LA RELAXATION PSYCHOTHÉRAPIQUE

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Après une brève étude historique et la description des principales méthodes ou techniques de relaxation thérapeutique utilisées de nos jours, l'auteur présente une méthode de relaxation psychothérapique qui, tout en étant issue du Training Autogène de Schultz, s'en différencie et se caractérise par l'importance donnée à l'imagination mentale, au toucher et aux régressions. Les indications vont de la lutte contre le stress aux traitements des troubles psychopathologiques, sans oublier l'abord de la psychose en co-thérapie.
Publié le : jeudi 1 novembre 2001
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EAN13 : 9782296271678
Nombre de pages : 246
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La Relaxation psychothérapique
Méthodes et stratégies

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun
Sans exclusives ni ftontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.

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Charles BAILLARD

La Relaxation psychothérapique
Méthodes et stratégies

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

2001 ISBN: 2-7475-1563-X

@ L'Harmattan,

PRÉFACE

Il Y a déjà une vingtaine d'années au moins le professeur KAMMERER, s'interrogeant sur la formation et la pratique des futurs psychiatres, disait qu'à son avis un bon psychiatre de pratique libérale devait avoir la maîtrise de quelques médicaments, qu'il connaissait parfaitement, notamment d'un ou deux antidépresseurs et d'une technique psychothérapique, en dehors bien sûr de la psychanalyse qu'il situait dans un registre différent et que sans doute, sans extrapoler sur sa pensée, il réservait à un public particulier et peut être, avant tout dans une perspective didactique formatrice. Par contre, parmi les techniques psychothérapiques et à la lueur de son élève et collaborateur Durand de BODSINGEN, il privilégiait la relaxation de SCHULTZ qui, dans les situations névrotiques les plus courantes Q'angoisse et ses avatars), lui paraissait la réponse la mieux adaptée. On sait la fortune qu'a connu cette approche. Le terme de relaxation est devenu un de ces mots magiques que privilégie notre époque, une de ces recettes largement utilisées par différents praticiens, du kinésithérapeute honnête et conscient de ses limites au « thalassothérapeute » qui met en avant les vertus conjointes de l'eau de mer à la températqre adéquate et de la relaxation. TI est heureux dans ce contexte quasi-commercial qu'un praticien confinné de la relaxation, Charles BAILLARD, propose un texte d'ensemble sur le sujet. Praticien hospitalier, Chef de Service et de secteur, il rend compte de son savoir et de sa réflexion sur la relaxation, mais plus important encore, de sa pratique dans ce domaine, notamment, nous y reviendrons, dans des registres inhabituels.

L'ouvrage très classique dans sa fonne, parfaitement documenté sur le plan bibliographique, rend compte de la naissance du concept, de son articulation naturelle avec le magnétisme animal de MESMER etc... des différentes théories sur le tonus musculaire et sa révolution, du magnétisme à l'hypnose, de l'hypnose à la naissance de la psychanalyse, de l'hypnose au training autogène. BAILLARD présente ensuite les différentes méthodes de relaxation thérapeutique chez l'adulte et chez l'enfant, puis il en vient aux indications thérapeutiques de cette pratique depuis la médecine psychosomatique, la neuropsychiatrie jusqu'à la formation professionnelle, la gestion du stress. Plus novatrice nous paraît peut être, présentée, dans l'ouvrage de BAILLARD, l'extension des indications de la technique qu'il présente aux états limites, à l'alcoolisme, voire même et il rapporte plusieurs observations significatives aux psychoses. TIfaut lire attentivement les cas cliniques présentés. Ces commentaires sur la relaxation chez les psychotiques nous paraissent particulièrement originaux, riches d'enseignement et à reprendre dans tout séminaire sur l'approche diagnostique et thérapeutique des psychotiques. BAILLARD souligne notamment l'importance du toucher, du corps à corps si difficile qu'il soit dans la relation avec ces patients. Au total ce texte qui rend compte authentiquement de l'expérience d'un praticien de terrain, mais aussi d'une réflexion théorique et éthique sur notre pratique, doit être recommandé à la lecture de toutes les équipes confrontées quotidiennement à la pathologie psychiatrique et en quête d'un rapport théorique à la fois simple et complexe. G. BESANÇON
Professeur de P.rychiatrie

et de P.!Jchologie Médicale

Université de

Nantes

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AVANT - PROPOS

L'objectif de cet ouvrage n'est pas de tout dire ou de tout expliquer à propos des techniques de relaxation. De nombreux travaux fort bien documentés et complets ont été écrits sur le sujet, aujourd'hui plutôt bien connu du public. Notre ambition est de restituer les fruits, en les rendant accessibles, d'une pratique issue de multiples courants fonnateurs, et leurs applications cliniques. Les indications ont été étendues à un large domaine de la pathologie psychiatrique. Dans la première partie sont décrits, après une approche historique, les aspects spécifiques des principales. techniques de relaxation d'où il est possible de dégager les points théoriques et pratiques essentiels. Les différences avec d'autres techniques utilisant des états de conscience modifiés sont également évoquées. Dans la deuxième partie nous exposons la technique utilisée. Elle diffère d'autres techniques par l'importance donnée au toucher, l'importance accordée aux régressions et aux fantasmes archaïques. Elle nécessite une grande mobilité technique. Pour terminer quelques cas cliniques seront présentés pour en illustrer les aspects fondamentaux. Les aspects concernant les effets physiologiques, en dehors de l'aspect électroencéphalographique qui y est traité, et les modifications biologiques objectivables ont été laissés de côté, car traités dans d'autres ouvrages bien documentés.

PREMIÈRE PARTIE: LA
RELAXATION, ABORD CORPOREL ET PSYCHOTHÉRAPIQUE

CHAPITRE I INTRODUCTION ET DÉFINITION

1. Le terme relaxation est un anglicisme introduit en 1954. Sur le plan étymologique le mot vient du latin « relaxare» se détendre, se relâcher. Sur le plan médical, il convient de parler plutôt de relaxation thérapeutique. En effet, le terme en soi n'appartient pas exclusivement au langage médical et n'est la propriété d'aucun groupe professionnel. Chacun peut se relaxer comme il l'entend. On peut pratiquer non seulement au cours d'entraînement sportif, après ou avant, voire même entre deux épreuves sportives, mais encore en musique, seul ou en groupe. Les masseurs kinésithérapeutes et les psychomotriciens proposent également des séances de relaxation à leurs patients avec des objectifs bien repérés. C'est dire combien il importe de définir clairement ce qu'il convient en pratique médicale de nommer relaxation thérapeutique. Dans la suite de cet exposé, il sera ultérieurement question de relaxation thérapeutique, même lorsque le terme relaxation est nommé seul. Ce terme désigne une diminution ou la suppression d'une tension musculaire, suivie d'un apaisement psychique obtenu à }'aide d'un procédé ou d'une méthode thérapeutique. Pour Durand de Bousingen, « les méthodes de relaxation sont des procédés thérapeutiques bien définis, visant à obtenir chez l'individu une décontraction musculaire et psychique à l'aide d'exercices appropriés; la décontraction neuromusculaire aboutit à un tonus de repos, base d'une détente physique et psychique ».

2. Toutes les techniques de relaxation supposent comme principe de base qu'une tension affective peut entraîner sur le plan somatique, une tension musculaire. La suppression de cette tension musculaire se répercute favorablement sur l'équilibre psychique. 3. Se relaxer n'est pas une fin en sOLC'est tout ce qui est mis en jeu au cours de ce travail qui permet au sujet d'aborder sur le plan corporel et verbal ses difficultés propres et ses angoisses profondes. Différentes étapes seront abordées et parlées dans un espace spécifique au cours de la relation soignant - soigné. La qualité du travail thérapeutique en dépendra. Sur le plan historique, depuis l'antiquité, il existait des procédés plus ou moins réservés aux initiés qui leur permettaient une intériorisation apaisante; mais ces procédés étaient inclus dans des pratiques dont les buts étaient tout autres: recherches ésotériques, magie, ou pratiques religieuses... Mais c'est surtout l'hypnose qui a été à l'origine, du moins en Europe, des pratiques de relaxation. D'une façon plus précise, Johannès Heinrich SCHULTZ en Allemagne, dans les années 1908 - 1912 et Edmund JACOBSON à Chicago quelques années plus tard vers 1925 - 1928, ont mis au point leurs méthodes, d'où se sont inspirées la plupart des pratiques actuelles. 4 . Cependant, la relaxation thérapeutique a été longtemps méconnue, jusqu'aux années soixante dix environ, pour des raisons diverses: - méfiance de nombreux médecins à cause d'une absence de bases scientifiques. Le fait que ces pratiques, souvent classées parmi les médecines dites douces, étaient proposées parfois par des non médecins, ne favorisait pas leur utilisation par les praticiens. - négligence de l'approche corporelle en France, dans la première moitié du XXo siècle. 14

- rejet par beaucoup de psychanalystes, jusqu'aux années soixante dix - quatre-vingt, de procédés qui leur ont pam suspects (dangers de la suggestion, risque lié au toucher, risque narcissique, etc.) fi a donc fallu beaucoup d'effort de la part des premières écoles de formation et des thérapeutes ainsi qu'un effet de mode pour que ces techniques figurent aujourd'hui dans l'arsenal psychothérapique des psychiatres~ des psychosomaticiens et soient pleinement reconnues des médecins... Aujourd'hui, ces techniques sont aussi proposées au titre des évolutions personnelles de ceux qui en éprouvent le besoin. Elles intéressent également les cadres d'entreprises pour accroître leur puissance de travail et leur concentration. Elles sont de plus en plus utilisées, simplement, pour lutter contre le stress.
5 . Essai d'une définition de la relaxation psychothérapique. SCHULTZ définit ainsi sa méthode: «le principe de la méthode du training autogène est d'induire par des exercices physiologiques et rationnels déterminés, une déconnexion

générale de l'organisme qui, par analogie avec les anciens
j

travaux sur l'hypnose, permet toutes les réalisations propres aux états authentiquement suggestifs ». Les autres techniques dérivées du training autogène ont intégré quelques différences notables et insisté sur certains points: utiliser des inductions variables, réduire le rôle de l'induction, favoriser les régressions partielles, introduire le mouvement, favoriser le contact, etc. D'une façon plus précise, en choisissant d'y énumérer les points essentiels, au risque d'être long pour être complet, nous définirons ainsi la relaxation thérapeutique: La relaxation est un apprentissage à la détente musculaire et psychique, par des techniques spécifiques d'induction et de mentalisation. Les exercices proposés visent à aider le sujet à se mettre à l'écoute de son propre corps par l'effet d'inductions qui conduisent à une somatisation agréable. lis permettent 15

ainsi d'établir un dialogue nouveau avec son propre corps, à la recherche d'un bien-être et d'un apaisement, par la mise en route d'un processus lent et progressif de réassurance narcissique. Le sujet doit rester attentif, sans pour cela se tendre vers l'objectif; l'attention doit demeurer passive. Cette somatisation ne peut se faire qu'à la faveur d'une régression plus ou moins intense au cours d'un travail psychothérapique et dans le cadre d'une relation transférentielle particulière avec abandon des défenses habituelles. Au cours de ce travaille sujet est confronté avec ses propres angoisses et interpellé par rapport à son histoire et à travers des éléments de son image corporelle.

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CHAPITRE II HISTORIQUE

Tout au long de l'histoire, les hommes ont utilisé des techniques particulières susceptibles de provoquer un apaisement psychique et corporel. Mais la finalité de ces techniques n'était pas la recherche des effets de relaxation comme fin en sOL Celles-ci s'intégraient, comme l'ont souligné bien des auteurs, dans des pratiques plus vastes liées à des contextes plutôt magiques, ésotériques, ou religieux. On peut distinguer, en simplifiant pour les besoins de l'exposé, les périodes suivantes: - l'antiquité et le moyen âge, - la période moderne en occident (Ie XVIIlo et le XIXo siècle) , - les méthodes contemporaines.

1 . L'antiquité

et le moyen âge

1 . 1. Au cours de cette période ont été pratiquées des techniques ésotériques, religieuses, ou magiques qui existaient depuis l'antiquité. Prêtres et initiés, en Chine, en Inde, et sur le pourtour Méditerranéen (Égypte, Grèce, Italie...) utilisaient des techniques permettant d'obtenir des états de transes hypnotiques dans le cadre de leurs pratiques religieuses ou ésotériques. Ces techniques, si l'on écarte celles qui usaient des substances psychoactives, pouvaient être variées.

On peut citer: - Des méthodes de fixation, pennettant une intériorisation apaisante. Ces techniques s'apparentent à l'autohypnose. - Des méthodes engendrant une ivresse du mouvement. Les manifestations corporelles et psychiques sont probablement provoquées par les modifications métaboliques induites par l'accélération de la respiration (alcalose). Certaines techniques modernes utilisent ces manifestations. - Des méthodes acoustiques utilisant sons et musiques, etc. 1 2 . Des techniques de méditation fort anciennes, se pratiquent encore de nos jours soit pour obtenir des états de transe à des fins spirituelles, soit à la recherche d'un apaisement et d'une hannonie interne (psyché et soma) TIest classique de citer: - les pratiques contemplatives des anciens chrétiens hésychastes de }'église orthodoxe dont les représentants les plus connus sont les moines du mont Athos qui méditaient et priaient la tête inclinée en avant et fixaient leur ombilic. lis finissaient par avoir des hallucinations hypnotiques qu'ils interprétaient avec mysticisme. Créés à partir du Xo siècle, les monastères du Mont Athos continuent de recevoir, jusqu'à nos jours, des moines orthodoxes de toutes origines... - Les techniques orientales actuelles, dont les origines sont anciennes: . Le yoga dont les principes et les systèmes ont été rassemblés puis reformulés par PATANJALI vers le 11° Siècle av. J.C. Le yoga comporte des techniques corporelles (des positions nommées asanas), des exercices se rapportant au souffle (pranayama) et des exercices (yoga nidra) dont les techniques modernes de relaxation se sont inspirées. Méditation, contemplation et exercices spirituels y sont associés. . Le Bouddhisme (VI0 siècle av. J.C.) dans ses différentes formes. Le Bouddhisme Tantrite (Inde et Tibet), le 18

.

Zen comportent également des exercices spirituels méditation permettant maîtrise et harmonie...

et de

2 . La période moderne
XIXo siècle)

en occident

(XVIIIo et

2 1 . Du magnétisme à l'hypnose. Applications au traitement des maladies Nous emprunterons à CHERTOCK, chercheur passionné dans le domaine de l'hypnose et de ses rapports avec la psychanalyse depuis des décennies, les éléments d'histoire concernant la naissance de la psychopathologie actuelle et de l'hypnose. il faut faire remonter l'avènement de la recherche et de l'expérimentation dans le domaine de la psychothérapie moderne aux travaux de Franz Anton MESMER (1734 - 1815), médecin allemand. Il eut cependant des précurseurs: deux jésuites au XVIIlo siècle, à Vienne, s'intéressaient au magnétisme. fi s'agissait du père KIRCHER et surtout du père HEIL fondateur de l'Observatoire de Vienne. Ce dernier avait écrit un livre qui démontrait l'action thérapeutique des aimants sur les organismes vivants. MESMER fit ses études à VIENNE et obtint sa thèse de Doctorat en médecine en 1776. Le travail qu'il présenta traitait déjà de l'existence d'une force curatrice liée à l'influence des étoiles et des planètes. TI exerça tout d'abord dans cette ville où après une période de succès notables, il subit quelques revers. n se réfugia de 1778 à 1784 à PARIS où il devint très rapidement populaire et fort apprécié dans les salons mondains. Ce praticien avait mis au point une méthode de soins, qui lui avait attiré de nombreux adeptes d'abord à VIENNE puis à PARIS. TI affinnait avoir découvert l'existence d'un fluide universel qui pennettait l'action directe ou à distance sur ses patients. TIpublia en 1779, un ouvrage intitulé « mémoire sur la découverte du magnétisme animal». Les maladies provenaient d'une mauvaise répartition du fluide à l'intérieur du
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.

corps. Les passes magnétiques avec un aimant permettaient de rééquilibrer ce fluide dans l'organisme (magnétisme animal). TI se rendit compte un peu plus tard que les mêmes effets pouvaient être obtenus au contact des mains. TInomma ce fluide universel fluide animal. TI mit en place des groupes de malades qu'il disposa autour d'un baquet rempli d'eau et de limaille de fer magnétisée. Les patients étaient isolés dans une salle close où il officiait par imposition des mains ou à l'aide d'une baguette aimantée. Ceux-ci étaient placés en face d'une tige métallique qui sortait du baquet. Ces tiges étaient reliées entre elles. Ces pratiques entraînaient chez les patients des crises convulsives suivies le plus souvent de guérison... Des personnalités du monde médical s'émurent devant ces phénomènes inexpliqués à cette époque... Pour MESMER les crises convulsives étaient nécessaires à la guérison. La clientèle afflua, tandis que les scientifiques se tirent de plus en plus méfiants devant ces pratiques. DESLON, professeur de médecine à PARIS et élève de MESMER tenta de présenter officiellement le magnétisme comme scientifique. TI fut suspendu de ses fonctions pendant un an pour cette initiative condamnée par le doyen de la faculté. Le roi LOUIS XVI, face à ces remous et mouvements d'opinions, décida de nommer des commissions d'enquête pour une étude approfondie: ces commissions étaient composées de cinq membres de l'Académie des sciences (dont BAILLY, FRANKLIN, GUILLOTIN, LAVOISIER...), de cinq membres de la Société royale de médecine, et de quatre membres de la faculté de médecine. MESMER proposa une étude pennettant de comparer les résultats obtenus chez 24 patients traités par sa méthode avec ceux obtenus chez 24 autres patients traités par une méthode plus académique. Cette proposition fut rejetée. Deux rapports minutieux et méthodiques furent produits à partir de l'examen des malades de DESLON: - Un rapport public qui conclut à l'inexistence du fluide universel. Ce rapport insista sur le rôle prépondérant de l'imagination. Les phénomènes cliniques fort bien décrits 20

correspondaient au somnambulisme, aux états de transe hypnotique et aux crises convulsives. Le rapport reconnaissait toutefois l'existence d'effets curatifs, mais non liés au fluide universel. L'imagination était susceptible d'entraîner l'apparition de convulsions et de guérisons. - Un rapport secret produit et présenté au roi par l'astronome BAILLY. Ce rapport dénonçait les risques et les dangers des pratiques de MESMER. Après avoir démontré les aspects érotiques et sexuels de ces crises, il conclut: «le traitement magnétique ne peut être que dangereux pour les mœurs ». Ce rapport fut publié en 1826. MESMER s'était attaché à démontrer l'existence de phénomènes scientifiques que l'on pouvait reproduire et observer et ne voulut pas voir les données psychologiques à l'œuvre. Découragé par une telle opposition des scientifiques il quitta la FRANCE en 1784. il eût cependant de nombreux élèves médecins et non médecins, malgré cet échec: DESLON, de PUYSEGUR, l'abbé FARIA, de VILLERS, DELEUZE, etc... DESLON défendit le rôle thérapeutique de ces pratiques, même si les causes de la guérison étaient d'origine imaginative: «si la médecine d'imagination est la meilleure, pourquoi ne ferions nous pas de la médecine d'imagination». Pour le marquis de PUYSEGUR les crises convulsives n'étaient pas nécessaires aux effets constatés. TI montra que le somnambulisme pouvait être provoqué par la relation verbale. TImontra également l'existence d'une amnésie post-critique. Nous avons vu que DESLON, alors professeur à la faculté de médecine de PARIS, fut sévèrement critiqué par le doyen de cette faculté et suspendu d'enseignement pendant un an. Toutes ces critiques et le rejet de ces thèses par les sociétés scientifiques incitèrent les médecins à la prudence. On comprend mieux dès lors pourquoi ces travaux intéressèrent les non médecins tels, le marquis de PUYSEGUR, l'abbé FARIA et bien d'autres profanes... Pendant plusieurs décades le magnétisme tomba dans l'oubli, en France, à cause des positions officielles de la faculté de médecine. 21

Cependant les travaux du marquis de PUYSEGUR et de LA VATER favorisèrent un nouveau courant de recherche, dans ce domaine, en Allemagne. KLUGE et WOLF ART remplacèrent le terme de magnétisme par celui de « Mesmérisme », en mémoire du créateur de la méthode qu'ils utilisaient eux-mêmes. Les mêmes phénomènes sociaux qu'en France se reproduirent: Après une période d'engouement du public, d'intérêt et de soutien apporté par la plupart des grands philosophes allemands de l'époque (HEGEL, SCHIlLING, FICHTE, etc.) les milieux scientifiques se firent critiques. La médecine officielle s'opposa à de telles pratiques, qu'elle discrédita et condamna... Seule la Prusse autorisa ses médecins à utiliser encore ces techniques. L'Angleterre fut à son tour le théâtre de scénarios du même type. Vers le milieu du XIXo siècle, DUPOTET et ELLIOTSON soignèrent des malades par ce procédé. ELLIOTSON préféra quitter son service hospitalier, du nord de Londres, pour continuer ses recherches et pratiquer selon ses convictions. Le magnétisme était pourtant déjà introduit en chirurgie et utilisé comme procédé anesthésique. La première opération sous hypnose (anesthésie hypnotique de WARD), a été pratiquée en 1842. La revue « Zoist », publia plusieurs observations d'interventions pratiquées en Inde par ESDAILE avec ce procédé d'anesthésie. Ce fut James BRAID, chirurgien anglais, qui introduisit en 1843 le terme «hypnotism» pour désigner les manifestations hypnotiques et il rejeta vigoureusement les théories et les méthodes des fluidistes. il avait assisté à des démonstrations publiques de manifestations hypnotiques lors de l'exhibition d'un hypnotiseur de scène. Convaincu de l'intérêt scientifique des phénomènes observés, il les étudia et les appliqua sur le plan professionnel. fi défendit un point de vue psychophysiologique. Ses observations furent toutefois, malgré ses efforts, rejetées par la médecine officielle britannique. Quant à l'anesthésie sous hypnose, elle fut 22

abandonnée au profit de l'utilisation de l'éther jugée plus efficace et plus rapide. La France va à nouveau connaître un regain d'intérêt pour l'hypnose vers le milieu du XIXo siècle. On peut noter du point de vue de l'évolution des idées que les dispositions affectives et morales du thérapeute ( manifestations de la position contre-transférentielle ), ont été décrites par Charles de VILLERS auteur de l'ouvrage «le magnétiseur amoureux ». « L'âme du magnétiseur s'unit à celle du somnambule, elle est par là identifiée avec la sienne». « Mais, souligne CHERTOCK, c'est la volonté de guérir du médecin qui
. constitue le facteur décisif dans la cure, pour les magnéti-

seurs de l'époque». Par ailleurs, déjà à cette période, on vit apparaître une certaine méfiance vis à vis du corps: les techniques utilisées se modifièrent progressivement. Le contact direct avec le corps par imposition fit place à des passes pratiquées à distance du patient. Deux écoles se sont opposées en France: l'école de la Salpêtrière à PARIS composée de médecins à la recherche de mécanismes physiologiques ( CHARCOT et collaborateurs) et l'école de NANCY ( LIEBAULT, puis BERNHElM) dont les membres défendaient les thèses animistes. La référence à un fluide ou à des phénomènes d'essence psychologique divisa les magnétiseurs en trois groupes: les fluidistes partisans de l'existence d'un fluide physique permettant par effet externe d'harmoniser le fonctionnement des organes, les physiologistes se référant à l'orthodoxie scientifique et les animistes à la recherche de processus venant de l'âme et de l'imagination. LIEBAULT, médecin à NANCY, s'intéressait.à l'hypnose depuis plusieurs années. En 1854 il ouvrit un centre de soins pour indigents. BERNHEIM, alors professeur de médecine à l'université de STRASBOURG, entendit parler des succès thérapeutiques obtenus par ce praticien et vint assister à sa consultation. Convaincu de 1'efficacité des techniques hypnotiques il demanda et obtint sa mutation à NANCY et travailla en collaboration avec lui. 23

CHARCOT pensait quant à lui que l'hypnose constituait un état pathologique. Malgré l'analogie repérée entre l'hystérie reconnue comme maladie mentale et l'hypnose, il pensait que les manifestations hypnotiques, sommeil, catalepsie, léthargie... étaient provoquées par des agents physiques. TIfit même partie avec LUYS et DUMONTP ALLIER d'une commission d'étude désignée par Claude BERNARD à la demande de BURQ pour étudier pendant un an la métalloscopie. BURQ avait découvert l'action des métaux sur les hystériques. Cette commission confinna sa découverte. DUMONTP ALLIER concluait: « ce sont les agents physiques qui déterminent l'hypnose: la lumière, la température, les vibrations de l'atmosphère, l'électricité, les aimants. Tous ces agents entraînent des modifications du système nerveux ». Alors que CHARCOT considérait l'hypnose comme un état morbide, l'école de NANCY représentée par LIEBEAULT, BERNHEIM, LIEGEOIS, et BEAUNIS y voyait seulement l'expression de phénomènes nonnaux provoqués par la suggestion verbale. Les aspects psychologiques étaient mis au premier plan. TI y eut des querelles d'écoles pendant des décennies. LIEBAULT a toutefois admis à certains moments la possibilité d'une influence due à l'action nerveuse directe d'homme à homme. TI liait ces effets à l'existence d'un zoomagnétisme ou «neurilité» qui s'exerce d'un individu à l'autre. s. FREUD et P. JANET se penchèrent sur ces pratiques. FREUD fit un stage dans le service de CHARCOT. TI se sensibilisa à l'hypnose et entrevit déjà, à parcir des propos de CHARCOT lui-même, l'origine sexuelle de la névrose hystérique. TI effectua également un stage dans le service de BERNHEIM . La diffusion des idées concernant le magnétisme s'était faite bien des années auparavant. Après le départ de MESMER de France en 1784 et avant les recherches des écoles de NANCY et de la SALPETRIERE, le magnétisme 24

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