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LA PSYCHOLOGIE ANGLAISE CONTEMPORAINE

De
497 pages
Cette réédition dans sa version originale (1870) est un événement. Il s’agit de l’étude la plus complète encore actuellement sur la psychologie associationniste anglaise du XIXème siècle représentée à l’époque par James Mill, John Stuart Mill, Herbert Spencer, Alexandre Bain et George Lewes. Ce livre est aussi habituellement considéré comme un des premiers manifestes français de la nouvelle psychologie. Critiquant la psychologie spiritualiste de son époque, Ribot essaie de promouvoir une psychologie à caractère scientifique. Il revendique pour la psychologie le droit d’exister à côté et en dehors de la philosophie.
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LA PSYCHOLOGIE ANGLAISE CONTEMPORAINE Théodule RIBOT (1870)

Collection ENCYCLOPÉDIE Dirigée par Serge Nicolas

PSYCHOLOGIQUE

La psychologie réellement sont encore encyclopédie contribué collection,

est aujourd'hui

la science fondamentale

de l'homme

moral. Son histoire a dont les œuvres de cette

commencé souvent

à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers citées mais bien trop rarement lues et étudiées.

L'objectif

est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette

à l' autonomisation rassemblant

les textes majeurs des plus grands psychologues,

est orientée vers la

réédition des ouvrages classiques de psychologie On pourra utilement compléter la revue « Psychologie http://lpe.psycho.univ-

qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. les articles contenus dans

l'étude de ces œuvres en consultant consultable sur le Web:

et Histoire»

parisS .fr/membres/nicolas/nicolas.francais.html.

Théodule RIBOT

LA PSYCHOLOGIE ANGLAISE CONTEMPORAINE

L'Harmattan 5- 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-2998-3

SOMMAIRE
PARTIE I : INTRODUCTION HISTORIOUE 1- THÉODULE RIBOT: UNE BIOGRAPHIE Premières années de formation Le fondateur de la psychologie
Les dernières années (1890-1916). .......

VII VIII XII
. . . . . . . . . .. XXVI

II - LA PSYCHOLOGIE ANGLAISE AU XIXe SIÈCLE. XXIX
Introduction générale.. . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. XXIX

La psychologie associationniste de J.S. Mill Le premier « psychologue» anglais: A. Bain La psychologie évolutionniste de H. Spencer La psychologie physiologique de G.H. Lewes Développement de la psychologie anglaise au XXe... Conclusion. .. ... ... ... .. ... ... ... ... ... ... III - BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE

XXXI XXXIV XXXVI XXXVIII XLI XLIV XLV

Notes biographiques sur les grands psychologues anglais.. LIX

PARTIE II: RÉÉDITION DU TEXTE INTÉGRAL DE RIBOT

LA

PSYCHOLOGIE

ANGLAISE

CONTEMPORAINE
(ÉCOLE EXPÉRIMENTALE) (1870)

TH. RIBOT
(Ancien élève de l'École normale, agrégé de philosophie)

1THÉODULE RIBOT: UNE BIOGRAPHIE

Si Théodule Ribot (1839-1916) est surtout connu pour son œuvre psychologique, il ne faut pas oublier qu'il a été un des premiers à présenter en France la psychologie d'Outre-Manche. Fondateur de la psychologie scientifique française, on lui doit en effet l'introduction, au cours des années 1870, des travaux britanniques et mais aussi allemands en ce domaine. Après sa fameuse thèse sur I'hérédité psychologique (1873) qui marque ses contemporains (Nicolas, 1999), il fonde en 1876 une des premières revues consacrée uniquement à diffuser les travaux en philosophie et en psychologie: La Revue Philosophique de la France et de l'Étranger (Mucchielli, 1998 ; Nicolas & Penel, 2002 ; Thirard, 1976). C'est au début des années 1880 qu'il commence à écrire une série d'ouvrages qui donneront son orientation première à la psychologie française imprégnée de l'évolutionnisme spencérien (Faber, 1997). Le premier d'entre eux est sa monographie sur Les Maladies de la Mémoire (1881) qui connut un succès considérable (cf., Nicolas, 2002). Sa réédition récente, dans la collection « les acteurs de la science)} chez L'Harmattan (Nicolas, 2002), permettra aux lecteurs d'apprécier une des œuvres fondamentales de Ribot. Comme dans les autres ouvrages de la même période: Les Maladies de la Volonté (1883), Les Maladies de la Personnalité (1885), La Psychologie de l'Attention (1889), il va utiliser comme sources les observations des médecins et des psychiatres. Ribot inaugurera ainsi la méthode pathologique qui sera cultivée en France par ses successeurs. Il fut investi en 1885 du premier cours de psychologie expérimentale à la Sorbonne (Nicolas, 2000a) avant d'obtenir une chaire de « psychologie expérimentale et comparée)} au Collège de France (1888-1901) (Nicolas et Charvillat, 2001) et de devenir membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (1899). La biographie chronologique que nous proposons dans la suite pourra être utilement complétée par la présentation de la vie et l'analyse de l' œuvre de Ribot qui paraîtra prochainement (Nicolas, sous presse). VII

Premières années et formation 1839 Naissance de Théodule Armand Ferdinand Constant Ribot en Bretagne à Guingamp (Côtes d'Armor) le 18 décembre à 3 heures du matin place du Centre. Il était l'enfant unique de Théodore Simon Ribot (1808-1870), pharmacien, et de Marie Françoise Julienne Yvonne Le Camus (née en 1811), propriétaire, de la région de Pontrieux. 1845-1857 Il fait ses premières études et sa classe de grammaire au collège de Guingamp puis ses humanités au Lycée de Saint-Brieuc. Il fut un brillant rhétoricien (premier prix de discours français) mais un philosophe moyen. Dans la classe de logique (ainsi s'appelait alors la philosophie) s'il obtint en 1857 le prix de dissertation latine, il n'eut que le deuxième accessit de dissertation française. D'une façon générale, il tient un bon rang dans sa classe; il n'est pas le premier d'emblée, mais on relève son nom sur les palmarès de 1855, 1856, 1857 (Dugas, 1917). On sait peu de choses sur sa prime enfance sinon qu'il manifestait une exubérante religiosité. II dressait des autels et chantait des cantiques, ce qui avait pour effet d'exaspérer son père qui disait: "Mon fils sera un calotin!". 1857-1860 Alors qu'il n'est pas encore âgé de 18 ans, son père le contraint à entrer dans l'austère administration de « l'Enregistrement, des Domaines et du Timbre». Il Ytravaillera pendant près de trois ans. 1860-1862 Le jour de sa majorité, le 18 décembre 1860, il donne sa démission à l'administration qui l'employait, ceci sans consulter personne (Sertillanges, 1921). Puis il déclare tranquillement à son père qu'il est décidé à préparer l'École Normale Supérieure (ENS) de Paris, rue d'Ulm. Il s'inscrira au Collège Sainte-Barbe à Paris dans une classe préparatoire spéciale; une préparation qui durera deux ans. Quand il concourut pour la première fois, il fut déclaré seulement admissible (Janet, 1919) et cet échec le désespéra. Encouragé par un vieil ami de sa famille à persévérer, il réussit l'année suivante, en 1862, classé 17e sur les 20 candidats admis VIII

dans la section des lettres. Dans ce concours très sélectif, il y avait environ 280 candidats pour 35 places (section des lettres et section des sciences confondues). Il a 23 ans. L'admission à l'École Normale lui permet de subvenir à ses besoins, mais en retour, il doit servir pendant 10 ans dans l'administration.

1862-1865 De novembre 1862 à décembre 1865, il est élève de l'École Normale Supérieure où l'historien Ernest Lavisse (section des lettres) et Félix Alcan (section des sciences) sont ses amis intimes. Il côtoiera à l'ENS de nombreux élèves des autres promotions (1860, 1861, 1863, 1864) dont les noms sont restés attachés aux différentes Académies (sciences, sciences morales et politiques, inscriptions et belles-lettres) de l'Institut de France tels François Evellin (1860), Henri Joly (1860), Louis Petit de Julleville (1860), Alfred Rambaud (1861), Gaston Darboux (1861), Paul Vidal de la Blache (1863), Alfred Croiset (1864), Albert Dastre (1864), Alfred Ditte (1864), Edmond Perrier (1864) et surtout celui qui deviendra son grand ami Alfred Espinas (1864). Il eut pour maître en philosophie Elme Caro (1826-1887) et Albert Lemoine (1824-1874), puis en 1864 Jules Lachelier (1832-1918). Tous exerceront sur lui une influence profonde. Caro pût lui communiquer le dégoût de Cousin par ses leçons oratoires, Lemoine le goût de la psychologie orientée vers la physiologie et la pathologie, et Lachelier, celui des analyses serrées, précises, sobres et rigoureuses. La première année étant dévolue à la préparation de la licence, la seconde année permettait aux élèves de souffler un peu, la troisième année était dévolue à la préparation intensive à l'une des agrégations suivantes: grammaire, lettres, histoire ou la plus prisée philosophie. Il obtient sa licence ès lettres le 04 décembre 1863 et se présenta à l'agrégation en 1865. 1865 Le titre d'agrégé de lycée était exigible pour être nommé professeur titulaire. Il existait à l'époque sept ordres d'agrégation: Sciences mathématiques, physiques et naturelles; philosophie; grammaire; histoire et géographie; lettres; langues vivantes. Pour la philosophie, le baccalauréat ès sciences et le diplôme de licencié ès lettres étaient exigés. IX

Pour se présenter à ce concours, il fallait généralement avoir enseigné plusieurs années dans les collèges ou lycées. Cependant, les élèves de l'École Normale Supérieure qui avaient suivi avec distinction le cours triennal des études pouvaient être autorisés à se présenter immédiatement aux examens de l'agrégation des lycées. Ceux qui n'avaient pas obtenu cette autorisation pouvaient être admis à se présenter aux examens après une année de professorat dans un lycée ou collège. Or, deux élèves de l'École obtinrent ce certificat d'aptitude pour la philosophie: Compayré et Ribot. Le jury d'agrégation (Archives Nationales 61/AJ/47) était composé de Félix Ravaisson (inspecteur général de l'instruction publique), Adolphe Franck, Charles Lévêque (tous deux professeurs au Collège de France) et Francisque Bouillier (doyen de la Faculté des lettres de Lyon). 28 candidats se présentèrent aux épreuves de philosophie (la théorie de la certitude) et d'histoire de la philosophie (esquisse de la philosophie de Platon). 10 candidats furent admissibles parmi lesquels Ribot. Mais Ribot ne devait pas réussir aux épreuves orales de la seconde session. Ayant échoué à l'agrégation, il se retrouve simple chargé de cours de philosophie au Lycée de Vesoul en remplacement du professeur titulaire (Rousse lot) de décembre 1865 à septembre 1866 avec un traitement de 3000 francs par an.

1866 Ribot se présente à nouveau à l'agrégation dont le programme vient de changer. Au terme des épreuves, Ribot est classé officiellement cinquième (pour l'année 1866) à l'agrégation de philosophie sur les cinq places données au concours, sur une liste où le précèdent Artidor Beurier (promotion de 1863, ancien journaliste et directeur du Musée pédagogique, mort en 1889), Auguste Penjon (promotion de 1863, qui deviendra correspondant à l'Académie des Sciences morales et politiques et professeur honoraire de philosophie à la faculté de Douai, mort en 1919), Gabriel Compayré (son camarade de promotion) et Jules-Émile Alaux (le seul candidat extérieur à l'ENS, qui sera nommé quelques années plus tard professeur de philosophie à Alger à l'école préparatoire à l'enseignement supérieur des lettres). Ribot sera nommé professeur x

(titulaire) de philosophie au Lycée de Vesoul (octobre) avec un traitement de 9000 francs par an, il y restera jusqu'en octobre 1868. C'est à cette époque qu'il lit des livres de Science, les positivistes, dont Taine, Stuart Mill et Spencer dont il a envi de traduire les "Principes de Psychologie" (1855). 1867 Il se met à traduire l'ouvrage de Spencer sur la psychologie pour son usage personnel (cette version ne sera jamais publiée). Dans une lettre du 09 mars, il écrit à son ami Espinas : "Je déclare que c'est un des ouvrages les plus originaux et les plus intéressants que je connaisse, c'est la psychologie étudiée à la manière positive c'est-à-dire abstraction faite de la question de substance et en s'appuyant sur la physiologie" (cf., Lenoir, 1957). Il lit aussi la « psychologie morbide» de Moreau (de Tours). 1868 Nommé au Lycée impérial de Laval en octobre (Le Malefan, 1992), il se plaît mieux dans cette ville qui est plus importante (32000 hab.) que celle de Vesoul (6000 hab.), plus accueillante et surtout plus proche de Guingamp, sa ville natale, même si le pays est "pourri de catholicisme" et les élèves ont un niveau intellectuel excessivement bas. Il lit Spencer, Bain, Bailey, G. Lewes. Spencer lui annonce qu'il va refondre ses Principes de Psychologie, dont Ribot vient de terminer la traduction sur la première édition (qui ne fut jamais éditée), et qu'il l'agrée traducteur de la seconde édition dont les fascicules paraîtront à Londres au fur et à mesure. Dans une lettre du 22 novembre, il écrit à son ami Espinas : "Je considère comme un grand honneur pour moi de le traduire" (cf. Lenoir, 1957). Dans ses cours, il accordera une place prépondérante à la psychologie et traitera le reste (logique, morale, histoire de la philosophie) un peu par acquis de conscience. Cependant, comme il a l'esprit très critique, il est persécuté par le clergé qui l'accuse de scepticisme, panthéisme, etc. 1869 Les rapports avec le lycée se dégradent. Ribot travaille beaucoup pour luimême en continuant ses lectures, sa traduction et la rédaction de son ouvrage sur la psychologie anglaise.

XI

Le fondateur de la psychologie scientifique française 1870

Parution le 1er février de La Psychologie Anglaise Contemporaine chez
l'éditeur Ladrange. L'ouvrage a du succès (seconde édition remaniée en 1875, troisième en 1883 ; traductions en Anglais, en Russe, en Polonais, en Espagnol, en Allemand). Dans l'introduction, Ribot revendique pour la psychologie le droit d'exister à côté et en dehors de la philosophie et de se constituer comme science autonome, ayant son objet aussi vaste que nettement défini, et une méthode propre, qui est l'expérience entendue au sens le plus large, et non pas seulement l'expérience intime ou introspection. Cette introduction est cependant jugée plutôt hardie, subversive, positiviste d'allure par Caro, Janet, Lachelier, etc. Il reçoit néanmoins un nombreux courrier qui l'encourage (Stuart Mill, Spencer, Taine). Il devient un personnage public qui gagne en renommée. A Laval, on est au courant de son succès, mais l'accueil est plutôt mitigé car les cléricaux continuent à le juger comme matérialiste et athée (ce qu'il n'a jamais été). Il s'attaque à l'étude des philosophes allemands contemporains et commence à rédiger sa thèse sur l'hérédité. La guerre franco-prussienne perturbe l'année scolaire. L'armée française occupe le lycée. Son père décède de la variole en décembre qu'il contracte à son tour mais dont il réchappera. 1871 Première rencontre enthousiaste avec Spencer à Paris en novembre. Les récents ouvrages de Wundt l'intéressent beaucoup. Il engage un contrat de traduction pour une nouvelle édition de sa "psychologie anglaise" et sa thèse sur l'hérédité quand elle sera assurée. 1872 Dépôt de ses deux thèses à Paris en mai. La thèse latine Quid David Hartley de associatione idearum senserit (76 p.) est publiée la même année, sa thèse française sur l'hérédité le sera l'année de sa soutenance après quelques remaniements. Il demande à Espinas sa collaboration pour la traduction de Spencer. Les attaques qu'il subissait plus sans doute les aspirations qu'il avait et les divers travaux en cours l'incitèrent à quitter Laval et à prendre un congé officiel d'inactivité en octobre 1872 qu'il obtint officiellement en novembre 1873 avec 600 francs de traitement XII

d'agrégé. Il vient s'installer à Paris et étudie la philosophie de Schopenhauer. Il s'inscrit à la faculté de médecine dès son arrivée en octobre et commence ses premiers cours et visites d'hôpitaux. 1873 Il suit les cours sur les maladies mentales et termine la traduction du premier volume de Spencer. Il soutient le 13 juin ses deux thèses (cf., Nicolas, 1999) sur Hartley et sur L'hérédité: Étude Psychologique sur ses Phénomènes.. ses Lois.. ses Causes.. ses Conséquences (551 p.) qui est sortie de presse en début d'année. Il écrit à Espinas dans une lettre datée du 15 juin: "La journée de vendredi s'est bien passée. La soutenance latine a été très bonne de l'avis de tous (de 10h30 à 13h30). La soutenance française (de 14h15 à 17h15) a été bonne pour la première heure,. en ce moment je me suis senti si fatigué, que je n'ai pu montrer le même nerf J'ai eu plusieurs réparties qui ont fait rire le public et ôté à Caro l'envie de plaisanter. La Faculté m'a d'ailleurs comblé d'éloges et reçu à l'unanimité. La thèse française étranglée en 3 heures n'a pas été discutée sérieusement. On s'en est tenu à des querelles superficielles,. on n'est pas entré dans le fond du débat. Janet s'est perdu de rêveries scolastiques sur le principe du divers" (cf. Lenoir, 1957). Sa thèse sur l'hérédité eut de nombreuses rééditions (la seconde entièrement refondue date de 1881, la cinquième de 1889 ; Il éditions en tout) et traductions (en Anglais, en Russe, en Polonais, en Danois, en Allemand). Ribot fait part de son intention de rompre avec l'éditeur Ladrange pour la traduction de la thèse en anglais et de passer chez l'éditeur Germer Baillière où on lui demande d'écrire un petit volume de 150 pages sur Schopenhauer. Il renouvelle son congé d'inactivité avec 600 francs de traitement. Il fait de l'histologie au laboratoire de Robin: "Dès 8 heures du matin je suis... au milieu des cerveaux, des réactifs, des microscopes, je commence à voir ce que c'est que le système nerveux" (lettre du 9 décembre à Espinas). 1874 La traduction du premier volume de Spencer paraît en janvier et le second en novembre. Son ouvrage sur La Philosophie de Schopenhauer (180 pages) est édité (il eut 14 éditions et une traduction espagnole). Il rencontre une nouvelle fois Spencer à Paris. AIglave, directeur de la Revue Scientifique, demande à Ribot de rendre compte des Éléments de Psychologie Physiologique de Wundt (1874). Il contacte Wundt qui vient XIII

de quitter la chaire de physiologie de Zürich pour la chaire de philosophie de Leipzig et qui lui envoie son discours d'ouverture. Traduction anglaise de sa thèse sur l'hérédité et publication dans la Revue Scientifique de novembre du premier article de Ribot sur la psychologie expérimentale allemande: "La mesure des sensations" d'après Fechner. 1875 À son initiative, Ribot va devenir directeur d'une nouvelle publication en philosophie, il annonce cette nouvelle à Espinas en ces termes: "Voic i une grosse nouvelle. Un projet qui couvait depuis quelques mois vient d'aboutir. Germer Baillière fonde pour paraître au 1er janvier 76 une Revue Philosophique (directeur Théodule Ribot). Elle aura pour caractère d'être ouverte,. pas d'esprit de secte (Littré, Renouvier), tu verras prochainement le programme. Cela paraîtra tous les mois et contiendra 1) deux ou trois articles de fond dont un traduit de l'Anglais ou de l'Allemand,. 2) analyses et comptes rendus de livres,. 3) bibliographie aussi complète que possible des travaux étrangers. Ce projet est approuvé sans réserve par Bouillier, Lévêque (qui promet des articles), Lachelier (qui m'en a presque promis un sur le syllogisme I). Caro se méfie. Janet, très hostile surtout à ma direction, commence à se calmer. Il voulait fonder une Revue (essai infructueux en 1868 et 1872), inde irae. Je compte sur des articles de Bain, Spencer, Lewes, Taine, Wundt, Luys." Publication dans la Revue Scientifique dirigée à l'époque par Émile Alglave d'une série d'articles sur la psychologie de Wundt: La psychologie allemande contemporaine et La Psychologie physiologique en Allemagne. Il participe à une discussion d'une haute valeur scientifique sur la mesure des sensations déclenchée par une lettre publiée dans la Revue Scientifique d'un spirituel philosophe et mathématicien français du nom de Jules Tannery. À ce débat participeront Delboeuf et Wundt. La seconde édition de la Psychologie Anglaise Contemporaine est éditée, parmi les changements les plus notables on trouve un chapitre sur Hartley tiré de sa thèse latine et le chapitre sur Spencer est écrit en fonction des récentes publications de l'auteur. 1876 Parution en janvier du premier numéro de la Revue Philosophique de la France et de l'Étranger (cf. Mucchielli, 1998 ; Nicolas, 2002 ; Thirard, 1976) en même temps que celle de Mind, fondée en Angleterre par XIV

Alexander Bain. La revue Philosophie Positive, dirigée par E. Littré, lui "souhaita la bienvenue" en lui déclarant que le nouveau périodique n'avait pas de "raison d'être" et qu'il ne "prendrait pas". Dans la préface à la revue, Ribot s'exprime ainsi: "La Revue Philosophique dont nous commençons la publication se propose d'être ouverte à toutes les écoles. À ce titre, elle n'a aucune profession de foi rigoureuse à faire, et il suffit d'indiquer brièvement le but qu'elle poursuit et les moyens qu'elle compte employer. On peut, en fondant un journal philosophique, se proposer d'être l'interprète exclusif d'une doctrine, le représentant d'un système unique et à ce titre ne rien accepter qui s'en écarte. Telle n'est pas notre intention. Il y a, en France, des publications de ce genre qui accomplissent leur tâche avec habileté et ardeur. Mais il nous a semblé qu'à côté d'elles, il y avait place pour un travail d'un autre ordre qui aurait aussi son utilité. Notre Revue se propose de donner un tableau complet et exact du mouvement philosophique actuel, sans exclusion d'école. Elle ne veut être l'organe en titre d'aucun système et elle convie à son œuvre les étrangers comme les Français. La tendance inévitable de chaque doctrine est de se renfermer en elle-même et de ne consacrer à ses adversaires que des articles de critique et de polémique,. nous offrons ici au contraire à chacune d'elles un terrain neutre où elles pourront se produire, se rencontrer, s'étudier. Il n'est pas bien sûr, en effet, que les diverses écoles se connaissent suffisamment et peut-être qu'un contact réciproque aurait pour résultat de dissiper bien des malentendus ,. en tout cas, il permettrait de ne juger qu'en pleine connaissance de cause. Sans admettre un éclectisme qui n'aurait aucune valeur et qui n'a rien de commun avec l'esprit de la Revue, il nous semble difficile de nier que toutes les philosophies s'accordent par certains points et que, par conséquent, un contact entre elles est possible, autrement que pour s'attaquer. Si vivement qu'elles se combattent, il est certain que les raisons qui les séparent sont bien moins nombreuses que celles qui les unissent, puisque toutes poursuivent les mêmes problèmes, parlent la même langue, s'adressent à une même famille d'esprits. Pour donner ce tableau complet du mouvement philosophique, ce qui est notre but, le moyen le plus simple et le meilleur, c'est de laisser parler librement chaque école sous sa responsabilité propre. En conséquence, le positivisme pur, l'école expérimentale qui compte des représentants en France et en Allemagne aussi bien qu'en Angleterre, le criticisme issu de Kant, le spiritualisme qui dans ces derniers temps a pris chez nous une xv

nouvelle forme en s'inspirant surtout de Maine de Biran, trouveront ici un champ libre pour se produire. La Revue n'exclura que les articles en dehors du mouvement philosophique, c'est-à-dire qui étant consacrés à des doctrines déjà connues, rajeunies seulement par un talent d'exposition littéraire, n'auraient rien à apprendre aux lecteurs". Le premier numéro de la revue sera le reflet des thèmes abordés dans la revue avec des articles de Taine, Wundt et Janet. Dès sa parution, le philosophe Paul Janet voulut expliquer aux lecteurs du Temps et de la Revue des Deux-Mondes la collaboration qu'il donnait à Ribot. Il conseillait au directeur de la Revue Philosophique de prendre garde à un écueil, le positivisme. "M Ribot, écrivait-il le 02 mars 1876, est un esprit droit, honnête, sans passion de secte, éminemment bienveillant. Néanmoins, comme on tend toujours à verser du côté où l'on penche, il doit surveiller son propre penchant au positivisme. Le succès et l'originalité de sa revue sont à ce prix. Nous aurions mauvaise grâce, d'ailleurs, à prévoir une sorte d'exclusivisme que rien n'annonce,. mais la sagesse, dans les choses humaines, consiste à prévoir et à prévenir ce qu'il serait plus tard difficile de corriger". Mais il y a un autre écueil à éviter. Ribot, dans sa préface, excluait les travaux qui n'exposeraient que des doctrines connues "rajeunies seulement par un talent d'exposition littéraire". Défiant envers Ribot, Paul Janet s'écrie: "Méfiez-vous, vous êtes prévenu contre la forme littéraire,. on vous apportera des paquets de philosophie où il suffira de parler d'action réflexe et d'évolution pour paraitre un profond penseur". L'ensemble des questions que Ribot se proposa d'embrasser était vaste. Sans prétendre en donner une classification qui ait quelque valeur scientifique, nous pouvons les ramener à cinq groupes: La psychologie, la morale, les sciences de la nature, la métaphysique et l'histoire de la philosophie. Tel est l'ensemble des questions auxquelles la Revue consacrera soit des articles originaux, soit des comptes-rendus et des analyses. Ribot déploie d'emblée beaucoup d'efforts pour sa revue qui marche très bien mais il est fort ennuyé par les vieux spiritualistes qui complotent contre lui. Il publiera un article dans le premier tome de sa Revue sur la mesure de la Durée des actes psychiques qui constituera un des chapitres d'un livre qu'il veut consacrer à la psychologie allemande contemporaine. Il se marie à Paris le 03 mai avec Antoinette-Fortunée-Louise Le Roux (1857-1940).

XVI

1877 Voyage en mai-juin en Angleterre où il est reçu par Spencer, il rencontre entre autres Alexander Bain (1818-1903), John-Croom Robertson, James Sully (1842-1923), George Romanes (1848-1894). Il écrit à Espinas dans sa lettre du 20 juin: "J'ai reçu partout l'accueil le plus aimable et j'emporterai de l'hospitalité britannique le meilleur souvenir, en revanche j'emporte un rude souvenir de la cuisine britannique". Un article sur La philosophie en France paraît dans la revue anglaise Mind. Cet article, qui est une commande passée l'année précédente par l'éditeur anglais de cette revue (Robertson), présente dans une perspective historico-critique le développement de la psychologie française au cours du XIxe siècle et les différentes écoles de psychologie à l'époque. Il présente aussi dans la Revue Philosophique la Psychologie de Taine et y analyse son important ouvrage "De l'Intelligence" (1870) où il souligne que sa théorie de la mémoire est l'une des parties les plus originales de l'auteur. 1878 Rencontre avec Joseph Delboeuf et Herbert Spencer à Paris. Lettre du 25 février à Espinas : "J'ai eu avec Janet une discussion d'une heure, très aigre, sur la psychologie nouvelle. Marion qui y assistait nous a trouvés très montés l'un et l'autre et prétend que nous en étions aux strictes limites de la politesse". Il publie dans sa Revue un article sur Les théories allemandes de l'espace tactile (nativistes et empiristes) qu'il inclura dans un ouvrage qui paraîtra l'année suivante.

1879 Parution de la Psychologie Allemande Contemporaine (cinquième édition refondue; septième édition revue et augmentée; traductions en Allemand, en Anglais, en Russe, en Polonais). L'introduction de l'ouvrage a un tour très combatif: Ribot oppose la "nouvelle" à "l'ancienne psychologie" et traite celle-ci sans ménagement, pour ne pas dire en ennemie. C'est le scandale. Il écrit à Espinas le 17 mars au sujet de l'ouvrage que Paul Janet lui a fait pendant une demi-heure une "scène épouvantable: je suis absurde, insolent, mal appris, poseur, visant au rôle de chef d'école, cherchant la popularité près des carabins, mais puisque je veux la guerre, il me massacrera dans le Temps". En revanche Taine et Delboeuf lui envoient de vives félicitations. Il rencontre Wundt à XVII

Leipzig en juillet. La Psychologie Anglaise a été traduite en Polonais. Il publie un article dans sa Revue sur Les mouvements et leur importance psychologique. 1880 Pour la première fois Ribot pense à enseigner la nouvelle psychologie. Il
écrit à Espinas le 25 février:

"... Quelques

amis étrangers

à l'Université

m'endoctrinaient depuis quelques temps pour me faire autoriser à enseigner quelque part (?) la psychologie nouvelle. Le collège de France me paraissait téméraire,. j'avais pensé à prendre l'École des Hautes Études. Je me serais contenté de 2000 francs, somme suffisante pour payer quelqu'un sur qui je me serais déchargé du gros de ma Revue. J'ai sondé Monod, Maspéro, etc. : on m'a répondu que ce serait très intéressant, mais qu'il y a une troisième chambre d'archéologie à fonder et 3 chaires de copte, etc., et qu'il n'y a pas de local. Je suis aussitôt rentré dans ma coquille... En somme, pour la première fois que j'ai tenté quelque chose depuis dix ans, j'ai été arrêté in limine. Je crois cependant qu'il eût été capital de fonder cet enseignement sous une forme si modeste qu'elle fût". Invité par Paul Broca (1824-1880), il devient membre de la Société d'Anthropologie dont quelques-uns de ses membres veulent se diriger dans la voie de la psychologie expérimentale. Publication en mai dans la Revue Philosophique de son premier article sur la mémoire comme fait biologique, aussitôt suivi au second semestre par d'autres sur sa pathologie: les désordres généraux de la mémoire et les désordres partiels de la mémoire.

1881 Publication de l'ouvrage: Les Maladies de la Mémoire (I-II, 169 p.) qui est constitué du recueil d'articles publiés l'année précédente. Le livre a un grand succès (il eut 29 éditions, la dernière édition française parut en 1936 ; le livre vient d'être réédité in Nicolas, 2002) et eut des traductions anglaise, américaine, allemande, espagnole et russe. L'ensemble de l'ouvrage constitue une application de la méthode pathologique et évolutionniste à l'étude de la mémoire. C'est à partir de son étude sur les amnésies progressives que Ribot va élaborer sa fameuse loi de régression selon laquelle la perte de la mémoire dans les affections pathologiques est limitée aux formes les plus élevées et les plus instables de la mémoire, à XVIII

celles qui ont un caractère personnel et qui, accompagnées de conscience et de localisation dans le temps, constitue la mémoire psychique. De plus, l'amnésie porte sur les faits les plus récents, partant du présent, elle s'étend en arrière sur une période de durée variable. "La destruction progressive de la mémoire suit donc une marche logique, une loi. Elle descend progressivement de l'instable au stable. Elle commence par les souvenirs récents qui, mal fixés dans les éléments nerveux, rarement répétés et par conséquent faiblement associés avec les autres, représentent l'organisation à son degré le plus faible. Elle finit par cette mémoire sensorielle, instinctive, qui, fIXée dans l'organisme, devenue une partie de lui-même ou plutôt lui-même, représente l'organisation à son degré le plus fort. Du terme initial au terme final, la marche de l'amnésie, réglée par la nature des choses, suit la ligne de la moindre résistance, c'est-à-dire de la moindre organisation. La pathologie confirme ainsi pleinement ce que nous avons dit précédemment de la mémoire: "c'est un processus d'organisation à degrés variables compris entre deux limites extrêmes: l'état nouveau, l'enregistrement organique. Cette loi, que j'appellerai loi de régression ou de réversion, me paraît ressortir des faits, s'imposer comme une vérité objective" (Ribot, 1881, pp. 94-95). Il travaille à une nouvelle publication de son livre sur l'hérédité qu'il refond complètement et qui sera publié en 1882. 1882 Il travaille sur le thème des maladies de la volonté. Les premiers comptesrendus des Philosophische Studien de Wundt créés en 1881 paraissent dans la Revue Philosophique. Ribot se sert des écrits de cette nouvelle publication pour contrer les prétentions des spiritualistes qui envahissent sa revue. Il commence à publier ses premiers articles sur la volonté, la volonté comme pouvoir d'arrêt et d'adaptation, les affaiblissements de la volonté dont il n'est pas satisfait. 1883 Son dernier article sur le sujet de (l'anéantissement de) la volonté paraît en début d'année avec une revue générale sur les travaux de Stricker sur la psychologie des mouvements. Il travaille alors à la rédaction de son ouvrage Les Maladies de la Volonté (180 p.) qui paraîtra en avril chez l'éditeur G. Baillière dont la maison d'édition sera quelques mois plus tard (27 août) rachetée par Félix Alcan. C'est l'ouvrage de Ribot qui connut le XIX

plus de rééditions (37 en tout). Il fut traduit en Anglais, en Espagnol et en Allemand. À partir de juillet, il commence à travailler sur le thème des états morbides de la personnalité, mais le thème ne le passionne pas, il publiera cependant un article sur le sujet avec pour titre: les conditions organiques de la personnalité. On presse Ribot de présenter sa candidature pour un cours libre à la Sorbonne, mais il refuse. Il écrit dans une lettre à Espinas datée du 22 octobre: "Dumont a fait faire sur moi par Marion une quatrième tentative pour que je fasse un cours libre (nouveau genre) à la Sorbonne. Plus que jamais, je réponds catégoriquement: non. Je n'éprouve pas le besoin de faire un cours à titre instable, toléré, gratuit (et même onéreux) pour l'honneur d'être un sous-sous-sous Wadington. Lorsqu'on a créé un cours officiel et rétribué, on a pensé à Soury. Quand il s'agit d'un experimentum in anima vili on pense à moi. Merci de la
préférence" .

1884 Le début de l'année voit paraître dans sa Revue deux articles sur la personnalité: les bases affectives de la personnalité et les bases intellectuelles de la personnalité. L'ouvrage des maladies de la personnalité est achevé en juillet, mais il trouve ce nouvel écrit détestable. Il voit souvent Charcot. Il écrit à Espinas (lettre du 16 mars) : "Charcot et tous ses élèves (l'école de la Salpêtrière) désirent vivement faire une pointe dans la psychologie physiologique. Comme je les vois constamment et que je suis au mieux avec eux, j'ai là un bon point d'appui. Charcot désigne lui-même le plus apte à traiter une question, le surveille, le conseille, le stimule, veille à ce qu'il soit prêt à l'échéance, bref fait ma besogne". C'est dans ce contexte que vont paraître les premiers articles de l'école de la Salpêtrière avec entre autres les écrits d'un certain Alfred Binet (1857-1911) alors dans le service de Charcot. Cependant la Revue Philosophique a manqué échapper en partie à son directeur, il écrit à Espinas (lettre du 16 mars) : "Hier la Revue a couru le danger d'être désorganisée. Une commission du Ministère qui, pour la philosophie, se résume en Beaussire (Société savante) a résolu de publier une simple bibliographie philosophique. Il est venu proposer à Alcan et à moi de réduire la Revue Philosophique aux articles de fond et aux comptes rendus étendus. Tout le reste (notice bibliographique, périodique français et étrangers) eût été publié par le Ministère, sous sa direction, et distribué en supplément aux abonnés de la Revue. Bref on eût une Revue xx

en 2 parties: les 2/3 antérieurs indépendants et le 1/3 postérieur officiel. Alcan a su résister à la fascination d'une subvention officielle". Ribot entreprend de remanier sa "Psychologie allemande" pour une nouvelle édition mise au courant des nouveaux travaux. Il travaille sans succès en cette fin d'année sur le thème de la pathologie du sentiment. 1885 Son livre sur Les Maladies de la Personnalité (174 p.) paraît en janvier (20 éditions et traductions en Russe, en Anglais et en Danois). Il décide de traiter un nouveau thème: L'attention psychologique et pathologique qui, selon lui, sera une continuation des Maladies de la Volonté. Au cours du premier semestre 1885 fut créée la Société de Psychologie Physiologique qui prépara la voie de la création officielle d'une psychologie fondée sur l'expérience. Cette société avait été fondée sous les auspices de Théodule Ribot et de Jean-Martin Charcot, son étiquette même indiquait la direction qu'elle devait donner à ses travaux. Elle comporta au début des membres honoraires (Jean-Martin Charcot: président; Théodule Ribot, Hippolyte Taine, et Paul Janet), des membres titulaires parmi lesquels Alfred Binet, François Franck, Paul Richer, Henry Beaunis et des membres associés parmi lesquels Pierre Janet et des correspondants étrangers parmi lesquels Helmholtz, Galton, Myers, James, Sully, Delboeuf. Charles Richet (1850-1935) était secrétaire général, Charles Feré et Eugène Gley secrétaires. De retour de vacances en Espagne en juin, Ribot apprend qu'on a créé pour lui un cours de psychologie à la Sorbonne. Dans une lettre à Espinas (14 juillet), il écrit: "A mon retour, j'ai eu un lourd pavé. Liard, de sa propre initiative, sans que j'aie demandé ni fait quoi que ce soit, va créer pour moi un cours complémentaire de psychologie à la Sorbonne. Difficile de refuser. J'ai élevé toute espèce d'objections. On les a rejetées. J'ai déclaré ne pas vouloir des examens, accordé, etc... etc. La Sorbonne m'accueille sans enthousiasme et j'en ai encore moins s'il est possible. Voilà 13 ans que je n'ai pas professé,. je suis rouillé. D'autre part, aurais-je une santé suffisante pour concilier ce travail avec celui de ma Revue que je n'abandonnerai jamais? Un dernier point reste à régler: je suis décidé à ne faire qu'une leçon par semaine. Sinon rien. Mais cela s'arrangera parce qu'ils savent bien que je ne demande qu'à m'en aller. Je n'accepte qu'à l'essai: si je ne réussis pas ou si cela m'éreinte, je lâcherai. C'est un cauchemar qui empoisonne mon existence et je sens que je fais une sottise XXI

en acceptant. Pour corriger le mauvais effet de ma nomination, Boutroux sera aussi chargé d'un cours complémentaire (philosophie allemande. It. Il continue dans une nouvelle lettre adressée à Espinas (23 juillet) : "Le temps qu'on passe à endoctriner quelques auditeurs, on pourrait le donner à faire des ouvrages et articles qui s'adresseraient à des milliers de lecteurs. Oui, l'enseignement supérieur est une duperie. J'en suis persuadé. Aussi je n'accepte qu'à mon corps défendant et à l'essai et sous les conditions suivantes bien stipulées: pas d'examen à faire, une seule leçon par semaine. La Sorbonne et moi, nous sommes d'accord pour trouver que c'est déjà trop". Il reçut sa nomination officielle comme chargé de cours le Il août avec 3000 francs de traitement à partir de novembre. Il débute son premier cours à la fin de l'année civile et sera publié dans la Revue Politique et Littéraire à laquelle il collaborait ponctuellement depuis quelques années avec des articles sur John Stuart Mill (1873), sur le principe de la vie d'après M. Bouillier (1874), sur les travaux récents sur la morale (1874). Dans sa leçon d'ouverture, il présentera la psychologie nouvelle, sa nature et sa méthode basée sur celle des sciences naturelles et sans aucune préoccupation métaphysique. Voici les impressions qu'il laisse dans une lettre adressée à Espinas (27 décembre) : "Le métier de professeur en Sorbonne est le plus bête, le plus vain et le plus écrasant que je connaisse. Je crois fort que je ne continuerai pas. De l'avis unanime j'ai du succès,' mais je sais ce que cela me coûte: insomnies, fièvre, temps perdu. Je ne crois pas avoir assez de santé pour mener de front mes deux métiers. J'ai trop de monde et un public trop hétérogène: professeurs de Facultés et de Lycées, normaliens, candidats à l'agrégation, prêtres, étudiante russe (nihiliste), médecins, étudiants en médecine,' c'est une tour de Babel. Tout cela ne m'apprend rien, me fait perdre mon temps et ruine ma santé pour 2850 francs. Je n'ai qu'une envie, c'est de m'en aller".

1886 Malgré ces mauvais sentiments à l'égard de sa tâche universitaire, il termine l'année tant bien que mal. Son cours a du succès, mais le fatigue énormément. Il décide d'enseigner pendant trois ans et ensuite de prendre un congé. Pour la première fois depuis près de 15 ans il ne publie rien de nouveau.

XXII

1887 Il écrit à Espinas (lettre du 13 avril) : "A l'égard de mon cours en Sorbonne, je suis toujours dans les mêmes sentiments. Je ne m'adapte pas à l'air de cet établissement, quoique j'y passe juste 24 heures par an (24 leçons d'une heure). Auditoire presque entièrement extra-universitaire (ceux-ci figurent pour 7 ou 8), i/ y a aussi 4 prêtres stables. La moitié se compose d'étrangers Russes (des deux sexes), Allemands, Américains, une petite Roumaine, un Japonais (stable), plus ce public flottant qui arrive à Paris par divers trains. La Sorbonne appelle cet enseignement 'un cours libre officiel' (sic) et préférerait le voir ai/leurs et moi aussi. En somme mon cours semble surtout destiné à l'exportation". Pendant les vacances de Pâques, il rédige pour sa Revue un article très court sur l'attention spontanée puis un autre sur le même sujet des mécanismes de l'attention (l'attention volontaire) pendant les vacances d'été et qui paraîtront au second semestre. Il achèvera le troisième article en novembre sur les états morbides de l'attention qui paraîtra au début de l'année suivante (1888). Il réserve un dernier article (qui ne paraîtra pas dans la Revue) pour un petit volume qui sera édité en 1889. Le 16 novembre, il apprend une nouvelle surprenante de la bouche de Renan: "Voici ce qui m'arrive brusquement. Hier Renan m'a mandé au Collège de France et m'a fait savoir que Franck a demandé sa retraite, qu'on ne veut à aucun prix de Joly et que l'on va transformer la chaire (de Droit de la nature et droit des gens) en ''psychologie'' et que l'on veut me transférer de la Sorbonne au Collège. Tel est le vœu du ministre, si toutefois le collège y consent" (lettre à Espinas du 17 novembre). "Dimanche, le Collège de France a voté la transformation de la chaire de Franck en ''psychologie expérimentale et comparée'~ J9 voix pour, 9 contre. Lévêque afait une violente campagne contre moi et pour Joly, je suis le candidat du Collège et de Liard Mais Joly aura pour lui l'Académie des Sciences Morales" (lettre à Espinas du 09 décembre). Le 23 décembre 1887, Ribot donnera officiellement sa lettre de candidature à la chaire de Psychologie expérimentale. "La chaire étant créée, il y a double présentation JO du Collège de France. 2° (après) de l'Académie des Sciences morales. Je suis à peu près sûr de la majorité du Collège. Mais l'Académie sera probablement pour Joly. Dans ce cas, c'est le Ministre qui décide en dernier ressort." (lettre à Espinas du 25 décembre). L'émotion fut extrêmement vive dans le monde XXIII

universitaire. On accusa l'Assemblée du Collège de France de proscrire une science et une doctrine: elle faisait preuve d'étroitesse et d'intransigeance; par sa méconnaissance du droit naturel et du droit des gens, elle travaillait à ruiner la vraie base de la Déclaration des Droits de l'Homme et le principe même des revendications patriotiques de l'époque. Que si le titre de la chaire, un peu vieillot, rappelait trop les in-folio poudreux de Grotins et de Puffendorf, il aurait tout de même était facile de le modifier et de le remplacer par celui de 'Philosophie du Droit.'. Quant à la nouvelle chaire, elle inspirait la plus grande défiance. On craignait que sous la couleur de psychologie positive et de méthode scientifique ne s'introduisissent subrepticement les doctrines matérialistes. 1888 "Le collège m'a présenté en première ligne par 20 voix contre 8 pour Joly" (lettre à Espinas du 25 janvier). "Mon affaire va bien mal et je crois que c'est Joly qui sera nommé. L'Académie m'a blackboulé: c'était prévu. Arth. Desjardins, farouche clérical, a même proposé, pour la présentation en seconde ligne, de voter par bulletin blanc pour m'éliminer totalement,
conseil qui a été suivi par 16 membres.

- Reste

le Ministre qui n'entend

rien à tout cela. Joly qui, depuis un mois, intrigue à outrance et ne quitte pas la Chambre des députés, fait agir pour lui d'une façon désespérée par son beau-frère Proal et autres. Berthelot m'a dit que l'élection Flourens pourrait avoir une influence funeste pour moi par suite d'un tas de marchés et de compromissions politiques où je me perds. Bref Joly a transformé l'affaire en une question politique: son beau-frère, hier, a conféré avec le Ministre. Il ne me reste que Liard et Renan qui sont très fermes: sans eux, Joly serait nommé depuis longtemps. Voilà le quatrième mois que cette affaire dure. Les 11 qui ont voté pour moi à l'Académie (au 1er tour) sont: Janet, Ravaisson, Have t, Beaussire, Martha, Léon Say, Leroy Beaulieu, Levasseur, Duroy, Himly, Zeller" (lettre à Espinas du 17 février). Malgré les vicissitudes, il obtient à sa grande surprise officiellement le poste le 18 février 1888 avec un traitement de 10000 francs à compter du 1cr mars par un décret signé de la main du président Carnot, du Ministre de l'Instruction publique Léopold Faye et du directeur de l'Enseignement Supérieur Louis Liard (Archives du Collège de France, C-XII-2). Paul Janet, dans un article de la Revue des Deux Mondes, crut devoir se justifier pour son soutien à Ribot. Il entreprit d'expliquer que l'ancienne chaire avait été supprimée, non pour XXIV

des raisons doctrinales, mais pour des raisons d'ordre pratique. Les hautes études ne renonçaient pas à l'enseignement de la philosophie du droit. Cet enseignement aurait la faculté de renaître sous une forme ou sous une autre, soit à la Faculté des lettres, soit à la Faculté de droit, sans la création de nouvelles chaires, ou même par le procédé qui le faisait disparaître: la transformation. Paul Janet essayait en même temps de détruire la suspicion qui entourait la nouvelle chaire, et surtout de donner des conseils à son titulaire, dont l'orthodoxie laissait à désirer. Il savait gré à l'Assemblée du Collège de France d'avoir choisi un titre assez compréhensif pour se prêter à toutes les éventualités. Des physiologistes et des magistrats philosophes, des hommes versés dans la psychologie ethnologique ou dans la psychologie animale, des pédagogues, des psychologues 'purs' avaient pu concourir à une pareille chaire, qui n'est pas le domaine exclusif d'une spécialité. Il estimait que le vrai nom de la nouvelle science serait celui de 'psychologie objective'. Sa nouveauté consiste uniquement en ce qu'elle se constitue comme science distincte: elle a toujours plus ou moins existé. Elle n'est, en principe, ni matérialiste, ni spiritualiste. Elle doit être exclusivement expérimentale et scientifique. Elle a même été fondée par les spiritualistes. "C'est le spiritualiste Descartes, après lui le mystique Malebranche, et après eux Charles Bonnet de Genève, l'homme le plus religieux du XVIIl siècle, qui sont les vrais fondateurs de la psychophysiologie. Passons à la psychologie de l'Allemagne contemporaine, dont M Ribot nous a fait l'histoire. Qu'y voyons-nous? Lotze, un de ceux qu'il mentionne, est un spiritualiste déclaré, le rénovateur du leibnitianisme en Allemagne; Helmholtz, le grand physicien est un kantien; Wundt, le chef de l'école, est également un kantien: il déclare que la physiologie peut rendre compte des facultés inférieures et non des facultés supérieures de l'esprit humain: Fechner, le célèbre inventeur de la loi qui porte son nom, est un illuminé bien plus près d'être spirite que matérialiste; Weber est un pur physicien, indifférent entre les systèmes de métaphysique. Ainsi parmi les maîtres les plus autorisés de la science nouvelle en Allemagne, aucun n'est matérialiste. Je ne dis pas qu'il en soit de même de tous les physiologistes qui s'occupent de ces questions; mais la science en elle-même est désintéressée entre les deux doctrines: elle peut s'associer à l'une comme à l'autre". Il commencera sa première leçon pour 120 personnes (médecins aliénistes, candidats à l'agrégation, naturalistes) sur la psychologie contemporaine le 09 avril (publiée le 14 avril dans la Revue xxv

Scientifique de Charles Richet). Dans cette leçon d'ouverture, il présentera la situation de la psychologie en 1888 dans les principaux pays qui ont commencé à développer la nouvelle science (France, Angleterre, Allemagne, Italie, États-Unis d'Amérique). Il fera par la suite deux leçons par semaine jusqu'à la mi-juin en ayant malheureusement perdu la moitié de son auditoire. Si la tâche est rude pour Ribot, il la préfère à celle des cours en Sorbonne. 1889 Premier Congrès International de Psychologie Physiologique à Paris où il est chargé du discours d'ouverture en tant que l'un des vice-présidents. Vacances de septembre en Tunisie et en Algérie. Publication de sa Psychologie de l'Attention (182 p.) qui eut 17 éditions ultérieures et qui fut traduit en Anglais et en Russe. Les dernières années (1890-1916) 1890-1896 Fièvre typhoïde en janvier 1890. En 1891, il publie ce que l'on peut considérer comme son premier article expérimental utilisant la méthode des enquêtes sur la question des "idées générales" et passe ses vacances en Sicile. En 1892, il fait une communication au Congrès International de Psychologie Expérimentale à Londres sur une enquête sur les variétés de concept et passe ses vacances en Corse. Durant l'année 1892-93 il traitera dans ses leçons au Collège de France de la vie affective et de l'évolution des sentiments, leçons qu'il continuera pendant deux ans. Publication de la Psychologie des Sentiments (I-XI, 413 p.) qui connut 14 éditions ultérieures et de multiples traductions en Anglais, Italien, Allemand, Russe, Polonais et Danois.

1897 Publication de l'Évolution des Idées Générales (260 p.) qui connut 5 éditions ultérieures et des traductions en Anglais et en Russe. 1899 Suite au décès de Nourrisson de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, Ribot, Brochard, Gardair et Alaux posent leur candidature à la XXVI

place laissée vacante dans la section de philosophie. Au cours de la séance du samedi 16 décembre, les travaux et titres des candidats sont présentés. Bien qu'absents de la séance, MM. Lévêque et Fouillée soutiennent par lettres la candidature de Ribot. Waddington, sans combattre cette candidature pour un avenir rapproché, lui préfère celle de Brochard dont il soutient les titres. L'élection eut lieu le 23 décembre (cf. Compte-Rendu des Séances et Travaux de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, 1900, tome 153, pp. 265-266). Ribot fut élu dès le premier tour de scrutin avec 21 suffrages sur 30 votants (Brochard : 6 ; Gardair : 3). L'élection sera approuvée le 24 décembre au niveau présidentiel (Émile Loubet) et ministériel (Georges Leygues). Ribot sera introduit à l'Académie des Sciences Morales et Politiques le 06 janvier 1900 (cf. Procès Verbaux des Séances de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, Archives cote 2Dll). 1900 Publication de son Essai sur Imagination Créatrice (1-YII, 304 p.) qui connut 7 éditions ultérieures et des traductions en Allemand, Espagnol et Russe. Il préside le lye Congrès international de psychologie à Paris. 1901 Le 24 avril 1901, Ribot demande par une lettre au Ministre sa mise à la retraite pour la prochaine année scolaire (01 novembre 1901) pour des raisons de santé et d'état de fatigue. L'Assemblée des professeurs du Collège de France émettra un avis favorable à cette demande dans sa séance du 10 novembre 1901. Le décret présidentiel signé par Émile Loubet du 12 novembre 1901 entérinera cette décision. Il prend donc officiellement sa retraite le 1er novembre et quitte le Collège de France. Il est nommé professeur honoraire au Collège ce qui lui permet de conserver un lien avec l'établissement. Il est remplacé dans la chaire de psychologie expérimentale et comparée par Pierre Janet, remplacé lui-même à la Sorbonne par Georges Dumas. 1905 Publication de la Logique des Sentiments (I-X, 200 p.) qui connut 5 éditions ultérieures. Sachant qu'il n'aurait pas d 'héritiers, il renonça à la succession du manoir de Kermouster à Kermoroc'h où vivaient ses grands-parents et où il passait ses vacances chaque été. Sa tante, femme XXYII

du frère du père de Th. Ribot, veuve de celui-ci et demeurant à Kermoroc'h fit don à la commune du manoir de Kermouster ainsi que des terres et de deux petites maisons (en 1995 la commune a vendu cette propriété à un particulier). 1907-1909 Publication en 1907 de son Essai sur les Passions (I-VII, 192 p.) qui connut 5 éditions ultérieures. En 1909, il publie un article important sur les Méthodes en psychologie dans un ouvrage collectif. 1910-1913 Publication en 1910 des Problèmes de Psychologie Affective (I-II, 172 p.) qui connut trois éditions ultérieures. Des problèmes de vision apparaissent. Par décret du Il juillet 1912, Ribot est promu au grade d'Officier de l'ordre national de la Légion d'Honneur. Il est opéré de la cataracte en mars 1913 (Archives de la Sorbonne, fond Dauriac, 343). 1914 Publication de La Vie Inconsciente et les Mouvements (I-II, 172 p.) qui connut une seule édition. 1916 Il décède le samedi 09 décembre 1916 à 7h30 à Paris, 25 rue des écoles. Les obsèques eurent lieu le lundi Il décembre à 10 h à l'église SaintÉtienne du Mont. Il fut enterré au cimetière du Montparnasse à Paris. On peut encore lire ces quelques mots sur sa tombe: "Théodule Ribot (18391916) de l'Académie des Sciences Morales et Politiques'~ un titre qui lui donne le titre d'immortel qu'il a acquis par ses études dans le champ de la psychologie "scientifique".

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-11LA PSYCHOLOGIE ANGLAISE AU XIXe

Introd uction générale Au début des années 1870, la France était ouverte aux nouvelles idées en philosophie. Il y avait à l'époque beaucoup de penseurs qui s'éloignaient de la philosophie traditionnelle incarnée par l'école spiritualiste issue de l'éclectisme de Victor Cousin. De plus, parmi ceux qui possédaient une culture scientifique, tous ne voulaient pas adhérer à l'école positiviste issue de la philosophie d'Auguste Comte. Ribot fut le premier à donner une étude vraiment complète de la psychologie associationniste anglaise du XIXe siècle. Le contenu de l'ouvrage fut très apprécié par ses contemporains, en France et à l'étranger. D'ailleurs les Anglais eux-mêmes n'ont pas trouvé l'ouvrage indigne puisqu'ils l'ont traduit pour en faire connaître le contenu à leurs compatriotes. N'est-ce pas la plus belle reconnaissance que Ribot pouvait recevoir? La psychologie anglaise devenait à la mode en France parce qu'elle s'éloignait des questions métaphysiques oiseuses et apportait l'esprit scientifique au sein de la philosophie. D'ailleurs Hobbes est le premier qui, dans une analyse nouvelle et lumineuse du travail de la pensée, ait attiré l'attention des philosophes modernes sur l'enchaînement de nos idées, et à ce titre, l'auteur du Léviathan peut être regardé comme le père de cette branche si importante de la psychologie. Après lui viennent Locke, Hume, Hartley, etc. dont les travaux jetèrent de nouvelles lumières sur le problème (cf. Nicolas, 2001) ; et la théorie de l'association alla ainsi s'élargissant et s'élevant de plus en plus jusqu'à Mill, Spencer et Bain. C'est cette psychologie associationniste anglaise développée au cours du XIXe siècle qui va être l'objet de l'ouvrage de Ribot en 1870.

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Déjà Hippolyte Taine, après un séjour en Angleterre en 1860, avait, le premier, introduit en France les idées anglaises contemporaines grâce à son excellent essai (Taine, 1861, 1864) sur le "Système de Logique" de Stuart Mill. Cet écrit a été le signal de traductions qui ont fait passer dans la langue française les principales œuvres de logique, de morale et de métaphysique du penseur anglais (cf., Mill, 1843/1866 ; 1865/1869). Ce fut ensuite Mervoyer (1864) qui a donné dans sa thèse française présentée en Sorbonne et intitulée "Étude sur l'association des idées" une analyse et de nombreux extraits de ces nouveaux travaux, et plus particulièrement ceux de Mill, Bain et Hamilton. Il montrera l'importance du principe de l'association des idées et la prévention de cette école contre la métaphysique, contre la connaissance des substances et des causes. Mais c'est aux alentours des années 1870 avec l'amplification de la crise philosophique en France que de nombreux écrits commencèrent à être édités sur la philosophie anglaise sous la forme d'articles originaux, d'ouvrages (Ribot, 1870) ou de traductions (Bain, 1855/1874 ; 1859/1885 ; 1866/1873 ; Spencer, 1870-72/1874). L'influence générale des idées anglaises ont rapidement contribué à asseoir l'importance de la nouvelle école philosophique anglaise sur le sol français. En 1870, Théodule Ribot fait donc paraître la première édition de son ouvrage sur "la psychologie anglaise contemporaine". Ce livre, qui eut des rééditions successives remaniées en 1875 et en 1881, est habituellement considéré comme un des premiers manifestes de la nouvelle psychologie. Dans l'introduction, Ribot établit une critique de la psychologie spiritualiste et essaye de promouvoir une psychologie à caractère scientifique. Il revendique pour la psychologie le droit d'exister à côté et en dehors de la philosophie et de se constituer comme une science autonome possédant une méthode propre, qui est l'expérience entendue au sens le plus large. Ribot voulait que la philosophie s'écarte de la métaphysique et développe une psychologie à caractère scientifique. La métaphysique, voilà l'ennemi que désigne Ribot. Mais il spécifie aussi, contre Comte et les positivistes, que la psychologie en tant que science autonome est possible. Ribot n'a pas écrit une histoire de la psychologie anglaise, il appartenait aux Anglais eux-mêmes de la réaliser (cf. Hearnshaw, 1964). Pour affirmer son indépendance, toute nouvelle science doit se donner un nom. Si on établit une comparaison avec l'Allemagne et la France, on sait xxx

que l'introduction du terme « psychologie» fut assez tardive en GrandeBretagne (cf., Nicolas, 2001 ; Nicolas et al., 2000). Au cours des années 1770, Thomas Reid (1710-1796), professeur au Collège Royal d'Aberdeen de 1752 à 1764, fut le premier à mentionner le fait que le philosophe allemand Wolff "a donné le nom de Psychelogie (sic)" à une branche de la pneumatologie mais il ne l'utilisa jamais dans son œuvre pourtant toute psychologique. D'autres professeurs écossais, George Campbell (1776) puis James Beattie (1790-93) utilisèrent ce mot dans leurs œuvres. C'est Samuel T. Coleridge (1772-1834), disciple d'Hartley dans sa jeunesse et formé à l'étude de la philosophie allemande dans les années 1798-1799, qui commença à utiliser plus fréquemment le mot "psychology" en Anglais (Coleridge, 1817, 1818). Mais le terme ne fut pas adopté facilement par les anglo-saxons, preuve en est que lorsque William Hamilton (1788-1856) fut recruté à la chaire de logique et de métaphysique à l'université d'Edimbourg en 1836, il dut encore en faire l'apologie (cf. Hamilton, 1859, lect. VIII). En 1843, John Stuart Mill affirma l'existence d'une science de l'esprit indépendante dont le nom est "psychologie" (Mill, 1843, part. VI, ch. iv). La psychologie associationniste de J .S. Mill L'école expérimentale anglaise sur la philosophie de l'esprit avait pour prédécesseurs David Hume (1711-1776) et David Hartley (1705-1757), les fondateurs de l'école associationniste anglaise (cf., Hartley, 1749/1834 ; Hume, 1739/1995). Ces philosophes furent en effet les premiers qui aient tenté d'expliquer par l'association des idées et l'habitude, la notion de cause et le principe de causalité, l'origine des idées dites rationnelles, des affections dites naturelles, des principes moraux dits innés, enfin l'origine des actes volontaires auxquels on attribue le caractère de libre arbitre. L'école tout expérimentale de Stuart Mill, de Bain et de Spencer n'a fait que reprendre ces thèses pour les développer de nouveau en les fondant sur des observations, des analyses, des explications qui lui appartenaient. Que presque tous les philosophes de l'école expérimentale se soient rencontrés dans la théorie qui explique tout le mécanisme de l'esprit humain par l'association, il n'y a rien à cela que de naturel. La méthode inductive les conduisait nécessairement à ce résultat. Du moment que tout phénomène psychologique se réduit à constater la relation des phénomènes entre eux et à en dégager une loi, il XXXI

n'y a plus qu'une chose qui intéresse la science, à savoir si et comment ces phénomènes s'associent dans leur succession ou leur concomitance. C'est là toute l'explication que peut chercher une psychologie qui ne prétend pas atteindre les causes internes des phénomènes. La psychologie que John Stuart Mill va proposer n'a pas fait l'objet d'un ouvrage particulier, mais on la trouve exposée dans plusieurs écrits importants (Mill, 1843 ; 1859a; 1865/1869). Dans le sixième livre (chapitre iv) de son fameux ouvrage "Système de logique déductive et inductive", Mill (1843/1866, p. 436) affirme l'existence d'une science de l'esprit à part entière qu'il nomme "psychologie" même s'il pense qu'elle ne sera jamais aussi exacte que la physique. "La psychologie, dit-il, a pour objet les uniformités de succession,' les lois, soit primitives, soit dérivées, d'après lesquelles un état mental succède à un autre, est la cause d'un autre, ou, du moins, la cause de l'arrivée de l'autre. De ces lois, les unes sont générales, les autres plus spéciales." (Mill, 1843/1866, p. 437). Parmi les lois spéciales, il citera les deux grandes lois de l'association des idées, la loi de similarité et la loi de contiguïté, déjà étudiées par son père James Mill (1829) auxquelles il ajoutera la loi de l'intensité. J.S. Mill était en train de rédiger son ouvrage sur le système de logique en 1837 lorsqu'il découvrit pour la première fois les deux premiers volumes du "Cours" de Comte qui firent sur lui une énorme impression. Fervent admirateur du philosophe français, il n'entra cependant en relation avec lui que plus tardivement en novembre 1841 (Mill, 1873/1874). Mais si Mill profita beaucoup de la lecture des leçons de Comte pour rédiger son ouvrage, il fut déçu par le contenu du quatrième volume traitant de la science sociale parce qu'elle manquait de la base psychologique qui seule pouvait la fonder solidement. Pour Mill, Comte a commis une erreur de méthode en plaçant dans la biologie l'étude de la psychologie. Cette négation de la psychologie fut condamnée par Mill à maintes reprises (cf., Comte, 1975, p. 348 ; Mill, 1865/1868, p. 67). Mill essaiera au contraire d'intercaler entre la biologie et la sociologie une science fondamentale que Comte a eu, selon lui, le tort d'omettre et qui comprenaient la psychologie et l'éthologie (science de formation du caractère). Pour ce qui concerne les questions psychologiques qui nous intéressent ici, les critiques que Mill (1865/1868) fit à Comte portèrent essentiellement sur 1) la réduction de la psychologie à la physiologie et même à la "phrénologie" ; 2) l'absence de la psychologie dans l'ordre des XXXII

sciences; 3) sur la constitution imparfaite de la sociologie en n'y faisant pas intervenir la psychologie. L'école positiviste française repoussait absolument la psychologie en tant que science fondamentale alors que la philosophie anglaise était essentiellement psychologique. Dans son ouvrage "Dissertations and discussions" (Mill, 1859a, Tome I, p. 396), il note que Coleridge et Bentham s'accordaient déjà pour penser que le fondement de la philosophie devait être posé sur la philosophie de l'esprit. Les positivistes orthodoxes et même dissidents français, tels Littré et Wyrouboff, ont fermement combattu cette opinion selon laquelle la psychologie était la base de la philosophie. De son côté, et contrairement aux positi vistes français, Mill contestera formellement que les phénomènes mentaux puissent être connus par "déduction des lois physiologiques de notre organisme nerveux", et déclarera que même si cette hypothèse du parallélisme psychophysiologique était vraie, l'observation psychologique serait encore nécessaire. En somme, la critique de Mill était de montrer que la psychologie est une science possible et de grande valeur, que l'analyse subjective peut être pratiquée, et que Comte a eu tort de regarder l'observation interne comme un procédé illusoire. Si Littré confirme l'assertion de Comte selon laquelle la psychologie doit être attachée à la biologie, il défend lui aussi l'existence d'une autre forme de psychologie, comme Comte l'avait fait par ailleurs. Ce que Comte et ses disciples ont proclamé c'est l'inexistence d'une psychologie, en tant que science fondée sur l'introspection, celle qui croit à un esprit sans support physiologique et cérébral, c'est-à-dire celle des métaphysiciens. Mais d'un autre côté, on voit que la psychologie ne peut être rayée de la pensée philosophique. C'est une situation paradoxale, on cherche à en cacher l'importance, mais en fait on ne peut s'en passer puisqu'elle est nécessaire à la science. La gloire de J.S. Mill est d'avoir été le promoteur de ce grand mouvement de recherches expérimentales en psychologie qui, chez les Anglais, allait toujours grandissant. Ses livres contiennent des faits intéressants, des vues très neuves sur la méthode à suivre en psychologie. Mais, en réalité, il fut surtout logicien, moraliste, économiste, polémiste, critique, et il n'a eu recours à la psychologie que comme à une théorie générale que les théories particulières supposent. Il a certainement posé les deux principes fondamentaux de l'école contemporaine: ramener les phénomènes psychiques à la loi d'association; appuyer la psychologie sur XXXIII

la physiologie. Mais il y a loin de la simple position de la loi, faite par Stuart Mill, au travail réalisé par Alexander Bain qui va faire une plus large part aux connaissances physiologiques. Le premier « psychologue» anglais: A. Bain La psychologie associationniste a en effet trouvé sa forme la plus systématique dans l'œuvre d'Alexander Bain (1818-1903) qui fut un intime de J.S. Mill, il lut même sa "Logique" (Mill, 1843) en manuscrit. Il est généralement considéré comme le premier véritable psychologue de langue anglaise. Trois traits essentiels caractérisent cette psychologie si l'on se réfère aux premières publications de Bain (1855, 1859) que I.S. Mill a salué en écrivant: "Notre île a décidément reconquis le sceptre de la psychologie. (00.)C'est par nos compatriotes qu'est poursuivie avec le plus de persévérance et de bonheur l'étude de la psychologie" (Mill, 1859b). D'abord, s'il prétend que la psychologie est une science du mental comme tel, il ne nie pas la dépendance du moral à l'égard du physique bien qu'il ne la signale qu'à l'occasion sans y insister. Ensuite, il suppose des données psychologiques élémentaires et c'est par la combinaison de ces données qu'il essaie de rendre raison de tous les aspects complexes de la vie morale. Enfin, ce que cette psychologie prétend expliquer c'est la façon dont se constitue à nouveau en chaque homme le système de sa vie morale. En ce sens Bain perpétue la pensée associationniste classique qui joue un rôle central dans sa psychologie: il pensait que les pensées complexes, les émotions et les actions pouvaient être analysées dans ses composantes les plus simples. La psychologie a pour objet les faits de conscience, leurs lois, leurs causes immédiates, leurs conditions. Elle se propose, soit d'analyser les faits complexes, soit de montrer comment ils se forment par une synthèse des faits simples. Comme l'a remarqué Ribot (1870), elle ne s'occupe que des phénomènes. Ce qu'est l'âme ou l'esprit, elle l'ignore. C'est une question hors de sa portée qu'elle renvoie à la métaphysique. Elle n'est ni spiritualiste ni matérialiste: elle est expérimentale. Sa méthode est double: elle étudie les phénomènes psychologiques, subjectivement, au moyen de la conscience, de la mémoire et du raisonnement; objectivement, au moyen des faits, signes, opinions et actions qui les traduisent. La psychologie n'étudie pas les faits de conscience, simplement à l'état adulte: elle essaie d'en découvrir et d'en XXXIV

suivre le développement. Elle contient une embryologie. Elle a aussi recours à la méthode comparative. Elle ne dédaigne pas les manifestations les plus humbles de la vie psychique, se rappelant que rien n'a été plus utile à la physiologie comparée que l'étude des organismes infimes. La conscience est le mot qui exprime, de la manière la plus générale, les diverses manifestations de la vie psychologique. Elle consiste en un courant continu de sensations, idées, volitions, sentiments, etc. Le seul fait psychologique, primitif et irréductible, c'est la sensation. La loi la plus générale qui régit les phénomènes psychologiques est la loi d'association. L'association a lieu soit entre des faits de même nature: association des sensations entre elles, des idées entre elles, des volitions entre elles, etc. ; soit entre des faits de différente nature; association des sentiments avec les idées, des sensations avec des volitions, etc. Si l'on compare les travaux de Bain avec ceux de ses prédécesseurs immédiats, on s'aperçoit rapidement que de grandes différences existent. Si l'on considère par exemple comme points de comparaison l'ouvrage classique de Thomas Brown (1820) et celui de James Mill (1829), on s'aperçoit contrairement aux livres de Bain que, premièrement, le style n'est pas scientifique, il est celui d'un orateur dont le discours est embelli de longues citations anglaises et latines de poètes (Brown) ; et, deuxièmement, la méthode est pleinement introspective et spéculative, la référence aux données médicales et physiologiques étant presque insignifiante ou totalement dépassée (Brown et Mill). Les nouveautés que l'on peut percevoir dans l'œuvre de Bain sont essentiellement de deux ordres: d'abord, son insistance sur la valeur de la physiologie pour la psychologie (il fournira d'ailleurs des données physiologiques importantes dans ses travaux) ; ensuite, sa foi en l'application des méthodes quantitatives en psychologie même s'il n'a jamais expérimenté lui-même. À l'époque où Bain écrit ses premiers ouvrages, le cerveau et le système nerveux en général faisaient l'objet de travaux importants en Angleterre sur des bases anatomiques par William B. Carpenter et cliniques par Thomas Laycock alors que le mouvement phrénologique commence à s'essouffler et que le mesmérisme et l'hypnotisme est à la mode (cf. Braid, 1843). La psychologie physiologique anglaise commença réellement à se construire sur la base des écrits de Hall (1833) sur le fonctionnement réflexe avec Laycock (1845, 1860) et Carpenter (1839, 1851) ainsi que de ses adhérents tels Benjamin Brodie (1854), Robert Dunn (1858) et D. Noble (1853) et J.D.

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Morell (1853). Mais ce fut la psychologie de Bain et Spencer, et non pas celle de Carpenter ni de Laycock, qui fut à la base du développement de la nouvelle génération de psychologues et psychophysiologistes. En effet, les discussions qui eurent lieu en Angleterre sur les conditions physiologiques des actions humaines n'ont pas conduit à un programme de recherches expérimentales en psychologie physiologique comme ce fut le cas en Allemagne et en France, peut-être à cause de la faiblesse de cette discipline à cette époque. Seule la psychologie pathologique de Maudsley (1867) qui fut l'éditeur du "Journal of mental science" de 1862 à 1878 et les travaux de John Hughlings Jackson eurent une certaine influence sur leurs contemporains. Mais c'est surtout la psychologie de Bain, qui fonda la revue "Mind: A quarterly journal of philosophy and psychology" considérée comme le premier journal en langue anglaise ayant diffusé des travaux psychologiques de nature expérimentale, ainsi que la psychologie de Spencer, dont nous allons parler, qui vont être à l'origine du mouvement psychologique anglais de la fin du XIXe siècle. La psychologie évolutionniste de H. Spencer Au moment où Bain élaborait son œuvre, d'autres philosophes pensaient que cette psychologie pure et statique n'est pas toute la science mentale parce qu'elle laisse bien des problèmes irrésolus ou même qu'elle oublie de les poser. Herbert Spencer (1820-1903), pour commencer par le plus ancien, puisque la première édition de ses "Principes de psychologie" date de 1855, rétablit les droits du temps dans le domaine psychologique et distribue dans la série des âges les diverses formations mentales. Les sources de sa psychologie sont difficiles à établir car Spencer donne peu de références dans son texte original. La lecture de son autobiographie donne l'impression qu'elle a surgi de son propre fond de réflexion (Spencer, 1904, I, p. 391) mais on peut en douter. D'une part, il est bien connu que Spencer a été fortement attiré par la phrénologie et qu'il a publié plusieurs articles à ce sujet (cf., Smith, 1982). D'autre part, ses conversations philosophiques avec G.H. Lewes (Duncan, 1908, p. 542), qui avait projeté d'écrire dès 1836 un traité sur la philosophie empirique (psychologie) en liaison avec la physiologie du cerveau, a dû stimuler l'intérêt du jeune Spencer. Enfin, on sait (cf. Duncan, 1908, p. 418) qu'il eut entre ses mains l'ouvrage de Mill (1843) sur la logique dans les sciences et dont un chapitre, comme nous l'avons mentionné plus XXXVI

haut, traite de la question de la psychologie. Les discussions épistémologiques qu'il a eues durant les années 1850 semblent avoir formé le point de départ de sa psychologie (Smith, 1982). La stratégie révolutionnaire de Spencer fut d'étudier les phénomènes de l'esprit du point de vue de leur évolution. C'est en rendant compte pour la "Westminster Review" de la troisième édition des "Principles of physiology, general and comparative" de Carpenter (1851), que Spencer repéra l'énoncé de la loi de von Baer (1828) et son application à la biologie animale ainsi qu'à la biologie végétale (cf., Carpenter, 1839, p. 170). Cette idée que le développement de tout organisme consiste en un changement de l'homogène à l'hétérogène fut bientôt étendue aux phénomènes mentaux (Spencer, 1904/1907). On en trouve la première formulation dans son article sur l'hypothèse du développement (Spencer, 1852-54/1879). Avec les Principes de psychologie que Spencer publiait en 1855, la théorie générale de l'évolution, précédemment ébauchée dans les Manières et la mode (Spencer, 1854/1877) où il s'interrogeait sur l'origine des conventions sociales auxquelles les individus se soumettent sans protester, était appliquée à la genèse de l'esprit dont il était prouvé qu'il évolue de la même manière naturelle que l'organisation corporelle. Comme Spencer adopte l'idée de Lamarck selon laquelle l'évolution organique résulte d'une action exercée par le milieu extérieur, il va la généraliser encore en l'étendant à la vie psychologique et sociale. Ce qui est vrai des aptitudes et fonctions biologiques, utiles ou nuisibles, adaptées ou non à leur milieu, l'est aussi des aptitudes et des facultés psychologiques. L'action du milieu physique sur l'esprit entraîne son adaptation croissante et amène nécessairement le progrès intellectuel (Spencer, 1857/1877) et la fixation des caractères acquis (hérédité). Spencer a essayé de renouveler la psychologie par la biologie évolutionniste avant même Charles Darwin (1809-1882) dont la première édition de l'ouvrage principal sur l'origine des espèces date de 1859. Bien que Darwin ait développé ses idées psychologiques dans plusieurs écrits (Darwin, 1871, 1872, 1877) et a influencé plusieurs penseurs éminents dont son cousin Francis Galton (1869) et son ami George J. Romanes (1882, 1883) qui a créé la psychologie comparative, c'est la psychologie de Spencer qui a eu le plus d'influence en psychologie et en neurologie à travers John Hughlings Jackson qui a lui-même influencé la neurologie, la psychiatrie et la psycholinguistique du XXe siècle.

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La doctrine de l'évolution qui fait émerger la vie mentale des formes graduellement intégrées de la vie eût dû, semble-t-il, conduire Spencer à ranger la psychologie parmi les sciences biologiques. Pourtant Spencer parle de la distinction et même de l'opposition de la biologie et de la psychologie. Sous son aspect subjectif, la psychologie est une science complètement unique, indépendante de toutes les autres sciences, quelles qu'elles soient, et qui s'oppose à elles comme une antithèse. Les pensées et sentiments qui constituent une conscience, et qui sont absolument inaccessibles à tout autre que le possesseur de cette conscience, forment une existence qui ne peut être placée parmi les existences dont le reste des sciences s'occupe. Cette antithèse du subjectif et de l'objectif peut servir à distinguer la physiologie de la psychologie; mais fait-elle de la psychologie une science complètement opposée aux autres, par la simple raison que celles-ci traitent pareillement de phénomènes ayant ce double aspect? Il reviendra à un de ses contemporains, Lewes, de traiter à fond cette question. La psychologie physiologique de G.H. Lewes Si Ribot, en 1870, a traité de la psychologie de G.H. Lewes (1817-1878), il faut avouer qu'il n'avait pas encore en mains tous les éléments d'appréciation. En effet, les résultats des recherches de Lewes dans le champ de la psychologie furent publiés au cours des années 1870 dans ses Problems of life and mind, qui comprennent cinq volumes séparés: The foundations of a Creed (2 vol. 1873-1874); The physical basis of mind (1877) ; The study of life and mind (2 vol. édités par G. Eliot, 1879). Bien qu'appartenant à l'école positiviste et ayant eu autrefois des affinités très étroites avec Comte, dont il se proclamait le disciple, Lewes n'a pas adhéré au système comtien. Pour Lewes, l'esprit n'est pas une fonction du système nerveux, ou du cerveau, ou d'une portion déterminée du cerveau; l'esprit est simplement une fonction de l'organisme dans sa totalité.

Pour Lewes, la psychologie « est l'analyse et la classificationdes
fonctions et des facultés sentantes, révélées à l'observation et à l'induction; et elle a pour complément la réduction des unes et des autres à leurs conditions d'existence, soit biologiques soit sociologiques ». La psychologie n'est donc en définitive qu'une branche de la biologie: telle est l'opinion à laquelle Lewes déclare s'être arrêté, après bien des XXXVIII

hésitations.La psychologien'est qu'une branche de la biologie: 10 parce
que, en thèse générale, tous les phénomènes ont le double aspect objectif et subjectif; d'où il suit que les sciences physiques ne sont point isolées des sciences morales; 20 parce que, dans l'espèce, de l'aveu de tous les biologistes, il est impossible de séparer la sensibilité de la vie, la conscience de la sensibilité, et qu'ainsi l'esprit, loin d'être étranger au reste du monde, est une fonction de l'organisation. Ainsi la psychologie est la vérification et la classification des faits de sensibilité dans leurs relations à la fois subjectives et objectives. Et, puisqu'en définitive toutes les sciences s'occupent de faits sentis, ce n'est pas la présence de la conscience qui fait des phénomènes de la psychologie ceux d'une science unique; c'est la particularité du point de vue, ces états de conscience étant considérés proprement comme états de conscience, pour être classés et systématisés à ce titre. En conséquence, la physiologie a pour objet l'étude des conditions organiques de production des faits; la psychologie, elle, étudie les produits inséparables d'ailleurs de leurs conditions. La sensibilité, l'intelligence, la volition, sont les trois modes de manifestations de l'organisme. Vu du côté physiologique, ces modes sont la somme des ajustements neveux déterminant les ajustements secondaires, d'où dépendent les actions organiques. Vu du côté psychologique, ces modes sont la somme des expériences organisées qui déterminent la conduite. La sensation, qui est la résultante de conditions organiques très complexes, est pour Lewes le point de départ de tout processus psychologique. Comment devient-elle par la suite successivement perception, image, pensée pure et volonté? Si la sensation est le point de départ de la connaissance, elle n'est pas la connaissance elle-même. Une sensation est, objectivement, un groupe de vibrations nerveuses; subjectivement, elle se ramène à une aperception immédiate de la conscience (qui émerge naturellement d'un ensemble de conditions organiques). Une perception est une synthèse de sensations fournies par les différents sens. Par exemple, quand je perçois une fleur, j'unis des sensations du toucher, de la vue, de l'odorat, et je les rapporte à un seul objet. Percevoir, c'est donc établir un lien entre divers éléments; dans la perception, les groupes de vibrations nerveuses se groupent à leur tour, et c'est ce que Lewes appelle la logique de la sensation. Mais cette connaissance d'ordre inférieur n'est pas encore la pensée. Il est nécessaire pour Lewes de distinguer la conception ou la formation de symboles XXXIX

exprimant des idées générales, de la perception, ou formation d'idées particulières par la synthèse de sensations. Les conceptions ne sont pas plus semblables aux objets réels que les formules algébriques ne sont semblables aux nombres dont elles symbolisent les relations. Notre perception d'un animal ou d'une fleur est la synthèse de toutes les sensations que nous avons eues de l'objet en relation avec nos différents sens, et c'est toujours un objet individuel représenté par une idée individuelle; c'est cet animal ou cette fleur. Mais notre conception d'un animal ou d'une fleur est toujours une idée générale; elle est abstraite de tous ses caractères individuels. Les perceptions ont une relation directe avec les termes de la sensation; les conceptions, avec les relations de ces termes; de là la nature réelle des unes et la nature symbolique des autres. La connaissance ne commence vraiment qu'avec la conception, signe de toute une classe de perceptions, et l'enchaînement, la synthèse des conceptions constitue la logique des signes. Elle est l'œuvre du langage; car tout mot est un abstrait. Mais l'éclosion du langage n'est possible que dans le milieu social; et ainsi l' homme isolé est incapable de penser parce qu'il est incapable de parler. Le milieu social ne crée pas seulement l'intelligence proprement dite; c'est lui qui, dans l'ordre des affections, donne naissance aux tendances impersonnelles, sympathiques, altruistes. C'est donc dans l'organisme social que nous devons chercher les principales conditions des fonctions d'ordre supérieur, et c'est le milieu social des croyances, des opinions, des institutions, qui constituent, pour ainsi dire, l'atmosphère respirée de l'intelligence. Tous les matériaux de l'intelligence sont des images et des symboles; tous les processus sont des opérations sur des images et des symboles. Le langage, qui est entièrement un produit social pour satisfaire un besoin social, est le principal instrument de cette opération symbolique: sans lui, toute abstraction serait impossible. Sans lui, pas de médiation, pas de théorie, pas de pensée au sens rigoureux du mot. Une perception condense plusieurs sensations, et par là, est une connaissance. Un mot, symbole d'une conception, condense beaucoup de perceptions, et produit ainsi, non seulement une connaissance d'un ordre plus élevé, mais une connaissance qui est facultative, et capable d'être transmise et conservée. Après avoir suivi le processus de l'intelligence, tel que l'expose Lewes, il nous reste à parler de celui de l'activité. Toutes les manifestations de l' acti vité semblent dériver de phénomènes réflexes, mais tantôt la réaction suit immédiatement l'impression sensible: le XL

mouvement alors est involontaire; tantôt elle est le dernier terme du processus intellectuel, alors le mouvement est facultatif et peut être appelé volontaire. Lewes insiste sur la nécessité de ne pas méconnaître la solidarité indissoluble qui unit les différents ordres de faits psychiques. C'est là ce qu'il désigne par l'expression de spectre psychologique. Ce spectre est constitué par trois modes fondamentaux d'excitation: la sensation, la pensée, le mouvement. Le processus psychique est partout un triple processus, et toutes les variétés qui distinguent les différents états mentaux sont dues à des degrés variables de l'énergie avec laquelle coopèrent la sensation, la pensée et le mouvement. Chaque état mental est ainsi une fonction de trois variables. y a-t-il des organes de la sensation, de la pensée, de la volition, comme il y en a de la vue, de l'ouïe, etc. ? Non, répond-il, il n'y a que des combinaisons organiques. Pourquoi diviser le système nerveux et assigner une place à part à la pensée et à la volition? Le cerveau est une partie déterminée d'un tout continu. Il a des fonctions spéciales, mais non des propriétés spéciales. En cela, la psychophysiologie de Lewes ne renvoie pas à l'idée d'un matérialisme vulgaire tel qu'il était développé par les physiologistes de l'époque. Développement de la psychologie anglaise au XXe siècle Aux abords des années 1880, trois voies s'ouvraient à la psychologie en Angleterre: elle pouvait rester statique, analytique, descriptive, à la manière de celle de Bain; elle pouvait être dynamique, synthétique, génétique, à la manière de celle de Spencer; elle pouvait être physiologique et pathologique à la manière de celle de Lewes et de Maudsley. C'est la psychologie, telle que la considérait Bain, qui prévalut en Angleterre à cette époque. Fondateur en 1876 du Mind, il laissa à son élève Croom Robertson (1842-1892) la direction de cette revue de psychologie et de philosophie. Sa précédence sur Bain était principalement due à ses connaissances étendues en physiologie et en psychologie physiologique qu'il avait acquises après ses études à Aberdeen chez Dubois Reymond à Berlin, Lotze à Gottinguen, et Broca à Paris. Recruté pour occuper la chaire d'esprit et de logique en 1866 au Collège Universitaire de Londres, il adhérait à la tradition britannique selon laquelle "la psychologie est la partie de la philosophie, la plus XLI

fondamentale et la plus représentative". L'approche traditionnelle de la psychologie qui prévalut jusqu'au début du XXe siècle est représentée par James Ward (1843-1925), le plus fameux représentant de la psychologie universitaire anglaise de la fin du siècle, James Sully (1842-1923), successeur de Robertson à la chaire d'esprit et de logique (il introduisit les travaux expérimentaux et créa un laboratoire en psychologie au Collège Universitaire de Londres grâce à l'appui de F. Galton) et George Frederick Stout (1860-1944), le premier enseignant de psychologie à l'Université d'Oxford (1898). Ces trois psychologues ne se sont cependant guère préoccupés de l'évolution mentale et de la psychophysiologie. Contrairement à Stout et à Sully, qui dans leurs différents écrits se contentent simplement de nous dire que la psychologie a pour objet les faits de conscience, Ward va plus loin en se révélant être un psychologue original. Très influencé par les écrits de Lotze, il critiquera la psychophysique fechnériene (Ward, 1876). Il se fit remarquer dans ce domaine par des essais publiés sous le titre de "principes psychologiques" (Ward, 1883) puis surtout par l'important article "Psychologie" de l'Encyclopaedia britannica (Ward, 1886). Cette esquisse si riche et si dense fut très remarquée et classa tout de suite Ward parmi les psychologues les plus autorisés d'Angleterre. Bain (1886), dont il avait assez sévèrement apprécié les idées, accueillit cette œuvre des plus vives louanges. Ward va procéder en philosophe à la détermination de l'objet et des conditions de la science psychologique. Examinant les différentes définitions attachées au terme "psychologie", il n'admet pas qu'elle ait pour objet les données de l'expérience interne ou de la conscience, car la conscience n'a pas de données spéciales distinctes de celles des sens. Il n'admet pas davantage qu'on assigne pour objet à la psychologie les phénomènes de l'esprit, car c'est établir entre l'esprit et les faits psychologiques un rapport de phénomène à substance qui n'a de sens que dans le monde des objets. Ces conceptions et d'autres semblables reposent sur l'illusion qu'il existerait des faits intérieurs ou subjectifs dont l'étude prendrait place parmi les sciences qui étudient les divers aspects de la réalité donnée, entre la physiologie, par exemple, et la sociologie. Cependant, si la psychologie est une science, elle doit avoir pour matière le même monde, la même expérience qui est déjà l'objet des diverses sciences; seulement elle envisage cette expérience d'un point de vue particulier. Les sciences prennent les choses dans leur nature objective, abstraction faite du sujet pour qui elles existent. Mais il n'y a pas d'objet XLII

sans sujet. Il n'y a de réalité accessible que l'expérience, et l'expérience est toujours l'expérience de quelqu'un. Dès lors, on peut se demander comment elle se constitue pour le sujet pour qui elle existe. Le but de la psychologie est donc d'expliquer comment, par quelles réactions du sujet et de l'objet, se constitue l'expérience individuelle. Ward fut aussi à l'origine de l'établissement du premier laboratoire de psychologie expérimentale à l'Université de Cambridge en Angleterre. Ce n'est cependant qu'en 1891 qu'il obtint enfin un crédit modeste de 50 livres pour l'achat d'un appareillage de psychophysique (mais le laboratoire n'eut pas d'existence physique puisque aucun local n'y était affecté). Ward obtint une chaire de sciences morales en 1897, l'année même où Michael Forster, professeur de physiologie à Cambridge, donna une pièce dans le vieux département de physiologie pour qu'un laboratoire de psychologie puisse enfin s'installer. W.H.R. Rivers (1864-1922), qui fut d'abord recruté en 1893 à Cambridge comme lecteur en physiologie des sens spéciaux, fut nommé directeur du nouveau laboratoire et promu lecteur en psychologie expérimentale la même année (1897). En 1898, un an après la fondation du laboratoire, il décida de participer à une expédition ("Torres Straits expedition") à caractère anthropologique sous la direction de l'ethnologue A.C. Haddon. Ayant d'abord refusé l'offre qui lui était faite par Haddon pour prendre en charge le travail psychologique, il revint sur sa décision lorsqu'il apprit que deux de ses meilleurs élèves, C.S. Myers (1873-1947) et William McDougall (1871-1938) avaient été recrutés pour l'expédition. Un équipement portable permit aux trois psychologues d'étudier la population des îles Murray sous l'angle psychométrique. Les résultats montrèrent une absence de différences interculturelles. Myers succéda par la suite à Rivers. Sous sa direction à Cambridge (1912-1919), Myers forma de nombreux psychologues dont Frederic Ch. Bartlett (1886-1969) qui vint à Cambridge en 1909 et qui devait lui succéder à la tête du laboratoire après la première guerre mondiale. La réputation internationale de Rivers fut reconnue lorsqu'on lui offrit la présidence du Congrès international d'Oxford tenu en 1923. Si les Universités anglaises ont été les premières à ouvrir des laboratoires de psychologie, il faut tout de même noter que la plupart d'entre elles ne créèrent pas d'enseignement officiel en psychologie avant la seconde guerre mondiale. Même l'Université d'Edimbourg, en Ecosse, qui fut pendant des décennies le véritable centre de la psychologie britannique avait mis du temps avant d'établir un enseignement officiel de XLIII

psychologie. Les philosophes écossais avaient établi et perpétué cette tradition qui remonte à la chaire de Logique et de Métaphysique tenue successivement par Thomas Reid, Dugald Stewart et Thomas Brown. Sir William Hamilton occupa cette chaire de 1836 à 1856. En 1891, Andrew Seth (1856-1931), qui était allé étudier en Allemagne et qui avait été témoin de l'émergence de la "nouvelle psychologie" fut nommé à son tour à ce poste prestigieux. Dans sa leçon d'ouverture, il recommandait déjà la création d'une chaire de psychologie. Mais ce n'est qu'en 1906 que l'Université d'Edimbourg créa officiellement un enseignement en psychologie générale et expérimentale dont le premier titulaire fut un ancien étudiant de l'Université, William George Smith (1866-1918), qui venait de l'Université de Liverpool. Il avait obtenu un doctorat sous la direction de Wundt, et avait enseigné la psychologie aux États-Unis (Smith College dans le Massachusetts) où il avait fondé un laboratoire.

Conclusion Chaque système philosophique se base sur une certaine théorie de l'esprit qui lui est propre. La psychologie est devenue au cours du XIXe siècle l'arène de cette controverse. Deux écoles psychologiques se sont en effet affrontées à cette période: la psychologie de l'à priori (rationnelle ou spéculative) et la psychologie de l'à posteriori (empirique ou expérimentale ). La majorité des philosophes de l'à priori ont enseigné leur doctrine non comme psychologues, mais comme métaphysiciens. L'école psychologique anglaise de l'à posteriori ne s'enfermait pas dans le for intérieur de la conscience pour y saisir l'être humain lui-même, le sujet et la cause des phénomènes psychiques. Elle se bornait à observer l'homme dans la succession de ses actes et de ses modifications, qu'elle recueillait et décrivait avec soin, dont elle constatait les rapports de manière à dégager les lois qui régissent le développement de ses facultés. Les psychologues de l'école de l'à posteriori ont ainsi avancé l'idée selon laquelle les phénomènes les plus complexes de notre esprit sont formés des phénomènes les plus simples et les plus élémentaires régis par la loi de l'association des idées. Ainsi ont procédé en Angleterre John Stuart Mill, Herbert Spencer et Alexander Bain.

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