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LA POLYGAMIE

EN QUESTION

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parns
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Alfred Yambangba SA W ADOGO

LA POLYGAMIE EN QUESTION

L' Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso villa 96

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via DegJi Artisti, 15 10124 Torino IT ALlE

1200 logements 12B2260 Ouagadougou

1053 Budapest

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Du même auteur Ma première campagne électorale, Imprimerie de la Savane, Bobo-Dioulasso, 1979 Le n1étier de vulgarisateur agricole, Imprimerie de la Savane, Bobo-Dioulasso, 1980 La question des ONG au Burkina Faso. Le difficile dialogue entre les peuples, publié en italien avec le concours du Ministère italien de la Coopération et des Affaires Etrangères, Edition L'Arciere Cuneo, 1988 Répertoire des Organisations Non Gouvemelnentales en Afrique, PNUD Lomé, 1992 Le Président Thomas Sankara, Chef de la révolution Burkinabè: 1983-1987. Portrait, L'Harmattan, Paris, 2001 L'école de mon village: 1936-1958. Un élève raconte, L'Harmattan, Paris, 2002 Le Sida autour de moi, L'Harmattan, Paris, 2003

A Nathalie, qui a conté par le menu les péripéties de sa vie à ses filles... Une vie accomplie, riche de bonté. A.Y.S.

www.librairieharmattan.com diffus ion.harmattan@wanadoo. ft harmattan! @wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01489-5 EAN : 9782296014893

A Marie-Thérèse HOUT AIN, qui a patiemment corrigé les textes des ouvrages précédents, est entrée cette fois encore dans l'esprit de l'histoire de Foyéndé qu'elle a bien connue en Afrique mais sans avoir soupçonné qu'elle mena une vie aussi bouleversante. .. Ses corrections ont clarifié davantage l'écheveau de l'histoire ainsi que «Mon Point de Vue sur la Polygamie ». A.Y.S.

TABLE DES MATIERES

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. Il.

LE DEBUT DE L'HISTOIRE LE TOURNANT LE VOYAGE LA VIE A TENKODOGO KAMBOINSE L'AMI DE NOTRE MARI LA VIE AU CAMP DES GARDES LA FUITE LES RETRO UVAILLES LA JALOUSIE ENTRE COEPOUSES

Il 23 27 29 35 41 43 45 51 59 77 83
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10. MA DEUXIEME VIE DE FEMME 12. OPPRESSION OU SEGREGATION? 13. LES FILLES? DES MOINS QUE RIEN! 14. CHANGEMENTS D' ATTITUDE 15. JE SENTAIS MA FIN PROCHE

93 99

LA POLYGAMIE EN QUESTION: POINT DE
VUE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .105

16. LA POLYGAMIE AUTREFOIS 17. LA POLYGAMIE AUJOURD'HUI 18. L'HERITAGE DANS UN CONTEXTE
POLYGAMIQUE 19. CONCLUSION

107 113
133 137

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1. Le début de l'histoire Je suis née vers 1908 et j'ai vécu 90 ans. J'ai presque traversé le siècle, à dix ans près. En ces temps-là, les choses étaient si différentes! Je fais donc le récit de ma vie pour que les femmes d'aujourd'hui mesurent la « distance» entre leur vie et celle des femmes d'autrefois. Nous sommes dans les années 1900. Mon village, Hotiguê, est situé à la frontière entre notre pays et le Ghana. Les terres de mon village étaient riches et les récoltes abondantes. Malheureusement, les hommes devenaient aveugles à partir de la soixantaine, et les femmes aussi, car notre région abritait les mouches de la «cécité des rivières ». A force d'être piqués, les gens accumulaient tant et tant de parasites dans leurs corps que ces parasites [missaient par migrer dans les rétines de leurs yeux et les détruisaient. Alors, la lumière de leurs yeux s'éteignait. Dans leur nouvelle nuit sans fin, ceux qui avaient des enfants en bas âge se faisaient guider par eux, au bout d'un bâton. C'était ainsi la vie au village: les jeunes possédaient des yeux pour aller et venir à leur guise et les vieux regardaient sans voir. Aujourd'hui, ce mal a entièrement été éradiqué par le Gouvernement soutenu par les agences internationales de développement. Et les gens gardent maintenant la lumière de leurs yeux jusqu'à la tombe. Une rivière coulait à travers nos champs: la Noaho. Pour passer d'un côté à l'autre, des

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piroguiers assuraient les traversées moyennant de modiques sommes d'argent ou se faisaient payer en nature: une calebasse pleine d'arachides, ou de mil ou un tubercule d'igname acheté de l'autre côté de la frontière au Ghana. Les plus hardis se jetaient simplement à l'eau, le baluchon bien enveloppé dans du vieux plastique et accroché au cou, et traversaient à la nage aux endroits où les flots étaient calmes et ne présentaient aucun danger. Tous les jeunes du village savaient bien nager, y compris les filles, et nous passions souvent de longues heures à patauger dans l'eau, surtout pendant les périodes chaudes de l'année. Les hommes avaient leur berge à part et les femmes et les filles la leur. De ce fait, personne n'éprouvait de la gêne à ôter ses vêtements avant de plonger dans la rivière. Des caïmans peuplaient une partie du cours d'eau, là où les bêtes venaient souvent boire. De temps en temps, ils dévoraient une chèvre ou un mouton, mais jamais un homme n'avait été dévoré. Quand j'eus mes 15 ans, on me disait que j'en avais 19 ou 21, tant ma poitrine était déjà bien pleine et mon corps bien vigoureux. Une jeune fùle qui recevait ces compliments n'avait plus beaucoup de temps à passer dans la maison de ses parents et l'homme qui avait jeté son dévolu sur elle se devait d'apprêter la dot: un étalon de trois ou quatre ans, sans défaut, ou trois génisses ou trois jeunes vaches. Cependant, j'avais été rassurée par mes parents: ils ne me marieraient pas précocement, car je n'avais pas de jeune frère et je travaillais au champ comme un garçon. Je serais donc mariée soit à 19 ans, soit à

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21, âge à partir duquel aucune jeune fille ne pouvait se dérober au mariage. De mon temps, on mariait les filles qui entraient dans leur âge de chiffre impair, pendant la période sans lune. On disait que la nature était alors favorable, et les mariages avaient beaucoup de chance d'être des mariages heureux. Rassurée de ne pas être mariée à 17 ans, je vaquais donc tranquillement aux occupations d'une jeune fille de chez nous: aller chercher de l'eau au puits, du bois mort en brousse pour la cuisine, travailler au champ comme un garçon et se coiffer de tresses magnifiques pour se pavaner sur la place les jours de marché. Je m'entendais alors souvent interpeller par les garçons: «Hé! Foyéndé ! Tu ne viens pas nous dire bonjour? Tu n'as donc pas d'yeux pour nous! Pour qui donc brillent tes beaux yeux?» Et, en fille bien élevée, je faisais un détour vers eux, les saluais poliment les yeux baissés, et continuais à frayer mon chemin dans la foule du marché. De mon temps, pour une jeune fille, être interpellée au marché par des garçons signifiait qu'elle ne passait pas inaperçue, et cela suffisait à la combler de joie. Cela signifiait aussi que les prétendants seraient nombreux, ce que les parents appréciaient, car cela leur permettait de désigner le futur mari de leur fille selon leurs propres critères: un jeune homme de bonne famille, bien élevé, travailleur, capable d'apporter la dot au jour indiqué (au lieu d'engager des négociations à n'en plus finir afin de bénéficier de clauses de paiement à crédit), n'être déjà pas marié à deux ou trois femmes, etc. Si le prétendant possédait déjà deux ou trois femmes, les parents

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préféraient regarder ailleurs. En cela, on pouvait bien comprendre la précaution des parents, car un beau-fus se devait de s'occuper de temps en temps de sa belle-famille: entretien des champs de sa belle-mère, participation substantielle aux frais des cérémonies de funérailles d'un proche parent. Alors, un mari qui aurait déjà deux ou trois femmes était supposé déjà économiquement «plombé» et ne pourrait pas s'acquitter convenablement de ses devoirs le moment venu. En quelque sorte, un tel prétendant serait un mauvais« sponsor» et ne représenterait donc pas un bon parti pour des parents dont la fille avait reçu une bonne éducation et possédait déjà une certaine aura. En ce temps-là, la sexualité avant le mariage n'était pas chose concevable. Il ne serait venu à l'idée d'aucune jeune fille bien élevée d'aller passer la nuit chez un garçon et d' Y perdre sa virginité! Quand vous y alliez, c'était toujours à deux ou à trois. On se rendait chez son prétendant, flanquée de ses propres amies. Telle était la tradition. Les garçons vous faisaient bon accueil en une soirée rythmée par les notes des guitares du terroir. Les sœurs des garçons se faisaient un point d'honneur de confectionner les mets les plus délicats, arrosés de bière locale qu'on consommait sobrement pour ne pas perdre la tête. Quand le garçon lançait son dévolu sur toi et que tu considérais que les choses étaient sérieuses, il pouvait venir chez toi, mais avec l'accord de tes parents. Tu étendais une natte dans la même cour où dormait ta famille, et toi et ton fiancé, vous dormiez ensemble, mais sans jamais' accomplir

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