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La Société française - Études morales sur le temps présent

De
158 pages

A tout seigneur tout honneur. Par le suffrage universel, les paysans sont les maîtres des destinées de la France. Il est donc de notre intérêt de les bien connaître, afin de savoir ce qu’ils veulent, de pressentir ce qu’ils feront et de prévoir à loisir le sort qu’ils nous préparent. Ce qui frappe le plus, quand on étudie leurs mœurs, c’est qu’il n’y a rien de plus rare chez eux qu’un sentiment politique. Gouvernement parlementaire ou gouvernement personnel, liberté de la presse ou régime discrétionnaire appliqué aux journaux, liberté de réunion ou défense de se réunir, autant de questions qui nous émeuvent, mais qui ne les touchent guère.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Alfred Mézières
La Société française
Études morales sur le temps présent
AM. PHEVOST-PARADOL De l’Académie française CHER MONSIEUR, Je vous dédie ce travail. Qui pourrait parler de la société française, sans songer aux pages éloquentes de laFrance nouvelle ?ne partage cependant ni toutes vos Je opinions, ni toutes vos inquiétudes. Mais je crois comme vous qu’il faut déchirer tous les voiles, que la France a besoin d’entendre la vérité, et j’ai essayé de la lui dire sur son état moral, pendant que vous la lui disiez sur son état politique. Il n’y a du reste qu’un pas de l’un à l’autre, et je l’ai souvent franchi pour vous rencontrer. A. MÉZIÈRES.
AVANT-PROPOS
La société française est ici considérée en général. Je ne m’attache qu’aux traits principaux et, si l’on me reprochait de nombreuses omissions, je répondrais que tous les détails ne peuvent tenir dans un tableau d’ensemble . J’ai fait comme le peintre qui, au lien de copier minutieusement tout le paysage que la nature met sous ses yeux, cherche plutôt à en reproduire l’effet général. Le sujet que j’ai traité m’exposera aussi sans doute à deux reproches très-différents. Les uns m’accuseront de trop d’indulgence, les autres de trop de sévérité. Il y a des gens qui ne pardonnent rien à leur temps, qui le croient pire que tous les siècles précédents et qui se persuadent de bonne foi qu’ils auraient été plus heureux s’ils étaient venus moins tard en ce monde. Cherchez au fond de leur pensée. Vous verrez que d’ordinaire ils s’en prennent à leurs contemporains de leurs propres défauts ou des malheurs que la vie, en tout temps, entraîne avec elle. D’autres, au contraire, s’accommodent de tout, ne voient que le bon côté des choses et s’endorment tous les jours sur le doux oreiller de l’optimisme. Comme rien ne manque à leur bonheur, ils ne s’aperçoivent pas de ce qui manque à celui de leurs voisins ; ils se figurent q ue la vie n’a d’épines pour personne parce qu’elle n’en a pas pour eux. L’éternelle comé die d’Alceste et de Philinte se joue encore sous nos yeux. Ni l’un ni l’autre ne juge équitablement son siècle. Il vaudrait mieux n’en exagérer ni les défauts ni les vertus. A tout prendre cependant, Alceste est plus utile que Philinte. Une haine vigoureuse pour le mal réveille les âmes que trop de complaisance engourdit. S’il fallait absolument encourir un reproche, j’aimerais mieux qu’on m’accusât de charger les couleurs du tableau que de les adoucir. Je l’aurais fait du reste innocemment, sans le voul oir, sans le savoir. Car je n’ai cherché que la vérité. La seule faveur que je deman de au public, c’est de croire à mon impartialité, à mon désir sincère de trouver le vra i et de m’y tenir, sans me laisser entraîner au delà, sans consentir à rester en deçà.
LE PAYSAN
A tout seigneur tout honneur. Par le suffrage unive rsel, les paysans sont les maîtres des destinées de la France. Il est donc de notre in térêt de les bien connaître, afin de savoir ce qu’ils veulent, de pressentir ce qu’ils feront et de prévoir à loisir le sort qu’ils nous préparent. Ce qui frappe le plus, quand on étudie leurs mœurs, c’est qu’il n’y a rien de plus rare chez eux qu’un sentiment politique. Go uvernement parlementaire ou gouvernement personnel, liberté de la presse ou rég ime discrétionnaire appliqué aux journaux, liberté de réunion ou défense de se réuni r, autant de questions qui nous émeuvent, mais qui ne les touchent guère. Il faut e n prendre d’avance notre parti. La majorité des électeurs, cette majorité qui en dernier ressort décide de notre politique par ses votes, s’intéresse infiniment moins à la politique dont elle dispose que la minorité à laquelle elle fait la loi. Quel est donc le mobile principal de la vie, le stimulant de l’activité dans nos campagnes ? Il y en a un qui domine tous les autres, qui met tous les esprits en éveil et tous les bras en mouvement. C’est l’intérêt. Riche, aisé ou pauvre, le paysan français veut acquérir, quand il ne possède pas, et s’il possède, s’étendre, arrondir sa propriété. Il travaille avec une indomptable énergi e pour devenir le propriétaire du sol qu’il cultive, et dans un temps prochain, il le possédera. Ne nous en plaignons pas. C’est une loi juste et in évitable qui s’accomplit. Que de villages déjà dont le territoire se compose de plus ieurs milliers d’hectares, où pas un pouce de terrain n’appartient à d’autres qu’aux hab itants de la commune, où aucun étranger, aucun voisin même ne possède plus rien au jourd’hui et ne pourra plus rien acheter dans l’avenir ! Peu à peu, la terre passe t out entière aux mains de ceux qui travaillent et y restera. La révolution porte là se s fruits naturels et divise sans cesse la propriété jusque-là concentrée dans un petit nombre de familles par le système féodal. Sous ce régime d’égalité, se développent des sentiments très-puissants avec lesquels la politique doit compter, si elle veut s’appuyer sur des indications précises : l’amour du travail, l’esprit conservateur et le goût de l’écon omie. On travaille pour faire rendre à la terre tout ce qu’elle peut donner, on travaille d’a utant plus que le nombre des propriétaires augmentant, celui des mercenaires diminue. Tout ce que deux bras peuvent faire pour améliorer la terre, des millions de pays ans le font chaque année sur toute 1 l’étendue de la France . Si leur intelligence et leur instruction étaient au niveau de leur courage, ils tireraient d’un sol aussi fertile que le nôtre d’immenses richesses. On le voit bien partout où les méthodes nouvelles prévalent, où les esprits s’affranchissent enfin de la routine traditionnelle. Quand la réforme pratiqu e de l’agriculture, jusqu’ici trop restreinte, se sera répandue de proche en proche ju squ’aux villages les plus reculés, la valeur productive de la terre augmentera dans une p roportion inattendue. Ce sera un nouvel élément de force ajouté à ceux que possèdent déjà les habitants des campagnes. L’esprit conservateur se développe en même temps que le goût de la propriété. Tout changement, toute secousse politique inquiète l’homme qui possède et qui n’aspire qu’à augmenter son bien. Il craint de perdre ce qu’il a ou tout au moins de voir s’arrêter la progression de sa fortune. Il a besoin de tranquill ité et de sécurité pour réaliser les projets d’acquisition qu’il nourrit. Une révolution renferme une trop grande part d’inconnu pour qu’il ne s’en effraie pas. Ce mot seul lui fai t vaguement entrevoir une aggravation d’impôts, une augmentation possible des sacrifices que le pays lui demande, un temps d’arrêt dans la prospérité publique, et, ce qui le touche bien plus, dans la sienne. Aucune classe de la société n’a moins de tendances révolutionnaires que la masse des paysans. Ils n’aspirent à un bouleversement social que dans le petit nombre de provinces où ils
tspérance prochaine de s’élever auravaillent encore pour le compte des autres, sans e rang de propriétaires fonciers. Quiconque veut acquérir se condamne nécessairement à l’économie. C’est encore la vertu dominante des campagnards, quoiqu’ils soient devenus en général plus sensibles qu’autrefois à certaines jouissances matérielles, q uoiqu’ils construisent plus commodément leurs maisons et qu’ils habillent avec plus d’élégance leurs femmes et leurs filles. En tous cas, leurs dépenses n’augmentent point dans la proportion de leurs revenus. S’ils s’accordent quelques douceurs que ne connaissaient pas leurs pères, ils vendent en revanche beaucoup plus cher les produits de leur travail, les fruits, les légumes, le beurre, les œufs, les bestiaux que se d isputent Paris, les grandes villes de France et l’étranger. Si on dépense un peu plus dans chaque ménage, c’est qu’on gagne le double de ce qu’on gagnait jadis. En somme, sauf quelques dissipateurs bien moins nombreux au village qu’à la ville, le paysan vit si mplement, à peu de frais. Beaucoup même vivent durement, de privations volontaires, n’ achetant au dehors que les vêtements les plus grossiers et les outils les plus économiques, se nourrissant des produits naturels du sol qu’ils cultivent et de la chair des animaux qu’ils élèvent. Au moment de tirer du fond d’une vieille armoire la pi èce de cinq francs nécessaire à une acquisition, combien hésitent, remettent la dépense à l’année prochaine et finalement y renoncent ! On ne sait pas dans les villes, où les pauvres mêmes n’y regardent pas de si près, combien il en coûte à un paysan de mettre la main à la poche et d’aligner de l’argent devant un comptoir. Avant de se décider à un achat, que de délibérations intérieures, et chez le marchand que d’hésitations, que de précautions pour n’être pas trompé, que d’efforts pour rabattre quelque chose d u prix demandé et obtenir une diminution, fût-ce même la plus minime ! Il faut vo ir le campagnard dans une boutique, aux prises avec le vendeur, pour se rendre compte de ses défiances, de sa ténacité et de sa passion pour l’économie.
1se plaint néanmoins, et avec raison, de l’émigration des campagnards. Mais ceux On qui abandonnent la campagne pour la ville ne sont pas, en général, ceux qui possèdent ; ce sont les journaliers, les manœuvres, obligés de travailler pour le compte des autres, qui émigrent. Le propriétaire ne quitte pas si faci lement le sol qui lui appartient. Il s’y attache au contraire d’autant plus que, ne trouvant point d’ouvriers, il est obligé de le cultiver lui-même.