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La personne, sujet appelant

De
290 pages
"L'ouvrage de Takuya Nishimura est une contribution précieuse à l'étude d'une thématique dans laquelle la linguistique intervient avec le concours d'éclairages qui proviennent d'autres sciences humaines. Ce livre montre, à l'aide d'exemples nombreux et à travers une argumentation convaincante, la complexité de la relation entre nom et pronom dans l'auto-désignation et dans l'adresse à l'autre, phénomènes fondamentaux de la relation dialogale qui est à la base de toute communication" Claude Hagège, professeur au Collège de France
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La personne, sujet appelant
La personne,
« L’ouvrage de Takuya NISHIMURA est une contribution précieuse à
l’étude d’une thématique dans laquelle la linguistique intervient avec le
concours d’éclairages qui proviennent d’autres sciences humaines. Ainsi sont sujet appelant
apportées d’importantes contributions à notre connaissance du phénomène
de la personne en langue, dont l’expression se situe au carrefour des formes
linguistiques et de l’univers peuplé par l’homme.
Esquisse d’une anthropologie pragmatiqueL’auteur utilise avec bonheur et compétence ses connaissances approfondies
dans trois langues : le japonais, sa langue maternelle, le français, dont il a
acquis une solide maîtrise à travers son long séjour en France, et le turc, qui
est une des nombreuses langues avec lesquelles l’a familiarisé sa remarquable
gourmandise des idiomes les plus divers.
Ce livre montre, à l’aide d’exemples nombreux et à travers une argumentation
convaincante, la complexité de la relation entre nom et pronom dans
l’autodésignation et dans l’adresse à l’autre, phénomènes fondamentaux de la Takuya Nishimura
relation dialogale qui est à la base de toute communication. »
Claude Hagège, professeur au Collège de France
Takuya NISHIMURA est Docteur en linguistique générale de
l’Université Descartes - Paris 5, enseignant à Néoma (ESC aux
Campus de Rouen et de Reims). Il poursuit ses recherches au sein
du groupe « Systématique et catégorisation culturelles » de l’UMR
7206 Ecoanthropologie et ethnobiologie (CNRS et Muséum national
d’histoire naturelle).
Illustration de couverture : Fleurs de l’orchidées, Peinture aquarelle de Kiyoko Kojima, à Tokyô, octobre 2014.
Préface de Claude Hagège
30 €
& P
ISBN : 978-2-343-03600-7
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Takuya Nishimura
La personne, sujet appelant
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La personne, sujet appelant
Esquisse d’une anthropologie pragmatique















Langue et Parole.
Recherches en Sciences du langage
Collection dirigée par Henri Boyer (Université de Montpellier 3)

Conseil scientifique :
C. Alén Garabato (Univ. de Montpellier 3, France), M. Billières (Univ. de Toulouse-Le Mirail,
France), P. Charaudeau (Univ. de Paris 13, France), N. Dittmar (Univ. de Berlin, Allemagne),
V. Dospinescu (Univ. "Stefan cel Mare" de Suceava, Roumanie), F. Fernández Rei (Univ. de
Santiago de Compostela, Espagne), A. Lodge (St Andrews University, Royaume Uni), I.-L.
Machado (Univ. Federal de Minas Gerais, Brésil), M.-A. Paveau (Univ. de Paris 13, France),
P. Sauzet (Univ. de Toulouse-Le-Mirail), G. Siouffi (Univ. de Montpellier 3, France).

La collection Langue et Parole. Recherches en Sciences du langage se donne pour objectif
la publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un champ qui n'a cessé d'évoluer et
de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa diversification (théorique et méthodologique), dans
ses débats et polémiques également. Le titre retenu, qui associe deux concepts clés (et controversés) du
Cours de Linguistique Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera
des études concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine : descriptions de telle ou
telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de ses/ leurs composantes; recherches en
linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique historique; approches des
pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la pragmatique ou l'analyse conversationnelle,
sans oublier les diverses tendances de l'analyse de discours. Elle est également ouverte aux travaux
concernant la didactologie des langues-cultures.
La collection Langue et Parole souhaite ainsi contribuer à faire connaître les développements les
plus actuels d'un champ disciplinaire qui cherche à éclairer l'activité de langage sous tous ses angles.
Rappelons que par ailleurs la Collection Sociolinguistique de L'Harmattan intéresse les recherches
orientées spécifiquement vers les rapports entre langue/langage et société.

Dernières parutions

Kyriakos FORAKIS, Structures complexes du français moderne, 2014.
Tayeb BOUGUERRA, Pour une écodidactique du français langue étrangère et seconde, 2014.
Jean-Adolphe RONDAL, Une théorie du fonctionnement et du développement morphosyntaxique,
2014.
Virginia GARIN, Guillaume ROUX et Maude VADOT, Enjeux méthodologiques en sciences
du langage. Orientations, matériaux, contraintes, 2013.
Patrick CHARAUDEAU, La conquête du pouvoir. Opinion, persuasion, valeurs. Les discours d’une
nouvelle donne politique, 2013.
Jean Louis SOUS, Prendre langue avec Jacques Lacan, Hybridations, 2013.
Jaime Céspedes GALLEGO et Carmen PINEIRA-TRESMONTANT (dir.), L’Espagne :
quels enjeux pour l’Europe ? Le regard des médias sur les élections de 2011, 2013.
Maurice TOURNIER, Des noms et des gens en guerre (1914-1945), Volume II (1939-1945),
2013.
Maurice TOURNIER, des gens en guerre (1914-1945), Volume I (1914-1939),
2013.
Michael HEARN (dir.), Les élections de 2010 en Grande-Bretagne : contexte et enjeux, Actes de la
journée d’étude organisée par l’université d’Artois, 2012.
Teddy ARNAVIELLE, Voyages grammairiens, 2012.
Takuya Nishimura





























La personne, sujet appelant
Esquisse d’une anthropologie pragmatique





Préface de Claude Hagege






























































































































À la mémoire de mon père et de mon oncle














































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03600-7
EAN : 9782343036007

Préface de M. Claude HAGEGE
Professeur au Collège de France





L’ouvrage de Takuya NISHIMURA La personne, sujet appelant. Esquisse
d’une anthropologie pragmatique est une contribution précieuse à l’étude
d’une thématique dans laquelle la linguistique intervient avec le concours
d’éclairages qui proviennent d’autres sciences humaines. Ainsi sont apportées
d’importantes contributions à notre connaissance du phénomène de la
personne en langue, dont l’expression se situe au carrefour des formes
linguistiques et de l’univers peuplé par l’homme. L’auteur utilise avec
bonheur et compétence ses connaissances approfondies dans trois langues : le
japonais, sa langue maternelle, le français, dont il a acquis une solide maîtrise
à travers son long séjour en France, et le turc, qui est une des nombreuses
langues avec lesquelles l’a familiarisé sa remarquable gourmandise des
idiomes les plus divers.

Ce livre montre, à l’aide d’exemples nombreux et à travers une
argumentation convaincante, la complexité de la relation entre nom et pronom
dans l’auto-désignation et dans l’adresse à l’autre, phénomènes fondamentaux
de la relation dialogale qui est à la base de toute communication.

L’auteur examine avec soin les noms de parenté, Il montre également, avec
finesse, qu’il n’y a pas toujours harmonie entre formes et sens ; car dans
certains cas illustrés par les langues qu’il étudie, on constate qu’il n’y pas plus
de coïncidence entre la première personne et le locuteur qu’il n’y en a entre la
deuxième personne et l’auditeur. Ainsi, en ce qui concerne la première
personne, l’auteur mentionne, pour le français, des exemples comme, à
l’entrée de jardins publics, j’aime mon quartier, je ramasse, ou, dans un
autobus, je monte, je valide : il est clair que dans ces emplois, ce n’est pas ego,
auteur supposé des formulations en question, qui est concerné, mais tout
destinataire qui prend connaissance des affiches de ce type, et que le locuteur
présente en s’identifiant à lui.

5 Un très bon examen est offert par ce livre, non seulement pour les
désignations de l’allocutaire, deuxième personne dans la terminologie de la
grammaire classique, mais aussi pour la troisième personne. Dans ce domaine,
l’ouvrage donne, plus que cela n’avait été fait par les travaux précédents, une
grande importance, notamment dans un chapitre significativement intitulé
« Cogitas, ergo sum », à la notion d’allocentrisme, selon laquelle, loin qu’ego
soit le centre permanent ou le point de référence unique, et bien que le point de
vue permettant ce décentrement soit bien celui du locuteur, ce dernier, à
travers le processus qui fait surgir un élargissement, sémantique et
pragmatique, des perspectives, prend en compte la subjectivité de personnes
participant, mais aussi de personnes étrangères, à la relation d’interlocution
(mais non au système des pronoms, où la troisième personne, dans beaucoup
de langues, est bien intégrée).
L’auteur montre cependant qu’à travers les noms et les pronoms comme
reflets indirects du monde humain qui constitue le cadre de la communication,
la langue entretient, certes, un lien avec la dimension socioculturelle, mais que
ce lien est loin d’être simple. M. Nishimura fait, notamment, apparaître, avec
autant de fondement que de précision, que la sémantique de la personne
implique une étude diachronique, qu’il propose dans le dernier chapitre de son
livre.
On peut, donc, considérer cet ouvrage, aussi savant qu’alerte et vivant,
comme tout à fait adapté aux besoins des étudiants, autant que des chercheurs,
auxquels il est destiné. Ils y trouveront, sur le problème des personnes dans les
systèmes des langues ainsi que dans l’usage et la relation dialogale, une ample
matière à leurs réflexions, dans un cadre non seulement linguistique, mais
même psychologique et anthropologique.
Claude Hagège, Collège de France, avril 2014
6 Avant propos
Plan
Cet ouvrage apporte une introduction aux études linguistiques sur les actes
d’adresse et d’auto-désignation des protagonistes du dialogue, ce qui
correspond grosso modo aux travaux sur le pronom d’adresse et le nom de
1 parenté. Il s’agit d’une version remaniée de ma thèse de doctorat, soutenue en
mai 2002, à l’Université René Descartes Paris V.
Cet ouvrage présente quelques cas de faits de langues, mais ne prétend pas
dresser un panorama complet de tous les faits sur cette question. Ceci étant, il
ne s’agit pas non plus d’une description complète des éléments employés dans
tous les contextes d’adresse, mais à partir d’une question simple sur l’emploi
du nom de parenté et du pronom lors de la salutation, on trouvera l’illustration
d’un continuum humain entre langues et cultures.
Le premier contraste entre langues, montré dans cet ouvrage, est celui du
japonais, - langue première de l’auteur- avec le français dans lequel cette
étude a été menée. A ce contraste, s’ajoute celui avec le turc, comme pôle de
comparaison pour décrire des faits sémantiques, morpho-syntaxiques et
pragmatiques. Sur ce point, cet ouvrage pourra fournir quelques éléments
nouveaux sur l’étude des noms et pronoms d’adresse, sur la pragmatique par
rapport à la morpho-syntaxe, et le rapport entre univers sociaux et langues.
Par conséquent, cet ouvrage s’adresse d’abord aux étudiants ou chercheurs
qui travaillent sur cette question de « la personne en langue et en dialogue »,
dans les sciences humaines : en linguistique ainsi que d’autres disciplines
telles l’anthropologie, la psychologie et peut être, la philosophie.
A partir d’une interrogation première, perçue par le locuteur que je suis, -
non natif du français -, (chapitre 1), seront élaborés ensuite les cadres
théoriques et épistémologiques sur la catégorie de la personne (chapitre 2).
Chaque acte de parole est posé en regard des éléments employés lors du
dialogue (chapitres 3, 4, 5). Le nom de parenté est une catégorie
potentiellement polyvalente qui explicite la relation interpersonnelle entre
1 L’intitulé initial de la thèse fut La personne, sujet appelant - Pour une anthropologie
pragmatique de la catégorie de personnes, Étude comparative du système des
appellations du français, du turc et du japonais. La thèse à l’origine de cet ouvrage a reçu
le prix de la thèse 2002 de l’école doctorale du groupe des sciences humaines Sorbonne à
l’Université René Descartes Paris 5.
7 protagonistes du dialogue. La complexité de son sémantisme organise des
processus de dénominalisation et de pronominalisation (chapitre 6).
Au centre de cet ouvrage, se trouve la question de la catégorisation, qui
illustre une dynamique entre noms et pronoms. Dans ce cadre, ce sont ces
deux catégories qui peuvent dépasser leur portée du sens, directement
impliquées par leurs formes. Il peut en surgir un élargissement pragmatique et
sémantique (chapitres 7, 8, 9). Par conséquent, l’harmonie entre forme et sens,
est souvent transgressée par le point de vue du locuteur. Les personnes en
langues ne coïncident pas systématiquement avec l’univers humain de la
locution (chapitre 10).
Il s’avère que la première personne ne coïncide pas toujours avec celui qui
parle. Sous la deuxième personne, peut être aussi représentée une autre
personne que l’auditeur. Cette non-correspondance entre langue et univers
humain n’est pas sans lien avec le fait autant syntagmatique que syntaxique
(chapitre 11).
L’usage du tutoiement par rapport au vouvoiement, est non seulement une
question socio-historique, mais aussi un fait de la contrainte syntagmatique
(chapitre 12). Quelle que soit la catégorie utilisée, on peut considérer le point
de vue du locuteur, non situé catégoriquement au centre de la relation
dialogale, comme l’une des étiologies importantes de cette transgression de
l’harmonie entre univers et langues. L’allocentrisme permet au locuteur de
rendre compte de la subjectivité de son auditeur et même de celle d’un tiers
(chapitre 13). La relation de la langue à la réalité extralinguistique n’est ni
absolue ni directe, car la langue est liée à la dimension socioculturelle d’une
manière complexe. Cette complexité dans le continuum des faits humains est
illustrée au chapitre 14. Ainsi, « en langue, » se manifeste notre faculté de
langage, comme une construction de formes, socialement guidée par
l’Homme locuteur. Tout en étant conditionnée socialement, cette
manifestation concrète se situe historiquement (chapitre 15).
8 Remerciements
Jusqu’à la fin de l’école doctorale, j’ai pu travailler sur cette problématique,
tout en tentant de développer quelques démarches analytiques et tout en
intégrant quelques langues dans cette présentation. Pendant cette période-là,
au Laboratoire de Langues et Civilisations à Tradition Orale (LACITO) depuis
1996, et au laboratoire de Langues, musiques et sociétés (LMS) depuis 2000,
j’ai rencontré plusieurs chercheurs CNRS, qui m’ont fourni des éléments
significatifs sur la question du rapport entre langues et cultures.
Dans ce cadre, Monsieur Frank ALVAREZ-PEREYRE m’a appris non
seulement le plaisir des études ethnolinguistiques, mais aussi la rigueur du
regard scientifique sur l’objet. Sans ses remarques sur la nature
épistémologique, je n’aurais pas pu entretenir cette entreprise.
Défunt Monsieur Jean-Pierre CAPRILE m’a suggéré beaucoup d’idées au
LACITO ainsi qu’à Paris 3. Notamment, l’application de ses études sur le
système de numération en langues était fondamentale dans mes réflexions sur
le dynamisme de personnes en langues.
Toujours au LACITO, en 1995, j’ai pu rencontrer Monsieur Georges
DRETTAS, ayant succédé à la tradition scientifique de son maître Monsieur
HAUDRICOURT. Avec M. DRETTAS, j’ai pu partager le plaisir d’analyser les
langues dans le contexte anthropologique.
Chez Monsieur Claude HAGÈGE à l’École Pratique des Hautes Etudes - à la
Sorbonne - ainsi qu’au Collège de France, j’ai pu étudier, de longues années
durant, la diversité des langues et divers faits morphosyntaxiques et
sémantiques. La trace la plus flamboyante de son enseignement reste la
passion qu’il m’a inculquée pour la recherche, et l’émotion de la découverte
scientifique.
Monsieur François JAQUESSON m’a fourni plusieurs éléments sur la
question morphosyntaxique et sémantique de la personne des langues dans
une perspective typologique.
Madame Anne-Marie HOUDEBINE a organisé mes exposés au salon de
sémiologie de Paris 5 en me fournissant plusieurs idées, notamment sur la
relation entre l’imaginaire linguistique et la grammaticalisation.
Monsieur Takao SUZUKI m’a chaleureusement accueilli à l’université
Keio à Tokyo depuis 1998. Les discussions que j’ai eues avec Monsieur
SUZUKI étaient primordiales dans l’application de ses théories en linguistique
française.
Madame Anne SZULMAJSTER-CELNIKIER m’a toujours fourni des
éléments sur plusieurs manifestations scientifiques en me suggérant plusieurs
points de débats en sciences humaines. Sans l’intervention de Madame Anne
9 SZULMAJSTER-CELNIKIER au Collège de France, je n’aurais jamais pu
soutenir ma thèse qui est à l’origine de cet ouvrage.

Mes amis turcs m’ont reçu avec une hospitalité inoubliable. En particulier,
sans le soutien de la famille ÖZDMÏR, et celui de Madame ükran ESEN, je
n’aurais pas pu mener mes enquêtes dans de bonnes conditions.

N’étant pas francophone de naissance, je suis profondément redevable à
mes amis français qui ont rendu ce présent ouvrage intelligible. Mes
remerciements vont à tous mes amis, notamment, à Madame Ariane CHAIX
qui a organisé plusieurs réunions autour de régals ; à Madame Luce IBAÑEZ
qui a consacré beaucoup de temps pour corriger le français de mes textes ; à
Monsieur François HOARAU, Monsieur Daniel LORIOT et Madame Hélène
THIÉBAUT avec qui j’ai commencé mes études à Paris 5. Leurs aides furent
extrêmement précieuses et efficaces ; à Défunte Madame Anne NEFUSSY qui
fut toujours présente avec moi au séminaire de M HAGÈGE ainsi qu’à la
soutenance de ma thèse, me suggérant des idées profondes sur mon travail.

Enfin, je voudrais remercier ma mère Michiko NISHIMURA qui a su
comprendre les exigences de son fils et mes cousins Masako KATO, Sachiko
ASAÏ, et Mitsuo SHIKADA qui m’ont ardemment soutenu.

Grâce à tout mon entourage, a vu le jour ce petit ouvrage.

Au quartier latin, le jeudi 23 mai 2013

Takuya NISHIMURA


10
?Sommaire
PRÉFACE DE M. CLAUDE HAGEGE ............................................... 5
AVANT PROPOS.............................................................................. 7
SOMMAIRE .................................................................................. 11
INTRODUCTION............................................................................ 13
1. POURQUOI ?............................................................................. 27
2. UNIVERS DANS LES LANGUES ................................................... 55
3. ACTE D’ADRESSE ET PERSONNES EN LANGUES........................... 63
4. AUTO-DÉSIGNATION ................................................................ 83
5. LA RÉFÉRENCE, APPELLATION INDIRECTE.................................. 97
6. PORTÉE PRAGMATIQUE DU NOM DE PARENTÉ .......................... 107
7. DYNAMISME LORS D’ADRESSE................................................ 133
8. TRANSITION DE LA PREMIÈRE PERSONNE................................. 159
9. FLUCTUATION DE LA PERSONNE DANS LA RÉFÉRENCE.............. 175
10. OSCILLATION DANS LE PARADIGME DE PERSONNES ............... 185
11. ANALYSE DYNAMIQUE ......................................................... 197
12. VALEUR SOCIALE DE LA DEUXIÈME PERSONNE ...................... 207
13. C GIT S ERGO SUM .............................................................. 213
14. LANGUES ET CULTURES........................................................ 219
15. SÉMANTIQUE DIACHRONIQUE DE LA PERSONNE..................... 229
CONCLUSION............................................................................. 255
BIBLIOGRAPHIES........................................................................... 259
11
??Introduction
Étranger en Occident, je suis arrivé en France au début du mois d’octobre
1990. J’ai donc appris le français comme une langue étrangère. Cet
apprentissage linguistique impliquait l’immersion dans une société nouvelle
qui possède une autre histoire et une autre façon de voir le monde. Venant du
Japon, j’ai observé les aspects différents du comportement humain, en
particulier dans l’usage de la langue par les sujets parlants natifs.
Intrigué par ces différences dont certaines me paraissaient irrationnelles a
priori, je me suis mis en quête de rationalités a posteriori, en me mettant à la
place d’un autre, culturellement différent. La différence entre la subjectivité
française et ma subjectivité japonaise prend une place importante au début de
cette recherche. Cette notion d’autrui m’engagea à m’intéresser ensuite à
d’autres langues et cultures en France, parmi lesquelles la langue et la culture
turques, comme un troisième élément de comparaison.
Au fur et à mesure de ces observations, mon regard vis-à-vis du Japon est
devenu plus objectif. La problématique dont je vais traiter dans cet ouvrage
est donc linguistique, avec une perspective anthropologique ; je me placerai
dans la posture particulière à chacune de ces cultures qui ont des langues
différentes, employées différemment. Ma méthode consistera donc à définir
chaque langue et chaque culture à la lumière des autres langues et des autres
cultures, non pas d’une manière contrastive, mais d’une manière typologique.
Langues et cultures
Au fil de l’histoire des sciences humaines, plusieurs essais d’analyse ont
été menés sur les rapports entre langue et culture. Depuis la philosophie
2allemande jusqu’à l’anthropologie linguistique des culturalistes, la
sociolinguistique anglo-saxonne, et l’ethnolinguistique française, de
nombreux auteurs ont exploré ces domaines où sont données d’importantes
définitions de la langue et du langage comme points de repère du
comportement humain.
eAu XIX siècle, le grand philosophe et linguiste allemand Wilhelm von
Humboldt a mis l’accent sur la fonction symbolique de la pensée. Au début du
eXX siècle, le courant culturaliste américain avec Franz Boas insistait sur le
2 C’est un terme utilisé par D. HYMES qui a fait la distinction entre « Anthropological
Linguistics » (Linguistique anthropologique) et la « Linguistic Anthropology » (Anthropologie
linguistique). La première est une linguistique qui étudie la langue d’une société à tradition
orale. La seconde est une étude de la parole et du langage dans le contexte anthropologique. (K.
V.TEETER, 1964, pp.878–879).
13 rapport étroit entre langue et culture. Pour lui, l’étude de la langue apparaît
« comme une sorte de paradigme pour l’étude de tous les autres systèmes
3symboliques » Dans ce même courant, la fameuse hypothèse de
4Sapir-Whorf a renforcé le rapport entre les deux concepts.
En critiquant Benjamin Lee Whorf, Claude Lévi-Strauss a tenté une
transposition du modèle structural de la linguistique, vers l’analyse des
structures de la parenté. Pour Bronislaw Malinowski, le langage a non
seulement une fonction symbolique et une fonction de communication, mais
aussi une fonction d’action ; ceci a exercé une influence considérable sur
l’école pragmatique anglaise, puisqu’il considère le langage comme illustrant
le mode d’action.
Roman Jakobson, en constatant « que le langage et la culture s’impliquent
mutuellement, et qu’il doit être analysé comme une partie intégrante de la vie
5sociale », fonde ainsi une liaison étroite entre l’analyse linguistique et celle
de l’anthropologie culturelle.

Sur la question de la catégorie de la personne, et sa mise en œuvre dans la
communication par l’homme, sujet parlant, plusieurs auteurs ont déjà élaboré
des analyses dans une langue donnée ou des analyses comparatives entre
6plusieurs langues. Plusieurs disciplines se sont préoccupées de cette
problématique, mais de façon partielle.
Dans un premier temps, en considérant les appellations comme actes du
langage, qui représentent la personne humaine, les anthropologues ont
focalisé leur attention sur l’emploi des noms de parenté dans l’analyse
7sémantique de la parenté, comme point de repère de la relation
interpersonnelle dans un mode de parenté donné. Cet emploi a été étudié
notamment dans le contexte d’adresse. Mais d’autre part, très souvent, la
8notion d’adresse a été confondue avec celle de référence. Souvent, on ne
précise pas s’il s’agit des noms d’adresse ou de référence.
En linguistique, le pronom personnel notamment, a été étudié à fond, dès la
naissance du courant énonciativiste. En psychologie et en psychologie sociale,

3 D’après Claude LÉVI-STRAUSS (P. BONTE, M. IZARD éd., 1972, pp.116-118).
4 On l’analysera en détail plus bas.
5 R. JAKOBSON (1963, pp.27).
6 Nous en présentons certains dans la bibliographie sur l’adresse.
7
Nous présentons aussi des travaux dans la bibliographie sur des noms de parenté.
8
Voir sur ce point, par exemple, Edward NORBECK (1963, pp.208-215). Sur l’importance de
cette distinction, voir Eleanor DICKEY (1997, pp.255-274).
14 9l’implication psychologique des deux formes de pronom de la deuxième
personne -tu et vous-, a été soigneusement analysée.
Néanmoins, dans notre expérience minimale de l’interaction verbale, le
locuteur possède non seulement le pronom personnel et le nom de parenté,
comme éventail paradigmatique des choix à opérer, mais encore d’autres
éléments linguistiques tels que le patronyme ou le nom d’affection, à
condition de respecter les lois syntagmatiques. Nous étudierons donc
comment le locuteur choisit ses unités pour construire ses énoncés.
L’adresse est un des actes du langage parmi d’autres : la référence,
l’auto-désignation. L’appellation comprend donc non seulement l’acte
10
d’adresse, mais aussi l’acte d’auto-désignation et celui de référence. En ce
sens, nous décrivons des possibilités d’emploi de noms et de pronoms dans un
contexte donné, défini par la présence de personnes humaines et par un de
leurs actes représentatifs, en tentant de comprendre comment un locuteur peut
identifier l’autre, ou s’identifier soi-même par l’acte de parole.
Catégorie de la personne
Nous nous désignons et nous nous adressons à l’autre. Les appellations
sont des actes du langage quotidien. L’Homme est pragmatiquement sujet
appelant dans sa tâche de représentation des personnes humaines. Dans la
communication directe, l’acte d’adresse énonce la relation et le rôle du sujet
dans sa parenté ou ceux de son auditeur dans la société, dans la mesure où par
exemple, un enfant s’adresse à son père en disant papa. Le père identifie sa
relation avec son auditeur et sa propre identité de chef de famille. Il s’adresse
aussi à son fils à son tour. Plus précisément, le fils s’adresse à son père et se
désigne en face de lui, et vice versa. Nous constatons donc quatre directions
de l’acte de parole dans une communication directe.
Notre première analyse s’appliquera donc au nom ou au pronom d’adresse
dans la communication directe. Néanmoins la représentation de la personne
humaine n’implique pas seulement l’acte d’adresse du locuteur vis-à-vis de
son auditeur, mais aussi une auto-désignation chez le locuteur, et une
référence à un tiers à l’intérieur de son discours.
Plus précisément, on emploie le nom ou le pronom d’adresse pour
s’adresser à un auditeur. A la fois, on se réfère à soi-même et à un tiers au
9 W. V. SILVERBERG (1940, pp.509-525), Wallance E. LAMBERT et G. Richard TUCKER
(1976).
10
Pour cette distinction triadique, nous nous sommes inspirés de Takao SUZUKI (1973). Il
existe des travaux sur l’adresse du japonais, qui n’ont pas toujours opéré cette distinction. A
propos des travaux sur le japonais, voir Leo J. LOVEDAY (1986, pp.287-326).
15 cours de la même communication. Comme deuxième point primordial dans
cette étude sur la représentation de la personne humaine, on distinguera trois
11types d’actes de parole : l’adresse / l’auto-désignation / la référence.
Avec chaque dialogue, le sujet parlant explicite « qui suis-je », « qui
es-tu », « qui est-il (elle) », dans la langue et dans son emploi, lors de la
transmission de messages dans la société à laquelle il appartient. Cette
nécessité établit la relation interpersonnelle qui donne sa signification à
chaque direction appellative. L’adresse est donc un des trois actes de parole
qui agissent pour représenter la personne humaine dans et par la langue.
Dans un acte de parole, commence donc cette transmission à l’intérieur de
laquelle -1° / on s’adresse à l’autre devant soi -2° / on peut même
s’auto-désigner à soi-même en face de l’autre dans une communication
directe et -3° / on se réfère à un tiers. Les noms et les pronoms qui désignent
soi-même, l’autre et la troisième personne, constituent le système des
appellations. Ce dernier est une représentation de la personne humaine dans
la langue, employée par cette personne humaine comme sujet appelant. Nous
définissons donc les appellations comme l’ensemble des trois modes avec

11
Dans les littératures en anthropologie linguistique, nous trouvons plusieurs travaux sur
l’adresse en faisant la distinction avec la référence. Par rapport à cette distinction entre
l’adresse et la référence, l’acte d’auto-désignation est relativement peu analysé :
Bibliographie générale sur des noms d’adresse : sur la théorie générale : BRAUN (F.)
(1988) / WINTER (W.) (ed) (1984) / PHILIPSEN (G.), HUPSEK (M.) (1985),
MÜHLHÄUSLER (P.), HARRÉ (R.) (1990) sur l’allemand : BAUST (R.) (1993) / KEMPF
(R.) (1985) / sur l’anglais américain : SLOBIN (D.I.), MILLER (S.H.), PORTER (L.W.)
(1968) / BROWN (R.), FORD (M.) (1961) / MCLNTIRE (M.L.) (1972) / sur l’arabe
egyptien : DILWORTH (B.P.) (1985) / sur le bengali : DAS (S.K.) (1968) / sur le chinois :
CHAO (Y.R.) (1956) / HENG (H.) (1983) / HONG (B.) (1985) / XU (L.) (1999) / sur le
danois : FUKUI (N.) (1999) / sur l’islandais : HAUGEN (E.) (1997) / sur le français :
ALVAREZ-PERYRE (F.) (1979) / SCHOCH (M.) (1978) / LÉON (M.) (1973, 1976) / sur le
grec écrit : DICKEy (E.) (1997) / sur l’indonésien : WITTERMAns (1967) / sur l’italien :
BATES (E.), BENIGNI (L.) (1975) / sur le japonais : LÄNSILALM (R.) (1999) / FISCHER
(J.L.) (1964) / NORBECK (E.) (1963) / NORBECK (E.), BEFU (H.) (1958 a/b) / sur le
kurde : KOHZ (A.) (1977) / sur le russe : FRIEDRICH (P.) (1972) / sur le suédois :
MITCHELL (S.A.) (1979) / PAULSON (C.B.) (1976) / sur le tamoul :
SUSEENDIRARAJAH (S.) (1973) / sur le viétnamien / H NG KIM LINH (F.) (1976) /
NGUYEN (P.P.) (1994) / sur d’autres langues : MOLES (J.A.) (1974) /
CHANDRASEKHAR (A.) (1970).
Bibliographie sur des noms de parenté : sur l’anglais américain : BOCK (P.K.) (1968) / sur
l’arabe : CUISINIER (J.), MIQUEL (A.) (1965) / sur le breton : IZARD (M.) (1965) / sur le
chinois : FÊNG (H.Y.) (1936) / sur le coréen : LEE (K.-K.), KIM (Y.-H.) (1973) / sur les
indo-europeennes : HETTRICHER (H.) (1985) / BENVENISTE (E.) (1965), (1969) / sur
d’autres langues : RADCLIFFE-BROWN (R.) (1935) / SALZMANN (Z.) (1959) / TYLER (S.)
(1972).
16
yyyyyyyyyxyyy?yyyyyyyyyyyyxyylesquels l’homme comme locuteur, représente lui-même et l’autre, dans la
langue.
Acte Éléments employés lors d’un acte de parole
Adresse Formes d’adresse
Auto-désignation Formes d’auto-désignation
Référence Formes de référence
Chaque appellation implique donc un acte de parole effectivement réalisé
par un locuteur déterminé vis-à-vis d’un auditeur donné, et à propos d’un tiers,
afin de représenter l’un des trois protagonistes dans l’interaction. Autrement
dit, c’est le moment de l’emploi d’une forme, qui représente la personne
humaine en lui attribuant un sens.
Dans cette étude, nous aurons donc une autre dimension de la distinction
préalable entre la personne humaine comme sujet de l’énonciation et la
personne linguistique ayant une fonction dans l’énoncé. Comme nous le
verrons plus tard, le niveau des appellations dans l’interaction ne correspond
e e epas toujours au numéro ordinal de la personne morpho-syntaxique : 1 , 2 et 3
personne (je, tu, il en français, par exemple). L’une est basée sur la réalité des
personnes humaines : locuteur, auditeur et tierce personne. L’autre est donc
basée sur la personne morpho-syntaxique. Notre description est fondée sur la
précision de la réalité de la personne humaine et sur l’un des actes de parole.
Point de vue
Personne humaine Acte de parole
morpho-syntaxique
eLocuteur Auto-désignation 1 personne
eA son auditeur Adresse 2 personne
eA propos du tiers Référence 3 personne
17
??Anthropologie pragmatique
Notre tentative dans ces domaines, est d’analyser quelles formes sont
employées selon quels contextes. Ceci étant, nous nous appuierons sur des
contextes établis par des personnes humaines comme protagonistes de la
communication.
Comment les enfants appellent-t-ils leurs parents ? Comment ces derniers
les appellent-t-ils à leur tour ? Avec quels noms ou quels pronoms ? Les
réponses à ces questions sont la première étape. Elles sont différentes d’une
société à l’autre, d’une région à l’autre, d’une génération à l’autre, et
dépendent aussi du sexe du locuteur. Nous avons considéré que le système des
appellations est une caractérisation des relations interpersonnelles dans
l’interaction, une manière d’identification de soi et de l’autre, un repère du
comportement humain. Par le fait même, c’est un révélateur du rapport entre
culture, langue et langage. La structure des appellations dévoile donc celle des
relations humaines au sein d’une société. La détermination d’un élément est
faite dans le contexte établi par des locuteurs appartenant à une société
donnée.
12L’appellationalité diffère donc d’une société à l’autre. La structure et la
fonction de l’acte de parole, entrent dans une relativité socioculturelle. De la
même manière que B. Malinowski a énoncé que « le langage n’est jamais
13l’ombre d’une autre réalité culturelle », nous considérons l’acte d’appeler
comme l’un des critères du rapport entre langue et culture. Par cette étude, sur
la relation entre la langue et ses conditions contextuelles d’utilisation établies
par des personnes humaines, nous observerons comment les dimensions
socioculturelles influencent des règles pragmatiques et même des systèmes
morpho-syntaxiquesde la langue.
S’agissant d’une étude qui traite de l’emploi de la langue par l’homme,
nous qualifierons donc cette étude d’anthropologie pragmatique. La
pragmatique est « une étude de la relation entre la langue et le contexte, qui est
14grammaticalisée ou encodée dans la structure linguistique. » Chacun d’entre
nous est une personne humaine qui utilise la langue. L’homme est une des
composantes du contexte de l’énonciation, étant un protagoniste de la
communication. Benveniste écrit que « c’est un homme parlant que nous
trouvons dans le monde, un homme parlant à un autre homme et que le

12 Nous employons quelquefois ce néologisme « appellationalité » pour désigner un caractère
général d’appellations d’une langue donnée.
13 Bronislaw MALINOWSKI (1974).
14
Cette définition est celle de Stephen C. LEVINSON (1983). Le « contexte de l’emploi » de la
langue est central dans le fondement théorique de la pragmatique. (Hadumod BUSSMANN,
1990, pp.606).
18 15langage enseigne la définition même de l’homme ». L’importance du
contexte nécessite donc l’interdisciplinarité entre sciences sociales et
16linguistique. A ce propos, Jacob L. Mey écrit : « The role of the context has
been most forcefully advocated in no-traditional linguistics, such as the kind
of studies we normally associate with names like Malinowski, Firth and the
different schools of anthropologically- and sociologically- inspired language
studies (Goffman, Fishman, Hallyday, Hymes, to name just a few). Here,
pragmatics is more than merely an extension of linguistics on its own terms
the linguist’s waste-basket. »
En quoi la linguistique est-elle concernée par la présence de l’homme ?
C’est une question que nous nous poserons ici, au départ de notre étude sur la
langue et les personnes humaines, utilisateurs de la langue.
Pour répondre à cette question, nous distinguerons trois dimensions de la
langue suivant les personnes humaines.
17Charles. W. Morris a introduit en sémiotique, une distinction triadique
entre la syntaxe, la sémantique et la pragmatique. Pour lui, « la pragmatique
vise à l’étude des rapports entre signes, objets et utilisateurs des signes ; la
sémantique vise à l’étude des rapports entre signes et objets, et la syntaxe vise
à l’étude des rapports entre signes. »
syntaxe sémantique pragmatique
les rapports les rapports entre
Signes les rapports entre
entre signes (1) signes et objets
signes, sens et 18 (4) Sens
utilisateurs (7)
Utilisateurs
19Vis-à-vis de ce schéma, S. Golopen ia-Eretescu signale le manque de
quelques observations : les rapports entre les sens ; les rapports entre les
utilisateurs des signes ; les rapports entre signes et utilisateurs des signes ; les
rapports entre sens et utilisateurs des signes.
15 Emile BENVENISTE (1966, pp.259).
16 Jacob L. MEY (1993, pp.31).
17 Charles. W. MORRIS (1938), cité par Jacob L. MEY (1993, pp 287).
18 Sanda GOLOPEN IA-ERETESCU utilise le terme “objet” pour parler du sens. (Sanda
GOLOPEN IA-ERETESCU, 1985, pp.139-157). Nous avons quelque peu transformé la
démonstration de son tableau.
19 idem.
19
? La présence de l’homme en langue
Signes les rapports
les rapports
Sens entre sens
Les rapports
(2)
entre sens et
les rapports
utilisateurs entre signes et
entre
Utilisateurs utilisateurs (6)
utilisateurs
(5)
(3)

Cet auteur constate que « la linguistique actionnelle et, avec elle,
l’ethnolinguistique ne pourront cependant se constituer qu’à partir de
l’intégration des types (1), (3), (5), (6), (7) ».
Grâce à ce tableau, nous pouvons détailler la nature de nos études. La
personne humaine a des rapports avec d’autres personnes en tant
qu’utilisateurs des signes (3). Elle a aussi des liens directs avec la forme (5) et
le sens (6). Dans nos études sur l’emploi du nom et du pronom, seront
20examinés les rapports entre signes et utilisateurs (5). Dans le chapitre sur
l’analyse dynamique, seront aussi analysés non seulement les rapports entre
sens (2), mais aussi les rapports entre sens et utilisateurs (6).
Irrationnel a priori - fondements théoriques et épistémologiques
Dans un deuxième temps, nous allons préciser l’une des dimensions
épistémologiques de notre propos. Sur ce point, nous prendrons en compte les
formes d’interaction entre les disciplines. Dans l’histoire de la relation entre
linguistique et anthropologie, le modèle d’analyse linguistique a été valorisé
par l’anthropologie ; par exemple la notion de phonème trouve place en
21anthropologie, tout comme la distinction entre étique et émique.

Quelles applications des sciences anthropologiques trouvera-t-on en
linguistique, (ou vice versa) ? Sur ces questions, explicitons certains points.
La notion de l’« autre » est primordiale en anthropologie. Face à autrui
22culturellement différent, on identifie des pratiques sociales différentes des
nôtres, comme la religion, l’activité économique, les pratiques culinaires, etc.
Celles-ci peuvent être perçues a priori comme irrationnelles.

20 Chapitre 11. Analyse dynamique de la catégorie de personnes.
21
Kenneth L. PIKE (1967).
22
Cette notion de la différence culturelle devient chez Humboldt « le caractère », ce qui est
l’objet même de la recherche anthropologique. (Jügen TRAUBANT, 1999).
20 Grâce à une linguistique « anthropologisée », cette irrationalité a priori
pourra se transformer en rationalité a posteriori. Avec la reconnaissance
d’une irrationalité a priori, émerge une question préalable. En effet, le
chercheur n’identifie pas encore une logique intrinsèque chez autrui, tant qu’il
demeure dans sa propre subjectivité. C’est seulement après avoir mené
plusieurs processus d’examen, que le chercheur atteindra la compréhension
du niveau de rationalité a posteriori. A partir de là, il sera en mesure
d’examiner, plus objectivement possible, sa propre posture : j’observe mon
objet et je m’observe comme objet.
En linguistique, des chercheurs insistent sur le “quoi”, comme point de
départ de leur description : on étudie la langue en elle-même, pour elle-même
en décrivant la structure interne de la langue comme un objet. Dans notre
étude sur la représentation de la personne humaine, nous focalisons sur le
“qui” humain. Dans cette mise en accent sur le “qui”, nous poserons des
questions d’une autre manière, en définissant la langue non seulement comme
outil de la communication, mais aussi comme outil pour la construction d’un
ensemble de faits sociaux, qui naissent entre les protagonistes de la
communication.
Dans cette étude, nous pourrons préciser ce niveau du “qui” comme « qui
parle à qui et de qui ». En même temps, nous nous demanderons « avec quoi,
(avec quels éléments de la langue), la relation interlocutive est établie ; puis
dans quelles circonstances, quand l’emploi de la langue se fait et où cela se
fait. Et enfin, ce qui nous compte, c’est le niveau du “pourquoi” afin d’arriver
au niveau du “parce que.” Nous nous demanderons donc la raison pour
laquelle l’emploi d’une forme se réalise dans tel ou tel contexte. Un énoncé ne
s’établit pas sans éléments exophoriques : qui, quand, où et comment.
Cette étude linguistique est donc une anthropologie linguistique qui a pour
objectif d’étudier ce qu’est l’homme employant la langue. Comme l’a indiqué
Claude Hagège, cette linguistique est considérée comme l’une des sciences
humaines, car celle-ci nous apprend quelque chose sur l’homme comme être
23social.
Notre étude a pour objectif de rétablir un fait social total en partant d’une
première analyse de l’emploi du pronom tu et du nom de parenté papa dans le
contexte d’adresse en français entre l’enfant et ses parents, et d’en faire la
comparaison avec celui du japonais et du turc.
En somme, les objets de notre description sont -1°/ les trois actes de parole
dans une situation donnée de l’énonciation, -2°/ les personnes humaines
23
Dans The language builder, dans la première ligne de préface, il déclare ce point. (Claude
HAGÈGE, 1993).
21 comme sujet (concrétisation des niveaux de qui, à qui et à propos de qui) et
-3°/ les personnes linguistiques exprimées en acte.
Domaines interdisciplinaires
Le point de départ de cette étude se fonde sur l’expérience qu’« une part
essentielle de l’organisation des éléments de l’énoncé est liée au sujet
24humain de l’énonciation et à la société dont il fait partie ». Ainsi, cette
étude posera l’accent sur le contexte de l’énonciation. Cette étude mettra en
lumière l’une des dimensions de l’analyse du sujet de l’énoncé et du sujet de
l’énonciation.
Un sujet tient une position à l’intérieur d’un énoncé et en relation avec
d’autres éléments. De la même manière, le sujet de l’énonciation occupe une
position soit comme locuteur, soit comme auditeur. Celui-ci a une relation
particulière avec autrui qui possède sa propre position dans un moment de
l’énonciation et dans un espace socialement déterminé. L’espace de
25l’énonciation est socialement déterminé, ce qui veut dire qu’une société
humaine organisée repose sur un corps commun de croyances, de choix et de
modes d’action et que c’est par le moyen des signes qui reflètent ce terrain
commun, que la société établit l’essentiel de son contrôle sur ses membres, en
tant qu’individus assurant sur les points cruciaux leur participation au
26comportement social caractéristique de la société. Comme J. Molino l’a
défini, une société est donc constituée en tant que communauté symbolique
par « un ensemble d’individus possédant en commun des particularités
relativement stables de langue et de culture. ».
27Nous constatons que ces « hyphenated linguistics » partagent la même
articulation épistémologique, ce qui coïnciderait avec la « linguistique
externe », proposée par F. de Saussure. Or, chaque dénomination d’une
discipline, implique subtilement un sens différent dans la mise en évidence de
sa finalité. Cette différence est due à celle qui existe entre des disciplines
28préfixées comme l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie, etc.

24 Claude HAGÈGE (1982, pp.95).
25 Claudine NORMAND et M-F TROLLEZ, (1985, pp.75-83).
26
Jean MOLINO (1981, pp.237-249).
27
Un ensemble des domaines interdisciplinaires comme ethno-linguistique,
psycho-linguistique, socio-linguistique se définissent comme « linguistique de trait d’union »
(hyphenated linguistics). (D’après la conférence de C. HAGÈGE à EPHE le 21 décembre
2000).
28 Bien que ceci n’ait pas une incidence importante dans cette définition, on peut mentionner
simplement un autre problème dans la dénomination d’une discipline. Il peut y avoir une
différence du sens, par exemple entre sociolinguistique et sociologie du langage,
ethnolinguistique et ethnologie du langage, anthropologie linguistique, linguistique
22 Comme nous l’avons vu plus haut, le regard que les linguistes portent sur
certains aspects de la langue peut éclairer les « démarches analytiques » des
autres disciplines. La notion de phonème et la distinction entre l’étique et
29l’émique sont depuis longtemps valorisées en anthropologie. Inversement,
la langue devient l’« objet » de plusieurs disciplines différentes. Comme le dit
30F. Alvarez-Pereyre, il n’y a « pas de parallélisme absolu d’une discipline à
l’autre ». En l’illustrant par quelques contextes, nous tenterons de préciser
l’importance des dimensions lisibles dans l’interdisciplinarité.
À l’intérieur du domaine linguistique, nous avons donc trois points de
31
vue sur les faits de langues : le point de vue du rapport interne entre des mots,
« morpho-syntaxique » ; le point de vue du rapport au sens, au monde
extérieur, « sémantico-référentiel » et le point de vue de la situation humaine
stratégique dans laquelle l’énoncé est produit, « énonciatif-hiérarchique ».
Autrement dit -1° / celui qui regarde les formes et leurs rapports, -2° / celui
qui regarde son sens et -3° / celui qui regarde l’emploi des formes par
l’homme.
Dans la globalité de cette étude, le fait de prendre la langue comme objet
dans son emploi d’une forme, met en lumière la pragmatique qui, à l’intérieur
du domaine linguistique, joue le rôle de pont entre forme et sens. Il s’agit donc
d’une pragmatique au sens linguistique du terme, mais non pas au sens
philosophique du terme. Il s’agit donc d’une anthropologie qui étudie la
personne humaine et dispose de la personne linguistique comme marqueur de
cette dernière. Ce paysage interdisciplinaire relève de l’anthropologie
32linguistique, qui étudie le système des appellations.
33L’étude de l’acte de parole dans ses relations avec les faits sociaux,
34comme le conçoit J. Fribourg ou plus concrètement, B. Pottier définit
anthropologique, anthropologie du langage etc. Mais à partir de cette dimension, la différence
peut dépendre du point de vue de chaque chercheur, de son origine disciplinaire etc, ce qui
n’implique pas une différence énorme de l’une à l’autre. (Voir sur ce point, notamment, Frank
ALVAREZ-PEREYRE (éd. 1979, 1981), Louis-Jean CALVET (1993), Pierre ACHARD
(1993), Emilio BONVINI (1981).
29 Cette distinction en linguistique a été introduite par PIKE. Son nom dérive des termes
phonémique et phonétique. Elle est utilisée par certains anthropologues pour qualifier deux
approches en sciences sociales. L’approche émique serait interne, ne retenant que les modèles
de la culture étudiée. Par contre l’approche étique serait externe, comparable à la phonétique.
(Kenneth L. PIKE, 1967).
30 Frank ALVEREZ-PEREYRE (1994, pp.277-300).
31 Cette distinction de trois points de vue est empruntée à Claude HAGÈGE (1982, 1985).
32
Cette anthropologie linguistique signifie plus précisément l’anthropologie de la langue et du
langage.
33 Jeanine FRIBOURG (1978, pp.104).
23 l’ethnolinguistique comme « l’étude de messages linguistiques en liaison avec
l’ensemble des circonstances de la communication ». Chez Pottier,
l’ethnolinguistique n’est pas une simple linguistique descriptive d’une société
à tradition orale, mais un domaine qui est « ouvert à la totalité des
35phénomènes de la communication à base linguistique. » Comme la Terre de
feu, le boulevard St. Michel peut très bien être un terrain de
l’ethnolinguistique. Nous retrouvons là, la même idée que celle émise par V.
36Teeter à propos de la « linguistical anthropology ».
En nous basant sur les objets propres à la linguistique (forme-règle, emploi
et sens de la langue), nous traitons d’un autre objet, les personnes humaines et
la nature de leurs relations, généralement réservé à une discipline non
linguistique. Ainsi, le continuum des concepts opératoires, langue et culture,
élabore cette interdisciplinarité en montrant les relations entre un ensemble
d’objets « uniques » dans une discipline donnée, et avec un autre objet,
37notamment étudié dans une autre discipline. Tel que F. Alvarez-Pereyre le
constate, notre domaine interdisciplinaire a pour vocation de prendre en
charge la complexité de l’objet (deux catégories de la personne : linguistique
et humaine) et aussi d’affronter les modalités du continuum scientifique que
cette complexité appelle.


34 Bernard POTTIER (1970, pp.3-11).
35 Idem., pp.11.
36 Karl V. Teeter (1964, pp.878–879). On peut « interroger la société à l’aide de la langue »
ainsi que l’on peut « interroger la langue à l’aide de la société » (Louis-Jean CALVET, 1993,
pp.92).
37 Frank Alvarez-Pereyre (1992, pp.103-138, 2003, pp.129-148).
24 Abréviations et signes métalinguistiques
ABL : Ablatif M : Masculin
ACC : Accusatif MED : Médial
ADS : Auto-désignation NOM : Nominalisateur
ADR : Adresse NEG : Négation
AFF : Affirmatif NP : Nom propre
AUD : Auditeur NS : non solidarité
CNJ : Conjonction de subordination + P : AUD à plus de pouvoir social
CMP : Comitatif – P : AUD à moins de pouvoir social
COMP : Complément PRE : Présent
COP : Copule PAS : Passé
DAT : Datif PL : Pluriel
DÉM : Démonstratif POS : Possessif
DIM : Diminutif PRG : Progressif
DIR : Directionnel PRE : Présent
DIS : Distal PRN : Prénom
EMP : Emphatique PRO : Proximal
EX : Exemple (mots, énoncés) RF : Pronom Réfléchi
F : Féminin REF : Référence
FUT : Futur S : Solidarité
G+1 : Générations ascendantes, SG : Singulier
Génération d’ego SUJ : Sujet G ±0 :
Générations descendantes SN : Syntagme nominal G 1, G 2 :
GÉN : Génitif T, V : Tutoiement, vouvoiement
HON : Honorifique TH : Thématisateur
IMP : Impératif T.HON : Titre honorifique suffixé
INT : Interrogatif VOLI : Mode volitif
eJON : Joncteur 1SG : 1 personne au singulier
eLOC. - Locuteur - Auditeur 2SG : 2 personne au singulier
AUD. :
eLOC : Locatif (dans l’énoncé) 3SG : 3 personne au singulier
eLOG : Logophore 1PL : 1 personne au pluriel
eL1 : lignée directe 2PL : 2 personne au pluriel
eL2 : Lignée collatérale de premier 3PL : 3 personne au pluriel
degré
L3 : lignée collatérale de deuxième * : forme reconstituée ou énoncé
degré agrammatical.
LOG : Pronom logophorique
25
1. Pourquoi ?
Papa, tu vas bien ?
D’entrée de jeu, je tiens à expliciter les raisons qui m’ont poussé à
commencer cette étude. Cette problématique est née lors de ma rencontre avec
les Français, locuteurs natifs, et le français qu’ils emploient. Précisément, sur
un ensemble de contextes de la situation sociale et pragmatique en France, je
me suis posé des questions. En effet, n’importe quel énoncé est toujours
repérable par la situation de l’énonciation. Il convient donc que je décrive le
contexte où est produit le premier énoncé qui a retenu mon attention.
J’habitais à Aix-en-Provence en 1990-91, la première année de mon séjour
en France. C’était la première fois que je vivais à l’étranger. Je suis entré en
contact avec une langue différente, me situant dans une culture différente. Un
matin, avec d’autres amis japonais, nous étions sur la terrasse, chez un ami
français. Ce fut alors mon premier contact avec une famille française. J’ai été
alors à peine capable de suivre la conversation.
Je me suis alors mis au soleil de midi. C’était très agréable. Nous avons
pris un café. Au bout d’un moment, est arrivé le père de cet ami français. Dès
que cet ami l’a vu, il lui a dit : « Bonjour Papa, tu vas bien ? » J’ai eu une sorte
de surprise. Car dans cet énoncé, la façon dont le fils s’adressait à son père
m’a aussitôt intrigué ; ce qui m’a permis de me poser deux questions. D’une
part, je me suis dit : -1° / on parle ainsi ici ? Mais pourquoi ? D’autre part, en
objectivant ultérieurement autant que possible la première question, je me suis
demandé : -2° / pourquoi cet énoncé m’a-t-il intrigué ? La première question
se pose vis-à-vis d’autrui culturellement différent. La deuxième question est
introspective puisque celle-ci est destinée à moi-même. A la recherche de
réponses, je tente de reconstruire le système total dont le composant est ma
première question.
Ces deux aspects ont impliqué plus tard deux autres questions sur les
valeurs de la personne en langues : la première porte sur la deuxième personne
du singulier tu, et la seconde sur l’emploi du nom de parenté papa. Ces deux
catégories, nom et pronom, sont l’objet de cette étude.
Dans cette situation, au début, je ne pouvais pas bien saisir ce qui se disait.
Dans un deuxième temps mon ami lui a demandé : « Qu’est-ce que tu vas faire
aujourd’hui ? Tu vas peut-être aller chez François ? » Nullement gêné, son
père lui a répondu normalement : -« Oui, mais cet après-midi. »
27 J’ai eu l’impression qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Le premier
point était le fait que ce fils ait tutoyé son père. Pourquoi pouvait-il tutoyer son
père et pourquoi ce tutoiement me posait-t-il un problème ? Tutoyer signifie
qu’il avait parlé à son père de la même manière qu’il parlait à ses amis. Si
j’avais été à sa place, aurais-je dû le vouvoyer en français ?
Dans un autre contexte, plus tard à Paris, je suis passé un jour chez un ami
français qui avait alors vingt-deux ans. Cet ami tutoyait inconsciemment un
ami de son père. Il avait ensuite fermé la bouche avec sa main et dit : « Pardon,
je vous ai tutoyé ». L’ami de son père lui avait dit : « Ce n’est pas grave. Tu
peux me tutoyer. »
D’autre part, j’ai fait la connaissance, en 1994, à la Sorbonne, d’un
étudiant âgé de 43 ans, alors que moi, j’avais vingt-neuf ans. Effectivement de
mon point de vue, il pouvait me tutoyer. Cela ne me dérangeait pas, car il était
plus âgé que moi. Pour ma part, étant donné que j'étais déjà conscient de la
différence entre tutoiement et vouvoiement en français, j’ai commencé par le
tutoyer en tant qu’ami, bien qu'il soit plus âgé que moi. Quelques mois plus
tard, curieusement j’ai fait la connaissance de son fils de 20 ans, que je
38pouvais tutoyer et qui, lui aussi, me tutoyait.
Concrètement, en parlant à mes amis français, de ce phénomène du
tutoiement vis-à-vis d’auditeurs plus âgés, la plupart imaginent, qu’au Japon
l’on vouvoie son père. En réalité, on ne le vouvoie pas, on ne le tutoie pas non
39plus. L’emploi du pronom est pratiquement exclu dans la communication
d’un enfant vis-à-vis d’un parent. En japonais, les contextes, dans lesquels
sont employés les pronoms personnels, sont plus limités qu’en français.

Je me suis demandé si en français, à l’égard d’auditeurs plus âgés comme
ses parents, on n’exprimait pas la politesse. Sinon, le tutoiement était juste un
jeu ? Il apparaît tout de suite que le tutoiement vis-à-vis des parents ne signifie
pas un manque de politesse ou de respect. En somme, vis-à-vis de ses amis, de
ses parents, ou d’auditeurs plus âgés, après avoir fait connaissance et
40sympathisé, on peut commencer à se tutoyer. De plus, à partir du moment où
on se connaît bien, le vouvoiement est parfois mal perçu, ce qui rend le

38
Nous analysons, dans un autre chapitre, le vouvoiement vis-à-vis du père ou des auditeurs
que l’on connaît déjà.
39 On précisera la nature des éléments dits pronoms en japonais et dans d’autres langues d’Asie.
40 J’ai reçu une lettre datée du 28 juin 2000 évoqué par un trésorier du syndicat CFDT. Je n’ai
jamais rencontré ce trésorier. Or dans cette lettre, il me tutoie, en employant à la tête de cette
lettre le terme « camarade » comme nom d’adresse. Ici, la non-connaissance de l’auditeur peut
impliquer le tutoiement. Nous citons juste au début de cette lettre : « Camarade, je te prie de
bien vouloir trouver ci-joint l’attestation fiscale pour l’année 2000. <···> ».
28