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La Nouvelle revue de l'Inde 5

De
159 pages
Ce cinquième numéro offre un Spécial Râmânaya et Sanskrit, valorisant différentes facettes de cette légende, et représentant sans doute l'une des meilleures anthologies en français de l'oeuvre épique qui a façonné l'âme des Indiens, tout comme L'Iliade et L'Odysée ont influencé la nôtre. Bon voyage au coeur de la légende de l'Inde.
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SPÉCIAL RÂMÂYANA ET SANSKRIT
Olivier Germain-Thomas
Martine Quentric-Seguy
Jyotsna Chattopadhyay
Robert Goldman
Sri Aurobindo
Colette Poggi
Alain Porte
Kyran Vyas
Manoj Das
ISBN : 978-2-296-55311-8™xHSMCTGy553118z
15 €
NUMÉRO 5
LA NOUVELLE REVUE DE L’INDE
Numéro 005Trimestriel June 2009
Numéro 1
15 EurosNUMÉRO SPÉCIAL RÂMÂYANA ET SANSKRIT2
ÉDITORIAL
La Nouvelle Revue de l’Inde continue sa route et en est à son quinzième numéro trimestriel.
Cette fois-ci, nous vous offrons un Spécial Râmânaya et Sanskrit, valorisant différentes facettes
de cette légende, et représentant sans doute l’une des meilleures anthologies en français de
l’œuvre épique qui a façonné l’âme des Indiens, tout comme l’Iliade et l’Odyssée ont influencé
la nôtre.
Saviez-vous que nous sommes le seul magazine entièrement dédié à l’Inde dans le monde
francophone ?
Cependant, l’avenir de cette revue dépend étroitement du regard de la France sur l’Inde.
Est-il besoin de rappeler que les Français ne sont que les onzièmes investisseurs en Inde ? Il
faudrait faire comprendre aux hommes d’affaires que ce sous-continent est l’alternative naturelle
et libérale à la Chine, vers laquelle ils ont pourtant misé tous leurs investissements.
ÉDITORIAL© Photo : Yves Pons 3
Les politiques ne saisissent également pas l’immense importance géostratégique de
l’Inde, véritable île démocratique et pro-occidentale au milieu d’une Asie en proie à la tentation
d’hégémonie chinoise et au fondamentalisme islamique.
Toute l’équipe de La Nouvelle Revue de l’Inde vous souhaite une bonne lecture !
François Gautier
(Rédacteur en chef de La Nouvelle Revue de l’Inde, L’Harmattan)
Écrivain, journaliste et photographe,
François Gautier a été durant huit ans
le correspondant du Figaro en Inde et en Asie.
Il est l’auteur de plusieurs livres sur l’Inde :
Un autre regard sur l’Inde (Le Tricorne, 1999)
Swami, PDG et moine hindou (J. P. Delville, 2003)
La caravane intérieure (Les Belles Lettres, 2005)
Des Français en Inde (France Loisirs, 2008)
ÉDITORIALSOMMAIRE
POLITIQUE 6
4
Ashok Tanwar – l’espoir d’un autre leader : N. GORWITZ, M. LEONARDI
Après le Dalaï-Lama : CLAUDE ARPI
Lobsang Sangay, nouveau kalon tripa du Tibet – interview : CLAUDE ARPI
Le karmapa – les tribulations d’un lama : CLAUDE ARPI
Baba Ramdev – bateleur ou prophète ? : MICHEL TESTARD
Swami Ramdev – contrepoint : FRANÇOIS GAUTIER
SOCIÉTÉ 28
Arundhati Roy – une combattante aux mains nues : MICHAEL DE SAINT-CHERON
Prithwindra Mukherjee – interview : PHILIPPE PRATX
Les racines intellectuelles de l’indépendance de l’Inde – critique : L. PRINGAULT
Quand l’Inde fait vibrer les Français : M.-J. GUÉZENNEC
Gandhi – l’économie de la non-violence : ARMOOGUM SAWMY
Départ d’un yogi français : CLAUDE ARPI
CULTURE 50
Parenthèse au Bengale : O. GERMAIN-THOMAS
Ladakh – moments volés : MARINE PETRY
La conception du temps en Inde : M.-J. GUÉZENNEC
L’aventure du chœur de Shillong : LYDIE PRINGAULT
RÂMÂYANA 66
Le Râmâyana – introduction : JEAN-YVES LUNG
Pour l’amour du Râmâyana : ROBERT GOLDMAN
LeMahâbhârata et le Râmâyana... : SRI AUROBINDO
SOMMAIRE© Photo : Marine Petry
JEAN-YVES LUNG : Réflexions sur l’éthique et l’esthétique du Râmâyana
DOMINIQUE ET FRÉDÉRIC SOLTAN : Les enfants-dieux de Bénarès 5
MAYA : « Yaro ever yaro »
SACHCHIDÂNANDA SAHAI : Le Râmâyana au Laos – parcours d’un chercheur
SAA : Le Râmâyana dans le Sud-Est asiatique...
JYOTSNA CHATTOPADHYAY : Le Krittibasi Ramayana...
PHILIPPE PRATX : Une princesse indienne au cœur de la Caraïbe
RAMANATHAN KRISHNAN : La face cachée du Râmâyana de Vâlmîki
KIRAN VYAS : L’ayurvéda dans le Râmâyana
COLETTE POGGI : La saveur de l’amour comme chemin de sagesse...
MANOJ DAS : Râma et Sîtâ à la lumière de l’évolution humaine
MARTINE QUENTRIC-SÉGUY : Le cheminement humain selon le Râmâyana
ALICIA PRATX : Sita, a woman like you
ROBERT GOLDMAN : Extraits du Râmâyana
POURNAPRÉMA : Les sandales de Râma
124 SANSKRIT
JEAN-YVES LUNG : Le sanskrit
ROBERT GOLDMAN : Le langage et le style du Râmâyana de Vâlmîki
132 CONTES
NICOLE ELFI : Les dix avatars
PHILIPPE PRATX : Sita Amman Kovil
ALAIN PORTE : La descente de Gangâ sur terre
147 Glossaire
SOMMAIRE6
Politique
Ashok Tanwar – l’espoir d’un autre leader : N. GORWITZ, M. LEONARDI 8
Après le Dalaï-Lama : CLAUDE ARPI 13
Lobsang Sangay, nouveau kalon tripa du Tibet – interview : CLAUDE ARPI 16
POLITIQUE7
© Photo : Yves Pons
20 CLAUDE ARPI : Le karmapa – les tribulations d’un lama
23 MICHEL TESTARD : Baba Ramdev – bateleur ou prophète
26 FRANÇOIS GAUTIER : Swami Ramdev – contrepoint
POLITIQUEASHOK
TANWAR
L’ESPOIR D’UN AUTRE LEADER
par Natacha Gorwitz
et Morgane Leonardi
8
La classe politique indienne semble être en Ashok Tanwar est un jeune leader de
l’omcrise, quelque peu sclérosée par des acteurs pré- bre ; et les journalistes connaissent mal cet
sents depuis des décennies. Cependant, quelques homme qui agit plus qu’il ne parle. À l’heure
nouveaux leaders émergent et c’est le cas d’Ashok où une série de scandales de corruption sans
Tanwar, d’origine modeste, qui a fait ses débuts po- précédent salit l’image de la politique
indienlitiques sur les bancs de l’université et qui connaît ne, Tanwar conquiert une nouvelle
généramaintenant une fulgurante ascension. tion de militants avide de changement, par sa
discrétion, son ardeur au travail, sa droiture
morale et son passé irréprochable. Un fait
suffisamment marquant pour qu’on s’intéresse à trente-cinq ans, Ashok Tanwar est
ce leader d’un nouveau genre. une anomalie dans le paysage po-À litique Indien. Fils de dalits,
origiRencontre avec naire d’une commune rurale de l’Haryana, il
un jeune leader discretest l’une des rares figures montantes de sa
génération à ne pas faire partie d’une dynastie
Lors d’une soirée dans un bar branché de politique.
Hauz Khas village, le quartier « bobo » de New
En 1997, il entre comme simple étudiant Delhi, nous rencontrons pour la première fois
en Master d’Histoire à la célèbre Jawarharlal Shahnawaz. À vingt-quatre ans, Ray-Ban sur
Nehru University de Delhi et devient en quel- le nez et Coca à la main, le jeune homme
resques années l’un des leaders les plus influents semble à un étudiant ordinaire. En réalité,
du NSUI, le syndicat étudiant attaché au Parti depuis 2009, il est secrétaire national de la
du Congrès. NSUI, tout comme Ashok Tanwar quelques
années auparavant.
En 2005, à seulement vingt-neuf ans, une
première, il est nommé président du Youth Nous évoquons avec lui notre projet
d’écriCongress, qu’il transforme en parti de masse. re une série de portraits de jeunes leaders
inQuatre ans plus tard, après une bataille élec- diens, en menant, entre autres, des enquêtes
torale acharnée, il remporte la circonscription d’opinion auprès d’étudiants de JNU. Au nom
de Sirsa dans l’Haryana. Aujourd’hui proche d’Ashok Tanwar, son visage s’illumine : « Cet
de Rahul Gandhi, il est le plus jeune secrétaire homme représente pour nous une lueur
d’esde l’All India Congress Committee, l’organe poir. C’est lui qui m’a donné envie d’entrer
exécutif du Congrès. en politique. » Quand Shahnawaz débarque à
POLITIQUEDelhi à la sortie du lycée pour trouver du tra- Du village à la capitale,
vail, rien ne le prédestine à s’engager en poli- un parcours atypique
tique. Le jeune homme vit très modestement
Ashok Tanwar naît en 1976 à Chimni, et enchaîne les petits boulots. Son entrée à
petit village du district de Jhajjar, dans l’Ha-JNU et sa rencontre avec Tanwar au sein de la
ryana. Ses parents sont dalits : ils font partie NSUI ont été déterminantes.
de la caste des intouchables, ces parias de la
Aujourd’hui, il n’hésite pas à ériger son société indienne soumis aux tâches les plus
mentor en modèle, et ne tarit pas d’éloges à dégradantes. Malgré l’abolition du système
son égard. Fièrement, il nous propose d’or- des castes après l’indépendance et la mise en
ganiser une rencontre. Deux jours plus tard, place, en 1987, d’une politique de
discriminous sommes dans l’autorickshaw qui nous nation positive ambitieuse, les dalits
demeuemmène chez le député. Il aura suffi à Shah- rent l’une des couches les plus fragiles de la
nawaz d’un coup de téléphone à celui qu’il ap- société : pauvre, peu éduquée, et davantage
pelle son « senior » pour organiser la rencon- victime du chômage.
tre. « Un senior ne peut dire non à son junior »,
Ashok Tanwar, en bon Indien, parle de sa sourit-il avec malice.
famille avec respect : « Mes parents sont des
9Devant la maison du député, une dizaine gens très humbles. Mon père était militaire.
d’hommes patientent. Venus pour la plupart Quand j’étais plus jeune, et comme beaucoup
de la circonscription d’Ashok Tanwar, ils ont de parents indiens, ils voulaient voir leur fils
fait le déplacement avec la certitude que le devenir médecin. Alors j’ai pensé à devenir
jeune leader leur prêtera une oreille attentive. médecin pour leur faire plaisir. »
« Ashok Ji » y met un point d’honneur. Guidés
Mais en grandissant, le jeune Ashok res-par Shahnawaz, très décontracté, nous
traversent le besoin de servir les autres. « J’étais en sons la cuisine avant d’entrer dans le salon.
seconde, et je pensais : un jour, je deviendrai
Les lieux n’ont pas le faste et la délicatesse politicien. Je crois fermement que la politique
auxquels on pourrait s’attendre. L’intérieur est est la profession qui permet d’aider le
maxitypique des maisonnées de la classe moyenne mum de gens. » Tanwar conçoit la politique
indienne traditionnelle. Sur les murs, au mi- dans sa forme la plus élémentaire et la plus
lieu des bibelots, deux peintures plutôt gros- noble : un service à la Cité. Son rêve d’alors :
sières : un portrait du dieu Krishna enfant, devenir fonctionnaire. Il part donc étudier à
et un portait de son mariage, en 2005, avec Delhi afin de préparer les concours
adminisAvantika Maken, petite-fille d’un ancien pré- tratifs. Il rejoint les bancs de l’université de
sident de la République indienne. Delhi, avant d’intégrer JNU.
Quand le député entre, c’est l’homme du C’est dans cette université à la réputation
peuple qui s’avance. Comme tous les jours, controversée qu’il attrape véritablement le
viTanwar porte la traditionnelle kurta blanche. rus de la politique. « En entrant à JNU, mon
Sa démarche est raide ; son salut, notamment objectif était simplement d’étudier. Mais il
quand il s’adresse aux femmes, réservé. En m’est rapidement devenu impossible d’ignorer
politique comme en privé, Tanwar n’est visi- la fièvre politique sur le campus. » À cette
époblement pas un révolutionnaire. Le député que, la vie politique du campus était très
anis’exprime avec une retenue rare pour une per- mée et les élections syndicales constituaient
sonnalité politique. Son débit est lent, sa voix l’événement majeur de l’année. JNU attire
presque inaudible. Ashok Tanwar n’est pas de depuis sa création en 1969 les apprentis
policeux qui impressionnent à première vue par ticiens de tous bords. Sur les murs, on peut
leur talent d’orateur. voir côte à côte affiches marxistes, caricatures
anti-impérialistes et slogans nationalistes.
« Si vous ne savez pas qu’il est député,
difficile de le deviner… » commente Shahnawaz Les étudiants préfèrent généralement les
avec admiration à la sortie de l’entretien. extrêmes : ils sont nombreux à rejoindre les
POLITIQUErangs de la SFI (un syndicat d’extrême gau- La consécration
che) et de l’ABVP (syndicat nationaliste
hinDeux ans plus tard, Sonia Gandhi et d’au-dou). Les débats idéologiques sont clivés ;
tres leaders du Congrès, qui l’ont remarqué, et les confrontations entre étudiants affiliés
le nomment président du Youth Congress, le souvent entachées de violence.
parti des jeunes du Congrès. Le jeune leader,
à seulement vingt-neuf ans, est, une fois de Quand Ashok Tanwar décide de s’engager
plus, le plus jeune leader à avoir jamais occupé au sein du NSUI, proche du Parti du Congrès,
ce poste. La présidence du Youth Congress lui le syndicat ne compte pas plus d’une dizaine de
assure une réelle visibilité au niveau national.membres. L’aura et l’action du jeune activiste
vont transformer le visage de l’organisation. En cinq ans, Ashok Tanwar parvient à
démocratiser en profondeur l’organisation en
« À cette époque, nous avions beaucoup élargissant la base du Youth Congress, en
inde problèmes sur le campus : logement, nour- troduisant plus de transparence et, surtout,
riture, politique d’admission... mais aussi des élections à tous les échelons : il met fin
violence entre partis politiques rivaux. J’ai au système de nomination qui privilégiait
choisi d’entrer au NSUI, non par idéologie, jusqu’ici les dynasties politiques au sein de
mais pour aider mes camarades. J’ai travaillé 10 l’organisation. Il parvient à imprimer sa
mardur pour apporter mon aide et mobiliser les que au sein du parti.
gens. Très vite, on a commencé à m’appeler à
toute heure du jour et de la nuit. Les gens me « J’ai essayé de développer mes
programreconnaissaient sur le campus. Et l’organisa- mes pour les jeunes de manière décentralisée,
tion a grossi. » en coopération avec les villages, les districts
et les États, de manière à renforcer le
foncEn 1999, il participe aux élections syn- tionnement du Congrès. » Une véritable
révodicales à JNU pour le poste de président du lution pour le Congrès, le plus important et
Comité de représentants élus, et réalise le le plus ancien des partis politiques indiens,
meilleur score des candidats NSUI, avec plus souvent critiqué pour son opacité et son
foncde 550 votes. Un an plus tard, il est élu secré- tionnement népotique.
taire général du NSUI au sein de JNU. Cette
Il se montre aussi soucieux des inégalités première expérience est un apprentissage
sociales et économiques : « Dès le début, j’ai pour le jeune homme, qui doit surmonter sa
cherché à reconstruire le lien entre les poli-timidité et apprendre à s’adresser à la foule. Il
tiques du gouvernement, et la population. » devient rapidement très populaire auprès des
C’est la clé de voûte du programme Aam Aad-étudiants et acquiert une réputation de « bon
mi Ka Sipahi (AAKS), lancé à son initiative samaritain » toujours disponible.
en 2009, qui vise à informer les populations
rurales et pauvres des aides et programmes De JNU, le jeune député retiendra « la
sociaux dont ils peuvent bénéficier. Durant formidable diversité et pluralité de l’Inde, et
son mandat, il acquiert sa réputation d’être comment la respecter », l’art du débat
démoquelqu’un qui agit. cratique, et la nécessité de s’intéresser aux
problèmes de chacun. En 2003, remarqué Déjà se dessinent dans son discours les
pour son travail, il succède à Meenakshi Na- thèmes qui lui sont chers : démocratie,
méritarajan à la présidence du NSUI, son premier tocratie, développement, justice sociale,
éduposte à dimension nationale. cation ; jusqu’à la lutte contre le terrorisme
et la défense du sport comme liant social.
À seulement vingt-sept ans, il est le plus Sa popularité au sein du NSUI et du Youth
jeune leader à occuper ce poste. Ashok Tanwar Congress est grande.
se voit alors confier des missions à travers
tout le pays. Il cherche à introduire une plus Paradoxalement, Ashok Tanwar,
symgrande discipline au sein du syndicat, et met bole du self-made politician, entretient avec le
l’accent sur l’éducation. phénomène dynastique une relation ambiguë.
POLITIQUESa rencontre avec Rahul Gandhi, en 2007, Un ovni politique ?
est capitale. Le jeune héritier de la dynastie
Fervent partisan de la démocratie et de Nehru-Gandhi, alors en pleine ascension,
la méritocratie, Tanwar en défend une vision partage les mêmes idées et la même vision du
très puritaine – sans compromis. Ainsi, le parti qu’Ashok Tanwar. Il le soutient dans ses
jeune homme n’aime pas évoquer ses origines réformes face à de nombreux cadres réticents
dalits et la façon dont elles ont pu favoriser du Parti du Congrès.
son ascension fulgurante : « Les quotas n’ont
joué aucun rôle dans mon cas. J’ai bénéficié Cette collaboration fructueuse conduit
des réservations, c’est vrai, mais résumer ma Tanwar à intégrer l’équipe progressiste de
réussite au facteur caste est injustifié. » Rahul Gandhi, déjà composée par ailleurs
d’autres jeunes leaders d’origine modeste
Ashok Tanwar a fait le choix de ne pas être comme Meenakshi Natarajan, aujourd’hui
le candidat de sa caste. Transcender les bar-députée de la circonscription de Mandsaur
rières de caste en niant leur l’existence et leur (Madhya Pradesh) et secrétaire générale de
poids sur la société : une posture singulière, l’All India Congress Committee.
à la française ? « Je n’aime pas les politiques
communautaristes », nous dit-il simplement. En outre, l’épouse d’Ashok Tanwar, Avan- 11
tika Maken, est la petite-fille de l’ancien prési- Ashok Tanwar préfère qu’on s’intéresse à
dent de l’Inde, Shankar Dayal Sharma, et la fille ses combats du moment. Depuis son entrée
de Lalit Maken, un parlementaire assassiné par au Lok Sabha, la chambre basse du Parlement,
des militants extrémistes sikhs en 1985. en 2009, il est membre du Comité permanent
sur l’Éducation et l’Enseignement Supérieur.
À l’approche des élections générales, en En 2010, il s’engage également dans le Comité
2009, la direction du Congrès lui offre la consultatif du ministère de l’Environnement
chance d’aller plus loin et lui propose la cir- et des Forêts. Il est enfin membre du Forum
conscription de Sirsa, dans son État natal, parlementaire sur la Jeunesse.
l’Haryana. Parachuté à la dernière minute
face à un poids lourd de la politique locale, À trente-cinq ans, Ashok Tanwar a su
Tanwar remporte haut la main l’élection, au franchir les barrières qui le séparaient d’un
terme d’une campagne qualifiée de « dure ». destin national. Dans une démocratie
indienne pourtant dominée par les dynasties
politiUne fois élu, Tanwar doit relever plusieurs ques, son ascension semble s’être faite
natudéfis : sa circonscription est reculée et peu rellement, sans éclats. Tanwar est aujourd’hui
développée ; la majorité de la population de- un fervent défenseur de la méritocratie. Son
meure très dépendante de l’agriculture. Selon parcours dessine le portrait d’un leader
atypilui, l’avenir des zones rurales réside dans l’in- que : un homme du peuple, sincèrement
atdustrialisation et la construction de nouvel- taché à ses convictions, et reconnu pour son
les infrastructures, comme le raccordement travail, son honnêteté et sa discrétion. La
déau réseau ferroviaire. mocratie pour laquelle le jeune député se bat
est aussi immaculée que son costume ; et les
Le député est confiant. « Nous avons déjà principes moraux qui transparaissent dans
pu accomplir beaucoup. Nous avons amélioré son discours policé semblent inattaquables.
les conditions de vie des habitants les plus
pauvres, favorisé leur accès à l’éducation, pris Son association avec Rahul Gandhi, le plus
position sur l’énergie nucléaire. » Deux ans célèbre des héritiers, peut surprendre. Elle
réaprès son élection, il est encore trop tôt pour pond cependant aux aspirations contraires de
évaluer les retombées réelles de son action. la population indienne. Si le destin du Parti
Seule certitude : Tanwar s’efforce de cultiver du Congrès est toujours lié à la dynastie des
l’image d’un élu proche du peuple, accessible Gandhi, Ashok Tanwar est plus à même
d’inet très impliqué dans le développement de sa carner les aspirations d’une jeunesse avide de
circonscription. reconnaissance et de progrès.
POLITIQUE© Photo : Yves Pons
Le jeune député est à l’image de ses suppor- Convaincant ? Certainement, car moins
ters : en compromis permanent entre idéaux de quinze ans après son entrée en politique,
et réalité d’une société encore très figée. Un le jeune homme peut déjà se targuer d’un
parleader ambivalent qui, s’il n’a pas l’allure d’un cours étonnant.
révolutionnaire, défend une vraie révolution
Natacha Gorwitz et Morgane Leonardi politique, progressiste et durable, en phase
sont étudiantes à Sciences Po, Paris, en année avec les traditions de son pays.
d’échange à Jawaharlal Nerhu University
(JNU) à New Delhi (2011).
12
POLITIQUEAPRÈS LE
DALAÏ-LAMA
par Claude Arpi
13
L’année 2010 marquera l’histoire du Tibet : quitter la scène politique pour consacrer son
elle signifie en effet un changement de régime, et énergie à d’autres recherches.
plus particulièrement le retrait du Dalaï-Lama
Le 10 mars 2010, lors d’une déclaration de la scène politique nationale. Annoncé depuis
publique, le dirigeant tibétain expliquait les quelque temps déjà, ce bouleversement semble
raisons de sa décision : « Dès les années 60, avoir lieu dans la plus grande sérénité.
j’ai insisté à plusieurs reprises sur le fait que
les Tibétains ont besoin d’un dirigeant qui
soit élu librement, par le peuple tibétain, et u cours des derniers mois de l’année
auquel je puisse transmettre mes pouvoirs. 2010, les Tibétains en exil ont subi un
Maintenant, nous avons clairement atteint le Atsunami politique et historique, le plus
moment où cela doit prendre effet. » sérieux depuis 1959. À ce moment-là, le jeune
Dalaï-Lama avait décidé de traverser les plus Penpa Tsering, porte-parole de
l’Assemhauts cols de l’Himalaya pour prendre refuge blée, a expliqué en ces termes le message que
en Inde. À l’époque, il avait abandonné son le Dalaï-Lama a adressé aux députés le 14
pays natal, accompagné de 85 000 compa- mars : « Le message de Sa Sainteté était
fertriotes ; c’était le début de longues années de me, très déterminé. Il a été très difficile pour
traumatisme pour ces réfugiés. la plupart des membres de digérer la décision
de Sa Sainteté. » Pendant longtemps, les dé-En juin 1991, le parlement tibétain en exil
putés soupçonnaient que le Dalaï-Lama avait (aussi connu sous le nom d’Assemblée des
dél’intention de se retirer, mais « personne ne putés du peuple tibétain) a adopté une «
charpouvait imaginer que ce serait si radicalement te », une sorte de constitution établissant la
et si soudainement », note Tsering.séparation des pouvoirs législatif, exécutif et
judiciaire du gouvernement tibétain en exil. Après que le Dalaï-Lama ait officiellement
eLa charte assigne au Dalaï-Lama des fonc- rejeté un appel de la 14 Assemblée pour qu’il
tions spécifiques en tant que chef de l’État. reconsidère sa décision, il est devenu clair qu’il
n’y avait pas d’autre choix que d’amender la
Aujourd’hui que les Tibétains sont consi- Charte et de l’adapter à la nouvelle situation.
dérés comme l’une des communautés en exil
ayant bien réussi, le Dalaï-Lama a décidé de Ce fut une tâche ardue, bien que le
Dalaïchanger le régime qui a prévalu durant trois Lama ait déclaré : « Cela bénéficiera aux
Tibésiècles au pays des neiges éternelles, et de tains sur le long terme. Ce n’est pas que je sois
POLITIQUE