7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Vous aimerez aussi

Lexique de droit constitutionnel

de presses-universitaires-de-france

Sociologie du couple

de presses-universitaires-de-france

Le management interculturel

de presses-universitaires-de-france

suivant
couverture
pagetitre

À lire également en
Que sais-je ?

Pierre Albert, Histoire de la presse, no 368.

Nadine Toussaint Desmoulins, L’économie des médias, no 1701.

Jacques Mouriquand, L’écriture journalistique, no 3223.

Francis Balle, Les médias, no 3694.

Introduction

La presse écrite est le plus ancien des médias. Apparus plus d’un siècle après les inventions de Gutenberg, les périodiques imprimés ont été l’un des ferments et des vecteurs du développement économique, de la démocratisation politique et de l’expansion de la culture. Elle a régné sur l’information et le divertissement durant plusieurs siècles, tout en contribuant largement à façonner notre monde moderne. L’ancienneté de la presse doit être soulignée, non parce qu’elle serait un gage d’éternité – toutes les créations humaines finissent par disparaître un jour ou l’autre – ni parce qu’elle serait le signe de son obsolescence, mais plutôt parce que la presse a accompagné durant bientôt quatre siècles la formidable transformation des sociétés humaines. Et, parce que cette évolution n’est pas achevée, la presse rendra encore de multiples services. Organisme vivant, la presse ne cesse de se renouveler : chaque jour, de par le monde, et en France même, des titres sont créés, tandis que d’autres interrompent leur parution.

La très grande diversité de la presse est l’une de ses principales forces : au-delà des nombreuses périodicités – quotidienne, hebdomadaire, bimensuelle, mensuelle, bimestrielle, etc. –, c’est la variété des maquettes et des contenus rédactionnels qui impressionne. Les fédérations internationales de journaux recensent plus de 15 000 quotidiens et près de 100 000 magazines dans le monde. En France, il existe 85 quotidiens et 5 500 magazines. Au cours de sa longue histoire, la presse a expérimenté tous les formats, du livre de poche jusqu’à la feuille de grande taille ; elle a intégré le dessin, la gravure, puis la photographie, d’abord en noir et blanc, ensuite en couleur. La pagination varie également selon les genres et les époques, de la simple feuille recto verso aux journaux de plusieurs centaines de pages. Enfin, les sujets abordés et les publics auxquels s’adresse la presse sont extrêmement divers, des plus graves aux plus légers, des plus jeunes aux plus âgés, des plus modestes aux plus aisés.

Toutefois, au XXe siècle, la presse a été concurrencée par de nouveaux entrants dans la culture, l’information et le divertissement : d’abord la radio dans l’entre-deux-guerres, puis la télévision dans la seconde moitié du XXe siècle, enfin Internet et les supports numériques depuis le début du XXIe siècle. Ainsi, depuis quelques années, c’est devenu un lieu commun : la presse est en crise. Certains observateurs prédisent même sa disparition totale à plus ou moins brève échéance, entre 2015 et 2043, selon les analyses et selon les pays. La diffusion numérique entraîne, en effet, une recomposition complète des modes de consommation de l’information, du divertissement et de la culture. On assiste ainsi, depuis quelques années, à une restructuration des modèles éditoriaux et des modèles économiques. Conjugués avec la crise économique, la chute des recettes publicitaires et le déclin des ventes menacent l’ensemble des modes de diffusion, dont la presse au premier chef. Cependant, la presse a entamé depuis quelques années une mutation majeure : la migration des informations sur les supports numériques. Les rédactions papier sont devenues bimédias et elles sont en passe de fusionner. L’enjeu est donc de savoir si le journalisme pourra se réinventer sur les supports numériques.

CHAPITRE PREMIER

La presse et l’information

Premier média par ordre d’arrivée, c’est autour de la presse écrite que s’est livrée la bataille pour la liberté contre les pouvoirs monarchiques et pour la révolution libérale contre les féodalités. C’est avec elle et pour elle que se sont mis en place les circuits et les méthodes de l’information politique, culturelle, économique. La presse n’est pas qu’information, elle est aussi un moyen de divertissement, un vecteur de lien social et un procédé de diffusion des idées et des opinions. Mais le combat pluriséculaire que les hommes de presse et les journaux ont livré pour asseoir leur liberté d’informer leurs contemporains a magnifié le rôle de la presse dans la vie politique. Si la presse est aussi – ou d’abord – une industrie, c’est cet engagement en faveur de la liberté qui a longtemps marqué les esprits et donné aux journaux une image particulière dans le panorama des activités humaines.

I. – Les grandes dates de la presse

La presse apparaît dans le premier tiers du XVIIe siècle dans les régions les plus développées d’Europe, entre Londres, Florence, Paris, Anvers et Francfort. Dans cette Europe riche mais en recomposition politique et religieuse, des marchands, des lettrés et des aristocrates ressentent un besoin d’information, auquel les imprimeurs peuvent répondre grâce aux inventions de Gutenberg.

1. Naissance de la presse. – À la fin du XVe siècle et au XVIe siècle, la mise au point du système d’impression, avec la presse, les caractères mobiles, l’encre et le papier, permet d’accroître la production et la circulation des connaissances par les livres. Parallèlement, les imprimeurs éditent à bon marché des feuilles occasionnelles, des libelles et des récits plus ou moins fantastiques, les « canards ». En mai 1631, Théophraste Renaudot, un médecin protestant converti, obtient de Richelieu le privilège d’éditer une Gazette – le nom provient de la petite pièce vénitienne qui permettait d’acheter les feuilles d’avis –, hebdomadaire de petit format et de quatre pages, qui tire bientôt à 1 200 exemplaires. Dans les années 1640, lors de la Fronde contre le pouvoir royal, plusieurs milliers de libelles, les « mazarinades », sont publiés pour contrebalancer la Gazette. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la Gazette, qui atteint un tirage de 5 à 7 000 exemplaires au XVIIIe siècle, conserve le monopole de l’information politique nationale et étrangère. Toutefois, de nouvelles publications, tels le Journal des savants ou le Mercure galant, se multiplient au XVIIIe siècle avec le mouvement des Lumières. Des feuilles d’opposition politique imprimées en Hollande sont importées clandestinement, tandis que dans les provinces, on publie des Affiches d’annonces et de nouvelles. Le premier quotidien français, le Journal de Paris, est créé en 1777.

La Révolution française donne à la presse ses lettres de noblesse et sa puissance politique. Dès la convocation des États généraux, des feuilles de toutes sortes prolifèrent ; à la suite de l’insurrection de l’été 1789, l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen consacre la liberté de la presse : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Plus de 500 périodiques voient le jour entre juin 1789 et août 1792. À côté de quotidiens qui, tels le Moniteur universel ou le Journal des débats et des décrets, cherchent avant tout à informer, c’est la presse d’opinion qui est la plus nombreuse. Mirabeau, Brissot, Camille Desmoulins ou Marat représentent la tendance révolutionnaire, réformiste ou radicale ; Hébert et Le Père Duchesne font parler les sans-culottes, tandis que Rivarol soutient la monarchie dans Les Actes des apôtres. Mais dès l’été 1792, la Terreur met la presse en tutelle : nombre de journaux sont interdits et des journalistes sont guillotinés. La période du Directoire renoue avec une plus grande liberté, tout en imposant le timbre fiscal aux journaux ; en 1800, Bonaparte muselle la presse et la librairie afin de contrôler l’opinion. L’autorisation préalable, le timbre, les interdictions et les suppressions de titres réduisent le nombre de journaux durant tout l’Empire.

2. L’âge d’or de la presse. – Entre 1815 et 1848, la monarchie constitutionnelle accepte l’existence d’un Parlement, certes élu au suffrage restreint, et doit laisser place au débat politique et à l’opinion publique qui se manifestent dans et par la presse. Bien que les lois demeurent contraignantes et que les poursuites soient nombreuses, la presse politique dominée par Le Constitutionnel et le Journal des débats ferraille pour ou contre la libéralisation du régime. Elle accroît graduellement le nombre de ses abonnés. En dépit des procès, les dessinateurs caricaturent la Cour et les aristocrates. Contre la volonté de Charles X de museler la presse et la Chambre, la révolution de 1830 conduit à plus de liberté. Sous la monarchie de Juillet, l’essor des journaux est marqué par l’invention d’une presse destinée aux classes moyennes. En 1836, Émile de Girardin lance La Presse, un quotidien dont l’abonnement ne coûte que 40 francs par an, contre 80 francs pour les autres journaux. Pour subventionner l’entreprise, il fait appel à la publicité et aux annonces, et attire surtout un lectorat plus nombreux en publiant des romans en feuilleton. En quelques années, les ventes des quotidiens doublent. En 1848, la IIe République issue de la Révolution libéralise totalement la presse, ce qui conduit à la multiplication des journaux. Cependant, l’embellie n’est que de courte durée : dès 1851, Louis-Napoléon Bonaparte renoue avec les pratiques restrictives.

Au cours des années 1860, Napoléon III libéralise progressivement l’Empire et le régime de la presse : de nouveaux titres politiques sont autorisés (Le Temps en 1861, Le Figaro en 1866) et surtout, en 1863, Moïse Millaud lance le premier journal vraiment populaire, Le Petit Journal. Ce dernier est vendu 5 centimes, contre 10 ou 15 centimes pour les autres quotidiens. Il n’est plus diffusé par abonnement, mais par des crieurs et des kiosquiers. Les messageries de presse, dont la plus importante est celle de la Librairie Hachette, transportent les exemplaires par chemin de fer et ouvrent des points de vente dans toute la France. Pour répondre à une demande croissante de la population de plus en plus alphabétisée, la presse doit s’industrialiser. Ainsi, en 1869, Le Petit Journal tire 350 000 exemplaires par jour sur des rotatives mises au point par Hippolyte Marinoni. Après la chute du Second Empire, la IIIe République instaure un régime de très grande liberté, marqué pour la presse par la loi du 29 juillet 1881. La publication de journaux ne subit plus aucune contrainte. Entre 1870 et 1914, le nombre des titres passe de 126 à 299 quotidiens et les tirages d’un million à 9,5 millions d’exemplaires par jour, pour une population de moins de 40 millions d’habitants. Les quatre « grands » – Le Petit Parisien, Le Journal, Le Petit Journal et Le Matin – tirent ensemble quatre millions d’exemplaires chaque jour. Des quotidiens spécialisés, sportifs ou financiers, des hebdomadaires illustrés, des magazines destinés aux femmes, aux enfants ou à diverses catégories sociales viennent compléter l’offre d’une presse inventive éditée par des entreprises florissantes. Le nombre des titres – jusqu’à 7 000 – et les périodicités diverses font de la presse une industrie culturelle majeure.

3. D’une guerre à l’autre. – En 1914, la presse française est la première du monde par son lectorat, la vitalité de ses entreprises devenues des groupes de presse et par l’invention de nouvelles maquettes et de nouveaux formats. L’usage de la photographie se répand, tandis que l’invention de la Linotype permet d’accélérer la saisie des articles. Toutefois, entre 1914 et 1945, la situation de la presse française se dégrade rapidement. Lors de la Première Guerre mondiale, le Gouvernement renoue avec la censure : les articles et les photographies doivent être soumis au censeur militaire qui supprime des phrases ou des illustrations. La presse participe également à l’œuvre patriotique en dissimulant les aspects les plus pénibles ou les plus contestables de la guerre. La presse devient ainsi un auxiliaire de propagande pour les militaires. Mais en participant à ce « bourrage de crânes », la presse se discrédite et rompt le contrat de confiance qu’elle avait établi avec ses lecteurs. L’entre-deux-guerres est une période troublée : l’inflation rend les coûts de production difficilement maîtrisables, puis la crise des années 1930 réduit le pouvoir d’achat. Les difficultés économiques se traduisent par une plus grande fragilité des entreprises de presse qui recourent parfois à des expédients, notamment des subsides versés par les gouvernements français ou étrangers, par des hommes politiques en mal d’influence ou par des hommes d’affaires aux pratiques peu transparentes. La presse française est encore largement diffusée, mais la concurrence de la radio se fait bientôt sentir. Face au nouveau média, plus réactif et surtout plus rapide, la presse tente d’abord de limiter l’essor de la radio. Certains groupes de presse, comme Le Petit Parisien, investissent dans les stations de radio, tandis que Jean Prouvost décide de répondre en multipliant les éditions et les reportages, et en privilégiant la photographie, tant pour son quotidien Paris Soir que pour son hebdomadaire Match. Le photojournalisme (Vu de Lucien Vogel ou Regards) et le grand reportage (Albert Londres, Joseph Kessel) deviennent ainsi les armes les plus efficaces de la presse.

La période de l’Occupation est la rupture majeure de la période. La presse est de nouveau soumise aux interdictions et aux censures du gouvernement de la IIIe République dès 1939, puis des Nazis et de l’État français à partir de la défaite de 1940. Sur les 6 258 publications de toute nature qui paraissaient en 1939, il n’en reste que 2 214 en 1941. Des journalistes sont interdits d’exercice – notamment les juifs – ou pourchassés. Des quotidiens politiques sont interdits, d’autres se sabordent, tandis que certains journaux parisiens se replient en Zone Sud. La presse est soumise aux ordres des Nazis ou du maréchal Pétain qui veulent en faire un outil de propagande pour leur cause. De nouveaux journaux collaborationnistes paraissent sous la tutelle allemande (Les Nouveaux Temps, Au Pilori, etc.), tandis que d’autres font du zèle auprès de l’Occupant (Le Matin, L’Œuvre, Je suis partout). Toutefois, une nouvelle presse naît au milieu des difficultés : d’abord clandestins, Combat, Franc-Tireur, Libération et bien d’autres paraissent au grand jour à partir d’août 1944. À la Libération, la Résistance décide de procéder à une vaste restructuration de la presse. Tous les journaux ayant paru ou continué de paraître plus de 15 jours après le début de l’Occupation sont interdits, leurs biens sont saisis et mis à la disposition des journaux clandestins ou de nouveaux journaux autorisés par le ministre de l’Information. Le critère principal étant politique, la presse nouvelle est attribuée aux partis politiques et aux groupes de résistants. L’Agence Havas qui fournissait les dépêches est nationalisée et transformée en Agence France-Presse. Cette presse nouvelle est largement subventionnée par l’État afin de l’aider à se développer.

4. Des beaux jours à la crise. – À la Libération, la restructuration du système médiatique a favorisé la presse, dans la mesure où la radio puis la télévision nationalisées sont longtemps privées de liberté et n’ont pas accès aux recettes publicitaires. La presse conserve ainsi le monopole de l’information et la manne des annonces. Les quotidiens d’opinion entament après la guerre un déclin qui les conduit presque tous à la disparition (il ne reste plus que L’Humanité et La Croix) ; les quotidiens régionaux...