La règle du jeu nº33

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Trois dossiers pour ce numéro de la règle du jeu nº33 : 1 - Anna Politovskaia deux articles de la journaliste russe composent ce numéro de la règle du jeu. 2 - Un hommage à Benny Lévy avec les contributions d'Alain Fienkelkraut et de Bernard-Henri Lévy. 3 - Israël, 40 ans après la guerre des 6 jours : des intellectuels et des personnalités politiques nous exposent leur point de vue. 4 - Chronique de Laurent Dispot.
Publié le : mercredi 17 janvier 2007
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EAN13 : 9782246786627
Nombre de pages : 286
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BENNY LEVINAS, MÉLUSIGOLÈNE, ANGOULÊMAURRASSISME
PAR LAURENT DISPOT
 






lettre à Bernard-Henri Lévy après son séminaire du 3 décembre 2006 pour L'Institut d'études lévinassiennes, intitulé « De Rosenzweig à Levinas, l'universel comme question », à la chapelle des Récollets rebaptisée Cité européenne, à Paris, près la gare de Strasbourg, dite de l'Est.
 
Mon cher Bernard, j'ai été passionné par ta longue et rapide belle performance aux sens sportif autant qu'anglo-américain du terme. L'intérêt, l'excitant et la fraîcheur ne cessaient de s'en préciser, d'augmenter et d'accélérer en avançant. Ce fut plus qu'une « conférence », ce mot qui commence mal, et trop souvent ne va pas plus loin. Cette soirée restera comme une prise de parole, de la Parole : en courant vers le haut, drapeau au vent.
contre
Casse-Pipe,
 
Je me revois vingt ans après, vingt-cinq peut-être, seul assistant, avec les techniciens, d'un dialogue entre lui et toi ; enregistré d'avance pour une télévision. Tu avais insisté pour m'y emmener. J'ai le souvenir d'une spécialisation extrême, de votre plaisir commun au jeu d'une sophistication. Je me rappelle avoir perçu comme un évitement que vous ne donniez pas corps à une question qui se posait là, muette, mais j'ai fini par ne « voir qu'elle : celle du nom du réalisateur, Pierre-André Boutang. Fils de ce journaliste de écrivain, philosophe, qui rejoignit De Gaulle à Londres, Pierre Boutang. Adorateur de Maurras, il prétendait pouvoir en écarter l'antisémitisme. Très apprécié de Levinas, de Jankélévitch, de Madeleine Rebérioux, qui l'imposèrent à la Sorbonne comme professeur malgré une cabale de qui mentait sur elle-même. Il ne manquait pas d'un certain souffle. J'ai assisté à un de ses cours sur Antigone : et en effet il aura passé sa vie, pendant un demi-siècle, à partir de 1945, à toiletter le principal cadavre français dans le placard, Maurras. Toi, au contraire, tu allais t'en saisir et le jeter au beau milieu de la tablée. Avec quelle vigueur ! Suscitant quels remous ! Publication de ton se souvient-on que ce fut en... 1981 ? Une date ! Te donnant raison, Jean-François Revel écrivit qu'en effet « tout comme les dirigeants communistes en 1940 trouvèrent spontanément les mêmes mots que les traditionalistes droitiers de la révolution nationale de Vichy, on voit aujourd'hui à la droite du parti gaulliste et à la gauche du parti socialiste la même xénophobie, la même haine de la solidarité européenne, le même désir d'isolationnisme, bref le même maurrassisme ». Et il te décora du grade hors-cadres de franc-tireur, le meilleur puisque le sien, face à d'inattendus vieux maréchaux du Maréchal qui affectaient, contre toi, de se serrer en choeur antique de pères nobles protestataires, en pinailleurs d'insurrection d'un jury de thèse, sans se rendre compte qu'ainsi ils confirmaient en vraie grandeur, sous notre nez, travaux pratiques, ce que tu révélais. Comme ces grouillements quand on soulève une pierre enfoncée dans la mousse, suivis de fuites éperdues. Benny Lévy et toi, quel dommage que vous n'ayez pas parlé du cas Boutang, dans le dialogue filmé par son fils ! Il y aurait là pour aujourd'hui et pour la transmission un fort effet de simplicité quant au souci de tous devant des hommes de qualité, de culture, d'agilité - comme l'était Pierre Boutang -, qui pourtant s'obstinent dans des blocages criants d'absurdité, s'enferrent. On a loupé un morceau « formidable » (Françoise Verny). Nous « avions » l'entêté de Maurras, et nous lui passions cela, comme à un entiché, même un toqué, obsession tenue pour une marotte, et non relevée comme un défi, une mise en demeure de s'exprimer et de s'expliquer. Il n'est peut-être pas, il ne doit pas être trop tard. Car nous "avons" toujours son fils, l'excellent Pierre-André Boutang, qui est un des meilleurs intervieweurs d'Europe, supérieur sur tout autre sujet que le signe de contradiction de son père qu'il ne dissimule pas, avec son nom et son premier prénom. Il est pleinement un fils, pas assez un enfant. L'étymologie du mot « enfant » réside dans le fait de prendre ou pas la parole. Il n'a pas été assez enfant jusqu'à présent, assez « le roi est nu », pour organiser une mise en perspective des impasses idéologiques de son père (alors même qu'il a publié lui aussi un livre sur Maurras). Se faire philosophe, c'est devenir un enfant systématique. Tu viens de l'être, enfant métaphysique, d'où l'impression de jeunesse sous cette voûte superbe de la chapelle des Récollets, poutres apparentes qui semblent appeler à charpenter le discours, à une audace ligneuse et rude de la solidité. J'ai perçu toute l'« espièglerie », même, de ton geste de pensée : au sens allemand d'origine, que le germaniste Levinas aurait pu te développer - celui de Thyll Eulenspiegel, l'étudiant philosophe permanent qui arbore dans son nom deux symboles accolés, la chouette, « Eule », emblème d'Athéna, de l'intelligence/sagesse, et le miroir, qu'il tend à tous ceux qu'il rencontre, celui du « Connais-toi toi-même », de Socrate. Cela n'est pas du côté de ces Allemands qui se prennent pour des Grecs, que j'appelle « la ré-Grécion », que je peux suivre dans le détail de sa généalogie, sans en épargner Hölderlin ; et qui se rencontre en France aussi. Avec l'espièglerie du philosophe, portée à mon avis par Levinas jusqu'à un point de méthode et d'entregent habile, discrètement souverain, on a les signes grecs de la ruse et de l'ironie, qui émigrent, changent de langues, et s'adaptent en restant eux-mêmes ; c'est-à-dire du Jean-Pierre Vernant et du Marcel Détienne ; et non pas cet identitaire universel d'identification qu'est l'hellénisme d'hégémonie et de destruction par assimilation. En devenant français d'allures tout en gardant son corps allemand, le mot « espiègle » est associé à un esprit d'enfance ; cela ajoute à sa dimension philosophique, alors qu'en allemand on reste obligé d'entendre la chouette et le miroir, ce qui n'est pas mal, mais rien d'autre. Je voudrais ne choquer personne en disant qu'il y avait de l'enfant chez Levinas, de cette enfance-là.L'Action française,politically correctIdéologie française :« Spiegel »,
 
Presque au bout de cette première année scolaire à Louis-le-Grand, je sortais de la bibliothèque allemande de l'Institut Goethe, rue de Condé, et en voulant rejoindre le lycée de la rue Saint-Jacques, je suis tombé sur une foule en mouvement qui inondait le boulevard Saint-Michel. C'était le printemps. Ils avaient tous à peu près le même âge. Des congénérationnaires. On était le 3 mai 1968. J'ai vu le premier pavé entrer dans le premier pare-brise d'une camionnette de flics, qui mit d'un coup les gaz pour fuir en zigzaguant, à quelques mètres de moi. Je ne réalisais pas. Il y eut un instant de suspension, de stupeur, d'incertitude : l'autorité cédait, abandonnait, et quelque chose s'ouvrait d'un coup devant nous, mais trop vaste, vide. Nous étions très exactement en dessous de cette fenêtre d'hôtel dont on disait qu'avait pissé notre anti-rois Arthur. Manneken Piss mythique de la modernité. Pas question de ne pas se laisser gagner et emporter par le boulevard devenu torrent où l'on était comme un poisson dans l'eau. Impossible de le traverser à l'ordinaire. Rentré à Louis-le-Grand, des heures après, je ne n'y étais plus. Plus jamais je n'aurais cet âge, course contre la montre du Nevermore, appliquer le programme : « On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». Débuts de ce qu'on allait appeler « les événements », tout court, expression qui laissait rêveurs les philosophes drogués au triple H (Hegel, Husserl et Heidegger), à cause de l'«  », le fameux « événement qui vous arrive et que vous faites propre ou pas », avec ou sans le trait d'union pour souligner l'«  », le soi-même dans l'historial, l'appropriation de l'extérieur temporel collectif, etc., et gnagnagna. Cela n'accrochait plus sur certains désintoxiqués, comme Levinas. Quatre ans plus tard, c'est par que j'ai repris pied sur les berges de la lecture, de l'étude, de l'écriture. Dans quel état ! Tu t'en souviens... Il était temps. Mon cas est statistique, en voici le paradoxe : nous sommes nombreux pour qui le retour à la lecture porta le nom de Deleuze ; et nombreux, souvent les mêmes, pour qui l'abolition de l'étude continuera de porter le nom de Pierre Victor, sous celui de Benny Lévy. Aucun coup de dés d'incarnation, en abbé Herrera ou autre forme de prêtre nietzschéen, n'abolira Vautrin, qui n'est pas un hasard. On pourra répéter, à satiété, l'antienne du romanesque de cette aventure, individuelle, sans que cela explique, je ne parle pas d'excuser, ce qu'elle apporta de mésaventures. Dégâts dans tant de vies. Âmes en champs de ruines. Je n'ai rien contre les gens qui changent de vie pour le « faire retraite » qui est tout autre chose que « la retraite ». J'ai même tendance à être trop pour, je dois me retenir. Tout le monde peut lire la Vie de Rancé de Chateaubriand ; je suis sûr que tu seras d'accord pour recommander ce texte. Dans les de Saint-Simon, cette attitude se résume à une sorte d'honnêteté qui va de soi, en quelques mots sobres et puissants : tel ou telle se retirant dans l'étude de Dieu, c'est-à-dire de la misère et de la grandeur, « choisit de mettre une distance entre sa vie et sa mort » (la formule revient plusieurs fois). Il est des conversions, cependant, qui tournent à la reconversion. Et le discours du visage de l'autre pourrait parfois servir à ne pas le regarder en face. J'atteste que le « désir deleuzien » a fait oeuvre de reconstruction, alors que sa négation a pu perpétuer, sous des airs de (f)rigidité, une posture de destruction. Ce que je remarque, ce qui me retient, dans le changement tant vanté de Benny Lévy, n'est pas qu'il soit allé à Sartre : mais qu'il ait évité Lacan.EreignisEigenL'Anti-ŒdipeMémoires
 


Voilà ce qui se réveille lorsque je t'entends parler avec une telle aisance d'érudition, tant de feu maîtrisé. Parmi tant d'autres informations en étincelles au passage du javelot direct de ta dialectique, je suis remué par ton évocation des regrets de Benny sur ses retards avec « l'étude », mais heurté par la nuance de plainte qui sourd de lui, et sans doute tu dis vrai : ce seraient les autres - j'en suis - qui l'auraient empêché de se tourner vers ses livres. C'est-à-dire vers lui-même en eux. Cette sensation de perte, en soi, n'est pas exceptionnelle. Qui ne la partage pas ? Tout un chacun, chez ceux qui ont l'amour des moyens du savoir, et ont connu souvent la jouissance de se voir payés par eux de retour, en aura traversé l'épreuve. Et l'aura surmontée le plus souvent. Cela fait partie du truc. Nul besoin, pour admettre que cette chose du monde est partagée, d'une « querelle des universels ». Je viens de le rappeler : celui dont tu nous dis qu'il se lamentait d'avoir été privé de ses rayonnages à rayonnement est ce même producteur de glu à dupes qui se soucia si peu, même pas du tout, des décollés de son ex-école, lâchés au mieux dans la nature, Larzac et compagnie(s), au pis dans le dénaturement : en se souciant de ses étagères, il les abandonnait à la moquerie, au « dans quel état j'erre ». Eux qui avaient cru se former à son image, il les privait de son visage, les accusait en pointillés de n'en point avoir, d'avoir mis en péril le perfectionnement du sien. Le tout drapé dans le slogan de la visagéité. Le mouvement qui se propose à l'admiration au titre du « retour » est d'abord celui de se détourner, une mécanique de soldat de bois qui avait été prévue cent ans plus tôt, parce que déjà vécue, dans « Ta tête se détourne : le nouvel amour ! Ta tête se retourne : le nouvel amour ! » Les relances de mobilisation, d'enthousiasme, d'homme régénéré, se refont en roulant du tambour. Le lapin Duracel est reparti. On est content pour lui. On lui souhaite bien du plaisir. Mais devant la récrimination, esthétisée, devant cette façon de manipuler les mêmes une deuxième fois, en les incriminant, tu me permettras de soupirer, moi qui sais le prix de l'écoute autant que Bayrou celui de l'élocution, qu'il vaut mieux entendre cela que d'être sourd.Les Illuminations :Une raison
 
Une des constantes dans les sept ans de réflexion que j'aurai passés au lycée d'État d'Angoulême « sur le plateau » (voir Balzac) était le rappel de la présence de Mitterrand dans le collège privé catholique, de l'autre côté de la rue étroite, quelques dizaines d'années plus tôt. Le chemin dans le « Jardin vert » par lequel je montais sur ce fameux plateau rendu mythique dans toutes les langues par le plus formidable romancier de société de tous les temps, je savais qu'y avaient marché, parlé, en fin et en début de semaine, dans les années 1925-1930, deux internes de Jarnac copinant dans le maurrassisme. L'un était Claude Orland, qui se ferait appeler Roy, comme les « Camelots », puis serait communiste, puis violemment hostile aux maos de France, à toi, aux Nouveaux Philosophes, à tout ce subversif fournisseur de tant de bienfaits par l'apparence de répéter là où il avait tant échoué. Et son barrage contre ces pacifiques sous leurs airs de provos voyous en tout cas « pro- », est resté vain ; dévalué, d'avance et à chaque fois, par les détours voyants, les retours retors, du mimétique de sa jalousie. Il était du même lycée que moi, celui pour tous. L'autre sur le chemin « en » Angoulême (« en » Avignon, « en » Arles) était de ce collège dont je me demandais ce qu'on pouvait bien y enseigner de si différent et plus rentable, pour qu'on y payât à un tel prix une distinction au lieu des prix que l'on me décernait. Cet autre s'appelait Mitterrand, conscient que son prénom valait mission aux yeux de sa mère d'« A. F. » (Action française, pas « Bat. d'Af. », bataillons d'Afrique) : celui du premier roi Valois de la branche Angoulême. Au moment d'être élevés par le Charentais François I à la dignité ducale, les Charentais La Rochefoucauld jurèrent que tous leurs aînés, les héritiers du titre, devraient s'appeler François. Je sens encore sur ma peau la fraîcheur de la rivière au bas de leur château, au mitan de l'été dans l'ombre des grands arbres : l'eau rend dispos. C'est là mon Gange de Bénarès. Toute la de Proust dévale et court vers la toute dernière phrase, digne de son cousin Bergson : on se baigne toujours dans le même fleuve, le Temps. Je connaissais, comme Mitterrand, Claude Roy, comme toutes celles et tous ceux du coin, la célèbre fée de ces lieux, à queue de serpent, la vouivre sortie de l'eau pour faire le bien de l'humanité mais qui doit y retourner une fois par semaine et la journée entière dans un repos complet, un retirement total de cette vie publique que dans les autres jours de la semaine elle anime au plus fort depuis le sommet du commandement. Allusion évidente au shabbat juif, mais positive, pas dans le sens de la dégradation hostile du mot et de la fonction avec le « sabbat » des sorcières. Au contraire l'idée juste que le repos d'un jour est associé à une fécondité d'activité pour les six autres. Et dans ce mythe réputé pagano-chrétien, le versant d'illustration du génie du judaïsme, reconnu comme tel pas seulement par moi, mais par des mythologues, des anthropologues, des historiens, même, certes des (Jacques Le Goff), se mêle en toute candeur, sans solution de continuité, à celui que tu viens de balancer au titre du « numineux » à ton auditoire soudain un peu perplexe de la chapelle laïcisée des Récollets (fallait-il entendre un « 1 » au lieu du « n » ? BHL serait-il enrhumé ?). Cette serpente aquatique, plus ou moins sainte de la Saintonge des siècles avant toute sirène de Copenhague et d'Andersen, se met en tête à l'instar de sa collègue Vénus mère du Troyen Énée et par lui grande ancêtre de référence de Jules César, d'engendrer de l'humain de qualité genre AOC, « appellation d'origine contrôlée » (pantoufles charentaises, fromages de chabichou) : parmi sa descendance, les comtes de Lusignan, régnant à Angoulême, rois de Chypre, absorbés par Venise, un temps rois de Jérusalem (dont pourrait venir, hypothèse forte, le trait « juif du mythe). D'où le nom de « Mère-Lusigne » que l'on donne à cette fée. Et de là Mélusine. André Breton avait pour elle un amour fou. Je me la joue Quai Branly (il y a ici de l'art premier) et ATP, « arts et traditions populaires » (ouverture proche de leur musée transféré à Marseille). Imaginons que j'écrive un conte de fées qui se déroulerait dans un pays tout à fait enchanté avec des chats et des bibis et des chouchous partout, une bulle à l'écart de la mondialisation, de l'immigration, du libéralisme, toutes ces choses sales... Je décrirais la fée, depuis la région qu'elle continue, dit la légende, à protéger, se faufilant jusque dans les Vosges (où alors j'habite, à Saint-Dié) pour le choix d'un prénom de fille. Elle y glisse ses sonorités et son message : de Mélusine à Ségolène. Je suis très sérieux : partout en France, dans le monde, prénom ou pas, une jeune fille, pour grandir, se déployer, peut adhérer à ce que ce mythe offre de service d'identification, de renforcement, de confiance en soi. Laissons les champs, les paysages, les anciennes pierres : quel est le noyau rationnel du mythe de Mélusine ? Ce qu'il prédit et préconise ? Son concept est clair : la femme qui gouverne. Qui gère les hommes pour leur plus grand bonheur. Qui apporte la prospérité. Mais cela par un contrat à respecter. Elle travaillera, au maximum, elle ne veut même que cela, mais attention : ne pas chercher à la coincer, à l'espionner, à trahir ses secrets. C'est ce qui se produit dans le récit : après la catastrophe de la trahison, elle s'envole en criant de douleur, ses constructions s'écroulent, les troupeaux meurent et les enfants s'étiolent, etc. Tout est dans la tristesse. Et ce deuil attend le retour. Je ne plaisante pas : il y a une logique d'« imam caché » - sur un mode très mineur, toutes proportions gardées ! - dans le mythe de Mélusine en tant qu'actif (et il l'est, pas seulement d'un point de vue surréaliste). Les articles et les livres sur Ségolène Royal ont tort de parler de Jeanne d'Arc. Celle-ci agit au service d'un homme pour qu'il devienne roi. Mélusine, elle, devient d'abord la patronne, et elle répand ses bonnes activités ensuite. Le pouvoir d'abord, ses pouvoirs après. En Charentes-Poitou, ce ne sont pas « les voix » que l'on entend, mais « le cri de la fée » (Nerval, de Mélusine). Il ne s'agit pas de guerre, mais d'économie ; pas de bouter l'étranger hors, mais de faire revenir en pleine lumière la femme-mère familière que la catastrophe de la trahison des hommes, de leur manie de tuer les poules aux œufs d'or, a fait devenir une étrangère honteuse. Je n'engage pas à obéir à l'injonction de ce mythe. Je dis que ce cadre mental, psychique de l'idée-Mélusine, d'une femme chef d'un État géré comme une entreprise « qui marche », existe depuis six siècles au minimum dans cette région. C'est un fait. Un autre fait est que la première femme à se trouver pour toute la France en situation mélusienne, est portée par ce pays de Mélusine, l'a adopté. Je rapproche ces deux faits. Et je n'y vois pas qu'une coïncidence. Pas du tout, même.erRechercheAnnales
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