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LA SOCIÉTÉ MALADE DU CHÔMAGE

Photo de couverture: Benoît LAFOSSE

@ L'HARMA1TAN, 1989 ISBN 2-7384-0476-6

Jacques DENANTES

LA SOCIÉTÉ MALADE DU CHÔMAGE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

On n'a point encore vu de société où les conditions fussent si égales, qu'il ne s'y rencontrât point de riches ni de pauvres; et par conséquent, de maîtres et de serviteurs. La démocratie n'empêche pas que ces deux classes d'hommes existent: mais elle change leur esprit et modifie leurs rapports... ... Déjà la loi et en partie l'opinion proclament qu'il n'existe pas d'infériorité naturelle et permanente entre le serviteur et le maître. Mais cette foi nouvelle n'a pas encore pénétré jusqu'au fond de l'esprit de celui-ci, ou plutôt son cœur la repousse. Dans le secret de son âme, le maître estime encore qu'il est d'une espèce particulière et supérieure; mais il n'ose le dire, et se laisse attirer en frémissant vers le niveau...

A. de Tocqueville - De la démocratie en Amérique Tome 2, 3e partie, chapitre 5.

~

Sommaire

Avant-Propos.

. . . . . . . . .. .. . .. .. . .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. .. . ..

Il
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Introduction..

. . . . ... . . ... . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . ...

Chapitre 1 -Les représentations économiques du chômage et de l'emploi. .... . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . .. Les prévisions macroéconomiques. ............ La productivité qui augmente ou qui n'augmente pas. suivant les emplois.. ......... . . . ... . . . . . . . . . . . . Parmi les emplois stagnants, ceux des services aux particuliers: les emplois de domestiques.. . . . . . . . Mais aussi la dualisation du marché de l'emploi dans certains secteurs comme le bâtiment et les travaux publics. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . D'où il résulte que la solution du chômage est dans la multiplication des emplois précaires. . . . . . . . . .

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21 23 24 27 27 30 31 31 32 33

Chapitre 2 - Les politiques de l'emploi en France et dans
d'autres pays. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La multiplication des emplois précaires. . . . . . . ...

La comparaison avec les pays étrangers: Les Etats-Unis . ... . . . . . ... . . . ... . . . . . ..
Le Royaume-Uni. . .. .. .. .. . . .. .. . .. . .. .. . . . . . . . .

La République Fédérale d'Allemagne. ... . ... La Suisse et la Suède. . . . ... . . . ... . ... . ... . . Le chômage, indicateur d'un sous-développement. ... . . . . . . . . . . ......... ... . . . ... . . ... . ... . . ... .

Chapitre 3 - Une analyse culturelle du chômage et de l'emploi Les limites du modèle économique. ... ... ... . . . . . . Par l'anthropologie, la société analysée dans ses fonctions et dans ses institutions. ... . . . ... . . . ... . .

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Dans l'histoire, les institutions redéfmies comme des structures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Par .la sociologie, les mentalités reconnues dans les effets pervers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Parmi les effets pervers, les prophéties créatrices de leur propre accomplissement. . . . . . . ... . . . . . . . . Les mentalités qui s'expriment dans les significations Une méthode d'analyse du chômage et de l'emploi

37 38 40 41 42 44
47
47

.......................................
4

Pour conclure sur le projet de ce livre. . . . . . . . . .
Chapitre

- Le projetde l'auteur. . . . . . . . . . . . . . . . .

L'administration de mission. . . . . . . . . . . . . .. . . . .
Les problèmes du chômage et l'ACEREP Des formateurs saturés ou précaires. ..........

48 51
53

L'implication de l'auteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pour conclure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 5 - La société structurée par le chômage et par l'emploi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les mesures du chômage et de l'emploi: la dimensi0n du temps. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'emploi stable protégé par la stratification des organisations. ............................. Le chômage de longue durée. . . . . . . . . . . . . . . . . Entre le chômage de longue durée et l'emploi stable: le travail précaire. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . La société française stratifiée par l'emploi et par le ch ômage .................................. En conclusion, des castes qui prennent leur origine dans le système éducatif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 6 - L'origine des structures dans le système éducatif. . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les institutions de l'éducation en France. . . . . . . . Dans le cadre de ces institutions, la traversée du système éducatif par les jeunes. . . ..... . . . . ... . . .... D'autres institutions et d'autres fonctionnements dans d'autres pays. . . ... . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . En France, les mécanismes de l'orientation qui préparent la ségrégation.. . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . De nouveau la comparaison avec d'autres pays: l'éducation continuée durant la vie active. . ... . . .

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57 57 59 60 61 63 64 67 68 70 72 73 74

8

La signification de l'intelligence, celle de l'échec

scolaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La signification de l'éducation. ................

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En conclusion. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .
Chapitre 7 - Les significations de remploi et du chômage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . Du travail, des emplois, des situations. ........

Précarité,mobilité ..........................
Chômage, échec. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le double sens des mots: les contradictions du discours et de la réalité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pour conclure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 8 - Une analyse culturelle du travail noir. . . Les fonctions économiques du travail noir. . . . . . Des significations qui s'opposent .Un «état de dérèglement et d'anomie» ..... .La souplesse nécessaire à l'économie .L'aventure, la liberté, la transition vers un emploi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Un réseau d'échanges, de production et d'insertion sociale: l'apparition de structures dans le système relationnel maghrébin en Provence
En conclusion, que faire du travail noir?

81 81 83 85 86 88 91 92 94 95 96 97 99
103 104

........

Chapitre 9 - Connaître et faire connaître pour impliquer Pour le travail noir, chercher la connaissance qui permette deposer les problèmes. . . . . . . . . . . . .. Pour le chômage de longue durée, améliorer la connaissance des situations et rechercher l'implication des chômeurs dans les mesures qui les concernent La précarité qu'il faudrait défmir et mesurer. . . . La connaissance des structures qui assurent la pro-

105 107
108

tection des emplois stables.

. . . . . . . . . . . . . . . . ..

.Les « corpS» de l'administration. . . . . . . . .. .La citoyenneté dans les entreprises. . . . . . .. L'utopie d'un autre choix, celui du mouvement et
.
.

108 109

de la solidarité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110 Ceux qui parlent et qui agissent, et qu'il faudrait impliquer. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. III Pour conclure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

9

Conclusion.

. . Il. . . . . . . ..... ... ... . . . . .. . . ... . ... .

115

Annexe 1 :L'emploi et le chômage. - Évolution et perspectives . ... . . . ... . ... . . . . Il. . 119
Annexe 2 : Les mesures de l'emploi et du chômage.

- La dimension du temps. . . .. . . . . . . ... . . . . ..
Annexe 3 : Les relations entre l'éducation et l'emploi ou le chômage. . . . . . . . . . ....... . ..... ..... . ... . ... ..

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Avant-propos

Nous pouvons dire que Jacques Denantes, avec son livre « les jeunes et l'emploi », publié en 1987, a ouvert la voie aux contributions qui vont s'inscrire dans la collection Pour emploi. Il y tirait les enseignements dégagés d'un engagement de 14 années consacrées, à la tête de l'ACEREP, avec une équipe de professionnels, à promouvoir l'insertion professionnelle et sociale de jeunes en difficulté. La collection Pour l'emploi répond à un objectif précis: « faire connaître les pratiques innovantes, les acquis méthodologiques, les enseignements dégagés de l'action» à to'us ceux qui, sur les chantiers les plus divers, sont susceptibles d'apporter une contribution à la création et à la valorisation des emplois, producteurs de plus-value matérielle ou immatérielle. Le présent ouvrage de Jacques Denantes ne répond pas complètement à un tel objectif, dans la mesure où sa perspective est plus globale, « plus sociétale », pour reprendre une expression en vigueur auprès des sociologues. Il nous rappelle que seuls les emplois offerts dans les activités à productivité stagnante sont susceptibles d'accroissement notable. Or il s'agit pour une large part d'emplois précaires, peu gratifiants. Mais il va plus loin. Il nous montre que ce sont les seuls emplois, aujourd'hui, accessibles aux jeunes en situation d'échec à la sortie du système éducatif. Et cette situation est grosse d'un processus cumulatif qui conduit le plus souvent, en tout cas trop souvent, à la marginalisation. Cet ouvrage dérange: - parce qu'il nous rappelle que le risque d'une société à « deux vitesses» devient une évidence; parce que si « l'emploi va mieux» et tout le monde ne peut que s'en réjouir, « l'employabilité » d'une partie importante de la population active potentielle reste hypothétique;

Il

- parce qu'il ne propose pas de « solutions », notre imagination collective étant à cet égard encore insuffisante, même si la prise de conscience devient plus forte et si les microréalisations de terrain sont parfois admirables ; parce ques « les entreprises », ne peuvent pas, seules, porter la responsabilité de ce problème, mais on sait qu'elles ont un rôle à jouer dans les évolutions à venir. Cet ouvrage est un ouvraged 'opinions. Il n'estpasnécessairede les partager toutes pour le lire; l'auteur, dont l'honnêteté intellectuelle n'est plus à démontrer, ne prétend pas détenir la Vérité '; personne ne la détient d'ailleurs sur un tel sujet! Si la lecture de cet ouvrage permet l'ouverture d'une réflexio~dedébats,ycompriscontradictoires, d'échanges plus ouverts..., il aura atteint son :objectif et nous pourrons en remercierJ. Denantes.

Dominique Thierry Délégué Général de l'Association
DÉVELOPPEMENT & EMPLOI

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Introduction

Il y a en France, depuis 1985, deux millions et demi de chômeurs, dont presque un million de moins de vingt-cinq ans. Leur effectif est mesuré tous les huit ans dans un recensement qu'on actualise chaque année par une enquête sur échantillon et qu'on recoupe avec les statistiques de l'Agence nationale pour l'emploi. Jusqu'en 1987, il augmentait régulièrement d'une année sur l'autre, puis il est devenu étale et a même diminué en 1988. Mais quand on fait l'analyse détaillée de chaque enquête, on voit que ne cessent de décroître, depuis quelques années, les « formes traditionnelles d'emploi », c'est-à-dire les emplois salariés, à temps plein, sous contrat de durée indéterminée, qui, depuis 1982, chaque année, disparaissent à un rythme moyen de 180.000 par an. (1). La diminution récente du nombre des chômeurs résulte seulement de l'augmentation des emplois « atypiques» que sont le travail à temps partiel, les contrats de durée déterminée, les contrats d'intérim et tous les stages d'insertion professionnelle. C'est dans ces emplois que se fait maintenant la majorité des embauches. Dans notre société en pleine mutation, il apparaît possible d'en favoriser presque sans limites la multiplication, à condition d'assouplir la réglementation du travail comme l'ont déjà fait les Anglais ou comme cela a toujours été aux Etats-Unis: c'est ce à quoi aboutissent les politiques de l'emploi qui, pour favoriser l'insertion, baissent le niveau du salaire minimum, diminuent les charges sociales et facilitent les engagements de durée déterminée. De plus en plus, ces emplois « atypiques» apparaissent seuls accessibles aux jeunes terminant leur scolarité avec peu ou pas de qualification. Certains disent qu'il n'y a plus assez d'emplois stables et que, dans la compétition, il est normal qu'ils reviennent aux plus instruits. D'autres pensent même qu'il faut maintenant, pour être compétitif, réserver les emplois stables à ceux qui ont acquis un bon niveau de formation 13

générale: ceux qui ne l'ont pas doivent se résigner aux emplois précaires. Ce qui est sûr, c'est que la sortie du système éducatif marque les jeunes d'un niveau qui déterminera s'ils peuvent ou non accéder aux emplois stables. Or, pour la majorité des jeunes, la scolarité ne va pas audelà des cycles courts de l'enseignement secondaire, ce qui n'est maintenant plus suffisant à donner sûrement cet accès. Ce sont en effet les emplois stables de ce niveau qui disparaissent. Il reste les emplois précaires: on en comptait deux millions lors du recensement de 1982 ; on évalue en 1988 leur nombre à trois millions (1) et la croissance vraisemblablement se poursuit. C'est ainsi que la société organise la ségrégation, réservant les emplois stables aux mieux instruits et vouant à la précarité les autres, qui pourtant sont moins armés pour en sortir. Il n'existe aucun raisonnement économique qui rende compte de cela. Les emplois sont représentés par leur coût et par la valeur que le travail ajoute aux productions. Ils sont uniformément traduits en argent, celui des salaires et des charges sociales et celui de la valeur ajoutée, mais nulle part n'est prise en compte la nature du contrat de travail ni la relation, bonne ou mauvaise, que peut avoir chacun avec son emploi. Il en est de même pour le chômage représenté par le coût de son indemnisation: rien ne permet de savoir si cette dépense sert à faciliter une transition entre deux emplois ou seulement à maintenir un revenu à des gens qui jamais ne réussiront à retrouver du travail. Pour les modèles économiques et pour les comptabilités d'entreprises, il est commode d'assimiler le travail et l'assistance à des dépenses et les produits du travail à des revenus, mais on n'a, par ce moyen, qu'une vision tronquée des problèmes de l'emploi et du chômage: il est évident qu'on ne peut traduire en monnaie les raisons qui incitent à travailler ou celles qui empêchent de trouver un emploi. Comment représenter la peur, l'intérêt, l'ambition ou l'enthousiasme? Bien qu'elles servent à fonder les politiques de l'emploi, les représentations économiques du travail et du chômage sont extrêmement sommaires, comme si un médecin n'avait que les températures des malades pour faire ses diagnostics. Cela est grave, car non seulement notre connaissance des problèmes s'en trouve amputée, mais il en résulte des biais, de véritables angles morts, qui voilent notre perception et nous empêchent d'avoir conscience qu'il existe des problèmes. C'est de cela que je voudrais traiter dans cet ouvrage. 14

f'

L'emploi n'est pas seulement des salaires qu'on échange contre du travail. Au-delà des fluctuations inévitables de cet échange, il y a une pérennité fondée sur des institutions, des règles, des coutumes et des mentalités. Les institutions: entreprises, administrations, législation du travail,... assurent la continuité de l'emploi. Pour les chômeurs, il y a l'ANPE (2), les ASSEDIC (3) et diverses charges imposées aux entreprises. Au-delà de ,ces institutions, il ya des règles, des usages et des mentalités qui, ensemble, forment les structures de l'emploi et du chômage, comme une sorte de casier où chacun a sa place et se voit étiqueté: cadre, non-cadre, fonctionnaire, titulaire, contractuel, auxiliaire, temporaire, vacataire, intérimaire,chômeur de transition, chômeur de longue durée, chômeur sans domicile flXe...La case protège lorsque son étiquette est bonne, mais elle donne sa marque à ceux qui l'occupent et maintie'nt l'exclusion quand cette marque signifie une incapacité. On trouve en général écrit sur les étiquettes le niveau de fin d'études, lequel est le résultat d'une sélection qui, depuis l'école primaire et tout au long de la scolarité, « oriente »ceux qui divergent de l'unique voie de la réussite scolaire. Nous avons vu que, pour les« orientés» très tôt, il n'y avait d'autre voie d'entrée dans la vie active que la précarité. Cela pourrait n'être qu'un temps de transition, un purgatoire en attendant de pouvoir, devenu adulte, passer à nouveau les examens et les concours. Mais notre société attribue à l'échec scolaire la signification d'une carence absolue. Le niveau d'excellence garanti par l'école est la mesure de notre valeur. Ceux qu'elle a mis en situation d'échec doivent s'y résigner, car la société a rendu public cet échec et ils en seront marqués leur vie entière. Il arrive ainsi qu'étant confrontés aux nécessités d'un changement rapide, nous en rejetions le poids sur ceux que l'éducation a marqué du signe de l'échec. Car le chômage aussi signifie l'échec, et il n'est pas étonnant qu'on y retrouve les mêmes. A qui la faute s'ils ont perdu leur travail et ne savent pas en retrouver? Eux-mêmes baissent la tête quand la question leur est posée. Bien sûr il faut les aider à survivre: c'est un devoir de solidarité et peu de gens accepteraient des discours où elle serait ouvertement refusée. Mais cette solidarité s'exerce dans un cadre rigide, d'abord conçu pour maintenir et protéger les situations acquises. On octroie à grand bruit un revenu minimum aux 500 OOOpersonnes vivant en situation de grande pauvreté, mais on ne mentionne pas les 15

4 ou 5 millions qui, enfermés dans la précarité, sont en grand danger de les rejoindre. A l'écart, hors des cases, il yale travail noir. Il est sans étiquette parce que tout le monde à la fois le réprouve et l'utilise. Il ne donne pas de marque à ceux qui, prestataires ou donneurs d'ordre, le pratiquent, mais il a pour eux beaucoup de significations différentes: il est tantôt le service qu'on rend ou qu'on reçoit à bon compte, tantôt l'exploitation sans vergogne de ceux qui n'ont aucune défense; il arrive même qu'il soit la prise en charge clandestine d'une solidarité par une communauté d'exclus. Et ce dernier cas nous intéresse parce qu'il peut nous indiquer un moyen de combattre l'exclusion autrement que par l'assistance. Il s'agirait d'impliquer beaucoup plus chacun à la fois dans son destin et dans celui des autres. Ceux qu'on assiste sont marqués de leur dépendance.; ils s'en sortiraient probablement mieux s'ils pouvaient devenir maîtres d'œuvre et gestionnaires des aides qui leur sont destinées. Or la responsabilité de ces aides est du ressort d'u.ne élite totalement protégée de l'exclusion et de la précarité: les systèmes de solidarité qu'elle met en œuvre, parce qu'ils la laissent extérieure aux problèmes, ne font que renforcer cette protection. Peut-on changer cela? Qui pourrait le décréter? Personne évidemment. On peut seulement éclairer ce fonctionnement et rendre explicite ce qui paraît aller de soi: les structures qui mettent en marge les emplois précaires et celles qui protègent les emplois stables, les significations du chômage et de la précarité, enfm les privilèges que confère la haute éducation. Voilà le projet de ce livre qui, pour convaincre ou du moins provoquer, va s'efforcer de souligner et de présenter en gros plan tout ce que je pourrai trouver à l'appui de ma thèse, au risque souvent de me voir reprocher l'absence de nuances. Le problème est grave; même si les chiffres du chômage diminuent, les clivages sociaux ne s'atténueront pas et notre société accentuera ses divisions si elle refuse de se pencher sur ce qui les détermine.

16

NOTES

(1) Économie et Statistiques, n° décembre 1988, article de M. Cézard et J. -L. Heller et annexe 1. (2) Agence nationale pour l'emploi. (3) ASSEDIC: Organisations de statut paritaire qui gèrent, au niveau départemental, les régimes d'assurance chômage.

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