La recherche interculturelle

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EAN13 : 9782296175020
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LA
RECHERCHE

INTERCULTURELLE
Tome Il

Collection Espaces culturels

Déjà parus:

Chocs de cultures, concepts et enjeux pratiques de l'interculturel, sous la direction de Carmel Camilleri et Margalit Cohen-Émerique, 400 pages. La recherche interculturelle, Tome l, textes réunis par J. Retschitzki, M. Bossel-Lagos, P. Dasen, 320 pages.

Actes du deuxième colloque de l'ARIC Textes réunis par

J. Retschitzki, M. Bossel-Lagos, P. Dasen

LA
RECHERCHE INTERCULTURELLE
Tome II

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

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L'Harmattan,

1989

ISBN :2-7384-0346-8

v DÉVELOPPEMENT
PSYCHOMOTEUR ET COGNITIF

Comment les mères françaises et bambara du Mali se représentent-elles le développement de leur enfant?
Martine Zack et Blandine Brit
Remerciements Nous tenons à remercier toutes les femmes qui ont accepté de répondre à nos questions, malgré l'aspect trivial ou parfois déroutant de certaines d'entre elles. Cette recherche a été financée par un contrat de programme INSERM (1985-1988) et par le ministère des Relations extérieures français pour les missions au Mali de B. Bril.

Les représentations que les adultes se font du développement de l'enfant, de ses besoins, de ses capaeités, va conditionner, ou tout au moins orienter les expériences de l'enfant, en structurant son environnement et en particulier les habitudes de puériculture en usage. De nombreux exemples pourraient illustrer ce propos: Devereux (1949), cité par Ferguson (1964), rapporte que chez les Mohave où l'on suppose que l'enfant «comprend» le langage adulte dès la naissance, il n'existerait pas de « langage bébé». De même, dans la plupart des sociétés, au cours de l'apprentissage du langage, l'adulte module son discours en fonction des compétences linguis.. tiques supposées de l'enfant (Blount, 1982). Dans un tout autre domaine, celui de l'entraînement à la propreté, on note d'importantes variations culturel7

les. De Vries et De Vries (1977) ont étudié cet aspect du développement dans un groupe d'agriculteurs Digo (Tanzanie). Pour les Digo, il existe des périodes clefs où développement et entraînement doivent être optimaux: vers 3-5 mois, l'enfant doit avoir un bon degré de contrôle moteur et social; vers un an, période de marche autonome, le contrôle sphinctérien doit être acquis, ainsi qu'une verbalisation des besoins. Dès les premières semaines de vie, la mère commence l'apprentissage de la propreté en utilisant divers systèmes d'entraînement pour uriner et pour déféquer. A la base de cet entraînement, on trouve la volonté de l'adulte maternant de s'adapter à ce qu'il suppose être les capacités physiques de l'enfant et à ses possibilités d'apprentissage. Ces exemples montrent clairement que les variations dans les méthodes et les moments auxquels on entreprend un apprentissage, dépendent de l'idée que l'on se fait des capacités de l'enfant. Ainsi les cultures diffèrent selon les types de compétence que les adultes encouragent chez l'enfant, l'âge auquel ces compétences doivent être acquises et le niveau de maîtrise que l'enfant doit acquérir (Hess et al., 1980). Il est alors cohérent de supposer que l'environnement de l'enfant sera modelé selon trois critères principaux : a) l'âge d'apparition supposé de certains comportements de l'enfant, b) le moment jugé le plus propice pour commencer telle ou telle activité avec l'enfant, ainsi que c) les croyances en la possibilité d'influencer certains aspects du développement. On perçoit ici le rôle important que peuvent avr ir les « théories naïves» du développement, et en particulier la manière dont ces conceptions vont définir la chronologie des pratiques éducatives. Plusieurs études ont essayé d'évaluer (Ninio, 1979 ; Keller et al., 1984), à partir d'interviews de mères de différentes cultures, la manière dont s'articule leur conception du développement moteur et cognitif de l'enfant de moins de 2 ans (âge auquel l'enfant tient assis, marche, voit, entend, reconnaît sa mère, identifie des images, etc.), ainsi que l'âge auquel l'on doit commencer à encourager certaines activités liées aux soins ou au développement cognitif (parler à l'enfant, acheter son premier livre, etc.). L'étude comparative de Keller et al. (1984), avec des femmes du Costa Rica et de RFA, montre que les femmes allemandes s'attendent à ce que l'enfant voit, comprenne des mots 8

et identifie des reproductions picturales d'objets plus jeune que les femmes du Costa Rica, alors que l'on trouve l'inverse pour le babillage et la maîtrise de la posture assise. Ces attentes des mères semblent bien conditionner, dans une certaine mesure, leurs attitudes éducatives. Les mères RFA achèteront le premier livre et raconteront des histoires à l'enfant plus jeune que les mères du Costa Rica alors que ces dernières sont plus nombreuses à penser que le développement moteur et cognitif peut être affecté par des stimulations adéquates. Afin d'analyser le rôle des théories « naïves» du développement sur les comportements réels des maternants, nous avons entrepris, dans différents contextes culturels, une étude des « représentations» ou « ethnothéories » de l'enfant, relatives à la première année, parallèlement à une observation fine des interactions adultes-enfants au cours de la vie quotidienne (voir dans ce volume Bril & Zack). Nous présentons ici les premiers résultats d'une recherche menée en France (à Paris) et au Mali (dans un village de culture Bambara). Nous avons donc conçu, à partir du questionnaire de Keller et al. (1984), un canevas (questionnaire de base) que nous avons adapté aux groupes culturels dans lesquels nous travaillons. En effet, les réalités sodo-culturelles étant très différentes en France et au Mali, il était impossible d'utiliser le même questionnaire dans tous les cas. En France le recueil des informations a été réalisé sous forme de questionnaires écrits, auprès de 28 femmes parisiennes travaillant à l'extérieur de leur domicile et faisant garder leur enfant dans une crèche collective. Au Mali, 24 femmes bambara rurales ont participé à l'enquête qui s'est déroulée verbalement; les questions ont été posées en bambara par un ancien étudiant de psychologie I.

I. -

Résultats

Nous donnons ici les résultats préliminaires de cette étude en nous centrant sur trois points: la chronologie du

1. Bien que posées en bambara, langue maternelle de toutes les femmes interrogées, il est très difficile d'évaluer le rôle que peut jouer la 9

développement al moteur bl cognitif, ainsi que c/l'interdépendance des différentes acquisitions de l'enfant, telle que les femmes interrogées la conçoivent.

II.

-

Chronologie du développement moteur

C'est probablement au niveau du développement moteur que la spécificité des systèmes culturels se fait le mieux sentir (si l'on s'en tient strictement à la chronologie). Le tableau 1 montre que les femmes bambara maliennes interrogées considèrent un développement moteur plus précoce que les femmes françaises pour la maîtfise de la posture assise, la marche à quatre pattes et la marche autonome, la différence la plus nette étant relative à la posture assise.

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10

Cela confirme en fait les données de la littérature (Ninio, 1979 ; Keller et al., 1984), ainsi que les données d'observation (Super, 1976; Konner, 1977; Bril et Zack, ce volume) montrant que, dans de nombreuses cultures africaines, on met l'enfant en position assise beaucoup plus jeune que dans les cultures occidentales. Pour les femmes bambara, la maîtrise des postures assise et debout semble d'ailleurs les points-clefs du développement de l'enfant: les étapes du développement et des pratiques éducatives sont la plupart du temps données en référence à ces deux capacités posturo-motrices. La marche à quatre pattes par exemple vient clairement après la posture assise ce qui n'est pas le cas pour les femmes françaises pour qui ces deux acquisitions se font de manière à peu près simultanée.

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FIGURE 1. - Comment les femmes perçoivent l'âge de la mise en place de la maîtrise de la posture assise. Chaque signe correspond à la réponse d'une femme. Cette présentation permet de faire ressortir la diversité ou au contraire la cohérence des réponses des différentes personnes interrogées. Pour les femmes bambara: différenciation des données concernant les filles (e) et les garçons (II), fille ou garçons indifféremment (*). Pour les femmes françaises (*). Les traits continus signifient que la réponse est relative non pas à une date (l'enfant tient assis à 3 mois), mais à une fourchette de temps (l'enfant tient assis entre 3 et 4 mois). Le signe (x) donne l'âge avancé par la littérature pour l'acquisition de la posture assise. Il

Les arguments de type symbolique entourant les réponses liées à la maîtrise de la posture assise renforcent l'idée que se tenir assis est en fait la clef de voûte du développement non seulement moteur mais social de l'enfant; la figure 1 donne les réponses de chaque femme: non seulement l'accord entre elles est remarquable (c'est pour cet item que l'écart-type est le plus petit), mais c'est aussi la seule question liée au développement moteur faisant intervenir des éléments symboliques, les garçons s'assiéraient avant les filles, à troi$ mois contre quatre. En fait, le symbolisme numérique associé à l'homme et à la femme fait état des mêmes associations (Bril, 1979). On pourrait donner un autre exemple où le symbolisme est utilisé sans, à notre avis, avoir une valeur de « vérité» : à la question « peut-on reconnaître le sexe d'un enfant à ses pleurs (dès à la naissance) ? », la réponse est affirmative « puisque» le garçon pleure trois fois, la fille quatre.

III.

-

Chronologie du développement cognitif

Dans ce domaine, il faut tout d'abord noter que la formulation des questions, les mots et expressions utilisés dans la traduction en bambara ont pu susciter des interprétations différentes selon les femmes: le mot « comprendre» peut être interprété de diverses manières, que ce soit parmi les femmes françaises ou bambara; nous pensons par ailleurs que la diversité des réponses à la question rapportée dans les études de Ninio (1979) et de Keller et al. (1984) est certainement pour une large part due à ce problème. Il est frappant de remarquer que l'on trouve peu de différences entre les deux groupes de mères pour l'âge d'apparition de la vision (d'un objet), vers 1 mois, du babillage, de la parole (voir tableau 1). Pour la reconnaissance de la mère il nous a été impossible d'interpréter les réponses, ne sachant sur quels indices se basent les mères. Nous ferons donc la même remarque pour les réponses à la question « comprendre ». Les réponses des femmes françaises laissent penser que la diffusion, dans le grand public, des connaissances récentes relatives au nourrisson ont un impact important sur leur conception du développement; pour preuve les réponses des femmes concernant la vie in utero: la majeure des 12

femmes ont répondu par l'affirmative aux questions « estce que l'enfant entend (in utero) ? et sent-il ce que fait sa mère? », questions auxquelles les femmes bambara ont systématiquement répondu « non », de même que quelques femmes françaises (âgées de plus de 70 ans) interrogées.
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FIGURE 2. - Age d'apparition de la vision d'un objet (8) /pour le premier enfant (*) / et de l'audition (.6.) pour le groupe de femmes bambara. Le signe (x) donne l'âge « réel» auquel l'enfant voit et entend (dès la naissance).

Un autre aspect des réponses des femmes bambara pour lequel nous n'avons pas pour le moment d'élément d'explication nous a étonnées; 9 femmes, sur les 22 ayant répondu à la question, nous on dit spontanément que le « premier enfant» voyait plus tard que ses cadets; par ailleurs nous avons constaté que toutes les femmes ayant répondu aux deux questions (âge d'apparition de la vision et de l'audition), sauf une, ont donné pour l'audition une date postérieure à la vision (fig. 2), sans jamais dire explicitement que la vision serait plus précoce que l'audition. On trouve l'inverse en France où l'enfant entendrait avant d'être capable de discerner des objets. Pour les femmes bambara, « entendre» et « comprendre» pouvant se dire de la même manière, nous avons pensé qu'il pouvait y avoir une association directe entre les deux concepts, cependant les réponses à la question « comprendre des mots» donne un âge nettement plus tardif. Il nous apparaît donc nécessaire d'approfondir la question. 13

IV.

-

Discussion

Nous venons de montrer que la chronologie des premières acquisitions motrices et cognitives telle qu'elle est perçue par les femmes pouvait varier d'un groupe culturel à l'autre. Mais ce qui nous paraît plus intéressant c'est la manière dont, dans « l'esprit des femmes bambara », ces acquisitions s'articulent les unes aux autres, ce qui ne ressort pas du tout des dires des femmes du groupe parisien, qui lient rarement différentes acquisitions entre elles. Nous avons déjà vu que la posture semblait le point de référence obligé du développement de l'enfant dans les premiers mois. Si l'on analyse parallèlement le rôle de l'alimentation, l'apparition des premières dents, le portage au dos, l'apprentissage de la propreté, on voit très clairement comment se conçoit dans la première année la « construction de l'enfant et de ses compétences» : le développement moteur est très lié à la « qualité du sein de la mère », c'està-dire à son lait. Si le sein est « lourd », l'enfant se développera moins vite, les dents pousseront moins tôt, ce qui pourra même conduire à un retard de la marche. Ainsi donc, le début de certains apprentissages pourrait en pâtir puisque ceux-ci dépendent de la maîtrise de la posture assise ou indifféremment de la pousse des dents (lorsque l'on demande à partir de quand on peut « libérer les bras de l'enfant lorsqu'il est porté au dos », les femmes répondent indifféremment «lorsqu'il tient assis» ou bien « lorsqu'il a deux dents en haut et en bas », ou d'autres réponses équivalentes). A l'opposé toute mère ayant un « sein léger» permettra à ses enfants un développement plus rapide. Cependant lorsque nous avons essayé d'en savoir plus long sur la qualité du lait maternel, nous n'avons obtenu aucune indication nouvelle nous permettant de mieux comprendre les dires des femmes 2. Par ailleurs, il est frappant de constater que les réponses des femmes françaises sont empreintes d'une connaissance médicalisée de ce qui touche à la petite enfance. Les femmes parisiennes déclarent dans leur grande majorité avoir appris à s'occuper de leur enfant durant leur séjour
2. Pour la sage-femme de la maternité du village voisin le « sein lourd» proviendrait d'une hypocalcémie, ou déficit en calcium du lait. 14

à la maternité. L'enfant est considéré comme fragile et doit être manipulé avec précaution; il est confié exclusivement à sa mère ou à un adulte compétent (médecin par exemple). S'il s'avérait que l'enfant ne se développe pas au rythme attendu, seule la consultation d'un pédiatre semble pouvoir remettre l'enfant sur les rails. En outre, pour ces femmes, le développement doit se faire sans entraînement, l'enfant se développant à son propre rythme. Les femmes bambara ne conçoivent pas que l'enfant puisse se développer « sans aide». Dès la naissance (ou plutôt dès le baptême ou dation du nom), l'enfant sera beaucoup manipulé; la gymnastique néonatale, les massages et élongations qu'il subit en sont le plus clair témoin. Les femmes sont conscientes d'avoir un rôle important à jouer dans la « bonne mise en place» des articulations, de la musculature, de la dureté des os, en un mot d'un développement harmonieux de l'enfant (Bril et Zack, 1987 ; voir aussi Hopkins, 1976 ; Rabain-Jamin, Wornham, 1987). Il en est de même pour les apprentissages moteurs spécifiques tels que la posture assise ou la marche: on exerce l'enfant à se maintenir assis « dès qu'il est capable de tenir sa tête », alors que les femmes françaises répondent généralement que l'enfant se tiendra assis lorsqu'il se « sentira prêt». On retrouve les mêmes arguments de part et d'autre pour d'autres apprentissages, celui de la propreté en particulier. * * * Les résultats que nous présentons ici ne valent que pour les femmes que nous avons interrogées, et c'est avec beaucoup de précautions que nous les interpréterons comme étant représentatifs de ce que pensent les femmes françaises et bambara en général. Ils peuvent cependant donner des points de repère, mais nécessiteraient un approfondissement important et surtout une confrontation avec les pratiques éducatives telles qu'on peut les observer réellement. Il nous paraît par ailleurs indispensable de resituer toute cette problématique des conceptions ou des représentations de l'enfant dans un cadre non seulement culturel, mais socio-économique et historique. 15

BIBLIOGRAPHIE
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17

Analyse comparative de 1'« emploi du temps postural» de l'enfant de la naissance à la marche (France-Mali)
Blandine Bril et Martine Zack

De nombreuses études anthropologiques et psychologiques ont montré la grande variété des méthodes de puériculture à travers le monde, et par conséquent la diversité des expériences précoces de l'enfant. La question qui surgissait de ce constat était de savoir si ces expériences étaient équivalentes quant à leur effet sur le développement moteur et cognitif de l'enfant ou non. Témoin de cette interrogation, l'importance des recherches inter culturelles de ces deux dernières décennies. Si l'on s'intéresse plus particulièrement au développement moteur dans les premiers mois de la vie, la littérature s'est enrichie depuis la fin des années 50, qui furent marquées par les travaux de Geber et Dean (1957), de très nombreuses publications rapportant généralement l'existence d'une avance de développement des enfants de cultures non-occidentales sur les normes habituellement admises par les tests de développement; cette avance étant plus particulièrement marquée chez les enfants africains (Werner, 1972 ; Warren, 1972; Super, 1981 ; etc.). Les essais d'explication de cette différence du développement moteur faisaient essentiellement référence aux modes de maternage observés dans ces cultures, où l'enfant semblait «en contact plus ou moins permanent» avec ]8

l'adulte ou l'enfant plus âgé, « toujours porté au dos », allaité à la demande, etc. En fait, peu d'études abordaient le point qui nous semble déterminant ici, à savoir par quels mécanismes ces modes de maternage pouvaient avoir un effet différentiel sur le développement dans les premiers mois de la vie. Quelques auteurs cependant, ont montré que ce n'étaient pas les modes de maternage en soi qui pouvaient avoir un rôle important au niveau du développement, mais les stimulations sensorielles volontaires ou incidentes que procuraient à l'enfant les habitudes de puériculture du groupe culturel dans lequel il grandissait (Super, 1976; Hopkins, 1976; Yarrow, 1977 ; Kilbride, 1980 ; pour une discussion de ce problème nous renvoyons le lecteur à Bril & Lehalle, 1988, ch. 1). Les travaux expérimentaux montrent en effet que deux types de stimulations ont une influence à court et moyen termes sur l'état de l'enfant et sur son développement moteur dans la première année: il s'agit de la position du corps dans l'espace (couchée, semi-verticale, verticale) ainsi que des stimulations vestibulo-kinesthésiques (Casaer, 1979; Clark et al., 1977; Korner & Thoman, 1972; Pomerleau et al., 1982; Van den Daele, 1970; etc.). Dans quelle mesure la vie quotidienne procure-t-elle à l'enfant ces stimulations et avec quelle fréquence? Plusieurs recherches donnent des éléments de réponse à cette interrogation, mais en privilégiant certains types de stimulations. Hopkins (1976) étudie l'impact des manipulations « formelles» (gymnastique néonatale et massage), Super (1976) s'intéresse plus particulièrement aux méthodes d'encouragement au développement moteur telles la posture assise et la marche, Kagan et Super (1973) évaluent la fréquence des différentes positions du corps de l'enfant durant les périodes de veille, ainsi que la fréquence des jeux de balancement. A partir de ces différentes études nous avons dressé un tableau récapitulatif (fig. 1) montrant l'ensemble des situations au cours desquelles l'enfant est manipulé, que ce soit dans le but d'encourager un développement moteur harmonieux (ce que certains auteurs désignent par le terme de manipulations formelles: Hopkins, 1976), ou de manière incidente au cours des prati-

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FIGURE 1. - Les différents types de manipulations posturomotrices auxquelles l'enfant est soumis au cours de la première année.

Nous avons donc entrepris de mener dans différents contextes culturels une évaluation des stimulations posturales et vestibulo-kinesthésiques dont l'enfant est l'objet dans la première année, Nous donnons ici des résultats concernant l'observation d'enfants français à la maison et à la crèche, ainsi que d'enfants bambara ruraux (Mali) (voir tableau 1 pour les âges des enfants de chaque groupe; les résultats donnés ici ne concernent que la moitié des effectifs des groupes d'enfants observés réellement). Contrairement aux études déjà publiées dans ce domaine, nous n'avons pas utilisé des observations ponctuelles (Kagan & Super, 1973), mais nous avons choisi une méthode d'observation de type «séries temporelles ». L'intérêt principal de cette méthode est de permettre une analyse non seulement des fréquences d'apparition de certains comportements, mais aussi de leur durée et de leur succession (voir par exemple figure 5) : chaque enfant était observé deux jours successifs (durant 8 à 10 heures consécutives), ou lorsque cela ne s'est pas avéré possible, deux journées situées dans la même semaine. Seuls les enfants observés à la maison l'ont été par demi-journées, une 20

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observation sur une journée entière s'étant révélée trop « lourde» pour la mère. Les résultats sont donc calculés, pour chaque enfant, sur 15 à 20 heures d'observation diurne.

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Résultats

Nous donnerons successivement les durées de sommeil et de contact entre le bébé et la personne maternante, fUl~ des manipulations posturales et kinesthésiques; nous amilyserons ensuite les liens entre état de veille et portage au dos. 1) Le sommeil Si les conditions de sommeil se sont révélées extrêmement différentes en France et au Mali (voir Bril & Zack, 1987), la durée de sommeil dans chaque groupe apparaît être sensiblement la même, les enfants du groupe français observés à la maison dormant peut-être un peu plus. Pour tous les groupes, la durée de sommeil diminue sensiblement de la même manière, de 40 à 60 070du temps d'observation vers un ou deux mois, à moins de 20 % vers 11-12 mois. 2) Le contact La notion de contact entre l'enfant et la personne maternante recouvre des réalités très différentes. Du contact « maintien» du nouveau-né au contact « aide à la posture », ou simplement « proximité immédiate », on perçoit les multiples facettes de cette réalité. Il est clair que 21

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FIGURE 2. - A) Fréquence du temps de sommeil (en fonction du temps d'observation) selon les trois groupes d'enfants observés (français à la maison £ , français à la crèche A , bambara-). B) Fréquence du temps que l'enfant passe en contact avec les maternants (français à la maison" , à la crèche Ll , bambara e).
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le contact « maintien» observé dans les premières semaines de la vie de l'enfant va se diversifier avec l'évolution de ses capacités motrices. Ainsi une évaluation de la durée du contact nécessiterait une analyse fine de son évolution et de sa diversification avec l'âge. Les résultats que nous donnons ici regroupent les trois types de contact dont nous venons de parler. La figure 2b fait ressortir un contraste très marqué entre les deux groupes culturels confirmant ainsi les données de la littérature (Konner, 1977 ; Super, 1976 ; etc.). La durée de contact diminue progressivement dans le groupe d'enfants bambara, passant de 90 070du temps d'observation à deux mois à environ 55 070vers un an. Pour les groupes français, on peut faire deux remarques: a) les enfants sont un peu plus en contact avec l'adulte maternant lorsqu'il s'agit de la mère que lorsqu'il est à la crèche, ce qui s'explique assez facilement, puisque à la crèche, chaque adulte doit partager son temps avec plusieurs enfants; b) la courbe en dents de scie des enfants à la maison révèle une variabilité de comportement plus grande entre les mères que ce que l'on observe au Mali. 22

3) Les positions L'expérience posturale de l'enfant va dépendre dans une large mesure des positions de son corps dans l'espace que vont imposer les modes de maternage. Les différences culturelles seront, ici encore, frappantes: la figure 3 donne les fréquences (en pourcentage du temps d'observation) du temps que l'enfant passe 1) à l'horizontal (sur le ventre ou sur le dos), 2) en semi-vertical et 3) à la verticale.

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FIGURE 3. - Durée (exprimée en 0,70 temps d'observation) du que l'enfant passe dans les trois positions principales: allongée (sur le ventre ou sur le dos), semi-verticale (tel que dans un baby-relax) ou verticale (position assise ou debout (que l'enfant soit soutenu ou non). Dans les trois figures, enfants français à la maison ~, à la crèche b., enfants bambara

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Si jusque vers 6-7 mois, les enfants parisiens passent plus de la moitié de la journée à l'horizontal, les enfants bambara observés sont dans cette position moins de 10 1170 du temps quel que soit l'âge, excepté durant la période de repos de la mère qui dure traditionnellement 40 jours (après la naissance). La position semi-verticale, qui correspond à la position lors de l'allaitement ou du baby relax en France, offre moins de contrastes: plus fréquente dans les deux premiers mois au Mali (les enfants sont souvent dans le creux du pagne de leur mère lorsqu'elle est assise sur un petit tabouret, siège habituel dans les villages), elle diminue progressivement dans la première année pour ne représenter que 10 à 15 1170u temps d'observation vers un d
23

an ; en France, que ce soit à la maison ou à la crèche, la fréquence de cette position est très liée à l'usage du « baby-relax» entre 3 et 6-7 mois. La position, dos droit, n'est pas expérimentée de la même manière dans les deux groupes culturels: dès deux mois, les enfants bambara observés passent plus de 60 070 de la journée dans cette position, qu'ils soient endormi ou non, alors que les petits enfants français passent peu de temps dans cette position avant de tenir assis seuls vers 7-8 mois. Au contraire, les femmes bambara mettent l'enfant en position assise très jeune (voir dans ce volume l'article de Zack & Bril) et jouent très souvent en mettant l'enfant dès la naissance à la verticale, ce que nous n'avons jamais observé dans les groupes d'enfants parisiens. 4) Stimulations kinesthésiques

Les stimulations kinesthésiques sont relatives au déplacement du corps de l'enfant dans l'espace, ces déplacements pouvant avoir un effet immédiat de calmant (on a toujours bercé les enfants pour les endormir) ou d'excitant Ueu de balancement). Peu fréquentes pour les deux groupes d'enfants parisiens, dans tous les cas sauf deux inférieurs à 10-12 % du temps d'observation, elles sont très importantes pour le groupe d'enfants bambara, représentant de 40 à 50 % du temps d'observation entre 2 et 7-8 mois.
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FIGURE 4. - Importance des stimulations vestibulokinesthésiques dans les trois groupes d'enfants en fonction de l'âge (français à la maison.. , à la crèche A, bambara e). 24

Deux aspects du mode de vie bambara expliquent ces différences: 1) dès la sortie de la maternité ou le jour du « baptême », c'est-à-dire dès le 7e jour, on joue beaucoup avec l'enfant, le jeu favori avec le bébé dans les premiers mois étant de le faire sauter en le tenant sous les bras et en le faisant « rebondir» sur les genoux; 2) passant dans les premiers mois 30 à 45 0,70 temps au dos alors que du la personne qui le porte vaque à ses activités, l'enfant est bercé avec plus ou moins de vigueur ou de douceur (voir le film réalisé par Bril et Zack, 1987).
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FIGURE 5. - Les différents modes de portage dans le groupe d'enfants bambara: a) évolution de la fréquence du portage au dos et sur la hanche en fonction de l'âge; bl) analyse pour deux enfants de la durée relative du temps de sommeil lorsque l'enfant est au dos, en fonction de la durée totale de portage; b2) analyse pour les deux mêmes enfants de la durée rela. tive du sommeil au dos, en fonction de la durée totale de sommeil.

5) Portage au dos et état de veille On a dit beaucoup de choses sur le portage au dos sans toujours prendre la précaution de joindre un contrôle empirique (voir par exemple Rakowska-Jaillard, 1981). Les don-

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25

nées que nous avons font penser que l'enfant est moins porté au dos que ce que la littérature existante laisse entendre. Les enfants du groupe bambara sont portés au dos un maximum de 40-45 % du temps à 2 mois, durée qui semble diminuer progressivement et n'est plus que de 20 070 vers un an. Parallèlement un autre mode de portage émerge, le 'portage sur la hanche qui est d'environ 20 % vers 7 mois et diminue ensuite. Ces données semblent confirmées par une étude analogue réalisée au Congo par Hombessa-Nkounkou (1988).
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FIGURE 6. - Répartition des phases de portage et de sommeil dans la journée pour deux enfants (3 mois et 8 mois) ; chaque enfant a été observé deux journées consécutives d'environ .g h 30 du matin à 6 h du soir.

Si l'on regarde de plus près les modalités de portage au dos on constate que l'enfant, dès qu'il tient assis seul, c'est-à-dire vers 5 mois, n'est pa~ porté de la même manière s'il dort ou s'il est éveillé: s'il dort il sera porté comme les enfants plus petits, les bras à l'intérieur du pagne, la nuque maintenue par le haut du pagne, s'il est éveillé ses bras seront « libérés », le pagne passant sous les bras de l'enfant (Bril, 1986 ; Hombessa-Nkounkou et Brit, en préparation). Maintenant si l'on observe ce que fait l'enfant lorsqu'il est au dos, et cela quel que soit son âge, on constate que dans 80 % du temps il dort! La figure 5b 1 donne 26

la fréquence de sommeil lorsque l'enfant est au dos dans le cas d'un enfant de 8 semaines et dans le cas d'un enfant de 5 mois et demi: on arrive à peu près au même résultat, alors que l'enfant de 8 semaines dort 45 0;0 de la journée et l'enfant de 5 mois et demi ne dort que 18 % du temps. Les mêmes conclusions s'imposent si l'on calcule la fréquence du portage au dos par rapport à la durée de sommeil dans la journée (voir fig. 5b2) : on constate que l'endroit de prédilection pour dormir est le dos de la mère, d'une grand-mère ou d'une aînée! La figure 6 explicite ces données d'une autre manière, montrant la répartition du portage et du sommeil dans la journée pour deux enfants.

II. -

Discussion et. conclusion

Que dire des chiffres et pourcentages donnés dans ce texte? Deux constatations s'imposent: la très grande diversité des expériences de l'enfant selon la culture à laquelle il appartient, et la nécessité de penser les expériences précoces de l'enfant en fonction des contraintes socioéconomiques, climatiques et culturelles du groupe auquel il appartient. Une analyse fine du contexte dans lequel l'enfant grandit, que l'on pourrait désigner par « l'écologie du développement» (Bronfenbrenner, 1979), montre qu'en fait les méthodes de puériculture sont en très grande partie déterminées par l'idée que l'on se fait de ce qu'est un enfant (voir Zack et Bril, ce volume) 'ainsi que par les conditions socio-économiques du groupe. Si l'enfant Bambara est en contact direct avec sa mère ou toute autre personne maternante avec une fréquence beaucoup plus grande que l'enfant parisien, ce n'est pas d'abord parce que les mères africaines valorisent le contact corps à corps, mais parce que c'est une nécessité: l'enfant n'étant pas confiné dans un lieu spécialement conçu pour lui, avec des personnes dont l'activité principale est de s'occuper de lui, une des seules solutions est de le garder le plus près prossible de soi (Whiting, 1981). Ces différents modes de puériculture ont-ils un impact sur le développement? Les études sur le développement moteur citées en introduction le suggèrent, au moins dans les premières années. C'est dans le but d'explorer ce pro27

blème avec d'autres méthodes que celles des tests de développement classiques que nous poursuivons, dans différentes cultures, une étude approfondie des stimulations dont l'enfant est l'objet. Cependant, en dehors des problèmes théoriques que cela pose, il est nécessaire d'aborder cette question de l'intérieur du groupe culturel. Ici encore ce qui compte, à notre avis, ce ne sont pas les méthodes de puériculture en soit, mais leur adaptation au contexte culturel et socio-économique du groupe, l'important n'étant pas qu'un enfant soit capable de s'asseoir à 4 mois ou à 7 mois. Chaque culture « façonne» le petit enfant "elon l'idée qu'elle se fait de sa place, de son rôle dans la société: on entre là dans un débat qui dépasse l'objet de cet article, mais qui permet d'entr' apercevoir qu'en matière de puériculture il n'y a pas un système de référence, mais des réalités qu'il est nécessaire d'appréhender historiquement et culturellement.

Remerciements Nous tenons à remercier chaleureusement les enfants et leurs parents, ainsi que les personnels de crèche qui ont accepté la présence d'un observateur dans leur vie quotidienne. Cette recherche a été financée par un contrat de programme INSERM (1985-1988), ainsi que par le ministère des Relations Extérieures français pour les missions au Mali de B. Bri!.

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30

Pratiques de soin et interaction mère-enfant dans un contexte d'émigration
Jacqueline Rabain-Jamin

Les recherches de psychologie interculturelle de ces dernières années se sont efforcées de prendre en compte les contextes sociaux à travers lesquels se réalise le développement psychologique. A l'intérieur d'un ensemble culturel donné, ces contextes correspondent à la mise en œuvre de formes de communication et d'apprentissage, de réseaux de représentations et de modes d'expression à travers lequels sont appréciés les événements, les objets et les situations. En recourant à la notion empruntée à l'écologie de «niche de développement », Super et Harkness (1982, 1986) définissent trois types de variables influant sur le développement: 1) l'environnement physique et social du jeune enfant, 2) les coutumes et pratiques culturelles de soin et d'éducation qui médiatisent son expérience, 3) enfin les systèmes de valeurs et de croyances des adultes qui prennent soin de l'enfant, en particulier ceux qui concernent son développement sa « nature» et ses besoins. Ainsi Super et Harkness (1986) remarquent que la présence de nattes, de berceaux ou de chaises combinée avec la faible ou forte densité de personnes susceptibles de prendre soin de l'enfant, structure les occasions que l'enfant a de développer ses aptitudes naissantes. Toutefois, les effets de ces contextes physiques et sociaux ne peuvent être considérés indépendamment des systèmes locaux de représentations et 31

de valeurs. Par exemple les sociétés ouest-africaines accordent une grande importance au contact, aux échanges où l'on se donne à voir au sein de la communauté tandis que l'isolement est perçu comme une conduite asociale (Rabain, 1979). Dans l'unité domestique, le bébé passe de mains en mains et chacun s'attache à le prendre, à lui parler, à le balancer. Par contraste, les jeux relatifs aux objets ne sont guère accentués (Mundy-Castle cité par Trevarthen et Hubley, 1978). Ces systèmes de valeur jouent un rôle majeur dans la structuration de l'environnement comme ils informent et guident les conduites sociales. Des études récentes, discutées ici par B. Bril et M. Zack, ont abordé le problème des conceptions locales ou « théories naïves» que se font les adultes du développement de l'enfant (Ninio, 1979; Keller et al., 1984). L'hypothèse sous-jacente est que les représentations et attentes parentales concernant par exemple le type de compétence à encourager, l'âge d'apparition de telle ou telle habileté, qui varient selon les cultures, vont infléchir les pratiques éducatives et avoir une influence sur le développement de certaines capacités (Hess et al., 1980). Des travaux anthropologiques contemporains apportent un autre point de vue. Les représentations concernant le développement du corps de l'enfant et les pratiques de soin, telles que le massage par exemple, ne constituent pas, dans les sociétés africaines traditionnelles, un système autonome mais renvoient à un ensemble notionnel complexe qui permet de régler la circulation des éléments mobiles et particulièrement des flux de toutes sortes (eau, fluides corporels, paroles, échanges) (Héritier-Augé, 1987). Au vu de ces analyses d'ordre anthropologique, il apparaît clairement que les attentes parentales ne sauraient à elles seules suffire à rendre compte des systèmes d'élevage et des pratiques de soin. Dans ce qui suit, je m'attacherai à montrer que les pratiques de soins - qui sont en même temps des conduites de stimulation tactile et motrice comme le massage, le portage au dos et les jeux physiques avec le bébé -, utilisées par les mères immigrées originaires d'Afrique de l'Ouest vivant à Paris, sont largement déterminées par un système de représentation du développement physique et émotionnel du bébé, et qu'elles influent sur les acquisitions motrices majeures. En complément je donnerai quelques 32

indications sur les échanges mère-bébé où interviennent les objets. Que deviennent les pratiques de soin et les modes d'interaction lors d'un changement rapide d'environnement physique et social consécutif à l'émigration? La mère est mise dans la situation complexe d'avoir à intérioriser les valeurs de la société d'accueil en même temps qu'elle transmet les valeurs traditionnelles. On peut se demander si les individus, - confrontés à une société qui n'a pas les mêmes habitus, c'est-à-dire les mêmes expressions comportementales des valeurs sociales et culturelles (Mauss, 1935 ; Bourdieu, 1972), abandonneront certaines de leurs pratiques qui n'ont plus de cadre de légitimation ou qui peuvent même être perçues comme négatives dans la société d'accueil. La conservation ou l'abandon de certaines des pratiques traditionnelles de stimulation posturale du bébé vat-il influencer l'âge d'apparition de certaines acquisitions motrices? La situation d'acculturation va-t-elle modifier les attentes parentales concernant le développement du bébé et les représentations que les mères ont de ce développement?

I.

-

Population et méthodes

A partir des années 1970, un nombre important de femmes africaines originaires du Sénégal (30 070), du Mali (32 070)et de quelques autres pays africains francophones ont commencé à émigrer en France afin de rejoindre leurs
maris venus travailler dans les années soixante

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grand nombre d'entre eux, comme ouvriers spécialisés ou manœuvres. Une enquête menée par l'INSERM sur un échantillon représentatif de femmes nées en Afrique Noire et ayant accouché en France en 1981 montre qu'un grand nombre de ces femmes vivent en région parisienne (50 070), ne parlent pas (18 070)ou parlent mal (29 070)le français et ont un nombre d'enfants plus élevé que les femmes nées en France (34 070ont 4 enfants ou plus) (Saurel-Cubizolles, 1985). Notre échantillon a été constitué de 25 enfants (12 filles, 13 garçons). Nous avons rencontré les mères lors d'une consultation effectuée dans un centre de PMI (Protection 33

maternelle infantile) du 20e arrondissement et les avons revues à domicile. L'âge de leur dernier enfant était compris entre 3 et 9 mois. Les enfants ont été suivis jusqu'à l'âge de 12 ou 15 mois. L'origine ethnique des femmes était: Soninke (n = 9, 36 070), Bambara (n = 7, 28 %), Wolof (n = 4, 16 %), Toucouleur (n = 2, 8 %) Manding (n = 2, 8 %) et Diola (n = 1, 4 %). Plus de la moitié ne parlaient pas français (n = 17, 68 %) et n'avaient eu aucune scolarisation en Afrique. 8 (32 %) parlaient français parmi lesquelles 6 femmes (24 % du groupe) avaient été scolarisées 3 ans ou plus. 14 (56 %) étaient originaires de villages et 11 (44 %) de villes. Toutes les femmes étaient de religion islamique et 4 (16 %) vivaient dans un foyer polygame. 9 femmes (35 %) avaient laissé ou envoyé un ou plusieurs enfants en Afrique pour y être élevés par la grand-mère maternelle ou paternelle ou par leur sœur ou le frère du père. Pendant les visites de 2 heures environ que nous avons faites accompagnés d'une interprète, les observations étaient centrées sur le temps et les types de contact physique que l'enfant avait avec sa mère et d'autres personnes de l'entourage ainsi que sur les temps de contact de l'enfant avec des objets. Des questions relatives au massage et aux conceptions parentales du développement complétaient l'observation. Les problèmes méthodologiques ont été nombreux, liés à la conjoncture politique, au fait même de questionner ou au fait que les repères temporels font moins appel, dans les sociétés africaines, à une chronologie précise que dans les sociétés occidentales.

II. -

Pratiques traditionnelles de manipulations posturales : le massage

On sait que des études nombreuses portant sur l'avance motrice de l'enfant africain pendant la première année ont mis en relation cette avance avec la quantité de stimulations tactiles, posturales, vestibulo-Iabyrinthiques prodiguées à l'enfant par la mère ou d'autres personnes de l'entourage (Geber, 1958; Kilbride et Kilbride, 1975; Super, 1976 ; Konner, 1977; Bri! et Sabatier, 1986). 34

Hopkins (1976) introduit la distinction entre les pratiques motrices ou les manipulations posturales de type « formel» et de type « informel ». Les pratiques informelles (informaI handling) sont définies comme des stimulations posturales incidentes, prodiguées à l'enfant au cours des routines de soin ou des activités quotidiennes de la mère. Les manipulations posturales formelles (formal handling) sont des techniques spécifiques qui ont leur fin en elles-mêmes et ne sont pas incidentes à un autre propos. Un exemple particulièrement frappant de ces « formaI handling» est représenté par les pratiques de massage, pratiques qui comportent un certain nombre d'exercices corporels. Décrites par Hopkins (1976) chez les mères jamaïcaines vivant en Grande-Bretagne, par Bril et Sabatier (1986) chez les Bambara du Mali, elles se présentent de manière assez semblable, à quelques exceptions près, dans les populations sénégalaises et maliennes immigrées que nous avons étudiées. Le massage et les exercices corporels qui sont pratiqués à cette occasion ont un caractère très spectaculaire par les pressions et les étirements de grande amplitude effectués sur le corps du bébé (Bril et Sabatier, 1986 ; Stork, 1986). Sur l'échantillon de 25 femmes que nous avons interrogées, 9 femmes ont affirmé pratiquer le massage de l'enfant accompagné d'exercices tous les jours jusqu'à 3 ou 4 mois, 8 femmes le pratiquent de façon moins régulière (par exemple « 2 fois par semaine seulement »), 8 femmes enfin ont déclaré ne pas effectuer de massage. Les femmes qui ont adopté le massage disent qu'elles l'ont vu pratiquer dans leur enfance dans la maison de leur père mais un certain nombre évoquent l'aide fournie à la naissance de leur premier enfant en France par une belle-sœur ou une voisine africaine ayant déjà accouché elle-même. En milieu traditionnel ce n'est pas la mère qui baigne et masse le nouveau-né mais une femme âgée, généralement la grand-mère paternelle ou maternelle de l'enfant. Le massage est un rituel comme d'autres opérations effectuées sur le corps du bébé. Dans chacune de ces opérations les rôles sont assignés: la grand-mère masse le bébé tandis que la sœur du père effectue, par exemple à la fête du 8e jour, le rasage de la tête. Il existe une représentation symbolique du corps sous-jacente à ces rites. Dans le contexte d'immigration la fête du 8e jour tend à dispa35

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