La royauté de la mer à Fadiouth

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Tod't signifie en seereer "revêtir d'une dignité civile ou religieuse". Par métonymie, le terme indique la cérémonie de consécration du roi de la mer à Fadiouth. Choisi parmi les chefs de lignage des deux branches royales du matriclan Jaxanoora, le roi de la mer a le pouvoir de rendre les eaux poissonneuses et les terres fertiles, et d'écarter les maléfices du village.
Publié le : mardi 1 novembre 2011
Lecture(s) : 8
EAN13 : 9782296474000
Nombre de pages : 232
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LAROYAUTÉDELAMER À FADIOUTH.
ASPECTSDELARELIGIONTRADITIONNELLE
SEEREER(SÉNÉGAL)VIRGINIA TIZIANA BRUZZONE
LAROYO AUTÉDELAMER À FADIOUTH.
ASPECTSDELARELIGIONTRADITIONNELLE
SEEREER(SÉNÉGAL)©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-54888-6
EAN:9782296548886PRÉFACE
Après lestravaux notoires de Marcel Griaule,
G.Dieterlen,Y.T.Cissé,PierreVerger,etquelquesautres
représentants de l’école d’ethnologie française,ilest
devenu rare qu’un «africaniste» s’aventuredansl’étude
desmythesducontinent noir.
D’abord parceque LevisStrauss,sur le plan
méthodologique,avaitbouleversé tant la façon de traiter
lesmythes que de lesinterpréter(ceci pour les
Amérindiensqu’ilavait étudiés).Ensuite parceque les
ethnologuesfurent — à tortsouvent — assimilés aux
collaborateurs de la colonisation, voireducolonialisme, et
il fut malvupar lesintellectuels de gauchedeprolonger
cettedisciplinedansuneAfrique«indépendante».
Si bienque dans lesuniversités créées parlaFrance
dans lescapitales desnouveauxÉtats,on «oublia »
purementetsimplement l’ethnologie, la remplaçantpar la
sociologie et la psychologie,plus «modernes» et à la
mode aux USA (etsousl’influencedeBalandieren
France).
Si bienque raresfurentles Africainsorientésetformés
à l’exercice de cette discipline,etdoncaptesà réfléchirsur
lesmythesdeleurspropressociétés.
Mêmeceux qui firentleurs étudesenMétropole
choisirent, ou furent amenésà choisir,des sujets comme
lessystèmesdeparenté etdelignages, lesrapports de
classessociales, ou encore lesproblèmesdedévolutiondu
7pouvoir,ou du droit foncier chez telleethnie ou dans tel
pays,sujetsvoisinsdelapolitiqueetdel’histoire.
Si LucdeHeusch, lévi-straussien scrupuleux,n’hésitait
pointà brasserles mythesduRwanda avecsuccès, il fut
peusuiviparlesjeuneschercheursqui, pourlamajorité,se
dirigèrent vers les étudeshistoriques qui, du reste,en
avaientbienbesoin,pouravoir été largementnégligées
durantl’époquecoloniale.
Et ce n’estqu’en passant, que désormaison évoqua les
«croyances» dessociétés, dont on présentaitles
«structures» sociales,politiques, économiquesavecleplus
grandsoin.
Certesl’effortduCNRSà travers sa revue « Lessystèmes
de penséeenAfrique noire»a remisl’accentsur lesdonnées
religieusespropresà l’animisme (ses ritesetses acteurs).
Mais après unetrentained’années de creux sur la
question.Pratiquementunegénération.
Aussi lesouvragesdeJ.M.Gibbal surles géniesdu
fleuve du Niger, ou d’OlivierdeSardanpoursuivantceux
de Jean Rouchsur lesSonghay-Zorma réamorcentla
recherchedanscedomaine.
Cependant qu’au Sénégal,aprèsles investigations de
L.V. Thomas surles Diolas,etles enquêtesdeMartinet
Beckerainsique du Père H. GravrandsurlesSérères,c’est
unejeune femmeitalienne qui présente l’étude ci-dessous
surles mythesetles ritesd’intronisation duroi de la mer,
le Saacuur,dansl’îlesérèreFadiouth.
L’intérêtd’un travaildevéritableethnologiec’estqu’il
ne vieillit pasvite,à l’inverse des étudesdesociologie.Car
il touche si profondémentaux racinesmentalesd’un
groupe ethniqueque sesobservationsserontlongtemps
pertinentes. Lessystèmessociaux, politiques, éducatifs
peuventchangerencinquanteans:c’estlecasdel’Afrique
8coloniale. Mais les«systèmesdepensées»,les visionsdu
monde, la philosophieprofonde sont loin d’avoir cessé
d’actiomer lessociétésafricaines. Et cela estdû en partie à
leur comportementque l’Occident peineà expliquerou à
modifier à travers ses innombrables «plans de
développement».
Le travaildemadameBruzzoneest donc un exemple
dans la mesure où ilnousintroduità la penséesérère, et
nonseulementà un rituelprécis,ou aux structures sociales
despêcheurs Jaxanoora,responsablesdecerite— porteur
dumytheduroidelamer.
Carpour éclairer sonsujet il luifautd’abordremonter
ele long chemin del’histoirejusqu’au XIII siècleoù,avant
ela venue desnoblesguelwaardu Gabou (XIV ),
pénétrèrentsurcesîlesdesproto-Sérèresvenantégalement
du Sud;ces simplespêcheurs-agriculteurs s’allièrent avec
des Soose autochtones (dugroupe Mandé)qui peuplaient
depuis dessiècles cesterresduSineetduSaloum, les
parsemant de tumulus et de mégalithessur lesquels la
traditionoraleestrestéemuette.
Parmiles sept ou huitclans de base sérèresqui
s’installèrent ainsidanslarégion parpetitsgroupes,sans
violence,etsemélangèrent aux résidents, les Jaxanoora
étaient lesresponsablesspirituels de la Mer (poissons,
coquillages, vents,pluie,pêche)cependant que d’autres
clansl’étaient du FeuetdelaTerre.Etcomme lesautres,
ilsemportaientleuridéologie.
Lesmythes religieux de base desSérères ne se récitent
pasd’une traite,comme celui desDogonsdeGriaule.
Mais ilssontcomposésd’une multitude de récitssur les
géniesettotemsdechaquefamille,sur leslieux deculte,
surles rencontres,alliances ou accidents avecses génies;
9ilssontbalisésetentretenus parlaprêtrisedes yaal-pangool,
parlesfêtestraditionnellesetlessacrificesquotidiens.
Nous espérons que, à l’instar de cette étude, les
recherches surles mythesafricains se multiplient,
véritables patrimoines spirituelsdenos civilisations
traditionnelles.
PrLilyanKesteloot
IFAN/UCAD
10NOTELIMINAIRE
TRANSCRIPTIONETREMARQUES
ɓ, ɗ, ƥ,ƴDansl’alphabet seereer,lesconsonnes sont des
glottalisées, ŋ, ñ sont desnasales, x estune vélaire
constrictivesourde,jest unepalatalesonore.
Dans le texte,figurent en sereer lesnomsdes lignages,
personnagesaux fonctions spécifiques, génies, planteset
animaux.
Il faut soulignerque leshabitants de Fadiouth ne font
passouvent de distinctionentrelesingulier et le pluriel.
Cependant,danslerespect de la littératureexistante,
certainsmotssontausingulierouaupluriel,comme:
singulier pluriel
cuballo subal ɓe
fangool pangool
gaynaak kaynaak
jini cini
nguus kuus
Lestermes saacuur,maad,lingeer commencent, dans le
texte,par une lettreminuscule ou majusculedansles cas
suivants :
saacuur=prêtre Saacuur=prêtre-roidelamer
maad (nomaah)=roidelamer ;Maad (aSinig)=RoiduSine
11lingeer=reine Lingeer=reineduSine
Sont en italiqueles nomsdes ethniessauf «Mandé».
En effet, la plupart deschercheursont préféré donneraux
migrationsversl'ouest la dénomination globalede
«Mandé» qui recouvre plusieurs composantes: malinke,
mandinka,soninke,gaabunke;peuples que les Wolofet les
Seereerontappelésgénériquement Soose.
Lesigne windiquelatranscriptionen wolof.
La datationhistorique générale estcelle proposéepar le
Rd.P.Gravrand. Un point d’interrogation accompagnela
datationdes règnes de la chronique de Niokhobaye Diouf,
parfois douteuse; c’estcependant la seulequi soit,denos
jours,complète.
12AVANT-PROPOS
Dans la décennie2000,l’île de Fadiouths’estadaptée à
un nouveaucontexte socioéconomique.Deux nouveaux
ponts ont été inaugurés en 2005, descampementset des
boutiquesd’artisanatont surgiunpeu partout, le ramassage
desdéchetsdomestiquesa été récemment réorganisé. Les
femmess’impliquentdeplusenplusenpolitique.
La mosquée de Diouma accueilli sespremiersfidèlese n
2001,unnouvea utod’taeulieu.
Mes vieux informateurs,le Saacuur,la lingeer,Wousel, l’u n
aprèsl’autre,ontentreprislevoyagedéfinitifàSangomar.Le
PèreGravrandaussi.
Mes recherches se sont tournées vers d’autres sujets.Je
suis devenue mère. Je visà nouveau,à cette occasion,ma
jeunesse d’ethnologue, mes enquêtes passionnées,
accompagnéedemasœur,CouraMbissane,lessoiréessurle
pontà respirerleventdel’océan,leregardversleciel étoilé.
Fadiouth et seshistoiresderoiset pangool m’ont ouvert le
chemindelarecherche,etsurtoutenrichimonesprit.
Je remercie mesamispourtoujours. J’adresse également
mesrespectueux remerciementsaux professeursqui, à
l’époque, étaient,avecLylian Kesteloot Fongang, membres
de monjury de thèse:AbdoulayeBaraDiop, BoubacarLy
et AmadeFaye; et aux chercheurs qui, hier et aujourd’hui,
ontbienvoulu m’accompagner dans la réalisationdece
travail: RaphaëlNdiaye, ThéodoreNdiaye, IssaLaye
Thiaw,feu Saliou MaladhoKandji, Abbé JacquesSecket
Robert Sarr,sansoublierleprof. ÉtienneTexeira quia relu
letexteavantsapublication.
Dakar,le18décembre2011
13MESINFORMATEURS
MaïmounaDiatta,Fadiouth
RaymondPierreDiène, Fadiouth
RoseSigaDiène,Fadiouth
MargueriteCouraDiouf,Fadiouth
MadeleineDiouf,Fadiouth
FataDabaDiouf,Fadiouth
PierreNgorDiouf,Fadiouth
AntoineNguéraneDiouf
MbagnickDiouf,Ndoffène
HélèneThomasiaDiouf,Fadiouth
Marcel Faye,Fadiouth
ConradNdickFaye,Fadial
SambaFaye,Niodior
BarkaHamadeTewNdiaye,Fadiouth
NgoniMaraNdiaye,Fadiouth
BlaiseNdiaye,Fadiouth
MossanDiborNdong,Fadiouth
RoseYandéNdong,Fadiouth
KatoNdong,Fadiouth
15Wousel YnguéNdour,Fadiouth
MarieNdour,Fadiouth
AlphonseEdourdNdour,Fadiouth
Emmanuel Cambène Ngom,Fadiouth
DabaCoumbaSarr,Fadiouth
FrançoisSangolSarr,Fadiouth
AïssatouSarr,Niodior
JulietteSanéSarr,PalmarinDiakhanor
LouiseSenghor,Dakar
DiborNdelaThiakane,Fadiouth
BiramaThiare,Bassar
MamadouToure,Ndoffène(Diakhao)
16INTRODUCTION
Ce travaila été entamé en 1993, dans le cadredusujet
que j'avaischoisipoursoutenir le Diplômed'études
approfondiesd’anthropologieà l’Université Cheikh Anta
Diop de Dakar surlethème:«Lesritesetlesmythesliés à
la pêchedanslaculture seereer dela Petite Côte». Fadiouth
représentaità mes yeux unterrain idéal de travail, non
seulementpar sa position géographique en milieu
lagunaireenretrait desroutesqui conduisentà Kaolack et
à Djiffère,maisaussi du fait de l’inexistencede
monographies ethnologiquesconsacrées à l'île ou aux
Seereerdelacôte.
Durant mesrecherchessur lesliens mystiquesentre
l'hommeetson environnementet, plus spécifiquement,
lors desenquêtesmenées auprèsd'unmatriclan liéà la
mer, le timJaxanoora,jefus informée de l'existenced'unroi
de la meretdefaits miraculeux qui se déroulent à
l'approche de sonsacreetdesamort. Malheureusement,
je ne pus le rencontrer.Par la suite, il mourra au début de
l'hivernage1995.Sondécèsm’avaittrouvéeàDakar.
Depuis lors, j'ai suiviattentivementlecalendrierdes
fêtestraditionnellesduvillage de manièreà ne pasrater la
cérémonie du sacredunouveau roi(tod’t). Finalement,le2
février1996,elleeut lieu,malgré un climat exécrable dû
au choléra qui dévastait la zone. Unetroupe du C.L.A.U.
(CentroLinguisticoeAudio-visivi)/C.N.R. (ConsiglioNazionale
delle Ricerche)del'université deTurin s'était déplacéepour
17filmerl'événementdontune copie de la vidéocassette sera
plus tard offerteà l'IFAN-CAD.Ensemble, nous avons
vécul’émotiondu tod't, événementque je relateraidans
cettethèse.
C'est ainsique sous lesallures d'unekermesse, à
première vueprofane et folkloriqueà causedelaprésence
de cameramen, de photographes et de journalistes, j'allais
découvrir tout un ensemblederéférencesà un monde
magico-religieuxà qui aucundétail ne peut échapper.
Lieux,gestes, paroles, sons et couleurs forment la trame
d'un tissu invisibleaveclequel, pour paraphraserMarcel
Griaule, Fadiouth se revêt de sa culture, car, bienque
partie intégrante de la culture seereerSingandum,cevillage
présente une certaineoriginalité qui pourrait être
considéréecommelasurvivanced'uncomplexearchaïque.
En effet, c'estdansles villages de la Petite Côte,
considérés commeles plus anciensduSine, que l'on
trouve,danslatraditionorale,des récitsrelatifsaux voies
de pénétration des matriclans pré-seereer. Ces derniers
seraient entrésauSine-Saloum parles passesfluviales,les
estuaires,les vallées et lesriasdelaPetiteCôte,pour
pénétrer plus tard dans l'intérieurdupays, selonunaxede
déplacement sud/est (Gravrand1983:154-155). D'origine
malinke (ibidem:157)ou soninke (Boulègue1981:169), ces
premiers occupants, appelés Soose parles autres ethnies,
amenèrent aveceux unensemblemythico-rituelliéà leur
tradition d'agriculteurs guerriers, à côté de laquelleils
développèrent un typed'économie complémentaire basée
surlacueillette,lachasse et la pêche.Les pratiques
rituelles qui firentsouchesur un substrat autochtone
(culturedeTiémassas) et qui s'enrichirentdel'apportde
successivesvagues migratoires provenantdunordetde
l'est(proto-Seereer de la vallée du fleuve et Mandinka du
18Gabou)demeurèrent longtemps,jusqu'après l'arrivée des
colons.
Si les Seereer,d'ailleurs, sont connus pour avoir été des
réfractairesaux religionsrévélées,celan'empêchapas que
le passageà une société ouvertesur d'autres mondes ne
déclenchât un renouvellement descoutumes et des
croyances où l'extinctiondes vieux cultesest souvent
apparente.
La religion traditionnelle fait preuve d’une
extraordinaire capacité d’innovation en réussissant à
sauver de la mémoirecollectivecertainstraitsqui,bien
que remaniés, fonctionnentcomme éléments d’identité du
groupe.Toutefois, cette recherchene vise pasà présenter
la penséemagico-religieuse seereer d'unefaçon globalemais
plutôtàtraiterquelques-unsdesesaspects,particuliersaux
groupesdelacôte,à travers l'interprétationsymbolique et
la reconstruction historique d'un rituelpériodique:le
sacreduroidelamer.
Desenquêtessuccessivesdeterrain,avantetaprèsla
cérémonie,avaientpourbut l'approfondissement de
quelquesnotionsdelapensée seereer. L'élaboration
conceptuellea consisté,surtout,à relier cesnotions en vue
d'uneinterprétationcorrectedes symboles à travers
lesquels un groupe exprime sa culture. Ainsi, l'analyse
historique commecelle desmythes de fondation(de
lignages,devillagesetdelaroyauté)ont permis delire
l'évolutiondes structures religieusesdansladynamiquedes
changementssociopolitiques.
L'ordredes chapitrescorrespondà l’étatd’avancement
de mes recherches et de mesréflexions surlerituel
observé,qui estdécritdanslepremier chapitre,où je
donned'abordun bref aperçu historico-géographique de
l'île de Fadiouth et un tableaudelavie au village, si
19étroitementliéeaurégime desmarées.Lefaitquele roide
la merest issu du matriclan Jaxanoora,originairedu
Gabou, constitue le point de départd'une réflexion à
rebourssur lestraces desgroupesmandé pré-seereer qui
habitèrent cette région du Sénégal,espace,encetemps-là,
arboré avecdes coursd'eaupoissonneux.Les Jaxanoora,
que la tradition oraleprésente commeunmatriclan
entretenantdes liensmystiquesaveclamer et comme
détenteurs de la parole "efficace", auraient fondé Fadiouth
et se seraient divisés en quatrebranches, curieusement
apparentées aux Subal ɓe,dunom de Sarr,dufleuve
Sénégal.
Le deuxième chapitre,enrapprochant le mythe de
l'histoire, essaie de reconstruire le passé de ce matriclande
la côte aux pouvoirsmystiques. Le prêtredelamer
(Saacuur)deFadiouthseraitunjourdevenuroi de la mer
(maadnomaah). Le mythedefondationfaitremonterles
origines de la coutumedu tod'tà la périoded'installation
edes Gelwaar,venus du Gabou, aux environs du XIV
siècle. Cela pose un ensemble de questionscomme les
suivantes:quellienya-t-il entrelaroyautémande-seereeret
celledes Jaxanoora?Pourquoià l’époque avait-onsenti le
besoin de renforcer la charge du prêtre jaxanoora en le
sacrantroi de la mer? Quelle était alorslasituation
politico-économique de la côteà l'arrivéedes Gelwaar ?
Quelle placeoccupait Fadiouth, village«royal»,dansle
Royaume du Sine?Quelle était,etquelleest,lafonction
du prêtre-roidelamer?Est-ilseulement un roisacré,un
voyantouunmage?Pourquoiest-ilsecondé parune reine
appartenantàlamême branche?
C’estlaraisonpourlaquellelesujet du troisième
chapitre traite,précisément, desrelationsentrelepouvoir
sociopolitiqueetlepouvoirmagico-religieux.
20À lalumière deshypothèsesfaitessur l'origineetla
fonctiondelaroyauté de la mer, le quatrième chapitre
offreune tentative d'interprétationdes symboles de la
cérémonie du tod't et cherche à découvrir,sousla
dimension profanedelafête,lenoyau ésotérique quiseul
peut nous aider à comprendrelaquête identitaired u
présentà travers le passé. Est-il possibled'avoir unevision
adéquatedeceque fut dans le passé la religion
traditionnelle? Ainsis'impose la nécessité d’une
complémentarité pluridisciplinaire. Lessciences de
l’humaincomme l'archéologie,l'histoire,lalinguistique,
l'anthropologie,lalittératureorale,l’ethnopsychiatrie,
mais aussi d’autres domaines commel'ethnobotanique
peuventnousaider à dénouerunnœudembrouillé.
Cependant,l'étape la plus importante reste la
traditionnelleenquête de terrain,qui seulepermet à
l'ethnologue de comprendreles ressortsetmécanismesdes
dynamiquesencours.
1.Notesméthodologiques
Le terrain del'ethnologuen'est évidemment pasdu
tourisme intégré,maisplutôt un travailscientifiquequi
suit une méthode dans la collecte de données et qui,en
mêmetemps,systématise.
Seulement, si lesdonnées sont précises et séparées avec
soin delaspéculation del'ethnologue,onpourra se rendre
comptedelacohérencedel'ensemble et du sérieux de
l'analyse et desconclusions (Guiart 1971: 206). Ainsi, pas
d'ethnographie simplementdescriptive, caronrisquerait
devoir leschosessousunangle qui ne correspondpas au
point de vuedugroupe,chaque élémentd'unensemble
socioculturel étant situé dansune structurepar laquelleet
dans laquelleilest valorisé et en dehorsdelaquelleiln'a
plusdesignification.
21La limite à surmonter,lorsdel'observation et de
l'élaboration des données,reste l'héritage culturel de
l'ethnologue étrangerintervenant dans un monde autreet
dont il ne pourra jamaissaisirtotalementlaprofondeur
sansavoirunœil critiqueparrapportàsonpropresystème
de valeurs et despréjugés que ce derniervéhicule.
Évidemment, on ne pourra jamais éliminer dans leur
totalité tousles aspectssubjectifsdelarecherche,car la
subjectivitéestunedonnéeréelle.
Autant la rencontredel'autreest toujours séduisante,
autant elle estcomplexe. Celaneveutpas direque tout
effortdecompréhension estvouéà l'échec, mais le chemin
estarduetles problèmes ne peuventjamaistrouver de
solutiondansl'immédiat(Werner1933 :passim). Le terrain
ne peut pas êtreune brève expérience et plusieurs contacts
sont nécessaires.Laméthodeest largementempirique et
ne consiste pas à vérifierdes propositionsprécises
formulées à l'avance. Lesthématiques se construisent
d'elles-mêmes au coursdelacollectedes données.Le
procédé hypothético-déductif, c'est-à-dire la spéculation a
priori,suividelaconfirmationempirique permet d'exclure
toute interprétationsubjectivequi n'estpas confirméepar
lesfaits,maislerisquede«dépaysement»estfortpossible,
carl'hypothèse peut ne pascorrespondreà la réalité des
faits.Lavraiedémarche nepeutêtrequel'inverse.
De l'observation participante et de la participation
observante,laquelleintervient la première?Celadépend
essentiellement du temps qu'on estdisposéà passeravec
lesinformateurs. Résider pendantlongtemps surplace m'a
permis departagerlavie quotidienne despopulations,
d'apprendreles rudiments de leur langue et de tout
observer,trèssouventquasisystématiquement.
22Cependant,jereconnais n’avoir jamais été intégrée
complètement.Jesuis restéetoujours«l'autre», mêmesi
meseffortsd'adaptationontété,quandmême,appréciés.
Au début, il estimpossiblepourlechercheur étranger
de passerinaperçu: tousveulent te connaître, t'inviter,
devenirtes amis privilégiés. Puis, lentement, l'euphorie
s'apaise et tu deviensle tubaab de quelqu'un.Ontedonne
un nomtraditionnel (Yandé, dans moncas), on t'inclut
dans le système de parenté eton t'intègredanslavie
villageoise.
Certainement, la participation aux activités villageoises
dépenddusexe de l'ethnologue,cequi n'estpas sans
conséquence.
Bien que l'effortd'unchercheur,homme ou femme, soit
toujours d'arriver à desrelationsfructueuses
entreluimêmeetlacommunauté, la démarcheetlavision
personnelles sont différentes, cardifférente et forcément
limitée estl'interrelation desethnologuesetdes
populationsenfonctiondeleurssexesrespectifs.Toutefois,
il estbienvraiqu'il ne suffit pasd'êtresimplement une
femmepouravoir unepleinecommunication avecles
femmes (demême qu'il ne suffit pasd'êtrehomme pour
tout savoir des hommes),lerapportd'étrangeté primant
surlesexe biologique (Mathieu 1973: 105). En plus de
cela,l'âge, le statut, la religion et le tempérament du
chercheuretdel'interlocuteur ontleurrôle et déterminent
évidemmentlerésultatfinaldelarecherche.
Or participer,c'estaussi partager nonseulement les
tâches quotidiennes et lesbeaux moments de la causerie,
mais aussi sesbiens et sesobjetspersonnels.Au-delà de la
solidarité effectiveenversceux quinousaident, commeil
estdifficile,pourquelqu'un issu d'unetraditionqui valorise
la gestion prudentedeses moyens, de comprendre qu'on
23

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