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La norme du corps hybride

De
280 pages
Aujourd'hui, techniques et technologies interagissent avec le corps humain et donnent aux personnes la possibilité de reconstruire leur corps, mais aussi de l'améliorer et de l'augmenter. L'hybridation est un processus technologique visant à compenser les défaillances humaines. L'augmentation de la puissance d'être est exaltée (santé, sexualité, performance, jeunesse), pourtant son accès n'est pas pour tous. Ce livre propose de démêler les différentes représentations du corps hybride et les projets qui les sous-tendent.
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Judith Nicogossian
La norme du corps hybride
Une éthique de la reconstruction et de l’amélioration
du corps humain en chirurgie
La norme du corps hybride
Aujourd’hui, techniques et technologies interagissent avec le corps humain et
donnent aux personnes la possibilité de reconstruire leur corps, mais aussi de
l’améliorer et de l’augmenter. L’hybridation est un processus technologique
Une éthique de la reconstruction et de l’améliorationvisant à compenser les défaillances humaines. L’augmentation de la puissance
d’être est exaltée (santé, sexualité, performance, jeunesse), pourtant, du corps humain en chirurgie
son accès n’est pas pour tous. Cette systématisation des usages hybrides,
comme les interfaces, rend le sujet moderne esclave du progrès des sciences et
nous questionne sur la façon de traiter le corps humain en santé et en société.
L’histoire du corps hybride entre reconstruction et augmentation se trouve
aux confl uences de deux manières de traiter le corps : le corps matérialiste
des sciences et le corps en santé, selon l’OMS (1946), avec pour volonté de
respecter le bien-être des patients.
Ce livre propose de démêler les diff érentes représentations du corps hybride
et les projets qui les sous-tendent. Il questionne au sujet d’une unité de l’être
vivant hybride, sans sombrer dans une vision réductionniste de refabrication
du corps humain. Ce livre veut également rendre compte des possibilités
adaptatives de l’humain aux phénomènes d’hybridation.
Judith Nicogossian, auteur, est docteur d’anthropologie
bioculturelle, et philosophe. Elle travaille sur l’interaction entre
corps et esprit dans la thématique du corps hybride. Elle se spécialise
dans l’étude du corps en santé.
Mélanie Sustersic, illustratrice, médecin urgentiste, questionne
son statut et son rôle de praticien – dans le but d’améliorer sa
pratique. Elle se spécialise dans la communication médecin-malade.
(photo auteur : An.p.)
Ensemble, elles collaborent à des projets autour de la communication non verbale,
l’art thérapie et l’hypnose thérapeutique.
ISBN : 978-2-343-05936-5
29 €
La norme du corps hybride
Judith Nicogossian
Une éthique de la reconstruction et de l’amélioration
du corps humain en chirurgieLA NORME DU CORPS HYBRIDEMouvement des savoirs
Collection dirigée par Bernard Andrieu
L’enjeu de la collection est de décrire la mobilité des
Savoirs entre des sciences exactes et des sciences
humaines. Cette sorte de mobilogie épistémologique
privilégie plus particulièrement les déplacements de
disciplines originelles vers de nouvelles disciplines. L’effet
de ce déplacement produit de nouvelles synthèses. Au
déplacement des savoirs correspond une nouvelle
description.
Mais le thème de cette révolution épistémologique
présente aussi l’avantage de décrire à la fois la continuité
et la discontinuité des savoirs : un modèle scientifique
n’est ni fixé à l’intérieur de la science qui l’a constitué, ni
définitivement fixé dans l’histoire des modèles, ni sans
modifications par rapport aux effets des modèles par
rapport aux autres disciplines (comme la réception
critique, ou encore la concurrence des modèles). La
révolution épistémologique a instauré une dynamique
des savoirs.
La collection accueille des travaux d’histoire des idées
et des sciences présentant les modes de communication
et de constitution des savoirs innovants.
Déjà parus
Isabelle GUILLAUME, Aymeric LANDOT, Irène LE
ROY LADURIE et Tristan MARTINE, Les langages du
corps dans la bande dessinée, 2015.
Sylvain FEREZ, La corporation critique, 2015.
SALOME et le Dr Christophe CHAPEROT, Salomé et
son psychiatre, 2015.
Anaïs BERNARD, Immersivité de l’art, Interactions,
Imsertions, Hybridations, 2015.
Cécile CROCE, Performance et psychanalyse.
Expérimenter et (de)signer nos vies suivi de Le Moi
en jeu, 2015.
Marie-Florence ARTAUX, La maison sur la tête,
Écriture et position clinique en art-thérapie, 2015.
Dana DUMOULIN, Le supplice de tantale, Apprivoiser
la recto-colite hémorragique, 2014.
Edmond DESBONNET, Ma gymnastique des organes,
2014. Judith NICOGOSSIAN
LA NORME DU CORPS HYBRIDE
UNE ETHIQUE DE LA RECONSTRUCTION ET DE L’AMELIORATION
DU CORPS HUMAIN EN CHIRURGIE
ENTRE SCIENCE-FICTION ET MEDECINE DE
RECONSTRUCTION/AUGMENTATION© L'HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05936-5
EAN : 9782343059365 PREFACE
Gilles Boëtsch
Le titre de cet ouvrage « La norme du corps hybride » contient en soi tout le
paradoxe du corps modifé, transformé, augmenté. Le corps hybride est à la
recherche de norme comme d’identité. Grâce aux techniques chirurgicales
réparatrices qui reconstruisent le corps atteint, ou esthétisantes qui luttent
contre les défauts corporels et surtout contre les afres du temps, et enfn, la
biotechnologie qui accroît les capacités corporelles, s’ouvre un passionnant
chapitre de l’humanité autour de l’hybridité corporelle. Ce corps hybridé est
le mélange de systèmes biologiques et de systèmes technologiques qui peuvent
être de toute nature (mécanique, biologique, cybernétique…). Ainsi, la moindre
intervention dans la chair corporelle introduit peu ou prou d’hybridation qui
peut tour à tour compenser les défaillances du corps humain ou augmenter sa
puissance. Médecins et militaires n’ont pas les mêmes perspectives en recherche
sur ce sujet. Philosophiquement, l’augmentation du corps humain peut avoir trois
niveaux de signifcations conceptuelles : augmentation des capacités individuelles
(biotechnologies, anthropotechnie), amélioration de la nature humaine
(humanité nouvelle, transhumanisme, posthumanisme) et enfn possibilité oferte
1à l’individu de se réaliser « pleinement ». Par l’hybridation corporelle, l’humain
mélange biologie et technique comme nature et culture.
Ce livre est un travail de mise en perspective historique et épistémologique. Il
renvoie aussi aux travaux sur le genre qui alimentent la réfexion sur l’hybride
ou aux travaux sur l’épistémologie des sciences de l’évolution. On y découvrira
les enjeux médicaux, éthiques et sociétaux autour de la reconstruction du corps
humain, en terme de prothèses pour substituer le membre puis l’organe atteint
ou manquant puis une chirurgie plasticienne renvoie au statut de l’hybride ;
1. Bateman S., Gayon J., 2012 « L’amélioration humaine, trois usages, trois enjeux ». Médecine/
sciences, 28(10) : 887-891.
7il se pose en termes d’humanité et/ou de non-humanité comme d’ailleurs en
terme d’accessibilité à tous dans des contextes sociaux et culturels diférenciés.
Handicap physique, génétique voire social renvoient à de multiples facettes autres
que la biotechnologie : le genre, l’éthique, mais aussi la neuro-génétique comme
l’anthropologie.
Tous ces thèmes sont abordés dans cet ouvrage qui constitue à la fois un état
des lieux sur la question et une ouverture vers de nombreuses pistes de réfexion
(comme l’apport épistémologique du Lamarkisme à la question, la cyberfction,
le biopouvoir et le contrôle des corps.). Ce qui est certain, c’est que la norme de
l’hybride sera de ne pas en être une.REMERCIEMENTS
Judith Nicogossian
Ce livre est la suite de mon travail doctoral de thèse sur le corps hybride en
Anthropologie biologique et culturelle de la faculté de médecine de la méditerranée
(CNRS/ UMR6578). Cet ouvrage doit beaucoup à toutes les personnes qui
ont soutenu mon travail pendant ces huit dernières années, soit en m’invitant à
des présentations, soit en acceptant des entretiens, soit grâce à leurs remarques
critiques qui nourrirent ma recherche et infuencèrent les orientations fnales.
Hommage à mes directeurs de thèses australiens, le professeur Gavin Kendall
(QUT, Centre for social change research) et le docteur Barbara E. Hanna (UQ)
ainsi qu’un hommage particulier à mon directeur de thèse français, Gilles Boëtsch,
directeur de recherche de l’UMR6578 d’Anthropologie bioculturelle de la faculté
de médecine de la méditerranée et Président du conseil scientifque du Centre
national de la recherche scientifque (CNRS). Remerciements au philosophe
Bernard Andrieu, épistémologue du corps, professeur en Staps à Paris Descartes,
et chercheur, pour son support intellectuel, les conférences, nos échanges et
son soutien. Un grand merci à l’historien Pr Tierry Delessert (CH-UNIL)
pour sa relecture précise d’historien et de politologue de la partie concernant
« Le troisième sexe ». Je remercie les professeurs Kevin Warwick (cybernéticien),
François Moutet (chirurgien de la main), René Legre (chirurgien de la main),
l’anthropologue Marco Hewitt, l’intellectuelle Marta Celleti, Stelarc (artiste en
bio-art), Andrew Warner (sculpteur) et Krunk (peintre, plasticien) ! Merci au
docteur, chercheur et psychologue Marion Haza (CAPS, EA 4050) et ses journées
d’étude autour des thématiques de cet ouvrage. Je remercie le Health Summit
2015 et 2016 du Luxembourg et ses discussions autour des objets connectés,
le CCM Benchmark et la conférence en e-santé, à Paris, autour des questions
transhumanistes, et la collaboration avec l’évènement Santé innovante 2016, en
tant que membre de leur jury. Je remercie enfn le Musée des Confuences (Lyon)
pour l’intérêt novateur qu’il porte sur ces thématiques, et notre collaboration
scientifque.
11Je remercie vivement le professeur Philippe Cinquin, directeur du laboratoire
TIMC-IMAG/ CNRS, auteur de la biopile au glucose, pour sa relecture critique
de l’ouvrage, son expertise médicale et ses commentaires. Jean-Guy Passagia,
neurochirurgien au CHU Grenoble, pour nos rencontres, ses nombreuses
relectures en anatomie et histoire de la médecine, son expertise médicale, sa
gentillesse et sa patience au cours des nombreuses interviews, son enseignement
de tango argentin ! Jean-Luc Bosson, professeur biostatisticien et chercheur
au laboratoire de TIMC-IMAG (CNRS) et ses encouragements, les cours
passionnants qu’il a nous a permis de mettre en place à la faculté de médecine
de la tronche sur la communication non-verbale et le tango argentin. Je remercie
chaleureusement le professeur Jean-Pierre Alibeu, anesthésiste, directeur du
centre du traitement de la douleur au CHU de Grenoble, sa formation sur
l’hypnose thérapeutique et le cours qu’il a permis de mettre en place sur le regard
que l’anthropologie pose au sujet de l’hypnose thérapeutique (DU d’hypnose
thérapeutique, Faculté de médecine de Grenoble, La Tronche). Alim-Louis
Benabid, professeur et neurochirurgien, fondateur du Clinatec (Grenoble), pour
les rencontres, les échanges, la visite du Clinatec. Je remercie André Moreau,
infniment, directeur des Afaires publiques de la SSMG (Bruxelles) pour ses
encouragements, son soutien précieux, nos rencontres bruxelloises, et, pour
accompagner la publication de l’ouvrage, l’organisation d’une conférence autour
des thématiques du corps hybride, auprès des médecins et de la communauté
scientifque médicale de Belgique.
Enfn je remercie Mélanie Sustersic, illustratrice de ce projet, et cette collaboration
passionnante, ces échanges, cette émulation, qui fût la nôtre ces deux dernières
années, et qui mériterait, peut-être un jour, d’en écrire l’histoire de l’histoire…
Mélanie Sustersic
Après m’être passionnée pour la philosophie et certaines disciplines artistiques,
j’ai choisi la médecine. C’est son ancrage au corps humain, au fonctionnement
de l’être humain, à l’expérience humaine qui m’a décidée. La pratique médicale
a été, tout de suite, une source de questionnements et ma première ambition fut
de vouloir en défnir les contours. Puis, très vite, d’en explorer les frontières: avec
12l’art, les sciences humaines et sociales, le monde de la recherche. Peu à peu, ce
champ d’investigation est devenu mon domaine de recherche.
La rencontre avec Judith aura été pour moi l’occasion d’approfondir les questions
éthiques soulevées par la recherche clinique, la belle occasion de traduire de
manière illustrée les émotions suscitées par ces questionnements.
Je tiens à remercier personnellement toutes les personnes qui m’ont guidée pendant
toutes ces années. Je pense à Martine Boutot, mon professeur de philosophie,
qui m’a encouragée à faire médecine, au Pr AL Benabid qui, le premier, m’a fait
partager sa passion pour la neurochirurgie et la recherche clinique, au Pr
JeanGuy Passagia pour sa disponibilité et son enseignement humaniste. Un hommage
au maestro Rodolfo Dinzel pour m’avoir transmis son savoir et fait partager ses
expérimentations innovantes sur le Tango et les maladies neuropsychiatriques.
Je voudrais témoigner toute ma reconnaissance au Pr Jean-Luc Bosson à qui je
dois mon orientation en recherche clinique. Un grand merci à André Moreau
pour la qualité de nos échanges professionnels ou amicaux. Un grand merci à
Olivier Roux pour son soutien précieux et son expertise d’illustrateur. Je tiens
également à remercier chaleureusement tous mes compagnons d’aventures qui
cheminent ou ont cheminé à mes côtés. Merci aux Radiotanukis, à G. et Alex, à
Mehdi, à Titi, à Géraldine, à Marielle. Merci à ma famille et à tous mes amis qui
seront se reconnaître.LES AUTEURES
Judith Nicogossian, auteur de La norme du corps hybride est anthropologue,
spécialiste du corps hybride, elle y consacra ses travaux doctoraux, lauréate d’une
première thèse australienne, d’anthropologie culturelle sur le corps hybride
(QUT, Centre for social change research, Brisbane, Australia, 2009) ; puis d’une
seconde, d’une Unité de Recherche d’une faculté de médecine sur l’évolution de
l’Homme et sa diversité, en Anthropologie bioculturelle (CNRS/ UMR6578,
2010). Référent scientifque au musée des Confuences (Lyon) dans la mise en
place des expositions permanentes sur le corps reconstruit des techniques et des
technologies, elle s’intéresse aux phénomènes de la culture et de l’hybridation du
corps de l’homme à la machine, à l’étude des apparitions du corps hybride sur
le plan évolutionniste (entre génétique et épigénétique). Dans cet ouvrage elle
s’interroge sur les conditions humaines de l’homme reconstruit et augmenté,
traitant de l’épistémologie du corps humain, avec une approche interdisciplinaire
d’anthropologie biologique, culturelle, de l’histoire médicale et de philosophie de
tradition phénoménologique.
Mélanie Sustersic, illustratrice, médecin, travaille en tant que doctorante sur la
communication médecin malade au sein de l’équipe TEMAS du laboratoire
TIMC-IMAG. Elle questionne son statut et son rôle de praticien – dans le
but d’améliorer sa pratique. Au cœur de celle-ci, son positionnement implique
une nouvelle approche des sciences médicales en tant que science empirique à
l’écoute des phénomènes, qui ne peut ni ne doit devenir une science a priori. Elle
propose une relecture des problématiques philosophique, sociétale, éthique de la
médecine en général. Sa démarche est reliée au concept de l’art de la guérison ou
art thérapeutique de l’anthropologie médicale, redonnant ainsi du « magique »
à sa pratique médicale ; elle se positionne elle-même entre médecin et devin –
s’intéressant également à d’autres outils de soins comme l’hypnose ou le tango
en art thérapie. Ses illustrations confèrent à cet ouvrage un regard diférent sur la
médecine, et ouvrent aux questionnements éthiques posés par l’homme reconstruit.
15Leur travail collaboratif est une approche interdisciplinaire, entre sciences
humaines et sciences exactes, entre anthropologie et médecine, proposant un pont
tendu entre discours phénoménologique et discours scientifque, une réfexion
sur la manière dont la phénoménologie peut apporter un éclairage aux sciences
du vivant, sans trahir la spécifcité de sa propre démarche. L’ouvrage est né de la
volonté commune d’observer les changements bioculturels du corps humain dans
une perspective technique et technologique, c’est-à-dire les apparitions de corps
hybride et de ses déclinaisons médicales. Le contenu va bien au-delà d’observations
et pose, met en exergue les paradoxes, les violences cachées inhérentes à notre
époque ; il s’agit pour elles de susciter des questionnements ; et de provoquer
aussi les certitudes du monde médical, l’ébranler par la mise en évidence de
ses contradictions, de ses limites, de ses certitudes fuctuantes mais demeurant,
malgré tout, des normes donnant lieu à des normalisations systématiques. De
fait, ce document a clairement l’ambition d’être lié aux questionnements en santé
et d’intéresser les institutions médicales. Pour Louis, pour Ange
« La production sociale est uniquement la production désirante elle-même
dans des conditions déterminées. Nous disons que le champ social est
immédiatement parcouru par le désir, qu’il en est le produit historiquement
déterminé, et que la libido n’a besoin de nulle médiation ni sublimation, nulle
opération psychique, nulle transformation, pour investir les forces productives
et les rapports de production. Il n’y a que du désir et du social, et rien d’autre.
Même les formes les plus répressives et les plus mortifères de la reproduction
sociale sont produites par le désir, dans l’organisation qui en découle sous
telle ou telle condition que nous devrons analyser. C’est pourquoi le problème
fondamental de la philosophie politique reste celui que Spinoza sut poser (et
que Reich a redécouvert) : ‘Pourquoi les hommes combattent-ils pour leur
servitude comme s’il s’agissait de leur salut ?’ » (Deleuze et Guattari, 1972 : 36)
INTRODUCTION
Au sujet de l’hybridité, et de ses représentations, nous faisons face à une confusion,
une espèce de boîte noire, un fourre-tout où tout s’emmêle : autour de l’appellation
« corps hybride » sont efectivement référés une multitude de sens diférents, un
capharnaüm sémantique, des personnages scientifques, militaires, des noms de
grands chirurgiens, des patients réparés, dont les appellations rappellent l’imaginaire
de science-fction – et plus exactement encore le genre du cyberpunk où tout se
côtoie (ex : Blade runner de Ridley Scott). Certaines de ces représentations s’ancrent
déjà bien dans le réel, comme le cyborg militaire ; comme en santé, les performances
nouvelles de l’amputé fémoral à qui on améliore les conditions de vie, dénoncées
comme du dopage prothétique (ex : Oscar Pistorius) ; l’utilisation exponentielle
des interfaces cerveau-machine ; ou encore les recherches sur le cerveau et ses
fonctionnalités ; comme en société, avec la surveillance policière des citoyens en
ville par caméras intelligentes, ou encore l’utilisation des puces radio fréquence
RFID qui se systématise, dans les transports publics, par les banques, pour la
traçabilité des stocks, et celle dédiée au suivi des données de chaque consommateur.
Car l’humain subit une série de bouleversements depuis que les techniques et
technologies progressent et introduisent dans son corps, et d’une façon plus ou
moins invasive, une série de microcomposants électroniques, d’électrodes, ou
encore d’interfaces. Nous défnissons les techniques comme des actions directement
corporelles, de l’ordre du geste, et les technologies en tant que l’ensemble des
19objets, et par extension leur usage, leur production et leur présence dans le monde.
L’hybridation est « un processus technologique visant à compenser les défaillances
humaines » (Andrieu, 2008), elle augmente la puissance d’être.
Notre défnition du corps hybride est celle d’un corps qui fait face à une modifcation
plastique (esthétique et/ou fonctionnelle) dans le but d’une reconstruction, d’une
amélioration, ou plus loin encore d’une augmentation ; si l’hybride peut être le
résultat d’un corps portant des lunettes de correction, ou même ayant subi une
opération enlevant l’appendice, le corps hybride, tel que défni dans cet ouvrage,
interagit de façon si intime à une technique et à une technologie, qu’il va au-delà
d’une amélioration des conditions de vie, jusqu’à transformer la notion d’humanité.
Or, une confusion de projets mêle ensemble la reconstruction, l’amélioration et
la refabrication de l’espèce humaine. Notre défnition de l’hybridité n’inclut ni le
clonage total, encore non autorisé sur le plan éthique (même si les utilisations du
clonage thérapeutique dites « partielles » deviennent de plus en plus nombreuses),
ni l’obsolescence radicale du corps humain, pour le remplacer, par exemple, par
l’intelligence artifcielle. Selon nous, la condition de l’hybride est qu’il demeure
de l’humain, comme dans les systèmes homme-clone ou homme-robot. L’hybride
se retrouve un être bioculturel (biologique et culturel), en position liminale entre
humain et inhumain, être de nature et être (re)fabriqué de toutes pièces. L’hybride
soulève des controverses, car si la reconstruction du corps de l’homme semble
souhaitable, une aide fournie à un public handicapé pour communiquer, ou même
plus loin son amélioration, son augmentation soulève des questions bioéthiques,
comme celles, par exemple, du « dopage prothétique » et des limites corporelles, de
la défnition même de l’humain. La refabrication de l’espèce humaine, cybernétique,
génétique ou encore la domination des robots, qui incarne les progrès en intelligence
artifcielle, soulève des craintes ataviques de fn du monde, d’efacement de l’espèce
humaine. Quelles sont les limites de tels systèmes hybrides ? Ces craintes sont-elles
fondées ?
Les exemples porteurs de tels projets d’amélioration du corps humain sont
nombreux et se multiplient de façon exponentielle :
- militaire comme aux Etats-Unis où le DARPA (Defence Advanced
Project Agency), département du Pentagone qui œuvre à ce que la
technologie militaire soit toujours à la pointe – propose des projets
tels que la « vision Terminator », un système de connectivité reliant les
2militaires et leurs visions les unes aux autres  ;
2. Le Soldier Centric Imaging via Computational Cameras efort, or SCENICC porte sur un ensemble
de caméras digitales capturant des images en 3D sur plusieurs rayons kilométriques, sur une sphère
de 360°, en kit main libre, avec une intégration d’un système d’armement et de tir ciblé.
20- scientifque comme à Lausanne, où la communauté médicale de l’école
de Polytechnique a obtenu en janvier 2014 un projet européen phare
(Flagship European Project) à 1 milliard d’euros, sur le cerveau (Brain),
qui vise à le modéliser sur des ordinateurs superpuissants, espérant ainsi
découvrir des ressources et fonctions cérébrales inconnues ;
- en santé comme l’utilisation des Radio Frequency Identifcation
Device (RFID) dans le contrôle et monitoring des patients. L’Ingestible
Sensor Chips (ISC) sont notamment des puces que l’on ingère avec les
médicaments. Depuis l’approbation de la Food and Drug Administration
(FDA) de juillet 2012 elles sont commercialisées au Mexique et aux
EtatsUnis ; ces puces permettent de savoir si les patients ont bien pris leurs
médicaments afn de pallier au décès chaque année de milliers d’entre
eux, dans la prise par exemple de leurs anticoagulants ; en envoyant
les informations directement à la sécurité sociale ou au médecin, elles
permettent également le contrôle à distance des prises de médicaments
prescrits sur ordonnance, afn de procéder au non à leur remboursement ;
- de réhabilitation du corps et d’amélioration des performances,
comme aux Etats-Unis avec le neuroscientifque Miguel Nicolelis, qui
a eu pour déf qu’un patient paraplégique donne le coup d’envoi de la
Coupe du monde de football, au Brésil en juin 2014, à l’aide de sa jambe
artifcielle commandée par une interface cerveau-machine – l’aspect
assez consternant de cette entreprise se résume par la non-efcacité d’un
tel exosquelette, ayant dû être soutenu par deux gardes, ainsi que de la
faiblesse du coup d’envoi ;
- esthétique comme en Colombie où la designer de mode Sophie de
Oliveira crée le studio de la prothèse alternative de mode (Te Alternative
Limb Project), ayant notamment dessiné la prothèse Cristallized pour
Viktoria Modesta – qui a joué la Reine de Glace à la cérémonie de
fermeture des jeux paralympiques de Londres 2012 ;
- politique comme l’explique l’anthropologue espagnole Beatriz Preciado,
dans son livre Testo Junkie, dans la manière d’utiliser les technosciences
pour exprimer son genre et d’explorer les possibilités technologiques et
politiques de la construction culturelle du genre ; elle prend elle-même
des hormones afn de se réassigner au genre masculin.
21Dans cet ouvrage notre questionnement est bipartite :
- comment l’histoire de la reconstruction donne-t-elle naissance au projet
d’augmentation du corps humain ?
- quelles sont les techniques et concepts, les disjonctions et les constructions
du corps hybride, son rôle en santé, et de façon encore plus vaste, en
société ?
Nous questionnons la portée philosophique, sociétale, éthique du corps hybride,
dans une société en bouleversement, en transformation. Nos enjeux sont de nous
repositionner sur le plan éthique face à l’incohérence des représentations hybrides ;
et d’en chercher des valeurs contemporaines. Comprendre les utilisations des
systèmes hybrides au corps humain, ne pas tout en accepter, ni tout en refuser,
mais réguler ces questionnements bioéthiques. Même s’ils ont pour particularité
de se regrouper sous une bannière commune, les objectifs du « corps hybride » ne
se ressemblent pas ; nous les retrouvons dans des projets diférents, parfois même
contradictoires et antithétiques. C’est ce que nous allons mettre en évidence
dans ce document, afn de démêler les amalgames, les pièges sémantiques, les
contradictions, de façon plus générale la façon dont les institutions et les sociétés
ont établi des normes pour exercer un pouvoir sur le corps humain. Quel est
le lien entre les débuts de la reconstruction du nez en occident, un champion
paralympique double amputé porteur de prothèses en carbone, l’assignation
sexuelle des intersexes, l’augmentation du corps humain chez les militaires,
les interfaces cerveau-machine en santé, ou encore le transhumanisme, autant
de sujets que nous présentons dans cet ouvrage ? Quelles diférentes réalités
recouvrent les facettes du corps hybride ?
Nous nous attachons à l’étude critique de la relation entre corps humain et normes
en santé. La normativité, comme la résistance à la normativité, est une force de la
vie, qui apparaît indissociable de la société, de la culture, des institutions. Chaque
jour, de nouvelles normes sont imposées, au sujet du corps humain, ce qui exige une
compréhension rigoureuse des phénomènes dans leur singularité : nous voulons
mettre en lumière les positionnements contemporains, souvent contradictoires,
en lien avec la transformation bioculturelle du corps humain, sa violence. Le
ressenti de l’expérience hybride vécue des individus, des nouvelles identités
(trans)corporelles façonnées par les techniques et technologies nous semble la clé
de la possibilité d’une adaptation à un environnement prothétique réussie. Pour
ce faire, nous utilisons la notion d’herméneutique, reprise par Foucault, qui est
une question de « herméneutique de soi » au sens d’une forme de connaissance de
223soi , car l’individu hybride se construit ici comme sujet en se posant la question
« que faire de mon existence et de mon corps ? ». Cette question est en même
temps esthétique : une « esthétique de l’existence » entendue comme une éthique,
par la production de normes qui ne soient pas cryptées, mais que le sujet fonde ou
découvre, et par lesquelles il se découvre également ; il faut découvrir le sens caché
dans le sens apparent, véritable fgure de « l’homme capable » (Ricoeur, 1990).
Nous proposons l’étude de phénomènes non-exhaustifs mais représentatifs
corps + technologie, qui donne lieu à un principe de cyber-anatomie, ou encore
somatechnique, de techniques de soi corporelles, dont les apparitions sont
factuelles. De telles reconstructions en chirurgie réparatrice, quelques siècles plus
tôt, se sont confrontées à des réticences morales, souvent sur un axe dichotomique
bien/mal. La reconstruction du corps humain ne fût permise qu’à partir de
l’élaboration de normes, dont celle de départ fût au sujet du corps normal et du
corps pathologique à reconstruire ; ces normes furent mises en place par les sociétés
religieuses des diférentes époques, pour sauvegarder un ordre social, et ainsi
consolider leurs propres structures. Par exemple pourquoi la chirurgie esthétique
est-elle dévalorisée, face à la chirurgie fonctionnelle : pourquoi faudrait-il mieux
reconstruire la fonction que l’esthétique  ; d’ailleurs, esthétique et fonction
sont-elles réellement dissociables ? Pourquoi préserver absolument une valeur
anthropomorphe, la forme humaine, dans la reconstruction du corps humain, n’y
aurait-il pas d’autres esthétiques possibles et d’autres fonctions complémentaires ?
Pourquoi un corps « reconstruit » est-il encore considéré comme inférieur au
schéma corporel « normal »? Enfn, comme l’hybride incarne aujourd’hui le
déjà-là de l’histoire de l’évolution de l’homme, au côté de l’humain, se pose la
question philosophique : demeure-t-il de l’humain dans l’hybride ? Dans une
grande boucle, la question sur l’hybride nous ramène fnalement à la question sur
l’humain, l’examen de son corps, sa corporéité, ses limites, ses contours, sa façon
d’organiser le vivant, d’imaginer, ses rêves, ses frustrations, ce qu’il ne comprend
pas, sa fnitude, son sacré.
Dans la fgure des technosciences, c’est-à-dire dans la relation non-exclusive mais
étroite entre histoire des sciences et histoire des techniques (intéressante à discuter
la scientifcité des savoirs nécessaires à la mise en place des techniques), on
comprend particulièrement deux caractéristiques, l’opérativité, la production de
phénomènes en laboratoire, et la circularité, la science produit des technologies qui
en retour produisent des savoirs technosciences. Rapidement les technosciences
proposent de recourir à des modifcations corporelles dans le but d’améliorer sa
3. La notion fondamentale est la pensée grecque de l’epimeleia heautou (le souci de soi).
23conscience de soi. Les technosciences se proposent comme une possibilité pour le
corps biosubjectif de se construire une nouvelle position face à l’environnement
et également une nouvelle composition de matière. La technologie est l’objet
d’un positionnement critique sur l’amélioration de nos performances en tant que
moyen d’accéder à l’éternité, et donne naissance à des produits questionnables,
illusoires et mensongers, vendus par les discours publicitaires en tant que
techniques pour améliorer le soi. Ce travail nous permet donc d’appréhender
l’imaginaire collectif du corps hybride et des questions sans réponse au sujet de ce
qu’il induit chez l’être humain.
Les questionnements de l’organisation mondiale de la santé (OMS, 1948) portent
en anthropologie sur le contexte global de la santé des populations (Global
health), de l’e-santé « les services du numérique au service du bien-être de la
4personne », et posent la problématique de la défnition de la santé, du caractère
multidimensionnel de l’être humain, un être de culture, mais aussi implicitement
5 questionnent la « gouvernementalité  » et le contrôle exercé sur le corps humain
6 du « biopouvoir  » (termes foucaldiens), en lien à une société de surveillance et
de contrôle, dans la mise en place par exemple progressive de corps disciplinaires,
le corps militaire, le corps du patient branché en interface corps-machine à la
sécurité sociale et en attente de remboursement en lien à ses dépenses de santé, le
corps du patient amputé confronté parfois à la brutalité d’un port de prothèse qui
ne lui convient pas, mais qui correspond à des normes industrielles de fabrication
de prothèses. Dans ces exemples, la fabrication institutionnelle d’un corps
soumis aux techniques, est rendu explicite le rapport de force, les contraintes,
l’assujettissement de l’individu, de l’être humain dans une situation de santé ; nous
utiliserons subsomatechnique pour signifer l’aspect négatif et délétère du corps
hybride dans ce rapport de force, face à sa fnitude, sans solution, par opposition à
une hybridation positive somatechnique. C’est cette hybridation positive du corps
hybride qui nous intéresse, un être de culture, réel et imaginaire, de métissage,
de créativité, en devenir, vivant, en mouvement, son geste. Est-ce que le corps
hybride peut s’extirper d’une situation de contrôle, de rapport de force, et
peut4. Voir le rapport de Lasbordes, 2009. La Télé-santé : un atout au service de notre bien-être.
5. La gouvernementalité désigne la rationalité propre au gouvernement de la population, qui est
une problématisation des « arts de gouverner ». Foucault souligne toute l’importance du déplacement
théorique qu’implique l’étude de la gouvernementalité par rapport au projet d’étudier l’éthique ou
les rapports à soi-même, les « pratiques de soi ». Foucault les décrit plus précisément dans leurs
relations avec les stratégies qui visent à conduire la conduite d’individus « libres », le grain des
relations de pouvoir qui participent au façonnement de la subjectivité, une véritable « microphysique
du pouvoir » (Foucault,1977-78 ; 1978-79).
6. Le biopouvoir est un ensemble de sites difus servant des intérêts précis, en utilisant les institutions
mises en place, qui exerce un pouvoir sur la vie, sur les corps humains, notamment en redressant,
gérant, contrôlant, organisant, punissant les corps des individus-citoyens.
24il être un outil de résistance – imaginaire et créatif – au pouvoir normatif sur
la vie ? Le progrès, grâce au cheminement des connaissances et des savoirs, doit
aboutir à redonner plus de confort au patient en médecine, à réparer et à améliorer
les conditions de vie. Nous ne nous positionnons pas contre l’augmentation des
situations corporelles, au gré des désirs de chacun, mais proposons une réfexion
bio-éthique de ces usages.
A nos yeux, la réalisation hybride corporelle doit retrouver un sens éthique, une valeur
positive, elle ne doit se faire qu’à partir de certaines conditions, en respect de la réalisation
d’une véritable ontologie, d’une corporéité neuve, pour le patient ; ainsi, suivant le
principe de réversibilité ontologique de la chair, d’une tradition de phénoménologie
– il n’y a pas de touchant sans être touché – il existe une correspondance forte, une
corrélation étroite entre le praticien opérant un acte et le patient recevant cet acte. Il
faudrait, au-delà de l’aspect technique, médical, reconstruire un corps en donnant
du sens, et témoigner d’une expérience du « sacré » (pour nous, le sacré n’est pas
forcément religieux : c’est tout ce que l’on ne comprend pas, pour lequel il n’y a pas
d’explication rationnelle) que l’acte de modifcation physiologique implique sur la
modifcation du schéma corporel. La reconstruction implique non seulement l’aspect
physiologique du corps humain, mais également psychologique, d’une identité, d’un
regard à l’autre, du regard de l’autre sur soi, d’une plasticité cérébrale, d’une alchimie
résultant à la fois de la perception neurologique et émotionnelle.
Nous menons la réfexion suivante, pour ne pas tomber dans les écueils d’une société
dystopique autoritaire, de surveillance et de contrôle, il est important de conserver
chez l’hybride un caractère subversif indispensable pour continuer d’imaginer, et de
créer. Pour ce faire il nous faut garder un positionnement critique :
7- rendre compte du contexte des technosciences , de production des savoirs et des
outils, de la fabrication d’une vérité scientifque, de la commercialisation d’objets
issus d’une production industrielle, des enjeux économiques des laboratoires
pharmaceutiques, du discours publicitaire ;
- de même, analyser tout ce peut nourrir la perspective d’un « biopouvoir », de
contrôle sur la vie, d’organisation, de redressement du corps humain – et plus
spécifquement du patient, ce qui pourrait nuire à sa liberté de choix, nécessaire à
la réussite de toute intervention sur le corps humain ;
- repenser le corps de l’homme et l’humain à l’extérieur des normes, et
plus particulièrement dans les points de rupture allant d’une norme à l’autre ; de
7. Sans chercher à se positionner à savoir si l’évolution des techniques et des technologies s’inscrit
dans une structure de déterminisme technologique ou de constructivisme social.
25façon subjective ; notamment la systématisation de la dichotomie normal/
pathologique, homme/ femme, humain/ inhumain ;
Ces conditions réunies nous pourrions alors poser un regard ethologique plus
serein sur le corps hybride, comment nos sociétés en santé améliorent-elles le
soin, et la qualité de la relation soignant-soigné.
La réalisation de la corporéité hybride permettrait de proposer au corps reconstruit
une valeur qui dépasse la dichotomie normal/pathologique, c’est-à-dire aller
audelà du contexte normatif, afn d’en proposer toutes les améliorations possibles,
et que l’inventivité scientifque aille dans cette direction, sans plus dès lors
parler de « dopage prothétique ». Le sujet n’est pas qu’un corps objet du regard
médical, mais un être vivant de culture, multidimensionnel, un Homme total,
à la fois physique, mental et social. Il s’agirait de récupérer de façon assertive
et performative les outils du pouvoir sur les corps, au-delà des mots et de la
violence, liée dans les appellations. Les techniques pourront alors être employées
à customiser de nouvelles subjectivités anatomiques, somatiques, et pourquoi
pas envisager la modifcation culturelle de la nature biologique de l’homme, une
épigénétique, une évolution bioculturelle.
L’hybride doit impérativement incarner une phénoménologie ontologique
neuve, des techniques du soi inexplorées, une herméneutique du sujet – même
s’il refonde d’autres normes juste derrière, dans une acceptation des multitudes
de subjectivité ; et constituer des identités neuves, subversives et heureuses, sur
8le plan de l’hybridité . Imaginons le corps hybride à l’extérieur du pouvoir des
normes, en tant qu’outil imaginaire de subversion, de création, dans le mouvement
de son devenir, et non pas seulement objet d’un totalitarisme sanitaire et/ou
économique. Gardons en tête, malgré les avancées incroyables et prodigieuses des
techniques et technologies médicales (je pense au robot Rosa, le troisième bras
des neurochirugiens, de la société Medtech) que nous connaissons encore peu
de l’adaptation réelle du cerveau aux modifcations hybrides, et très peu sur la
8. Une anthropologie de l’hybride pourrait étudier la relation entre imaginaire et réalité, dans l’acte
d’apparition du corps humain au monde. Il s’agirait de considérer l’état d’avancement des techniques
et des technologies corrélées, et mesurer les parties du corps à changer/améliorer des individus et
évaluer des items d’objectifs pour ces transformations. Avec des questions telles que (liste
nonexhaustive) :
- avez-vous une particularité corporelle (autre fonctionnement, double fonctionnement,
dysfonctionnement)? Laquelle?
- voudriez-vous reconstruire un organe, un membre ? Lequel?
- entreprendriez-vous une amélioration corporelle d’une partie de votre corps ? Laquelle ?
- pour vous, les technosciences sont utiles pour 1. Améliorer les conditions de vie ? 2. Prolonger la
vie ? 3. Développer des aptitudes ?
26modifcation du schéma corporel, que ce soit au sujet de la diférenciation de la
plasticité neuronale, du temps entrepris, de ses marqueurs (comme la douleur par
exemple) ; autant de facteurs qui ont un impact direct sur les possibilités de
rééducation.
Notre positionnement a pour but de repenser les normativités du corps humain,
dans certains cas de ré-humaniser les pratiques humaines, pour le bien-être des
sujets, au sein des institutions, de respecter les cultures et les traditions spécifques
et non pas de systématiser ni la reconstruction, ni l’amélioration du corps humain,
ni encore d’humaniser la machine en prônant une idéologie transhumaniste ou
postmoderniste systématique! Pour favoriser son bien-être l’humain ne doit pas
se trouver isolé, aliéné, coupé de la situation de communication verbale et
nonverbale (1. Proxémique : regard et espace interactionnel ; 2. Haptique : toucher ; 3.
Kinésique : corps en mouvement, geste ; 4. Chronémique : structure et perception
du temps ; 5. Vocalique : métacommunication et propriétés non-phonémiques).
Les technologies doivent se placer au service de l’humain et des situations de
communication, digitale et analogique, toujours en interaction à l’autre. Réféchir
au sujet de la relation entre corps humain et technologies dans une perspective
bioéthique est une urgence qui commute avec le devenir de l’humanité ; elle
doit se baser sur la relation à l’autre, et sur celle de l’ensemble des subjectivités,
humains et/ou inhumains, avec ou sans technologies. A ces conditions respectées,
nous défendons l’imaginaire humain de l’hybride dans ses réalités plurielles :
celles-ci représentent des avancées prodigieuses, sur de nombreuses perspectives
biomédicales, comme en domotique, où il permet de repenser le handicap et
améliorer les conditions de vie ; en chirurgie réparatrice, où il permet de réparer
le corps humain ; en chirurgie plastique et en endocrinologie au sujet du genre où
il permet de réassigner des identités culturelles de sexe aux patients demandeurs ;
au sein du projet médical de l’amélioration de l’homme où il permet de dépasser
des contraintes biologiques humaines pour accéder à des propriétés améliorées
(comme le projet de la bio-pile au glucose) ; quand les systèmes d’interface hybride
homme-machine permettent d’expérimenter des situations de communication ;
quand ces systèmes permettent d’améliorer la condition humaine. A l’inverse
d’un corps subjectivé par le biopouvoir, ce corps hybride contribue à éclairer la
critique sur le caractère arbitraire des normes corporelles, qui façonnent le corps
bioculturel de l’homme en société. Il est indispensable de ne pas oublier que tout
analysable peut-être subverti et que le devenir de l’homme n’appartient qu’à lui,
entre imaginaire et réalité, entre biologie et culture, la condition de son bien-être,
libre à lui, entre recherche, connaissance, bioéthique et progrès d’en redessiner les
frontières.