La Pauvreté durable ?

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L'Asie du Sud est devenue "l'épicentre de la pauvreté mondiale" avec près de 40% de la population pauvre du monde. L'évolution de la société bangladaise est caractérisée par cette pauvreté massive (surpopulation, espace de vie limité, risque climatique croissant, manque d'eau potable). En questionnant les réalités du Bangladesh, nous interpellons les enjeux du futur comme s'ils étaient les nôtres eux aussi.
Publié le : mardi 1 juillet 2008
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EAN13 : 9782336277561
Nombre de pages : 169
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La pauvreté durable?
Au Bangladesh et en particulier à Dacca

@L.HARMATTAN. 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

2008 75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06061-6 EAN : 9782296060616

Joël Le Quément

La Pauvreté durable?
Au Bangladesh et en particulier à Dacca

L'Harmattan

Illustration de couverture:

Regards d'habitants du bidonville de Khilgaon à Dacca Photographiede l'auteur, décembre2007

Pour Shahana, Shahin, Kulsum, Rabya et les habitants du bidonville de Khilgaon

Avertissement: Les opinions exprimées dans cet ouvrage n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas une position officielle de la Commission européenne.

Prologue

M'engageant tel un pèlerin sur le chemin des mégapoles il ya dix ans, d'abord à Shanghai, puis

à partir du Caire vers l'est - à Mumbai, Kolkata, Chongqing, Singapour - et vers l'ouest - à Lagos,
Sào Paulo et Mexico -, je me suis rendu pour la première fois en juin 2005 au Bangladesh et à Dacca. Je souhaitais aller à la rencontre de la cité sœur bengalie de Kolkata, de l'autre côté de la frontière depuis la parti tion de l'Inde en 1947. Ce fut un choc fort et parfois douloureux mais toujours emprunt de reconnaissance profonde, tant l'accueil chaleureux est au diapason de la grande culture du Bengale.

Rabindranath Tagore dans l'Offrande lyriquel lui né à Calcutta et auteur des paroles devenues

1'hymne national du Bangladesh - dit le poids de
1'histoire et la dure réalité du monde:

Rabindranath 2006, p. 38.

I

Tagore, L'offrande

lyrique, Poésie/Gallimard,

La pauvreté durable?

« C'est ici ton tabouret; ici tes pieds reposent où vit le très pauvre, l'infime et le perdu. Si je tente de m'incliner vers toi, ma révérence ne parvient pas à cette profondeur où reposent tes pieds, parmi le très pauvre, l'infime et le perdu. Où ne hante jamais l'orgueil, là tu marches dans la livrée de I'humble, parmi le très pauvre, l'infime et le perdu. Mon cœur jamais ne trouvera sa route vers où tu tiens compagnie à ceux qui sont sans compagnon, parmi le très pauvre, l'infime et le perdu ». Du lauréat du prix Nobel de littérature de 1913 à celui Muhammad Yunus qui reçut le prix Nobel de la paix un siècle après en 2006, il y a une profonde continuité. « En aidant les gens à sortir de la pauvreté, le micro crédit bâtit les conditions de la paix. Le cas du Bangladesh montre de façon éclatante les résultats qui peuvent être obtenus. Le Bangladesh d'aujourd'hui est un laboratoire vivant: l'un des pays les plus pauvres du monde se transforme en ayant recours à une conception innovante de la société et de l'activité économique »2. Entrer dans la grande cité qu'est devenue Dacca, c'est aussi être confronté à la réalité de

2 Muhammad Yunus, Vers un nouveau capitalisme, le. Lattès, 2008, p. 176. 12

Prologue

l'ensemble du Bangladesh, dominé par la densité excessive de sa population et la pauvreté massive. Le Bangladesh a ainsi pris une dimension « mégapolitique », surexposée aux tensions sociétales et aux chocs fréquents d'une nature de plus en plus féroce. Le voyage sur place est irremplaçable approcher cette réali té. L'entreprendre, rencontrer « I'humain» pour l'essentiel. pour c'est

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Une photo, une main

« Silence de la photo, silence de l'image qui se passe (ou devrait se passer) de tout commentaire. Mais silence aussi de l'objet, qu'elle arrache au contexte encombrant et assourdissant du monde réel. Quels que soient le bruit et la violence qui l'entourent, la photo rend l'objet à l'immobilité et au silence. En pleine confusion urbaine, elle recrée l'équivalent du désert, un isolement phénoménal. Elle est la seule façon de parcourir les villes en silence, de traverser le monde en silence. » Jean Baudrillard3

3

Le Monde 2, 28 mai 2005, p. 44.

Une photo, une main

En contrebas de l'échangeur autoroutier, le bidonville de Khilgaon Photographiede l'auteur, décembre2007
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La pauvreté durable?

Une photo

Ma rencontre avec le Bangladesh est née de manière insolite à cause d'une photo et avec l'aide d'une petite main. Après de nombreux périples à travers les mégapoles de ce monde, ma décision fut prise de continuer ce qui est un pèlerinage vers Dacca, en contrepoint de la visite de Calcutta que je fis en août 2003. La raison première était d'aller voir audelà de la frontière indienne la cité sœur de Calcutta, Dacca au Bangladesh. Distantes d'environ 300 km, ces deux mégapoles ont eu pour socle commun le Bengale et sa grande civilisation. Que dire aujourd'hui de ce que fut la partition de l'Inde en 1947, une tragique décision aux terribles conséquences humaines. Séparer en deux nations une seule et même civilisation ayant une langue et une culture communes, c'est à l'évidence une tragédie de I'histoire qui continue à dévider sa trame, humainement explosive. Lisant ce matin du 2 juin 2005 l'édition du quotidien des affaires de Dacca, le Financial Express, je découvre la photo d'un bidonville4.

4 « Sprouting of Slums », The Financial Express, Dacca, 2 juin 2005, p. 8.

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