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La presse française et la première guerre du Golfe

De
165 pages
La surmédiatisation de la première guerre du Golfe en 1991 en fit un événement majeur en termes de communication de crise. En décrivant méthodiquement les dérapages médiatiques et en analysant les causes de ces dérives, cet ouvrage aide à mieux comprendre certains rouages de la "propagande". Il élargit la réflexion à des problématiques de sociologie et d'éthique du journalisme en intégrant de nombreuses références à la seconde intervention en Irak.
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LA PRESSE FRANÇAISE ET LA PREMIÈRE GUERRE DU GOLFE

@

L'Harmattan, 2003

ISBN: 2-7475-5407-4

Marc HECKER

LA PRESSE FRANÇAISE ET LA PREMIÈRE GUERRE DU GOLFE

A van t-p rop os de

Denis ROLLAND
Préface de Jean-Claude GUILLEBAUD Postface de Alain GRESH

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection « Inter-National» dirigée par Françoise Dekowski, Marc Le Dorh et Denis Rolland.
Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques à l'œuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales et de l'histoire, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enj eux de la scène mondiale et européenne. Elle comprend différentes séries, parmi lesquelles: Sciences-Po Strasbourg, qui accueille les meilleurs mémoires de l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg, Prentière synthèse, qui présente les travaux de jeunes chercheurs.
Déjà parus: Série Sciences-Po Strasbourg: Olivier Roesch, L'Ecocitoyenneté et son pilier éducatif: le cas français Maud Plener, Le livre numérique Série Première synthèse: Olivier Fuchs, Pour une définition communautaire de la responsabilité environnementale, Conlment appliquer le principe pollueurpayeur? Marc Hecker, La Première Guerre du Golfe et la presse française Jennifer Héry, Le Soudan entre pétrole et guerre civile Julie Martineau, L'Ecole publique au Brésil Pour tout contact: Françoise Dekowski, fdeko\vski((~freesurt:fl' Marc Le Dorh, nlarcledorh((.~vahoo.fr Denis Rolland, denisrol1andCâ:.freesurf.fi'

AVANT-PROPOS

Le mot propagande est un mot tardivement apparu dans la langue française, au XVIIe siècle. Directement dérivé du latin pontifical, et plus précisément de la congrégation de propaganda fide (pour la propagation de la foi), à partir du latin propagare (propager), le mot fit irruption encore plus tardivement dans la langue laïque à la fin du XVIIIe siècle. En France, les pouvoirs publics ont eu beaucoup de difficulté à employer ce terme. Dans le domaine de l'action à l'étranger par exemple, après des décennies de dédain pour « l'art de la réclame» et de casuistique pour contourner ou éviter le terme (aux Affaires étrangères pendant la Première Guerre mondiale, on appela le petit service ad hoc, la Maison de la Presse), c'est seulement l'autoritaire régime de Vichy qui admit le nom dans ses couloirs. Et il demeura très longtemps en France de bon ton de dire que la propagande «c'était les autres» et pour eux, pas pour nous. .. Marc Hecker nous livre là le fruit d'une recherche que nous avons tenté d'orienter. Qu'ajouter, après un an de travail commun? Que préface et postface sont les plus belles récompenses qu'un jeune journaliste et l'un de ses formateurs puissent souhaiter. Jean-Claude Guillebaud est l'un des grands reporters qui nous a aidé à comprendre certains conflits lointains et, au-delà, la profondeur des enjeux locaux ou régionaux, comme médiateur de sociétés lointaines ou, parfois, considérées comme voisines. Essayiste, directeur littéraire, éditeur et ancien président de Reporters Sans Frontières, il nous fait l'amitié de donner préface à ce livre. Ce faisant, il montre combien les médias français ont été plus circonspects en 2003 qu'en 1991, et pose plusieurs questions difficiles: autour du « suivisme» de la presse écrite, du principe d'adhésion dans le fonctionnement médiatique; autour des difficultés d'exercice dans la profession

de journaliste dans un climat de « mensonges symétriques et de propagandes agrippées l'une à l'autre» ; et sur les « rassurantes illusions du temps court»... En postface, Alain Gresh revient sur les «contes» et « mensonges» qui, malgré les constats accablants faits sur le contrôle des mots et des images pendant et au lendemain de la guerre du Golfe, et malgré le travail spécifique de certains journalistes et de quelques rédactions dont Le Monde Diplomatique, ont, depuis, continué d'entourer guerres, armes utilisées et conséquences. .. Que cette étude sur Desert Storm si amicalement entourée et prolongée donne à chacun d'entre nous quelques fils conducteurs: pour traverser la tempête informative de l'actualité internationale, surtout en temps de conflits; pour saisir la sophistication des moyens d'encadrement de cette information. La démocratie a ce prix: le décodage permanent de l'information. Denis Rolland Institut d'Etudes Politiques,Universitéde Strasbourg3 InstitutUniversitairede France

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PREFACE
Fort heureusement, l'examen critique des dysfonctionnements du systèn1e médiatique n'est plus l'apanage des médias, même si l'autocritique y devient peu à peu la (bonne) règle. Il y a aussi ce qu'on pourrait appeler la critique « externe» : celle des philosophes comme Jacques Bouveresse ; celle des spécialistes de la communication comme Philippe Breton ou Daniel Bougnoux ; celle des «médiologues» comme Régis Debray. Il existe aussi l'apport, plus discret mais tout aussi précieux, des étudiants - de plus en plus nombreux - qui choisissent de consacrer leur thèse ou leur mémoire de fin d'études à tel ou tel aspect du « mensonge médiatique ». C'est le cas de Marc Hecker dont le minutieux travail sur « La presse française et la première guerre du Golfe »2 force l'intérêt. Les informations qu'il a rassemblées et les analyses qu'il propose suggèrent quelques remarques. La première consiste en une comparaison. Après dépouillement des diverses archives, une constatation s'impose pour ce qui concerne les médias français: en 2003 (lors de la «deuxième guerre du Golfe »), ils auront infiniment mieux résisté à la propagande et aux manipulateurs de tout poil, qu'ils ne l'avaient fait en 1991. Avec le recul, et en lisant l'ouvrage de Marc Hecker, on est même confondu par la docilité ou la crédulité des médias lors de la première guerre du Golfe: récitation de bobards (la fameuse "ligne Maginot" irakienne protégeant le Koweït, les couveuses débranchées, la "quatrième armée du monde", les vidéos du Pentagone diffusées ad nauseam, etc.), l'inepte rhétorique de la guerre « propre» ...
1 Jean-Claude Guillebaud, ancien président de Reporters Sans Frontières, est journaliste, écrivain et éditeur. 2 A l'origine, ce livre était, en effet, un mémoire de fin d'études à Sciences-Po Strasbourg.

En 2003, en revanche, les médias français auront été, dans leur écrasante maj orité, infiniment plus circonspects, plus critiques, moins jobards. A onze ans de distance, et preuves en main, le contraste est saisissant. Mais ce contraste pose luimême une question irrésolue à ce jour. Cette meilleure qualité de la couverture médiatique tient-elle à je ne sais quels «progrès» déontologiques ou est-elle surtout le produit d'un contexte politique changé? En 1991, la France était globalement favorable à une guerre à laquelle ses soldats participaient; en 2003, en revanche, elle figurait comme l'animatrice principale du camp «anti-guerre ». Pour dire les choses autrement, le consensus majoritaire était à l'opposé de ce qu'il avait été en 1991. L'attitude spontanén1ent critique des médias serait-il tout bêtement le reflet d'un changement de perspective? La question vaut presque réponse. Mais elle est lourde de sens. Adopter ce point de vue, en effet, revient à dénier aux médias toute autonomie véritable, tout point de vue déontologique au sens strict du terme. L'appareil médiatique serait complaisant ou critique, selon l'opinion majoritaire du moment. Au lieu d'interroger avec exigence le «consensus» ambiant, il n'en serait que le reflet dévot, la copie conforn1e. Quant aux journalistes, dans leur majorité, ils échoueraient à s'affranchir sérieusement des pesanteurs maj oritaires et de l'air du temps. Il existerait, en son1ffie, dans le fonctionnement n1édiatique un principe d'adhésion, un suivisme inévitable, un syndrome de collaboration contraire à toute quête véritable de la vérité. La deuxième remarque concerne ce qu'on pourrait appeler le «brouillage de la guerre» et son espèce de radioactivité spécifique. Lorsqu'une guerre est annoncée, en effet, le journalisme doit affronter une période difficile pour la vérité. Cette dernière est en général la première vraie victime de n'importe quel conflit. L'entrée en guerre correspond toujours au basculement dans une sorte de champ magnétique ou radioactif qui a la particularité d'affoler toutes les boussoles de la raison. Ce qui s'appesantit alors - comme l'air chargé d'un orage montant - ce sont les propagandes entrecroisées. 10

Toute guerre génère ainsi le mensonge comme la pluie fait pousser l'herbe. Et ce n'est pas seulement, comme on le croit parfois, parce qu'il s'agit de mobiliser les énergies, de convaincre et de rassembler l'opinion. C'est aussi parce que la vérité elle-même y devient un enjeu stratégique. Et aujourd'hui plus qu'hier avec la montée en force de ce qu'on appelle la «dén10cratie d'opinion ». La guerre véritable est précédée et accompagnée d'une furieuse guerre des mots. Autrement dit c'est sa vision du monde qu'imposera peu ou prou le vainqueur, en attendant que les historiens, cinquante ou cent ans plus tard parviennent à démêler le vrai du faux. Très bientôt, insidieusement, risque de se renforcer cette langue de bois assez sommaire qui est celle des communiqués militaires. Elle est semblable à elle-même, d'une guerre à l'autre. Les opérations « atteignent leurs objectifs », les pertes sont « légères », les arrières de l'ennemi sont « désorganisées» et « tous les avions sont rentrés à leur base ». Quant aux pertes civiles, elles sont instrumentalisées ou minimisées. Dans ces cas-là, la con1plexité objective d'une situation est ramenée à une version simplifiée du réel. Quant aux malheureux reporters à qui l'on ne facilitera sûrement pas le travail de terrain, le plus souvent, ils n'ont d'autres recours que de commenter inlassablement ce... qu'on leur cache. Ainsi les journalistes se trouvent-ils installés dans ce clin1at de mensonges symétriques et de propagandes agrippées l'une à l'autre. Il leur faut conserver un sang-froid minin1al et une circonspection patiente... C'est bien plus difficile qu'on ne l'imagine. La troisième remarque est plus technique. Elle concerne le «temps n1édiatique » proprement dit qui, en temps de guerre plus encore qu'en période de paix, tend à s'éloigner de ce qu'on pourrait appeler le «ten1ps de la vérité» ou le «temps de l'Histoire ». Rivés à leurs écrans, une oreille collée au transistor, les citoyens se voient, en effet, subn1ergés par un flot affolant d'images de villes en flamn1es, de sons, de supputations et de commentaires innombrables. Dans les premiers temps d'une guerre, c'est quasin1ent à la minute près - ou disons au quart d'heure - que l'on essaie d'évaluer la situation. L'intensité des

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nouvelles ramène tout le monde à l'instantané, au ten1ps le plus «court». Et c'est à ce temps court que chacun applique du n1atin au soir, sur le mode haletant, ses capacités d'analyse, de réflexion, d'émotion même. Les Américains vont-ils rencontrer beaucoup de résistance? Les marines seront-ils acclamés comme des libérateurs à Bagdad? La garnison de Bassora résistera-t-elle? Un fils de Saddam Hussein est-il blessé? Combien de bombardiers B-52 ont-ils décollé de GrandeBretagne? Etc. En réalité ce triomphe du temps court est aussi celui des illusions. Pourquoi? Parce que l'histoire des hommes obéit à un tout autre rythme; parce que le «bilan» d'une entreprise militaire (ou politique) ne peut s'évaluer que sur le long terme; parce que les images et événements qui surgissent ou adviennent au plus chaud de l'événement sont souvent comme des n1irages que le temps fait s'évanouir. Lorsque nous sommes confrontés au feu de l'événement, on devrait faire un effort pour s'extraire un peu de son souffle immédiat. C'est un tout petit peu plus loin que l'horizon des bombes ou des colonnes de chars qu'il faudrait regarder. Il suffit de se souvenir du passé, comme nous y invite l'auteur de ce livre. En janvier-février 1991, la première guerre du Golfe a été considérée comme une victoire indiscutable et relativement peu coûteuse en vies humaines pour la coalition anti-irakienne. Certes, Saddam Hussein fut, à l'époque, laissé au pouvoir mais cet arrêt de l'offensive bien avant Bagdad était le résultat d'un choix géopolitique. Pour le reste, ce fut donc - apparemment une victoire écrasante. On doit dire « apparemment» car, avec un recul de douze années, on sait maintenant que cette guerre a énormément contribué au renforcement et à la généralisation des groupes terroristes. Oussan1a Ben Laden, par exemple jeune milliardaire d'Arabie Saoudite- a voulu faire de son réseau Al Quaida une réponse à la présence américaine sur la «terre sainte» de l'Arabie. En toute logique, il faudrait donc intégrer les victin1es des attentats du Il septen1bre 2001 dans le bilan global de... la pren1ière guerre du Golfe. Du moins lorsqu'on prend un peu de distance par rapport aux rassurantes illusions du « ten1ps court ».

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Au début des années 80, pour prendre un autre exemple, l'entrée de l'armée israélienne au Liban avait été acclamée par de nombreux Libanais, qu'ils soient chrétiens ou même chi'ites. L'offensive, pensaient-ils, vise les Palestiniens qui constituaient alors une sorte d'Etat dans l'Etat. On sait ce qu'il est advenu de ce fugitif «enthousiasme populaire» et comment l'armée israélienne a eu toutes les peines du monde à s'extraire du bourbier libanais. On pourrait ajouter qu'au printemps 1975, les Khmers rouges entrant dans Pnom Penh furent - l'espace d'une journée - acclamés par une population qu'ils s'apprêtaient à exterminer. En 1992 - et sans qu'on puisse établir la moindre comparaison -, les soldats américains débarquant sur les plages de Mogadiscio en Somalie furent applaudis par la population, le temps d'une ou deux semaines. Dernière ren1arque, d'ordre éthique cette fois: toute période de guerre pose au journaliste un cas de conscience redoutable. Il vient du fait qu'une guerre se gagne, -ou se perd- non plus seulement sur le terrain mais aussi, et de plus en plus, sur le front de l'information. Autrement dit, la « guerre psychologique» fait partie de la guerre tout court. Et cela, dès le premier jour. L'information, répétons-le, se trouve enrôlée dans la bataille. Elle est en uniforme. Elle n'est plus vraiment neutre. A aucun moment. Nulle part. La propagande se substitue à l'information, comme sous l'effet d'une perfusion délétère. Les mots ne sont plus vraiment des instruments au service de la vérité mais des petits soldats sommés de choisir leur camp. L'univers n1édiatique devient le double virtuel du champ de bataille. Il faut comprendre que, dans une telle situation, le journaliste démocratique se voit précipité dans un dilemme presque insoluble. Doit-il se mettre au service de la vérité « objective» ou est-il tenu, malgré tout, à un n1inin1um de civisme? Autrement dit, peut-il exercer la même intelligence critique à l'égard des deux appareils de propagande? Et s'il le fait, jusqu'où peut-il aller? En tant que citoyens, les journalistes se trouvent coincés entre deux formes contradictoires de loyauté. Loyauté à l'égard de cet esprit critique qui est au fondement même de la démocratie; loyauté à l'égard des soldats, des pilotes de leur

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pays qui sont - et seront de plus en plus - exposés au pire. La véritable honnêteté, à mon sens, c'est de comprendre la nature exacte de ce dilemme et de le gérer au plus juste. Voilà circonscrit le vrai -et passionnant- débat auquel invite la recherche de Marc Hecker. Il tient à l'ambivalence fondatrice du métier de journaliste. Du moins en temps de guerre. Tout journaliste, en effet, est un serviteur de l'universel (de la « vérité» !). Mais il est aussi l'émanation d'une communauté humaine dont il ne peut totalen1ent s'abstraire. Il n'est pas interdit de voir dans cette tension permanente une manière de grandeur. À la condition expresse que cette contradiction soit clairement perçue. Et assumée...

Jean-Claude Guillebaud
ancien président de Reporters Sans Frontières, journaliste, écrivain et éditeur.

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INTRODUCTION

Le 29 mars 2003, Le Monde Télévision a consacré un dossier à la couverture médiatique du second conflit du Golfe (2003). Le philosophe Paul Virilio s'y montre extrêmement critique: « C'est, à l'échelle du monde, [la guerre] du mensonge, de la perception perdue du vrai et du faux. Le bluff, à une échelle globale et en direct. Je ne peux plus croire à ce que je vois. [...] Ce n'est pas la liberté démocratique qui a amené les Américains à inviter les journalistes à se joindre à leur armée pour couvrir l'événement. L'affirmer est un déni de vérité. Dans ces circonstances, le soldat de l'armée et celui de l'information sont liés. On ne peut faire l'impasse sur l'ennemi sous prétexte

qu'on est un journaliste libre» 1. Paul Virilio affirme également

que « toute comparaison doit se référer à la première guelTe du Golfe ». En effet, le premier conflit du Golfe (1991)2 est souvent présenté comme un objet d'étude incontournable des liens entre médias et militaires dans la mesure où celui-ci a constitué la première« guerre en direct »3 et que de nombreux dérapages médiatiques ont été dénoncés a posteriori4. Si plusieurs ouvrages anglo-saxons5 ont été consacrés à la question du traitement médiatique de la première guerre du Golfe (1991), tel n'est pas le cas en France. En effet, à

1 Le Monde Télévision, 29-03-2003, pp. 4-6. 2 L'expression « première guerre du Golfe» est utilisée dans ce travail pour désigner le conflit s'étant déroulé dans le Golfe Persique du 17 janvier au 28 février 1991. Cette expression est néanmoins utilisée par certains auteurs pour désigner la guerre Iran-Irak ayant eu lieu de 1980 à 1988. 3 François Géré, La guerre psychologique, Paris, Bibliothèque stratégique, 1997 (chapitre 19 : « La guerre psychologique dans l'ère hyper-médiatique »). 4 J. Jowett, et V. O'Donnell, Propaganda and Persuasion, Londres, Sage Publications, 1999, pp. 312-331. 5 Voir bibliographie.

l'exception de quelques essais, publiés avec peu de recul historique et dans un style plus pamphlétaire que scientifique, peu de travaux ont tenté d'analyser la manière dont les médias ont rendu compte des événements d'Irak en 1990-1991. En revanche, presque tous les livres récents, dédiés à la guerre psychologique! ou aux techniques de persuasion2, consacrent au moins un chapitre à ce premier conflit du Golfe. En quelques dizaines de pages tout au plus, on y trouve souvent les mêmes éléments d'information, avec une tendance générale à mettre l'accent sur le journalisme télévisuel. En l'état actuel des choses, la question du traitement médiatique de la première guerre du Golfe reste donc un champ d'étude largement inexploré. Aucun ouvrage n'a, à ce jour, été consacré à la manière dont la presse écrite hexagonale, que ce soit la presse quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, a couvert l'opération «Tempête du Désert ». Ce livre souhaite contribuer à combler ce déficit de recherches, en se penchant plus précisément sur le contenu des hebdomadaires français durant ce conflit. Nous avons choisi d'étudier exclusivement les hebdomadaires, et non les autres formes de presse écrite pour plusieurs raisons: les hebdomadaires ne paraissant qu'une fois par semaine, ils semblent à même d'éviter les «erreurs du direct », dans la mesure où ils disposent du temps nécessaire pour vérifier les informations et pour fournir des analyses plus poussées3. En outre, à la différence des quotidiens, les hebdomadaires utilisent de manière beaucoup plus récurrente les supports photographiques et picturaux, sources potentielles de manipulations. Les hebdomadaires disposent, de plus, d'un avantage évident: leur périodicité. La première guerre du Golfe a, en effet, été un événement trop court pour pouvoir être étudié de manière satisfaisante d'après le point de vue des magazines mensuels.

1 Voir, par exemple, François Géré, op. cil., chapitre 19. 2 Gérard Chaliand (dir.), La persuasion de nlasse, Paris, Robert Laffont, 1992. 3 Cette assertion a néanmoins été remise en cause par Alain Gresh, lors d'un entretien réalisé le 21 août 2003. Selon lui, «Le temps des médias n'est pas le temps de la politique et encore moins le temps de la guerre ». Ceci vaudrait également pour les hebdomadaires soumis, comme les autres médias, à « l'hystérie de l'information ».

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