La relaxation de l'enfant

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L'enfant a-t-il besoin, déjà, à son âge de se relaxer? Est-il soumis lui aussi comme l'adulte au stress, à l'angoisse, à l'insomnie, aux maladies psychosomatiques, aux phobies, etc. Oui, évidemment car l'enfant subit peut-être plus qu'autrefois les traumatismes psychologiques mettant en cause son déséquilibre psychoaffectif. L'augmentation des divorces, la précarité de la stabilité ptofessionnelle des parents, la compétitivité scolaire, l'attraction des objets de communication et de consommation, le surmenage des mères sont autant de facteurs faisant apparaître chez l'enfant une insécurité permanente, source de tensions psychiques et physiques.
Publié le : jeudi 1 mai 2003
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EAN13 : 9782296322226
Nombre de pages : 283
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LA RELAXATION DE L'ENFANT

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques. Dernières parutions Nathalie TAUZIA, Rire contre la démence: essai d'une théorie par le
rire dans un groupe de déments séniles de type Alzheimer,
2002

Magdolna MERAI, Grands-parents, charmeurs d'enfants: étude des mécanismes transgénérationnels de la maltraitance, 2002. CatherineZI1TOUN, Temps du sida, une approchephénoménologique, 2002 . Michel LANDRY, L'état dangereux, 2002. Denis TOUTENU et Daniel SETTELEN, L'affaire Romand: le narcissisme criminel, 2003. Véronique PlATON-HALLE, Figures et destins du Père Noël, 2003 Alexis ROSENBAUM, Regards imaginaires, Essais préliminaires à une écologie visuelle, 2003. Henryka Katia LESNIEWSKA, Alzheimer. Thérapie comportementale et art-thérapie en institution, 2003. Joël LEQUESNE,Voix et psyché, 2003. Jean-Paul HUCHON, L'Etre vivant, 2003. Christine ROBINEAU, L'anorexie un entre-deux-corps, 2003.

Henry WYNTREBERT

LA RELAXATION DE L'ENFANT

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

ITAUœ

2003 ISBN: 2-7475-4431-1

@ L'Harmattan,

PRÉFACE
Henry Wintrebert nous a quittés le 10 Septembre 2000 à l'âge de 78 ans. Cette mort brutale a accentué le vide de son absence. Henry Wintrebert a été le fondateur d'une méthode spécifique à l'enfant dans les années cinquante, méthode particulièrement originale et qui a intéressé tous les psychiatres, psychologues, psychomotriciens pratiquant la relaxation. Malheureusement, Henry Wintrebert n'a jamais écrit son livre même sous la pression de ses élèves dont nous faisions partie. Avec sa famille, nous avons voulu réparer ce manque et offrir aux relaxateurs actuels et aux futures générations, la possibilité de lire tous les travaux de cet auteur et de pouvoir se former à cette méthode spécifique à l'enfant. Henry Wintrebert est né le 24 Juillet 1922 à Châtellerault dans la Vienne. Il s'est marié avec Simone, une Limousine, d'où l'attachement qu'il avait pour le Limousin. Il a participé en 1943 au maquis du Vercors; il a aidé les aviateurs alliés tombés en France; il a fait partie du maquis de Seine et Oise. Il s'est engagé volontaire pour la durée de la guerre en faisant la campagne d'Alsace avec la première armée française. Par son courage, ses qualités de combattant, il a été décoré à plusieurs reprises; il a reçu des décorations françaises (Croix de Guerre 44-45, Médaille du Combattant Volontaire de la Résistance) mais aussi des décoratiol1s étrangères (IZing's Medal of Freedom de la GrandeBretagne, Medal of Freedom des U.S.A.). Il soutint sa thèse le 6 Février 1959 à la Faculté de Médecine de Paris. Le titre en était: «Les mouvementspassifs et la relaxation.
Principes et effets des méthodes particulières de rééducation psychomotrice ».

Cette thèse fut le début de l'orientation d'Henry Wintrebert vers la relaxation de l'enfant et il avait découvert la première méthode de relaxation adaptée aux très jeunes enfants. Nous reviendrons sur ses travaux. Il fut nommé Psychiatre le 10 Juin 1971. Mais Henry Wintrebert n'était pas seulement médecin et psyc11iatre, il était licencié es

Sciences: Psychophysiologie générale, Psychophysiologie comparée, Biologie générale. Il passa également une Maîtrise en Biologie et il fut diplômé d'Etudes de Recherche en Biologie Humaine, mention Neurophysiologie au cours de l'année 1972-73. Il faut dire qu'il travailla beaucoup dans les Laboratoires de Physiologie. Il travailla, tout d'abord, dans les années 1967-1968 au Centre de Physiologie Nerveuse de l'Institut Marey, dirigé par le Professeur Fessard, puis au Laboratoire de Neurophysiologie de la Faculté des Sciences de Paris, dirigé par le Professeur Hugon, toujours dans les années 1967-1968. Puis, il fit une Thèse de Biologie Humaine avec comme Directeur de Recherches, le Professeur Hugelin, thèse soutenue le 6 Février 1973. De part sa polyvalence, Henry Wintrebert eut de nombreuses fonctions, à la fois des fonctions hospitalières et des fonctions dans les Laboratoires de Physiologie. Il eut une fonction d'Interne à l'Hôpital Léopold Bellon de 1956 à 1957. Puis, il fut Assistant à la Clinique de Neuropsychiatrie Infantile dans le Service du Professeur Heuyer, également en 1956-1957. Ensuite, il fut Attaché dans la Clinique de Neuropsychiatrie Infantile à la Salpêtrière dans le Service du Professeur 11ichaux entre 1957 et 1970. Puis, Attaché au Service de Psychiatrie Infantile du Professeur Duché entre 1970 et 1976. C'est à cette époque que je l'ai connu personnellement et que je me suis formé à sa méthode, dans son service à la Salpêtrière. Il fut chargé de cours également à l'Université Pierre et Marie Curie à Paris et eut des fonctions de chercheur sur le thème des thérapeutiques psychomotrices en psychiatrie dans le Laboratoire de Conditionnement du Professeur Lelord entre 1957 et 1967. Il fut médecin consultant au C.M.P.P. de Tours pendant une dizaine d'années et j'ai participé avec lui à un certain nombre de séminaires de formation et d'information à Tours. Après Tours, il fut médecin consultant au Centre Claude Bernard à Paris mais aussi, médecin à la S.N.C.F., attaché au Service de Physiologie Appliquée, dirigé par le Professeur Chevreau et médecin consultant en psychosomatique et relaxation à la S.N.C.F.

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A l'âge de la retraite, il a quitté toutes ses fonctions publiques mais il ne s'est pas arrêté là car, contrairement à la majorité des médecins, il s'installa en libéral du 28 Avril 1989 au 8 Septembre 2000. Il faut dire aussi qu'Henry Wintrebert, qui était toujours attiré par la recherche, nous avait demandé, au début de notre rencontre, si nous ne pouvions pas créer un groupe de recherche sur l'approche somatique de la personnalité, ce qui fut fait. Nous l'appelâmes, le G.R.A.S.P. et il en a été le Président. Il faut également rappeler qu'il fut le premier Président de la Société Française de Relaxation Psychothérapique, société française qui a été élaborée avec tous ces amis parisiens (Eliane Casanova, Reine I<lotz, Marie-José Hissard, Eliane Weyl, Michel Erlich, Jean-Pierre Meyer, Mélinée Agathon, Suzanne I<'épès) bordelais Oean Marvaud) et marseillais (Robert Julien) . Henry Wintrebert aimait beaucoup les rencontres avec les relaxateurs étrangers et c'est grâce à lui que nous avons connu Budapest et l'École Hongroise de Relaxation représentée par Magda Sz6nyi. Nous pensions depuis longtemps avec lui qu'il fallait créer une société de relaxation très éclectique accueillant toutes les sensibilités. Cette Société fut créée le 23 Novembre 1987. Il était aussi membre titulaire de la Société Française de Psychothérapie de l'Enfant et de l'Adolescent. Par tous ces travaux qui vont de sa tl1èse en 1959 jusqu'à 1991, Henry Wintrebert a voulu montrer que la relaxation était une thérapie de synthèse biopsychologique qui permet à la fois de mobiliser la dynamique somatique mais aussi la dynamique psychique apportant une meilleure compréhension des phénomènes vécus par l'enfant. C'est un des premiers, également, qui a mis en évidence le dialogue tonico-imaginaire et la fonction symbolique au cours de la relaxation de l'enfant. Il a montré aussi que nous n'étions pas coupés de l'environnement, que nous sommes unis au monde qui nous entoure et il a insisté sur l'importance de la chronobiologie. Notre corps est ainsi inscrit dans un espace mais aussi dans un temps et un temps biologique. 9

Pour lui, faire l'expérience de cette unité corps-environnement était le fondement de la thérapie somatopsychique car elle ramenait l'individu à une conscience plus claire de lui-même et du monde en faisant disparaître une ambiguïté due au langage. Ses travaux ont porté aussi sur l'influence du mouvement passif et ont été le point de départ d'une méthode basée sur ces mouvements. Les modifications de la vigilance ont été étudiées grâce à des enregistrements électroencéphalographiques. Ils ont montré la corrélation entre l'activité alpha et la décontraction produite pendant le mouvement de relâchement où l'enfant abandonne toute participation et toute résistance pouvant s'opposer au libre jeu neuromusculaire. L'important dans ses recherches a été de montrer que cette activité alpha, « tracé de repos JtJental», pouvait largement s'étendre en avant du cerveau dans les structures frontales d'où partent les voies motrices. Une deuxième recherche électroencéphalographique a concerné les effets de la stimulation tactile sur l'apparition de la «pointe au vertex». Chaque fois que la main du relaxateur est posée sur un point du corps du relaxé, on observe sur le tracé une onde appelée «pointe au vertex», recueillie au sommet du crâne par une dérivation spéciale. L'effet de la relaxation chez les sujets suivis se marquent par l'apparition d'ondes au vertex de plus en plus grandes à mesure que la relaxation progresse de séance en séance. Cette facilitation rappelle celle qui est mise en évidence lorsque les voies sensorielles sont synchronisées par exemple dans l'endormissement et le sommeil. Henry Wintrebert a fait aussi un travail très important sur la notion de métamorphose en relaxation. Il pensait que les traces cénesthésiques laissées par les mobilisations posturales prénatales formaient une image ancestrale et primitive du corps dont on peut retrouver le modèle dans la régression à l'état archaïque, librement exprimée par les enfants ou les adultes, sous la forme d'une création par l'argile ou le dessin. Pour lui, une autre forme d'image du corps plus expansive et plus dynamique allait témoigner de l'évolution de la pensée dans la rencontre de l'organisme avec le monde extérieur et sa spatialisation. Là aussi, les traces motrices ont contribué largement à la formation de l'image; en effet, 10

comment concevoir d'après lui le développement d'une pensée sans le mouvement? L'action est à la base de la troisième dimension, celle de la profondeur spatiale et de la formation aux activités symboliques qui en découlent. Pour lui, sur le plan biologique, on peut estimer que la libre circulation des influx est perturbée chaque fois qu'il y a blocage ou inhibition psychique. De même un excès abouti à une dislocation de l'équilibre, des tensions trop fortes ayant tendance à se décharger trop violemment. La relaxation agit sur ces deux pôles en régularisant ces tensions. Au cours d'expériences neurophysiologiques, la simple pensée de la respiration aboutit à une amplification et à une synchronisation des rythmes respiratoires. Mais ce phénomène est aussi réversible et on peut dire alors que la respiration régulière apporte le calme, ce qui montre le pouvoir effectif et l'interpénétration des influences du corps et de l'esprit. Il faut dire également qu'Henry Wintrebert a réalisé deux films, un film en collaboration avec Madame le Professeur Illona DemcsakIZelen, qui s'intitule: «La relaxation chez l'erifant». Ce film a été réalisé à Budapest avec la participation de la Clinique de Psychiatrie du Professeur IZerpel-Fronius et la Clinique de Neuropsychiatrie Infantile du Professeur Michaux. Ce film a été réalisé en 1970. Il a fait également un deuxième film avec le Docteur Gustave Wallimann de Pau s'intitulant: « Le corpset l'argile» en 1976. Je remercie tout particulièrement Simone Wintrebert qui a eu le courage de rassembler tous les travaux de son époux, Eliane Casanova qui a été une amie personnelle d'Henry Wintrebert et Franck Suzzoni qui m'ont aidé tous les deux à la réalisation de cet ouvrage.

Yves Ranty

Il

CHAPITRE

1

SCHÉMA CORPOREL RELAXATION

ET

La notion de schéma corporel est en évolution constante et son importance prend une extension croissante. Pierron en donne la définition suivante: « Représentation que chacun se fait de son corps et qui lui permet de se repérer dans l'espace. Fondée sur des données sensorielles multiples, proprioceptives et extéroceptives, cette représentation schématique est nécessaire à la vie normale et se trouve atteinte dans les lésions du lobe pariétal ». A l'heure actuelle, le schéma corporel (terme employé pour la première fois par Schilder en 1923) est considéré non plus seulement comme l'ensemble des données sensorielles fournies par le corps lui-même, mais comme un phénomène plus complexe mettant en jeu toute la personnalité de l'individu, produit de l'influence de l'hérédité et du milieu. C'est dans cet esprit que nous l'envisagerons ici. LE DEVELOPPEMENT DU SCHÉMA CORPOREL

Pour bien comprendre le schéma corporel de l'enfant, il faut essayer d'analyser les étapes par lesquelles il se constitue; les premières sont capitales. Elles sont sous l'influence de deux facteurs principaux: l'intégration sensori-motrice et les inter-réactions enfant-milieu.

I - INTEGRATION SENSORI-MOTRICE
A la naissance, l'enfant n'est conscient ni du monde qUl l'entoure ni de son propre corps. Les sensations tactiles (à l'origine des réactions dites de défense) ou orales (succion des objets) ne semblent pas mises en jeu seulement par des réflexes dits «archaïques». Ces réflexes 14

permettent cependant un début d'orientation dans l'espace. Si le nourrisson est pris, par exemple, horizontalement dans les bras de sa mère, il tourne la tête vers elle. Il faut signaler, d'ailleurs, que pendant la gestation, les récepteurs vestibulaires du fœtus sont déjà capables de lui faire rétablir sa position lors des déplacements du corps de la mère. Vers trois mois, l'enfant découvre sa main qu'il commence à fixer des yeux. C'est une des premières relations de la vue et du mouvement qui lui permettra la perception d'une partie de luimême. Il y a également à cette période, début de localisation du bruit par orientation vers la source. C'est un commencement de repérage dans l'espace. Vers six mois, se fait un début d'intégration entre trois modalités de sensations, visuelle, tactile et kinesthésique. D'une part, l'objet perçu par la vue est atteint par la main; d'autre part, il se constitue une reconnaissance des parties du corps entre elles, la main venant toucher la main ou le pied, le pied étant porté à la bouche. Peu à peu, le bébé arrive à distinguer ce qui dépend de son propre mouvement de ce qui appartient au monde extérieur. C'est le début de la reconnaissance de l'objet. Après six mois, un phénomène très important se produit: il y a un début d'anticipation sur la perception directe des choses. Pour Wallon, c'est à partir d'un an qu'a lieu «la motilité intentionnelle» projetée vers l'objet. Ainsi s'élabore l'espace objectif distinct du corps propre; mais ce n'est que par le relâchement volontaire que cette distinction peut être faite. A huit mois, le nourrisson ne peut encore relâcher sa main tenant un objet dur. Ce fait est à rapprocher de la réaction archaïque de « grasp reflex» de la naissance, obtenue par stimulation tactile de la main. Dans les premiers jours de la vie en effet le nourrisson est capable de tenir solidement un objet qu'on lui place dans la main. A la même époque, par l'usage de la marche, se fait la conquête de l'espace continu et homogène (Wallon). La verticalisation, qui était commencée vers six mois, lors de la station assise, se complète.

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Les notions de distinction entre l'image du corps vu dans un miroir et son propre corps ne s'établiront que vers deux ans. La reconnaissance sur l'image se fait parallèlement. Pour Piaget, vers vingt-quatre mois, l'image de l'unité corporelle est constituée. Pour préciser la notion de schéma corporel, il faut encore parler de l'organisation latérale du corps. Elle débute très tôt pour certains. A un ou deux mois apparaît déjà la dissymétrie, l'unilatéralité du mouvement de l'un des membres (Bergeron). Pour d'autres, à neuf mois, l'enfant cesse d'être ambidextre pour devenir droitier ou gaucher (Lesné et Peycelon). Mais ce n'est que vers six ou sept ans que la latéralisation se précise et qu'un hémisphère arrive fonctionnellement à dominer l'autre, des possibilités importantes de suppléance étant conservées comme le prouvent les opérations d'hémisphérectomie. C'est à cette époque de six ans qu'on peut commencer à observer chez les jeunes amputés le «membre fantôme ». Il est caractérisé par le fait que le sujet croit encore posséder le membre absent dans son unité corporelle et qu'il le ressent comme une présence indélébile. Parfois même il supporte difficilement cet état et ressent des douleurs intolérables et inaccessibles aux techniques neurochirurgicales. Avant six ans, l'amputation ne donne pas de membre fantôme. Ce fait prouve que, vers l'âge de six ans se place une phase essentielle dans la formation de l'image du corps. Ces notions de l'image du corps, fondées sur des bases sensori-motrices, doivent être complétées par des notions sur les relations avec le milieu. 11- INTER-RELATIONS ENFANT-MILIEU

La mère intervient dans le schéma corporel en tant que premier « objet» reconnu par le nourrisson. Cette reconnaissance, à la fois organique et affective, se fait d'abord par le sein maternel qui va devenir la première source de plaisir ou de déplaisir. Plus 16

tard, elle est auditive, tactile, kinesthésique et enfin visuelle. Dès le début, la mère est un élément stable et significatif au milieu des autres objets qui sont encore sans valeur pour l'enfant. Des expériences faites par Spitz ont montré que des enfants séparés de leur mère à cette période présentaient un arrêt très important dans leur développement psychomoteur. Du deuxième au troisième mois, Spitz a pu dire que le sourire maternel était le premier « organisateur» de cette différenciation. En même temps, tout un code d'autres signaux s'établit entre le bébé et les personnes qui l'entourent. Le visage de la mère est reconnu avant même le biberon; ensuite les objets deviennent significatifs par l'agrément ou le désagrément qu'ils provoquent. Le mouvement lui-même deviendra émotionnel et le restera toute la vie. Les parties du corps (zones érogènes) reconnues par la succion provoquent des sensations de plaisir ou de satisfaction (pouce). C'est le stade oral des psychanalystes. Une étape aussi importante dans la reconnaissance du corps et des effets produits par le milieu est celle du contrôle sphinctérien. Ce contrôle volontaire dépend d'une prise de conscience qui s'établit entre le cortex et l'organe en jeu. Elle dépend aussi de la maturation des centres nerveux et des voies d'union. Le milieu intervient parfois malencontreusement pour aider cette « fonction viscérale» et ce peut être le point de départ de conflits aigus. L'échange de signaux, qui était commencé avec la mère par les sourires, va se poursuivre progressivement par imitation; la constitution d'un langage va être, dans les acquisitions sonores et gestuelles, un phénomène fondamental pour l'enfant. C'est le «deuxième système de signalisation» de Pavlov; les mots deviennent les « signaux des signaux ». Par lui, l'enfant va pouvoir se situer de façon symbolique. Il va se désigner en montrant en même temps son corps. C'est ainsi qu'un enfant de trois ans répondra à la question « où es-tu? » par « le voilà» ou « il est là » en désignant sa poitrine avec sa main. La reconnaissance à la fois symbolique et corporelle est réalisée. C'est le stade de la troisième personne qui précède l'apparition du «Je» et du « Moi ». 17

Le développement du langage est en rapport étroit avec le développement du schéma corporel et les troubles dans le domaine spatial s'accompagnent fréquemment de troubles de la parole. Ces acquisitions sont peu solides dans les premières années et, si l'enfant devient sourd à cette période, il oublie le langage dont il n'avait pas la maîtrise (Oléron). En plus, le cas des «enfantsloups» ou séquestrés a montré que, passée une certaine période (après six ans), l'enfant ne peut plus apprendre que des bribes de langage. A ces facteurs s'ajoutent ceux de l'évolution hormonale et, pour les psychanalystes, ceux de l'évolution libidinale. Tous sont intimement liés (développement hormonal, hérédité, milieu, sexualité) et on ne peut les séparer que pour mieux les étudier. Après six ans, le schéma corporel se développe sans cesse et se perfectionne, mais par bonds successifs, comme nous l'avons montré en étudiant le profil psychomoteur de l'enfant de cinq à douze ans.

TROUBLES DU SCHÉMA CORPOREL
Ces troubles portent sur deux points inséparables du schéma corporel: la référence au domaine spatial et la notion propre du corps lui-même. 1- LES TROUBLES DU DOMAINE LATÉRO-SPATIAL

Ils sont mis en évidence, le plus souvent, au début de l' appren tissage scolaire de la lecture et de l'écriture. Certains enfants, pour des raisons encore inconnues, n'arrivent pas facilement à se latéraliser, aucun hémisphère n'ayant pris d'influence sur l'autre. Ces enfants peuvent parfois écrire des deux mains à la fois: une main écrit à droite, l'autre à gauche en miroir. D'autres peuvent inverser leur schéma corporel: un enfant à qui on dit « montre ta main droite» montrera sa main gauche et inversement. D'autres encore sont gauchers, mais contrariés par le milieu: on les a obligés à écrire de la main droite alors que 18

l'orientation spatiale est pour eux de droite à gauche. D'où des difficultés de lecture (dyslexie) et d'écriture (dysorthographie). On peut se demander quelle est la proportion de difficultés rencontrées par les peuples qui ont une orientation de l'écriture de droite à gauche (Arabes, Hébreux, Chaldéens...) de haut en bas (Chinois, Japonais".) et de bas en haut (pré-colombiens, Mexicains. . .) Bien souvent, la dyslexie et la dysorthographie sont accompagnées de troubles rythmiques, la connaissance du rythme et celle de l'espace étant étroitement liées chez l'enfant. Les troubles les plus intéressants pour la psychomotricité sont ceux qui concernent l'imitation et la reproduction des gestes dans l'espace tridimensionnel. Le sujet se trouve dans l'incapacité, soit d'imiter correctement en miroir, soit de rétablir le mouvement par imitation croisée (Head), soit de le reproduire après l'avoir vu. Ces troubles de la connaissance du mouvement révèlent différents types d'enfants suivant la façon dont le mouvement est exécuté et le temps nécessaire pour le réaliser. Chez les débiles, les arriérés, le domaine latéro-spatial est souvent très perturbé. 11- TROUBLES PROPRE DE LA CONNAISSANCE DU CORPS

Les agnosies proprioceptives amènent des troubles de la reconnaissance des attitudes. Ainsi, le sujet, les yeux fermés, est incapable de reproduire correctement, de l'autre côté du corps, les positions qu'on lui a imposées d'un côté. Dans d'autres cas, (astéréognosies) le sujet ne peut reconnaître, les yeux fermés, ni le contour ni la forme des objets. Deux lésions corticales donnent des troubles bien connus en clinique (asomatognosies) : 1) Dans le syndrome d'Anton Babinski (lésion pariétale droite), il se produit ce que Lhermitte appelle l'hémiasomatognosie dans laquelle le sujet ignore une moitié de son corps qui n'est plus représentée dans son schéma corporel et qui peut même être considérée comme un agent persécuteur. 19

2) Avec une autre lésion (convexité occipitale gauche) il se produit une agnosie digitale, qui se traduit par une ignorance complète des doigts avec des troubles associés: agraphie et acalculie (syndrome de Gerstmann). D'autres perturbations du schéma corporel se produisent chez les schizophrènes. On trouve une dissociation entre le moi physique et psychique. Le sujet est comme morcelé, il n'arrive plus à s'identifier dans le miroir et se regarde longuement en se passant la main sur le visage pour se reconnaître. Il y a une dépersonnalisation: les parties du corps sont senties comme étrangères et il se fait en même temps une régression au stade infantile. Le sujet est soumis à des hallucinations. Dans ses dessins, il n'est pas rare de trouver des amputations de certaines parties du corps: figure sans bouche par exemple. Il faut noter que chez les très jeunes enfants on utilise le dessin (test du bonhomme de Goodenough) pour l'évaluation du schéma corporel. Chez le névrotique, enfin, on trouve souvent des perturbations importantes de la signification du corps lui-même. Dans certains cas, l'angoisse et l'anxiété apparaissent comme masquées ou converties dans une tension neuromusculaire évoquant un processus analogue à celui que Freud a décrit dans «L'Hystérie de Conversion». L'individu a pris son corps comme moyen de défense; il n'arrive plus à se relâcher et, si l'on essaye la décontraction, il souffre de celle-ci comme d'une agression contre lui-même. Ces troubles aident à comprendre tous les problèmes psycho-somatiques de relation entre le tonus et les phénomènes émotionnels.

FACTEURS SUSCEPTIBLES DE FAVORISER L'ACQUISITION DU SCHÉMA CORPOREL: LA RELAXATION
Il apparaît ainsi que l'élaboration du schéma corporel est le fruit d'une maturation progressive dans laquelle se rencontrent un grand nombre de facteurs. Les troubles divers, qui peuvent 20

survenir chez l'enfant comme chez l'adulte, montrent que le sens de l'unité corporelle est sans cesse remis en question, des points de vue physique et psychique. L'activité elle-même repose sur l'intégration correcte du schéma corporel. Le schéma d'action par lequel tout être, pour faire un nouveau mouvement, doit se référer constamment aux informations venant des mouvements précédents, représente l'élément de base de cette action. L'éducation physique joue, à notre avis, un rôle important dans l'apprentissage de la connaissance du corps. Certaines techniques de relaxation permettent une approche plus précise de cette connaissance. Dans ces techniques, on tente de donner au sujet la réalité de son propre corps en tant qu'objet et de développer en lui de nouvelles sensations correspondant à l'image du corps détendu qui lui est donnée verbalement. ARMATURE TONIQUE DU CORPS, VIGILANCE.

On recherche habituellement la «liquidation de l'armature tonique », cette armature étant considérée comme le support de la tension émotionnelle. C'est ainsi que, chez l'enfant, se rencontrent des états tensionnels qui dépendent à la fois de l'attitude générale et des modes de réactions particulières. Celles-ci varient selon le tonus de base de chaque individu et sont sous l'influence du milieu. D'emblée, le sujet se présente avec ses propres résistances inscrites dans le corps. Tantôt il s'agit de cas d'hypertonie qui se manifeste par des contractions localisées telle «la crampe de l'écrivain» ou des douleurs chroniques dans les mollets à la marche ou à la course; tantôt ce sont des blocages pendant le mouvement, rendant celui-ci saccadé et inharmonieux. Ces blocages peuvent être provoqués par des inhibitions dues aux relations avec l'en tourage. L'hypotonie se caractérise par un état d'abandon musculaire qui coïncide le plus souvent avec une asthénie et que 21

caractérise une résistance passive globale. Le sujet refuse la modification de son corps, se laissant aller complètement. Souvent cet abandon va de pair avec un état infantile. Ces états de tension sont sous la dépendance du système nerveux central et principalement du système de « vigilance ». Les travaux de neurophysiologie actuels ont mis en évidence l'importance des voies descendantes venant du système réticulaire (bulbaire et mésencéphalique) et allant faciliter ou inhiber la tension musculaire par l'intermédiaire de la boucle gamma. Les neurones gamma de la moelle, ou motoneurones, envoient leurs fibres sur les fuseaux neuromusculaires et sont chargés de régler les rythmes des influx sensitifs émis par ces fuseaux. La fonction tonique se trouve ainsi directement sous la dépendance des influx venus des centres supérieurs et, par làmême, de l'état de vigilance du sujet. Cet état de vigilance est le plus élevé chez le névrotique, perpétuellement en état d'éveil ou d'alerte, tandis que chez le psychotique amorphe ou inhibé, il peut être fortement abaissé. Chez ces enfants, on constate un décalage important entre l'arrivée de la stimulation et la réalisation du mouvement, caractérisant une insuffisance psychomotrice. D'autre part, chez des enfants très instables, on trouve un système de vigilance hyper-excitable qui les rend très sensibles à tout stimulus, ce qui empêche la concentration. Leur appareil de contrôle immature explique qu'à un état de tension succède de brusques décharges, cycle sans cesse renouvelé. Il semble que ce système de vigilance lui-même, soit sous l'influence de deux facteurs principaux: les excitations provenant du milieu extérieur l'état d'excitation central, soumis à des mécanismes hormonaux, le système adrénergique en particulier.

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Dans le sommeil, en particulier, il y a une inhibition plus ou moins complète de la perception des stimuli externes et l'état d'excitation centrale diminue. RELAXATION La relaxation met l'enfant dans des conditions analogues: silence, pénombre etc. qui lui permettent d'être suffisamment isolé du monde extérieur pour favoriser la prise de conscience du « corps propre» et les modifications proposées. Cette prise de conscience a pour but de régulariser la tension générale du corps sur le plan somatique (contrôle neuromusculaire) et sur le plan végétatif (contrôle viscéral). Le sujet doit d'abord « entrer dans la relaxation », c'est-àdire se mettre en état de disponibilité ou de réceptivité aux rythmes perçus en lui par l'intermédiaire de son « inducteur ». Les moyens de défense sont nombreux. Le sujet réagit, soit par l'abandon le plus complet, sommeil parfois, soit par des décharges motrices: rires, paroles, mouvements. C'est déjà une indication précieuse sur la façon dont il entend préserver sa vigilance et échapper à l'influence de son relaxateur. Les « voies d'abord» des méthodes sont différentes. Certaines visent à réaliser un investissement corporel progressif de la décontraction à partir d'un membre ou d'une partie de membre qui se propagera au reste du corps. Ce processus qu'on a appelé parfois somatisation est très important et la façon dont le corps est gagné par l'impression générale de détente varie selon la propre typologie psychomotrice de chaque sujet. On en a un exemple dans la méthode de S chult~ dont le premier but à atteindre est l'acquisition du « bras lourd»; cette acquisition se fait par la répétition de la suggestion verbale inter et intra-subjective. Or, à ce moment, des perturbations surviennent, montrant que le sujet n'est pas maître de son corps. Tantôt c'est le bras opposé qui est investi, d'autres fois les membres inférieurs; parfois il y a perception immédiate de la chaleur qui ne devrait être ressentie qu'au stade suivant. Cette étape du « bras chaud» peut 23

être contrariée par l'apparition du froid. En outre, il peut y avoir dissociation entre la sensation subjective perçue par le sujet et l'impression objective ressentie par le relaxateur. Dans la majorité des cas, une régulation va se faire au cours des séances et ces manifestations aberrantes vont disparaître. La méthode de Jacobson,appelée «méthode progressive », a principalement pour but l'éducation du sens musculaire par l'alternance des contractions et des relâchements et la prise de conscience des « tensions résiduelles ». Une autre étape importante de cette méthode est la «relaxation différentielle» qui cherche à éliminer les contractions superflues dans un acte donné. Ces méthodes demandent une maturation à peu près complète du système nerveux et sont difficilement accessibles à des enfants jeunes ou retardés. Aussi, par une méthode plus directe: « relaxation à base de mouvements passifs)) appliquée dans le Service du Professeur Michaux, à la Salpêtrière, nous avons cherché à donner au sujet la notion de la détente par le jeu de son propre mouvement, et à l'amener à déconnecter les groupes musculaires des facilitations ou inhibitions venues du niveau central. L'expérience nous a montré que les obstacles à la libération du mouvement chez l'enfant sont dus à un manque de contrôle qui se caractérise par la participation ou la répétition de ce mouvement malgré les consignes données; dans ce cas, le mouvement décontracté idéal est obtenu lorsque l'enfant a appris à ne plus répondre aux sollicitations tactiles et kinesthésiques nées de son propre mouvement. Ce manque de contrôle peut se manifester aussi par l'augmentation de la résistance musculaire sous forme d'arrêts et de blocages qui s'opposent au mouvement. L'enfant doit donc d'abord prendre conscience de tous ces obstacles qui empêchent son corps d'être libéré. La sensation de détente s'obtient progressivement par la répétition lente, rythmée et monotone du mouvement passif, dans un ordre précis par rapport à l'ensemble du corps: tout d'abord balancement de la main, de l'avant-bras, du bras du côté dominant; puis 24

mouvements de la tête, du cou, du membre supérieur du côté opposé et enfin des membres inférieurs. Des mouvements spéciaux permettent la relaxation de la région oculaire et de la mâchoire. L'état de détente étant obtenu grâce aux informations tranquillisantes montant de la périphérie vers les centres, on le laisse se prolonger pendant quelques minutes. La reprise des mouvements se fait alors par le sujet lui-même qui lève les différentes parties de son corps dans le même ordre que précédemment, puis doit les laisser retomber lourdement, tous muscles relâchés. La séance se termine par des exercices permettant de passer progressivement de la position couchée à la position debout, en insistant sur la respiration. CONCLUSION Nous avons vu que le développement du schéma corporel dépend des relations avec le milieu et de l'intégration sensori-motrice. La relaxation a une double action dans ce développement: d'une part en favorisant l'inhibition massive vis-à-vis des stimuli externes, elle aide l'enfant à s'intérioriser, à prendre du recul par rapport au monde extérieur, tout en restant soumis à la relation verbale et à l'influence de l'inducteur. D'autre part, la notion de présence du « corps propre» va se préciser, au double niveau des masses musculaires, supports de la tension émotionnelle et des organes cibles des décharges venant des centres végétatifs. C'est donc à l'abri des réactions paroxystiques propagées aux muscles et aux viscères que le sujet va pouvoir se concentrer sur une nouvelle « image du corps» valorisée et stabilisée.
La physique actuel. relaxation favorisera ainsi l'unité psychologique et du schéma corporel, si souvent troublée dans le monde

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CHAPITRE 2
UNE MÉTHODE DE RELAXATIOIN CHEZ L'ENFANT

L'application à l'enfant jeune et à l'enfant arriéré des méthodes de relaxation utilisées chez l'adulte présente certaines difficultés liées à l'immaturité du tonus, à l'insuffisance des capacités d'analyse des sensations proprioceptives, à l'intervention dans cette analyse d'une participation imaginative importante et à une soumission excessive aux suggestions du médecin. Enfin, il faut noter que beaucoup d'enfants, lorsqu'ils sont au repos les yeux fermés, tombent facilement dans le sommeil. Aussi, avons nous été amené à étudier, puis à appliquer de façon systématique, une méthode de relaxation n'impliquant pas nécessairement l'immobilité du sujet et faisant intervenir pour une part importante le contrôle objectif du médecin. Cette méthode a été élaborée au cours de séances de rééducation motrice où l'accent était mis sur l'exécution de mouvements volontaires. Il apparaissait alors que l'exécution correcte de ces mouvements était empêchée par un état de contracture musculaire plus ou moins permanente et plus ou moins diffuse. C=etétat de contracture ne cédait pas aux exercices habituels de «contraction-décontraction ». Par contre, le déplacement passif de différents segments de membres, répété de façon lente et rythmique, permettait d'obtenir de façon relativement rapide un relâchement musculaire global. Les enfants gardaient ensuite le bénéfice de cette détente et se concentraient plus aisément sur les exercices qu'ils devaient exécuter de façon active. C'est à partir de ces observations qu'a été développée, une méthode de relaxation comportant deux temps essentiels: - le premier, dit de « Régulation du tonus par les mouvements passifs» vise à obtenir différents états de relaxation en faisant disparaître toutes les résistances musculaires inopportunes. - le second, dit de « Réadaptation des mouvements» a pour but d'associer les différents mouvements et attitudes de la vie courante à ces états de relaxation. Comme nous le verrons, les effets de cette méthode ne concernent pas seulement la musculature périphérique mais intéressent le système neurovégétatif et, d'une façon plus générale, 28

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