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La renaissance des campagnes en Corée du Sud

De
269 pages
La vie communautaire, dans les sociétés rurales coréennes, a longtemps été régie par des règles encourageant les paysans à s'entraider en cas de difficultés et à coopérer au cours des travaux aux champs. Le président Park Chung Hee lança le Saemaul Undong, au début des années 1970, afin de moderniser l'agriculture. Cette recherche retrace les antécédents historiques et traditionnels de l'agriculture coréenne et établit un bilan de la politique menée par Park Chung Hee avant de faire le lien avec la période contemporaine et une évaluation de l'avenir des campagnes de Corée du Sud.
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LI Hong
La renaissance des campagnes
en Corée du Sud
1960-2012
La vie communautaire, dans les sociétés rurales coréennes, a
longtemps été régie par des règles encourageant les paysans La renaissance
à s’entraider en cas de diffi cultés et à coopérer au cours des
etravaux aux champs. Dès le début du III siècle, des décisions
communes étaient prises dans le cadre du gye et, à la fi n du des campagnes
eXIV siècle, les principes d’une association coopérative appelée
hyangyak furent rédigés par le roi Taejo. Suivant cette tradition,
le président Park Chung Hee lança le Saemaul Undong, ou en Corée du Sud
mouvement des nouveaux villages, au début des années 1970,
afi n de moderniser l’agriculture, secteur distancé dans le 1960-2012processus de développement économique et industriel coréen.
Basée sur une bibliographie en anglais, en coréen, en français et
en japonais, cette recherche retrace les antécédents historiques
et traditionnels de l’agriculture coréenne et établit un bilan de
la politique menée par Park Chung Hee avant de faire le lien
avec la période contemporaine et une évaluation de l’avenir des
campagnes de Corée du Sud.
Docteur en histoire, ancien élève du laboratoire « pays du
Tiers-Monde » de l’université Paris-7, LI Hong réside en Corée
du Sud depuis vingt-cinq ans. Professeur à l’université Inha, il
s’interroge sur la problématique de l’interculturalité, fondant
ses recherches et son enseignement sur des comparaisons
historiques et culturelles entre les civilisations européennes et
extrême-orientales.
Illustration de couverture :
Korean Traditional View, © grafi ca
(http://www.shutterstock.com/).
ISBN : 978-2-336-00532-4
27 €
La renaissance des campagnes en Corée du Sud
LI Hong
1960-2012




La renaissance des campagnes
en Corée du Sud
1960-2012 Recherches Asiatiques
Collection dirigée par Philippe Delalande

Dernières parutions

Marion FROMENTIN-LIBOUTHET, L’image du Laos au temps de
la colonisation française (1861-1914), 2012.
Philippe GENDREAU, Pierre-Marie Gendreau, un missionnaire vendéen
au Tonkin, 2012.
Gérard Gilles EPAIN, Indo-Chine, Découverte, évangelisation,
colonisation ; Une histoire coloniale oubliée, Tome I, 2012. es EPAIN, Indo-Chine, La guerre ; Une histoire coloniale
oubliée, Tome II, 2012.
Thach TOAN, Les Khmers à l’ère de l’hindouisme
(20-1336 apr. J.-C.), 2012.
Linda AÏNOUCHE, Le don chez les Jaïns en Inde, 2012.
Quang DANG VU, Histoire de la Chine antique, tomes 1 et 2, 2011.
TAKEHARA YAMADA Yumiko, Japon et Russie : histoire d’un
conflit de frontière aux îles Kouriles, 2011.
Guy BOIRON, La Grande Muraille de Chine. Histoire et évolution d’un
symbole, 2011.
Prince Mangkra SOUVANNAPHOUMA, Laos. Autopsie d'une
monarchie assassinée, 2010
Marguerite GUYON DE CHEMILLY, Asie du Sud-Est. La
décolonisation britannique et française, 2010.
e eJoëlle WEEKS, Représentations européennes de l’Inde du XVII au XIX
siècle, 2009
Hélène PORTIER, Les missionnaires catholiques en Inde au XIXe siècle,
2009.
Denis HOCQUET, BHUTTO DU PAKISTAN, Vie et martyre d’un
Combattant de la Liberté, 2009.
Michel PENSEREAU, Le Japon entre ouverture et repli à travers
l’histoire, 2009.
Toan THACH, Histoire des Khmers ou l’odyssée du peuple cambodgien,
2009.
Stéphane GUILLAUME, La question du Tibet en droit international,
2008.
Yves LE JARIEL, Phan Boi Chau (1867-1940). Le nationalisme
vietnamien avant Ho Chi Minh, 2008.
NÂRÂYANA, Le Hitopadesha. Recueil de contes de l’Inde ancienne,
2008. LI Hong




La renaissance des campagnes
en Corée du Sud
1960-2012









































Cet ouvrage a bénéficié d’une bourse de recherche de l’université
Inha pour sa publication.







© L'HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00532-4
EAN : 9782336005324 Avant-propos


Les chercheurs, les journalistes occidentaux et les autres
observateurs semblent porter, à l’heure actuelle, un intérêt de plus
en plus aigu au développement économique étonnant de la
République de Corée. Cette curiosité est aisée à comprendre si l’on
sait que cette croissance phénoménale et souvent qualifiée de
« miraculeuse » se poursuit, encore aujourd’hui. Le pays a réussi,
en un temps record, à bâtir une industrie compétitive au niveau
mondial et ses produits, toujours plus sophistiqués, sont désormais
parmi les plus recherchés sur les marchés internationaux. Ces
résultats sont d’autant plus surprenants quand on connaît la
situation de départ : un pays en ruines, ravagé par une guerre
particulièrement dévastatrice. Certes, l’Allemagne fédérale et le
Japon sont également parvenus à reconstruire, au point de figurer,
maintenant, parmi les pays les plus prospères mais, disposant d’un
considérable passé industriel, ils n’avaient eu, en fait, que leur
économie à relever. La Corée, elle, au lendemain de sa libération
du joug japonais, avait tout à faire. D’autant plus que ce pays a
toujours souffert d’une véritable précarité des conditions physiques.
Tout manque : l’espace pour l’essor de l’agriculture, les sources
d’énergie et les matières premières industrielles. De plus, les trois
quarts de son territoire sont occupés par des montagnes. La Corée
ne pouvait donc compter que sur son peuple.
Ce « miracle économique » compte un aspect original parce que
moins spectaculaire et moins connu que sa croissance industrielle :
l’essor de l’agriculture. Cette question n’est cependant pas à
négliger, la République de Corée ayant été, jusque dans les années
1960, comme partout ailleurs dans le tiers monde, un pays
essentiellement agricole avec, notamment, une population
composée, aux deux tiers d’agriculteurs. On avait en tête, à cette
époque, un vieux proverbe : « L’agriculture est la base d’une
nation ». D’autre part, si les efforts accomplis au cours des deux
1premiers plans quinquennaux entraînèrent des progrès
spectaculaires de l’industrie, l’agriculture, négligée par le
gouvernement, stagnait à un niveau d’archaïsme et de pauvreté à la

1 Le premier plan fut appliqué de 1962 à 1966 et le deuxième de 1967 à 1971.
72fin des années 1960. En particulier, les revenus des paysans ne
connurent pas de hausse sensible contrairement à ceux des citadins
qui augmentèrent régulièrement. Les pouvoirs publics comprirent
alors qu’un effort sérieux devait être fourni dans le domaine
agricole et mirent en place un mouvement national de
développement communautaire appelé « Saemaul Undong » en
3coréen. Lancé au début des années 1970, ce projet, basé sur les
principes de diligence, d’effort personnel et de coopération,
demanda la participation de tous les paysans et fut, en grande partie,
financé par des subventions gouvernementales.
Aujourd’hui, même si les jeunes générations et les visiteurs ne le
savent pas toujours, le « Saemaul Undong » est très présent dans la
vie quotidienne des Coréens, le mouvement se trouvant à la base de
la vie sociale et associative des Coréens et veillant sur la
sauvegarde de l’environnement du pays par le biais de campagnes
d’information diverses parmi lesquelles on peut citer le « Green
Korea ».
Quel fut le passé agricole de la Corée ? Comment se présentait le
« Saemaul Undong » ? Comment fut-il réalisé et par qui ? Quelle
fut son évolution ? Quels furent les résultats économiques de ce
programme de développement et quels en furent les effets sur la vie
quotidienne des paysans ? Peut-on établir un état des lieux de
l’agriculture coréenne plus de quarante ans après le lancement du
Saemaul Undong ? Comment se présente l’avenir des campagnes
ecoréennes à l’aube du XXI siècle ? Nous tenterons de répondre à
ces questions.


2 Au cours du deuxième plan, l’industrie connut une croissance annuelle moyenne
de 10,5% mais l’agriculture ne progressa que de 2,5% par an.
3 Mouvement des Nouveaux Villages.
8Précisions sur la transcription du coréen


Les noms propres et termes coréens ont été transcrits en lettres
d’alphabet latin suivant le nouveau système de romanisation
promulgué par le ministère de la Culture et du Tourisme de Corée
du Sud en 2000. Cette méthode n’utilise que les 26 lettres de
l’alphabet latin sans signes diacritiques, sauf un usage
généralement optionnel du tiret.
Les lecteurs remarqueront cependant quelques variantes entre les
ouvrages consacrés à la Corée, de nombreux universitaires ayant
appliqué le système, proposé en 1939 et officialisé en 1984, par les
Américains George M. McCune et Edwin O. Reischauer.
La révision du système de transcription du coréen s’expliquait
par la nécessité d’adapter la langue coréenne au langage
informatique, les signes diacritiques n’étant pas toujours saisis
automatiquement et les caractères du jeu de base ASCII utilisé pour
les noms de domaine sur Internet servant de référence.
La romanisation révisée n’ayant pas été imposée officiellement
pour les noms de personne, nous avons respecté, dans cet ouvrage,
la transcription qu’elles utilisaient elles-mêmes. Pour donner un
exemple, le nom de famille que l’on transcrit généralement « Lee »
peut aussi s’écrire « Li », « Yi » ou « Rhee » alors qu’on devrait
l’orthographier « I » suivant les règles de la nouvelle romanisation.
Nous avons simplement supprimé les tirets reliant les deux
caractères formant les prénoms de certains auteurs coréens pour
éviter les confusions.
Nous avons aussi respecté l’usage suivant lequel, en Corée, on
indique d’abord le nom de famille avant le prénom, sauf dans le
cas du président Syngman Rhee qui américanisa son nom à
l’occasion d’un séjour de plusieurs années aux États-Unis. Les
noms des auteurs cités dans cet ouvrage ont toutefois été
répertoriés par noms de famille, suivant l’ordre de l’alphabet latin.




Première partie

Les antécédents historiques

Chapitre 1
L’agriculture coréenne à travers l’histoire





La Corée possédant une très longue histoire, il est fondamental
de retracer la vie agricole qui s’est déroulée sur son sol, des
origines jusqu’à son annexion par le Japon, en 1910.

1. Les origines

Les vestiges paléolithiques découverts par les archéologues, en
4général des poteries et des outils, notamment à Seochang-ri, près
de Gongju, dans la province de Chungcheong du nord, témoignent
5de la vie des premiers Coréens. Les objets trouvés, le plus souvent
6en pierre taillée , en os d’animaux, en terre ou en bois, illustrent
bien la nature des activités de l’époque. Les outils de pierre étaient
souvent des armes (haches, lances, couteaux ou pointes de flèches)
et ceux en os des accessoires comme des harpons ou des têtes
d’hameçons. L’économie paléolithique coréenne était donc surtout
basée sur des activités de cueillette et de chasse, les communautés
vivant au bord de la mer ou d’une rivière s’adonnant à la pêche.
La mise à jour d’un outillage agricole rudimentaire tel que des
couteaux en forme de demi-lune pour couper les épis, des faucilles
en pierre polie, des têtes de houe ou des pierres à écraser les
graines démontre que l’agriculture de l’époque néolithique (4000
av. J.-C.) ne consistait pas simplement en la cueillette de fruits
sauvages mais que l’on cultivait également des céréales. Enfin, la

4 Le « ri » est une unité administrative correspondant à un village.
5 Sur l’histoire ancienne de la Corée, cf. Han Woo Keun, The History of Korea,
Eul Yoo Publishing Company, Séoul, 1970, pp. 5-6 ; William Henthorn, A History
of Korea, The Free Press, New York, 1974, pp. 6-13 ; LI Ogg, La Corée des
origines à nos jours, Le Léopard d’Or, Paris, 1988, pp. 6-7 ; Yoo Won Dong,
Shim Sang Pil, Histoire économique de la Corée, Sook-Myung University Press,
Séoul, 1986, pp. 8-9.
6 Il s’agissait le plus souvent de pierres à grains fins comme le quartzite, le
porphyre ou l’obsidienne.
13découverte d’amas de coquilles nous révèle aussi, d’après leurs
dimensions et leur épaisseur, les traces du passé : certaines
communautés étaient nomades mais d’autres s’installaient de
manière durable dans certaines zones pour former de véritables
villages où ils construisaient des habitations en forme de grotte.
En fait, les débuts de l’agriculture coréenne datent surtout de la
fin de l’époque néolithique (vers 2000 av. J.-C.). Les Coréens
commencèrent, en effet, à coudre avec des aiguilles faites d’os ou
d’arêtes, à sélectionner leurs semences et à arracher les mauvaises
herbes pour protéger leurs récoltes.
L’agriculture se développa surtout à partir de l’âge de bronze
e(VII siècle av. J.-C.). On découvrit des traces de graines comme le
haricot rouge, le soja et le millet sur des poteries trouvées à
Yangpyeong, dans la province de Gyeonggi située dans la
périphérie de la capitale. La croissance de la production agricole
avait, en effet, amené les paysans à essayer de stocker les surplus
7dans des vases (« kammkeramik ») . La mise à jour de grains
brûlés à Yeoju, également dans la province de Gyeonggi, prouva
8que l’on cultivait déjà le riz dans la péninsule coréenne . On trouva
aussi dans le centre du pays, près de Daejeon, un vase en bronze
orné d’une gravure représentant un homme labourant la terre. On
commença à distinguer trois catégories de travailleurs à cette
époque : les paysans, les artisans et les esclaves.

er e2. Les Trois Royaumes (I siècle av. J.-C.-VII siècle)

Cette période qui correspond à l’âge du fer en Corée, vit l’essor
de trois royaumes puissants et rivaux : Goguryeo situé au nord de
la péninsule coréenne, Baekje au sud-ouest et Silla au sud-est.
L’agriculture constituait la base de l’activité économique et
progressa régulièrement dans les premiers siècles de notre ère : on
diversifia la production des céréales et on développa celle du riz.

7 D’origine allemande, ce terme fut utilisé pour la première fois en 1930 par
l’archéologue japonais Fujita Ryosaku qui trouvait que ces vases ressemblaient
aux poteries de l’Eurasie du nord.
8 Le riz cultivé dans cette région est aujourd’hui le plus réputé de Corée pour sa
saveur et ses qualités nutritives.
14C’est sans doute de cette époque que datent les premières
9installations d’irrigation.
Malgré l’importance croissante de la culture et de la
consommation du riz, les habitants des régions montagneuses du
royaume de Goguryeo cultivaient plutôt le millet, le blé ou les
haricots et s’adonnaient à la chasse, capturant essentiellement des
animaux sauvages comme le sanglier ou le serf. Sur les côtes de la
péninsule, on pratiquait la pêche ainsi que le ramassage de
coquillages et d’algues comestibles. Les nombreuses gravures
découvertes sur des rochers, notamment à Bangu-ri, près de
Yeongju, dans la province de Gyeongsang du nord, témoignent de
ces activités.
Ces activités agricoles s’effectuaient dans le cadre de villages.
Trois statuts étaient possibles dans ces communautés : chef de
village ou notable, homme libre (qui jouissait du droit de vaine
10pâture) et serf. Malgré une augmentation incontestable du nombre
d’exploitations individuelles, la plupart des paysans libres prirent
l’habitude de se regrouper volontairement pour exploiter ensemble
des champs communaux.
Les impôts en nature prélevés par l’État étaient très lourds. On
demandait généralement aux paysans de fournir des céréales mais
aussi des étoffes de chanvre et des tissus de soie. Tributaires de
corvées dès l’âge de quinze ans, ils devaient participer à des
travaux à la fois divers et de grande envergure, essentiellement
l’édification de murailles ou la construction de temples.
Pour remédier à leur pauvreté et acquitter leurs impôts, les
paysans s’efforçaient d’exploiter le sol de manière différente pour
produire des fruits et des légumes et pratiquaient la culture du
chanvre et du mûrier destinés à la confection d’étoffes et de
11tissus. À Silla, les serfs se spécialisaient chacun dans la
fabrication de produits particuliers.

9 Lee Ki Baik, A New History of Korea, Ilchogak, Séoul, 1984, pp. 26-27. On
rapporte que ce sont les habitants de Baekje qui auraient pratiqué la riziculture
pour la première fois en Corée.
10 Cette classe de la société comprenait aussi les prisonniers de guerre et les
habitants des territoires vaincus.
11 Si le chanvre était utilisé par les classes inférieures de la société, la soie, dont la
réputation se répandit en Chine, servait à confectionner les vêtements des nobles.
15Considérée comme la source essentielle de la richesse du
royaume, la terre appartenait au monarque qui disposait du droit
d’user et de disposer de toute l’étendue du territoire. Il pouvait
ainsi distribuer une partie des territoires nouvellement conquis à
l’occasion de campagnes militaires aux membres de sa famille et
en donner à titre de gratification à ses meilleurs généraux ou à ceux
12qui lui avaient rendu un service notoire.

3. Le royaume unifié de Silla (650-918)

Il existait, à cette époque, une hiérarchie sociale très stricte qui
classait les aristocrates en deux groupes distincts : les membres du
13clan royal et les chefs de maisons nobles. Cette classe privilégiée
qui dominait la société tirait l’essentiel de sa richesse de la
production de ses terres. Le sol, qui appartenait à l’État, était, en
principe, concédé à titre provisoire mais les aristocrates, en fait, se
conduisaient en véritables propriétaires légaux et agrandissaient
régulièrement leurs domaines en accaparant, par exemple, du
14terrain non recensé ou en friche.
Les terres étaient exploitées par des paysans qui avaient le statut
de serfs ou de domestiques. Ils devaient, en outre, acquitter de
lourds impôts en nature, en général des céréales comme le riz, le
millet, l’orge ou le blé. Le gouvernement les réquisitionnait
régulièrement et exigeait d’eux, chaque année, des journées de
travail consacrées en priorité aux travaux agricoles mais aussi à la
construction de résidences, de tombes ou de temples. Les paysans
qui ne pouvaient pas rembourser leurs emprunts de riz ou de
céréale étaient corvéables à vie, situation qui illustre bien la
puissance et les pouvoirs détenus par cette aristocratie.
Les activités agricoles et la nature de la production
(essentiellement culture de céréales et élevage) ne différaient pas
de celles de la période des Trois Royaumes. Chaque foyer

12 Ces terres, appelées « sigeup » en coréen, n’étaient accordées qu’à titre
d’usufruit et n’étaient donc pas transmissibles par héritage. Cf. LI Ogg, op. cit., p.
45.
13 Sur la hiérarchisation de la société et la classe aristocratique à l’époque du
royaume de Silla, cf. LI Ogg, op. cit., pp. 125-128.
14 Les systèmes de distribution de terre (« jeongjeon ») furent appliqués à partir de
772.
16d’agriculteurs élevait, en moyenne, deux à quatre têtes de bétail,
généralement des bovins ou des chevaux. On aménagea de petits
15étangs pour l’irrigation. Un petit artisanat commença à se
développer dans les campagnes ; les paysans se livraient à des
activités de fabrication diverses, produisant aussi bien des étoffes
de chanvre et des tissus de soie que des outils. Si les populations
rurales se tournaient vers ces occupations secondaires, c’était
surtout pour compléter leurs modestes revenus.
On créa également des ateliers publics afin de satisfaire le besoin
croissant des élites sociales pour les produits de luxe. Les artisans
qui y étaient employés avaient chacun une spécialité et on leur
16donnait le statut d’ouvriers d’État.
Ces produits agricoles et artisanaux étaient échangés dans le
17cadre de foires et de magasins d’État. Les foires se tenaient une
fois par semaine ou par an et rassemblaient de nombreux
marchands ambulants et négociants maritimes. Les magasins,
toujours situés à l’ouest et au sud des villes, jouaient le rôle
d’intermédiaires et étaient contrôlés par des tuteurs
18administratifs. Ce véritable réseau public de commerce fut
essentiellement créé pour écouler les surplus de la production
agricole et artisanale et les résidus des marchandises importées de
Chine ou du Japon. On peut comparer ce système de magasins
d’État à celui de Kyoto, au Japon, et à celui que connurent les
19Chinois, sous la dynastie des Tang.

4. Le royaume de Koryo (918-1392)

La question de la propriété de la terre préoccupait toujours le
monde rural à cette époque. La terre restait officiellement propriété
de l’État et n’était concédée qu’en usufruit aux fonctionnaires,
militaires ou autres élites sociales. Cependant, différence
fondamentale par rapport à l’époque des Trois Royaumes, un

15 On rapporte que l’autorité royale ordonna la construction et la réparation de
réservoirs d’eau destinés à la culture du riz et au défrichage des terres. Cf. LI Ogg,
op. cit., p. 81.
16 Yoo Won Dong, Shim Sang Pil, op. cit., pp. 24-26.
17 « Sijeon » en coréen.
18 « Dong-sijeon » en coréen.
19 Yoo Wop. cit., pp. 26-27.
17terrain accordé à titre de récompense pouvait être transmis à un
membre de la famille en cas de décès du détenteur. Cette
dérogation entraîna l’apparition de domaines immenses. Les
paysans qui y travaillaient étaient soumis à un impôt lourd et
arbitrairement décidé par la seigneurie : à partir de 992, les serfs
furent ainsi redevables de la moitié de leurs récoltes. Par contre,
s’ils travaillaient pour le compte de l’État, cette taxe foncière ne
représentait qu’un quart de la production agricole. Cet allègement
fiscal accordé par l’État visait, en fait, à rassembler le plus de
paysans possible sous son autorité directe. Ce système
d’imposition entraînait cependant des effets négatifs car il
appauvrissait autant les populations rurales que le Trésor Public.
On continua de soutenir l’artisanat, celui des ateliers publics et
celui des artisans indépendants qui travaillaient dans les campagnes.
Ceux-ci recevaient des prix en nature en échange de leurs produits,
souvent des céréales, quelquefois complétées par des étoffes. Il
arrivait même, bien que la pratique fût exceptionnelle, que l’État
accorde des parcelles de terre pour encourager les travailleurs à
augmenter leur productivité.
Les échanges commerciaux entre les collectivités villageoises et
les communautés non agricoles continuèrent de s’effectuer dans le
cadre de marchés ouverts périodiquement. Tenant leurs assises une
fois par semaine, ces foires rassemblaient les artisans et les paysans
des environs. Ce système de foire illustre le caractère primaire de
l’économie de l’époque fondée sur l’autosuffisance : dans ce
système, les paysans étaient à la fois, en effet, vendeurs et
acheteurs. Les marchés étaient contrôlés par des « jikwans » ou des
« hojangs » qui fixaient les dates d’ouverture des assises et les
valeurs étalon de poids et mesure, tout en percevant les droits de
participation. Le riz et le tissu étaient utilisés comme monnaie
d’échange. Le développement de ces foires entraîna une
spécialisation des activités artisanales et agricoles et la
concentration dans les villes d’une population essentiellement
composée de commerçants.
Bien qu’il n’existe malheureusement pas de données statistiques
sur la production agricole de l’époque, un passage du Koryo-sa
(Histoire de la dynastie Koryo), cité par de nombreux chercheurs,
nous révèle que les cultivateurs avaient produit, notamment au
18ecours de la seconde moitié du XI siècle, suffisamment de céréales,
20pour subvenir aux besoins de la population.

215. La dynastie des Li (1392-1910)

Comme aux époques précédentes, la structure économique
restait essentiellement basée sur l’agriculture. Les maîtres du pays,
soit les figures en vue du clan royal et de la classe aristocratique,
tiraient la plus grande partie de leurs revenus de l’exploitation de
leurs terres par des paysans astreints à un système fiscal décidé
arbitrairement. Cet impôt était très lourd pour les populations
paysannes qui devaient d’abord payer une taxe à leur seigneur pour
symboliser leurs liens de dépendance. Les paiements s’effectuaient
à la fois en nature et en espèces : il faut savoir que les aristocrates
et les fonctionnaires prélevaient cet impôt pour financer les
nombreux dons en nature, le plus souvent constitués de
marchandises ou de produits de luxe, que l’État leur réclamait. Ce
système de paiement indirect fut régulièrement utilisé par les
22classes privilégiées de la société. De nombreux abus furent
également commis dans le calcul des taxes foncières à acquitter par
les fermiers, les propriétaires de domaines augmentant
23arbitrairement la quantité de riz et de céréales à prélever.
Incapables de payer leurs impôts et leur pauvreté s’aggravant, de
plus en plus de paysans se livrèrent au vagabondage et, même, au
brigandage. Le plus célèbre de ces brigands fut Im Keok Jeong qui
fut très actif dans la province de Hwanghae, une des huit provinces
24de Corée à l’époque de la dynastie des Li, de 1559 à 1562.
Le roi Sejong (1397-1450 ; r. 1418-1450) tenta de remédier à ce
problème en modifiant l’impôt foncier de manière à ce que son

20 Koryo-sa, livre 78. Ce texte a été composé en chinois classique, prés d’un siècle
après la chute de la dynastie Koryo sur les ordres du roi Sejong (1397-1450).
Cette œuvre monumentale se compose de 139 volumes.
21 La dynastie des Li est également appelée dynastie Choseon.
22 « Bangnap » en coréen.
23 En général, les paysans devaient fournir la moitié de leurs récoltes.
24 Lee Ki Baik, op. cit., p. 204. D’après de nombreux récits romantisés, dont une
série télévisée diffusée avec succès sur la chaîne de télévision coréenne SBS de
novembre 1996 à avril 1997, Im Keok Jeong fut considéré comme un véritable
héros, un « bandit au grand cœur doté d’une force surhumaine » par de nombreux
paysans qui le suivirent pour lutter contre le despotisme de l’aristocratie.
19montant soit proportionnel à la production de chaque
25exploitation. Il fit adopter cette mesure après une consultation
26populaire malgré l’opposition violente des aristocrates.
De même, le roi Sejo (1417-1468 ; r. 1455-1468) chercha à
limiter la puissance économique des aristocrates en instituant une
loi agraire qui n’attribuait les terres qu’à leurs seuls exploitants,
pensant que cette nouvelle répartition des biens fonciers à la
campagne pourrait stimuler les activités productrices et, par là
même, provoquer l’essor de l’économie nationale. L’application de
cette nouvelle législation redonna confiance aux fermiers et permit
un développement progressif de l’agriculture du royaume.
L’exploitation des terres put être envisagée sous un autre angle,
les agriculteurs cherchant les moyens d’augmenter leur production.
La technologie agricole fit ainsi de considérables progrès à partir
edu XVII siècle. On perfectionna notamment la technique de
repiquage du riz, amélioration qui permit d’utiliser le même champ
27pour deux cultures différentes, en général riz et orge. Ce système
ne pouvant être efficace qu’avec un apport d’eau suffisant, on
construit de nombreux étangs et petites digues, de manière à
former des réservoirs pour l’irrigation. Afin de donner davantage
de rigueur et de cohérence à ces projets d’aménagement, on créa un
Bureau des Digues en 1662 et un plan national d’irrigation fut
28établi en 1778. Six mille réservoirs furent ainsi mis en service
ejusqu’à la fin du XVIII siècle.
Mis à part un développement net de la production, l’utilisation
de ces techniques eut aussi pour conséquence une réduction des
29besoins de main d’œuvre dans les campagnes. La surface cultivée

25 Avec l’ancien système, les paysans devaient toujours acquitter le même montant
de taxes, même en cas de sécheresse ou d’inondation. Sejong fut sans doute un
des rois coréens qui se préoccupa le plus du sort des paysans : il prescrivit ainsi la
rédaction du Nongsa Jikseol, manuel décrivant en termes simples les principales
techniques agricoles.
26 Le vote fut organisé deux fois. Après un premier échec, Sejong, qui soupçonnait
les aristocrates d’avoir fraudé, réprimanda les fonctionnaires et leur demanda de
ne pas influencer les populations.
27 Utilisée jusqu’à présent dans les seules provinces de Jeolla, de Gyeongsang et
de Gangwon, cette technique commença à se développer dans le reste du pays.
28 Lee Ki Baik, op. cit., p. 227.
29 De nombreux paysans gagnèrent les villes à la recherche d’un travail et furent
souvent employés dans des mines ou des usines.
20par chaque fermier s’étendit et l’agriculture devint ainsi une
30« agriculture à plus grande échelle » . Des paysans enrichis
exploitèrent ces terres en véritables entrepreneurs, employant des
travailleurs journaliers ou saisonniers et produisant aussi bien pour
leur propre consommation que pour la vente. On vit ainsi
apparaître deux classes sociales rurales bien distinctes : celle des
fermiers et celle des ouvriers agricoles. Ces derniers étaient
embauchés parmi les paysans pauvres qui avaient quitté leurs terres
et qui refusaient de se livrer au vagabondage ou au brigandage.
À la même époque, on s’efforça de diversifier les cultures pour
produire, notamment, du ginseng, des herbes médicinales, du tabac,
du coton et du chanvre. Le ginseng, que l’on cultivait surtout au
nord de la péninsule, dans la province de Gaeseong, fut très
recherché et une partie des récoltes fut exportée vers la Chine et le
Japon. De même, les paysans consacrèrent leurs terres les plus
fertiles à la culture du tabac que l’on considérait comme très
rentable, une partie de la production étant même exportée en Chine.
Le coton, que les fermiers produisaient surtout pour leur propre
usage, fut de plus en plus destiné à la vente.


30 « Gwangjak » en coréen.
Chapitre 2
Une terre exploitée mais mise en valeur
par ses colonisateurs





1. L’annexion et ses premières conséquences sur le droit
foncier

Le Japon mit au point, en 1895, un vaste projet visant, entre
autres, à exercer son autorité sur la Corée que la Russie entendait,
de son côté, placer dans sa sphère d’influence. En 1896, un
gouvernement favorable à Moscou s’établit à Séoul au moment où
s’accentuait en Mandchourie la pression russe qui menaçait les
intérêts japonais. Finalement, une guerre sino japonaise éclata en
1904. À la fin de celle-ci, en 1905, la Russie, pourtant considérée
comme l’une des plus grandes puissances mondiales, connut la
défaite.
Le Japon, qui confirmait et renforçait ainsi son autorité sur la
Corée, rejeta dès alors toute idée de gouvernement coréen
indépendant. Il prit immédiatement en main toutes les questions
relatives aux affaires étrangères et, en 1906, s’établit à Séoul un
premier résident général dont l’autorité ne se limitait pas aux
affaires étrangères mais s’étendait aux questions intérieures. Ce
nouveau régime était de tendance essentiellement militaire ; tous
les gouverneurs généraux furent des généraux d’armée, à
l’exception d’un seul, l’amiral Saito Minoru, nommé en 1919.
L’annexion de la Corée par le Japon fut définitive en 1910.
Cette prise de pouvoir militaire et cette mainmise sur les affaires
politiques, économiques et sociales du pays se heurta à l’opposition
du peuple coréen. Le Japon, désormais assuré de son pouvoir en
Corée, commença cependant à organiser l’exploitation coloniale de
ce pays et prit les mesures adéquates qui provoquèrent la
disparition des anciennes structures sociales. Des premiers projets
de construction de routes, de chemins de fer, de ports, de transports
maritimes et autres moyens de communication furent élaborés et
23traduits en actes. Un nouveau système monétaire et un taux de
change différent furent instaurés et les unités traditionnelles de
poids et mesures furent remplacées par celle en vigueur au Japon.
Parmi les mesures prises, les plus importantes furent sans doute
l’arpentage des terres et la réforme des structures foncières réalisée
progressivement sur une période de neuf ans pour introduire des
conceptions modernes dans le droit et la gestion des exploitations
rurales en Corée. Les Japonais en profitèrent pour créer de
nombreux et vastes domaines, sous la protection de l’État. Vers
1919, un groupe de latifundiaires japonais et coréens (qui ne
représentaient que 3 ou 4 % des propriétaires) parvenaient à tirer
de leurs domaines des revenus équivalents à ceux qui provenaient
de plus de la moitié de la terre cultivée dans le pays.
Bien que les techniques modernes de production et de gestion
aient été introduites, l’ancien système de relations sociales s’était
maintenu. Ainsi les tenures exploitées par de véritables paysans
serfs ne disparurent pas et subsistèrent aux côtés d’un nouveau type
de relations entre propriétaire gestionnaire et tenancier exploitant.
Le seul changement notable fut l’accroissement des revenus des
nouveaux exploitants qui, ne se contentant plus de produire du riz
ou des fibres textiles, passaient à la fabrication d’articles semi
industrialisés ou finis (tissus, farines, salaisons ou conserves).

2. La période coloniale

Dès le départ, le but des Japonais était clair : faire de la Corée à
la fois leur « grenier à riz » et un marché pour leurs produits
manufacturés.
Un projet de cadastre, mis en place en 1910, et achevé en 1918
ainsi que l’adoption, dès 1912, des lois civiles japonaises
fournirent une base légale à la gestion privée des terres par les
Japonais et les Coréens. Parallèlement à leur intention de
développer l’agriculture de la péninsule, les Japonais souhaitaient,
pour des raisons fiscales, contrôler de manière rigoureuse la
propriété foncière et les revenus. Ils ordonnèrent donc, en 1912, à
tous les propriétaires fonciers de déclarer de manière précise
l’emplacement et la superficie de leurs parcelles ou de leurs
domaines. Un très grand nombre, voire la plupart des intéressés
ayant oublié de remplir ces formalités, les autorités coloniales en
24profitèrent pour déclarer officiellement « vacantes » toutes les
terres non recensées et les faire passer sous le contrôle du
gouverneur général. Environ 40 % des terres cultivées furent
31saisies de cette manière. Les relations entre métayers et
propriétaires, dans la plupart des cas japonais, furent établies sur la
base de contrats annuels.
Une loi de 1911 encouragea la production agricole au détriment
du développement industriel. Le moindre investissement en milieu
rural était strictement contrôlé par le gouvernement général. En
fait, les Japonais-résidents et les Coréens fortunés n’avaient le droit
32d’investir que dans la terre. À partir de ce moment, les
représentants des classes aisées, qui purent profiter de la crise de
l’agriculture de 1920, commencèrent à dominer les petits
propriétaires tenanciers. Les tableaux statistiques suivants montrent
clairement que le nombre de fermes coréennes et de domaines
terriens japonais s’accrut en même temps.

Tableau statistique 1
Nombre total de propriétés par superficie et par nationalité
entre 1921 et 1935
33entre 100 et 200 chongbos plus de 200 chongbos
année Coréens Japonais Coréens Japonais
1921 360 321 65 169
1925 34436045170
1930 304 361 50 187
1935 31536345192
Source : Kuro Kobayakawa, Histoire du développement agricole de la
Corée, Library of Congress, Tokyo, 1944, enregistrements des impôts
fonciers acquittés (par superficie et nationalité), tableau A-4.


31 La Compagnie Orientale de Développement, société d’exploitation foncière,
créée en 1908, entreprit de coloniser la Corée. Elle parvint à ses fins en saisissant,
en 1912 et en 1913, la plupart des meilleures terres déclarées « vacantes » et celles
des cultivateurs endettés envers des créanciers japonais.
32 Suh Sang Chul, Growth and Structural Changes in the Korean Economy, 1910-
1945, Harvard University Council on East Asian Studies, Cambridge, 1978, pp. 9-
10.
33 Un « chongbo » était équivalent à un hectare.
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