La ressource montagne

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Cet ouvrage propose d'aborder avec un regard original, transversal et pluriel, les relations riches et complexes qui se tissent entre les sociétés humaines et les montagnes. Minière, nourricière, énergétique, mais aussi patrimoniale, touristique, sociale... Cependant ces ressources et les pratiques qui leurs sont associées peuvent également être à l'origine de vulnérabilités et de contraintes.
Publié le : mercredi 1 juin 2011
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EAN13 : 9782296464650
Nombre de pages : 290
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LaressourcemontagneCollection«Inter-National»
dirigéepar Denis Rolland avec
JoëlleChassin, FrançoiseDekowski et MarcLeDorh
Cettecollectionapourvocationdeprésenter les étudesles plus récentes
sur lesinstitutions, lespolitiques publiques et les forces politiques et
culturellesàl’œuvre aujourd’hui.Aucroisementdes disciplines
juridiques, dessciences politiques, desrelations internationales, de
l’histoire et de l’anthropologie, ellesepropose, dans une perspective
pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la scène mondialeet
européenne.
Sériegénérale(dernièresparutions):
Carlos PACHECO AMARAL (éd.), Autonomierégionaleetrelations
internationales, Nouvelles dimensions de la gouvernance multilatérale,
2011.
Denis ROLLAND (coord.), Construirel’Europe, la démocratie et la
société civile de la Russie aux Balkans.Les Ecolesd’étudespolitiquesdu
Conseil del’Europe.Entretiens,2011.
Aurélien LLORCA, La Franceface à la cocaïne.Dispositif et action
extérieurs,2010.
GuillaumeBREUGNON, Géopolitique de l’Arctique nord-américain :
enjeuxetpouvoirs,2011.
MariaIsabelBARRENO, Un imaginaire européen,2010.
DenisROLLAND, La crise du modèle français,2010.
AliciaBRUN-LEONARD, Constance d'EPANNES de BECHILLON,
Albert Brun, un reporter insaisissable. Du Cuba Libre d'Hemingway à la
capture de Klaus Barbie. 40 ans d'AFP,2010.
Erwan SOMMERERetJean Zaganiaris(cood.), L'obscurantisme. Formes
anciennes etnouvellesd'une notioncontroversée,2010.
EstellePOIDEVIN, L'Unioneuropéenneetlapolitique étrangère.Lehaut
représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune:moteur
réelou leadershippar procuration(1999-2009)?,2010.
Günter AMMON, Michael HARTMEIER (dir.), Démocratisationet
transformation économique en Europe centrale etorientale,2010.
NamieDIRAZZA, L'ONU en Haïti depuis 2004,2010.
MauriceEZRAN, Histoire du pétrole,2010.
François Chaubet, La culture française dans le monde. 1980-2000. Les
défis de la mondialisation.
Jean-RenéGARCIA, LaBolivie, Histoireconstitutionnelle etambivalence
du pouvoir exécutif.
Christian SCHÜLKE, Les usages politiques du passé dansles relations
germano-polonaises,2009.sousladirectionde
Jean-MarcAntoineetJohanMilian
Laressourcemontagne
Entrepotentialitésetcontraintes
L’HARMATTAN©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-55028-5
EAN:9782296550285SOMMAIRE
Jean-PaulMétailié
Avant-propos 9
Introduction 13
Jean-Marc Antoine,JohanMilian
Lamontagneetsesressources:unevieillequestion, denouveaux
enjeux
Lemilieu montagnardentreressourcesetcontraintes 29
Jean-Marc Antoine
L’homme et lapente enmontagneoulacontingenced’une 33
ressource
AlexandraAngeliaume
61
L’eau:atout (etcontrainte)pourl’agriculture demontagne
Pierre Paccard,VéroniquePeyrache-Gadeau,JocelyneChanrond
Laressourceneige:enjeuxetadaptationdesstationsfrançaises 87
faceauchangementclimatique
Montagneproductive,montagneagricole 113
Jean-ChristianTulet
Mise à profitdesressourcesengendréesparl’altitudedans 117
les montagnestropicales
CorinneEychenne
141
Estiveset alpages:uneressourcecomplexe àréinventer.
BernardAlet,GérardBriane,Sylvie Guillerme,EricMaire, Martin
Paegelow,PhilippeValette
163
Lesressourcesdel’arbrehorsforêtenmoyenne montagne
française:l’exempledeladiagonalenord-est/sud-ouest
7Lamontagneaménagée,entreespacesdel’imaginaire
189etespacesdeprojet
IsabelleSacareau
195
Lorsquelespratiquestouristiquesrenouvellentla ressource
Jean-PaulMétailié,Jean-FrançoisRodriguez
213
Dupaysagedelaressourceaupaysageduressourcement
Laurent Lelli
233
Lespaysagesdemontagne,uneressourceterritorialeenpartage?
JohanMilian
Laprotectiondelanature,quelle ressourcesocialepourlagestion 249
et le développementdes espacesmontagnards?
Conclusion 277
GeorgesBertrand
Lamontagne,uneressourcesouscontrainteAvant-proposLa montagne est un terrain de recherche quiaaccompagnéetnourri
l’histoirescientifiquedeGEODE, depuisles premiers temps de l’équipe,
alorsappelée CIMA.Dansles années 1960-1970, lesmontagnes
Cantabriquesont servidelieud’élaboration de la pensée géosystémique et
paysagère de Georges Bertrand.Les Pyrénées, si proches, furent
évidemment un terrain privilégié pour la mise en placedes démarches
interdisciplinaires surl’environnement, qu’il s’agisse du programme
«Elevagepyrénéen»dansles années1970,ouàpartirdes années 1980, des
recherchessur l’histoiredel’environnement, lesrisques naturels, l’élevage,
lesdynamiques paysagères…Maisbiend’autresmontagnes, en Europe, en
Amérique latineouenAsie, ontattiréles chercheursdel’équipe, quiy
développe aujourd’hui destravaux tantsur l’agriculture intensive,
l’agrobiodiversité, lespaléo-environnements queles risquesnaturelsetplus
largement, environnementaux. La montagne estdoncune évidence, une
vieille compagne. Paradoxalement,jamais uneréflexion de synthèse n’avait
étéengagéeauseindel’équipe,surunterrains’avérantaussitransversal.
L’ouvragequi suit estune première contribution, issue d’un cycle de
séminaires réaliséaucours de l’année 2006-2007 en coopérationavec
l’écoledoctorale TESC (Temps, Espaces, Sociétés, Cultures)del’Université
de Toulouse-le Mirail. Le principeenavait étédeprendreàrebours l’image
de la montagne, généralement marquée par desnotions de contraintes
naturelles, de difficultés socio-économiques, et de l’aborderpar ses qualités.
L’idéedelamontagne en tant que lieu de ressources, de montagne-
ressource, qui s’avérait transversale dans de nombreuxtravaux de l’équipe,
s’est imposée.Maiscette notion estloind’êtreune évidence; comme le
signalent J.M. Antoine et J. Milianenintroduction, la ressource peutêtrede
caractère objectif (minière et industrielle, agro-pastorale, forestière, etc.)
mais sa valeuretson appropriationrestent très changeantedansletemps et
l’espace; c’estune constructionsociale et de nouvelles représentations
peuventchanger radicalementle statutdesressources.
Le projetdecet ouvrages’est donc appuyésur un cycle de neuf
séminaires quis’est déroulésur une année, avec quelquesaléas et
changements en cours de route;ila semblénécessaire de compléterlepanel
d’interventions pardes contributions supplémentairessur des sujets qui
n’avaientpas étéabordés, notamment sur tourisme, neige, paysage. Le sujet
est évidemment loin d’être épuisé, mais il nous apermis de nous
«ressourcer»sur un objetderecherche centraldansles programmesde
GEODE.
Jean-PaulMétailié
DirecteurderechercheCNRS
Directeurdulaboratoire GEODE UMR-5602 CNRS
11IntroductionLamontagneetsesressources:
unevieillequestion,denouveauxenjeux
∗ ∗∗
Jean-MarcAntoine ,JohanMilian
Ilya quelqueparadoxeà s’intéresserà la montagne par le filtre de ses
ressources, tantelleaété longtemps considérée,etl’estparfois encore
aujourd’hui, comme l’archétype du milieucontraignant voireàrisques pour
lessociétéshumaines.Al’heureoùles«montsaffreux»sontdevenus des
«paysages sublimes» et accèdent au rangdepatrimoine mondial de
l’humanité (Jungfrau-Aletsch dans les Alpes suisses, Gavarnie-Mont Perdu
dans lesPyrénées, Rocheuses canadiennes,Altaï russe,Himalaya
népalais…), on continueainsiàregarder la montagne comme un milieu à
part,suffisammentsingulierparexempleen France,enAllemagne,enSuisse
ou en Norvège,pour que son aménagement fasse l’objet de dispositions
spécifiquesrégiespar la loi(tellelaLoiMontagnede1985en France).
Or les montagnes, et lespopulations quiles occupentdepuis l’aube de
l’humanité en attestent,sontbien desfoyers de ressourcesaussiriches que
les autresmilieuxdelaplanète. Les sociétésmontagnardesn’ont pasattendu
l’inscription desmilieuxmontagnardsà l’Agenda 21 du sommetdeRio en
11992 (chapitre 13) ou le décret d’une annéeinternationale de la montagne
parl’ONU en 2002, pour appréciertoutl’intérêt de ces ressourcesetles
mettre en valeur. Aujourd’hui, les raisonsconduisantàs’intéresser àla
montagne etàses ressources ne manquent donc pas, tant surleregistre
socialet sociétal quesur celui dudébatscientifique.
∗ Maître de ConférencesenGéographieà l’Université de Toulouse-LeMirail, GEODE UMR5602-
CNRS.
∗∗ Maître de ConférencesenGéographie& Aménagement, Université Paris8 Vincennes-Saint-Denis,
LADYSSUMR7533-CNRS.
1-«La montagne constitueune réserveimportanted’eau, d’énergie et de biotopes divers. En outre, elle
recèle de richessesvitales en minéraux, en produits forestiersetagricoles,etpour leur renouvellement »
(Agenda 21, chapitre13, versionfinaleadoptée en session plénièreàRio de Janeiro, 14 juin 1992)
(Messerli, Ives,1999).
151. Del’intérêtdesmontagnes
Trivialement,lamontagne s’impose pourrait-ondire parquelques
évidencesgéographiquesélémentaires:elleoccuperait25% des terres
émergées du globe –proportion pouvant varier selon lescritèresde
délimitation –, et constituelatotalité ou la majeure partie des territoiresde
nombreuxpays, en AmériqueLatineandine, dansl’Afrique desGrands
Lacs,lapéninsuleindonésienne,auJapon…Parconséquent,environ10%de
la population mondiale habiterait en zones de montagne, et parfois dansdes
métropoles parmiles plus peuplées au monde (Mexico,Bogota, La Paz,
Addis Abeba…).Les montagnes constituentdonc avanttoutunenjeu social,
tantauniveau localqueplanétaire.
Desmilieuxdevie
Dans la zone tropicale,les montagnes sontenrègle générale desmilieux
densément occupés, souvent bienplus d’ailleurs queles régions basses
adjacentes,enraisonessentiellement de conditionsclimatiques,
agroécologiquesetsanitaires autrement avantageuses:sur ce point, les
recordssont détenus parles montagnes d’Afrique de l’Est avec des densités
démographiquesàtrois chiffresproprement extravagantesvuesd’Europe
pour de tels milieux (320 hab./km² au Rwandaet254 hab./km² au Burundi
en 2005). Dans les régions arides ou semi-arides, lesmontagnessontmême
souvent les seuls milieuxàêtreoccupés. De fait, lesmontagnestropicales
accueillentsoitdes agricultures vivrières, soit des activités de production
fondamentalespourdeséconomies en coursde développement,mais fragiles
et sensiblesàlaconjoncture économique ou spéculative dans le contextede
la mondialisation(caféiculture,théiculture, maraîchage,floriculture…)(cf.
infraJ.-Ch.Tulet).
Sous les latitudes tempérées, les montagnes sontdes espacestrès
anciennement occupés, souvent au même moment que les plaines, en
particulier dans le domaine méditerranéen. Aujourd’hui, cesmontagnessont
encore le lieu de viedepopulations plus ou moins nombreuses.Dans
beaucoup de massifs, notamment du sudeuropéen,les faibles densitésy
posentleproblèmedumaintiendes activités productives (voir infra
C.Eychenne) et de l’accès des populations aux services de la société
moderne. Mais dans d’autres massifs, tell’arc alpin,les densités
démographiques et lesactivités sont plus développées,soulevant alorsles
questionsdel’exploitationdurable desressources et de la durabilité des
écosystèmes montagnards.
Qu’ellessoientdes moyennes ou desbasses latitudes,les montagnes sont
aussiunenjeu pour lesterritoires et lesgroupessociaux extra-montagnards.
16D’unpointdevue géopolitique, lesmontagnes, surtoutquandelles servent
de support aux frontièresentreétats,peuvent être le théâtre de conflits
nationaux ou internationaux:conflitsindo-pakistanais au Cachemire, du
Caucasepost-soviétique, guérillas andines en ColombieetauPérou,conflit
sino-tibétain…Dans un autre registre, lesmontagnesexercentune forte
attractionsur lespopulations citadines pourlesquelleselles deviennent
globalement un terrain de jeu, un patrimoine naturelà conserver et une
source de ressourcement (cf. contributions de I. Sacareau, J. Milian, J.F.
Rodriguez). Ceci estparticulièrement vrai des montagnes tempérées, et en
particulier celles desNouveauxMondes(Amérique du Nord, Australie,
Nouvelle-Zélande)qui ontcette vocationprioritaire depuis leur
«découverte ». Par ailleurs, vieilleimage des manuelsdegéographie mais
réalité contemporainevitalesouffrant de peud’exceptions,les montagnes
sont deschâteaux d’eau nécessairesaudéveloppement, quand ce n’estpas la
survie, despopulations occupant lesrégions bassesadjacentes. Pardelàles
organisations sociales, lessystèmes économiques ou politiques, ces deux
tendanceslourdes maintiennentlamontagne comme une ressource. Mêmesi
c’estparfois en contradictionavecses usages traditionnels,voire unesource
de conflits sérieuxpourl’appropriation de la ressource eau (Kurdistanet
plateau du GolanauProche-Orient, montagnes de Chineméridionale…) (cf.
infra A. Angeliaume) ou pour l’usagedes territoires montagnards(question
des prédateursdansles AlpesetlesPyrénées).
Enfin, dernier élément justifiantl’intérêt quidoitêtreportéàlamontagne
etàses ressources, ellesconstituent un enjeu écologique tantlocal (cf. infra
B. Alet et al.)que planétairepourles sociétéshumainesenraison de leur
fragilitéécologiquemais aussi sociale,enjeux aujourd’hui réactualiséspar le
2doublecontextedudéveloppementdurableetduchangement global .
Desenjeuxscientifiques
Au-delà de sa dimensionsociale,etenpartieàcause d’elle, l’enjeu
«montagne»présenteaussi unedimension scientifique. Aborder le thème
desressources montagnardeset/ou de la ressource montagne est en effet
l’occasion de revenir également sur desproblématiquesscientifiques
connuesetdébattues depuislongtemps en géographie, mais aussid’en
aborderde plusrécentessicen’estde nouvelles.Les premièresportentsurla
définitiondes objets du binôme étudié–montagne et ressource –, même si
cet ouvragen’apportera passur ce point de réponses définitives, alors que
pourtantcesdéfinitionssontloind’êtreanecdotiques.
2-«En tant qu’écosystème majeur,représentatif de l’écologiecomplexe et interdépendante de notre
planète,les montagnesetleurenvironnement sont essentiels pourlasurviedel’écosystème du globe»
(Agenda 21, chapitre13, versionfinaleadoptée en session plénièreàRio de Janeiro, 14 juin 1992)
(Messerli, Ives,1999)
17D’autresavant noussesontinterrogés surcequ’estlamontagne (R.
Blanchard in Blache, 1933; Revue de GéographieAlpine,1984,1989;
Messerli, Ives, 1999; Debarbieux, 2001; Sacareau,2003),tous concluant
sur la difficultéetl’impossibilité d’y parvenirdemanièreconsensuelle et
indiscutable: «L’incapacité desscientifiques à proposer une définition
rigoureuse, d’application universelle et acceptéepar tous,adonné lieu à
d’interminablesdébatssansrésultatsheureux»(Messerli, Ives,1999,p.15).
En effet,doit-on considérerlamontagne àl’aunedesaspécificité
écosystémique?Dans ce cas, l’accentseramis sur l’action conjuguée des
facteurs«altitude» et «systèmedepentes» quantà l’organisationetau
fonctionnement écologiquesspécifiques de la montagne, gouvernés parle
principed’«étagement », lequelcommandeaussi bien la végétation et la
faune que lesambiances climatiquesetles systèmes d’érosion. Doit-on la
considérer, et c’estaussi en grande partieune conséquence du binôme
altitude/pentes, comme le théâtre d’organisations socialesetspatiales
spécifiques, gouvernéespar la fréquence despratiques et desusages
collectifs, la complémentarité temporo-spatialedes terroirs impliquant
parfoisunnomadismesaisonnier,etdes économiespeu ouvertesvers
l’extérieur, voire autosubsistantesetautarciques ?Doit-on considérerla
montagne comme le creuset, nonseulement d’organisations sociales
spécifiques,maisaussi de spécificités ethno-culturellesetlinguistiques voire
religieuses ?Lamontagne n’est-elle pasfinalement qu’une questionde
représentation, et parconséquent uneréalité très fluctuante selon
l’observateur?Ontrouverait sans peinedeséléments venantabonderdansle
sens de chacune de cespropositions… et tout aussi facilement deséléments
venant lescontredire.Aupoint que certainsenviennentjusqu’àmettre en
doute la géographicitémêmedel’objet montagne (Debarbieux,2001), quand
d’autrespointent le danger àdéfinir la montagne sur la base de ses
spécificités, cetteposture conduisantà en faire un milieuàpartpouvant
justifierdes «mesures d’exception»ettoutes sortes de dérives (Sacareau,
2001).
C’est quetenter de définir la montagne, luireconnaître des singularités
fortes, c’est soufflersur lesbraises d’undébatque la géographie n’ajamais
véritablement tranché en réveillantles vieux démonsdudéterminisme.
Pourtant,onnepeuts’exonérerdecet exercice de définitiondelamontagne,
objetà la foisnaturel, socialetculturel.Adéfaut d’unedéfinition concise et
universelle àpeu près impossible àformuler, nous proposons donc la
définitionsuivante:
La montagne c’estl’espace où les effets conjuguésdel’altitude et des pentes
conduisent,notammentpar uneaugmentationgraduelle du froidetdelafraîcheur
relatifs, à desvariations verticales et horizontales desprocessusetdes éléments
biophysiques (biogéographiques,climatiques,géomorphologiques,pédologiques,
183
hydrologiques…). Leurscombinaisons débouchent surune mosaïque complexe,
dynamiqueetinstable de milieux, surlaquellesecalquent dessystèmessocio-
économiques,spatiaux et culturels spécifiques concourant à leur tour à cette
complexité,cette instabilité et cedynamisme.
Noussommesconscientsque la montagne estainsi définie par opposition
àlaplaine, mais peut-il en êtreautrement, la montagne étantavant tout, d’un
pointdevue géographique comme au senscommun, une «présence»
topographique, une masse de relief, uneaspéritédelasurface terrestre qui
s’oppose, dévie, modifieoucanalise lesfluxà soncontact (air, eau,hommes
et marchandises, idées…)? Nous sommesconscientsaussi que reste en
suspenslaquestion des limites entreplaineetmontagne, mais cetexercice
reste unegageure pourtous lesmilieuxdelaplanète,bornés pardes
interfacesfloues, desécotones, permettant de passergraduellement desuns
auxautres.
Cettedéfinitiondelamontagneimpliquesurtout etd’ores-et-déjà certains
attributsdes ressources pouvant yêtreexploitées: une grande variété
consécutiveàlamosaïque de milieux, mais aussi une grandefragilité liée à
leurinstabilité.Enmontagne,l’exploitationd’une ressource, porte
inévitablementen germeune vulnérabilisationàplus ou moinslongtermede
la société,etlacontrainte, voire le risque, ne sontjamais trèsloin. Mais
acontrario,celafaitdes montagnes des milieux particulièrement
«innovateurs»(Peyrache-Gadeau, Pecqueur, 2008).
Reste enfin un dernier intérêtscientifiqueàl’investigationdes milieux
montagnardsaujourd’hui: l’avènement maintenant très probabledes
changementsclimatiques.Naturellement instables,fragiles, en cours
d’ajustement, et donctrèssensibles àtoutchangement des paramètres
écologiques, les milieux montagnardssontceuxqui devraientréagirleplus
vite et le plusfortement aux changements climatiques, avec deseffets
dominos encoremal évalués:ons’attend par exempleàceque une hausse
des températuresmoyenneset, accessoirement, une modificationdurégime
des précipitations,setraduisentpar desmodifications fondamentalesdu
cycle de l’eau (glace,neige, précipitations),etpar conséquent,dela
couverture végétale,des processus d’érosion,des potentialitésagronomiques
des terroirs, de la disponibilité de certaines ressources,neigeenparticulier
(cf. infra V. Peyrache-Gadeau et al.). Cette vulnérabilité systémique de la
montagne la fait ainsi renouer aujourd’hui avec le statutde«laboratoire
e egrandeur nature» qui avait présidéà son«invention»aux 18 et 19 siècles
(S.Briffaud,1994).
3-Terme devant êtrepréféréà celui d’«étagement»,beaucoup trop«géométrique»etrestrictifpourune
réalitéhorizontalementetverticalementdiscontinue.
192. Laressource,constructionsocialeetnotionvolatile
Environnement exigeant, la montagne afréquemment stimulé
l’inventivitéetlacapacité d’adaptationdes sociétésqui s’ysont installées.
Toutefoisles milieuxmontagnards ne sesont pastoujoursposéscomme une
contrainteetleuranthropisationanciennetémoignedel’intérêtqu’ils onttrès
tôt représenté pourles hommes et leursactivités. Selon leslieux et les
époques, ceux-ci ont su mettreàprofittel ou telélément spécifiquedeces
milieux. Tenter de mieux caractériser ce rôle de vecteur de potentialités joué
parles géosystèmes montagnards, d’en comprendre lesusages qu’en ontfait
lessociétésainsi que lespratiques qui leur sont associées,amène à
convoquer la notion de ressource,qui permet ainsid’aborderles subtilitésde
l’interfaceentre processus physiques et sociaux dans les contextes
montagnards. Afindemieux préciser les contoursetles emplois de cette
notion, noussouhaitons en rappeler iciquelqueséléments de caractérisation
pouvantservir de grille de lecture.
De nombreux géographes ont souligné l’utilitédelanotion de ressource
pour étudier lesrelations des sociétésàleurenvironnement, touteninsistant
sur le caractère relatifdecette notion.Ainsi Carl Sauer(cité parPinchemel,
1988)évoquait déjà dans les années1950 le besoin de développerune
«appréciationculturelle des ressources»pour qualifierles liens quise
tissententre lessociétésetles espaces qu’elles occupent. La notion de
ressource constitue un «conceptinterprétatif»(Allefresde, 1987)
qu’O.Godard (1980) définitmême«comme un concept d’interface entre
processus sociaux et processusnaturels,saisissant l’articulationentre la
productionsociale etla reproduction écologique ».
L’idée de ressource posetoutefoisunproblèmesémantique. De manière
élémentaire elle peut être définie comme la miseàprofit d'un potentiel.
Cependant, employée sansqualificatif,elle estsouvent confondue et réduite
avec la notion de ressources naturelles qui renvoieàl’étude de la pression
anthropique sur les écosystèmes et aux conditions de renouvellement du
capitalnaturel(Tietenberg,2008). Manipuléhorsdececadredepensée,le
termede ressource naturelle devient confusvoire antinomique avec le
contenu bien pluscomplexeque peut véhiculerl’idéederessource.
Une ressource estd’abordunconstruitsocialainsi que le postulent de
nombreuxauteurs,deR.Brunet et al.(1992, p. 391)pour qui«une
ressourcen’existe queperçue, nantie d’une valeur d’usage. Il fautdonc
qu’elle soit socialisée », àJ.LevyetM.Lussault (2003,p.798)qui
considèrent que « lesressources sonttoujoursinventées, parfois bien après
avoir été découvertes ». Cettemêmeidéerenvoie au sentiment que
l’invention desressourcesconstitueuneinnovation,qu’ellesoittechniqueou
méthodologique. Insistant sur cettedimension, Cl.Raffestin(1980, p. 205)
20considère d’ailleurs qu’«il n’yapas de ressources naturelles, il n’ya que
des matièresnaturelles». La premièreidéesur laquelle il fautdonc insister
est qu’il n’ya pasderessource sans hommes. Ce quifaitressource, c’estce
qui revêtune utilitépourungroupe d’individus donné,une utilitédontle
contenu vaêtre déterminé pardeuxchoses.
La perceptiondecequi peutfaire ressourcedépendtoutd’abord des
formesdepensée et de l’état desconnaissancestechnologiquesdontdispose
le groupeenquestion. Une ressource n’apas de logique en soi, elle n’estpas
une propriété intrinsèque d’un élément. Elle «n’estpas unedonnée
constanteniune donnéeindépendantedel’homme, c’estune donnée
culturelle»expliquent V. Labeyrie&M.Jarry (1978). L’émergenced’une
ressource dépend ainsi d’unepartdes représentations,des pratiques et des
compétencesdugroupe et,d’autrepart, de ses besoins et de sa situation.
Dans lecas desressourcesconstruitesàpartirdelavalorisationdes éléments
naturels, cette dimension du rapporttechnique et scientifiqued’une société à
l’environnement et la manièredontilinfluence les processus de mise en
ressource,aété soulignée par Cl. Raffestin (1980) et Ph. Pinchemel (1988).
On cite fréquemment le cas de l’uranium,connu bienavant quela
découverte de la radioactivité et de la fission nucléairen’enfasse un
combustible trèscher,trèsrecherché…ettrèsdangereux.
Or les niveaux de connaissances et de capacités technologiquessonttrès
variables pourdes sociétéscontemporaines d’une même époque, mais
surtoutpourune même société au cours du temps. G. Bertrand (1975)abien
montré par exemple comment, avec l’amélioration du machinisme agricole
et de sa puissance, les dépressions rouergates argileuses aux sols lourdset
hydromorphes, jusque là réfractairesàlaculture contrairement aux causses
ecalcaires voisins,étaient devenus des«terroirs ressource»aucours du 19
siècle.L’évolution desmodesdevieestégalementundesfacteursdelamise
en ressource. Ainsi desmilieux littoraux méditerranéens, dontlasècheresse
estivale et la stérilitédes sols sableux sontpassés de contraintes majeures
pour les sociétésagraires traditionnellesàdes aménités très recherchées par
ela sociétéurbaine de loisirs du 20 siècle.Lerenversement du statutdela
neigeenmontagne dans lesannées1960 s’inscritdanslemêmeregistre. Par
ailleurs, lesmodalitésqui permettentlamiseenressource ne peuvent pas
êtredissociéesdes représentationsqu’un groupe socialadéveloppées vis-à-
visdetel ou telélément de son environnement.Acet égard, O. Sevin (1998)
oppose ainsil’Asie du Sud-Est indiannisée qui tend àsacraliserses
montagnes etàenfaire donc des lieux d’occupationprivilégiés,àl’Asie du
Sud-Est sinisée quitendà les sanctuariseretpar conséquentà en proscrire
l’accès.
La constructionetlavalorisationd’une ressource ne traduisent pas
seulement l’étatd’unrapport technologique mais aussi un rapport
intellectuelà l’environnement;cerapportrelèved’une forme
21d’intentionnalité et donc d’un dessein social. Ainsi «la désignation d’une
ressourcerésulted’uneinterprétation,c’est-à-dired’un choix»pour
M.Allefresde(1987). C’estsouvent d’abord la dimension économique qui
estplacéeaucœurdelanotionderessource,au moinsdansleséconomiesde
marché. D’une part, c’est de la rentabilité de l’exploitationd’unobjet ou
d’une matièreque découle le statut de ressource:lecharbon parexemple a
perducestatutenFrance dans les années1970 dèslorsque l’usagedu
pétroleoudel’électricité nucléaires’est révélé économiquement plus
avantageux. D’autre part,l’exploitationd’une ressource nonrenouvelable
conduitàsarareté, doncà l’inflation de sa valeuretpar là-mêmeau
renforcementdesonstatutderessourceprécieusevoirestratégique.
Cependantla mise en ressource ne se réduit paspour un groupe socialà
la simple(re)production de moyens,de bienset de services;ellepoursuit
égalementd’autresfinalités.Ellen’est jamaiscomplètementdétachéede
l’exerciced’une formedepouvoir surl’espace,àcommencer par l’emprise
que l’organisationdesaproductionetvalorisation engendre sur cetespace,
et au souci de maîtrisedecetteorganisation quiendécoule. Aussi la mise en
ressource n’est-elle pasindépendantenon plus deschoixqui sont formulés
en termes d’orientationssocio-économiques et politiques. Quand,àlasuite
des chocs pétroliers de 1973et1979, lespaysindustrialisés s’engagent dans
des politiquesderéduction de la consommationd’énergiesfossiles, c’est
l’ensembledes autresformes d’énergie,notamment cellesdites
renouvelables, quiaccèdent ou réaccèdentaustatutderessource(biomasse,
vent, hydraulique…), et querenaîtl’intérêtpourdes matériaux calorifuges
tombés en désuétude (bois,pierre,terre,paille…). De même,l’émergence de
la neigeoudes littoraux méditerranéens en tantque ressources au cours du
e20 siècle, certessous tendue par desressortssocio-économiques, n’ena pas
moins été aussidéterminée par desdécisions politiques: l’adoptionduPlan
Neigeen1963 et la création de la Missioninterministériellepour
l’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillonen1963
également.
Quellesconséquences?
Au-delà desdébats sémantiques, la première conséquenceest quela
notion de ressource, la qualité de ressourced’une matière ou d’unobjet,sont
des notions relatives et extrêmement volatiles:« Uneressource esttoujours
relative, elle n’existe comme ressourceque si elle est connue, révélée »
(R.Brunetetal.,1992, p. 391).Lefaitque telobjet ou tellematièresoient
utilesounon, utilisésounon, précieux ou non, autrement dit l’attributiondu
statutderessource, comme son exploitation, découlent donc de toutun
processusderégulationsociale reposant surunsystèmedevaleurset
d’arrangements propresàchaquesociété.D’oùlarelativité, la volatilité du
22statutderessource en fonction de paramètres variés et étroitement
dépendants,évoluant dansunedouble dimension,spatialeettemporelle.
Par ailleurs,une ressource suit, serait-on tentédedire,unprocessus
phylogénétique, ce qu’a d’ailleursthéorisé l’économie territoriale. Les
économistesconsidèrentainsique,parmiles facteursdeconcurrence
spatiale, les ressources se définissentavant tout par leur caractère latent–
c'est-à-diredefacteursàorganiser voireàrévéler,paroppositionaux"actifs"
pleinement intégrésaux systèmes de production –, et parleurnature
"spécifique"ou"générique",c’est-à-dire révéléesounon, attachées ou non à
des processusdeproductiondonnés (Colletis, Pecqueur,1993 et 1995;
Colletis-Wahl, 2002).Danslapensée de l’économieterritoriale,leprocessus
de spécificationd’uneressource passe par plusieurs étapes (Alexandre,
2005):laphase d’identification ou d’activation de la ressource(accord
explicite ou implicitesur la fonctionpar un groupe d’acteurs), la phase
d’appropriation (émergence de pratiques collectives d’usageet/oude
gestionadoptéespar d’autres acteurs)etlaphasede convention(introduction
de modesde régulationdelaressource dansuncadrenormatif).
Richesse, atout dans le jeusocialetvecteur d’attributs (identité,
légitimation,etc.)pourlegroupequila«construit»maisaussisouventcelui
qui l’utilise, la ressource peut également devenir unesourcedevulnérabilité
pour cesmêmes groupes. L’apparitiond’une menace sur la pérennité d’une
ressource entraînelafragilisationdeces groupes, provoquantgénéralement
des tensions et de mécanismesderéactionconservatoire. Mais c’estaussi en
même tempslacapacité àinnover que le processus d’évolution des
ressourcespeutfavoriser.Uneressourcepeutmuter,en entraînantlesystème
social qui la construit, et vice versa. Tributairedes représentations, la
perceptiondecequi fait ressource et despratiques qui luisontassociéspeut
évoluer avec le temps.Ainsi en est-il du destin de l’ours«des Pyrénées »,
aujourd’hui objetdetoutesles attentionsetsubventions institutionnelles,
eérigéenproduitd’appeltouristique, alorsque jusqu’au 19 sièclesacapture
mort ou viffut chèrement rémunérée. De même les tensionsqui peuvent
apparaître autour de la maîtrisedes ressources ditesrares sonttempérées par
la théorie de l’exploitation optimale qui voit au contraire dans la raretéun
facteur de régulationdel’exploitationetd’incitationàlarecherche de
ressourcesalternatives.
Desressources auterritoire
L’influence de la culturesur la perceptiondes ressourcesaprisune
nouvelle dimension depuisles années 1980, avec l’émergence desprocessus
depatrimonialisation,de gestionpatrimonialedes espacesnaturels, etsurtout
depuis leur prolongement actuel dans lesdébatssur la mise en œuvre d’un
développementdurable.Celui-ci tend ainsià considérercomme ressources
23effectives ou potentielles, certes lesespèces animales et végétales,les
composantesdel’environnement (air, sols, eau…),mais aussiles paysages,
les savoirs et savoir-faire, lespratiques, techniquesetoutils progressivement
misenœuvre par l’humanité au cours de son développement. Le champ des
ressources s’estainsi considérablement élargi au point de rejoindre,à travers
les interrogations qu’ilpose, un autreobjet d’étude de la géographiequi est
laconstructionterritoriale.
Pour analyser l’essence desrapports entreles hommesetles milieux,
Cl.Raffestin (1986) avaitavancéleconceptd’écogenèse territoriale, dont il
afaitreposer pourpartieleprocessussur la constructiondes ressources. La
distinction d’une communauté dans l’espace s’opère viades médiateurs
parmilesquelslaconstruction de ressources tient uneplace essentielle.
L’écogenèse du territoirereposealors surunsystèmesymboliqueet
informationnel qui mobilise desressources matérielles et immatérielles.
Cetteinterprétationpermetdes’extrairedel'approche conventionnelle
considérant que ce quifaitressource estforcément quelque chose de
matériel, évoquantunensembleplusvaste de processus associésà des
pratiques.
Dans la continuitédeladémarcheengagée par Cl. Raffestin, la notion de
ressource entendueselonlagéographie actorielle(Pecqueur, Gumuchian,
2007)renvoieàlaconstruction territorialecomme espace de vieetd'action
des sociétéshumaines.Leterritoireest alors«matricedelaressource », une
idéeque partagent leséconomistes V. Peyrache-Gadeau et B. Pecqueur
(2003) en estimant qu’unsystèmeterritorial se caractérisepar la manière
dont il organiselacréationetlagestiondeses ressources. Le développement
territorial se trouveainsi revisitécomme la capacitédes acteursàidentifier,
activer et entretenirdes ressources, fonctiondes choix de développement qui
sontformulés et prennent corps dans un projet territorial.Laconstruction et
lareproductiondesrelationsentreindividus ainsiquedeleurspratiques,sont
les propriétésqui permettent l’apparition et l’exploitationdes ressources.On
est là au cœur du «triptyquereprésentation, pratique,action»que mettent
en avant B. Pecqueur et H. Gumuchian (2007). Avec cetteentréepar le
prismeduterritoire, on retrouveégalement uneconceptionholiste dans
l'analyse du faitspatial et desphénomènes quilecomposentetl'animent. Le
«milieu géographique », qui constitue l’infrastructureduterritoireausens
posé parG.diMéo(1998),devientalors enlui-mêmeuneressource.
3. Desressourcesdelamontagneàlaressourcemontagne
Finalement,une rapidemiseenperspectivehistoriquemontre quesila
montagne atoujoursproposé des ressources auxgroupessociaux quiy
24vivent ou qui la fréquentent temporairement, la mise en ressourcedela
montagne s’estmétamorphoséeàtravers leslieux et les époques. Dans les
économies montagnardestraditionnelles,les sociétéssesontévertuées à
mettre en valeurdes éléments des milieuxmontagnards (eau,glace,bois,
minerai, terroirs…), la plupartdutemps dans le cadredesystèmede
productions agricolesvivriersetautosubsistants (contributions de
A.Angeliaume et J.-M.Antoine). Cette mise en valeurderessources
élémentairesn’a pastotalement disparu aujourd’hui,soitque lessociétés
montagnardes ontintégré l’exploitationdeces ressources dansdes systèmes
d’échanges commerciaux nationaux ou internationaux (caféiculture et
maraîchagedecertaines montagnes tropicalespar exemple),soitque ces
éléments constituenttoujours desressources en soi pour les sociétés
modernes (eau, neigepar exemple). Progressivement néanmoins,
l’émergence d’une sociétéindustrielleeturbaineaquelque peuminimiséla
valeurdeces ressources élémentairesdans le même temps où elleaconsacré
la montagneentant queressourceglobale,entantqueressourcepaysagèreet
territoriale(cf. infra J. MilianetL.Lelli). Lescontributionsréunies danscet
ouvrageillustrent cettemétamorphosetemporo-spatialedes ressources
montagnardes.
Avec la pente,l’eau et la neige, les textesdelapremière partiede
l’ouvrageévoquentjustement cesressourcesmontagnardesélémentaires, de
mise en valeurtraditionnelleouplusrécente.Ils mettent surtoutenexergue
la relativité spatio-temporelle de cesressources:d’une part, uneressource
peut jusqu’à revêtir le statut de contrainteselon lesépoques, lessociétés,
leurs choixde production ou encoreles évolutionsécologiques;d’autre part,
une ressource et son exploitation génèrentparfois leurspropres contraintes
en termes d’accès et de partage, de conflitd’usage (eau),dediminution du
stock (neige), etc. et provoquent alors paradoxalement une vulnérabilisation
delasociété.
La deuxièmepartietraiteglobalement de l’usagetraditionnelleplus
ancien des montagnes, l’usageagro-sylvo-pastoral. Mais il yest surtout
question desmutations contemporaines de cesusages et de leurs effets en
termes de recompositions territoriales et de transformations
environnementalesetpaysagères. Chacundes textesfait référenceàdes
types de «terroirs»particuliersmais fondamentauxdes agriculturesde
montagne:terroirsagricolesdes montagnestropicales,terroirspastorauxdes
montagnes européennes, et terroirsboisés, horsforêt,des montagnes
françaises.
La troisième partie aborde les formes de ressource plus contemporaines
apparuesenmontagne autour du triptyquepatrimoine-aménagement-
développement. C’esttoutd’abord le débatsur lesusagestouristiquesdela
montagne, la diffusion et le renouvellement de cettepratiquequi est investi.
Devenue un vecteurdelamiseenressourcedes paysages et des
25environnements montagnards,lasensibilité auxcharmes esthétiques et au
caractèredesauvageté de la montagne, setrouvetoutefois réinterrogéepar la
diversificationdes lecturesetdes formes que peutprendre aujourd’hui la
patrimonialisation de la montagne. Celle-ci peut conduire àneplus
seulement percevoir les ressources montagnardes de façon élémentaire,
segmentée, maisenconsidérantla montagne entant queressource globale.
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LEMILIEUMONTAGNARD
ENTRERESSOURCES
ETCONTRAINTES

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