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La Signification sociale de l'argent

De
348 pages

La monnaie, un instrument uniforme, doté d'une valeur économique qui s'imposerait aux individus ? L'argent, un intermédiaire impersonnel qui vient standardiser et désincarner les rapports sociaux, voire les corrompre ?


À l'encontre de ces idées communément répandues chez les économistes, Viviana Zelizer montre combien les individus ne cessent d'inventer leurs propres monnaies au gré de leurs besoins, et d'accorder de la valeur à des objets et à des instruments - cadeaux, argent de poche, dons caritatifs, chèques-cadeaux, tickets-repas... - irréductibles à de simples équivalents interchangeables d'une unique monnaie nationale.


Se concentrant sur l'histoire économique et sociale des États-Unis des années 1870 aux années 1930, s'appuyant sur des documents d'archives aussi divers que les magazines féminins, les guides fournis aux nouveaux immigrants ou les manuels et enquêtes portant sur le budget des ménages, l'auteur décrit ainsi un processus de " marquage " en vertu duquel les usages à la fois publics et privés de la monnaie diversifient sa signification et sa valeur sociales et en font un outil multiforme.

" Un modèle de rigueur et d'innovation, non seulement pour la sociologie économique mais pour l'ensemble des sciences sociales. " (Pierre Bourdieu)


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LA SIGNIFICATION SOCIALE DE L’ARGENT
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DU MÊME AUTEUR
Morals and Markets The Development of Life Insurance in the United States Columbia University Press, 1983
Pricing the Priceless Child The Changing Social Value of Children Basic Books, 1985
The Purchase of Intimacy Princeton University Press, 2005
Economic Lives How Culture Shapes the Economy Princeton University Press, 2010
Viviana A. Zelizer
LA S I G N I F I C AT I O N S O C I A L E D E L ’ A RG E N T
Traduit de l’américain par Christian Cler
ouvrage traduit avec le concours du Centre national du livre
collectionLiber
SEUIL
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Cet ouvrage est publié dans la collection « Liber » fondée par Pierre Bourdieu, dirigée par Jérôme Bourdieu et Johan Heilbron
Certains matériaux de ce livre avaient été déjà publiés dans « The Social Meaning of Money : Special Monies »,American Journal of Sociologyin EdgarMoney », ; « 95, septembre 1989, p. 342-377 , n° F. Borgatta et Marie L. Borgatta (dir.),SociologyEncyclopedia of , New York, Macmillan, 1992, p. 1304-1310 ; et « Making Multiple Monies », in Richard Swedberg (dir.),Explorations in Economic Sociology, New York, Russell Sage Foundation, 1993, p. 193-212.
Titre original :MoneyThe Social Meaning of ISBNoriginal :0-465-07891-5 © original : 1994 by Basic Books, A Division of HarperCollins Publishers, Inc. First published in the United States by Basic Books, A Member of the Perseus Books Group. Première publication aux États-Unis par Basic Books, membre du Groupe Perseus Books.
ISBN:978-2-02-135858-2
© Éditions du Seuil, octobre2005, pour la traduction française et pour la préface à l’édition française
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
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À Julian, mon fils chéri
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P R É F A C E À L ’ É D I T I O N F R A N Ç A I S E
Préface à l’édition française
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L A P R O D U C T I O N D O M E S T I Q U E D E S M O N N A I E S
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Si l’ambition de la science sociale est de rendre compte de façon rigoureuse des conditions et des mécanismes qui participent à la réalisation d’un ordre social, mais aus si d’ana-lyser le fonctionnement des institutions qui les incarnent, Viviana Zelizer y contribue grandement en prenant pour objet la mon-naie, institution organisatrice essentielle des sociétés contempo-raines. Considérée un temps comme un phénomène social majeur par la tradition sociologique ou l’anthropologie, d e Simmel à Simiand en passant par Malinowski, la monnaie est devenue aujourd’hui un objet avant tout pour la science écon o-mique. Un objet majeur parce que les questions de l’équilibr e monétaire, de la stabilité monétaire, de l’inflation et du r ôle dévolu à la banque centrale suscitent une accumulation considé-rable de travaux et ont abouti à des transformations institu tion-nelles et politiques de toute première importance, dont la construction européenne, avec la Banque centrale et l’euro, est une manifestation marquante. En même temps, la question de la monnaie reste constitutivement, pour ainsi dire, marginale parce que, aux yeux des économistes, la monnaie est toujours renvoyée à sa transparence naturelle, à sa neutralité. Elle n’est qu’ un voile qui facilite l’échange, autorise une certaine forme de cons erva-tion de la richesse, mais ne touche jamais à l’essentiel, c'est-à-dire à la valeur même des choses, soit à l’échelle des valeurs rela tives. La monnaie permet la formation des prix, mais n’affecte pas l es prix relatifs. Elle est un instrument d’échange, mais n’affecte pas le rapport entre les choses qui résulte de l’ensemble des échanges. Parfois l’instrument fonctionne mal, la quantité de monnaie est trop abondante ou insuffisante, ce qui rend l’échange plus d iffi-cile, voire impossible. Perdant sa fonction demediumde l’échange, elle est abandonnée et lorsque, par exemple, le niveau d’inf lation est devenu tel que la monnaie officielle ne vaut plus rien,
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L A S I G N I F I C A T I O N S O C I A L E D E L ’ A R G E N T
l’échange doit se faire par le troc ou l’utilisation de monna ie de substitution, mais cela ne modifie en rien la valeur intrins èque des choses. Le prix des choses dans une économie de troc bien organisée serait le même que celui d’une économie monétarisée. Cette neutralité de la monnaie s’exprime dans toutes ses mani-festations, dans sa divisibilité sans limite, dans sa conve rtibilité, dans son homogénéité, dans son essence parfaitement quantita-tive, sans qualité propre autre que de permettre de mesurer le prix des choses sans jamais l’affecter. La monnaie est en quelque sorte la technologie sociale pure de l’économie pure, et est en mêm e temps accessible à tous les agents de manière parfaitement égale et uniforme, mais aussi universelle, avec pour seule structur e les règles de l’arithmétique, la capacité à additionner, à compter. Bref, la monnaie ne compte pas, elle sert seulement à compter. Cette vision économique est l’exact contre-pied d’une tradition sociologique, désormais largement tombée en désuétude, qu i, depuis Simmel, voyait dans la monétarisation des économies un mécanisme délétère préparant la corruption générale des sociétés et leur déshumanisation irrémédiable. Renversant, sans s’y réfé-rer, l’idée d’une monnaie réduite à un pur instrument compta ble pour lui substituer la dénonciation des effets mortifères d e l’action de compter, tout un courant, qu’évoque très explic ite-ment Zelizer dans le premier chapitre, anticipe une destruc tion des valeurs et de la civilisation avec le développement de la mon-naie, l’extension d’une rationalité calculatrice et intéressée à tous les domaines de la vie sociale et, en particulier, à la sphère des relations personnelles. Dans cette perspective, l’usage de la mon-naie et sa propagation vont de pair avec la dissolution des co ndi-tions mêmes de la vie sociale, qui risquent d’être remises en cause. Le livre de Viviana Zelizer prend à revers ces deux visions.
L , A M O N N A I E R É A L I T É S O C I A L E Par rapport à la vision économique de la monnaie, Viviana Zelizer opère une rupture radicale. Elle s’oppose d’abord à la définition économique de l’économie, c’est-à-dire à la dém arche qui exclut,a priori, tout ce qui est considéré comme appartenant à des sphères et des modes d’action autres qu’économiques. E n soulignant le fait que comprendre le fonctionnement de l’écono-mie implique une ouverture aux dimensions non économiques des pratiques économiques, Viviana Zelizer montre, par exemple, la
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