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La socialisation

De
128 pages

Cet ouvrage aborde les grands débats qui ont traversé la sociologie pour penser les rapports entre l'individu et sa société. Il évoque les acquis de la sociologie classique et les pistes ouvertes par la sociologie contemporaine pour mieux comprendre les mécanismes à l'oeuvre dans la production de l'homme comme être social.

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SOMMAIRE
Introduction - Socialisation : les enjeux d’un concept. . . . . . . . . .17
Chapitre1- La socialisation fait-elle de nous des êtres programmés ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11 1. – La socialisation comme contrainte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .12 a. – Créer de la ressemblance pour intégrer et assurer la reproduction de la société. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .12 b. – La socialisation façonne la personnalité des individus. . . . . . . . . .17 c. – L’habitus comme programme social : une première lecture de Pierre Bourdieu. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . 21 2. – Les apories d’une conception totalisante de la socialisation : critiques et nouvelles approches. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .23 a. – Les impasses des théories de la programmation sociale. . . . . . . .23 b. – Les sociologies de l’action contre les théories de l’homme sur-socialisé : de l’agent à l’acteur. . . . . . . . . . . . . . . .26 c. – Nouvelles approches : l’homme pluriel et l’homme d’habitude .28
Chapitre2– Le processus de socialisation s’achève-t-il à la fin de l’enfance ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .33 1: le moment privilégié de la socialisation. – L’enfance . . . . . . . . . . . .34 a. – L’enfance : le moment privilégié pour façonner un être social. . .34 b. – La socialisation dans l’enfance : un déterminant fort du destin social des individus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .41 2: un processus inachevé. – La socialisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .43 a. – Socialisation primaire et socialisation secondaire. . . . . . . . . . . . . .43 b. – Trajectoires et identités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .44
Chapitre3– Comment se transforment les formes identitaires dans les sociétés contemporaines ?. . . . . . . . . . . . . . .51 1. – Les formes identitaires dans les sociétés individualistes. . . . . . . .52 a. – L’émancipation des individus : une tendance forte. . . . . . . . . . . . .52 b. – Individualisme contemporain et crise des identités. . . . . . . . . . . .57 2. – Processus de rationalisation et formes identitaires. . . . . . . . . . . . .60
a. – Processus de rationalisation et transformation des modes de socialisation (Max Weber). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .60 b. – Des identités héritées aux identités construites. . . . . . . . . . . . . . . .65
Chapitre4– La famille remplit-elle encore son rôle de socialisation ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .71 1. – Les enjeux contemporains de la socialisation familiale. . . . . . . . .72 a. – Ce que nous apprennent les sciences cognitives. . . . . . . . . . . . . . .72 b. – Le besoin de famille dans un contexte de travail flexible. . . . . . .74 2. – Fragilisation apparente de la socialisation familiale et crise des identités sexuées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .75 a. – L’individualisme dans la famille et la remise en cause de l’autorité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . 75 b. – Les conséquences de l’émancipation des femmes. . . . . . . . . . . . . .81 c. – La socialisation familiale mise en concurrence. . . . . . . . . . . . . . . .87 3. –La famille socialise toujours mais autrement. . . . . . . . . . . . . . . .89 a. – La famille et la socialisation par « frottement ». . . . . . . . . . . . . . .89 b. – La famille comme point d’ancrage et lieu de mémoire. . . . . . . . .92 c. – Politisation de la famille. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .94
Chapitre5: une instance de socialisation en crise – L’école ?. . .97 1:. – Le rôle de l’école dans les démocraties industrielles l’école au cœur du projet national. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .98 a. – L’école, dispositif clé de la socialisation des citoyens dans les sociétés modernes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .98 b. – École et division du travail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .101 c. – L’école : un dispositif de socialisation en crise. . . . . . . . . . . . . . . .102 2: quelques pistes. – Les nouveaux défis de l’école . . . . . . . . . . . . . . .104 a. – Un cadre conceptuel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .104 b. – Crise ou mutation de l’école : le sens de l’expérience scolaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .107 c. – Une redéfinition du rôle des acteurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .112
Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . 121
Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . 127
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LA SOCIALISATION
Comment une collection d’individus devient-elle une société, c’est-à-dire un tissu de liens durables au fondement de solidarités – qui, selon Durkheim, se définissent comme « sys-1 tèmes de droits et de devoirs » –, un ensemble hiérarchisé organisant la répartition des tâches ? Comment chacun d’entre nous devient-t-il capable d’intégrer une place dans cet ensemble, de la tenir en adoptant des conduites appropriées et prévoyant les conduites d’autrui ? Pour reprendre la question de Georg Simmel, « comment les formes sociales se maintien-nent-elles » ? Et, surtout, comment une société parvient-elle à changer tout en restant elle-même ? Réponse : parce que nous sommes socialisés. Parce que la société met en place des dispositifs qui ont pour fonction d’assu-rer notre socialisation. La société agit donc sur nous pour faire de nous des êtres sociaux et singulièrement des êtres adaptés à notre société. Mais sommes-nous alors totalement le produit de cette action que la société exerce sur nous ? Nous retombons sur la vieille question du déterminisme et de la liberté. Le concept sociologique de socialisation est au fondement de l’effort entrepris par la sociologie pour apporter des réponses rationnelles, scientifiques aux questions posées ci-dessus. Il arti-cule quatre dimensions que l’on peut résumer comme suit :
Transmission/intériorisation de la culture
Construction des identités
Intégration des individus au groupe
Capacité du groupe à intégrer, à créer du lien
D’une part, il s’attache à comprendre les mécanismes de transmission de la culture, la manière dont les individus reçoi-
1. Émile Durkheim,De la division du travail social, PUF Quadridge,1986.
INTRODUCTION
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vent cette transmission et intériorisent, voire incorporent les valeurs, les normes, les rôles, les schèmes transmis. Ces méca-nismes sont directement liés avec la manière dont les individus construisent leur identité, construisent leur rapport avec leur société, les sentiments d’appartenance à des groupes et l’image de soi qui découle de ce travail identitaire. Enfin, le concept de socialisation cherche à rendre compte de la manière dont les individus sont intégrés dans leur société. Il s’agit de com-prendre par quels processus la société inscrit ses membres dans des réseaux, dans des solidarités. Mais les enjeux d’une meilleure connaissance des méca-nismes et des processus de socialisation ne sont pas des enjeux purement scientifiques. Car connaître ces mécanismes, c’est aussi mieux maîtriser les ressorts de l’action humaine. Les enjeux portent aussi sur l’utilisation qui est faite de ces connaissances. Les sociétés sont composées de groupes sociaux qui ont des intérêts différents. Schématiquement, cer-tains groupes ont intérêt à maintenir l’ordre social pendant que d’autres ont intérêt à le transformer. Ainsi, les sociétés humaines balancent entre le changement et la continuité. L’enjeu est donc bien un enjeu politique dans le sens où chaque camp doit trouver les ressources lui permettant d’être maître du jeu. Ces ressources sont tout d’abord des ressources cognitives. Pour agir sur elles-mêmes, les sociétés ont besoin de se connaître. Elles ont aussi besoin de mieux connaître le fonctionnement mental, cognitif humain. Ces connaissances nourrissent dans la pratique les dispositifs qu’elles élaborent pour se transformer ou au contraire se maintenir donc les dis-positifs de socialisation qu’elles mettent en place. Les modalités de l’action politique dépendent des théories de l’ac-tion humaine que l’on bâtit : elles inspirent des modes d’exercice du pouvoir, des actions qui visent à transformer les comportements, les mentalités. Ainsi, l’école de Jules Ferry – comme nous le verrons – est-elle en partie la conséquence d’une théorie de la socialisation, d’une manière de penser les ressorts de l’action humaine. De même, les actions de propa-gande des régimes totalitaires ne sont rien d’autre que des
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LA SOCIALISATION
applications d’une certaine interprétation des ressorts de l’ac-tion humaine, des rapports entre l’individu et sa société, de la manière dont les individus deviennent des êtres sociaux que la société formate. Que nous apprend la sociologie sur les mécanismes qui sont au cœur de la socialisation ? Notre premier acte consis-tera à poser la vieille question du rapport individu/société et à réexaminer la vieille querelle entre holisme et individualisme. Il s’agira de se demander quelle réponse la sociologie peut apporter à la vieille question de la liberté et du déterminisme : « La socialisation fait de nous des êtres programmés. » Réflexion que nous poursuivrons logiquement en nous inter-rogeant sur les temps de la socialisation : « La socialisation est-elle jouée dès l’enfance ? » Il sera temps ensuite de ques-tionner une problématique qui revient en force dans la sociologie contemporaine – la problématique des identités – et de voir en quoi cette problématique peut être féconde pour comprendre le changement social. Nous nous demanderons « comment se transforment les formes identitaires dans les sociétés contemporaines ». Succéderont à ces trois chapitres, un peu théoriques et généraux, deux chapitres qui nous per-mettront de mettre en pratique les outils conceptuels qui auront émergé, en nous intéressant plus particulièrement à deux instances de socialisation qui sont au cœur de débats contemporains. Nous essaierons de proposer quelques élé-ments de réponse aux questions « la famille joue-t-elle encore son rôle de socialisation ? » et « l’école : une instance de socia-lisation en crise ? ».