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La reconstruction transculturelle de la Justice

De
218 pages
Dans le contexte de la présente mondialisation, les cultures prétendent être les seules formes de vie justifiables. Mais la guerre pour les divers monopoles culturels réactive les fondamentalismes de toutes les religions et transforme les cultures en pouvoirs. L'objet de cet ouvrage est de reconsidérer les relations entre mondialisation, communautés et individus en situant les unes par rapport aux autres les cultures et les valeurs authentiques sur lesquelles elles sont fondées.
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LA RECONSTRUCTION TRANSCULTURELLE DE LA JUSTICE
MONDIALISATION,
COMMUNAUTÉS
ET
INDIVIDUS
CollectionPerspectives transculturelles dirigée par J. Poulain, H.J. Sandkühler et F.Triki
La réduction de la mondialisation à la globalisationéconomique ne fait pas justice au développement des diverses cultures du monde. Ce développement ne saurait en effetêtre réduit à ce que désire en faire le Fonds Moné une affaire ntaire International :égociable en termes purement économiques. Il exige un védialogue interculturel qui ne se contente pasritable de laisser cohabiter les cultures comme des traditions fermées qui ne désirent saffirmer quaux dépens des autres. Ce dialogue doit pouvoir faire appel aux formes les plusévoluées et les plus réfléchies des diverses cultures qui constituent le patrimoine mondial de lhumanité. Cette collection entend participer à ce dialogue en mobilisant tout le potentiel critique des sciences humaines et des philosophies contemporaines pour dégager ce quil y a de véritablement universel dans ces différentes cultures, pour mettre en lumière ce qui résiste en elles à la critique mutuelle quelles exercent les unes à léet pour valider ce que dgard des autres, écouvre lexpérimentation mutuelle inédite qui se propage ainsi. Luniversalisation effective quelles parviennent à effectuer delles-mêmes doit pouvoir distinguer ses propres résultats des effets polémiques de la guerre des cultures, de cette guerre quengendre le désir qua chacune détendre son hégémonie sur les autres. Elle ne forge unêtre humain capable dintégrer en lui leurs multiples richesses quen laissant advenir à la parole cette autocritique transculturelle, par laquelle advient à lexistence le monde commun auquel elles aspirent.
©LHARMATTAN, 2011 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris htt : www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan wanadoo.fr harmattan1 wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55360-6 EAN : 9782296553606
PERSPECTIVES TRANSCULTURELLES Collection dirigée par J.Poulain, H. J. Sandkühler et F. Triki _________________________________________
Jacques Poulain, Fathi Triki et Christoph Wulf (Ed.)
LA RECONSTRUCTION TRANSCULTURELLE DE LA JUSTICE
MONDIALISATION, COMMUNAUTÉS ET INDIVIDUS
Tous nos remerciements à permis la rencontre entre les
la Commission allemande pour lUNESCO qui a participants à ce volume ainsi que la publication de ce volume.
Introduction
La reconstruction transculturelle de la justice
par Jacques Poulain, Fathi Triki et Christoph Wulf
Lexpérimentation libérale de la justice et la guerre des cultures
Dans le contexte de la présente mondialisation, les cultures prétendentêtre les seules formes de vie justifiables. Mais la guerre pour les divers monopoles culturels réactive les fondamentalismes de toutes les religions et transforme les cultures en pouvoirs qui affirment aussitôt la puissance et luniversalitéde leur esprit critique et linvaliditéde lesprit critique des autres cultures. Les cultures sont en effet tentées de mimer la chasseéconomique globale aux monopoles et de simposer elles-mêmes comme la vérité universelle de la vie humaine et des sociétés, en faisant disparaître les autres cultures à la faon dont la compétition commerciale et la croissance économique généralisée se trouvent complètement balayées par lapparition des monopoles commerciaux. Aussi tendent-elles à se dispenser dopérer toute critique à légard delles-mêmes. En agissant ainsi, elles se disquali-fient comme cultures car elles suivent le modèle dune expérimentation totale de l’être humain, inspirées en cela par le modèle libéral qui leur est sous-jacent. Pour maximiser la satisfaction des désirs tout en respectant la liberté de tous, lexpérimentation libérale de l’être humainérige le consensus entre partenaires sociaux comme la seule instance capable de juger les hypothèses de vie expérimentées dans la vieéconomique et culturelle. Ce consensus savère puissant et saffirme comme la seule puissance culturelle qui semble fonder comme telles tant les communautés globales que les communautés locales. Cela se produit à la faon dont lexpérimentation scientifiqueétablit un accord entre lhypothèse scientifique et le monde visible, considérant ainsi cet accord comme la plus haute forme de confirmation de sa vérité. La justification de ce transfert de lexpérimentation scientifique dans la vie sociale est simple : la réponse du consensus social sembleêtre aussi indépen-
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dante du désir des partenaires sociaux de valider leur expérimentation économique ou culturelle que lest la réponse du monde visible à légard du désir des scientifiques de voir leurs hypothèses confirmées. Dans ce contexte, cest un communautarisme ferméqui paraît caractépseudo-politique des sectarismes religieux : ilriser la renaissance implique sans aucun doute une sorte de marginalisation des individus. Car il mime lui aussi le traitement quimposent aux individus les régimes libéraux Comme lécrit à bon droit Sheldon Wolin :la politique (libérale) des intérêts décourage le développement dune culture civile favorable à la défense des droits, à lapprobation dactions communautaires, elle décourage pareillement lactivitéqui définit la citoyenneté. La politique des intérêts dissout lidée du citoyen considérécomme unêtre pour qui il est naturel de sassembler avec dautres citoyens en vue dagir à des fins propres à la communautédans son ensemble. Elle lui substitue la notion dune pluralité dindividus qui se groupent en fonction dintérêts conflictuels. Lindividu nest pas, dabord et avant tout, une créature civique attachée par des liens qui lui préexistent, à des créatures qui partagent la même histoire, la même communautédensemble, et le même destin quelle. Bien au contraire, homme ou femme, il est qui cadre moyen, qui camionneur, féministe, employéde bureau, cultivateur, ou homosexuel, et comme il est ainsi imméidentifiable, il se trouve naturellement mis à part des autres.diatement Membre dun groupe dintérêts, lindividu reoit uneéducation foncièrement anticivique. On lui apprend que son premier devoir est de soutenir les intérêts de son groupe parce que la politique nest quune lutte en vue de conquérir des avantages. Tout au contraire, il est dun citoyen de décider quoi faire, dans une situation non pas oùlintérêt serait le même pour tous, mais oùil existe des différences qufaut prendre en compte et, autant queil possible, intégrer à la décision. A la différence dugroupie, le citoyen doit acquérir une vision de l’être-en-commun, et penser non pas en exclusion, mais par intégration et compréhension»1. Les fondamentalismes contemporains identifient les partenaires sociaux à eux-mêmes comme des«groupies», comme silétait essentiel à lintérêt du groupe que tous les membres de la communautéaient un intérêt exclusif pour leur communautéfermée et comme silsétaient obligés dobéir aveuglément à leurs prescriptions. Dans les communautés fermées améri-caines, ils doivent se protéger eux-mêmes comme si chaque membre dune communauté étrangère constituait pour eux un ennemi virtuel. Dans les communautés islamiques fermées, ils peuvent obliger les femmes à obéir aveuglément à leurs maris. LUnion européenne se ferme en limitant de faon sélective limmigration desétrangers. Lidentitéde ces groupes ne semble assurée que si et seulement si ce retour aveugle à un totémisme archaque oùle groupe social fonde son unitésur lexclusion de ceux qui lui sontétrangers, la sauvegarde laide des institutionsétatiques.
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Cette expérimentationéconomique et culturelle reste aveugle et les conflits interculturels qui opposent les communautés restent eux aussi également aveugles tant que ces consensus et ces communautés oublient de juger de lobjectivitéde leur consensus et de ces communautés quiémergent dans cette expérimentation culturelle du genre humain.
La reconstruction transculturelle de la justice
Suffit-il de tenter douvrir ces communautés les unes aux autres à laide dun dialogue interculturel ? Ou simpose-t-il de relever le défi auquel lexpérimentation totale de lhomme nous confronte? De reconnaître comment communautés et individus opèrent à travers elle une mutation culturelle qui les obligent à soumettre à un jugement dobjectivitéleurs relationséconomiques, politiques etéthiques comme les sciences dite «dures»prétendent défaire à propos de leurs objets ? Suffit-iljà pouvoir le de le reconnaître ou simpose-t-il dimplanter lusage dun jugement de véritédans la faon dont les individus se forment eux-mêmes et les uns les autres au cœur de cette expérimentation ? La fonction de la critique universitaire est-elle simplement d ?accompagner cette mutation Ou doit-elleêtre déterminante dans la formation dun consensus communautaire éclairétout comme dans la culture de soi dévolue à toute personne ? Lobjet de cette rencontreétait de reconsidérer les relations entre mondialisation, communautés et individus en situant les unes par rapport aux autres les cultures et les valeurs authentiques sur lesquelles elles sont fondées et en explorant leurs capacités à réélaborer une véritable culture de la justice à laide dun dialogue transculturel. Nous avons à réintégrer lusage dun jugement critique et objectif dans cette expérimentation culturelle en validant les formes de vie culturelles qui suniversalisent et saffirment comme conditions de vie universalisables. La restructuration des ressources de recherche dont on a besoin pour cela implique la mobilisation de toutes les forces de jugements critique disponibles : les sciences humaines, la philosophie, lanthropologie de la communication, les sciences économiques et politiques mais aussi la littérature, les arts et lesthétique comme modèles dautocritique animant la créativitéet sa régulation. Cest seulement ainsi que nous pourrons améliorer la compréhension entre cultures, augmenter les potentialités du dialogue interculturel et instaurer, par exemple, une possibilitéde réévaluation des relations existantes entre hommes et femmes dans la culture euro-méditerranéenne. Comme le montrent à lévidence les contributions qui suivent, les résultats désastreux produits dans le développement de cette guerre interculturelle contraignent les communautés et les individus à admettre quils ne sauraient se reconnaître dans ce«dernier homme»auquel le néolibéralisme se vante de pouvoir les réduire. Le seul calcul qui meuve cette mondialisation ne vise en effet quà procurer une maximisation des 9
gratifications au moindre prix possible et à la pérennisation de loligarchie adaptée à cette finalité. Ses résultats sont validés en temps réel : par loracle du marché, par un oracle justifiépar le consensus expérimental réglant ladaptation des rapports sociaux aux progrès scientifiques et techniques. Il tient son rôle de dernière instance au jugement collectif qui reconnaît son objectivitéet valide ainsi la privatisationéconomique et politique du monde au nom de la rentabilitéfonctionnelle de lunification universelle des forces de production : le pouvoir politique na plus pour rôle que de le consacrer dans son rôle et dans lexercice de son rôle, justifiant ainsi le diagnostic portépar Max Weber sur la réduction de léthique à une rationalité fonctionnelle et technocratique. La présente humanitéy est confrontée à elle-même comme à un problème culturel incontournable. La politique elle-même apparaît compro-mise avec une erreur philosophique, celle qui identifiait la dignitéde lhomme à sa capacitéà instaurer une maitrise morale des ses rapports avec ses propres désirs aussi bien quavec les désirs et les actions dautrui. Elle se voit ainsi contrainte dadmettre la faussetéde limage philosophique qui, à la fois, loblige à tenter de sy reconnaître et lui interdit de le faire : lidentification de l’être humain à son idéal moral, poursuivi comme volonté de soumettre à lesprit lêtre irrationnel de désirs, de passions et dintérêts, auquel elle réduit lhomme commeêtre sensible, visant par là à assurer à l’être humain sa propre maîtrise de lui-même à la faon dont celui-ci parvient à maîtriser scientifiquement et techniquement le monde. Lexpérimentation culturelle et totale à laquelle sadonne lêtre humain pour accéder à cette maîtrise de lui-même recèle pourtant la solution de ce problème même si elle semble soumise, elle aussi, à cette recherche de maîtrise. Parce que cette expérimentation tente dinstaurer un consensus communicationnel et démocratique et y reconnaît sa seule source de légitimation, elle ne lui montre pourtant la faussetéde cet idéal moral de maîtrise de lui-même à travers ses effets présents et son incapacitédy trouver la source dune harmonie avec lui-même quen lui révélant la dynamique de communication à laquelle la déficience de ses coordinations biologiques à lenvironnement la contraint à sadonner pour créer institutions et psychisme à limage de cette communication, rendant insignifiants aussi bien cet appétit de maîtrise de soi que la frustration infligée aujourdhui à cet appétit par la mondialisation. Aussi ne peut-elle plus croire aux vertus tranquillisantes de lidéologie néolibérale lorsquelle renvoie cetéchec au hasard qui règne soi-disant dans lexpérimentation néolibérale de la justice. Comme lexprime R. Maté:«il faut dénoncer limposture dauteurs comme John Rawls, dont la théle mot de passe de notre temps, lorsquorie de la justice est il ose affirmer que les inégalités actuelles sont le produitdu hasard. Cestévidemment pouréviter davoir à se poser le problème de la responsabilitéhistorique quil laffirme»2. Aussi le libéralisme fait-il lobjet dune juste 10