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La situation sociolinguistique de l'Algérie

De
317 pages
Cet ouvrage se propose de mettre en lumière la particularité sociolinguistique d'un pays en mutation. L'accent y est mis sur l'interrogation épistémique des notions et des concepts clefs utilisés dans la saisie des faits de langues. On y verra un déploiement de variations à l'oeuvre, notamment à travers l'analyse d'un corpus de textes publicitaires, qui confirme le caractère plurilingue et multiculturel de la société algérienne.
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Ibtissem Chachou
LA SITUATION SOCIOLINGUISTI DE L’ALGÉRIE
Pratiques plurilingues et variétés à l’œu
La situation sociolinguistique de l’Algérie
Sociolinguistique Collection dirigée par Henri Boyer (Université de Montpellier 3) Conseil scientifique : G. Bergounioux (Univ. d'Orléans, France), A. Boudreau (Univ. de Moncton, Canada), E. Boix (Univ. de Barcelona, Espagne), J.-F. De Pietro (IRDP, Neuchâtel, Suisse), J. Guilhaumou (CNRS, France), G. Kremnitz (Univ. de Wien, Autriche), M. Matthey (Univ. de Grenoble 3, France), B. Maurer (Univ. de Montpellier 3, France), H. Monteagudo (Univ. de Santiago de Compostela, Espagne), H. Penner (Univ. Católica de Asunción, Paraguay), A. Kristol (Univ. de Neuchâtel, Suisse), Ch. Lagarde (Univ. de Perpignan Via Domitia, France), M. Tournier (CNRS, France) La Collection« Sociolinguistique » seveut un lieu exigeant d'expression et de confrontation des diverses recherches en sciences du langage ou dans les champs disciplinaires connexes qui, en France et ailleurs, contribuent à l'intelligence de l'exercice des langues en société : qu'elles traitent de la variation ou de la pluralité linguistiques et donc des mécanismes de valorisation et de stigmatisation des formes linguistiques et des idiomes en présence (dans les faits comme dans les imaginaires collectifs), qu’elles analysent des interventions glottopolitiques ou encore qu'elles interrogent la dimension sociopragmatique de l'activité de langage, orale ou scripturale, ordinaire, médiatique ou même « littéraire».  Doncune collection largement ouverte à la diversité des terrains, des objets, des méthodologies. Et, bien entendu, des sensibilités. Dernières parutions Romain COLONNA,Les Paradoxes de la domination linguistique, 2013. Marie-Désirée SOL,Imaginaire des langues et dynamique du français. Enquête sociolinguistique, 2012. Henri BOYER et Hedy PENNER (sous la direction de),Le Paraguay bilingue, 2012. Sabine EHRHART,L’Écologie des langues de contact. Le tayo, créole de Nouvelle-Calédonie, 2012.Eléonore YASRI-LABRIQUE, La Turquie et nous. Enquête sur l’imaginaire turc de la France, 2010. Henri BOYER (sous la dir. de),Hybrides linguistiques. Genèses, statuts, fonctionnements, 2010.
Ibtissem CHACHOULa situation sociolinguistique de l’AlgériePratiques plurilingues et variétésà l’œuvre
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00505-8 EAN : 9782343005058
Préface
La réalité est révolutionnaire ! Le champ du savoir scientifique de manière générale, et celui des sciences sociales en particulier, est hétéronome, placé sous la chape accablante de l’idéologie conservatrice hégémonique dans les États dits arabes probablement depuis le triomphe de la pensée mimétique apologétique (an-naqlVs al-‘aql,imitationpieux prédécesseurs desVSlaraison,principe dusalafisme) du jurisconsulte théologien ultra conservateur e Ibn Taymiyya (14 . Siècle) et surtout de son élève spirituel Mohammad Ibn Abdelwahhâb, père du Wahhabisme actuel Au lieud’une attendue sortie de la pensée fidéiste, comme cela s’était passé à l’avantage de la pensée rationnelle occidentale depuisSaint-Thomas-e d’Aquinau 13. Siècle, continuateur de l’Averroïsme, promise par la fameuse e « Renaissancearabe »du 19siècle, le monde dit arabe a été enfoncé davantage dans la pensée apologétique des Anciens. Dans cette dernière trône le déni et l’arrachement des faits et des acteurs à leur contexte historique, l’impensable et l’impensé, les processus de substanciation, de transcen-dentalisation de l’épistémè d’une époque historique voulue comme fondatrice e e et éternelle (7et 8Siècles). L’idéologie nationaliste conservatrice en Algérie, a imposé dès 1949 une définition identitaire exclusivement arabo-islamique (en référence à la langue arabe classique ou scolaire et l’islam sunnite malékite) au détriment et au mépris de la réalité cultuelle, culturelle et sociolinguistique plurielle. Les langues maternelles réelles des Algériens ont été désormais présentées par l’idéologie officielle comme des instruments de désintégration de la nation algérienne et d’une nation arabe et islamique tout autant unie qu’à unifier! Àl’indépendance du pays, on ne pouvait parler de tamazight (berbère) et plusieurs générations de militants de la berbérité ont subi les affres de la répression conjuguée de l’État et des courants conservateurs religieux. Le paroxysme fut atteint quand Mouloud MAMMERI, célèbre homme de lettres algérien et ancien directeur du Centre de Recherche en Anthropologie, en Préhistoire et en Histoire et ancien président de l’Union Nationale des Écrivains algériens, a été empêché de donner une conférence à l’Université de
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Tizi-Ouzou sur la poésie kabyle ancienne (déclenchant le fameux printemps amazigh du 20/04/1980). Cette universitéporte son nom aujourd’hui. Quinze ans plus tard, Tamazight entre à l’école après un an de grève du cartable en Kabylie. Plus récemment, « la crise de Kabylie » (2001-2003), réprimée dans le sang, aboutit à la constitutionnalisation de Tamazight «langue nationale »… Et la nation algérienne ne s’est pas désintégrée pour autant ! L’idéologie nationaliste conservatrice du FLN, Parti-Etat unique, au pouvoir en Algérie depuis l’indépendance à ce jour, s’est faite un point d’honneur d’empêcher l’officialisationde la reconnaissance du plurilinguisme algérien. Ses thuriféraires parmi les intellectuels intéressés ont produit un climat de terrorisme intellectuel qui tétanise les chercheurs qui ont développé par autocensure un habitus d’évitement de ce qui fâche: le plurilinguisme réel de la société algérienne têtu face au dogme/mythe de l’unicité exclusive de la nation arabe et aux discours officiels de dénégation. À traverscet instantané d’histoire critique de la pensée dans le monde dit arabe et en Algérie, on comprend bien que la sociolinguistique est le domaine tabou par excellence. Toute étude portant sur les faits sociaux, anthropologiques… sur le rapport entre société et langues devait absolument sacrifier les faits pour éviter de fissurer le dogme-mythe fondateur. Ce tabou officiel étendu au champ universitaire fut déjà entamé par Khawla TALEB AL-IBRAHIMI, dans le champ éditorial national, à travers sonLes Algériens et leur(s) langue(s), Dâr Al-Hikma, qui fait suite à sa thèse soutenue en France (que sa traduction vers l’arabe scolaire a ramené à l’obéissance en sacrifiant le pluriel dans le titre !). Ceci explique sans doute les aspects ambigus relevés par Ibtissem CHACHOU, notamment la question du continuum. Dire en effet que les Algériens passaient indistinctement de l’arabe classique (scolaire, ou institutionnel) aux variétés d’arabe algérien, puis de berbère exprime une vision conciliatoire relevant plus du désir que du constat de réalité: Les Algériens ne parlent pas l’arabe scolaire naturellement. Ilsl’apprennent à l’école et l’utilisent (pour l’élite arabisante) dans des situations sociolinguistiques très spécifiques et plutôt rarissimes. C’est le cas pour tous les locuteurs des pays dits arabes, car elle n’est pas leur langue maternelle. D’où sa dénomination. L’arabe algérien est quant à lui utilisé par la plus grande masse des locuteurs algériens en dehors des situations formelles où ils choisissent entre l’arabe scolaire et le français.À moins de penser que les locuteurs algériens ont tous un hautniveau de formation en cette langue ou que l’arabe algérien est transparent à l’arabe scolaire, ce qui est loin d’être le cas du fait qu’aucun constat d’intercompréhension entre les deux langues n’a été établi et que l’inverse l’est au quotidien, il est difficile de voir où se trouve le continuum ! Si l’hypothèque a fini par être partiellement levée sur les variétés de tamazight, introduites dans le système éducatif et dans le champ universitaire,
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l’Algérie est encore loin de reconnaître l’existence de l’arabe algérien, pourtant langue de la majorité écrasante des Algériens et véhicule d’une bonne partie de leurs expressions culturelles (A. DOURARI,Culture nationale, cultures populaires, L’Harmattan, 2002). L’algérien (la langue) est la subsomption de l’identité algérienne du fait, qu’en sa qualité de langue maternelle de la plupart des Algériens, il garantit la communication intensive entre locuteurs de différentes régions et variétés linguistiques. Il exprime leurs joies et leurs peines, leur affect et leur intellectBref, il subsume leur spécificité algérienne fut-elle juive, chrétienne, islamique, ou areligieuse; berbérophone, arabophone, d’origine européenne, asiatique ou africaine.Cet arabe algérien assure en même temps l’intercompréhension avec lesTunisiens et les Marocains qui parlent des variétés ressemblantes à telle enseigne qu’Abdou ELIMAM, sociolinguistique algérien, l’appelle le « maghribi » (V.Le maghribi, langue consensuelle des Maghrébins, Dâr Al-Gharb, Oran).Il n’en demeure pas moins difficile d’inscrire, aujourd’hui même, des thèses et des recherches scientifiques sur cette langue du fait qu’aucun département facultaire ne lui est consacré.Le travail de la jeune sociolinguiste Ibtissem CHACHOU, depuis son magister soutenu à l’université de Mostaganem, réalise une partie de ces préoccupations intellectuelles et scientifiques. Elle passe en revue beaucoup de questions naguère taboues et expose avec adresse la prégnance du plurilinguisme algérien de fait et sa constance à travers les vicissitudes du temps en dépit de son bannissement par la sphère officielle travaillée par des années de haine de soi. Ce travail fouillé de sociolinguistique algérienne sera consulté avec autant de plaisir que d’intérêt par les chercheurs expérimentés, par les étudiants du domaine des sciences du langage et par les intellectuels de divers domaines qui s’intéressent à la société algérienne et à ses couleurs réelles. Il ouvre la voie et incite à d’autres publications du même ordre pour reconquérir le droit de dire et de penser le réel avec la rigueur de la science. Prof. Abderrezak DOURARI Université d’Alger2, directeur du CNPLE Tamazight/MENAlger le 05/07/2012
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