La Philosophe et le Photographe

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À une période de l'histoire où les ténèbres semblent vouloir plonger les peuples dans la nuit de l'obscurantisme, Murielle Le Roy et Jean Milon ont souhaité opposer une forme de résistance en proposant au lecteur l'entretien qu'ils avaient conduit entre 2009 et 2010. Leur ouvrage, La Philosophe et le Photographe, à la lumière du Temps, est une méditation sur leur quête commune, celle de la Beauté comme seule vérité de l'Homme. L'Art a été le prétexte et le moyen pour eux de questionner aussi bien les images que les notions de réel, d'illusion ou encore d'imaginaire. Ils se livrent à un travail de pensée dans une dialectique humaniste. Tous deux espèrent convaincre le lecteur que l'assaut mené par les idéologies du Chaos ne sauraient triompher de la Raison ni vaincre la Lumière.


Publié le : mercredi 23 mars 2016
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EAN13 : 9782334099172
Nombre de pages : 100
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ISBN numérique : 978-2-334-09915-8

 

© Edilivre, 2016

La Philosophe et le Photographe

 

 

Murielle Le Roy et Jean Milon se connaissent depuis leurs années de lycée. Adolescents, ils ont partagé une profonde amitié. Puis à partir de 1982, leurs chemins se séparent et jeunes adultes, ils partent chacun à la conquête de leur existence, conservant dans leur cœur le souvenir éclatant de ces années de partages et de découvertes. C’est en 2008 que le hasard les fait se retrouver. Le lien qui les unissait est intact. Ils reprennent leur échange dans la joie et la fraternité et décident de conduire une réflexion à partir de leur passion respective, la philosophie pour l’une, la photographie pour l’autre. L’ouvrage, « La philosophe et le photographe, à la lumière du temps » est une méditation sur leur quête commune, celle de la beauté comme seule vérité de l’Homme.

Murielle Le Roy est née en 1956. Elle est diplômée en philosophie.

Jean Milon est né en 1955. Réalisateur de fictions, de documentaires et photographe. Il est maître de conférence associé en étude cinématographique et audiovisuel à l’Université Lumière Lyon 2.

 

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L’internationale

 

 

Cette première image photographique que je soumets à ta lecture n’est pas un choix prémédité, elle s’est imposée comme une évidence. C’est un tirage « à l’ancienne », j’entends par là, façon « alchimiste », quand les sels d’argents oxydés par la lumière se révèlent et se fixent en argent métallique visible pour former une image. Ce cliché a été volé au temps de notre jeunesse, en 1973. La seringue, la tache rouge et le titre « l’Internationale » se sont superposés 3 années plus tard. Elle existe aujourd’hui pour ton regard et par ton poing fermé.

Le temps est là maintenant qui s’écoule sur du papier pour nous offrir l’espace d’un partage de nos expériences, de nos connaissances acquises sur les chemins de notre quête d’absolu.

 

 

– Toi le « Photographe » et moi « la Philosophe » avons choisi d’interroger tes images à la lumière du temps, cette forme à priori de la sensibilité kantienne au même titre que l’espace. Pour Kant, c’est une autre manière de dire que le temps n’est pas une chose mais un système de relations et un ordre. Le temps est alors la forme de toute expérience, intérieure et imaginaire, car il est forme de notre vie intime. En nous efforçant de mener ensemble une réflexion sur ta photographie, en tant que démarche initiatique et philosophique, nous faisons d’emblée un pas de côté. Cet écart délibéré va s’attacher essentiellement à interpréter l’image esthétisée que tu donnes à voir. C’est un lieu commun de rappeler que la photographie possède l’avantage sur l’image mobile que l’on peut s’y arrêter, y revenir.

Qu’allons-nous en comprendre philosophiquement qui nous permettra de peser de façon décisive sur notre rapport à l’art et finalement au réel ? Au-delà de cette question et de celle de la temporalité, nous tenterons, si tu le veux bien, de définir le statut, le rôle et la fonction de l’image photographique dans son rapport au temps, à la réalité, à la représentation et à sa pratique comme acte de création.

Nous commencerons à partir de » l’Internationale » que tu m’as fait parvenir en me précisant qu’au fond, cette première image pour toi n’est pas vraiment un choix que tu en aurais fait mais qu’elle s’est imposée. Tu la qualifies de volée au temps qui passe depuis 1973 et décides, qu’aujourd’hui, elle existe par mon regard et mon poing fermé.

Pour l’anecdote, il est vrai qu’il s’agit bien de mon poing fermé prêté à toi pour la circonstance l’année de nos 17 ans. Tu exhumes cette très ancienne photographie que j’avais oubliée et dont tu avais ensuite fait un montage ultérieur avec la seringue.

En la regardant 35 ans plus tard, je remarque qu’elle contient 3 symboles. Ce n’est pas une photographie qui reproduit ce qui existe déjà, c’est une image construite à partir de 3 symboles. Ou plus exactement, c’est un message, une parole que tu choisis d’exprimer. Le poing fermé levé est traditionnellement le geste qui accompagne le chant révolutionnaire de l’Internationale. Derrière le poing, un mur, plutôt rugueux et derrière le mur, la nuit noire sans le moindre luminaire qui laisserait présager une quelconque espérance. Cette photo contient en elle une violence non négociable. Mais revenons un instant aux symboles : le poing fermé levé, la seringue et le titre, l’Internationale. Leur association paraît antagoniste quant au message qu’elle veut exprimer. L’hymne des travailleurs du 19 siècle, qui traverse tout le XXe siècle jusqu’à 1989 quand les étudiants et les travailleurs chinois s’en emparent comme signe de ralliement place Tienanmen, est l’hymne de ceux qui désirent faire table rase du passé pour construire un monde neuf, libéré de la servitude et de l’exploitation économique. C’est la définition même du geste révolutionnaire que de vouloir ne rien conserver de ce qui lui fut antérieur.

Or, la seringue ne peut incarner ce monde plus juste où chacun se verrait obtenir les mêmes droits et être tenu aux mêmes devoirs. La verticalité dans laquelle tu as choisi de représenter la seringue ne peut nous faire oublier que la drogue et l’héroïne en particulier, ne saurait faire naître un peuple debout. Au contraire, elle est l’expression même d’une servitude encore plus grande que celle imposée par les bourgeois au peuple des travailleurs. En ce sens, l’association contradictoire que tu fais de la seringue et de l’Internationale s’efforce de dire avec un vrai désespoir, en cette année 1973, que du rêve collectif d’un monde fraternel n’est advenu qu’un enfermement sur soi-même dans un monde fantasmatique et hallucinatoire. Cette photo annonce l’individualisme, le repli sur soi triomphant de toutes les utopies humanistes. Mais un individualisme marqué au fer rouge, telle la goutte de sang de la photo, de la destruction dont nous savons aujourd’hui qu’elle est passée par le sida dont la seringue a été un des implacables médiateurs.

Cette photo, 35 ans après, a à nous dire quelque chose du monde et des rêves déçus du monde. Son rôle est de nous faire réfléchir sur ce qui s’est passé durant ces quelques décennies. Reprise aujourd’hui, elle est tout à la fois un dire et un acte, j’entends par là un acte philosophique ; elle interroge la Cité et les citoyens que nous sommes sur la fragilité des rêves et...

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