La Révolution industrielle

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Côté grand public, chacun croit savoir ce qu'est la 'Révolution industrielle'. Côté historiens et économistes, la notion même n'est plus une évidence.
Depuis un siècle, historiens et économistes n'ont cessé de débattre de la réalité du phénomène, de ses causes et temporalités explicatives.
C'est la raison pour laquelle Patrick Verley propose une synthèse en deux parties. La première permet au lecteur de comprendre comment, depuis la fin du siècle dernier, s'est peu à peu construit cet objet historique ; elle ordonne et hiérarchise les acquis actuels.
La seconde partie présente l'ensemble des personnages, produits, processus et inventions qui, tour à tour, se sont vu accorder une importance causale majeure dans la Révolution industrielle.
Publié le : lundi 16 septembre 2013
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EAN13 : 9782072497674
Nombre de pages : 544
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Patrick Verley
La Révolution industrielle
Nouvelle édition mise à jour
Gallimard
Patrick Verley est professeUr des Ûniversités.
AVERTISSEMENT
La notion même de « révolution industrielle » n'est plus une évidence pour les historiens. Depuis un siècle – de la parution des grands ouvrages classiques de l'historiographie britannique et du livre fondateur de Paul e Mantouxsiècle,, La Révolution industrielle au XVIII aux travaux les plus récents –, historiens et économistes n'ont cessé de débattre de la réalité du phénomène, de ses causes et temporalités explicatives. Des débats qui ont tiré le plus souvent leur origine du contexte immédiat des grandes évolutions de l'économie internationale contemporaine. Au point qu'il n'est pas aisé d'assembler toutes les problématiques en un récit cohérent qui dirait ce que furent les diverses mutations que l'on regroupe sous l'expression « révolution industrielle », tant à l'époque où elles advinrent que dans la portée, variable avec le temps, qu'historiens et économistes leur ont depuis lors accordée. C'est la raison pour laquelle le lecteur trouvera ici une synthèse en deux parties. La première, intitulée « La Révolution industrielle : histoire d'un problème », permet au lecteur de comprendre comment, depuis la fin du siècle dernier, s'est peu à peu construit cet objet historique ; elle propose également une trame histo rique explicative qui ordonne et hiérarchise les acquis actuels. La seconde partie, intitulée « La Révolution industrielle : acteurs et facteurs », présente l'ensemble des personnages, produits, processus et inventions qui, tour à tour, se sont vu accorder une importance causale majeure dans la Révolution industrielle. Nombre de ces acteurs ou facteurs étant par ailleurs devenus des objets d'étude en soi, le lecteur qui aura pu mesurer dans la première partie leur seule contribution à la Révolution industrielle, découvrira dans la seconde toute leur ampleur propre, qui souvent excède la période historique de cette révolution et les ouvre à d'autres champs 1 historiques.
1 La première partie reprend largement notre étudeLa Révolution industrielle, publiée en 1992 sous les auspices de l'Association pour le développement de l'histoire économique. Que son président, Jacques Marseille, trouve ici l'expression de nos remerciements pour nous avoir permis d'en reprendre de larges extraits. La deuxième partie est la refonte de l'ouvrageLa Révolution industrielle (1760-1870), paru en 1985 aux éditions MA.
Premièrepartie
LARÉVOLUTION
INDUSTRIELLE:
HISTOIRE
D'UN PROBLÈME
Introduction
En 1910, un historien britannique, J.H. Clapham, écrivait déjà que bien que la Révolution industrielle fût « une orange trois fois pressée, elle contenait encore une étonnante quantité de jus ». Depuis lors, les historiens ont continué à chercher à la comprendre à partir de sources nouvelles, et à l'aide de systèmes ou de processus explicatifs plus élaborés. Les connaissances factuelles qui étaient exposées dans des ouvrages e classiques commeLaXVIII siècle. Révolution industrielle au Essai sur les commencements de la grande 1 industrie moderne en Angleterre de , ouPaul Mantoux An Economic History of Modern Britain de J.H. 2 Clapham , ont été complétées et enrichies. Les problématiques ont évolué sous l'influence de nouvelles théories comme le keynésianisme, l'institutionnalisme ou le régulationnisme, et sous celle de questionnements nouveaux sur le présent : problème du sous-développement, des sources de la croissance d'après-guerre et de son épuisement dans les années 1970, de la pénurie d'énergie. Mais les principaux éléments qui peuvent contribuer à expliquer la Révolution industrielle étaient déjà énumérés dès le début e d u XX siècle. Ce qui a surtout varié, dans l'historiographie, c'est la manière de les organiser et de les pondérer.
Desquestionsmultiples
Les questions principales ont toutes, du fait de l'ancienneté de l'historiographie et de l'abondance de la littérature sur ce thème majeur de l'histoire économique, déjà donné lieu à débats : – Les conséquences et les coûts sociaux de la Révolution industrielle étaient la question principale que se posèrent les premiers auteurs, Engels, dansLa situation de la classe laborieuse en Angleterre, ou Toynbee. Elle est passée aujourd'hui quelque peu au second plan, même si les préoccupations écologiques attirent l'attention sur les nuisances industrielles. – Le progrès technique, avec son rôle créateur, mais aussi avec la nécessité d'expliquer la genèse de l'invention et de l'innovation, peut être appréhendé soit comme un phénomène autonome et premier, soit comme une réponse à une situation de blocage de l'économie. – Le rôle des facteurs de production, le capital et le travail, a été mis au premier plan de l'analyse par une tradition aussi bien marxiste que libérale, avec l'idée qu'avant le démarrage de la Révolution industrielle devaient être disponibles des facteurs de production préalablement accumulés : capitaux en suffisance et main-d'œuvre libre. – Le rôle stimulant de la croissance des demandes intérieure et extérieure suscite des interrogations sur l'évolution des pouvoirs d'achat à l'aube de l'industrialisation, sur l'influence de la démographie, sur la structure du commerce extérieur et sur les relations entre l'Europe et les mondes extra-européens. – Le lien avec les mutations antérieures ou concomitantes de l'agriculture – conséquence des progrès de la production et de la productivité agricoles, rôle des transformations des structures de la propriété et de l'exploitation pour l'accumulation du capital, formation d'une main-d'œuvre industrielle – donne toujours lieu à controverse. – On attache aujourd'hui une grande importance aux formes d'organisation de la production, dans la mesure où, ainsi que les contemporains l'avaient d'emblée perçu, la Révolution industrielle ne consistait pas seulement en l'utilisation de machines, mais impliquait aussi une nouvelle organisation, avec une
division du travail accrue, une concentration de la main-d'œuvre et des rapports différents entre l'entrepreneur et les travailleurs ; l'attention est donc attirée vers les formes préindustrielles d'organisation de la production et sur les modalités du changement. – Le lien avec le libéralisme, selon lequel le moteur de la Révolution industrielle aurait été la e suppression des freins à l'épanouissement de rapports d'échange « libres », fut mis en avant dès le XIX siècle par les historiens ; aujourd'hui l'attention est toujours portée sur les formes institutionnelles, qui conditionnaient le marché. – On met aussi l'accent sur les mentalités, la culture scientifique, voire sur l'importance des convictions 3 religieuses sur lesquelles Max Weber ou R.H. Tawney insistèrent. – Parmi de nombreux autres thèmes, on citera encore le poids des institutions et des pratiques qui concernent le commerce de l'argent, ou bien le rapport entre la Révolution industrielle en Angleterre et l'industrialisation des autres pays, phénomène commun à l'œuvre avec des variantes nationales ici et là, ou bien révolution britannique imitée ensuite ailleurs... Sur chacune de ces grandes questions, qui ont déjà donné lieu à beaucoup de travaux et sur lesquelles des recherches nouvelles viennent constamment attirer l'attention, on peut, à quelques nuances près, exposer une information factuelle qui fasse un quasi-consensus et dégager les termes du débat, si débat il y a. Si l'étude de la Révolution industrielle en « pièces détachées » ne présente pas de difficulté insurmontable, il n'en va pas de même lorsque l'on s'essaie à leur assemblage.
Ruptureoucontinuité
Parmi les principaux facteurs explicatifs, la plupart des auteurs en ont privilégié un et, après avoir écarté tous les autres en montrant qu'ils étaient seconds et endogènes, lui ont attribué un statut de cause première. Très caractéristique de cette méthode est l'ouvrage classique de Paul Bairoch,Révolution 4 industrielle et sous-développement. Pour l'auteur, la croissance démographique résultait d'une production agricole accrue, le progrès technique n'était qu'une réponse à une demande accrue de biens dans un système productif qui peinait à la satisfaire, et la demande globale était surtout le fait de la consommation des paysans et de l'investissement agricole, les marchés extérieurs semblant avoir eu peu de poids. La conclusion en découlait : une révolution technique de l'agriculture était le facteur premier qui avait en outre permis de libérer les capitaux et les travailleurs indispensables à l'industrialisation. Mais comment expliquer cette révolution agricole sans recourir à d'autres variables, ce qui enferme le raisonnement dans la circularité ? Comme il est en effet impossible de concevoir le passage d'un système immobile à un système en mouvement sans recourir à une modification de son environnement, il faut soit considérer comme déterminante l'évolution entre l'Europe et le reste du monde, soit admettre que l'Europe de l'époque moderne n'était pas un monde immobile. Le concept de « société traditionnelle » englobant à la fois les peuples primitifs et la France de Louis XIV est évidemment dénué de sens, et Rostow qui l'avait 5 proposé dansLes étapes de la croissance économique a consacré dans un ouvrage ultérieur un long développement aux progrès de l'Europe à l'époque moderne. La Révolution industrielle est arrivée en tant qu'aboutissement d'un processus ancien de croissance économique, de développement de l'industrie et, plus généralement, de « modernisation » de la société. Il ne faudrait toutefois pas déplacer le problème en e e 6 se reportant à une révolution industrielle plus ancienne, du XVI -XVII siècle selon John U. Nef , voire 7 du Moyen Âge selon E.M. Carus-Wilson , ou l'ignorer en sous-estimant les mutations qualitatives qui intervinrent en Europe occidentale et aux États-Unis entre 1750 et 1870-1880. F. Crouzet écrit que la e Grande-Bretagne, comme les Provinces-Unies, était, au début du XVIII siècle, « un pays préindustriel
8 avancé » ; cette expression concilie en effet, d'une part, l'idée que les pays préindustriels étaient susceptibles de progrès et que la Révolution industrielle fut la suite logique d'un degré ultime d'avancement ; et, d'autre part, celle qu'il y a bien une différence de nature entre les économies préindustrielles, si avancées qu'elles fussent, et les économies industrialisées. Un consensus semble se dégager aujourd'hui autour de l'idée que l'explication du changement ne se réduit pas à l'effet d'une cause unique mais réside dans l'interférence entre les modifications des facteurs économiques principaux et l'environnement dans lequel ils étaient à l'œuvre.
L'approcheentermesd'offreoudedemande
Deux lectures se sont imposées dans les dernières décennies comme des orthodoxies. La première, issue de l'analyse de la croissance dans les années 1960, identifie en fait l'étude de la Révolution industrielle à celle de la croissance économique durant cette période, mettant l'accent sur les évolutions quantitatives et globales plutôt que sur les transformations qualitatives, perçues comme des modifications de la répartition de quelques variables stratégiques (production, population active, investissement...) entre les grands secteurs de l'économie. Cette approche globale conduit évidemment à valoriser les continuités, à gommer les irrégularités, puisque les changements, qui furent à l'échelle des secteurs et des régions, mirent longtemps à se diffuser dans tout le tissu économique. Elle conforte l'idée que l'industrialisation a été un phénomène lent, progressif, inachevé, et que le terme de révolution industrielle, dont beaucoup refusent l'emploi, est donc tout à fait inadapté. 9 L'autre approche, illustrée par l'ouvrage de D.S. Landes,L'Europe technicienne, ou le Prométhée libéré, qui reste la dernière grande synthèse publiée à ce jour, insiste sur une révolution technologique, fondement de la Révolution industrielle. L'argument de l'auteur peut être, très grossièrement, résumé e ainsi : au XVIII siècle, une série d'inventions auraient marqué « une rupture avec le passé beaucoup plus 10 radicale que toute autre depuis l'invention de la roue » ; elles auraient été adoptées du fait de l'« insuffisance croissante des anciens modes de production », incapables de répondre à une demande intérieure et, surtout, extérieure en croissance ; des facteurs favorables auraient permis une réponse rapide de l'économie britannique ; les premières machines auraient démarré une chaîne de progrès techniques ; à ce défi technique et économique lancé par la Grande-Bretagne, le continent allait répondre en essayant d'imiter ; l'industrialisation du continent aurait donc dépendu plus d'une réaction aux nouvelles méthodes révélées outre-Manche, d'un processus de transfert technologique, que de forces endogènes de changement. Bien que D.S. Landes écrive sans ambages : « En résumé, c'est dans une large mesure la poussée de la demande sur le mode de production qui suscita les nouvelles techniques en Angleterre, et la fourniture abondante et immédiate des facteurs qui permirent de les exploiter et de les diffuser rapidement. La chose vaut la peine d'être soulignée, d'autant plus que les économistes, et particulièrement les théoriciens, 11 portent très volontiers et presque exclusivement leur attention sur l'offre ... », il met surtout l'accent sur l'étude de l'offre, de la production et de ses facteurs. Cette approche a été privilégiée par une historiographie qui a tendu à identifier la Révolution industrielle à une révolution technologique qui suffisait à l'expliquer : l'industrialisation serait intervenue lorsqu'on aurait su produire mieux avec de nouvelles techniques, lorsque suffisamment de capitaux auraient été accumulés pour permettre de lancer le mouvement, lorsqu'on aurait disposé de la main-d'œuvre nécessaire. Pour les contemporains, 12 Ricardo , qui fut le premier économiste à étudier les conséquences de l'utilisation des machines, 13 Babbage , le théoricien du machinisme, et bien sûr Marx, la transformation révolutionnaire à laquelle ils
avaient conscience d'assister reposait sur leur emploi, sur une combinaison productive plus intensive en capital, sur une concentration des travailleurs dans des usines. Les recherches depuis les années 1970 ont nuancé la logique du raisonnement de Landes : l'adoption de la mécanisation, de la machine à vapeur fut lente, même en Angleterre ; la Révolution industrielle, du e moins dans une première phase, jusqu'au milieu du XIX siècle, se fit largement sans modifier les formes anciennes d'organisation du travail : l'originalité britannique apparaît comme beaucoup moins affirmée par rapport aux pays du continent ; les réponses aux sollicitations de l'environnement furent souples, variées, beaucoup plus « flexibles », si bien qu'aujourd'hui l'opposition brutale entre un système productif ancien et bloqué et un système moderne, fondé sur la machine à vapeur, le charbon et l'usine semble trop schématique. Si l'étude des facteurs de l'offre reste fondamentale, les travaux récents les plus novateurs portent plutôt sur les caractéristiques de la demande, sur les marchés, sur la consommation, d'une part, et sur les formes d'organisation de la production et de la commercialisation, d'autre part. Au cours des années 1990 apparaissent de nouvelles questions, comme la relation ambigüe entre industrialisation et construction d'une économie de marché, un accent davantage mis sur la qualité des produits autour de laquelle se polarisent une partie des tensions inhérentes aux relations économiques ou enfin une réflexion sur la perception, le discours et la pratique des agents. Ces thèmes semblent désormais, en ce début de e XIX siècle, s'affirmer clairement comme novateurs, même si nous ne pouvons aujourd'hui en proposer une synthèse définitive. La recherche qui se fait sous nos yeux montre des tentatives et des tâtonnements. 14 Nous avons néanmoins essayé d'en présenter récemment une sorte de bilan prospectif . Le plan que nous avons adopté dans cette première partie d'assemblage, en quelque sorte, des facteurs divers proposés par les historiens, cherche à tenir compte de ces aspects nouveaux. Si l'industriel se mit à produire en plus grande quantité et à imaginer des produits nouveaux, ce n'était peut-être pas uniquement parce qu'il disposait désormais des moyens de le faire. Peut-être était-ce plutôt parce qu'il avait des débouchés nouveaux qui lui permettaient de gagner plus d'argent en développant sa production, avec les techniques anciennes ou avec de nouvelles techniques, avec les formes d'organisation traditionnelles du travail ou dans de nouvelles formes. L'accroissement de l'échelle de la production et le progrès technique entraînèrent des gains de productivité qui dans un premier temps profitèrent relativement peu à la main-d'œuvre de l'industrie. Mais tout en maintenant des profits élevés en moyenne, ils permirent une baisse continue des prix industriels par rapport aux prix agricoles et aux prix e des services sur une grande partie du XIX siècle, à l'avantage de l'ensemble des consommateurs. Cette baisse des prix contribua à l'extension de la demande de produits de consommation tant que leurs marchés, socialement déterminés, conservèrent suffisamment d'élasticité. Un essoufflement de la première phase de l'industrialisation se fit dans l'Angleterre des années 1830. À ce moment le relais fut pris pour les biens de consommation par une extension géographique des marchés, par une intégration croissante dans une économie internationale qui gagnait en autonomie, tandis que sur le marché intérieur l'alanguissement de la consommation était compensé par la poussée de l'investissement consécutive à la construction ferroviaire. L'attention est désormais portée non seulement à l'analyse de l'accumulation et de la reproduction du capital au travers des pratiques des industriels et des techniciens mais aussi à l'étude de la commercialisation et aux pratiques de ce que l'on n'appelle pas encore le marketing. Ce glissement répond à une tendance générale qui met l'accent sur les processus de marché comme régulateurs du fonctionnement de l'économie – tendance qui s'est accentuée depuis la désagrégation des économies socialistes au point de finir par mythifier le marché. L'industrialisation coïncide chronologiquement avec un processus de construction de l'économie de marché, distincte du capitalisme selon Max Weber ou Fernand Braudel. Sans doute les intuitions de Karl Polanyi sur la désimbrication relative des processus
économiques de l'emprise des objectifs sociaux est-elle une piste fructueuse. Elle nous oriente ainsi vers deux questions : l'analyse de la marchandisation des marchés du travail et celle des institutions et 15 organisations, un encadrement sans lequel les entrepreneurs ne peuvent fonctionner . Le souci majeur des entrepreneurs a toujours été d'organiser le marché, d'éviter la concurrence en particulier en matière de prix. La définition des normes et des qualités des produits a été, à côté des stratégies d'ententes ou 16 combinée à elles, un processus central de cette organisation . Enfin, d'autres travaux tendent à dépasser cette tendance des historiens jusqu'à aujourd'hui à prêter aux acteurs anciens les raisonnements de la théorie économique d'aujourd'hui, comme si une main invisible de la rationalité les guidait sans qu'ils en soient conscients. Jean-Pierre Hirsch avait commencé à démêler ces jeux entre la perception de la réalité, le discours manipulateur et justificateur et les pratiques. La thèse bientôt publiée de Pierre Gervais devrait beaucoup apporter à l'étude des débuts de l'industrialisation en montrant à quel point les raisonnements en termes de productivité ou de croissance étaient étrangers aux premiers industriels qui raisonnaient en marchands, attentifs à l'organisation et au contrôle du marché.
e 1 Paul Mantoux,XVIII siècle. La Révolution industrielle au Essai sur les commencements de la grande industrie moderne en Angleterre, Paris, 1906 ; cité dans la réédition Paris, éd. Génin, 1959. 2 J.H. Clapham,An Economic History of Moaern Britain, vol. I : The Early Railway Age (1820-1850), 1926 ;21éd., Cambridge, Cambridge University Press, 1930. 3 R.H. Tawney,Religion and the Rise of Capitalism, Londres, 1926. 4 P. Bairoch,Révolution industrielle et sous-développement, Paris, 1963. 5 W.W. Rostow,The Stages of Economic Growth, Cambridge, Cambridge University Press, 1960 ; trad. franç., Paris, Le Seuil, 1963. 6 John U. Nef, « The Industrial Revolution Reconsidered »,Journal of Economic History, vol. III, 1943. 7 E.M. Carus-Wilson,Essays in Economic History, vol. II, 1962. 8 François Crouzet,De la supériorité de l'Angleterre sur la France. L'économique et l'imaginaire e e (XVII -XX siècle), Paris, Perrin, 1985, p. 63. 9 David S. Landes,The Unbound Prometheus. Technological Change and Industrial Development in Western Europe from 1750 to the Present, Cambridge, 1969 ; trad. franç. :L'Europe technicienne, ou le Prométhée libéré, Paris, Gallimard, 1975. 10Ibid., p. 64. 11Ibid., p. 112. re e 12 David Ricardo,Principles of Political Economy and Taxation, 1 éd. 1821 ; trad.éd. 1817, 3 franç. :Des principes de l'économie politique et de l'impôt, Paris, Flammarion, 1977. 13 Charles Babbage,On the Economy of Machinery and Manufactures, Londres, Charles Knight, 1832. e 14 Jean-Luc MAYAUD et Patrick V ERLEY, « En l'an 2001, le XIX siècle, un siècle à redécouvrir e pour les historiens économistes ? »,XIX siècleRevue d'Histoire du , numéro spécial sur les « nouvelles o approches en histoire économique », n 23, 2001/2. 15 Les travaux pionniers de J.-P. Hirsch ont abordé cette question. Jean-Pierre Hirsch,Les deux rêves du commerce. Entreprise et institution dans la région lilloise (1760-1860), Paris, EHESS, 1991. 16 Dans ce domaine sont en cours de publication des travaux comme ceux de Nadège Sougy ou d'Alessandro Stanziani.
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