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La proximité à l'épreuve des technologies de communication

De
235 pages
La diffusion massive de l'internet et des technologies de communication modifie-t-elle la géographie des activités et de la population ? Faut-il encore être physiquement proche pour se coordonner, interagir, alors que les possibilités de communiquer à distance s'accroissent sans cesse ? Ecrits par des économistes, des géographes et des aménageurs, les textes reunis ici analysent les relations entre TIC et espaces géographiques.
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La proximité à l'épreuve des technologies de communication EN LIBERTÉ sous la direction de Georges Benko .e " GÉOGRAPHIES LIBERTÉ est une collection internationale pubUantdes recherches et des EN réflexions dans le domaine de la géQgraphie humaine, conçue dans un sens très large, intégrant l'ensemble des sciences sociales et humaines. Bâtie sur l'héritage des théories classiques de l'espace, la coUeçtion présentera aussi la restructuration de cette tradition par une nouvelle génération de théoriciens. Les auteurs des volumes sont des universitaires et des cherçheurs, engagés dans des réflexions approfondies sur l'évolution théorique de la discipline ou sur les méthodes susceptibles d'orienter les recherches et les pratiques. Les études empiriques, très documentées, illustrent la pertinence d'un cadre théorique original, ou démontrent la possibilité d'une mise en oeuvre politique. Les débats et les articulations entre les différentes branches des sciences sociales doivent être favorisés. Les ouvrages de cette collection témoignent de la diversité méthodologique et philosophique des sciences sociales. Leur cohérence est basée sur l'originalité et la quafîté que la géographie humaine théorique peut offrir aujourd'hui en mettant en relation l'espace et la société. Déjà parus: 26. Villes et régions au Brésil L. C. DIAS et C. RAllD, cds.. 2000 27. LlIgares. d'ul1 continent l'autre... S. OSTROWETSKY. cd., 2001 28. La territoria/isatiol1 de l'eflseignel11entsupérieur et de la recherche. France, E.\pagne et Portugal M. GROSSETTI P. CLAVAL, P. CLAVAL. ct Ph. LOS EGO. cds.. 2003 29. La géographie du XXle siècle 2003 2003 30. Causalité et géographie 31. Autres vues d'Italie. Lectures géographiques d'un territoire C. V ALLA T. cd.. 2004 32. Vanoise, 40 ans de Pare national. Bilall et perspectives L. LASLAZ, 2004 33. Le eOlllllZeree équitable. Quelles théories pour quelles pratiques? P. CARY. 2004 34. Innovation socioterritoriale et reconver~5ion éconollÛque : le cas de MOlltréal l-M. FONTAN. I-L. KLEIN. D.-G. TREMBLAY. 2005 35. Globalisa/ion. systè111e productifs et dynanziques territoriales. .Regards croisés au Québec et dans le Sus-Ouset français. R. GUILLAUME. cd., 2005 36. Industrie. culture. territoire S. DA VIET ~2005 37. Chroniques de géographie éconol11ique P. CLAVAL. 2005 38. Les clusters de l'aéronautique. EADS, entre 111ondia/isation V. FRIGANT, M. KECHIDI. D. TALBOT. 2006 et ancrage territorial 39. Géographie de l'Espagne R. MENDEZ, cd., 2006 40. Géographies et géographes 41. Quelles P. CLAVAL. 2007 proxÙnités pour inl10ver ? A. RALLET. A. TORRE, cds. 2007 42. La politique introuvable? Expériences participatives à Rec{fe P. CARY. 2007 43. La proxÜnité il l'épreuve des technologies A. RALLET. A. TORRE. eds. 2007 de C0l111111Ulicatioll La proximité à l'épreuve des technologies de communication 1S0USla direction de Alain Rallet et André Torre cg Couverture: « Horse », Rachel Deacon, 1999 (IKEA) (Ç) L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo. fr ISBN: 978-2-296-04340-4 EAN : 9782296043404 SOMMAIRE Introduction Etre proche est-il encore nécessaire à l'heure d'Internet? Alain Rallet, André Torre 7 Partie I Vers une nouvelle géographie des relations inter-entreprises? Chapitre I Proximité à l'égard du client et compétences de la firme José Victor Bontempo, Pascal Ughetto Chapitre II Proximités et logiques modulaires dans l'automobile et l'aéronautique: vers une convergence des modèles d'approvisionnement Vincent Frigant, Damien Talbot Chapitre III La Diffusion des TIC au sein des espaces ruraux: une analyse des entreprises industrielles rurales françaises Danielle Galliano, Pascale Roux, Nicolas Soulié 21 39 63 Partien TIC et proximités dans la distribution des biens et des services Chapitre IV La notion de proximité dans l'organisation des déplacements pour motifs d'achats: nouveaux comportements, nouveaux services, nouvelles régulations Laetitia Dablanc, Erwan Ségalou 93 Chapitre V Internet et relation commerciale: vers de nouvelles mobilités? Claire Charbit, Alain Rallet 125 6 A. RaI/et et A. Torre Chapitre VI Proximité et localisation intramétropolitaine des services marchands Anne Aguilera Chapitre VII Les territoires des chauffeurs livreurs Céline Cholez 151 165 Partie III TIC et développement régional Chapitre VIII TIC et polarisation intra-métropolitaine en lIe de France: Coordination économique et enracinement social Denis Carré Chapitre IX Les Entreprises du Multimédia en Ile-de-France Vincent Gollain Chapitre X TIC et convergence régionale: quelles recommandations normatives issues de la théorie de l'agglomération? Flora Bellone 187 207 217 Liste des auteurs 233 INTRODUCTION ETRE PROCHE EST-IL ENCORE NECESSAIRE A L'HEURE D'INTERNET? ALAIN RALLET ANDRÉ TORRE La contrainte de proximité géographique est-elle levée par la diffusion massive des technologies de l'information et de la communication et notamment d'Internet? Formulée ains~ la question peut sembler naïve et relever de «l'imaginaire technologique» qui accompagne chaque grande rupture technologique à ses débuts (Flichy, 2001, Coutard, 2001). On a ainsi annoncé la fin de la géographie (O'Brien, 1992), des distances (Cairncross, 2001), ou des villes, puisque les TIC paraissent favoriser la dispersion des activités dans l'espace géographique. Ce discours sur une «nouvelle géographie », celle de l'époque d'Internet, s'est aussi vite effondré que celui sur la «nouvelle économie» face aux réalités économiques et sociales. Mais sa force évocatrice reste intacte et il resurgit, sous des formes renouvelées, à chaque nouveau domaine d'extension du processus de numérisation des activités: après le télétravail des années 90, le e-commerce, le e-Iearning, la e-santé, la firme virtuelle... Si cette thèse renait sans cesse de ses cendres, c'est parce que deux grandes idées structurent « l'imaginaire géographique» d'Internet : le monde virtuel pensé comme substitut du monde physique tout d'abord et l'éclatement à distance des relations de proximité ensuite. Réunies, les deux propositions débouchent sur une assertion récurrente : les réseaux de télécommunication substitueraient des relations virtuelles à distance à des relations de proximité physique ou géographique. Concernant la première idée, les travaux des chercheurs ont clairement fait apparattre la complémentarité du monde physique et du monde virtuel et non l'annulation de l'un par l'autre, même s'il existe des formes (limitées) de substitution de communication à distance à des déplacements (Savy, 1999). En effet, la plupart des interactions virtuelles impliquent des contacts physiques à un moment ou à un autre de l'interaction. Pour analyser l'impact des TIC et d'Internet sur la géographie économique des activités, il faut donc partir de l'hypothèse d'une complémentarité des relations virtuelles et des relations 8 A. Rallet et A. Torre physiques et étudier la manière dont cette complémentarité restructure les implantations physiques qui supportent les activités économiques, leurs localisations mais aussi leurs fonctions. La seconde idée - l'éclatement à distance des relations de proximité - est tout aussi contestable: Internet ne sert pas qu'à entrer en relation avec des agents lointains mais se révèle tout autant utile à la communication avec des agents proches, confirmant une caractéristique bien connue du monde traditionnel des télécoms (plus on est proche, plus on se téléphone), ce qui permet d'expliquer la prépondérance du trafic local (75%) dans le chiffre d'affaires des opérateurs. Internet agrandit certes l'échelle géographique des interactions socio-économiques mais il permet aussi d'intensifier les relations locales. En soi, le réseau est géographiquement neutre: l'envoi d'un e-mail à ses voisins de bureau ne diffère pas de l'envoi d'un e-mail àuninterlocuteurlointain.Mais comme, toutes choses égales par ailleurs, on communique davantage avec ses voisins qu'avec des gens éloignés, la communication électronique supporte surtout des échanges entre gens prochesl. Afin d'éclairer les liens entre les diverses formes de proximité et les TIC et Internet, on mettra ici en avant quatre points: - le déplacement des contraintes logistiques de la longue à courte distance - l'extension de la disjonction spatiale à d'autres activités que production - une nouvelle conception de la mobilité 1- LE RENFORCEMENT DES PROCESSUS D'AGGLOMERATION - le renforcement des processus d'agglomération la la Supposons que les TIC permettent de desserrer la contrainte de proximité géographique pour réaliser telle ou telle coordination (une relation client/fournisseur, un travail en coopération, une fourniture de services...). Avec Internet, deux unités A (un client) et B (un fournisseur) peuvent plus facilement s'identifier mutuellement, prendre des informations sur le partenaire, réaliser une transaction en ligne, dématérialiser la transmission des documents commerciaux, interpénétrer leurs systèmes d'information pour déclencher des ordres de réapprovisionnement et routiniser leurs échanges ultérieurs. A et B Dans certaines entreprises, l.e-mail est devenu le moyen de communication principal sur le lieu de travail. Constatant que la plupart des employés qui travaillaient côte à côte en open space préféraient communiquer par e-mail plutôt que parler de vive voix, une finne anglaise a instauré le vendredi sans e-mail. (" e-mailfree Friday") pour réinstaurer un contact physique entre collègues. D'autres prétendent que l.e-mail favorise la prise de poids car les employés ne se déplacent même plus pour échanger la moindre infonnation, fùt-elle privée. 1 La proximité à l'épreuve des technologies de communication 9 peuvent être aussi deux unités de R&D appelées à co-produire ensemble des connaissances. La contrainte de proximité géographique serait a priori plus forte dans ce domaine en raison du caractère tacite de certaines connaissances, seulement partageables en situation de coprésence physique. Mais l'argument n'est pas entièrement convaincant car, d'une part, les technologies ont évolué, facilitant de plus en plus les interactions informelles nécessaires au partage de connaissances tacites, et, d'autre part, la co-présence physique n'implique pas nécessairement une co-localisation permanente des unités mais ce que nous avons appelé une proximité géographique temporaire au travers du déplacement des personnes (RaIlet et Torre, 2005). On doit admettre que la coordination à distance se développe, y compris pour des activités intensives en connaissances comme la R&D (Gallié, 2005 ; Gallaud et Torre, 2004). Le développement de la coordination à distance permet de disperser des activités dans l'espace géographique car deux unités partenaires qui étaient géographiquement proches peuvent choisir de s'éloigner et interagir à distance grâce aux TIC. Néanmoins on constate que la concentration géographique des activités se poursuit, au travers notamment de la métropolisation. Comment alors concilier le desserrement de la contrainte de proximité géographique pour réaliser une transaction ou une tâche et la métropolisation croissante des activités? Ou plus paradoxalement encore: le desserrement de cette contrainte ne favorise t-il pas la concentration géographique des activités? Une première série de réponses porte sur l'activité considérée. Tout d'abord, la contrainte de proximité pour la transaction ou la tâche n'est pas levée si celle-ci implique un partage de connaissances tacites fortement enracinées dans le territoire local, quel que soit l'objet de la connaissance (know-who, know-what, know-how...). Toutes les connaissances tacites n'ont pas cette caractéristique. Ainsi en matière de know-how, les connaissances tacites sont plutôt connaissance commune à une échelle très large (internationale) dans le monde de la recherche alors qu'elles le sont à une échelle plus réduite dans certains mondes des affaires. La possibilité de partager à distance des connaissances tacites dépend en effet de la force de ce que nous avons appelé la proximité organisée, ici les réseaux interpersonnels et le partage des représentations (RaIlet et Torre, 2005). Ensuite, même si la coordination entre deux unités éloignées A et B s'effectue à distance via la mobilité complémentaire des informations (TIC) et des personnes (déplacements), l'existence d'économies externes internes à l'industrie (économies de localisation (Izard, 1960) ou de type MAR (MarshallArrow-Rohmer)) peut justifier l'agglomération de l'unité A, non avec l'unité B, mais avec d'autres unités de la même industrie. On connaît ces facteurs d'agglomération: marché du travail, informations et connaissances spécialisées formant un bien public local, dynamique 10 A. Rallet et A. Torre entrepreneuriale locale... sans compter les effets localisés des politiques publiques territorialisées comme les «pôles de compétitivité» spécialisés. Une seconde série d'arguments porte sur les relations de l'activité considérée avec les autres activités et plus généralement l'environnement urbain. A l'existence d'indivisibilités spatiales (l'agglomération pennet de partager des grands équipements tels les nœuds de transport ou les universités) s'ajoutent les économies d'urbanisation ou économies à la Jacobs (1969). Concernant les échanges d'information jouent un effet densité et un effet variété (Guillain et Huriot, 2000). L'effet densité tient aux nombreux contacts que favorise la métropolisation et l'effet variété à la plus grande facilité de trouver les informations recherchées en milieu diversifié. La baisse des coûts de transfert dans l'espace induite par les TIC a donc le même effet que la baisse des coûts de transport (un point soulevé dès 1995 par Krugman et Venables): elle tend à favoriser la concentration géographique via les effets renforcés des autres facteurs d'agglomération. Ainsi, la coordination à distance s'accroît avec les TIC mais elle sert surtout à relier des unités situées dans des pôles urbains et qui bénéficient des externalités de proximité liées à leur localisation. Il en résulte une économie d'archipels (Veltz, 200) ou de flux (Castells, 2002), c'est-à-dire un ensemble de pôles urbains reliés par les réseaux de transport et de télécom 11-LA TYRANNIE DE LA COURTE DISTANCE L'économie actuelle se caractérise par la capacité non seulement de transporter à faible coût des volumes importants de produits et d'informations grâce aux réseaux de transport et de télécom mais aussi de piloter les flux physiques par les flux informationnels au moyen d'une logistique perfectionnée. Transporter des produits ou des informations sur de longues distances ne pose plus guère de problèmes sauf pour certains biens ou services particuliers. La concentration des flux de produits et d'informations sur de grandes artères de communication permet de bénéficier d'économies d'échelle tandis que la logistique pilote adéquatement l'acheminement des produits. Les contraintes physiques réapparaissent dans la courte distance pour deux raisons. Tout d'abord, l'économie des réseaux est très différente dans la courte distance car les flux ne peuvent plus être massifiés pour être transportés sur de grandes artères. La capillarité des réseaux à leur extrémité implique la dispersion du trafic sur de nombreuses voies. Le coût unitaire de transport ou de communication augmente. Ainsi, dans le transport des biens physiques, les problèmes logistiques sont maintenant concentrés dans la desserte finale sous le double effet de la