La prévention

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Recette de bon sens, outil de la pratique, la prévention est également devenue un référentiel d'action publique. Mais la mise en oeuvre n'est pas à la mesure des annonces et les pratiques de prévention sont réinterrogées. Il s'agit ici de : revisiter le concept de prévention dans sa dimension cognitive, analyser les pratiques de prévention dans leurs effets explicites comme implicites, identifier les enjeux et les paradoxes. Cette approche s'intéresse particulièrement aux champs du sanitaire et du social (protection de l'enfance, délinquance juvénile, éducation spécialisée).
Publié le : samedi 1 octobre 2005
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EAN13 : 9782296415676
Nombre de pages : 186
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La prévention: concept, politiques, pratiques en débat

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non fmalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Déjà parus François GRESLE (dir.), Sociologie du milieu militaire, 2005. P.-N. DENIEUIL et H. LARODSSI, Le développement le social local et la question des territoires, 2005. Bernard GANNE et GL YSI-SAF A, Les « creux» du social, 2005. Catherine DUTHEIL PESSIN, Alain PESSIN, Pascale ANCEL (Textes réunis par), Rites et rythmes de l'œuvre 1,2005. Catherine DUTHEIL PESSIN, Alain PESSIN, Pascale ANCEL (Textes réunis par), Rites et rythmes de I 'œuvre II, 2005. Béatrice APP A Y, La dictature du succès, 2005. France PARAMELLE, Histoire des idées en criminologie au XIXème et au XXème siècle, 2005. Francis LEBON, Une politique de l'enfance, du patronage au centre de loisirs, 2005. Werner GEPHART, Voyages sociologiques France-Allemagne (en collaboration avec Vanessa Bressler), 2005. Alexis ROSENBAUM, La peur de l'infériorité, 2005. Jean STOETZEL, Théorie des opinions, 2005. Gheorghe FULGA, Connaissance sociale et pouvoir politique, 2005. Audrey ROBIN, Une sociologie du « beau "sexe fort"». L 'homme et les soins de beauté, de hier à aujourd'hui, 2005. Yves de la HAYE, Journalisme, mode d'emploi. Des manières

d'écrire l'actualité, 2005.

Sous la direction de Brigitte BOUQUET

La prévention:

concept, politiques, pratiques en débat

CNAM- GRIOT/LISE
En partenariat avec le GRIF (Groupement de recherche de l'lIe de France)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, PoL et Adm.; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

75005 Paris

L'Harmattan ItaIia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 1282260 Ouagadougou 12

La série les cahiers du griot est une publication du laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE - UMR CNRS n° 6209). Cette série accueille des travaux et recherches menés dans le champ du travail, de l'emploi, des organisations, de la formation. Les cahiers du Griot veulent promouvoir des recherches exigeantes sur le plan empirique, ouvertes et originales du point de vue des interprétations. Leur objectif est de donner à voir le travail en acte, mais aussi les multiples dynamiques des régulations organisationnelles, marchandes, éducatives... qui informent ce dernier. Directeur de la série: Michel Lallement N°4 octobre2005

www.libraÏrieharmattan.com e-mail: harmattanI@wanadoo.fr

cgL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9340-1 EAN : 9782747593403

PRESENTATION
BARBE Laurent BELORGEY Jean-Michel BERLIOZ Gilbert BOUQUET Brigitte CAL VEZ Marcel

DES AUTEURS

Consultant, cabinet conseil COPAS, Lille. Conseiller d'Etat. Consultant et enseignant à Grenoble. Professeure titulaire de la chaire Travail social et membre du LISE, CNAM. Maître de conférences en sociologie, chercheur au laboratoire d'Anthropologie et de sociologie, Université Rennes 2. Maître de conférences en psychologie et membre du LISE, CNAM. Membre du LISE. Directeur de l'IRTS lIe de France et chercheur associé à L'UMR LISE du CNAM. ATER en sociologie à la chaire de travail social et membre du LISE, CNAM.

FRANCEQUIN Ginette GUILLAUME Cécile JAEGER Marcel

LIMA Léa PELLEGRINI PETITCLERC ROBERT Guy Bernard

Juriste.
Président du rapport «La prévention en matière de santé,. genèse et évolution du concept de prévention en santé », Conseil économique et social.

Jean-Marie Directeur de Valdocco.

SAINSAULIEU TYRODE Alain

Liliane

Psychosociologue Médecin-directeur Gennevilliers.

et psychanalyste, de la

Paris. ville de

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SOMMAIRE
INTRODUCTION PREMIERE PARTIE La prévention: APPROCHES CULTURELLES PREVENTION rhétorique ou référentiel? SOCIOHISTORIQUES DU CONCEPT 9

ET
DE

Chapitre I

Chapitre II Chapitre III

Genèse et évolution du concept de prévention en matière de santé ROBER T Guy 19 Encadré: Quelle réalité des comptes de la prévention? Les modèles culturels dans la prévention du sida CAL VEZ Marcel 33 Prévention, risques et principe de précaution dans le travail social BOUQUET Brigitte 45 POLITIQUES ET PRATIQUES DE PREVENTION. REALITES, AMBIGUITES ET PARADOXES La prévention au sein des politiques de protection de l'enfance: un concept à interroger BARBE Laurent 61 De la prévention vers la prudence: la gestion des populations à risque social au Québec LIMA Léa 73 La prévention spécialisée entre logique d'engagement et logique de prestation... BERLIO Z Gilbert 87 La prévention spécialisée aujourd'hui. Nouveaux enjeux, nouveaux défis PETITCLERC Jean-Marie 99

DEUXIEME PARTIE

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

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Chapitre VIII

Chapitre IX

Prévention spécialisée et sécurisation du métro: une coopération impensable? GUILLAUME Cécile 115 Prévention et villes FRANCEQUIN Ginette, SAINSAULIEU Liliane, TYR ODE Alain 139 REPENSER ENJEUX LA PREVENTION ET SES

TROISIEME PARTIE Chapitre X Chapitre XI

Chapitre XII

Prévention: alerte! BEL ORGEY Jean Michel 153 Notule: Logique préventive et droit des libertés publiques: une petite diffraction du regard qui donne à penser? PELLEGRINI Bernard 157 Enjeux et défis de la prévention sociale BOUQUET Brigitte, JAEGER Marcel 163 173 L'unité mixte de recherche Lise 179

BIBLIOGRAPHIE ANNEXE

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INTRODUCTION La prévention: rhétorique ou référentiel?

Le mot «prévention» est sur toutes les lèvres, elle serait l'affaire de tous. Recette de bon sens, outil de la pratique, la prévention est également devenue un référentiel d'action publique. Mais dans le même temps le concept de prévention est susceptible d'interprétations diverses, la mise en oeuvre n'est pas à la mesure des annonces (à titre d'exemple, le financement de la prévention actuellement, représente moins de 3% des dépenses de santé) et les pratiques de prévention sont réinterrogées. Dans le champ social, certaines sont même remises en causes. Quelle est donc la pertinence de ce concept? C'est pourquoi au sein du laboratoire Lise, l'axe intitulé «Politiques et action sociales, acteurs et régulation », a souhaité prendre en 20032004, la thématique de la prévention dans le champ sanitaire et social comme séminaire annuel de recherche, remarquant que cette thématique assez peu explorée ces dernières années, resurgit fortement tant du fait de projets de lois que de la conscience sociale des risques (La MIRE avait placé ce sujet au sein de ses priorités en 2002). Ce séminaire, conçu par la chaire de travail social du CNAM et par le Groupement de recherche de l'Ile-de-France (GRIF), a abordé la question «La prévention: concept, politiques, pratiques en débat» sous les quatre approches suivantes: revisiter le concept de prévention dans sa dimension cognitive avec l'idée de déconstruction, analyser les pratiques de prévention dans leurs effets explicites comme implicites, évaluer le coût de la prévention, identifier les enjeux et les paradoxes. Il a associé des professionnels et des chercheurs et a veillé à favoriser la confrontation entre eux. Toutes les communications ne sont pas reprises dans cet ouvrage et de nouvelles contributions y figurent. Il ne s'agit pas de faire ici une approche complète de la question mais de poser des éléments de recherche et de réflexion, de les mettre en perspective et de contribuer ainsi au débat.

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LE CONCEPT DE PRÉVENTION: HISTORIQUES ET CULTURELLES

APPROCHES

SOCIO-

Au sens étymologique, le tenne «prévention» signifie «devancer, aller au-devant de » et « avertir de ». Dans le sens courant, la prévention est d'une part l'ensemble des mesures prises pour empêcher que ne se produisent des phénomènes entraînant un dommage pour l'individu ou la collectivité, et d'autre part l'organisation chargée de les appliquer. Les politiques de prévention des risques ont un champ considérable de développement: santé publique, risques naturels, politiques de sécurité sociale, action sociale, etc. Il est donc nécessaire de préciser ce que l'on cherche à éviter et ce sur quoi on veut attirer l'attention. Une première approche sera de caractère sociohistorique, prenant en compte les cadres et modèles culturels, se limitant à deux champs, le sanitaire et le social. Il semble bien que le concept de prévention ait pris naissance dans le champ de la santé pour ensuite être repris par le secteur social. La prévention est une notion d'abord utilisée dans le milieu sanitaire et pour les risques naturels. L'objet de la prévention apparut, au départ, dans le domaine médical. Comment le définit le champ disciplinaire de la santé? C'est ce qu'analyse Guy Robert, président du rapport La prévention en matière de santé, au Conseil Economique et Social. Indiquant qu'à l'origine, les motivations étaient avant tout économiques et militaires, l'auteur fait apparaître la dimension sociale à partir du XIXe siècle pour aboutir à la fin du XXe siècle à un projet humaniste orienté vers la recherche du bien-être. Distinguant deux champs de la prévention médicale, les risques subis collectivement et les risques liés aux comportements nocifs pour la santé, qui engagent la responsabilité individuelle et la responsabilité collective, il montre que l'évolution du concept est certes indissociable des découvertes scientifiques et médicales mais plus généralement qu'elle a été liée à un soubassement idéologique et dépend des valeurs de la société. Les progrès de la médecine préventive posent de nouveaux problèmes techniques et éthiques. C'est pourquoi, dans le cadre de la politique de santé publique qui réaffirme la place importante de la prévention dans une pensée plus large de gestion des risques, il rappelle les responsabilités respectives de l'État et des citoyens et en appelle à un souci éthique pour s'opposer aux dérives possibles de normalisation outrancière et de stigmatisation.

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La catégorie de risque mobilisée dans la prévention ne renvoie donc pas uniquement à l'évolution des connaissances médicales, mais à l'ancrage social et à des contextes relationnels dans lesquels agissent les individus ainsi qu'à des enjeux relatifs à l'organisation des relations sociales. C'est ce que Marcel Calvez fait ressortir lorsqu'il analyse trois modèles culturels mobilisés dans les débats sociaux sur la prévention du Sida: le modèle communautaire lié à la représentation d'une communauté territoriale et reposant sur la hiérarchisation des risques, le modèle individualiste centré sur la responsabilité de l'individu, et le modèle égalitaire construit par les personnes elles-mêmes en affiliation à une communauté de destin. Au sein de ce dernier, il montre les tensions sociales dues à la faible institutionnalisation et évoque la nécessité de trouver une assise dans un modèle culturel stable. La prévention s'est étendue ensuite des risques sanitaires aux risques sociaux. Le mutualisme, les politiques de sécurité sociale sont fondés sur la notion de risque social et de couverture des risques, c'est-à-dire d'événements qui ont des implications sur l'intérêt collectif et une incidence sur la situation économique des personnes. À son tour, plus tardivement, le champ de l'action sociale s'est saisi de l'idée de prévention. A la prévention médico-sociale instituée dans le sillage médical succède la prévention sociale qui s'en démarque et qui, depuis, est stipulée et légitimée dans les diverses lois sociales. En devenant l'orientation commune aux différentes politiques sociales, la prévention a progressivement acquis un statut. Cependant, le message politique de prévention reste un message flottant. En effet, l'usage social et politique du concept de prévention est très éclaté. Ainsi, Brigitte Bouquet montre combien cette notion de prévention est imprécise, ne prête pas à consensus, d'autant que les champs d'application du secteur social sont divers. Qui plus est, cette notion de prévention est mise de plus en plus en retrait par le principe de précaution. Elle serait même en conflit avec lui, selon que ce dernier est compris comme un principe abstentionniste et un obstacle, ou au contraire comme une démarche positive porteuse de nouvelles valeurs sociales. L'action sociale peut-elle concilier la prévention sociale globale et l'action préventive particulière à ses divers champs, avec le principe de précaution?

Il

LES POLITIQUES DE PRÉVENTION AMBIGUÏTÉS ET PARADOXES

RÉALITÉS,

Dans l'action sociale, qu'en est-il réellement de la mise en application de cette rhétorique de la prévention, de ce référentiel d'action publique, en processus permanent de réinterprétation ? Comment les acteurs s'en saisissent, le réinterprètent-ils ? Deux analyses critiques, l'une concernant la France, l'autre le Québec, permettent de comprendre les glissements actuels de la conception de la politique prévention sociale et les ambiguïtés autant sociales, éthiques, que praxéologiques. En France, dans le champ des politiques de protection de l'enfance, Laurent Barbe analyse de façon critique les conséquences praxéologiques d'une certaine manière de dire et de penser. Selon lui, le recours consensuel à la notion de prévention semble contourner à moindres frais les fortes tensions que doit prendre en compte ce secteur. Notamment la vision idéale et naïve de «l'évitement» des difficultés par la prévention, fait fi des nombreuses tensions concernant le conflit et la normativité qui sont inhérentes tant à la trajectoire de vie d'un adolescent qu'au sein des familles et qu'entre la collectivité et certaines familles... Craignant que la figure de l'évitement ne devienne ultérieurement une stigmatisation, il fait appel à une posture plus modeste de l'accompagnement du fait familial, en le replaçant dans une histoire culturelle et sociale et dans les réalités socioéconomiques, afin de repenser la prévention d'une manière plus adaptée à son objet. Il prône l'éthique démocratique, c'est-à-dire le débat entre les institutions et les familles concernées par les interventions sociales de protection de l'enfance. Léa Lima analyse la prévention de l'exclusion au Québec. S'appuyant sur le cadre analytique proposé par F Ewald, elle rappelle qu'une des principales différences entre les deux régimes de responsabilité et de solidarité réside dans l'articulation entre le droit et la morale et engendre des modes de régulation différents. Le régime de la responsabilité mise sur l'autorégulation du système alors que le régime de la solidarité développe une politique de prévention par essence structurelle ou environnementale. Or au Québec, elle observe que les politiques de prudence qui se sont développées dans le cadre normatif et cognitif utilitariste s'éloignent d'une politique de prévention structurelle

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conforme aux canons de la solidarité et deviennent de vastes entreprises de moralisation portant sur la responsabilité individuelle. Un autre champ de la prévention mérite d'être exploré et analysé longuement, celui de la prévention de la délinquance juvénile et plus particulièrement la prévention spécialisée. Sa place spécifique et l'orientation de son action apparaissent plus que jamais incertaines, du fait de la forte implication politique sur la thématique de la sécurité. Il y aurait perte de sens liée autant au nouveau référentiel d'action publique de lutte contre l'insécurité qu'à la complexité des relations de la prévention spécialisée avec d'autres dispositifs territoriaux et parallèles. Prise dans une société de repli où l'autre est envisagé sous le mode du risque et où dans le couple prévention/répression, la répression semble l'emporter, quels sont les débats sur ses valeurs, ses finalités? Quelles adaptations sont proposées? En réponse à ces questionnements, Gilbert Berlioz montre bien que de la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu'à la fin des années 70, la délinquance a été considérée comme un symptôme du problème plus général de « l'inadaptation sociale ». C'est sous cette conception qu'elle a été investie par la prévention spécialisée. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Sous la poussée de la montée de l'insécurité et du référentiel global de lutte contre l'inadaptation sociale, on est passé à celui de lutte contre l'insécurité dans laquelle les politiques de sécurité déplacent la focale vers le délinquant et la victime. Dans ce contexte où la prévention spécialisée occupe une place assez faible, il exhorte celle-ci à repenser sa légitimité et à produire une intelligibilité spécifique sur la position qu'elle occupe. Quant à Jean-Marie Petitclerc, partant de son expérience de 25 ans en prévention spécialisée, il analyse le caractère paradoxal de la France qui au sein de la communauté européenne, est un des pays qui a le plus théorisé sur le concept de prévention tout en étant également un de ceux qui maîtrisent le moins l'évolution de la délinquance juvénile. Il note en effet qu'il y a de nombreux discours sur la prévention comme solution, alors même qu'il y a une absence de diagnostic réaliste des risques à éviter. Dénonçant les effets pervers du discours compréhensif de la sociologie sur la délinquance d'exclusion, et donnant une triple signification au recours à la violence chez les jeunes, il en appelle à l'articulation d'une politique de prévention, de médiation et de sanction, dans une approche véritablement éducative. Cherchant à mieux situer le

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champ de la prévention spécialisée dans une « prévention persuasive », il propose une évolution des principes fondamentaux de la prévention spécialisée. Des expérimentations se font jour autour des relations entre institutions publiques et prévention spécialisée, centrées sur une recherche de responsabilisation et de cohésion plutôt que de conflit. Quel bilan peut-on en tirer? Un exemple en est donné par Cécile Guillaume qui analyse la coopération entre les agents d'ambiance du transporteur urbain Lillois « Transpole » et les éducateurs de prévention spécialisée en vue d'une mission de pacification et de la sécurisation du métro. Après une période expérimentale réalisée avec succès tant au point de vue de l'interconnaissance des acteurs, que de la complémentarité et de l'articulation des deux types de prises en charge, et une rupture intervenue due au changement de politique de «Transpole» et à la recomposition interne du service de médiation, la reprise du partenariat est envisagée. La contribution de C. Guillaume permet d'identifier les points d'achoppement du partenariat dus tant aux principes fondamentaux de la prévention spécialisée qu'à la question du public et du territoire d'intervention, à la dimension des temporalités et plus généralement à la crainte de confusion des rôles, à l'instrumentalisation. Enfin, s'appuyant sur le référentiel de prévention sociale et forts de leur militantisme au service d'une politique publique qui avait misé sur la prévention et l'éducation, trois auteurs, Ginette Francequin, Liliane Sainsaulieu et Alain Tyrode, montrent par deux exemples d'action de prévention en faveur des jeunes, basées sur le territoire, comment ils complètent, voire modifient les programmes élaborés sur le plan départemental ou national, et comment ils mettent en oeuvre l'option de la prise de responsabilités individuelles et collectives. REPENSER LA PRÉVENTION ET SES ENJEUX Au terme de cet entrecroisement d'approches compréhensives, constructivistes ou critiques, il paraît nécessaire de revenir sur l'ensemble des enjeux de la prévention. C'est par une «alerte» de Jean-Michel Belorgey que ceux-ci seront évoqués en premier. L'auteur rappelle que la pensée politique et sociale contemporaine sur la prévention ne fait que redécouvrir ce précepte ancien. Toutefois, il souligne que les politiques préventives ont été

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sélectives et partielles et que si elles se sont inscrites plus facilement dans le domaine médical, elles ont eu plus de difficultés à s'imposer dans le domaine social. Pire, elles deviennent actuellement l'objet de ruses et de contournements qui les conduisent à une inversion des stratégies de protection de certains groupes sociaux Geunes, pauvres) en stratégie de protection contre ces mêmes groupes. Il dénonce un retour en arrière. Prévention à défendre, certes, mais pas n'importe laquelle. Au regard du droit des libertés publiques, celle-ci doit lutter contre sa tendance propensive, intégrer ses propres limites, être contenue. C'est cette « adresse» que nous indique Bernard Pellegrini. Distinguant dans le champ du droit, régime préventif et répressif, il montre que, paradoxalement, le régime répressif est plus protecteur des libertés publiques alors que le régime qui cherche à prévenir à l'avance tout comportement mettant en cause l'ordre public, peut dériver vers le totalitaire. Prenant l'exemple du projet de loi élaboré par Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, Bernard Pelligrini montre qu'au-delà de l'orientation politique, le projet illustre la propension intrusive et sans limites de toute logique préventive. Dès lors, comment penser la prévention tout en évitant ses ambiguïtés? Marcel Jaeger et Brigitte Bouquet, reprenant divers éléments d'analyses des auteurs de cet ouvrage, posent plusieurs pistes de réflexion. Ainsi, ils constatent des définitions non opératoires qui brouillent le champ et en appellent à une précision plus réaliste dans la définition des objectifs et des méthodes de la prévention. Ils reprennent l'analyse des effets pervers de la prévention sociale précoce et en appellent à la prudence et à la vigilance dans sa conception et sa mise en oeuvre. Ils interrogent la place et la crise de légitimité de la prévention spécialisée. Ils synthétisent l'analyse de la réalité de la concurrence et les conflits de doctrines entre prévention et précaution. Ils en concluent que si la prévention sociale reste bien du point de vue de l'action sociale, un objectif à promouvoir, un gros effort de conceptualisation reste à faire pour en définir son objet. L'objectif de cet ouvrage est bien d'y contribuer, même modestement, compte tenu de la tâche qui reste à accomplir. CNAM. Chaire de travail social Groupement de recherche de l'lIe de France (GRIF)

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PREMIERE PARTIE

APPROCHES SOCIOHISTORIQUES CULTURELLES

ET

DU CONCEPT DE

PREVENTION

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