lien» entre
la décolonisation de la Namibie et le retrait des forces
cubaines en Angola. Ce lien est inacceptable éthiquement
et juridiquement, en considérant les principes existants du
Droit international, mais le rapport de force est tel qu'il
devient diplomatiquement envisageable. Rassurés par la
compréhension nouvelle qu'ils rencontrent bientôt renfor-
cée par l'arrivée au pouvoir de la coalition dirigée par la
CDU en Allemagne Fédérale, les dirigeants sud-africains
peuvent prendre leur temps et essayer d'influencer la posi-
tion du groupe. Seule la France à l'époque où la diplo-
matie est sous la direction de Claude Cheysson refuse cette
politique et suspend sa participation au groupe
26(1981-1983) : ce n'est pas suffisant pour inquiéter les Sud-
Africains.
L'Afrique du Sud développe sa politique bilatérale par
les accords de Lusaka avec l'Angola (février 1984) et de
Nkomati avec le Mozambique (mars 1984) où elle obtient
des concessions politiques en échange d'engagements dont
le respect restera pour le moins discutable et douteux dans
les années suivantes.
Il faudra attendre l'été 1988 (comme par hasard la cam-
pagne présidentielle de l'après Reagan aux États-Unis) pour
que le contexte évolue de manière décisive.
On peut donc penser que la décolonisation namibienne
a été retardée, peut être plusieurs fois; la période
1974-1978 avait connu une montée de la pression interna-
tionale, de la lutte politique et militaire locale et aussi une
vulnérabilité accrue du gouvernement de l'Afrique du Sud
à la suite des événements de Soweto de 1976 et de la mobi-
lisation et de l'agitation qui avaient suivi. Si la stratégie
sud-africaine est responsable d'un retard de 22 ans (par
rapport à la dénonciation du mandat) et de 10 ans (par à la résolution 435) dans l'application d'un méca-
nisme de transition réelle vers l'Indépendance, l'attitude
des pays occidentaux a été essentielle par la marge de
13manœuvre et la compréhension qu'elle lui a procurée ,
pour des raisons à la fois politique et économique, défense
du « monde libre» et défense du capitalisme. Ce phéno-
mène a été accentué à partir de 1980 par la substitution
de fait du « Groupe de contact occidental» à l'ONU au
premier plan de l'action diplomatique et par l'évolution
conservatrice de la ligne politique de ce groupe de contact.
L'étude réalisée dans cet ouvrage ne prétend pas pré-
senter et analyser l'ensemble du processus de décolonisa-
tion, ni tous les aspects de la politique namibienne con-
temporaine : elle est consacrée à l'impact de la politique
sud-africaine sur la société et l'économie namibiennes
depuis une décennie environ, la date symbolique étant celle
de la résolution 435, c'est-à-dire 1978 sans que ce point
de repère puisse être considéré comme une borne rigide.
D'autres recherches complémentaires seraient à faire en
particulier dans la perspective du développement du mou-
13. Cooper (Allan D.), Ed. Allies in Apartheid; Western Capita-
lism in Occupied Namibia, London, Mac Millan, 1988.
27vement nationaliste, du rôle de la communauté interna-
tionale dans le processus d'Indépendance, des problèmes
de Droit International que l'affaire a posés, de l'évolu-
tion des rapports de force et de la scène idéologique en
Afrique du Sud et de son influence sur la Namibie, etc.
On ne trouvera sur ces points au mieux que de brèves
notations, malgré leur intérêt, car leur approfondissement
aurait considérablement élargi le volume de notre étude
et modifié la perspective principale de la recherche, dont
cet ouvrage ne prétend présenter qu'une première étape,
avec des conclusions provisoires sur un certain nombre de
14.points
La question principale qui se pose à propos de cette
décolonisation retardée est de savoir si la Namibie accède
à l'Indépendance dans de meilleures conditions qu'il y a
10 ans, si le décalage n'a rien modifié substantiellement
à cet égard, ou si au contraire il a conduit à certaines
transformations ou évolutions susceptibles de mettre en
péril le développement futur du pays.
L'autre question importante est relative aux change-
ments de la stratégie sud-africaine en Namibie et à
l'influence qu'elle a eu sur l'évolution du pays, du rendez-
vous manqué de 1978 aux premiers mois du premier gou-
vernement de la Namibie indépendante. L'histoire'
immédiate1S met-elle en péril l'Indépendance du nouvel
État, ou la limite-t-elle à une souveraineté formelle?
C'est à ces deux grandes interrogations, liées au déve-
loppement et à l'indépendance du nouvel État que nous
essaierons d'apporter des éléments de réponse, et c'est
autour d'elles que nous organiserons notre réflexion et
notre présentation.
14. Outre les références indiquées auparavant dans cette introduc-
tion, trois ouvrages synthétiques et précis à la fois donnent une excel-
lente introduction à la Namibie contemporaine, Namibia: The Facts,
London, IDAF Publications Limited, 1989. Smith (Susanna), Namibia
- A violation of Trust, Oxford-Oxfam, 1986 et CIIR, A Future for
Namibia: Namibia in the 1980 a London, Catholic Institute for Inter-
national Relations (CIIR) and British Council of Churches. Pour une
bonne présentation régionale, voir Bas (Philippe), Tersen (Denis),
L'Afrique australe dans la tourmente, 2 vols, Paris, La Documenta-
tion Française, 1987.
15. Verhaegen (Benoît), Introduction à l'histoire immédiate, Bruxel-
les, Éd. J. Duculot, 1973.
28