La psychologie et les sciences morales

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Mill affirme l'existence d'une science de l'esprit à part entière qu'il nomme "psychologie". Influencé par les écrits de Comte, il essaiera d'intercaler entre la biologie et la sociologie une science fondamentale que Comte a eu, selon lui, le tort d'omettre et qui comprenait la psychologie et l'éthologie. La critique de Mill est de montrer que la psychologie est une science possible et de grande valeur et que l'analyse subjective peut être pratiquée.
Publié le : lundi 1 mai 2006
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EAN13 : 9782296147935
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LA PSYCHOLOGIE ET LES SCIENCES MORALES
SIXIÈME CHAPITRE DU SYSTÈME DE LOGIQUE

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fr

2006 ISBN: 2-296-00656-6 EAN : 9782296006560

@ L'Harmattan,

John Stuart MILL

LA PSYCHOLOGIE ET LES SCIENCES MORALES
SIXIÈME CHAPITRE DU SYSTÈME (1843) DE LOGIQUE

Traduction par G. BELOT

Préface de Serge NICOLAS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa L'Harmattan ItaUa

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Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui.

Dernières parutions Th. RIBOT, L'hérédité psychologique (1873), 2005. Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion et de ses applications (1886), 2005. H. TAINE, De l'intelligence (1870, 2 volumes), 2005. P. A. TISSIÉ, Les aliénés voyageurs (1886), 2005. Th. RIBOT, La psychologie des sentiments (1896), 2005. Abbé FARIA, De la cause du sommeil lucide (1819), 2005. W. PREYER, L'âme de l'enfant (1882), 2005. Morton PRINCE, La dissociation d'une personnalité (1906), 2005. J. G. SPURZHEIM, Observations sur la phrénologie (1818), 2005. F. A. MESMER, Précis historique relatif au magnétisme (1781),2005. A. BINET, L'âme et le corps (1905), 2005. Pierre JANET, L'automatisme psychologique (1889), 2005. W. WUNDT, Principes de psychologie physiologique (1880,2 v.), 2005. S. NICOLAS & B. ANDRIEU (Eds.), La mesure de l'intelligence, 2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 1, vol I) (1903),2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 2, vol I) (1903), 2005. F. RAYMOND & P. JANET, Obsessions et psychasthénie (vol II) (1903), 2005. Théodore FLOURNOY, Métaphysique et psychologie (1890), 2005. Théodule RIBOT, La vie inconsciente (1914), 2005. A. BINET & Ch. FÉRÉ, Le magnétisme animal (1887),2006. P. J. G. CABANIS, Rapports du physique et du moral (1802,2 v.), 2006. P. PINEL, L'aliénation mentale ou la manie (1800), 2006. J. P. F. DELEUZE, Défense du magnétisme animal (1818),2006. A. BAIN, Les sens et l'intelligence (1855),2006. A. BAIN, Les émotions et la volonté (1859), 2006. Pierre JANET, L'amnésie psychologique, 2006 J. G. SPURZHEIM, Observations sur la folie (1818), 2006. Charles BONNET, Essai de philosophie (1755), 2006. Pierre JANET, Philosophie et psychologie (1896), 2006.

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR La psychologie de John Stuart Mill

La nouvelle école expérimentale anglaise a eu pour prédécesseurs David Humel (1711-1776) et David Hartley2 (1705-1757), les fondateurs de l'école associationniste3. Ces philosophes furent en effet les premiers qui aient tenté d'expliquer par l'association des idées et l'habitude, la notion de cause et le principe de causalité, l'origine des idées dites rationnelles, des affections dites naturelles, des principes moraux dits innés, enfin l'origine des actes volontaires auxquels on attribue le caractère de libre-arbitre. L'école tout expérimentale de Stuart Mill, de Bain et de Spencer n'a fait que reprendre au XIXe siècle ces thèses pour les développer de nouveau en les fondant sur des observations, des analyses, des explications qui lui appartenaient. Que presque tous les philosophes de l'école expérimentale se soient rencontrés dans la théorie qui explique tout le mécanisme de l'esprit humain par l'association, il n'y a rien à cela que de naturel. La méthode inductive les conduisait nécessairement à ce résultat. Du moment que tout phénomène psychologique se réduit à constater la relation des phénomènes entre eux et à en dégager une loi, il n'y a plus qu'une chose qui intéresse la science, à savoir si et comment ces phénomènes s'associent dans leur succession ou leur concomitance. C'est là toute l'explication que peut chercher une
1 Hume, D. (1739). A treatrise of human nature. London: 1. Noon (traduction française en 1995 par P. Baranger & Ph. Sahel, L'entende/nent: traité de la nature hu/naine. Paris: Aammarion, Livre I). 2 Hartley, D. (1749). Observations on man, his frame, his duty and his expectations. London-Bath: Hitch, Austen-Leake & Frederick. Une traduction française de cet ouvrage va paraître sous peu dans L'Encyclopédie psychologique. 3 Cf. Ribot, Th. (2002). La psychologie anglaise contemporaine (1870). Paris: L'Harmattan.

psychologie qui ne prétend pas atteindre les causes internes des phénomènes. La psychologie que John Stuart Mill (1806-1873) va proposer n'a pas fait l'objet d'un ouvrage spécial, mais on la trouve exposée dans plusieurs écrits importants4. En 1843, dans le sixième livre (chapitre iv) de son fameux ouvrage Système de logique déductive et inductive5, Mill (p. 436) affirme l'existence d'une science de l'esprit à part entière qu'il nomme "psychologie" même s'il pense qu'elle ne sera jamais aussi exacte que la physique. "La psychologie, dit-il, a pour objet les unifor/nités de succession,' les lois, soit primitives, soit dérivées, d'après lesquelles un état mental succède à un autre, est la cause d'un autre, ou, du moins, la cause de l'arrivée de l'autre. De ces lois, les unes sont générales, les autres plus spéciales" (p. 437). Parmi les lois spéciales, il citera les deux grandes lois de l'association des idées, la loi de similarité et la loi de contiguïté, déjà étudiées par son père James Mill6 (1773-1836), auxquelles il ajoutera la loi de l'intensité. John Stuart Mill était en train de rédiger son ouvrage sur le système de logique en 1837 lorsqu'il découvrit pour la première fois les deux premiers volumes du Cours7 d'Auguste Comte (1798-1857) qui firent sur lui une énorme impressions. Fervent admirateur du philosophe français, il n'entra cependant en relation avec lui que plus tardivement en novembre 18419. Mais si Mill profita beaucoup de la lecture des leçons de Comte pour rédiger son ouvrage, il fut déçu par le contenu du quatrième volume traitant de la science sociale parce qu'elle manquait de la base psychologique qui seule pouvait la fonder solidement. Pour Mill, Comte a commis une erreur de méthode en plaçant dans la biologie l'étude de la psychologie. Cette négation de la psychologie fut condamnée par Mill à

Cf. Lauret, H. (1885). Philosophie de Stuart Mill. Paris: F. Alcan. 5 Mill, J. S. (1843). A system of logic, rationative, being a connected view of the principles of evidence, and the methods of scientific investigation (2 vol.). London: Parker. Traduction française en 1866 d'après la sixième édition anglaise par L. Peisse, Systè1J1e de logique déductive et inductive, exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifique (2 vo1.), Paris, Ladrange. 6 Mill, J. (1829). Analysis of the phenomena of the human mind (2 vol.). London: Baldwin & Cradock. 7 Comte, A. (1830-1842). Cours de philosophie positive. Paris: Rouen frères. 8 Cf., Nicolas, S. (2006). La psychologie d'Auguste Comte. Paris: L'Harmattan (à paraître). 9 Mill, J. S. (1873). Autobiography. London: Longmans, Green, Reader & Dyer. Traduction française abrégée par E. CazelIes, Mes mémoires, histoire de ma vie et de mes idées, Paris, G. Baillière.

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maintes reprises 10.Il essaiera au contraire d'intercaler entre la biologie et la sociologie une science fondamentale que Comte a eu, selon lui, le tort Il d'omettre et qui comprenaient la psycho logie et l'éthologie (science de formation du caractère). Pour ce qui concerne les questions proprement psychologiques qui nous intéressent ici, les critiques que Mill fit à Comte portèrent essentiellement sur: 10 la réduction de la psychologie à la physiologie et même à la "phrénologie" ; 20 l'absence de la psychologie dans l'ordre des sciences; 30 la constitution imparfaite de la socio logie en n'y faisant pas intervenir la psychologie. L'école positiviste française repoussait absolument la psychologie en tant que science fondamentale alors que la philosophie anglaise était essentiellement psychologique. Dans son ouvrage Dissertations and discussionsJ2 (Tome I, p. 396), il note que Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) et Jeremy Bentham (1748-1832) s'accordaient déjà pour penser que le fondement de la philosophie devait être posé sur la philosophie de l'esprit. Les positivistes orthodoxes et même dissidents français, tels Émile Littré13(1801-1881) et Grégoire Wyrouboff4 (1843-1916), ont fermement combattu cette opinion selon laquelle la psychologie était la base de la philosophie. Les prétentions philosophiques de Littré et ses compétences médicales, linguistiques et historiques ont fait de cet érud it un personnage incontournable dans le domaine du positivisme. Si les positions de Littré sur la psychologie s'expriment dans de très nombreux articles traitant de la pathologie mentalel5, c'est à l'occasion de la parution de l'ouvrage de John Stuart Mill Auguste Comte and positivismJ6 traduit en 1868 par Georges Clémenceau (alors disciple de l'École dissidente de Littré, dont la
10

Cf., Comte, A. (1975). Correspondancegénérale et confessions (tome II). Paris:

Mouton; Mill, J. S. (1865). Auguste Comte and positivisnl. London: N. Trübner. Traduction française en 1868 par G. Clémenceau, Auguste Comte et le positivisme, Paris, G. Baillière, p. 67. 11Cf. Leary, D. E. (1982). The fate and influence of John Stuart Mill's proposed science of ethology. Journal of the History of Ideas, 43, 153-162. 12Mill, 1. S. (1859). Dissertations and discussions, political, philosophical and historical (2 vo1.). London: J. W. Parker and Son. 13 Littré, E. (1876). Fragments de philosophie positive. Paris: Bureaux de la philosophie positive. 14Wyrouboff, G. (1874). Un nouveau livre de philosophie positive. La Philosophie Positive,
J 3, 93 -1 03.

15Petit, A. (1995). Positivisme, biologie, médecine: Comte, Littré, Robin. ln M. Panza & J. C. Pont (Eds.), Les savants et l'épistémologie vers [afin du XIXe siècle (pp. 193-219). Paris: Albert Blanchard. Voir page 210. 16 Mill, J. S. (1865). Auguste Comte and positivism. London: N. Trübner. Traduction française en 1868 par G. Clémenceau, Auguste Comte et le positivisme, Paris, G. Baillière.

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célébrité ultérieure en politique dissimule à beaucoup sa première vocation intellectuelle) que Littré dut défendre les principales idées de Comte au sujet de la psychologie. Littré1? (1866) fit grand cas des critiques de Mill au sujet de la psychologie et affirmera que comte n'a commis aucune erreur de méthode en plaçant dans la biologie l'étude de la psychologie. Si Littré est circonspect voire opposé comme John Stuart Mill à la psychologie phrénologiqueJ8 de Comte, il propose cependant ce qu'il appelle la physiologie psychiqueJ9 qui n'a aucune connotation métaphysique et qui est une vérÎtable psychophysio logie au sens moderne du mot. L'emploi de l'expression "physiologie psychique" est justifié par le refus des connotations "métaphysiques" du terme traditionnel "psychologie" et par la volonté de lier l'étude des facultés intellectuelles et morales à celle de la substance nerveuse. Dans un fameux ouvrage sur Auguste Comte et la philosophie positive2o, Littré avait déjà examiné la position comtienne sur la psychologie. Il avait invalidé la phrénologie de Gall sur la base de la méthode comtienne de la philosophie positive (elle n'a pas été vérifiée ni par les faits ni par l'expérience). Mais Littré reconnaît que pour détecter, observer, analyser, classer les facultés cérébrales, la biologie peut emprunter ses renseignements au sens commun, à la psychologie, à la phrénologie. Cependant, Littré21défend le travail de laboratoire et l'expérimentation physiologique minutieuse que Comte semble avoir condamné au profit de l'observation. Les disciples orthodoxes de Comte ont d'ailleurs toujours souligné l'influence fâcheuse de la méthode expérimentale et lui ont préféré la méthode d'observation contrairement aux disciples "dissidents". Mill contestera formellement que les phénomènes mentaux puissent être connus par "déduction des lois physiologiques de notre organisme nerveux", et déclarera que même si

17Littré, E. (1866). La philosophie positive: Auguste Comte et M. J. Stuart Mill. Revue des Deux Mondes, 64, 829-866. 18 Littré, E. (1846). De la physiologie: Importance et progrès des études physiologiques. Revue des Deux Mondes, 14, 200-237. - Littré, E. (1863). Auguste Conlte et la philosophie positive. Paris: Bureaux de la Philosophie Positive. 19 Littré, E. (1846). De la physiologie: Importance et progrès des études physiologiques. Revue des Deux Mondes, 14,200-237. - Littré, E. (1869). De quelques points de physiologie psychique. La Philosophie Positive, 4, 161-178. 20 Littré, E. (1863). Auguste Comte et la philosophie positive. Paris: Bureaux de la Philosophie Positive. 21 Littré, E. (1866). La philosophie positive: Auguste Comte et M. J. Stuart Mill. Revue des Deux Mondes, 64, 829-866. 8

cette hypothèse du parallélisme psycho-physiologique22 était vraie, l'observation psychologique serait encore nécessaire. Comte restera sous le coup de l'accusation tant de fois répétée, mais à notre avis abusive, de s'être refusé à reconnaître le rôle légitime et nécessaire de l'introspection et d'avoir tenté l'œuvre, pour certains chimérique, d'édifier une psychologie purgée de toute donnée d'observation interne. En somme, la critique de John Stuart Mill était de montrer que la psychologie est une science possible et de grande valeur, que l'analyse subjective peut être pratiquée, et que Comte a eu tort de regarder l'observation interne comme un procédé illusoire. D'ailleurs, comme de nombreux psychologues ultérieurs et au premier rang desquels William James23(1842-1910) l'ont écrit plus tard: "L'observation introspective est ce sur quoi nous avons à cOlnpter d'abord, avant tout et toujours" (1890, I, p. 185). Si Littré confirme l'assertion de Comte selon laquelle la psychologie doit être rattachée à la biologie, il défend lui aussi l'existence d'une autre forme de psychologie, comme Comte l'avait fait par ailleurs. Ce que Comte et ses disciples ont proclamé c'est l'inexistence d'une psychologie, en tant que science fondée sur l'introspection, celle qui croit à un esprit sans support physiologique et cérébral, c'est-à-dire celle des métaphysiciens. Mais d'un autre côté, on voit que la psycho logie ne peut être rayée de la pensée philosophique. C'est une situation paradoxale, on cherche à en cacher l'importance mais en fait on ne peut s'en passer puisqu'elle est nécessaire à la science. La psychologie associationniste anglaise a trouvé sa forme la plus systématique dans l'œuvre24d'Alexander Bain (1818-1903) qui fut un intime de J. S. Mill, il lut même sa Logique (1843) en manuscrit. Il est généralement considéré comme le premier véritable psychologue de langue anglaise auquel d'ailleurs 1. S. Mill a consacré un article de haute valeur25.
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Sur cette question voir: Aournoy, Th. (2005). Métaphysique et psychologie (1890). Paris:

L'Harmattan. 23 James, W. (1890). Principles of psychology (2 vo1.). New York: Holt. Voir aussi: James, W. (2006). Abrégé de psychologie (1892). Paris: L'Harmattan. 24 Bain, A. (2006). Les sens et l'intelligence (1855). Paris: L'Harmattan. - Bain, A. (2006). L'émotion et la volonté (1859). Paris: L'Harmattan. 25 Mill, J. S. (1869). La psychologie de M. Alexandre Bain (trad. par Dr Fontaine). Revue des Cours Littéraires de la France et de l'Étranger, 6, n° 37, 14 août, 587-592, n° 38, 21 août, 599-608. Cet écrit est la traduction française de Mill, 1. S. (1859). Bain's psychology. Edinburg Review (october), 110, 287-321. Ce texte a été republié en introduction dans: Bain, A. (2006). Les sens et l'intelligence. Paris: L'Harmattan (pp. XII-XLVI).

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Le texte que nous rééditons est un fragment de l'ouvrage A system of logic, rationative, being a connected view of the principles of evidence, and the methods of scientific investigation (1843) de J. S. Mill. Il s'agit plus particulièrement le livre VI consacré à la logique des sciences morales. Le traducteur, Gustave Belot (1859-1929), professeur de philosophie au lycée Janson-de-Sailly puis à Louis-le-Grand à Paris, a fourni les renseignements historiques nécessaires à l'intelligence du texte. Il s'agit cependant d'un exposé moins historique que critique, où beaucoup de dialectique se mêle aux analyses et aux renseignements de faits. La doctrine exposée au livre VI de la Logique est le centre et le but de toutes ses remarques, de ses notes comme de son introduction.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale à l'Université de Paris V - René Descartes. Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Cognition et comportement FRE CNRS 2987 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

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STUART

MILL

LA LOGIQUE
DES

SCIENCES MORALES
(LOGIQUE, LIVRE VI) TRADUCTION NOUVELLE PRÉFACE E11 N01'ES

AVEC NOTICE BIOGRAPHIQUE,
PAR

GUST AVE
lPROFESSEDR DE PHILOSOPHIB

BELOT
AU LYCÉE JAN'SON-DE-SAILL y

PARIS
LIB. R A I RIE
15,
RUE

C H. DEL A G R AV E
SOUFFLOT,

15

1897

NOTICE

SUR LA VIE ET LES ŒUVRES
DE Sl'UART MILL

Stllart l\Iill a'~ait la foi ClllXVIIICsiècle dalls la pllissance de l'édllcatioll et la plasticité cIe l'être 11111llaill; il ell a,rait le clroit 1)111S(Ille persoll1le, étallt lllil1lêlne le l)I'oclllit CI'1111e les 1)111S c extraoI'clillaires eXl)ériel1ces éclllcati,res CIOllt 011 l)llisse citer l'exell11)le. L'héréclité cl'aillellrs pOlll'l'ait tOllt allssi biell être illvoqllée (lallS l' eSI)èce, car SOIl père J aIlles l\lill ftit
111i-111êllle 11111101l11l1e Clll l)lllS grallcl 111érite, lllle Îll-

telligellce fondellr,

forte et 1llcicle, CIlI0icIlle sallS grallcle 111'0 al)l)llyée Sllr lllle V01011té illClo1111)ta))le. La à sa vaSOIl fils,

l'él)lltatioll clu l)ère est pellt-être illfériellre lellr, éclil)sée COlll111eelle Ie flIt, relllarqlle

11ar le rCIIOl11 cIe ses illllstres al1lis Belltllal11 et Ricarclo; ajolltollS, il llotre tOllr, par l'éclat Slll)ériellr {Ille ce fils l11ènle a ClOl111é SOlI 110111.l\lais cIe cet éclat h
1. Nous ne croyons ni possible ni nécessairc de donner ici une exposition de l'ensemble de la philosophie de Stuart ~Iill. Nous nous contenterons d'en rappeler les principaux traits au fur et il ll1esure que nous ferons connaître l'homme et l'œuvre.

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1. J aInes Mill a laissé une importante Elistoire des Indes (1818), qui lui valut (1819) un poste élevé il la Compagnie des Indes, à laquelle son fils fut également attaché jusqu'il la suppression de cette Compagnie (1823 -1858); outre cette I/istoire, il faut citer surtout l'Essai sur le gOllvernenzent (1828) et l'Analysis oj'ltul1zan "Lind (1829).

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elide, SOlJl10cle et E1Iripicle.
Les sciellccs Il' étaient 11t1SIlégligées; il 01lze aIlS il abordait cléj il les sectiollS COIlicIlles et le calclll iIlfinitésinlal; la IJl1ysicIlle et la chill1ie, chose remarqllable, lle 'viellllellt CIll'ells11ite et il 1110iIldre dose. A dOllze aIlS il lit enfill les Clllatre IJre111iers livres cIe l' Org'alzolz, clont il fait lIn réslIll1é SYll0pticIlle, et il treize il cOll1plète son instrllction ell 10gicIue par la lectllre cIe clivers traités allglais, ell particlllier cIe la G~o17l1)lltatio de I-Io))bes. Il est il croire clue tOLItes ces étlldes, dont les résllltats Il' étaiellt pas, 011 le pellse, régulièrelneIlt contrôlés (Millll' ellt jalllais allCllll atltre Inaître CItle son père, sillon (l'tllle lnallière tOllt il fait accidelltelle, il IVlolltpellier), restaiellt ell partie assez slllJerficielles; Cepell(lallt l'initiative dont il fait IJrellVe, l'habitllcle cIll'il IJrell(1 (le bonlle 11etlre et qtle SOIl père ellcollrage, cIe réSllnler ses lecttlres et d'exl)oser ses ielées IJar écrit 011 cIe vive voix (il dOllze aIlS et dell1i il conl pose 1111e11istoire ronlaille allant jllSqtl' allX lois licillienlles), la natllre 111êlne cIe certains cIe ces travallX, attestellt cIll'il Il'Y avait pas cIe sa part 1111Sill1l)le travail de 11lénl0ire, luais 1111eassilnilation' réelle, alItant (Ill 1110illS qlle le 1)er111ettait son extrêll1e jelllIesse. Ce CIll'il fallt ])iell reconllaître, c'est cIlle tOLIte cette lectllre, et l11êlue ce travail si précoce de réclactiol1, Il' Ollt gllère fait cIe Mill lIn écrivain. Cela l)ellt paraître illattelldll, et Il' est IJellt-être qll e natllrel. P rellcIre trop tôt l'habitllcle cI'écrire, c'est prescIlle forcé-

VIII

NOTICE

SUR

LA

VIE

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cIe 111al écrire.

011 IJellt (lire

(lU'en général Mill}JaraÎt igl10rer ce Cltle c'est que le style; sa phrase est IOllrde, encl1evêtrée, illcolore, (lllelqllefois 11lêllle incorrecte; les llégligences, les rél)étitiolls de nlots, )' a])oll(lent; Ie vocablllaire ell est assez pallvre, et les IOClltiollS sallS variété 1. 011 doit aVOllcr d'ailleurs que rareI11ellt la clarté de la pellsée ell SOllffre, et la réptltation de Mill il cet égard est jllstifiée. Ell 111ai1820, Mill IJart pour la Frallce; il a été invité par sir Salll. Bentl1anl (le frère de Jerelny) à faire Ull séjollr cllez llli, au clltlteall cIe POlllpigllall, près T Olllollse ; el1l)asSallt à Paris, il est présellté à J. -B. Say et il Bertllollet. Ill)asse tIll aIl chez S. Benth.aln, sans illterrollllJre son. régillle de lectllres ~l llaute close. 1./éconolllie l)olitiqlle, COll1mencée (léj h l'année précédellte avec Slllitll et Ricardo, est cOlltinllée avec Say, sallS l)réjudice pOlIr les sciellces et la littératllre. Il se familiarise avec la lallg1le frallçaise et en étuclie les princi})au~x lllOlllllllellts. De ce voyage il ra})porte lllle grande synl1)atllie pOlIr la :B"rallce, ses luœurs et SOIlesprit: elle lle s'est j aIllais délllelltie clans la suite; all. cOlltraire, il juge tOlljours assez sévèrelllent son IJays, qll'il estillle, à certains égards (V. ce livre, cIl. x, ~ 8), en retard sur le continellt, et ses cOlllpa1. Nous espérons qu'on voudra bien trouver là une excuse pour les défauts de la présente traduction. Présentée comme texte ,scolaire, elle eût dû être un modèle au moins acceptable de style. Mal.. gré nos efforts pour arriver à ce résultat, nous sentons combien nous SOl11.mesrestés loin du but. Il a paru, en certains cas, presque impossible de InaintenÎr la pensée sans laissel~ subsister les imperfections d'une expression mal venue dans l'original.

DE

STUART

l\IILL

IX

triotes, (lont l'£ll)reté all gaill et le l)ell de socia))ilité 111i })araissel1t contraster Illal11ellrellsellleIlt avec le (lésintéresselllellt et la corclialité des Frallcais. De retollr il LOllelres ell jllillet 1821, il s'occupe Stlrtollt de IJllilosopllie et de sciellces sociales. Il lit Conelillac, Loclie, I-Ielvétills, I-Ill1l1e, les Écossais. C'est alors qll'il s'élJrenel de Bentllanl, et qll'il fonde avec cIllelcIlles êllllis 1111e Société lltilitaire Cllli clu.re trois aIlS. f~ll 1823, il elltre à la COll1pagllie (les Illdes en 111êlne tCll1pS qll'il}Ju])lie ses prell1iers écrits. Non COl1tellt (les dé))OlICllés qlle llli offraiellt les IJériodicIlles existal1ts, il fOllele, COInIlle orgallc clll radicalisll1e ))entllallliste, la RePlle de JiVest/Jlil~ster, Cllli COl11nlel1ce h l)araître ell1l1ars 1824. Il a 1)0111" collaboratellrs, olltre SOIl IJère, tOllt 1111groll1Je (l'all1is (lOllt la plllpart se firent 1111110111(lailS les lettres et la politiqlle : les clellx A1IStill, ROll1ill)r, Grote. Il y fOllrllit lui-ll1êllle
treize articles ell qllatre ans

.

Avec

les

Inêll1es

alnis

et qllelques alltres, (leux Blllwer-Lytton, SjJéClllatipe

elollt Macalllay, Wilberforce, les il C011stitlle (1825) 1111e L)ociété IJoliticllle, éCOlloll1ique et

de clisCllssioll

1)llilosOI)llicIlle. T Ollt ce tra'vail IJerSOJlllel, tOllS ces COlltacts variés, élargissent ses ielées et a-ffrallcllissellt SOIl eSl)rit cIe la tlltelle, (l'abord 1111l)ell étr'oite, clu ])elltllt1Jl1isll1e et cIe SOIl père. l\.{ais c'est Sllrtollt la crise (fn'il traverse ell 1826 qlli nlarC!lle la elate de cette trallsforll1ation clans ses iclées. A vrai elire, elle Il' ell paraît IJ3S être la calIse; elle 1lIi ell elOlllle selllell1ellt 1111e 1)llls vi,re consciellce. Cette crise, il la clécrit 1011g1Iell1e11t c1al1s SO]1 AlltobioB'rajJ]tie et avec lllle viv.acité cIe style et cIe selltia.

x
clit-il,
il tOllte clans tres l'état, sOillles elles cIllallcl cIllestioll « genlellts

NOTICE SUIl LA VIE Err LES ŒUVRES

llle11t C!lli lIe llli est l)as orcli11aire. claIIS cet état
jOllissaIlce

« Je Ille trollvais, 1lcrvellX qlle ÎllsellsÎble
agréable, ~l el' alldans les l)erqllancl fois cIe la cette d'esprit,

el' eIIgollrdisseIllellt cIe tra'verser,
sellsation

tOlrt le 111011deest sllsce!)ti)Jle
1111cIe ces elirai-je, (Llli se se SClltellt 111alaises

COIIlIlle il tOlIte illsil)icle all pOlIr J'étais cIe Ille soiellt les

011 tOll"t ce

(Illi 1)laît

1110111elIts ele\Tiellt

et inclifférellt; orclillaireIl1ent IllétI10clisnle, cet état la l)relnière cla11s

Oil se trollveIlt cOllvertissellt atteiIltes

COllfJictiOl't

dZl J}éclté. : « SllPl)ose la vie clalls

il ln' arriva

l)oser

elirectel11e11t cIlle tous

CI1ICtOllS les o])j ets cIlle tll })Ollrréalisés; les cI1all(laIIS l)llis1111e 0l)illiollS et les illstitlltions

« Sllis clalls

« l'attellte desclllels «( se11t s'accOlll1)lir

tll COllS11111es ton existellce, Sllr l'11el1re : en éprOllveras-tl1

« gra11cle joie?
réponclit l)OllVais Ille cette ré}JriIl1er

seras-tll

])iell 11ellrel1x? lllle voix intériellre

NOll!

»

Ille

llettenlellt clans

CIlle je

lIe

. Je Ille selltis
la vie

cléfaiIlir;
TOllt

tOllt ce CIlli
111011 bOll-

sOlltellait fill.

s'écrollla. faseillait el1core I)I1IS ricll fr., Clll clé])llt

11ellr, je clevais le tenir
I.Je cllarll1e Il 11'0 Ille il1sel1sr])le 111oyells? COIlsacrer
Oll

cIe la pOllrsllite incessallte
était 111'illtéresser ~l cIlloi je

cIe
allX

CIlli Ille restait

rOlnpl1; 1)11SSe

il la fi.l1, IJollvais-je IlIa "vie. » (1'rad. cIlle cl'assez cIlle l1at11rel

1). 127.) il SOlI état rlll)tllre cl'assise crise ner"Vellx,. n'eXl)licIalls SOI} il cIe ses COlll1111111,l\Iill

Sallf la COl1rte allllsioll

il lIe voit rien
cette crise 111e11tal,

cIlle iclées. l'était

COl11111e lllle

éCIllili])re (lût

1111 cl1allgell1cl1t ll11e telle

Il était

CI11'11l1« illteIlectllcI

» COlnlne SOlIS !'asl)eet

al)erccvoir

DE

STUART

l\IILL

Xl

cl'une trallsforll1atioll CIllatre iclées

cIe ses tlléories. très

Il y rattaclle

illtilllelllellt liées: la correctioll cIe l'tltilitarisll1e, - 1)0111'trollver le ])01111c1lr, il lIe [allt pas ell faire }'o])jet nlêll1e cIe }'existellce, 111ais Ie clleillir « ell passallt » ; 011 lIe Ie tr01lve cI1l'ell S'illtéressant it cI1lelcltle Œ1lvre dOl1t on fait Ie b1lt clirect cIe ses efforts; - l'ilnportance sllpérieure clésorlnais attri])llée il l'écl1lcatioll cIe l'hol111ne ltlil11êll1e, it la C1llt1lre illtérie1lre cIe l'illclivid1l })llltôt cI1l'a1lx age11cenlents extériellrs cIe la vie et cIe la soeiété; - la recoll1laissal1ce cIe la vale1lr Clll selltil11ellt ~l côté cIe l'intelligence, et la place faite ilIa poésie et a1lX arts (lal1S l'écI1lcatioll; - enfill tllle llollvelle doctrille Sllr la li))erté livre) et la 11écessité (011 la trollvera eroit(lallS Ie llrésellt C{lli, tOllt ell l11aintellallt,

})rillCipales

il, les clroi ts cIe la sciellce la natllre, opI)ressive

et la régtllarité

(les lois cIe cl'tlllC fatalité

l1011S délivre Clll ca1lcllenlar et clécollrageallte.

En COllsidérant les cll0ses Clll clehors, il serait })OSsible cIe IJellSer, avec M. Baill, cIlle la calIse l)rincipale cIe cette crise était tIlle clépressioll l1ervellse callsée par 1111excès cIe travail illtellectuel. l\Iill avait tout j1lste villgt aIlS, et l' 011 a V1I(ellcore ])iell illconlIJlètenlellt) l.je ressort c{llelle ttlclle stllpéfi.allte il avait accolllplie. cIe la ,rie est forcé; il llC réagit 1)llls; le

111al (lui atteillt l'Ii Il se 111allifeste avallt t01lt 1)ar lit : par l'incapacité de S'illtéresser il rien, IJar le dégoût cIe tOlIte actioll, })ar le sentill1ellt d'être « cIe ])ois OIL cIe l)ierre », par qllelcIlle chose COll1111ecet état cIe « séclleresse » dOllt se SOllt l)laillts tOllS les 111Y.StiC!lleS dalls certaills 1110111ellts d' éplliselllellt. C'est

XII

NOTICE

SUR

LA

VIE

ET

LES

ŒUVRES

pOllrqtlOi

011 voit

la crise

acqllérir

tl11e extraordillaire

illtensité,

asstlrénlellt

disproportiollnée

avec les cau-

ses 011 occasiOlls prolJrenlent intellectllelles cIll'il llli assiglle, 1111 pell con1Ine, clalls certai11s rêves, cl'illdici])les fl'ayerlrs sont ressellties, sallS s'explicIller IJar aUClllle visioII terrifiante. C'est pOllrcluoi de nlênle lIne cirCOllstallce insigl1ifiallte, 1111e lectllre de l\1ar1110ntel faite ell 1111nl011lellt IJrolJice, Sllffit il sOlllager lIn 111al CIlle le patient se figllrait 11101'tel. C'est pOllrqllOi el1fin, de l'avelllllêll1e cIe lVlill, tOllt le fond anciell de ses idées su))siste; il 11C les rellie pas; il 11e fait guère clue les réaclapter il lllle 11011velle l11allière de selltir : il reste lltilitaire, il reste ell11Jiriste, il reste déterIl1illiste, il reste illtellectllaliste. Il ne devient Ili 111étal)-}lysicien, Ili illtllitioIl11iste, IIi 111ystiqlle, conlI11e Carlyle s'ell était biel1 légèrelllel1t forgé l'espoir. Ses théories cllallgellt il peine; ce CIlli cllange, c'est la cOllletlr dont il les revêt, le selltilllellt de la ,rie dOllt il les al1ill1e. E llcore ce cllallgell1ellt Il' a-t-il riell de raclical; les liglles qlli s'accllsellt ici, ollles retrollverait déjà illC1iclllées avallt 1826 c1al1Sce Mill qlli, par exelnple, s'épreI1d, avant huit aIlS, dll beall caractère de Socrate, pOlIr lecIllel il garcla tOlljollrs 1111esorte de Clllte; qui lit Pope avec passiol1, se mOlltre déjà sellsible, sans hiell s'ell rel1dre compte, all COlltraste cIll'il croit trollver el1tre le c.aractère et la cultllre de ses cOIllpatriotes et des 11ôtres; qlli ellfill s'elltlloUsiasl11e de la Révolutioll frallçaise et rêve, il CIllillze ans, d'être 1111Girolldil1 de qllelqlle COllvelltÎon a11glaise. Mais cela 111êllle 11011S clonne la clef cIe la IJl'O[ollclellr de la crise telle CIll'elle apparaît il la COllsciellce de

DE

STUART

l'JILL

XIII

lVIill, et de SOIl illlportance

réelle

c1al1s le c1é,relol)pcilce nlOlllellt

l11ent llltérieur de sa vie nlentale. C'est

qlle sa pellsée persol111elle se recol1qlliert Sllr les doctrilles acqllises du dell0rs et clont la forIll11le COll1111el1ce il ltli paraître étroite. C'est l'àll1e incliviclllelle et très illclépel1dalite de Mill, Cllli perce la croûte des tlléories (lont elle s'était jllscIll' alors el1,reloppée. Il 11e s'en dé])arrasse sans dOllte I)as, 11lais il letlr fait (lire cles clloses nOllvelles, et cIlli se réSlllllent en ceci: li)Jerté, valeur de la perSOll11e, (lésilltéresse111ent. Il n'est dOllC pas étollnallt qlle ces traits Inêll1es cIe sa pllilosophie, dOl1t Mill attri))lle l'apIJaritiol1 ~l cette crise, se retrollvent dalls sa pensée l)re111ière, et jlIsqlle dalls sa IJe11sée prilnesalltière d' ellfallt; car c'est elle précisélllel1t qlli se retrollve et Cllli s' affirlne. )~t les i11consistances n1êmes cIlle nOllS signalerons dans ses théories viel111ent IJellt-être jtlstel1le11t de ce SOl1t clue les forn111les COllservées cIe sa IJllilosopllie il1adéqllates all fOl1d 1110ral (Ie sa })erSOnlle. CIl dellors des cas patl1010giqlles,

Il y a toujollrs quelcllle illllSioll (lal1s tIlle crise, car,
tllle tl111e11e se défait IJas et lle se refait pas ell six 1110is. Et l'Jollrta11t. la COllscience illdiviclllelle 11e tro11lpe gllère, et le tè1110igllage d'tllle alltobiograpllie, CIlltllld il est atlssi Sillcère, a cIllelcIlle chose cl'i11attacIlla])le. 011 voit COll111lellt cette sorte (l'éclosion et de 111étall10rl)110Se dOllt ~IiII nous exprillle la vive ilnpression est ilIa fois illllsoire et profondé111ent vraie. C'est tIlle rellaissallce, c'est le nl0i fondalnental Cl11ise retrollve sous le lTIoi factice et superficiel prodllit par 1111eédllcatioll philosopllicIlle illtcllsi,'e et prén1atllréc.

XIV

NOTICE

SU Il LA

VIE

Err

LES

ŒUVRES

l\Iill i~etrollve vite sa faclllté cIe travail. En 1830 il jette Sllr le papier les illclicatiolls cl'oll sortiront les. pre111iers livres cIe la Log'ifjlle, S11r les terll1es et les propositiollS; pllis (1831) il réSllll1e sa tlléorie des axioIlles et Cllls~yllogisll1e. DallS les l11êll1es alll1ées il étllclie l'école 11istoricIlle frallçaise, les saillt-sill1011iells
et Conlte, (Illi fOllt Sllr SOIl eSl)rit 1111e profollcle ill1-

pression. Il viellt il Paris a11rès la révollltiol1 cIe Jllillet et S'OCClll)e tOllt particlllièrell1ellt de la l)olitiqllc, fl'allçaise dal1s ses articles cle l'E:J:CI17zilzer, 0111'011voit. se prél)arer les idées de SOIl G'Ollyerrte17zellt rejJréSelltatlf Il écrit SOIl Essai Sllr fjllelqlles qllestiollS COlltroyersées cl'éC01~OlJzie]Joliliqlle, (Illi 11e flIt pll])lié (lue IOI1gtenl]?S al)rès. La l11êlue allnée (1831) il est J?réSellté ill\lme TaJ-Ior,

cIll'il él)OllSa ell 1851, 10rs(Itl~ elle tOll1))a vellve, al)rès vingt aIlS cl'lllle anlitié irrél)roclla))le, « la pIllS IJréciellse de sa vie ). Ici ellcore l'illtellectllel Mill nOllS l)araît avoir été ell tIll certaill sellS clL1l)eClll selltill1eIlt.. Ce CI I'011 l)ellt sans errellr attriJ)uer L il cette affectioll" c'est sallS clo11te LIlle sorte cIe vitalité llollvelle, dOllt le l)rix, ell effet, l)ollvait être Sll))j ectivel11ellt illesti-. 111able. l\1-ais,. malgré les 110111111ages réitérés et entll0l1-siastes clll'il rellcl il l'illflllellce qlle lVII's Taylor a pll exercer Sllr llli, soit avant, soit al)rès son l11ariage,. et il la féconclité de cette sorte de colla])oratioll, les effets Il' ell alJlJaraissellt l)as clairc111ellt. Les éloges. (!ll'il. fait cle la IJLlissallce cl' eSI)rit cle cette fell1nle. sell1blellt il 1\1. BaillIe fait cl'tllle sorte d'hallllcinatioll (111sellti111ellt, et 1)araissel1t CIl effet ])iell exagérés l'on c011siclère le l)ell cIe résllltats l)récis CIlle MilllllÎsi.

DE

STUAHT

l'JILL

xv

111êll1e reconllaÎt 11Ii (levoir : 1111cl1apitre (le l'ÉcolloI}zie]Jolitiqlle, Sllr l'Arelzir J}robable des cla.sses Ollrrières, l' accelltllatiol1 cIe la tell(lance géllérale vers ce. « socialislue 1110cléré », COllll11e il le 11011lllle111i-IuêI11e" (Illi caractérise le li,rre, et lIlle l)réocc1lpatio11 1)llls. vive (les allplications praticIlles; ellfill et sllrtollt lIne. active colla))oratioll ilIa Liberté, CIlIille l)arllt CIll'al)rès la 1110rt cIe l\IJl1O l\Iill (1859). - Or, (lallS tOllt cela, il est facile cIe voir CIlle le fOllcl eles ielées vellai t biel1 cIeMill et (latait cIe loill. Ses ielées éCOIIOlllicIlles (ell par-. ticll1ier Sllr l'lléritage) doivellt en 111ajellre l)artie ce cIe caractère l)articlllier clll'il Y sigllale il l'illflllellce la pl1ilosol)hie sociale Clll saillt-sill1011isllle. SOIl illeli-. vidllalisllle de la Liberté, et Sllrtollt la passioll CIlli s'y 111allifeste pOLIr la li])erté de COllscience, sont, pellt-oll (lire, (les élén1ellts fOlldall1elltallX cIe la COIlstitlrtioll 1110rale (le l\Iill. Ellfin 011 l)Ollrrait s'attell(lre sllrtollt il voir elalls 5011 livre Sllr l'ilssllJoettisselJzelzt des feI1l-' IJleS (écrit .ell 1861) la trace cIe cette iriflllellce félllinille ; 111ais 011 s'al)erçoit cIlle, clès l'él)ocIlle ell,riroll 011 flIt fOll(lée la Rerlle cle J;VeSllJlillSler (1824), l\Iilll)ro-. fessait cléjil (lJfélJlOires, 1). 99, 119 et 233) ces 0l)illiOllS
ell fervellr tate, VOller, (lllClll1e clll clroit des felll111eso Fillalenlellt, ell plllSielll'S l)assagès il 5011 illspiratrice 011 cons-se111}Jle l'a-. allClllle idée, la SOl\te et lVIill lllêlue CIll'il lIe doit tlléorie

l1011velle,

111ais ell cIllelcIlle

vie llollvelle cIll'il Y illfllsait, la cOllfiallce tait, la forllle l)raticIlle (Ill' elles l)rellaie'llt

cIll'il Y lllet-. il ses yeux.

Le l110t 11allllcinatioll (IOllt se sert Baill l)araît ])iell exact. SOIl affectiolll)rojetait en elle ce qll'il trollvaÎt cIe l11eillellr CIl 111i-Il1êl11e. lYlill, avec 1111excès cIe 1110-'

XVI

NOTICE

sun

LA 'TIE

E1.' LES

ŒUVRES

elestie, llalité;

se reconl1aÎt,

il est vrai,

lllle l11éclioere origi-

il fait essentiellell1el1t

COl1sister sa Slll)ériorité

clalls ses faC1Iltés de eliscllssioll et cl'assinlilatioll (Mé/lloires, }). 232). Il est biell acllllissi))le, ell effet, (lue la précocité et l'étellcllle cIe ses cOll11aissallces aient, clans lIne certaille llleSllre, affaiJ)li la spolltalléité de SOIl eSlJrit; elles eussellt fatalelnellt étOllffé 1111eSlJrit (le 1110illclre trelll1Je; et l' 011 cOlllprellcl cIlie, clalls ces conclitiollS, il ait ell ])eSOill d'être e"ll CIllel(llle sorte excité, vivifié 1)ar Ulle ftllle 1)11IS li})re cIe tOlIte illflllellce cI'école et cl'étllcles, ell CIllelcIlle sorte pillS illgéll11e et 1)lllS caIJa])le cIe voir les 11011l111eset les clloses alltrelllell t (Ill' il travers les caclres l)réfixés et les catégories toutes faites d'une science acquise dans les livres, al)te ellfill it réveiller cllez llli le sellS Clll réel; et aillsi' il est possi])le (Ille l\fill cloi"ve, ell 1111 sells, ])eallCOlll) il Mnle Taylor, et CIll'ell 1111alltre sellS

il ne llli cloive riell. Revellolls ill~allllée 1831. De cette clate à 1838 Mill
l)ll}Jlie cles articles cIe reVlle ell grallcl 110111])re .
Ell

1838 se I)lace la. l)rell1ière rédactioll clu livre III cIe la Log'iqzle (l' I/~clllctio/l), le 1)llls i1111)ortal1t 1)ellt-être
et 1-'1111"cles 1)111S 110ll,rcallX. "livre VI, cIlle 110115 l)réselltollS, G~olericlg'e Ell 1$40 ainsi ellfil1 qlle il écrit le Sllr l'article

1, ClOl1t 1111 11assage

s'y trollve

rel)rodllit

(-p. 160 s (IcI .), et cIa 11sie CIllel ils e fI a tt ait cIe t rOll ver tI11e l)}lilosoI)llie Clll tory'sIlle caIJa))le cI' tlll1Cller les tortes lisll1e. it accel)ter Cette lllle it 111le les cloctril1es Clll li])éraVlle, COlllll1e l'évéllel11ellt l'a 111011tré, était

1. Dans sa propre Revue, t.l'nnsforn1ée don and JVesbninster ll()vie~\-'.

en 1836 sous le nOIn de Lon-

DE

STUART

l\'IILL

XVII

J)ien cOl1testable, et d'une tenclal1ce

111ais elle tél110igllait

CI'1111e al)titllde et il 111ettre

IOlla])le il cOl11prenclre

il profit les doctrines adverses. On llli ell SlIt asse'z 11lallvais gré dans SOIl l'arti, et Grote ell 11articlllier en flIt fort affecté. La Log.iqlle était acllevée; la IJll])lication en flIt retardée par qllelcIlles clifficllltés cIe li))rairie; elle l)arllt dalls 1'11iver de 1843. JllscIll'all clerllier 11Ion1ent il perfectioll11a et COllllJléta SOIl œllvre. Elle ellt 1111 retel1tisselllellt cOllsidéra))le, (Illi clél,assait les eSlJérallces de l\Iill. C'est qlle, l1011S elit-il pOlIr eXIJlic!ller ce Sllccès (Mé17zoires, p. 215), « le Sys lè11le de logiqlle COll1bla tI1le 'Térita))le laclllle : il fOllrIlit le 1llallllel de la doctrille 0lJposée [il l'h-lJriorislne allell1alld], c'est-it-dire de celle CIlli fait clériver tOlIte cOll1laissa11ce cIe l' eXIJérience, et tOlItes les cIllalités 1110rales allssi J)ien cIu'illtellectuelles de la elirectioll (lonnée allX 3ssociatiolls eles faits cIe consciellce... Quelle cIlle l)llisse être la valellr IJraticllle CI'lllle saille théorie [des 0l)ératiolls logiqlle8], on lle salIrait exagérer les illconvélliellts CI'lllle fallsse. La 110tion qllC des vérités extériellres à l'esprit l)elIvcllt être COI1lIlies iiar iIltllitioIl (laI1S la COllsciellce, iIldélJellClalu-

me11t cIe l'exIJérience et cIe l' observatioll, est, cIe llotre tell1ps, j 'en Sllis cOllvaillc1l, le 1)1118 ferll1c al'1Jlli des fausses cloctrines et des 111allvaises institlltions. Grâce il cette tlléorie, tOlIte CrO)rallCe illvétérée, t01It sel1ti111e11t intellse clOl1tl' origil1e se l)erd da11s l' Oll])li, l)ellt se sOllstraire il l' o])ligatiol1 cIe faire ses l)rellVes cle'vant la raisoll... La prillcil)ale for.ce cIe cette fallsse
l)hilosopllie ell 11101'ale, ell IJoliticIlle et ell religiol1,

XVIII

NOTICE

sun

LA VIE ET LES ŒUVRES

COllsiste

c1al1s l' t111pel CIll' 011 a COlltll111e cIe faire

il }' é-

vidence

des

111atl1élllatiqlles

et d.es }JrallCl1es

cIe la

sciel1ce l)ll~ysi(Ille Cltli s'ell ral)l)rocllellt. La cllasser (le ces sciellces, c'est l'explllser cIe sa forteresse;... Olt 11e l'avait l)as el1core [ait... ]~Il l!Ortallt la 111111ièrc stIr les vérita])les raisolls d.e l'éviclellce (les vérités Il1atllénlatiqlles et pl1ysi(IlleS, le Systè17ze de logiqzle attacI1Iait les philosol)11es (le l'école intllitive StIr le terrain Oll jllscI11'ici ils s' étaiell t crlIS inattacIlIa))les, et ell c ex 1)IiCI ait il sa nl a Ili ère, })a ri' ex péri e Ilcee t l' as11 sociatio11, le caractère l)articlllier (les prillcil)es qll' 011 appelle Ilécessaires. » Des articles élogicllX [llrent COllsacrés ~l }'ollvrag'e (le Mill par le logiciell Wllately et 1)(11' 1\1. Baill. IVlênle (la~s l' Gcole aclverse, la criticIlle fut telTI1)érée .11ar l'expressioll Cl'lllle sillcère aclll1iration pOLIr la loyallté et la })llisSHllce (l'esl)rit (le l\rIill; 1\1. "\tVarcl (l'allié (les Nevvnlan. et (les Pllsey (laI1S lell!" teIltative de réforme semi-catholique de l'Église anglicane), tout CIl dél)loraI1t les « nliséra]Jles illfirlnités Ill0rales:. et religiellses » cIe Mill, rell(1110111111age all caractère (le l' autellr. (V. BAIN, J. -8. ]JIill, p. 69.) E 1IfiIl llIl téITIoigI1age IJarticlllièrell1ellt l)réci~llX flIt cellli de Cû'111te (V. la.lettre cIe cellli-ci (la11s LI1'1'RÉ, A. C017zte, 1). 435), cIlli se félicitait cIe trollver « elltr.e lellrs dellx cerveallX lIlle l)récisioll cIe sYllcrgie all clelil l11èll1e cIe ce (Ill' i I at tell (1ait ). Il e~t vrai cIlle, daIls l'es l)èce, la recoIll1aissance Il' était IJas étraIlgère il cette adllliratioll. 1\1ill avait il1tro(lllit ell Angleterre le COlll"S cle jJ!tilosojJ!tie l)ositi~e, CIOllt il avait ral)lJorté les preIlliers .VOlllll1es (le SOI}

DE

STUART

l'IILL

XIX

vo)'age ell Frallce. Il el1 n,Tait l)ellt-être le 1)rell1ier reCOllnll IJllbliqllelnellt la 11allte ,;ralellr et y a,rait [nit cl'in1portallts ell1prllllts. Le savallt IJI1ysiciell Bre,vster avait sans cloute, clès 1838, rellclll 110111Illage all tlléoriciel1 (les sciellces CIll'était COlllte. Mais il avait fait it l'égarel Clll plliloso}JllC cIe gra'ves et ftlchcllses réserves (Illi devaiellt être particlllièrell1ellt pélli])les il COl11te. ({ cIe IJossécler cles iIlstiBrevvster félicitait SOIl IJa~ys tlltioI1S (Il1i el11pêcllellt de l)areilles opiniolls cl'e1nIJoiSOIll1er les SOllrces de l'il1strl1ction. 1110rale et religiel1se ). (LITTRÉ, ibicl., p. 259.) Ell Frallce, COll1te se trollvait Il1éconnll et }'était ell effet. L'éclatal1t té1110igllage cIe Mill (C1011tles for11111les aclll1iratives fl1rel1t el' aillellrs attél111ées clnllS les elerllières éclitiollS), CIl s' aelressall t il 1'Il01ll111e tOlrt el1tier et IJarticlllièrel11eIlt all l)llilosoplle, était pOLIr COll1te « la prell1ièrc récomlJense pll]JlicIlle cIll'il rece,rait cIe ses IOI1gs et cli.fficiles labellrs; et cette réCOll11Jel1Se flIt vÎ"vel11el1t sell tie ). (LITTRÉ.) 1-4acorresl)onclance
CIl

cIe IVli11avec COl11te, COll1111ellcée
cIe l'aclllliratiol1 11111tllelle, lIe tarcla

1841

Sllr le ton

pas il ré'Télcr cles clisselltil11cllts assez graves clal1s l'ordre sociologicllle et IJoliticIlle, Il0talTIll1ent ell ce (lui concerl1e la clllestioll cIe la sitllation sociale et Cl11 r ô lep 0 s si]) Ie eles fe 111111 (V. lep rés e Ilt li'v l' e, c Il. v, es

~ 3,

note

9). L'eslJrit

très el1tier cIe COI11te clevait Il1al

s'accoI11Illocler cIe l'illdélJencla11ce gardée IJar l\lill, clll'il se flattait el'a,roir C.OI1Clllis OI11111C vérita]Jle C lIn
clisciple. Mi1111' ell fl1t pas 1110il1Sl'illter11lédiaire ])éllé-

'vole grtlce allcltlel Grote, l\Iolesv'vortI1 et Rail\.es Cl1rrie accoI'clèrent, clel1x a1111ées cIe sllite, l111sll])sicle i\

xx

NOTICE

SUR LA VIE ET LES ŒUVRES

COlllte, lorscIll'il ellt perelll sa sitllatioll d'exalnillatellr ~l l'École polytecllnieIlle (1844). l\1ais, ce Sll])siele ne 110uvant iIldéfinilnent el11rer, l\Iill ellt allssi la pénil)le l11issiol1 el' en all1l0ncer il COlllte la cessatioll. COlllte, qlli avait cléjil érigé ce })iellfait ell 1111elevoir et COllÇll il cette occasiOll tOlIte tllle tlléorie Sllr les elevoirs des ricl1es à l' égarcl cles pllilosol)lles, ell flIt ,~i'Telnent froissé et fit J)ien illjllstell1ellt retolll])er SOlI resselltill1eIlt Sllr Mill; lellr correSl)OllClaIlce cesse ell 1846. C'était l'aIlnée cIe la 1110rt de Clotilcle cIe v' a11X, et les iclées Clll 1)11ilos 0 P Il e fI' aIl ç ais, SOlIsi' ill fl.llCIlcecI es sell ti l11el1ts 11lystiqlles fortifiait, allaient CIlle cette 1110rt l11êl11e cOllsacrait et s'écarter cIe 1)llls ell 1)ltl'8 cIe la direc-

-

tioIl qtle Mill pOllvait cOllselltir il sllivre. La COl111)osition Clll livre VI cIe la Logiqlle et la lectllre de COlllte tOllrllaiellt .1' eSl)rit cIe l\lill Clll côté cIe la sociologie. DIl illstallt il sOllge tl reprenclre 5011 idée de l'Éthologie (ch. v) et il en faire l'objet d'un ollvrage n01lvealJ. l\Iais salIS (IOllte illle se sent pas mûr pour cette œuvre difficile, car il entreprencll'ÉCOl1017lie ]Joliliqlle, CIlli fllt l)ll})liée au COII1I11encel11ellt cIe 1848. Voici COll1111ellt il ell parle 111i-I11êll1e (lJfé/7zoires, tr. Cazelles, 1). 226), et, ce CIlli 110l1Silltéresse 1)'articlllière111ell t ici, COJll111ell il cléfil1i t sa cOllceptioll t cIe la sciellce éCOll0111icILle clalls ses ral)ports avec la sciel1ce sociale ell géIléral : « Le Sllccès rapicle cIe InDn
ÉCOtlOlJlie ]Joliliqlle

a fait voir cIlle le ]!111)licavait ])e-

SOil1 CI'll11 livre cIe ce gellre et y était })rél)aré. La prell1ière éclitioll, tllle éclitioll cIe l11ille exell1plaires 1)11])ié e ell 1848, fLI veIl cllle ell 1110 S cI'1111a Il. U Ile l t ill Hlltre éditiol1 tirée au l11èll1C 11ol11])re l)arllt all !)ril1-

DE

STUART

MILL

XXI

voqlle COll1111elIne alltorlte, l)arce cIlle ce Il etalt pas seulelllellt lIn livre cIe science a))straite, l11ais allssi d'applicatioll, et CIlle l'écOllo111ie poIitiqlIe y était traitée nOll COl11111e lllle science Sllbsistallt isolélnent et })ar elle-l11êll1e, l11ais COll1111eIn fragment l cl'llne chose pIllS gral1de, COl11111eIne ])ranclle de la })hilosop11ie l sociale, llIlie allx. autres ])ral1Clles par cles liens tellenlellt el1trenlêlés qlle les COllClllsions CIll'elle présente, l1lêllle clal1s SOIl clolnaine propre, 11e S011t vraies qlle CI'lll1e n1allière cOllclitionnelle, et restellt SOll111ises à l'illterventioll et à l'inflllellce cOlltrariaIlte cIe tallt cIe eallses qlli l1e tonlbellt pas clircctel11ellt SOlIS ses l)rises, qll' elles Il' ont l)as 1)1118cIe cIroit il se CIOllller pOlIr des gllides pratiqlles cIlle Il'ill1porte

temps de 1849, et ll11e troisièl11e cIe clouze cent CillqlIante eXell11)laires all conlnlel1celllent cIe 1852. Dès le débllt cet ollvrage Il' a l)as cessé cl'être cité et il1, . , .
/1 Il

clllelles consiclératiol18 cl'un atItre orclre. » La publication de l'Économie politique marque lIn telnp8 cIe repos pOlIr l\1ill. En 1851, il él)OllSe l\1.rneTaylor, clevelllle vellve. Ell 1855 il COJ.l1111Cl1ce, avec sa collaboration, la conlpositioll CI'1111cIe ses. livres\ cIe préclilection, l'Essai Sllr la liberté, 011 il })laicle la calIse « cIll clévelo}Jpenlent lllllnaill cla]15 sa })lllS ricllc l'épigral)lle cIe la li}Jerté (Ill' CIl 1859, (le CIlli il le tion. Pell cIe te1111)Sallparavallt, la Si1PIJressioll cIe la COl11cIiversité » (sllivallt les ex!)ressions cIe en1prl1ntée il IIlll11])olclt), et Sllrtollt celle cIe la pensée. Mais l'ollvrage ne l)arllt après la Inort cIe sa fell1111e, ~,la nlél110ire cléclie ell terl11es él111lSjllSfl11'i, l'exalta-

XXII

NOTICE

SUR

LA

VIE

Err

LES

ŒUVRES

pagnie

cles 111cles, 011 il avait

attei11t

le l)oste

éle'vé

el' exall1il~er, cIll'avait OCClll)é SOlll)ère, 111iav'ait elllevé sa sit1latio11, 11011sallS el' all1ples COlll1Jensatiolls d'ailIC1lrs, l11ais (lOllt la })lllS précie1lse 1)0111'1lli était sa lil)crté. Les tell(lallCes (le l'essai ort Liberty se retrollvellt (lallS les COll.sidératiorts sltr le l-rollPer11elJZellt repré-" selltatl{ (1861), StIr le terraill cIe la politicIlle prol)re111ent elite. Il y 111ol1tre CIll'Oll lIe I)Cllt l)as ill11110ler le 11rogrès il l'orclre, car l'orelre l1e salIrait être assllré sallS Ie l)rogrès; Ie ferl11ellt (Ie l' origillalité indivi{lllelle lle salIrait être sacrifié a11X llécessités cIe la (lisci})lille sociale. l\fill s'écarte résol1llllellt, 5111"ce l?oillt cIe la politicIlle cIe COlnte; il rel)OllSSe avec force la tlléorie cles bOl~S t!Jral~s et cles a))SOllltisllles saIlltaires; il Il' avait IJas 1)0111"cellli clu 'il Hl)l)elle «( l'llsllrllatelll~ ilTI1110ral » d.e 1852, l'illcllllgellce 1111 IJe1l sillg11lière cIe COll1te. l\1ais iIIIC reclol1te l)HS lllOillS les tyrall11ies IJoplllaires et plaicle ell favellI' de la représel1tntioll cles luillorités. Il eSl)ère ellfill COllcilier la COlul)étellce et la li])erté ell sél)arallt la fOllCtio11 cIe [r-édiger les lois, attribllée il lIn COl11"ité IJerlTlal1el1t, (:le la-follctioll cIe les voter, cOl1servée all Parlell1ellt. Déjil (la11s SOIl 11all1pll1et Sllr la RéforJ71e ]Jarlelllentaire (1859), il avait 11101ltré la nécessité cI'avoir des Cll~111bres COll11)osées, 11011 cIe porte-l)arole i1111JerSOIlnels (1'11111)I'ogral11111e de parti, 11lais cl'1101l1111es origi'lallx, illclépenelallts, valeur propre. ticles reclleillis 11011111lésell raisoll cIe leur

De In 11lêlne él)ocIlle elate, SOlIS le titre

avec CletlX Volull1es el'arcIe Dissertatiol~s et Dis-

DE

STUAIlT

l\IILL

XXIII

eussions, l'opuscule sur l'Utilitarisme. Écrit dès 1854., cet ollvrage .fllt revisé ell 1860 et l)ll])lié ell articles (lans le Fraser's Mag~azirle ell 1861. C'est l)ellt-être (le tOllS les ollvrages cIe l\1iII le pILlS l)Ol)ulaire et le I)Ius cliscuté. C'est aussi ceI1li 011se révèlellt le 111ieux ces l1uallces cl'iclées 'et de selltilllents q11'il ral)porte il la crise cIe 1826, ces clivergel1ces cI'011inioll fIlIi l'écartèrellt IJeu ~l l)ell cIe SOIl l)ère et clu })llr ])elltlla111isl11e 011 sait qll' il 1)rétel1cl faire 1111el)lace, clans 1. la définitioll Clll ])01111e1lr, il la fjllalilé, et 1101111as selllel11ent il la fjl.lalztité Clll IJlaisir, et il la cultllre ou il la digllité IJerSOlll1elles, il côté cltl ])iell social, claIls

la cléfinitiol1 de la règle 111orale. (V. cIl. XII, 9 7, et en !)articlllier la Ilote 18.) 1111' st guère cIe criticIue, clans e les écoles clui SY1111)atllisel1tavec l\lill conl111e clans Jes écoles adverses, (I1li Il'ait sigllalé le peu de consistal1ce cIe ces 111oclificatiolls avec les princil)es cIe l'Utilitaris17le, et le l)e1l cIe IJrofol1deur cIe la tlléorie. 011 s'explique l11al cIlle l\iill s'ell soit tenu si aisé111eIlt

à cette iclée vague cIe la clualité cles plaisirs,

(lont le caractère illtllitif et ([uasi platoniciell fait élssez sillgulière fi.gllre cllez lui, et il ce critère si illsuffisant qll'il ell IJI'opose, et clui ressel11])le fort ~l tll1e pétition de 11I'illcipe : le jugell1el1t cIe l'11.0]11111e COlTIl)étent. Mill avait, ell efl~et, SOLIS 111ai11, lalls sa la c propre philosopllie, clans SOIl livre l11ê111e,cIe quoi résouclre ces clifficLlltés. U Il IJlaisir cIlli paraît SllIJé1. James Mill était Dlort en 1836, et dans ses ]Jfentoires son fils ne cache pas l'espèce de soulagement qu'il en éprouva: « Le coup qui me privait du secours de lllon père me délivrait aussi de la contrainte et des réticences dont j'avais dû le payer. » (P. 196.)

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