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La question psychosomatique

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128 pages

Cet ouvrage d'introduction, clair et pédagogique, synthétise l'état des connaissances sur cette notion qui occupe une place unique dans le domaine scientifique, à la frontière de la médecine, de la psychiatrie et de la psychanalyse, et au carrefour des sciences humaines et biologiques.

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I.
C 1 hapitre
H i s t o r i q u e e t d é fi n i t i o n s
DE LIDÉE À LEXPÉRIENCE EN PSYCHOSOMATIQUE
Quand il a mal, lêtre humain na pas le choix :il en souffre. Loin de tout esprit tautologique, cette façon de présenter les choses nest jamais que lune des innombrables et impla cables conséquences, pour cet être si particulier, dapparte nir à lespèce humaine. Pour un homme en ef fet, avoir mal, consiste, simultanément à léprouvé de la douleur, à penser et (parfois) à dire ce mal avec des mots. Alors que lanimal qui a mal, cherche désespérément le soulagement de son mal  voire même au prix de sa vie  lhomme, grâce à ces mots, dispose de toutes les postures subjectives possibles et imaginables pour vivre le sien. Déclarer à autrui que lon est « souffrant » ou séprouver soimême comme souf frant, cela consiste avant tout à prendre quelquun à témoin  autrui ou soimême  dun état par ticulier, désagréable, voire insupportable. Le terme « insupportable » peut alors fort bien signifier : « impossible à porter seul ». Par paren thèse, notonsle dores et déjà : leffet attendu des sons émis, pour lhumain comme pour lanimal, est bien le soula gement du mal quil endure ; mais contrairement à ce qui se passe pour lanimal, les choses ne déroulent pas aussi simplement pour lhumain. Car le langage, outil symbo lique sans lequel il ne saurait se dire souffrant, peut tout aussi bien lamener sur dautres voies : par exemple, à son insu, lentraîner à exprimer le désir de faire durer sa souf france ou bien, pourquoi pas, celui dêtre encore davantage souffrant. Cest en tout cas ce que rappelle Canguilhem, quand il écrit dansLe Normal et le Pathologiquechez que, lhomme normal, peut naître « une inquiétude dêtre resté © Dunod  La photocopie non autorisée est un délit.
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LA QUESTION PSYCHOSOMATIQUE
normal, un besoin de la maladie comme épreuve de la santé, cestàdire comme sa preuve, une recherche inconsciente de la maladie, une provocation à la maladie » (PUF, p. 217). Existetil une meilleure manière de formuler la participa tion psychique, tout à fait spécifique, intervenant dans les désordres somatiques qui affligent et font souffrir lêtre humain ? Dans son ouvrage (déjà cité), lorsque Kamieniecki fait remonter lhistoire de la médecine psychosomatique aux balbutiements de la médecine grecque, cest pour mieux faire accroire que, dès ses origines, la médecine et, à travers elle, les premiers médecins qui la fondent, possèdent déjà cette intuition selon laquelle, un jour ou lautre, on finira bien par sintéresser au malade « global ». Sil ne fait pas de doute que lhistoire de la médecine est jalonnée dautres intuitions géniales, et que les découver tes progressives des mécanismes du fonctionnement corporel ont, depuis toujours, fasciné les esprits, peuton soutenir pour autant que « la » psychosomatique était là, en germe, dans les idées dHippocrate ? Laffirmer supposerait dabord une chose. Les grandes étapes liées au génie médical se sont traduites par la mise en place de spécialités et de sousdisciplines qui en assuraient la pérennité : lexploration du corps par la dissection a permis de fonder lanatomie ; les découver tes de la circulation sanguine, de la respiration, etc., ont peu à peu constitué la physiologie ; lobser vation des bactéries et des microbes a rendu possible la mise au point des antibiotiques et fait naître linfectiologie, etc. Mais « la » médecine psychosomatique en tant que telle estelle aujourdhui légi timée et universellement reconnue ? Possèdetelle dailleurs le corpus de savoirs  clinique, diagnostique et thérapeu tique  nécessaire à une telle reconnaissance ? À cette condi tion seulement, il serait possible de lauthentifier comme lun des aboutissements de lenseignement hippocratique. Or on en est bien loin et à lheure actuelle, le constat en psychosomatique serait plutôt celui dune pratique médicale qui se cherche toujours. Et il faut bien admettre que, tout e au long duXXsiècle, en médecine (toutes spécialités médi cales confondues), les réussites technologiques ont le plus
HISTORIQUE ET DÉFINITIONS
souvent éclipsé les efforts tenaces dun petit nombre de praticiens humanistes, moins soucieux de recourir aux gestes prestigieux que fait publiquement miroiter le market ing de la santé, quinlassablement attentifs à la personne malade en souffrance face à eux. Historiquement, le mot « psychosomatique » nest dail leurs apparu quau milieu du xixe siècle. Jusquà cette époque, seules peuvent être décrites quelques tentatives de médecins qui, à lintérieur de lidéologie médicale imposée par leur culture dappartenance, posent le problème de la participation des pensées de lhomme à ses modifications corporelles (pathologiques ou non). En définitive, que ce soit sous la forme dune apparition progressive et par néces sité dune « médecine psychosomatique » au même titre que toute autre spécialité médicale, ou sous la forme dune ramification naturellement inter venue dans le cours de la grande histoire de la médecine, dans les deux cas, il sagit bel et bien dune fiction, même sil nest pas déshonorant dy croire. Chacun le sait, Hippocrate est revendiqué comme une figure emblématique de la médecine, quil sagisse de la médecine « classique » dont tous les praticiens français lui ont, sous serment, juré fidélité, ou quil sagisse des défen seurs de lapproche psychosomatique qui nhésitent pas, comme S. Bonfils dans sonImpertinente Psychosomatique (1993), à le présenter comme leur pionnier. Quant à la Grèce, son pays dorigine, elle demeure pour tous les Occi dentaux le berceau de leur pensée, dans toutes ses dimen sions culturelles, des arts à la politique, de la politique à la philosophie, de la philosophie aux sciences, des sciences à la médecine. Autrement dit, si rien ne soppose en pratique à considérer que les ancêtres de la médecine  Hippocrate à leur tête  se sont effectivement appuyés sur un modèle dans lequel lesprit disposait dun véritable enracinement corporel, force est de reconnaître que les hypothèses élabo rées actuellement en psychosomatique nont pas grand chose à voir avec ces intuitions antiques, si durables soient elles dans les esprits. © Dunod  La photocopie non autorisée est un délit.
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