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La réciprocité

De
287 pages
La réciprocité est au cœur de la théorie sociale contemporaine. Elle est ce prisme à travers lequel il est possible de poser la question de la relation humaine. Telle est la tâche que Georg Simmel s'assigne dans son œuvre, et que Christian Papilloud reconstruit dans cet ouvrage. Cadre d'une sorte de "génétique" de nos relations quotidiennes, la réciprocité en est également l'une des propriétés possibles. Diagnostiquer ce possible, permet à Simmel d'en esquisser le destin contemporain et paradoxal, où à la société omnirelationnelle répond la dilution du schème réciprocitaire.
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LA RÉCIPROCITÉ
Diagnostic et destins d'un possible dans l'œuvre de Georg Simmel

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions

Jean-Marc SAURET, Des postiers et des centres de tri, un management complexe,2003.
Zihong PU, Politesse en situation de communication sino-française, 2003.

Olivier MAZADE, Reconversion des salariés et plans sociaux, 2003. Pierre-Noël DENIEUIL, Développement des territoires, politiques de l'emploi, et formation, 2003. Antigone MOUCHTOURIS, Sociologie du public dans le champ culturel et artistique, 2003. AntoineDELESTRE et GilbertVINCENT, Les chemins de la solidarité,2003. Jean-Bernard OUÉDRAOGO, Arts photographiques en Afrique, 2003 Jenny MAGGI, lnfluences citoyennes. Dynamiques psychosociales dans le débat sur la question des étrangers. 2003. Hakima LAALA HAFDANE, Les femmes marocaines une société en mouvement, 2003. Howard S. Becker, Paroles et musique (livre disque), 2003. Monique BUISSON, Lafratrie, creuset des paradoxes, 2003. Sylvie GIREL, la scène artistique marseillaise des années 60. Une sociologie des arts visuels contemporains, 2003. Philippe GABORIAU, Les spectacles sportifs, 2003. Sous la direction de Daniel TERROLLE et Patrick GABORIAU, Ethnologis des sans logis, 2003 @ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4402-8

Christian PAPILLOUD

LA RÉCIPROCITÉ
Diagnostic et destins d'un possible dans l'œuvre de Georg Simmel

Postface de Aldo HAESLER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur

Le don de relation. Georg Simmel Logiques Sociales (2002).

-

Marcel Mauss, Paris, L'Hannattan,

ColI.

Simmel und die A'sthetik, Bielefeld, Georg Simtnel Gesellschaft/Universitat Bielefeld (2002), Georg Simmel, Franzosisch- und italienischsprachige VerojJentlichungen. AufsiÙze und Abhandlungen. Mélanges de philosophie relativiste. Contribution à la culture philosophique, GSG 19, Frankfurt/M., Suhrkamp (2002; avec A. Rammstedt et P. Watier).
Mélanges, Bielefeld, Georg Sin1111el Gesellschaft/Universitat Bielefeld (2003 ;

avec C. RoI).

Pierre Bourdieu lesen. EinjÜhrung in eine Soziologie des Unterschieds, Bielefeld, Transcript-Verlag, ColI. Soziale Theorie (2003). Georg Simmels 'Philosophie des Geldes'. Aufsiitze und Materialien, Frankfurt/M., Suhrkan1p (2003 ; avec O. Rammstedt, N. Canto i Milà et C. Roi).

A Cécile

Lorsque on s'assigne

le devoir de prendre position sur les travaux de G. antagoniste, quand on rejette sa
si souvent réservé vis-

Simmel d'un point de vue essentiellement
méthode sur des points importants, concrets quand

on se montre considère

à-vis de ses résultats

que l'on

le plus souvent

de manière

péjorative, quand enfin on estime que sa technique d'exposition

n'est pas

habituelle et la plupart du temps dénuée de génie, - et pourtant, quand on est ensuite bien forcé de se reporter tout sin1plen1ent au point de vue contraire pour constater que cette façon d'exposer est brillante, et plus que cela, qu'elle produit un effet que lui seul peut déclencher et que personne d'autre ne peut in1iter, que presque chacun de ses travaux déborde de réflexions fondamentalen1ent nouvelles et de fines observations, que les conceptions correctes de presque chacun de ses livres, tout con1n1e les fausses d'ailleurs, poussent à penser par soi-même plus loin, que face à ce travail, la plupart des intellectuels, même les meilleurs vulgaire tintamarre, qu'enfin épistémologiques d'entre eux, ne sen1blent avoir produit qu'un dite des fondations

la même chose peut-être

et méthodologiques

de son oeuvre, là où vraisemblablement

on l'attendait le n10ins, que surtout Simn1el, mên1e s'il n'est pas toujours sur
le bon che111in, n1érite C0111plèten1ent son ren0111 de pren1ier penseur et de fi-

gure emblématique lègues universitaires

capable de stinluler la jeunesse

acadélnique

et les col-

(...), alors on peut légitin1enlent se denlander à quoi

riment ces contradictions.

Max Weber
Georg Simmel aIs Soziologe und Theoretiker der Geldwirtschafi

PRÉAMBULE Georg Simmel (1858-1918) n'écrit pas l'un de ses derniers articles à caractère journalistique « Panta rhei » (1917 ; Archive Simmel, Université de Bielefeld) pour donner dans « l'art pour l'art ». A travers l'évocation d'Héraclite et de sa fameuse dia-

lectique des contrariétés, il rappelle l'un des principes centraux, si ce n'est le principe central de sa philosophie sociale: la réciprocité. Les sciences sociales ont largement disserté sur les

significations possibles de cette idée qu'elles exploitent abondamment sans toutefois parvenir à s'en donner une représentation satisfaisante. On ne sait trop que faire de la réciprocité, ni quel statut lui assigner'. Est-ce un a priori théorique nécessaire à la connaissance sociologique? Est-ce un des objets, voire l' ob-

j et par excellence de l'enquête sociologique? Par rapport à ces préoccupations que l'on retrouve explicitement ou implicitement de manière transversale dans l'ensemble des sciences humaines, l'œuvre de Georg Simmel apporte un éclairage original et qui reste aujourd'hui quasiment inex-

1 Godelier l' expri111e au 111ieux, faisant du don une énig111e (M. Godelier, 1996) qui renvoie à celle de la réciprocité, comnle l'ont bien compris les chercheurs contenlporains s'étant attelé à la pensée de Marcel Mauss. Cf. notaInment Weiner (Weiner, 291-307), Karsenti (Karsenti, Caillé (Caillé, 2000). 1980: 71-86), 1994), Dewitte Lacourse (Dewitte, (Lacourse, 1987: 1996 : 102-114) et

ploité. La réciprocité,

suggère-t-il, est un possible de la vie

socio-culturelle. Il s'agit d'une idée qui dénote de la dynamique immanente à nos relations quotidiennes et dont certains aspects se concrétisent dans nos activités pratiques. C'est pourquoi étudier la réciprocité mène à s'interroger sur ce que Simmel considère comme la problématique cardinale des sciences sociales: la relation. Pour en rendre compte, il se penche sur les premières manifestations
wirkungen2. Bien des interprètes de Simmel traduisent la Wechsel-

concrètes de la réciprocité, les Wechsel-

wirkung soit directement par réciprocité, soit par une expression analogue, telle que action réciproque ou interaction. Ils insistent tantôt sur le statut de la Wechselwirkung méthodologique au service du raisonnement comme outil sociologique,

tantôt sur la Wechselwirkung

comme objet de la sociologie.

Donnons-en quelques exemples pris dans la littérature des vingt dernières années.

« L' objectivation des contenus de notre vie ne dépend donc pas de notre n10rtalité n1ais de l'objectivité 1988 : 4). 2 Par éconon1ie littéraire, nous rendrons le n10t Wechselwirkung par les expressions françaises «effet( s) réciproque( s) ou « effete s) de réciprocité» dans la suite de notre texte. Sans être la meilleure fom1ulation possible du mot allemand Wechselwirkung, elle nous paraît toutefois que l'interaction sociale produit» (Hahn,

12

«L'action

réciproque

(Wechselwirkung)

est au centre de la démarche

concrète de Simmel. Elle exprime justement l'incessant jeu de variations dans les interactions humaines. (...) L'idée de l'action réciproque exige tout

d'abord que l'on prenne en compte l'idée que Simmel se faisait de l'action. (...) Le concept d'action implique à son avis que l'on organise les moyens en vue d'atteindre une fin détern1inée et particulière qui rende cohérente l' entreprise singulière à laquelle on se livre» (Freund, 1992 : 71-72).

« Il (Simmel) propose de concevoir la société comme un tissu de formes d'interactions et indique que la tâche de la sociologie est d'étudier ces interapparaissent et réapparaissent à diverses époques et

actions telles qu'elles

dans différents contextes culturels»

(Coser, 1977 : 193).

« Les a prioris de l'interaction

sociale apparaissent non pas dans l'esprit

du sociologue, mais dans l'esprit des acteurs qu'il ou qu'elle étudie. Pour que les personnes interagissent, elles doivent se former une image les unes des distordre son indivi-

autres. Par exen1ple, ceci signifie observer quelqu'un,

dualité concrète, lui ajouter ou lui soustraire un certain nombre de caractéristiques. Nous faisons des généralisations personne que l'autre représente, à propos des autres selon le type de idéalisée de

en regard d'une conception

l'autre et selon les qualités de ces autres pris en tant que membres d'un ou de plusieurs groupes sociaux. Nous concevons l'autre con1me fonctionnant de celui- ci »

sin1ultanénlent
(Levine,

à l'intérieur

d'un rô le social et à l'extérieur

1988 : 12).

« Sinlmel adopte la n1éthode de Kant d'abord pour apprécier une analyse ou un objet d'étude et ensuite pour s'interroger sur les conditions qui les

s'adapter de nlanière suffisamnlent souple à l'univers de significations que la Wechselwirkung évoque.

13

rendent possibles. (...) Et il reprend de Kant le concept fondamental d' interaction ou de communauté. (...) Simmel adopte cette notion et maintient qu'il s'agit de la condition de l'interaction ble » (Adair- Toteff, 1994 : 3). réciproque rendant une société possi-

La liste pourrait être facilement allongée, malS nous serIons déjà convaincus qu'en disant réciprocité, nous aurions en même temps simplifié le vocabulaire et compris ce que Simmel voulait dire par Wechselwirkung3. Il s'agit soit d'un élément de méthode, soit de l'objet investigué. Le procédé est bien pratique, mais trop réducteur4. Il mène à considérer l'idée de réciprocité sous l'une ou l'autre de ses deux facettes. Or, pour Simmel, elle tient des deux à la fois; la Wechselwirkung les lie irréductiblement l'une à l'autre. A la notable exception de Heribert Becher

(Becher, 1971), la littérature secondaire sur Simmel laisse dans le flou la Wechselwirkung et l'idée de réciprocité qu'elle évoque. A priori, le fait ne surprend pas. Simmel n'a pas écrit sur la Wechselwirkung. Toutefois, il écrit chaque texte à l'aide de la

3 Aron (Aron, 1981: 27) et Jankélévitch (Jankélévitch, 1925 : 213-257 et 373-386) auront été trop vite en besogne en ayant identifié Wechselwirkung et réciprocité, même si dans le cas de Jankélévitch, l'identification reste hésitante, ce qui doit sans doute à sa connaissance plus approfondie de Simmel. Un travail comparatif sur ce dernier point permettrait d'y voir plus clair. 4 Simmel l'a bien vu, puisqu'il charge le tenne Gegenseitigkeit d'exprimer ce que le sens comn1un entend banalement par le « donnant-donnant» de la réciprocité (cf. Sin11nel, GSG 6, 1900 : 55-93, 585 et sq.) et réserve à la Wechse/wirkung le privilège de livrer toutes les facettes de l'idée de réciprocité, y con1pris celle-ci. 14

Wechselvvirkung, si bien qu'on peut la considérer comme le principe organisateur de sa pensée et de son œuvre5.
Cette lacune est d'autant plus lourde de conséquences que l'on identifie couramment sociologie relationnelle. Simmel au père fondateur d'une

Or, un examen plus complet de la

Wechselwirkung montre indubitablement qu'il propose non pas une sociologie relationnelle, mais une sociologie de la relation. L'enquête menée sur l'idée de réciprocité à travers la reconen est le prolérelationnelle» et

struction de l'univers des Wechselwirkungen gomène. La distinction entre «sociologie

« sociologie de la relation» a quelque chose de la blague de potache. C'est, pourrait-on penser, un mauvais jeu de mot. En effet, quelle est la différence? Elle est colossale, nous dit

Simmel, dans la mesure où contrairement à la seconde expression, la première n'a pas de sens. La sociologie n'est pas en soi quelque chose qui relie. En revanche, la pratique de la réflexion sociologique conduit le chercheur à envisager des liens entre des objets variés. En analysant comment ces liens se développent, on en vient à comprendre comment ces objets sont devenus possibles. Telle est la perspective de recherche que Simmel

propose. Etudier la Wechselwirkung affranchit le sociologue

5 Sur ce point, voir notamment

Levine

(Levine,

1992 : 77-107).

15

d'un a priori ou d'une norme de réciprocité6, sans réduire la réciprocité aux logiques comportementales des acteurs sociaux,
mais pour comprendre comment elle est possible. A partir de là, tout reste à faire. Une méthodologie adaptée à l' obj et doit être mise en place, susceptible de délivrer la méthode de sa dépendance au seul sujet connaissant ou aux faits empiriques. Ce projet constitue la base du relativisme sociologique de Simmel et le nerf de son épistémologie, qu'il présente dans les termes les plus classignifie avant tout que la connaissance

siques. « Relativisme»

sociologique gagne son statut scientifique à partir du moment où elle prend en considération la diversité irréductible des faits sociaux. La Wechselwirkung est le berceau de cette diversité, dont le sociologue peut tirer des « (...) principes régulatifs, n'offrant que des points de repère à la progression du savoir. Les abstractions, les simplifications ou les synthèses ultimes et suprêmes de la pensée doivent alors abandonner leur prétention dogmatique de clore ce savoir» (Simmel, GSG 6, 1900 : 106). Le relativisme affranchit la sociologie des mythologies du langage savant et des «jargons de la vraisemblance» (Adorno,

6 C'est tout le problèn1e que pose la conception de la norn1e de réciprocité chez Gouldner (Gouldner, 1960: 161-178), dont le caractère abstrait de « règle» ne rend pas bien compte du développement concret de nos rapports sociaux. En effet, ils ne respectent que très rarement une règle de réciprocité. Ils en évoquent plutôt l'idée ou la possibilité à un degré variable. 16

1974). Le sociologue découvre son savoir marqué de l'effet de réciprocité, de la Wechselwirkung dont il remarque les effets sur son propre rapport au monde en analysant les relations des autres.

Les règles de la méthode sociologique

«La

sociologie

est donc,

en relation

avec les SCiences

existantes, une nouvelle méthode, une auxiliaire de la recherche, permettant d'approcher les phénomènes de tous ces domaines par une voie nouvelle. Elle ne se comporte pas autrement qu'en son temps l'induction, qui, en tant que nouveau principe de recherche, pénétra toutes les sciences possibles, s'y ac-

climatât et apportât de nouvelles solutions aux problèmes déjà existants» (Simmel, GSG Il, 1908: 15-16). La sociologie

générale que Simmel décrit ici se rapporte à l'ensemble des relations entre des faits sociaux situés à des niveaux épistémologiques distincts (Simmel, GSG 16, 1917 : 82). Bien qu'elle regroupe toutes les sociologies spéciales et tous leurs niveaux d'analyse, elle n'est pas un simple mélange de disciplines

(Simmel, GSG Il, 1908 : 14-15). Il s'agit d'une synthèse des sciences humaines qui possède sa spécificité et son unité propre.

17

La pensée

du

chercheur

circule

constamment

entre

sociologie générale et sociologies

spéciales (du droit, de la

religion, etc.). Son regard propre s'y conserve indépendamment des faits sociaux considérés: « Elle (la sociologie) devient une

science spéciale au sens où la théorie de la connaissance l'est

également devenue

-

toutes différences évidentes de méthodes

et de résultats considérées -, dans la mesure où elle a abstrait les catégories ou fonctions de la connaissance en tant que telles de la multiplicité des connaissances de choses particulières. Elle appartient au type de science dont la spécialité ne se situe pas dans le fait de subsumer son objet à d'autres sous un concept général et abstrait (comme c'est le cas de la philologie classique et de la germanistique, ou de l'optique et de l'acoustique), mais dans le fait de déplacer un domaine entier d'objets sous un nouveau point de vue. Ce n'est pas son objet, mais sa manière de le considérer et d'en tirer une abstraction particulière qui la différencie des sciences socio-historiques » (Simmel, GSG Il, 1908 : 22-23)7. Et l'auteur de conclure: «Ainsi, la sociologie,

en tant que science particulière, pourrait également trouver son obj et particulier en ceci qu'elle ne dégage qu'une nouvelle ligne à travers des faits déj à parfaitement connus en tant que tels

7 Simn1el distingue égalen1ent des parties de la sociologie générale, telle la « sociopsychoIogie », qui doit étudier les phénomènes de groupes (SiI11111el, GSG Il, 1908: 625), ou la «sociologie intérieure» (Sinl111el,

18

(. ..)>> (Simmel, GSG Il, 1908 : 17). Cette «nouvelle

ligne»

peut prétendre à la légitimité scientifique si elle se pourvoit d'une méthodologie qui respecte les critères de toute méthode

scientifique. Al' époque, comme l'avaient décrit Claude Bernard et Emile Durkheims, ces critères sont importés des sciences naturelles. Ils supposent: l'extériorité aux faits, garante de la

neutralité axiologique du chercheur, la détermination des causes des phénomènes sociaux, et leur classification. Une démarche intellectuelle suivant ces exigences se développe dans un but compréhensif, malS encore explicatif). La

non seulement

rigueur avec laquelle elle est mise en oeuvre permet une vérification des hypothèses ayant guidé la recherche, et au-delà, la production d'hypothèses supplémentaires/complémentaires

pouvant stimuler des recherches futures.

GSG I I, 1908: 664-665), chargée d'analyser la variété des relations hunlaines à partir des plus inlperceptibles d'entre elles. 8 Sur ce point, voir le rapprochenlent entre les deux auteurs effectué par Michel (Michel, 1991 : 254-299 notanlnlent), discuté à plusieurs reprises, nlais de nlanière peu extensive, dans l'ouvrage de Borlandi et Mucchielli (Borlandi, Mucchielli, 1995). 9 A cette dichotomie entre conlprendre et expliquer se rattache la division correspondante des sciences inaugurée par Dilthey (cf. Einleitung in die Geisteswissenschaften. Versuch einer Grundlegung fur das Studium der Gesellschafi und der Geschichte, en particulier: Dilthey, 1966 : 1-79) entre sciences de l'esprit (Geisteswissenschaften) et sciences de la nature (Naturwissenschafien). Sinlnlel refuse cette dichotonlie. Il part du principe d'une connaissance spécifique de la société, à la fois cOl11préhensive et explicative, possédant sa légitinlité épisténlologique propre. Pour une contribution sur le problème de la théorie socio-culturelle de Dilthey, et pour pouvoir apprécier sa distance à Simnlel, voir notamment Johach (Johach, 1984 : 92-128) et Acham (Acham, 1985 : 9-52).

19

Par exemple, le sociologue ne cherchera pas à prouver la vérité ou la fausseté d'une croyance religieuse. Il en cherchera la forme, il observera en quoi elle se distingue ou se rapproche de telle( s) autre( s) forme( s) de croyance pour comprendre la signification sociologiques de la religion. Tous les écrits spécifiquement de Simmel, comme «Das Problem der Socio(GSG Il, 1908) ou

logie» (GSG 5, 1894 : 52-62), Sozi%gie les Grundfragen der Sozi%gie

(GSG 16, 1917 : 59-150) repré-

sentent l'application systématique de ce principe. La sociologie est l'étude des formes sociales. Le moyen de l'étude, nous dit Simmel en s'inspirant de Kant, est l'analogie!o. Pour Kant, l'analogie permet de connaître les rapports

qualitatifs des éléments (naturels, sociaux, culturels, etc.) entre eux, à défaut d'être un mode de connaissance donnant directement accès à ces éléments. Kant parle à ce propos d'analogie de l'expérience: «En philosophie, l'analogie n'est pas l'identité

de deux quantités, mais l'identité de deux rapports qualitatifs, où je peux établir à partir de trois membres donnés un rapport à

10 Kracauer aura donné une bonne idée du procédé d'analogie utilisé par Sin1n1el, tout en le distinguant de la con1paraison et donc de la n1éthode con1parative : «(...) si l'analogie est si riche pour l'esprit et si surprenante, cela tient au fait que le concret en est la preuve (...). La c0111paraison est en revanche une création de l' in1agination, la force d'une in1age touchante; nous l'évaluons de manière esthétique mais n'exigeons pas moins d'elle qu'elle soit frappante et éclairante, c'est-à-dire qu'elle puisse exprin1er clairement et complètement ce que nous éprouvons par rapport à un objet» (Kracauer, [1920/21] 1990 : 140). 20

un quatrième, mais où ce quatrième membre ne peut être donné a priori et n'est pas connaissable en lui -même; j'obtiens toutefois une règle et une remarque relevant de l'expérience. Une analogie de l'expérience ne sera dès lors qu'une règle selon laquelle 1'unité de l'expérience doit naître de la perception (qui n'est pas la perception au sens empirique du terme), et vaudra comme fondement non pas constitutif, mais simplement régulatif des objets (des phénomènes) » (Kant, 1995 : 222-223). En d'autres termes, l'analogie est une «pédagogie métho-

dologique », dont Simmel fait le cœur de la démarche sociologique. Elle ne vise pas à démontrer, mais à faire comprendre dans un autre langage les mots d'une langue particulière à l'aide de métaphores et d'exemplesll. A la manière de la peinture ou de la sculpture, la représentation par métaphores et exemples ne mène pas à une reproduction fidèle de la réalité. Elle rend compte d'une des formes possibles de cette réalité capable, par sa propriété suggestive, d'en exprimer les autres formes, le mot

Il

Vaihinger donnera une claire description des rapports qui lient analogie, fiction et discours scientifique. Mênle fausses, les analogies et les fictions servent l'entreprise de la connaissance: « Une question inlportante se pose très souvent, à savoir dans quelle mesure une telle analogie est-elle 'réelle', hypothétique, fictive. Cette question est inlportante depuis que l'on établit des analogies entre l'état, ou une société, et un organisme par exemple; c'est justement dans des cas de ce genre que le manque d'une théorie logique liée à cette méthode se fait cruellelnent sentir. Car même là où de telles analogies sont purement fictives, conl1ne lorsque l'on compare la société à un organisnle hunlain, elles nlènent pourtant souvent à des lois théoriques justes» (Vaihinger, 1913: 45). 21

« réalité» évoquant chaque fois chez Simmel des relations, des

Wechselwirkungen12 : « (. ..) il s'agit de dévoiler les fils ténus,
les relations minimales entre les hommes, dont la répétition continue fonde et porte toutes ces formations plus importantes, devenues objectives, dotées d'une véritable histoire. Tous ces processus primaires qui forment, hors du matériau individuel, une société, sont des effets réciproques; ils ne se donnent pas

au regard théorique de manière habituelle, et doivent faire l' objet de considérations formelles différentes de celles ayant trait aux processus et aux formations plus abstraits et plus compliqués ; il faudra prouver que ce sont des formes sociales, des parties de la sociation. Ces modes relationnels apparemment incompréhensibles doivent susciter une attention d'autant plus a coutume de ne pas les voir»

soutenue que la sociologie

(Simmel, GSG Il, 1908 : 34-35). L'analogie et son cortège de métaphores et d'exemples doivent épurer une méthode dont le but est la reproduction en « images »13 des processus relationnels'4. Quelles analogies retrouve-t-on chez Simmel ?
12 Il y a certainement sur ce point une affinité entre Simmel et Wittgenstein. Les exemples, chez l'un comme chez l'autre, semblent « montrer» ce qui ne peut se « dire », à savoir les Wechselwirkungen. Nissen comprend ainsi l'utilisation des métaphores et des exemples chez Simmel (Nissen, [192526] 1990: 219 et sq.). Moscovici va également dans ce sens (Moscovici, 1992 : 225-236). 13 Sin1n1el en1ploie l' in1age dans le sens méthodologique que Ceynowa décrit ici: «(...) les théories scientifiques seraient n10ins des représentations de la réalité que les instrun1ents pern1ettant de la comprendre. Le point de départ permettant de fonder cette thèse suppose que l'intellect

22

Il effectue des analogies entre divers domaines scientifiques dans le but de tirer des enseignements pour la méthode sociologique (Simmel, GSG Il, 1908 : 25). Ainsi, pour répondre à la question « En quoi la sociologie est-elle scientifique? », il faut se donner une idée de la scientificité d'autres sciences plus établies, comme la botanique, la géométrie, la biologie, la physique, la chimie, etc. Toutes ces sciences partent d'axiomes, que l'on ne peut prouver botaniquement, géométriquement, quement ou mathématiquement. pour la sociologie: biologi-

Il doit donc en aller de même

« On pourrait alors comprendre ce qui de la société' , comme la géométrie caracté-

société est véritablement'

rise ce qui dans les choses spatiales est véritablement leur spatialité » (Simmel, GSG Il, 1908 : 25). L'important pour la méthode sociologique, nous dit Simmel, est qu'elle soit un langage spécifique et cohérent. Les analogies entre sociologie et art permettent d'en prendre conscience.

humain a originellement une fonction pratique. Son devoir réside dans la formation d'une image du monde qui permette l'établissement d'habitudes con1portementales. L'image vaut dès lors comme 'image correcte' et oriente les actions, les mène vers tels résultats qui correspondent aux buts des actions» (Ceynowa, 1993 : 9). 14 L'analogie est bien pour Sin1mel un n10de de connaissance qui diffère de la fom1ation des concepts, telle qu'elle est décrite par Kant (cf. Kant, 1995 : 594), pour ouvrir les concepts aux in1ages. De ce point de vue, l'image a autant de valeur que le concept pour comprendre et connaître.

23

L'art parle le langage de la représentation ou de la reproduction par l'image 15.Il exprime différentes façons typiques de transcrire la forme des caractères humains dans un autre vocabulaire: «L'étrangeté, que l'opinion chrétienne avait située

entre le corps et l'âme, se reflète dans le hasard, situé dans l'art d'avant Michel-Ange entre la structure anatomique du corps et celle du mouvement effectué par ce corps» (Simmel, GSG 14, 1911 : 309). L'art rend le sociologue attentif à l'importance la distance entre l'observateur de

et ses obj ets, distance où se

développent les façons dont nous nous représentons ces objets. Comme le sculpteur ou le peintre, le sociologue doit exprimer l'idée de société en reproduisant dans un langage la façon dont les contenus sociaux s'objectivent dans des formes sociales. A l'instar de Meunier et Rodin, « (...) les porteurs ou les miroirs

de la culture (...)>> (Simmel, GSG 14, 1911 : 330), le sociologue porte le miroir de la « société». Les analogies avec le domaine religieux servent également la méthode sociologique. Le religieux, le moine, la sœur, le curé ne cherchent pas la signification de Dieu. A l'aide de ce nom, ils expriment le principe selon lequel ils mènent leur existence, ce pourquoi «Jusqu'ici, la religion a survécu aux religions

(. ..)>> (Simmel, GSG 14, 1911 : 369). Simmel ne dit rien

15 Sur ce point, voir notamment Backes, 1995 : 7-33).

la contribution

de D6rr- Backes (D6rr-

24

d'autre qu'il n'affirmait

déjà à propos de l'art, à savolrque

« (...) la religion ne signifie pas posséder une capacité mais posséder un être religieux, qui fonctionne religieusement pour ainsi dire, comme notre corps organique fonctionne organiquement» (Simmel, GSG 14, 1911 : 370). De même, la société Il ne s'agit pas de la considérer

fonctionne « socialement».

comme une entité abstraite au-dessus des hommes, mais comme le principe de certaines idées ou de certains modes de fonctionnement humains. Tout comportement, tout objet (la anse, de la porte et du pont, de l'habit, etc.), chacun d'entre nous est donc susceptible de traduire et transcrire l'idée de « société ». L'usage de l'analogie, le recours aux métaphores et aux

exemples doivent donc permettre à la sociologie de cerner les éléments qui interviennent dans le processus de mise en forme du social. Une fois ces éléments réunis, il est alors possible d'expliquer, même grossièrement, l'institution aussi bien que le développement de la société et de la culture, de la naissance des raisons qui les fondent jusqu'à leur existence concrète. Cette

explication ne préjuge ni de la complétude ni de la vérité de son propos, tant son objet est complexe, mouvant, irréductible dans son développement in .fine à un schéma moyen-fin. Le socio-

logue doit donc revenir à des exigences modestes et concrètes, sans croire que la réalité «(...) dans sa totalité; peut être atteinte directement

au contraire (elle) doit être comprise à partir

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d'une série de points de vue spécifiques, développés vers une pluralité d'objets scientifiques indépendants les uns des autres» (Simmel, GSG Il, 1908 : 36Y6. Il faut observer les liens entre
variables indépendantes, nous dit Simmel, pour comprendre

leurs rapports à de possibles variables dépendantes. De proche en proche, nous obtenons alors une interprétation riée» du sociall?, susceptible d'expliquer «multiva-

la formation des so18.

ciations humaines sans en réduire la complexité

Cette démarche n'est pourtant ni inductive, ni vraiment déductive. Certes, Simmel privilégie une approche déductive du social, notamment dans Philosophie des Geldes (Simmel, GSG

16 Il s'agit dès lors, par la multiplication des points de vue, d'ouvrir les objets étudiés par les sciences hunlaines à d'autres méthodes. Telle est la caractéristique principale du pluralisnle méthodologique sÎlnmélien : «Il (Sinl111el) plaide pour un pluralisme ll1éthodologique, chaque ll1éthode pouvant être légitinle et opportune suivant la nature du problème à traiter» (Freund, 1989 : 282). Levine (Levine, 1988 ; 1992 : 77-107) Ie nlet également bien en évidence. 17 Cette façon dont Simmel raisonne est bien soulignée par Matthias Junge, qui la nomme, en s'inspirant de Levine (Levine, 1984: 318-387), la « multiperspectivité ». Ce n'est pas seulement la façon dont Simmel raisonne, précise Junge. C'est encore une manière conséquente d'accorder la structure de son raisonnement à sa conception de la modernité: «La nlultiperspectivité expérinlentale n'est pas seulenlent un moyen méthodologique, Inais égalenlent une conséquence du diagnostique sociologique que Sinl111elétablit pour son époque. (...) Pour Sinl111el,la nlultiperspectivité est encore suggestive pour des raisons qualitatives, car l'auteur ne partage pas la conception d'une unité de l'époque moderne; il en accentue plutôt le caractère dualisable et l'ambivalence» (Junge, 1997b : 5). 18 Selon Kracauer, le pluralisme de Simmel a pour avantage d'offrir à la sociologie des critères épisténlologiques originaux, et partant de stabiliser la valeur de ses conceptions, descriptions et explications (Kracauer, [1920/21] 1990: 150 et sq.). 26

6,1900 : 155) etSoziologie

(Simmel, GSG Il,1908

: 162-163).

Mais n'oublions pas qu'il cultive en parallèle ce positivisme à tendance darwiniste qui marque ses premiers ouvrages (cf.

Simmel, GSG 2, 1890 : 109-296), reprenant abondamment les résultats de l'ethnologie pour asseoir ses thèses sur la produc-

tion du langage ou la psychologie du chant. De manière correspondante, il parlera d'une « 'sociologie pure' », la sociologie appropriée selon lui à l'étude inductive des formes sociales (Simmel, GSG 16, 1917 : 82-83). Cette hésitation à utiliser la déduction ou l'induction traduit l'indifférence relati ve de

Simmel au donné et à la donnée de terrain, même s'il demeure attentif aux problèmes épistémologiques que pose tout abord du il vise

concretl9. Car s'il invente certains de ses exemples,

chaque fois au cœur de l'alchimie des relations humaines quotidiennes, pour les comprendre et pour en suggérer la variété des modes de fonctionnement.

19 Dans un fragn1ent où il résume l'évolution de la pensée de Simmel, Kracauer décrit la préoccupation centrale de l'auteur ainsi: « questionner la formation de la concrétisation de l'âme» (Kracauer, 1957 : 48). Cette formulation d'apparence mystique traduit pourtant au mieux le projet méthodologique que Simmel propose à la sociologie. Il ne sert à rien, suggère Simmel, de prendre pour acquis un principe de vie ou l'existence concrète de la vie, pour développer ensuite une démarche sociologique soit déductive, soit inductive. Il faut plutôt se demander si ce que nous nommons « vie », ou pour reprendre le mot de Kracauer « ân1e », peut se n1atérialiser dans la vie quotidienne, et si oui, à quelles conditions et sous

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Comprendre

« Tout comprendre

est de façon immanente

un reproduire;

aussi loin que nous remontions à l'origine d'un processus de pensée, nous nous rapprochons des racines où le genre humain se tient depuis toujours, et à travers lesquelles chaque relation a lieu, où l'un comprend, c'est-à-dire reproduit, ce que l'autre

pourtant ne pouvait exprimer qu'en signes extérieurs à luimême» (Simmel, GSG 5, 1896 : 146). Comprendre, c'est être capable de reproduire la signification de la société dans les

termes des relations qui la représentent. Ce n'est ni aller au réel ou au fait, ni construire un système idéal du monde dans un langage philosophique, moral, historique ou encore sociolo-

gique. Comprendre revient avant tout à exprimer une idée et à vérifier dans quelles conditions elle peut être maintenue en

fonction de sa possibilité d'exister dans le monde. « Rechercher l'éternel dans le transitoire» synthétise en une formule le sens

de la démarche compréhensive de Simmel. Le regard sociologique se forge à partir du comprendre

comme relation entre notre représentation des choses et les choses dans le monde, relation qui se manifeste dans des formes de la connaissance. Simmel envisage ce rapport comme un « (. . .)

quelles formes. Ce principe méthodologique que Kracauer exprime ici dans toute sa généralité guide l'analyse simmélienne de la réciprocité.

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phénomène originaire, dont on ne peut désigner aucune cause, dont on ne peut nommer que certaines des conditions extérieures et seulement quelques conséquences de son apparition» (Simmel, GSG 14, 1911 : 272). Il s'agit donc d'approcher les phénomènes étudiés à partir de l'extérieur pour rechercher les conditions qui les rendent possibles. Le contenu du phénomène en lui -même n'est intéressant pour le sociologue que dans la mesure où il entretient un rapport avec les formes de ce phénomène. Ces dernières légitiment la scientificité de la recherche sociologique. Le comprendre possède donc, en tant que méthode, deux facettes qui se suivent logiquement dans le déroulement de l'investigation:

1. l'étude des relations entre les formes et les contenus des phénomènes; 2. l'approche extérieure de ces phénomènes, à partir de

leurs conditions de possibilité.

Le comprendre, en tant que reproduction, tion d'abstraction

suppose une opéra-

qui isole les phénomènes des processus de vie

dans lesquels ils se situent. Mais comprendre n'est pas seulement abstraire; il suppose

également la prise de conscience de cette opération et la reconstruction des processus dans lesquels les objets et les formes de

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connaissance

que nous en avons continuent à se développer. peut faire appel à toutes sortes de situa-

Cette reconstruction

tions, réelles ou fictives (Simmel, GSG Il, 1908 : 65), or, son but est chaque fois identique: relativiser la compréhension

obtenue de la démarche d'abstraction réalisée par le chercheur. En effet, tout comprendre est relatif non seulement à l'objet et à la forme de la connaissance que nous en avons, mais encore aux relations de cet objet à d'autres objets ainsi qu'à d'autres formes de connaissance (Simmel, GSG 16,1918 : 174). La compréhension phénomènes comme méthode d'investigation premièrement, des com-

mène à deux conclusions:

prendre ce n'est pas chercher une mimesis avec l'objet. Le sens même du mot comprendre suppose toujours d'une part une non identité entre le sujet comprenant et le sujet/objet à comprendre, et d'autre part une Wechselwirkung, l'autre. Deuxièmement, un va-et-vient de l'un à n'a ni

l'acte même de compréhension

commencement ni fin. C'est un rapport au monde et aux autres qui se modifie perpétuellement. complémentaires manière suivante: Chez Simmel, ces deux aspects se laissent résumer de la

du comprendre

a) «Il n'y a pas besoin d'être César pour

comprendre César» ; b) le comprendre est un Tu.

a) Dans Philosophische

Ku/tur (GSG 14, 1911:

159-460),

Simmel imagine une rencontre entre deux personnes provenant

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