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La psychologie individuelle

De
127 pages
Pendant les premières années de son développement, la psychologie s'était centrée sur l'étude des processus relativement simples de l'esprit, on n'avait pas songé à étudier le caractère de l'intelligence des personnes. C'est la question des différences psychiques entre les individus qui va intéresser Alfred Binet. Pour établir sa psychologie individuelle il porte son attention sur les processus supérieurs en mettant en place des épreuves spécifiques où il s'intéresse aux différences qualitatives entre les individus.
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LA PSYCHOLOGIE

INDIVIDUELLE

Œuvres choisies V

@ L'HARMAITAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN 978-2-296-12177-5 EAN 9782296121775

Alfred BINET

LA PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE
Œuvres choisies V

Introduction de Serge NICOLAS

L'Harmattan

Collection Encyclopédie Psychologique
dirigée par Serge Nicolas

La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Du même auteur Psychologie de la mémoire (Œuvres choisies I), 2003. & Th. SIMON, Le premier test d'intelligence (O.c. II, 1905). L'étude expérimentale de l'intelligence (1903), 2004. & Th. SIMON, Le développement de l'intelligence (O.c. III, 1908). La graphologie: Les révélations de l'écriture (1906), 2004. La suggestibilité (1900), 2004. & V. HENRI, La fatigue intellectuelle (1898), 2005. Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecs (1894) La psychologie du raisonnement (1886),2005. L'âme et le corps (1905), 2005. & Ch. FÉRÉ, Le magnétisme animal (1887), 2006. Introduction à la psychologie expérimentale (1894), 2006. & Th. SIMON, La mesure de développement de l'intelligence (1917). Psychologie de la création littéraire (Œuvres Choisies IV), 2007. & Th. SIMON, Les enfants anormaux (1907), 2008. Etudes de psychologie expérimentale (1888), 2009. A. BINET,Les idéesmoderneschez les enfants (1909), 2010. A. A. A. A. A. A. A. A. A. A. A. A. A. A. A. A. BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, BINET, Dernières parutions A.M.J. PUYSÉGUR, Mémoires... du magnétisme animal (1784), 2008. S. NICOLAS & L. FED!, Un débat sur l'inconscient avant Freud, 2008. F. PAULHAN, Les phénomènes affectifs (1887), 2008. E. von HARTMANN, Philosophie de l'inconscient (1877,2 voL), 2008. H. HELMHOLTZ, Conférences populaires 1(1865),2008. H. HELMHOLTZ, Conférences populaires 11(1871),2008. Pierre JANET, De l'angoisse à l'extase (1926-1928) (2 vol.), 2008. S. NICOLAS, Études d'histoire de la psychologie, 2009. H. HELMHOLTZ, Optique physiologique (1856-1867) (3 vol.), 2009. A. COMTE, Cours de philosophie positive (1830) (6 voL), 2009.

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

À propos de la psychologie

individuelle

de Binet

C'est au début des années 1890 qu'Alfred Binet (1857-1911)1 mettra en place son programme de psychologie individuelle. Pendant les premières années de son développement, la psychologie expérimentale s'était principalement occupée des sensations et des éléments les plus simples de l'esprit. Elle avait ainsi constitué deux branches spéciales de recherches qui avaient atteint un degré considérable de développement: la psychophysique et la psychométrie. Tant que les efforts des psychologues s'étaient concentrés sur ces processus relativement simples, on n'avait pas songé à étudier le caractère et l'intelligence propre des individus. Binet avait voulu s'élever au-dessus de la physiologie et de la psychologie des sensations en promouvant les travaux sur l'intelligence et le caractère. Il s'agissait pour lui d'une des plus importantes applications de la science nouvelle, un des moyens de la propager, de la développer et de lui apporter de nombreux adeptes. C'était dans l'idée de Binet le seul moyen de créer la science de l'homme, intellectuel et moral, qui devait être le fondement de toutes les sciences naturelles. Cette psychologie individuelle avait déjà un historique; quelques études avaient été ébauchées, dont celles de Binet sur la psychologie des auteurs dramatiques2 et des calculateurs mentaux3, et quelques
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Pour une biographie

Wolf, T.H. (1973). Alfred Binet. Chicago

University of Chicago

Press. - Andrieu, B. (2009). Alfred Binet. De la suggestion à la cognition. Lyon Chronique Sociale. 2 Binet, A., & Passy, J. (1894). La psychologie des auteurs dramatiques. Revue philosophique de la France et de l'Etranger, 37, 228-240. - Binet, A., & Passy, J. (1895). Notes psychologiques sur les auteurs dramatiques. L'Année psychologique, 1, 60-118. Binet, A. (1895). F. de Curel, notes psychologiques. L'Année psychologique, 1, 119-173.

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programmes de recherches avaient été proposés avec entre autres les contributions de Cattell, Gilbert, Münsterberg et Kraepelin. Binet et Henri, dans un premier article publié dans L'Année psychologique en 1896 sur la psychologie individuelle, avaient examiné la valeur de ces travaux et étaient arrivés à la conclusion que les tests mentaux ne doivent pas consister dans des expériences sur les éléments simples de l'esprit, mais dans des expériences sur les éléments complexes. C'est en effet par les processus supérieurs, par la manière de se souvenir, d'imaginer, de juger, de raisonner, bien plutôt que par les sensations que les individus normaux diffèrent entre eux et se caractérisent. Dans leur article fondateur, Binet et Henri proposent un programme d'expériences conforme aux idées ainsi évoquées; on ne trouve dans ce programme aucun test de sensation, mais en revanche on y trouve des tests sur la mémoire, l'attention, l'imagination, la finesse d'esprit, les sentiments, la suggestibilité, etc. C'est purement et simplement un projet d'expériences à faire, et bien que la plupart des épreuves proposées avaient déjà été contrôlées et essayées4, les auteurs étaient conscients qu'il faudrait encore beaucoup tâtonner avant d'arriver à quelque chose de définitif. Les différences individuelles sont plus fortes pour les processus supérieurs que pour les processus élémentaires; par conséquent, si on veut étudier les différences psychiques entre deux individus, il faut surtout porter son attention sur les processus supérieurs et ne considérer qu'en seconde ligne les processus élémentaires; de cette même loi résulte cette conséquence que la détermination des processus supérieurs n'a pas besoin d'être faite avec autant de précision que celle des processus élémentaires. Lorsqu'on fait de la psychologie individuelle, on peut caractériser l'état psychique d'un individu à un grand nombre de points de vue différents. En 1897, Binet publie un article dans L'Année psychologique où il va commencer à s'intéresser à l'orientation de l'esprit de ses sujets. Rendons une personne témoin d'un événement quelconque et faisons-lui raconter cet événement; il est bien certain que les récits varieront beaucoup d'un individu à l'autre, non seulement au point de vue de l'exactitude, mais au point de vue de l'attitude d'esprit qui aura été prise
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Charcot,

1. M., & Binet, A. (1893). Un calculateur

de type visual. Revue Philosophique

de

la France et de l'Etranger, 18, 590-594. - Binet, A. (1894). Psychologie des grands calculateurs etjoueurs d'échecs. Paris Hachette.
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Binet, A. (1897). La psychologie individuelle (conférence du 6 août 1896, pp. 244-246). ln Drilter 1nternationaler Congress fiir Psychologie in München vom 4. bis T August 1896. München: Lehmann.

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par le témoin. Les uns ont le sens de l'observation plus développé; les autres ont plus d'imagination; chez d'autres, la réaction émotionnelle domine, etc. Le but que Binet s'est proposé a été de mettre différentes personnes en présence d'un même objet, pour chercher à saisir quels sont les processus psychiques différents que cet objet fera naître suivant les personnes. Les expériences ont consisté en une description spontanée d'objets présentés. Le travail de Binet était divisé en deux parties. Dans la première, la plus intéressante, il expose les recherches faites sur la descriptionS d'une photographie, la reproduction du tableau de Duverger, « Le laboureur et ses enfants» représentant le sujet de la fable de La Fontaine, dans les écoles primaires (garçons et filles) de Paris et de Versailles. Dans la seconde partie de l'article, l'auteur expose les expériences réalisées sur trois groupes différents de personnes: I ° Sept anciens élèves d'une école primaire élémentaire de Paris, pour la plupart des employés de commerce de 13 à 20 ans; 2° Cinq élèves d'une classe de mathématiques élémentaires d'un lycée de Paris; 3° Six élèves et assistants du laboratoire de psychologie âgés de 30 à 35 ans. Ces personnes ont été soumises à un ensemble de tests, dont Binet n'expose que celui de la description de la cigarette. En étudiant les copies, l'auteur a pu se rendre compte de plusieurs qualités distinctes, comme l'abondance des mots, le nombre de phrases et leur construction, les hésitations d'esprit indiquées par les surcharges et les ratures, mais sa préoccupation principale a été de dégager « l'orientation intellectuelle» du sujet. Binet est parvenu à distinguer quatre types intellectuels et moraux: 1° le type descripteur ; 2° le type observateur; 3° le type érudit ; 4° le type imaginatif. Le type descripteur est celui qui décrit les objets placés sous les yeux « en tenant compte surtout de leurs caractères les plus apparents, et sans chercher à en saisir la signification ». Les observations sont minutieuses et sèches, « sans aucun raisonnement ni conjectures, sans imagination, ni émotivité ». Le type observateur juge et interprète ce qu'il voit. Le type érudit se sert de sa mémoire et de ses connaissances. Le type imaginatif représente une négligence de
Comparant les descriptions de mémoire et les descriptions visuelles, Binet note que ce sont les parties les plus intéressantes de la scène qui sont conservées, les parties accessoires et inutiles étant oubliées. De plus, c'est dans la condition de mémorisation que l'on retrouve le plus de faux rappels ou illusions de mémoire. Cet aspect de l'article n'est pas évoqué dans cette introduction car il se rattache plus aux études sur la mémoire, voir Binet, A. (2003). Psychologie de la mémoire (Œuvres choisies I). Paris L'Harmattan.
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l'observation, et la prédominance de l'imagination, des souvenirs personnels et de l'émotivité. L'année suivante (1898), Binet publie un article dans la Revue philosophique de Ribot où il pose la question de savoir comment la psychologie individuelle entend introduire la mesure dans l'étude de l'intelligence et du caractère. Tant qu'il s'agit de faire des observations et des expériences sur les divers ordres de sensibilité, il ne se présente aucune difficulté. On mesure par exemple l'acuité tactile par la distance à laquelle on doit mettre les deux pointes du compas pour qu'elles soient perçues doubles, quand on les appuie simultanément sur la peau. Mais s'il s'agit de mesurer l'acuité de l'intelligence, où est la méthode de mesure? Comment mesurer la richesse de l'inspiration, la sûreté du jugement, la finesse d'esprit? Binet déclare qu'il n'apporte aucune solution précise de ces problèmes; et il ne pense pas qu'il soit encore possible d'inventer un système satisfaisant de mensuration; ce système ne pourrait être construit qu'en vertu d'idées a priori, et il ne s'ajusterait probablement pas à l'immense variété des expressions de l'intelligence. C'est a posteriori qu'il faudra procéder, après avoir recueilli de nombreux faits. Il rappelle qu'il a eu recours à des procédés empiriques et provisoires pouvant être regroupés en deux catégories. 1° Mesure des résultats obtenus, l'épreuve restant constante. Mais on ne peut pas inventer à plaisir des épreuves dans lesquelles le résultat s'exprime en chiffres; 2° Graduation de l'épreuve, les résultats étant réduits au maximum de simplicité. Là où on ne peut pas faire de mesure précise, on peut quelquefois arriver à établir une graduation des résultats. Il s'agit d'une mesure relative, c'est-à-dire une classification des sujets. La graduation des épreuves est surtout difficile pour les expériences sur l'intelligence. Dans cet article, Binet a cherché non pas à esquisser une méthode de mesure au sens physique du mot, mais seulement une méthode de classement des individus. Il ne pense pas qu'on puisse mesurer les aptitudes intellectuelles, dans le sens où l'on mesure une longueur ou une capacité. Ces questions de mesure ne sont d'ailleurs pas le seul objectif de la psychologie individuelle; celle-ci ne se borne pas à prendre le degré des différents processus, mais aussi leurs qualités; il y a, dans un groupe quelconque d'individus, des différences qualitatives qui sont au moins aussi importantes à connaître que les différences quantitatives. Ainsi, on rencontre dans un même milieu des personnes, par exemple des élèves d'école, qui réalisent ce qu'on peut appeler le type littéraire, tandis que d'autres appartiennent au 8

type scientifique; imaginer des épreuves qui permettent de différencier ces deux types, rechercher quelles sont leurs conséquences pour le reste de l'intelligence, voilà une question qui est d'une importance capitale pour la psychologie individuelle, et qui cependant n'a rien à voir avec la mesure et les coefficients individuels. Ce sont des différences qualitatives qu'il s'agit de relever, pour arriver à constituer des familles naturelles de caractères. Ce sont les différences qualitatives de l'intelligence auxquelles Binet va d'abord s'intéresser. En 1901, Binet apprend aux lecteurs de L'Année psychologique qu'il poursuit son programme de psychologie individuelle en s'intéressant plus spécifiquement maintenant à la distinction de deux types de caractères, l'observateur et l'imaginatif. Rappelons que l'observateur est attentif aux moindres détails matériels de l'objet, et il les note avec le plus grand soin; dans sa forme achevée, l'observateur a une qualité, l'exactitude - et un défaut, le prosaïsme. L'imaginatif jette, au contraire, un regard distrait sur l'objet même; il ne demande à l'objet qu'une suggestion, puis il s'en détache et nous donne un développement littéraire, ou général, ou nuancé d'émotion; ce type aussi a une qualité l'originalité - et un défaut, l'inexactitude. L'étude de ces deux types de caractères prend son origine sur l'observation dans sa famille de deux jeunes filles6 dont les caractères étaient bien différents. C'est dans ce contexte qu'il eut le projet de soumettre au cours de l'année 1900 ces deux sujets à un ensemble de tests organisés sur la psychologie individuelle dans le but de dégager leur caractéristique mentale. Il constata que la psychologie individuelle de ses sujets était gouvernée par un petit nombre de caractères dominateurs, et celui qui frappa le premier son attention fut le type d'orientation habituelle des idées; il se trouva que, parmi mes deux sujets, par un hasard vraiment heureux pour lui, l'un appartenait au type observateur, et l'autre au type imaginatif. C'est ainsi qu'il rechercha comment le type observateur et le type imaginatif marquent leur empreinte sur les autres aptitudes mentales; en d'autres termes, il s'appliqua à chercher si ses deux jeunes filles possédaient une manière spéciale de raisonner, de se souvenir et de concentrer leur attention. Il avait pris conscience qu'il y avait là en germe une
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On apprendra beaucoup plus tard qu'il s'agissait des propres filles de Binet qui lui avaient déjà servi de sujets pour quelques expériences sur la sensibilité tactile, et pour d'autres recherches publiées il y a une dizaine d'années, quand elles étaient enfants, sur la perception des couleurs et des nombres et sur la définition des objets.

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classification des esprits qui pourrait prendre une place importante en psychologie expérimentale. Mais il fallut attendre 1903 avec la publication de son ouvrage sur l' «Etude expérimentale intelligence» pour en savoir un peu plus. L'ouvrage de Binet (1903) démontre sans ambiguïté la nécessité de développer une psychologie différentielle qualitative des individus. Profitant de ce qu'il avait à sa disposition deux sujets, Marguerite et Armande, dont il connaissait la vie privée7, il a fait sur elles des tests avec la préoccupation de trouver un lien logique entre les faces de caractère qu'il étudiait successivement et avec des tests différents. Ceci lui a permis de décrire les profils psychologiques de ses deux filles dont voici le résumé dans le tableau suivant:

Tableau: Profil psychologique de Marguerite (Madeleine) et Armande (Alice) en fonction des expériences indépendantes menées par Binet sur ses deux filles.

MARGUERITE
Attachement au monde extérieur Esprit d'observation Bonne mémoire littérale Abondance des souvenirs récents Documentation en faits Idées simples Modes d'association simples Développement fréquent des idées par ordre dans l'espace Développement abondant des idées Préoccu ation ersonnelle Imagination sur le second plan Sentiment de la propriété Esprit pratique Attention régulière, constante l'effort

dans

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Il s'agissait

de ses deux filles, respectivement

Madeleine

[1885-1961]

et Alice [1887-1938]

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ARMANDE
Développement peu systématique de la Détachement du monde extérieur Développement imaginatif pensée Fréquence d'idées vagues Détachement de la personne Esprit poétique Aptitude au verbalisme Développement bref des idées Attention dirigée vers le monde interne Idées complexes Attention facile à décourager Esprit d'observation peu développé Images faibles et peu précises Imageries faibles et peu précises Documentation de fantaisie Imagerie involontaire bien développée Modes complexes d'association d'idées Mémoire des faits anciens dominant Tendance à la rêverie parfois ceIle des faits récents

Il existerait, sinon une liaison nécessaire, du moins une harmonie entre les diverses qualités qu'il a pu reconnaître expérimentalement chez chacun de ses sujets. « Nous trouvons d'une part chez l'un de nos sujets la précision de la pensée, l'aptitude à se rendre compte, la constance de l'attention, l'esprit pratique, le développement médiocre de l'imagerie spontanée, et par-dessus tout l'attention dirigée vers le monde extérieur. Est-ce que tout cet ensemble de qualités ne s'oppose pas dans un curieux contraste à cet autre esprit chez lequel l'esprit d'observation extérieure moins développé, une pensée moins précise, moins méthodique, moins consciente, une attention moins soutenue s'allie au développement de l'imagination, au sens poétique, à la vivacité, à l'imprévu, au caprice? Ne sont-ce pas là deux portraits bien logiques et bien vivants? Et, quoiqu'il ne s'agisse ici que de deux fillettes de douze et treize ans, ne représententelles pas assez curieusement, autant que deux êtres particuliers peuvent représenter une généralité, ces deux tendances si importantes de l'intelligence humaine, l'une vers l'esprit scientifique, l'autre vers l'esprit littéraire? » (p. 306). Il précisera les choses dans un ouvrage ultérieur. Binet a cherché dans son dernier livre sur les « Idées modernes sur les enfants» (1909) d'une part à définir sur des bases quantitatives ce qu'est l'intelligence d'un point de vue général et d'autre part à caractériser du point de vue qualitatitf quelques types d'intelligence extrêmes. Il rappelle d'abord qu'il a proposé avec le Dr Simon une théorie synthétique du fonctionnement de l'esprit: l'intelligence, considérée 11

indépendamment des phénomènes de sensibilité, d'émotion et de volonté, est avant tout une faculté de connaissance, qui est dirigée vers le monde extérieur, et qui travaille à le reconstruire en entier, au moyen des petits fragments qui nous en sont donnés. Pour Binet, l'intelligence tient en quatre mots: compréhension, invention, direction (attention) et censure Qugement). Il existe entre l'enfant et l'adulte bien des différences intellectuelles mais on retrouve chez lui les quatre composantes citées cidessus, mais moins développées que chez l'adulte. En fait, l'enfant ressemble à un imbécile adulte: c'est le même défaut de censure et de direction, la même compréhension superficielle, la même invention indifférenciée. Mais l'enfant possède une mentalité toute particulière: il a une mémoire puissante, il présente un excès d'activité, il procède constamment par essais et erreurs. Binet rappelle à cette occasion que nous serions restés longtemps dans la statu quo des tests fragmentaires, si « nous n'avions pas été obligés, il y a deux ans, dans un intérêt véritablement social, de faire des mesures d'intelligence par la méthode psychologique. On voulait essayer d'organiser sur une petite échelle des classes pour les enfants anormaux. Avant d'instruire ces enfants, ilfallait les recruter. Comment les recruter? (...) C'est dans ces conditions que nous avons élaboré, avec l'aide de notre collaborateur si dévoué, le Dr Simon, une méthode de mesure de l'intelligence à laquelle nous avons donné le nom d'échelle métrique8. (...) L'idée directrice de cette mesure a été la suivante. imaginer un grand nombre d'épreuves, à la fois rapides et précises, et présentant une difficulté croissante, essayer ces épreuves sur un grand nombre d'enfants d'âge différent; noter les résultats, chercher quelles sont les épreuves qui réussissent pour un âge donné, et que les enfants plus jeunes, ne serait-ce que d'un an, sont incapables en moyenne de réussir, constituer aussi une échelle métrique de l'intelligence, qui permet de déterminer si un sujet donné a l'intelligence de son âge, ou bien est en retard ou en avance, et à combien de mois ou d'années se monte ce retard ou cette avance» (pp. 124-125). C'est à ce stade que Binet donne dans un tableau (p. 126) la liste de ses épreuves, pour partie étrangères à l'instruction scolaire et à la vie sociale, qui est

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Pour la première version du test d'intelligence Binet, A., & Simon, Th. (1905). Méthodes nouvelles pour le diagnostic du niveau intellectuel des anormaux. L'Année psychologique, 11, 191-244. - Pour une édition récente Binet, A., & Simon, Th. (2004). Le premier test d'intelligence (1905) (Œuvres choisies, II). Paris L'Harmattan.

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