La production du coton biologique et équitable au Mali

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Comment le projet pour la production du coton bio-équitable a-t-il été mis en place au Mali ? La reconstitution de la chaîne de production du coton biologique et équitable au Mali n'est pas en soi une pratique de développement alternatif, bien au contraire. Le commerce équitable ne saurait jamais être équitable en raison de la part du don qu'il contient.
Publié le : lundi 1 juin 2015
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EAN13 : 9782336383477
Nombre de pages : 190
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Roberta RUBINO
La production du coton
biologique et équitable au Mali
Au-delà du don et du marché
D’où viennent les bogolans bio-équitables exposés à l’Ethical
Fashion Show de Paris ? Comment le projet pour la production du La La La production production production du du du coton coton coton coton bio-équitable a-t-il été mis en place au Mali ? Pour répondre
à ces questions, il a été nécessaire de reconstruire l’histoire de vie
de ces bogolans en les suivant à la trace : du tapis rouge de Paris, biologique biologique biologique et et et équitable équitable équitable
à l’atelier de Ballakissa Arts, installé sur la colline de Lassa à
Bamako, jusqu’aux parcelles de terre, où des productrices et des
producteurs cultivent le coton bio-équitable au Mali. au au au MaliMaliMali
La reconstruction de la chaîne de production du coton biologique
et équitable du Mali a permis de constater que le commerce
équitable n’était pas, en soi, une pratique de développement Au-delà du don et du marché
alternatif, bien au contraire. Au-delà de son contenu spécifique,
sa structure fortement idéologique réplique les caractéristiques, et
donc les limites, de tous les autres projets de développement.
De plus, à partir de l’analyse des transformations qui investissent
l’organisation sociale et politique du village de Sibirila, on observe
que, dans le commerce équitable, suspendu entre le don et le marché,
tout travail vendu est indissociable d’un travail sur soi. En fait, le
don-dette, qui caractérise le commerce équitable et qui précède
l’échange marchand, entraîne un processus de subjectivation,
visant la constitution d’un sujet éthico-politique particulier.
On s’aperçoit ainsi que le commerce ne saurait jamais être
équitable en raison de la part du don qu’il contient.
Roberta RUBINO, diplômée en relations internationales et études
diplomatiques à l’université de Naples-L’Orientale (2004), est
docteure en anthropologie sociale et ethnologie à l’École des
Hautes Études en Sciences Sociales de Paris (2013).
Préface de Pascal Le Rest
ETHNOGRAPHIQUESPhotographie de couverture : Magasin de
stockage du coton bio-équitable de Sibirila
© Roberta Rubino .
ISBN : 978-2-343-05831-3
19
La production du coton biologique et équitable au Mali
Roberta RUBINO
ETHNOGRAPHIQUES
Au-delà du don et du marché








La production du coton
biologique et équitable au Mali
Au-delà du don et du marché





Ethnographiques
Collection dirigée par Pascal LE REST

Ethnographiques veut entraîner l’œil du lecteur aux
couleurs de la vie, celle des quartiers et des villes, des
continents et des îles, des hommes et des femmes, des jeunes et
des vieux, des blancs et des noirs. Saisir le monde et le restituer
en photographies instantanées, de façon sensible et chaude,
proche et humaine, tout en préservant la qualité des références,
des méthodes de traitement de l’information et des techniques
d’approche est notre signe et notre ambition.
Déjà parus

Nicole ESCHENLOHR, Le caméléon et la mort en Afrique,
2015
Bertrand ARBOGAST, Florent l’artiflot, 2014
Pascal LE REST, Le tumulte des vagues. La trilogie du jeu de
vivre, tome 3, 2014
Pascal LE REST, Le temps des blessures. La trilogie du jeu de
vivre, tome 2, 2014
Pascal LE REST, Les promesses du monde. La trilogie du jeu
de vivre, tome 1, 2014
Philippe LIPCHITZ, Nouveau far west, 2014
Louis FALAVIGNA, A la recherche du plaisir de vivre.
Actualité d’Albert Camus. Dialogues pour la scène, 2013
Louis FALAVIGNA, L’ivrogne qui a crié Otototoï ! ou On a
tué le Chichibu, 2013
Louis FALAVIGNA, La première gynécologue de l’histoire ou
l’enfant du miracle, 2013
Bertrand ARBOGAST, Ethnographie d’un village ordinaire,
2012
Pascal LE REST, La marche du temps. Ethnographie d’un
parcours adolescent (tome 1), 2011
èmePascal LE REST, Banlieue sud et le 17 Printemps.
Ethnographie d’un parcours adolescent (tome 2), 2011
Muriel SANTORO, Mon voisin de maíz. Voyage au Guatemala
au cœur de la culture maya, 2010.

Roberta RUBINO










La production du coton
biologique et équitable au Mali
Au-delà du don et du marché





































































































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05831-3
EAN : 9782343058313
REMERCIEMENTS
Sincère et profond est le remerciement que je voudrais
adresser à celle qui a permis l’élaboration de cette recherche :
ma directrice de thèse, Doris Bonnet. Merci à la tutrice
attentionnée qu’elle a été, à la directrice exigeante qui a su
m’apprendre à être à la hauteur d’un tel projet.
Mes plus respectueux remerciements s’adressent également
à la directrice de l’Académie de Bamako Rive droite,
Diama Cissouma Togola.
Je tiens à exprimer aussi toute ma reconnaissance à
Helvetas Mali et au Mobiom. Ils m'ont permis de conduire cette
recherche et ont su tolérer le regard intrusif que je portais sur
leur quotidien. Mes plus vifs remerciements vont aussi aux
artisans de Bamako et aux habitants du village de Sibirila pour
le temps qu’ils ont accepté de me consacrer et pour les
attentions qu’ils m’ont toujours réservées.
Pour leurs remarques et leurs précieux conseils, je tiens
enfin à remercier les membres du jury de soutenance de la
thèse à partir de laquelle ce livre a été construit : Boris Pétric,
Laurent Vidal, Jean-Paul Colleyn, et Anne Doquet.
Je reste cependant la seule responsable de ce texte. À mon père TABLE DES MATIÈRES
Remerciements ................................................................................. 5
Préface de Pascal Le Rest .......................................................... 11
Présentation ...................... 15
CHAPITRE I DU TAPIS ROUGE DE PARIS À LA
COLLINE DE L’ESPOIR DE BAMAKO ..................... 25
CHAPITRE II LE FIL DE LA DISCORDE ................. 43 RE III LE COTON BIO-ÉQUITABLE DU
MALI LE FIL DE L’HISTOIRE ...................................... 63
CHAPITRE IV SIBIRILA ENTRE LE MOBIOM ET
LES AUTORITÉS LIGNAGÈRES.................................. 73
CHAPITRE V LA FABRICATION DES
PRODUCTRICES ET DES PRODUCTEURS DE COTON
BIO-ÉQUITABLE ................................................................. 99
CHAPITRE VI LES ENFANTS ET LE COTON :
MAUVAIS MÉNAGE........................................................ 121
CHAPITRE VII LA PART DU DON DANS LE
COMMERCE ÉQUITABLE ............................................ 139
CONCLUSION ........................................................................... 171
BIBLIOGRAPHIE ....... 177 PRÉFACE DE PASCAL LE REST
Roberta RUBINO est une jeune femme diplômée de
l’université de Naples en Relations internationales et en
Etudes diplomatiques depuis 2004. Elle a quitté l’Italie et
est venue s’installer en France, à Paris, pour compléter son
cursus en ethnologie. Etudiante à l’Ecole des Hautes
Etudes en Sciences Sociales (EHESS), elle a obtenu son
doctorat en Anthropologie sociale et en Ethnologie en
2013. J’ai eu le plaisir de travailler avec elle en 2014 sur
sa thèse et de l’aider à repenser l’ensemble de son travail
pour le publier sous une forme attractive et un style aussi
dynamique que possible. Après 18 mois de réécriture, je
suis très heureux de pouvoir préfacer ce premier livre en
2015. Parmi l’ensemble des livres publiés dans la
collection Ethnographiques de L’Harmattan, celui-ci
trouve une place singulière et s’inscrit dans une étape pour
penser de manière ethnologique les aspects de la
globalisation économique qui s’impose à des territoires
circonscrits et à des populations fixées localement.
Roberta RUBINO décrit par le détail la chaîne de
production du coton biologique et équitable du Mali et
analyse les éléments qui rendent compte de l’impact sur
l’organisation sociale et politique des villages. Le
commerce équitable tel qu’il se révèle au Mali
constitue-til un moyen de développement alternatif pour les
producteurs ? Se distingue-t-il sur le marché des autres
types d’échanges ? Et les questions de don, comment se
manifestent-elles dans ce commerce ?
Le travail de Roberta RUBINO est remarquable à plus
d’un titre. En premier lieu, le lecteur est captivé par le terrain d’élection de l’ethnologue qui s’aventure sur des
réalités humaines très actuelles, centrées sur des enjeux de
commerce équitable, de production biologique agricole
dans un pays d’Afrique où se mêlent des aspects
historiques de don et de dette, et en observant également
les modes d’intervention des ONG, aux frontières par
conséquent des questions d’économie solidaire, de travail
social, de principes associatifs. Pour cela déjà, la jeune
ethnologue de 35 ans mérite une attention particulière.
Mais, de façon plus fine, ce qui séduit davantage le
lecteur en second lieu, c’est la force du style de cette
auteure qui revendique une affirmation, celle du je, qui
écrit donc à la première personne du singulier et qui de ce
fait entraîne son lecteur dans une ethnographie du
sensible, en appuyant avec discrétion sur ce regard chaud,
si bien décrit par Pascal DIBIE, l’ethnologue des portes.
Cette ethnographie du sensible n’en est pas moins une
ethnographie très objectivée, remarquable dans son
enquête fouillée, qui avance comme une démonstration
mathématique.
En troisième point, Roberta RUBINO considère des
aspects très anciens du discours ethnologique tels que les
questions de don et de dette, mais les renouvelle dans une
perspective dépouillée du décor exotique très souvent
èmeexploité par la tradition de première moitié du 20 siècle,
tout en nous conduisant de Paris à Bamako, de Lassa à
Bougouni. Elle propose ainsi une grille d’analyse pour de
multiples objets d’étude qui dépasse très largement le sujet
de son livre. Bien évidemment la qualité de l’auteure
diplômée d’études politiques à Naples n’est pas sans
résonance dans cette capacité de l’ethnologue à majorer
ses lignes de force pour accroître la puissance de son style.
Je pourrais encore trouver bien d’autres intérêts à ce
livre et ergoter sur ses qualités, mais il me suffira pour
conclure et laisser le lecteur entrer sans tarder dans la
12description du commerce équitable au Mali vu par Roberta
RUBINO de dire que cette jeune ethnologue représente
une nouvelle génération de chercheurs, tout à la fois
brillante dans le traitement et la restitution de ses travaux,
brillante aussi par le choix du terrain et ce qu’il énonce
dans l’actualité de nos modèles de vie, d’échanges, et
d’organisation sociale.


Pascal LE REST
Docteur en ethnologie
Ethnométhodologue
Diplômé d’Etat en Ingénierie Sociale
Directeur des collections Ethnographiques et Educateurs
et préventions chez L’Harmattan
Directeur du cabinet Conseil et Formation à Chartres
Conseiller technique à l’ADSEA77
Enseignant et formateur dans de nombreuses écoles

















13PRÉSENTATION
13 octobre 2006, Paris, rue du Faubourg-Saint-Martin.
Au Tapis Rouge, le plus ancien grand magasin de la
capitale, se déroule la troisième édition de l’Ethical
Fashion Show. Le Salon de la mode éthique expose les
créations d’artistes qui ont fait le choix d’intégrer à la
mode les principes sociaux, environnementaux et
économiques du développement durable. Il s’agit d’une
forme militante de la mode qui se dit attentive à l’homme
et à son environnement parce qu’elle applique les
conventions de l’Organisation internationale du travail et
parce qu’elle favorise des matières premières issues de la
récupération, du recyclage ou des modes de production à
moindre impact environnemental, comme la production
biologique.
L’Ethical Fashion Show s'annonce aussi comme le
Salon de la mode « solidaire », puisqu’il accueille des
collections conçues selon les principes du commerce
1équitable . Le Salon de la mode Éthique déclare s’ouvrir
ainsi aux influences créatives des pays du Sud, avec le
1 « Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le
dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir
à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au
développement durable en offrant de meilleures conditions
commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs
marginalisés, tout particulièrement au sud de la planète.
Les organisations de commerce équitable, soutenues par les
consommateurs, s’engagent activement à soutenir les producteurs, à
sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans
les règles et pratiques du commerce international conventionnel. »
(Définition consensus FINE). double objectif « d’encourager leur développement
économique et de sauvegarder les savoir-faire culturels
particuliers ».
C’est au Salon de la mode éthique que je découvre les
créations de Ballakissa Arts, un groupement d’artistes
peintres maliens. Situé sur les hauteurs de Bamako, sur la
colline de Lassa, l’Atelier de Ballakissa Arts présente une
collection de vêtements et d’accessoires en coton
2biologique décorés avec la technique du bogolan .
Le responsable du stand m’explique que Ballakissa
Arts a accès au coton bio-équitable malien, par le biais
d’une grande ONG suisse de développement qui, depuis
1999, a démarré un projet pour la production du coton
biologique au Mali. Les activités de Ballakissa Arts
s’inscrivent dans ce même projet et « visent au
renforcement des capacités des acteurs du Sud et à la
promotion du marché ».
À l’Ethical Fashion Show, le stand de Ballakissa Arts
est situé au rez-de-chaussée du Tapis Rouge où sont
installées des collections de Haute Couture et un espace
Nature. On expose ici toutes les créations qui ont le goût
de l’ailleurs et « des savoirs ancestraux des peuples qui
vivent au plus près de la nature ».
Cependant, de premières contradictions apparaissent
entre les représentations subjacentes à ce genre de
disposition et les déclarations de Ballakissa Arts qui, dans
sa fiche de présentation, affirme réaliser un « bogolan
traduit moderne. Travaillant sous la forme d’un commerce
équitable, nous tentons de jumeler au mieux les cultures
africaines et occidentales, d’alterner les coutures
2 Le bogolan est un procédé traditionnel malien de teinture végétale.
Bogolan, nom propre aux Bambaras et aux Malinkés, se compose
d’un nom commun bogo qui signifie « terre » et d’un suffixe lan qui
indique ce qui permet d’atteindre un résultat. Le bogolan est donc « le
résultat que donne l’argile sur le tissu » (Doumbia, 2006 : 16).
16traditionnelles avec des coupes plus modernes, de varier
les dessins aux idéogrammes ethniques et symboliques
avec des motifs plus contemporains… ».
Ces objets, mais surtout les représentations sur
lesquelles le Salon de la mode Éthique construit leur
valeur, deviennent alors sources de plusieurs
interrogations.
Parmi elles, les bogolans de Ballakissa Arts sont-ils des
symboles authentiques de la tradition malienne ? Pourquoi
dans le discours du Salon de la mode éthique à Paris,
l’authenticité et la pureté de la tradition malienne
deviennent-elles des valeurs à défendre ?
Comment ces objets sont-ils pensés et construits dans
l’imaginaire de ses propres créateurs à Bamako, sur la
colline de Lassa ? Enfin, quel sens ces objets assument-ils
dans le Mali contemporain ?

À un autre niveau, l’on peut aussi s’interroger sur le
discours du commerce équitable et sur sa participation à ce
clivage entre les différentes représentations.
Mais en fait, qu’est-ce que le commerce équitable ?
Quels sont les éléments implicites culturels, historiques et
sociaux contenus dans ses principes ?

Pour répondre à ces questions, il a été nécessaire de
reconstruire l’histoire de vie de ces bogolans en les suivant
à la trace : du Tapis Rouge de Paris à l’atelier de
Ballakissa Arts installé sur la colline de Lassa, jusqu’aux
parcelles de terre où des productrices et des producteurs
cultivent le coton bio-équitable au Mali.
Cette enquête a permis d’observer les changements de
statut de ces nappes de coton bio-équitable en fonction de
leurs trajectoires, et de prendre en compte la diversité des
acteurs intervenant dans des contextes particuliers d’action
et de signification. Ainsi, chaque étape a été placée dans
17une situation qui a donné un sens différent au coton
bioéquitable malien.
De plus, ce voyage entre Paris et Bamako a été
l’occasion d’analyser les principes du commerce équitable
et d’observer leur mutation dès lors qu’ils traversent les
frontières et quittent les contextes socioculturels où ils ont
été produits.
Comment, par exemple, une ONG internationale de
développement construit-elle et négocie-t-elle un
programme pour la production et pour la transformation
artisanale de coton bio-équitable au Mali ?
Comment les coopératives de productrices et de
producteurs sont-elles organisées ? Comment la
production de coton bio-équitable est-elle socialement
organisée dans les exploitations et dans les ménages ?
Comment les principes du commerce équitable sont-ils
reçus et interprétés par les producteurs ?
Multisitué et plurisitué, le terrain de cette enquête qui a
duré quatorze mois se situe donc au Mali et sur trois sites
différents : Bamako, Bougouni et le petit village de
Sibirila.
En septembre 2007, j’arrive à Bamako et j’y reste six
mois. J’observe tout d’abord la mise en place d’une partie
du programme de l’ONG suisse de développement. Ce
programme est consacré à la transformation locale du
coton bio-équitable. Ce qui m’intéresse également, c’est le
fonctionnement et l’organisation de l’ONG. Je passe donc
mes journées au siège de l’ONG, à l’atelier de Ballakissa
Arts sur la colline de Lassa, et à la tissuthèque proche du
grand marché de l’artisanat de Bamako.
La tissuthèque de Bamako compte parmi les lieux de
rassemblement les plus importants pour les professionnels
du textile. Nombreux, en effet, sont ceux qui ont décidé de
18

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