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La République au village

De
433 pages
Au-delà du choix stratégique (survie économique) tactique (volonté de changement) et névralgique (protection identitaire), l'option du changement prôné par le SDF (à la proximité géoculturelle avec les ressortissants du grand Ouest, majoritaires de ce quartier) a rencontré l'adhésion de ce collège électoral. À l'opposé, mutatis mutandis, les électeurs du continuum urbain rural (les autochtones) bien que fragilisés et atrophiés, eux aussi, par les affres de la crise économique à Mbalmayo, ont opté, dans les urnes, pour le RDPC (triomphe du lien affectif). Ces deux attitudes électorales, adossées sur la fibre ethno régionale, sont contrariées par le vote des ressortissants du Nord (bien que de faible proportion dans le décompte électoral) qui ont tourné le dos à l'UNDP au profit du RDPC. Le vote du continuum urbain rural a été déterminant pour la victoire de Paul Biya à Mbalmayo. La politisation du quartier New-Town à cette époque a fait germer, dans une perspective de compétition politique locale pertinente, le paradigme de l'ethnisme et du régionalisme comme produits de l'activité politique et de l'opinion politique. La globalisation tend à la mise en place d'un marché mondial unifié. Cet espace multisectoriel à l'échelle planétaire s'instille, s'insinue et s'incruste à l'échelle transnationale, nationale et glocale, autrement dit, une mondialisation des choses locales. La compétition électorale à Mbalmayo depuis 1992 a fini par circonscrire au quartier New-Town, une espace glocal agonistique qui, dans une perspective durkheimienne, débouche sur une conflictualité créatrice d'une société politique nouvelle, celle des intérêts coalisés et glocalisés.
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Extrait
pparue comme une borne chronologique et historique importante, la décennie 1990 constitue pour les étudiants comme pour les experts et les chercheurs de tous bords, un moment central dans l'évolution des institutions politiques et administratives du Cameroun. La loi n° 90/056 du 19 décembre 1990 se présente à cet effet comme le socle de la réinstauration et de l'enracinement du pluralisme politique1 dans la société politique camerounaise. Cette mouvance démocratique et multipartiste se traduit matériellement, dans la cité en effervescence, par la création et la dissémination, dans les villes du pays, des partis politiques qui vont reconfigurer le paysage de la compétition politique et électorale. La même charte juridique, d'essence parlementaire, va donner lieu, à travers la loi N° 90/052 du 19 décembre 1990, à la naissance de nombreux organes de presse. L'entrée en scène de ces deux acteurs majeurs que sont les partis politiques et la presse dans la vie politique a retenu notre attention et stimulé notre souci d'entreprendre des recherches dans un laboratoire social et politique précis, qu'est la ville de Mbalmayo. Le choix de la ville comme cadre de notre recherche sociologique s'inscrit dans notre souci de rendre compte de l'âpreté et des enjeux de la compétition politique locale. Les sociologues français Jean-Marc Stébé et Hervé Marchai (2007, 10) déclarent à cet effet :


D'une façon générale, la ville est un point d'articulation privilégié entre un espace densifié, différencié et limité dans son étendue, et une population agrégée, hétéroclite, spécialisée, elle est un lieu de confrontation entre de multiples acteurs de la vie sociale et une matérialité donnée, instituée, formalisée. Dès lors, le rôle du sociologue urbain est d'appréhender les multiples formes d'interaction entre ces deux dimensions de la ville (…) L'espace reçoit l'empreinte de la société tout autant que l'inverse.

Selon la nomenclature politique, que nous verrons plus loin, établie à partir du 2 février 1991, date de la naissance de deux autres partis politiques : l'Union des Populations du Cameroun (UPC) et la Démocratie Intégrale du Cameroun (D. I. C), les nouvelles formations politiques2 animées légitimement par l'instinct d'existence, de conquête, d'exercice et de perpétuation3 de pouvoir, enrichissent l'arène politique dans les deux grandes villes du pays (Yaoundé et Douala), encore appelées des « Co-capitales » et les autres villes du pays, à l'instar de la ville de Mbalmayo, cadre de notre étude.

Située, géographiquement, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Yaoundé, la ville de Mbalmayo, retenue comme le site d'observation de notre enquête scientifique, est l'un des dix chefs- lieux de département administratif que compte la région du Centre.


Le contexte politique et électoral de 1990, marqué par la floraison des partis politiques et des journaux, a donné lieu à l'analyse des comportements et des stratégies des acteurs sur la scène publique.

Les élections législatives du 1er mars 1992 et l'élection présidentielle du 11 octobre 1992 sont les premiers scrutins pluralistes qui marquent le retour au multipartisme, mettant ainsi un terme à l'ère du monolithisme politique. Certains sociologues, politologues et historiens, fort inspirés, ont appelé ces scrutins : « Les élections multipartistes de première génération ».

Le second scrutin pluraliste de l'année 1992, à savoir l'élection présidentielle d'octobre, a suscité un vif intérêt de notre part, sans doute à cause de la prégnance de l'institution présidentielle dans le système politique camerounais.

La présidentielle de 1997 autant que celle de 2004 n'ont pas présenté un véritable enjeu. Plusieurs candidats, ou mieux les principaux leaders de l'opposition, se sont retirés de la course, un mois avant, affaiblissant ainsi l'intérêt et l'enjeu de la compétition électorale. Les résultats obtenus par les deux candidats, arrivés en tête, montrent à suffisance l'absence d'une réelle émulation politique. En 1997, le RDPC de Paul Biya a recueilli 92,35 % de suffrages exprimés contre 2,50 % pour son suivant immédiat, Henri Hogbé Nlend, candidat de l'UPC (H).


En 2004, le candidat-président Paul Biya l'a emporté avec plus de 80 % contre 17 % à Ni John Fru Ndi. Or, en 1992, les résultats étaient bien plus serrés. Le candidat du RDPC avait obtenu 39,9 % de voix contre 35,9 % pour son suivant immédiat. Ce dernier résultat, parce que serré et ayant précédé cette élection (les partis politiques et la presse). L'élection présidentielle de 1992 a offert aux chercheurs un site d'observation privilégié de la scène politique camerounaise. Ce d'autant plus que la présidence de la République est la principale institution du pouvoir d'État au Cameroun4. En octobre 1992, la participation du SDF, principale force de l'opposition, qui avait appelé au boycott des élections législatives en mars 1992, a entraîné une vivacité de la concurrence politique sur le champ électoral et déterminé notre option à faire des recherches sur le scrutin du 11 octobre 1992 et par extension sur le contenu des discours politiques.