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La Socio-Économie des Territoires

De
348 pages
Cet ouvrage collectif réunit un ensemble de textes portant sur quelques aspects des théories et pratiques du développement local. Les analyses et descriptions d'expériences proposées par les auteurs s'inscrivent dans une montée en puissance des dynamiques territoriales face à l'échec des politiques macro-économiques décrétées exclusivement par le paradigme du marché. Contrairement aux discours légitimant la globalisation qui dépossède l'homme concret de sa capacité à agir sur les évènements, cet ouvrage collectif vise à asseoir une nouvelle vision du monde dans laquelle l'économie serait au service de l'homme.
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Hassan

Zaoual (ed.)

La socio-économie

des territoires

Expériences et théories

EditionsL'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan lN C 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Remerciements
Les textes publiés dans cet ouvrage collectif résultent d'un colloque international organisé par le Groupe de Recherche sur les Economies Locales - GREL - de l'Université du Littoral Côte d'Opale (Dunkerque) sur le thème Les dynamiques du développement local, le 23 mai 1997. La publication de cet ouvrage n'aurait pas été possible sans

-

la contribution financière de l'Université du Littoral

- Côte d'Opale.

Le Directeur du GREL et les auteurs expriment pour cela leurs remerciements au Président de l'Université qui marque ainsi sa volonté de développer des recherches interdisciplinaires dans les sciences sociales. Ils remercient également Monsieur Henry Panhuys ainsi que Madame Nadine Lefebvre du Bureau Lefebvre à Bruxelles qui ont assuré avec compétence et motivation le travail de préparation du prêt-à-clicher de l'ouvrage.

SOMMAIRE
INTRODUCTION: Les dimensions relationnelles du développement local

H. ZaouaI
CHAPITRE 1 : Les sites et l'attraction du capital S. Bazin, B. Kherdjemil

13

25

CHAPITRE 2 : Quelles définitions locales pour le local? P. Macaigne

39

CHAPITRE 3 : Infrastructure de transport et développement local

C. Blanquart
CHAPITRE 4 : La dynamique du développement local Approche prospective et stratégique de l'Arc Manche-Mer du Nord à l'horizon 2015

59

J. Moulhade
CHAPITRE 5 : La coopération transfrontalière comme révélateur des dynamiques politiques et institutionnelles du développement local. Réflexions à propos d'une comparaison franco-anglaise M. Breuillard

73

95

CHAPITRE 6 : Projets et logiques d'acteurs: les dilemmes de l'évaluation de l'action collective

K. Louizi
CHAPITRE 7 : Développement local et environnement: la régulation par les contrats et conventions de développement patrimonial E. Torres

115

129

CHAPITRE 8 : L'émergence de nouveaux modèles de développement touristique. Le cas espagnol

P. Cuvelier
CHAPITRE 9 : Le développement des services de proximité: vers une économie plurielle? Le cas de la Belgique.

163

M. Nyssens
CHAPITRE 10 : Le développement économique solidaire en Europe: théorie, pratique et perspective C. Demazière

177

205

CHAPITRE Il : Finance solidaire, régulation sociale et développement local

E. Roussel
CHAPITRE 12 : Libéralisation économique et coopération: une approche par le développement local en Chine

231

F. Chavy

261

CHAPITRE 13 : Système de valeurs, normes et performances des organisations économiques africaines A. Longui

.!79

CHAPITRE 14 : Du national au local: les politiques africaines de développement sanitaire. L'expérience du Bénin B. Boidin

293

CHAPITRE 15 : Marginalisation de systèmes productifs agricoles et aporie du développement local. Le cas du Banda-Yakpa de la région d'Alindao (RCA)

B. Lallau
LES AUTEURS

319

341

TABLE DES MATIERES

343

Introduction
LES DIMENSIONS RELATIONNELLES DU DEVELOPPEMENT LOCAL
Hassan ZAOUAL Directeur du OREL

Cet ouvrage collectif regroupe un certain nombre de textes issus du programme de recherche que mène le G.R.E.L. (Groupe de Recherche sur les Economies Locales, laboratoire de recherche de l'Université du Littoral Côte d'Opale à Dunkerque). Le thème retenu dans ce travail collectif est celui du Développement local. L'intérêt de cette publication réside dans sa variété dans la mesure où il s'agit, avant tout, de la description d'une série d'expériences concrètes qui révèlent la montée en puissance tant au Sud que dans le Nord des territoires dans le domaine économique. Le pouvoir de régulation économique et sociale des ,pouvoirs publics étant laminé par la mondialisation, les acteurs économiques sont de plus en plus tentés d'ancrer leurs activités dans des formes de vie économique locale. Ils expérimentent ainsi des réponses à la crise qui allient les processus économiques aux contingences des contextes locaux, d'où la nécessité pour l'analyse économique de s'ouvrir aux pratiques de terrain et à la grande variété des facteurs de la vie sociale qui conditionnent la réussite ou l'échec des politiques et des projets économiques. Ce double impératif explicite le libellé de cet ouvrage: La socio-économie des territoires. Expériences et théories. A l'image des expériences de développement dans les pays du Sud, les expériences de restructuration économique dans les

-

13

vieux pays industriels indiquent clairement les limites d'une approche strictement économique. Les trajectoires, les cultures, les règles, les conventions, les traditions industrielles, les métiers, les savoir-faire, etc, jouent un rôle, encore ignoré par le réductionnisme du paradigme économique dominant qui limite son éclairage aux mécanismes du marché. Ce sont ces mêmes dimensions qui sont réhabilitées dans l'ensemble des contributions de cet ouvrage. Cet effort d'ouverture des auteurs, ici réunis, s'accompagne d'une complexité dans la manière d'aborder le local comme objet de recherche pour les sciences sociales. C'est ce qu'indiquent d'ailleurs, les premiers textes de cette publication. A ce sujet, soulignons l'esprit des contributions comme celle de Sylvie Bazin et Boukhalfa Kherdjemil. Ceux-ci mettent en évidence l'importance des sites symboliques d'appartenance des acteurs dans le dynamisme économique d'un milieu donné (chapitre 1). Ce faisant, ils rattachent les pratiques économiques et l'intensité de l'attraction d'un territoire sur les investissements aux registres sociaux du lieu. Cette approche transversale montre ainsi, qu'en dernière instance, l'efficience d'une organisation territoriale, entité dynamique, réside dans la manière de mobiliser et de coordonner les acteurs autour d'un sens commun auto-produit, source de synergie locale. Cette prise en compte des ressources humaines au sens large (cultures de sites, normes, règles, compétences etc.) indique bien la voie à suivre en matière de développement des territoires. L'offre de sites au capital est, en conséquence, à la fois économique et sociale. Il n'y a pas la moindre séparation à faire en la matière. En ce sens, l'approche des deux auteurs est une dé-construction du discours économique monodisciplinaire. C'est cette même complexité du mode d'existence des phénomènes économiques à l'échelle locale qui est mise en avant dans le texte de Pierre MacaigD.e(chapitre 2). En effet, cet auteur dévoile la relativité de la notion de l'objet local dans le domaine de l'analyse économique du développement. L'esprit de ce questionnement nous rappelle ainsi ce que les physiciens et les savants des autres sciences de la nature ont déjà découvert. L'objet de l'observation dépend étroitement du poste d'observation. Cette difficulté est encore plus manifeste pour les sciences de l'Homme dans la mesure où leurs concepts sont fortement entachés par les visions du monde où ils ont été forgés. Point d'observation sans 14

concepts ou théorie! Dans le domaine du développement local, c'est donc la vision et la perception des acteurs concernés qui délimitent l'horizon de l'espace local. L'échelle en question peut s'exprimer dans une pluralité d'entités plus ou moins imbriquées: régions, localités, intercommunalités, réseaux d'organisations locales, villes, villages, quartiers, secteurs d'activités, etc. En somme, le local est pluriel et paraît ainsi faufilant. En conséquence, la prise en compte de la perception et de la définition du local par les acteurs euxmêmes est primordiale afin de pouvoir mieux les situer et les accompagner dans leurs efforts d'adaptation et d'évolution par rapport à ce qu'ils considèrent, eux-mêmes, être leur environnement extérieur. C'est cette même ouverture aux pratiques des acteurs qui est au centre de la démarche que nous propose Corinne Blanquart sur le thème des relations entre les infrastructures de transport et le développement local (chapitre 3). Elle montre bien que le phénomène du transport est irréductible à de simples entités matérielles (routes, auto-routes et voies de communications multiples: tunnels, ponts, ports, aéroports etc.). Dans la perspective de cette contribution, les infrastructures de transport sont une matérialisation des réseaux et des stratégies qu'entretiennent les acteurs d'un territoire entre eux et avec leur monde extérieur. Du point de vue de la dynamique intrinsèque à un territoire donné, l'auteur met en évidence les multiples visages de la notion de proximité en insistant sur sa structuration organisationnelle. Ce qui préfigure l'importance que l'auteur accorde aux paradigmes de l'économie de réseau dans le développement local. Le primat est ainsi donné à la proximité circulatoire, donc relationnelle, sur la proximité spatiale. Cette proximité de sites au sens d'une cosmovision commune et d'une densité organisationnelle flexible entre les acteurs est ici restituée par un schéma résiliaire. En somme, l'auteur, à partir de l'expérience de la région Nord Pas-de-Calais, démontre que le rôle et l'évolution des systèmes de transport peuvent être explicités, de manière pertinente, par une approche interactionniste. Ce qui rompt avec le déterminisme de l'analyse néoclassique en la matière. Cet ouvrage comprend deux autres contributions sur cette même région du Nord de la France. Joël Moulhade et Michèle Breuillard nous proposent, en effet, une.exploration des dynamiques 15

territoriales du Littoral. Le premier nous expose une prospective sur L'arc Manche Mer du Nord à l'horizon 2015 (chapitre 4). A l'aide de la méthode des scénarios, l'auteur identifie cinq bifurcations possibles pour le devenir de cette euro-région. Tandis que Michèle Breuillard analyse finement les différences et les similitudes entre les localités du Dunkerquois, du côté ftançais, et de Thanet (le Kent), côté anglais (chapitre 5). Ces deux sous-régions ont pour première caractéristique commune d'être des zones industrielles en déclin (vieilles industries, taux de chômage élevés, statut de pôle de conversion ou d' assisted area, etc.) et d'avoir une situation géographique potentiellement enviable (centre de l'Europe, proximité du Tunnel sous la Manche, etc.). Au-delà de ces similitudes, l'auteur met en évidence les singularités institutionnelles de chacun de ces deux territoires européens. Le Littoral ftançais demeure une zone à décentralisation limitée avec un éparpillement des acteurs locaux comme des communes. Ce qui amoindrit les synergies locales. Tandis que du côté du Kent, l'ancrage local traditionnel des institutions britanniques n'a 'pas empêché un progrès en direction de la mise en place de structures de coopération intercommunale. Tout compte fait, l'intérêt du texte de Michèle Breuillard est de souligner les spécificités des modes de réaction de chaque territoire face à une situation économique et un parcours industriel en apparence similaire. Ce qui met en évidence l'importance des particularités de chaque contexte d'action face à des politiques publiques tentées par un même modèle unique d'intervention. C'est ce même ancrage des faits économiques dans les contextes d'action locale que l'on peut déceler dans la contribution de Khalid Louizi (chapitre 6). Ce dernier, quant à lui, illustre les multiples imbrications des faits de société avec la vie économique à travers l'évaluation des projets de territoire. Rompant aussi avec le déterminisme des conceptions dominantes du développement, l'auteur souligne la nécessité qu'ont les décideurs d'adopter une évaluation pluraliste multidisciplinaire. des projets relevant de l'action collective. Autrement dit, le développement local est irréductible à une industrie de projets parachutés. L'élaboration, l'exécution et l'évaluation des projets des politiques publiques sont ici réhabilitées dans leurs dimensions participatives. C'est cette pédagogie de l'accompagnement qui l'amène à mettre en évidence 16

l'importance des croyances et des normes communes des acteurs concernés par une mutation de leur situation. Ce qui le conduit à défendre une des principales notions de la méthode des sites: la rationalité située ou auto-construite localement par les acteurs du site. Il illustre ainsi l'importance des systèmes de représentation et de motivation des acteurs dans les processus économiques localisés. Ce relativisme paradigmatique prenant en compte la subjectivité des acteurs locaux est concrétisé dans la démarche de l'auteur par la pertinence de la notion de Système Ouvert d'Aide à la Décision (SQUAD). L'apport des analyses économiques qui s'ouvrent sur les autres dimensions du social est aussi au centre du dispositif de la démonstration que nous propose Emmanuel Torres sur la régulation locale des antagonismes entre les impératifs de l'économique et les incontournables contraintes écologiques (chapitre 7). En effet, à partir de l'expérience du bocage boulonnais (un petit pays géographique du Littoral du Pas-de-Calais), l'auteur met en valeur la pertinence d'une démarche qui associe les perspectives paradigmatiques des théories des conventions et du développement local. Ce faisant, il cherche à donner un caractère territorialisé et opératoire à la vague notion de développement durable. Il démontre ainsi qu'un développement local durable (D.L.D.) n'est concevable et réalisable dans les faits qu'avec une adhésion des acteurs du territoire en question. Ce qui présuppose une vision commune autour d'un certain nombre de conventions et de modes de coordination garantissant un équilibre entre les activités des terroirs (agriculture, tourisme, activités de transformation, etc.) et les impératifs des écosystèmes locaux.. La survie du district patrimonial tant du point de vue économique qu'écologique est à ce prix. Les arguments de l'auteur dévoilent ainsi que le D.L.D. est un construit social qui se fait par le bas. Sa transcription dans les faits présuppose donc la mobilisation des individus et des organisations locales autour des valeurs et des repères collectifs du site. Ce sont ces mêmes entités sociales que néglige l'individualisme ,méthodologique du modèle néoclassique, lequel s'est aussi approprié, par simple extension du paradigme du marché, la question de l'environnement. La perspective patrimoniale d'Emmanuel Torres est prolongée dans un tout autre domaine par celle de Pascal Cuvelier, celui du tourisme dont la conjoncture évolue en faveur d'un tourisme 17

post-fordiste (chapitre 8). A partir de l'exemple espagnol, l'auteur nous décrit la crise du mégatourisme, le tourisme de masse destructeur de ses propres ressorts. En effet, ce tourisme de par les dimensions qu'il acquiert et, pour cause, la rentabilité immédiate, est dévastateur des sites d'accueil tant au plan de la culture qu'au plan de l'écologie. Ce qui, en fin de compte, contribue, à terme, à son propre déclin. De nos jours la demande touristique tend, en effet, à se reporter sur des produits de qualité qui intègrent d'autres relations à la nature, à la culture, au patrimoine etc. Ce qui conduit à une approche plus flexible de ce marché dont les motivations profondes expriment une mutation dans les valeurs. C'est dans cette perspective que l'auteur souligne que le patrimoine (objets, produits, lieux, monuments, cultures, traditions etc.) est un enjeu capital pour le développement local. Le rôle régulateur que jouent les entités sociales comme les valeurs et les normes de la vie collective resurgit dans l'interprétation que Marthe Nyssens fait de l'économie de services de proximité (chapitre 9). A son tour et à partir de l'expérience de la Belgique, elle identifie les défaillances du paradigme de l'économie de marché et nous décrit les réponses auto-organisées à ces impasses pratiques et théoriques que mettent en œuvre les acteurs du secteur associatif Ces derniers font preuve d'un entrepreneuriat social qui tire son dynamisme d'une proximité subjective. Cette économie solidaire relationnelle se constitue, généralement, sur la base de réseaux locaux pouvant être très hétérogènes (bénévolat, usagers, travailleurs sociaux, associations, collectivités locales etc.). L'auteur souligne que l'efficience de ces organisations dépend des modes de gouvernance choisis, un plaidoyer pour une démocratie locale plurielle. Dans la démarche de l'auteur, ces formes institutionnelles sont synonymes d'une capacité à gérer des équilibres économiques, financiers et sociaux dans la diversité. Ces conditions ne sont possibles, une fois de plus, que par l'institution d'un sens commun partagé par les acteurs en présence. Ce construit social se fait par rapprochement progressif des situations, des itinéraires et des profils, souvent singuliers, des individus et des groupes d'acteurs concernés. Ces organisations qui expiiment une impulsion réciprocitaire (circulation de services) vont au-delà du clivage marchand/non marchand, Etat/marché, bref des catégories de la pensée économique traditionnelle. Elles conjuguent le marchand et le non marchand, le 18

privé et le public en vue d'une finalité sociale définie localement par les acteurs. En ce sens l'économie solidaire est porteuse de formes d'auto-organisation situées, donc singulières et variées selon les contingences des espaces concernés. Elle est donc, par nature, rebelle au cadrage classique. Cette économie de la dissidence se retrouve illustrée par la contribution de Christophe Demazières qui nous décrit la montée en puissance des pratiques du développement solidaire en Europe (chapitre 10). Alliant une réflexion théorique et l'action sur le terrain, l'auteur montre le caractère hybride de ce tiers-secteur. Les initiatives de développement solidaire touchent toutes les activités et fonctionnent sur des modes dont la rationalité échappe au modèle standard. Autrement dit, l'économie de màrché globale est dans l'incapacité de traiter correctement les conséquences de son propre mode de fonctionnement: désertification industrielle, chômage de masse, exclusion, pauvreté, anomie, etc. La régénération des sites abandonnés présuppose, et c'est ce que montrent les microexpériences décrites par l'autéur, de nouvelles approches multidimentionnelles des situations. Ce qui renoue avec le caractère pluri-disciplinaire de l'ensemble des textes de cet ouvrage collectif. C'est ce même souci que l'on retrouve dans l'article d'Eric Roussel qui porte sur la finance solidaire (chapitre Il). Adoptant le principe de l'éclairage en retour, l'auteur examine d'abord les modes de fonctionnement des organisations financières informelles dans les pays du Sud (expériences des tontines arncaines, de la Grameen Bank) et opère, ensuite, un rapprochement avec les pratiques des acteurs du crédit coopératif des pays industrialisés (France, Québec, Pays-Bas). Dans cette Nouvelle Economie de la Fraternité, Eric Roussel décèle l'importance des valeurs de cohésion et des normes sociales des groupes de populations concernés par le financement alternatif Ce qui le conduit à adopter les grilles de lecture théorique de la démarche des sites qui ne sépare pas les pratiques des acteurs de leurs systèmes de représentation, en fin de compte, de leurs contextes locaux. Dans un tout autre continent, Frédéric Chavy met en évidence, à travers l'expérience chinoise, le rôle des institutions et des réseaux d'acteurs dans le dynamisme économique des Zones Economiques Spéciales (ZES) de Chine et de Hong Kong (chapitre 12). L'auteur commence par situer le contexte de son approche: si la 19

er rétrocessionde Hong Kong à la Chine populaire le 1 juillet 1997a

été, certes, un grand événement politique de portée mondiale, l'intégration économique entre les ZES et Hong Kong était, déjà, en marche depuis longtemps. Ce phénomène d'interdépendance, à la suite, des réformes économiques en Chine populaire s'était même accéléré depuis deux décennies. La densification des relations ..d'échanges et de sous-traitance industrielle entre les ZES et l'économie hong kongaise est telle que, pour l'auteur, nous avons affaire, au plan géographique et organisationnel, à un véritable territoire économique intégré. En s'appuyant sur les théories du développement local, Frédéric Chavy met en évidence le rôle des institutions et des mécanismes hors marché qui président au dynamisme de cette région du monde. Il illustre ses propos par la pratique du guanxiwang (une chaîne de relations assurant une cohésion de groupe) et les diverses formes de solidarité et de normes qui sont au cœur des modes de fonctionnement .des communautés chinoises de Chine, de Hong Kong et de la diaspora chinoise présente dans les autres pays d'Asie et dans le monde. L'ensemble de ces règles sociales garantit une confiance dans les transactions économiques, une souplesse des réseaux de traditions chinoises et des stratégies flexibles d'investissements dans toute la sous-région, voire dans le reste du monde. _ Enfin, les trois dernières contributions portent, quant à elles, sur des expériences africaines. La première étude qui fait référence à l'Afrique est celle d'Adrien Longui (chapitre 13). Ce dernier, en combinant les apports récents du management des organisations et des entreprises avec ceux des théories des conventions et du développement local met en évidence le caractère erroné des catégories et des modèles transposés d'un espace à un autre. Cette problématique ~ppliquée à l'entreprise africaine lui permet de -déconstruire les modèles standard en économie et en gestion et de mettre en relief la nécessité qu'ont les acteurs de chaque situation de forger leurs systèmes conceptuels de référence et d'identifier sur le plan opérationnel les modes d'organisation les plus adaptés au site sur lequel ils évoluent. Ce dévoilement critique des paradigmes mécanistes laisse entrevoir toute l'importance que les travaux du GREL donnent aux croyances, aux normes et aux coutumes en vigueur dans chaque territoire humain. Et, les réalités africaines, ici celles des entreprises formelles 20

ou informelles africaines, révèlent, en grandeur nature, la pertinence paradigmatique d'une approche par métissage des concepts, des modèles et des pratiques. C'est à l'intérieur de ces univers interactifs qu'il devient impératif de forger des théories flexibles et cohérentes. C'est le grand défi de cette fin de siècle. La seconde contribution, celle de Bruno Boidin, a pour objet de présenter la portée et les dilemmes de la décentralisation des services sanitaires à partir de l'expérience du Bénin (chapitre 14). De manière plus précise, l'auteur prend appui sur un cas empirique représentatif du développement local sanitaire en milieu rural: le Centre Régional de Développement de la Santé de Pahou (CREDESA), au sud du Bénin. Tout en soulignant les avantages apportés par ce projet, vieux de dix ans, aux populations locales (prise en compte des besoins sanitaires locaux, réponse de proximité aux besoins de santé de base de la population, meilleure prévention, recrutement local en phase avec les affinités du milieu, impulsion économique et sociale pour le site d'accueil, etc.), l'auteur nuance le bilan de cette micro-expérience locale de santé publique. En amont de cette institution hospitalière, il met, en effet, l'accent sur les insuffisances en matière de recouvrement de ses coûts de fonctionnement et d'investissement. Cet échec relatif résulte d'une politique de tarification incompatible avec les ressources financières de la grande majorité des populations de la contrée. Cette contrainte financière met en évidence les limites de la privatisation rampante des services publics dans les pays pauvres. Outre cet aspect essentiel, Bruno Boidin souligne que la demande locale de santé se caractérise par une diversification en direction des autres prestataires de services de santé, ceux du secteur privé. La part du marché du secteur public décentralisé s'en trouve amoindrie. C'est dans cette perspective, que l'auteur fait remarquer, qu'en aval du CREDESA, la question des motivations et comportements de la population est incontournable pour la mise en place d'une meilleure stratégie de soins publics décentralisés. A la suite d'une étude de terrain qu'il a, lui-même réalisée, l'auteur met en valeur les profondes caractéristiques de la demande locale de santé que les pouvoirs publics sous-estiment. Le balancement de la demande entre offre publique et offre privée semble être gouverné par l'image et la qualité des soins offerts. En effet, l'enquête menée révèle une méfiance structurelle sur la qualité des soins de l'unité publique 21

décentralisée qui pourrait s'expliquer, en partie, par un effet de mémoire négatif sur les services publics en général. L'auteur diagnostique d'autres causes comme la distance entre le lieu des soins et les villages environnants, le besoin de diversifier les diagnostics médicaux et enfin les aléas et les insuffisances financières des populations locales. Par cette expérience, l'a.uteur veut nous montrer, qu'au total, les politiques publiques de développement local ne sont pas des recettes sans embûches. C'est cette même conclusion sur les limites des conditions et pratiques du déveioppement local qui transparaît explicitement dans la contribution de Benoît Lallau faisant l'objet du dernier chapitre de l'ouvrage (chapitre 15). A travers un terrain particulier, celui des villages Banda-Yakpa au nord de la région d'Alindao (République centrafricaine, R.C.A.), l'auteur met en évidence le fait que, dans certaines conditions, les acteurs d'une situation contribuent, euxmêmes, à l'aggravation de leur marginalisation. Ainsi, allant à contre courant de l'optimisme un peu béat qui entoure généralement le thème du développement local (vitalité des initiatives locales et endogènes, efficacité des micro-réalisations, prise en mains des populations par elles-mêmes, etc.), B. Lallau nous décrit, à travers son étude faite sur le terrain, la dynamique régressive des systèmes productifs agricoles des populations Banda-Yakpa. Au total, l'intérêt de cet ouvrage collectif est double. Du point de vue épistémologique, la majeure partie des textes, ici sélectionnés, dénote un réel effort d'induction dans la mesure où les auteurs s'efforcent de nous décrire des expériences de terrain et par le bas. Une telle posture scientifique est relativement rare dans la démarche des économistes habitués à la déduction, souvent borgne par rapport aux faits observables. En ces temps de crise de la théorie économique, il est utile de ne pas s'enfermer dans des raisonnements tautologiques dont la base hypothétique n'est plus pertinente face aux mutations et aux incertitudes auxquelles nous assistons dans le monde. En conséquence, la théorie économique est, dans cet ouvrage convoquée par le tribunal de l'expérience, celui des espaces vécus des acteurs. Le second avantage comparatif de ce travail collectif est justement de pouvoir confronter des expériences locales extraites de plusieurs pays, qu'ils soient industrialisés ou non. Ce qui permet aux lecteurs de se rendre compte que nous sommes confrontés, au-delà 22

des différences de contextes, aux mêmes énigmes au Nord comme au Sud de la planète. En effet, les pratiques locales semblent indiquer d'autres voies que celle du modèle dominant destructeur du lien social et de l'environnement. Contrairement aux chimères de la théorie économique standard, dans le monde réel, la mondialisation fonctionne comme une machine d'exclusion et de destruction de 1'homme et de la nature. Et, comme le suggèrent les perspectives théoriques des auteurs, la correction de ces anomalies ne peut se faire qu'en conjuguant plusieurs impératifs à la fois: en premier lieu, établir une connexion intime entre le Soçial (vision du monde, valeurs, normes, relations, solidarité, etc.), l'Economique (efficacité des projets et des politiques de développement in situ, etc.) et le Local (prise en compte des acteurs et des contingences locales, contraintes et singularités de situations, des modes d'organisation socio-économique à échelle humaine en phase avec le site et ses écosystèmes, etc.) dans chacun des contextes d'action des acteurs. C'est ce « S.E.L. » de la condition humaine qui est au centre de cette œuvre collective.

Chapitre 1
LES SITES ET L'ATTRACTION DU CAPITAL
Sylvie BAZIN Boukhalfa KHERDJEMIL

INTRODUCTION
Attirer des entreprises sur des localisations déterminées pour créer de nouveaux emplois que le potentiel local n'est plus à même d'offrir est devenu aujourd'hui un des volets importants des politiques territoriales. Dans cette perspective, nous cherchons ici à mettre en évidence les pratiques locales innovantes permettant un repositionnement aux territoires les plus affectés par la pénurie locale de capital. Que ce soit sur le plan interne ou externe, des pr~tiques territoriales nouvelles émergent allant dans le sens d'un renforcement des liens entre acteurs sur un territoire pour être en mesure de mieux affronter la concurrence extérieure. La nature de ces liens entre acteurs, publics ou privés, s'observe au travers du type de fonctionnement de l'organisation territoriale interne des acteurs. Ces nouvelles pratiques s'orientent également vers un renforcement de la concurrence externe se traduisant par un élargissement des échelles spatiales de la concurrence territoriale. L'objet de ce papier est de resituer la réflexion liée au cadre d'analyse de ces nouvelles pratiques d'action locales. En particulier, il nous semble intéressant de relier ces pratiques au

25

paradigme de l'homo-situs qui retrace l"importance du contexte situé de l'acteur pour comprendre ses trajectoires d'action. En d'autres termes, il importe de souligner la dynamique de la culture des sites dans les logiques d'action des acteurs qui sont amenés, face au processus de la globalisation économique, à mettre en œuvre des stratégies de sauvetage de leur identité territoriale. Après avoir présenté dans une première partie l'atmosphère méthodologique qui anime notre article -celle de l 'homo-situs-, nous analyserons, dans une seconde partie, les logiques territoriales d'attraction du capital extérieur et les choix d'action locale.

1.

LE PARADIGME DE L'HOMO-SITUS

_

Le primat de la dynamique de coopération entre les territoires sur la logique de la concurrence sauvage peut être compris, aisément, pour peu que l'on s'imprègne de la substance du paradigme des sites symboliques 1. Ce dernier va nous aider à mieux décrypter le noumène des dynamiques locales. Le site n'est pas, seulement, un espace physique que l'Homme pourrait piloter et structurer selon ses objectifs. Il est, surtout, un creuset civilisationnel où les normes, valeurs et représentations constituent les fon4ations de sa structure identitaire. Les acteurs qui y évoluent sont, profondément, marqués par ces stigmates historiques. Ils sont porteurs d'une culture spécifique à résonance symbolique. La dynamique du processus de socialisation va modeler la psychè des acteurs à tel point que nous sommes enclins à penser, si nous sommes en déficit de vigilance conceptuelle, qu'ils ne sont rien d'autres que les marionnettes des structures. Ils n'auraient aucune prise sur le cours des événements. En réalité, le phénomène est plus complexe. Les acteurs, comme le souligne Bourdieu 2, sont, également, mus par un habitus dynamique qui fonctionne comme une sorte de « matrice de perception, d'appréciation et d'action.» Au total, l'Homme est, certes, façonné. Mais, il est, également, un façonneur.
Zaoual H.: "The economy and symbolic sites of Aftica", in The post development reader, Zed books,London New-Jersey, 1997. 2 Bourdieu P, Esquisse d'une théorie de la pratique, Ed. de Minuit,1980. 26

Si l'on admet cette idée que l'acteur subit, en fait, le "poids des structures, mais qu'il agit, également, sur elles, la rationalité du comportement humain ne peut être présentée d'une manière monolithique. Par conséquent, les paradigmes cognitifs qui prétendent réduire, à leurs systèmes référentiels, le processus de la connaissance tombent dans "le réductionnisme de la pensée fragmentée. L 'homo-oeconomicus et l'homo-sociologicus s'inscrivent dans cette dynamique de la pensée du raccourci. Ils ne rendent pas compte de la complexité de l'objet étudié. Leurs rationalités sont alimentées par des velléités d'universalité. La pensée est, en quelque sorte, absolutisée. On tombe soit dans le règne de l'économicisme, soit dans celui du sociologisme. C'est, pour éviter ce type d'écueil qu'Edgar Morin attire notre attention. sur le fait que «notre univers où toutes les choses sont séparées dans et par l'espace, est en même temps un univers
où il n

y a pas

de séparation»

3. L'appréhension

de cette réalité

complexe ne peut plus se faire par les outils conceptuels traditionnels. Comme il est « impossible de connaître les parties en tant que parties sans connaître le tout» et qu'il est, également, « impossiblè de connaître le tout sans connaître, singulièrement, le tout »4,une boîte à outils conceptuelle appropriée s'impose. Si l'on veut sortir de la citadelle de la pensée dogmatisée, le concept doit, non seulement, être doté d'une certaine densité épistémique, il doit, aussi, être adaptatif. Envergure et élasticité 5 constituent l'essence de ce paradigme alternatif - l'homo-situs- dont l'ambition est de tenter de rendre compte de la complexité de la dynamique sociétale. L'idée centrale de l'homo-situs réside dans le fait que le penser et l'agir de l'homme ne sont pas déconnectés de son milieu. La rationalité de son comportement ne relève pas de l'universalité a-temporelle et a-spatiale. Elle est située dans son univers singulier. On parlera, alors, de rationalité spécifique. Compte tenu
Morin E., Introduction à la pensée complexe, ESF, Paris, 1992. Pascal B., Pensées I, fragment 185, p.159, Editions Michem Le Guern, Gallimard, Folio, Paris, 1979. 5 Morin E. : "Les concepts voyagent et il vaut mieux qu'ils voyagent en sachant qu'ils voyagent. TIvaut mieux qu'ils ne voyagent pas clandestinement. TIest bon aussi qu'ils voyagent sans être détectés par les douaniers", in Introduction à la pensée complexe, op. cit. 4
3

27

du caractère pluriel et complexe des situations, il est contreproductif, sur le plan de l'épistémè de vouloir les uniformiser par des modèles réducteurs. L'homo-situs s'inscrit en faux contre toutes ces approches qui ne vont pas à l'essence des choses. Ce qui est à incriminer, ce n'est pas tant l'aspect globalisant, en soi, d'une quelconque approche théorique, mais plutôt, ses velléités de segmentation globalisante et universalisante de la complexité. Cette démarche ne peut déboucher que sur des impasses sur le plan du processus cogQ.itif. C'est pour éviter ce type d'effets pervers que l'homo-situs se forge en puisant sa substance identitaire des différents champs de la praxis sociale. Les différents segments du réel, avec leurs rationalités spécifiques, ossifient la force de frappe cognitive de l'homo-situs. Ainsi l'homo-oeconomicus et l'homo-sociologicus constituent-ils les béquilles de sa matrice dans le processus de la connaissance. Le caractère épistémique de sa rationalité est également fondé par sa force dynamique qu'il puise de la densité spatiale induite par l'interconnexion de ses différents champs de la praxis sociale. Cette force dynamique, structurée, à la fois par les logiques d'action différentielles des acteurs et par le processus technologique, constitue le vecteur de la dynamique du changement dans la structuration spatiale. 6 est une Au total, nous pouvons dire que l'homo-situs pratique théorique dont r objet est de rendre compte de la praxis sociale sous ses différents aspects au travers d'une rationalité dont la substance nourricière provient: - d'une part, des forces dynamiques de socialisation, façonnant, dans un espace donné, l'identité sociale des individus en interaction; - et d'autre part, des forces d'adaptation et d'évolution rendues nécessaires par un environnement matériel en mouvement. L'approche par les sites, expression d'une vision plurielle d'une réalité complexe, est mobilisée, ici, pour analyser un champ d'observation particulier, celui des stratégies mises en place par les acteurs locaux pour attirer des investisseurs. La légitimité du choix de ce champ se trouve conférée par la dynamique des réalités
6 Kherdjemil B.: "Institutions, homo-situs et structuration Territoires et Dynamiquès Economiques, L'Hannattan, 1998. 28 spatiale", in

locales mouvantes face à une logique internationale de remodelage des dynamiques territoriales. Notre angle méthodologique étant précisé, essayons de voir comment se présente la dynamique d'attraction du capital par les territoires.

2.

LOGIQUES TERRITORIALES D'ATTRACTION DU CAPITAL ET CHOIX D'ACTION LOCALE

Devant la pénurie locale de création d'emplois se développent en France des pratiques offensives d'attraction de capital orientées aussi bien vers les entreprises autochtones qu'étrangères. Qu'il s'agisse d'une délocalisation ou de la création d'un nouvel établissement, l'objectif est d'asseoir une dynamique économique sur des bases nottvelles nourrissant des tissus industriels vidés de leur sens productif. Face à cette quête de sources exogènes de développement, plusieurs logiques interviennent et s'emboîtent pour donner lieu à une concurrence entre territoires intervenant dans des conditions nouvelles. Même si dans un premier. temps des pratiques concurrentielles fortes et jusqu'alors jamais connues ont pu faire partie du paysage local, elles ont ensuite cédé la place à des voies d'action médianes. Il nous semble donc tout à fait important de mettre au coeur de ces pratiques d'attraction d'entreprises les nouvelles logiques de coopération entre acteurs en réaction aux effets pervers produits par les surenchères réalisées sur les aides à l'implantation. Les acteurs locaux tendent à privilégier et à s'orienter vers des stratégies permettant une diminution de l'incertitude et des pertes liées à la pratique des surenchères. C'est en effet dans cet esprit que nous souhaitons ici apporter un éclairage nouveau à l'observation des logiques d'attraction d'entreprises. L'évolution des politiques et des

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pratiques locale~ à. cet égard

7

nous montrent tout l'intérêt des

formes de coopération locale, in situ, intervenant aussi bien entre acteurs publics qu'entre acteurs publics et privés, et offrant des perspectives nouvelles aux formes d'organisations territoriales d'acteurs.

"2.1.

Les logiques territoriales

d'attraction

de capital

La concurrence internationale sur les sites, offrant une localisation aux entreprises, s'est très fortement resserrée ces dernières années. Les localisations et relocalisations d'entreprises ont été ponctuées par plusieurs étapes. La première étape est celle des années 1970 qui s'est traduite par des délocalisations massives d'entreprises industrielles vers les pays à bas coût de salaires et connaissant une flexibilité de la réglementation du travail extrêmement avantageuse pour ces entreprises. La seconde étape est illustrée par le fait que l'on a assisté, au cours des dernières années à une diminution des investissements directs internationaux dans les pays en développement au profit de la triade Japon, Etats-Unis, Europe8. On assisterait, donc, à une réorientation des investissements vers les pays les plus développés industriellement;' mouvement dont la France tente de tirer partie pour compenser la faiblesse de la création locale d'emplois. 9 Cependant, si l'on regarde les schémas ci-contre, on peut se demander si cette tendance ne connaît pas actuellement un recul tant paraît ftagile l'affirmation des réimplantations que ce soit en Europe de l'Ouest ou en Amérique du Nord. i

7

Bazin S..,Les politiques locales d'attraction d'entreprises: d'une logique

concurrentielle à une logique organisationnelle. Cas des régions Nord-Pas de Calais et Rhônes-Alpes., thèse de doctorat, Université de Lille, 1996. 8 Michalet C.A, Etude sur les déterminants de la localisation des firmes multinationales, Communication au XIème Colloque de l' AFSE, Paris, 24-25 septembre, 1992.. 9 Ces schémas sont empnmtés à Delalande D., Des questions en débat: les délocalisations, Les cahiers Français, L'économie nlondiale, n0269, 1995, p.6173. 30

Parts des zones dans la locali.sation de la production mondiale
1988 Europe de l'Ouest 27,3% Europe de l'Est 17,6%
Afrique et Moyen-Orient Amérique

2000 Europe de "Ouest 24,6%
1,7% latine 3,0%
Autre Océanie A,sje, 8,0%

Europe de ('Est 15,2%

Autre Asie, Océarue 4,9%

Amérique du Nord 23.4%

Asie développée
à pa Il Il <Je ia maquC:!le

22,1%

Asie développée
2000 el de la base CHELEM

26,9'%

Stiurce

CalCul

CEPn

INDuSTRIE

Toutefois, on peut observer que l'essentiel des investissements des entreprises se fait dans une zone, à priori, à coûts élevés, On a bien à l'esprit l'effet d'annonce d'implantations futures ou récentes comme Toyota près de Valenciennes ou Sevelnord à Douai. Selon certains auteurs., italiens en particulier, ces investissements s'expliquent par les caractéristiques économiques, sociales et politiques de ces régions. Leurs recherches ont mis en évidence l'existence d'économies externes locales liées à l'organisation territoriale: parmi les avantages d'une localisation commune, se trouvent les économies de coûts de transaction. Une localisation sur le même espace gé6graphique des producteurs et des utilisateurs facilite la réalisation de nombreuses transactions et développe des relations réciproques de connaissance et de confiance entre les partenaires. D'après cette approche, la qualité de l'organisation productive et de la combinaison des facteurs de production dépendent de l'efficacité de l'organisation territoriale. Il s'ensuit que les délocalisations ne sont pas inéluctables comme le sous-tend la logique du cycle de vie d'un produit. Le développement régional serait, ainsi, endogène et ne dépendrait pas d'une histoire déterministe. Il dépendrait de la vitalité de son site à sécréter les forces d'enracinement des éléments moteurs du développement. 31

Le rôle joué, dans les nouvelles dynamiques de localisation des entreprises, par des fonctions et activités de type urbain serait, ainsi, pour certains, renforcé par l'affaiblissement des pouvoirs nationaux et par la capacité croissante des pouvoirs du site local à organiser leur territoire et à développer des liens avec d'autres

pouvoirs locaux sans passer par l'autorité centrale 10.
Pourtant, face à la mondialisation des économies, d'autres sonnent le glas des espaces locaux qui seraient désormais soumis à une logique de globalisation guidée par des principes excluant les logiques territoriales d'attachement des entreprises Il. Cette contradiction n'est qu'apparente. En effet, face à cet environnement de plus en plus concurrentiel, on peut affirmer que la logique interne de la concurrence entre territoires est tirée par la logique externe qui oblige les acteurs à s'organiser pour réaliser des économies de dimension dans la production des actifs territoriaux, et ainsi accroître la rentabilité de l'organisation interne. Ceci se traduit par des types de coopération allant de l'accord informel, à des accords intervenant dans le cadre de structures de coopération intercommunales, d'organismes spécialisés dans la prospection d'entreprises, ou encore faisant partie intégrante d'une stratégie régionale d'aménagement du territoire (c'est le cas des commissariats à l'industrialisation). L'offre locale de sites se manifeste, en effet, le plus souvent dans le cadre d'organismes spécialisés ayant reçu délégation de structures intercommunales (Associations, Sociétés d'économie mixte, Comités d'expansion ou services rattachés à une chambre de commerce). La dimension territoriale de cette offre dépend, le plus souvent, de la coopération réalisée au travers de ceS structures. Un manque de légitimité intercommunale peut, par exemple, constituer un frein à la limitation des surenchères et à la construction d'une stratégie territoriale d'attraction d'entreprises.
10 Voir Pecqueur B. et Corroleur F., De l'interventionnisme économique local à la construction institutionnelle des territoires, les politiques économiques locales en France durant la décennie 1980, Communication au Colloque 1FRESIIPIR Villes, Lille 17-18 mars 1994. 11 Laborie IP, "Les villes moyennes face à la métropolisation", in Bonneville M., L'Avenir des villes, Programme pluriannuel en Sciences humaines, Lyon, 1213 décembre 1991. 32

L'offre de sites s'organise également, à d'autres échelles territoriales. Elle peut s'organiser sur une base départementale (associations, comités d'expansion, commissariats à l'industrialisation) ou de manière moins fréquente sur une base régionale (comités d'expansion, surtout). Ceci se traduit par la recherche d'une plus grande compétitivité de la fourniture de services publics locaux, notamment, par le recours, de plus en plus fréquent, en France, à des formes de gestion mixtes 12, comme par exemple les sociétés d'économie mixte locales. Cette logique se traduit enfin par une concurrence plus ardue entre espaces géographiques plus larges et géographiquement distants. Alors que les acteurs s'organisent pour consolider l'image externe et les potentialités du territoire, les agents extérieurs, qui cherchent à se localiser, comparent des territoires à une échelle plus large, que cette échelle soit nationale ou même mondiale.

2.2.

Choix d'acteurs locale

et nouvelles pratiques

d'action

On peut caractériser ces nouvelles pratiques d'action locale par deux éléments marquants: - d'une part, l'élargissement des échelles spatiales de la concurrence entre territoires que nous venons de décrire, qui les oblige à s'organiser et à coopérer plus largement entre institutions locales;

12 La loi de 1983 (J.0 08/07/83) renouvelle le statut de la SEM en reconnaissant une plus grande autonomie de gestion aux collectivités territoriales ainsi qu'une protection accrue contre les risques et impératifs d'une gestion privée d'Wl service public. Pour des investisseurs privés, il devient également intéressant, tout particulièrement dans une période de risques fmanciers, de pouvoir se couvrir contre le risque en ayant recours à des partenaires fmanciers publics (Bentz B.: "SEM ou établissement public ?", Chroniques foncières n048, septembre 1990). Cette loi a en quelque sorte « privatisé» la SEM locale en lui permettant l'application de règles de droit privé et en la protégeant de ses impératifs de gestion pour satisfaire des objectifs d'ordre économique et social. 33

d'autre part, une réactivité plus grande des acteurs du site local face à un environnement économique globalisant qu'on peut illustrer au travers de la notion de gouvemance locale. Le premier élément peut être décrit 3:Utravers du concept

-

d'organisation territoriale 13. L'organisation territoriale rassemble,
sur un territoire donné, des acteurs qui entretiendront des liens de coordination au travers de relations économiques d'échange basées sur une offre de services en contrepartie de taxes locales. Ces acteurs sont de trois types: des entreprises, des ménages et des collectivités locales. Du point de vue des collectivités locales, l'amélioration du service rendu passe par une coopération plus grande, mais également par une meilleure coordination avec les deux autres types d'acteurs. Cette coordination permet une plus grande transparence de l'information relative aux besoins des entreprises, et aux différentes possibilités de leur satisfaction sous leur double objectif de leur attachement territorial et d'attraction d'acteurs nouveaux. Ce raisonnement, en terme d'organisation territoriale, nous permet de voir que les collectivités territoriales ne se"contentent pas de juxtaposer leurs interventions, mais cherchent à mettre en oeuvre des processus de rationalisation et de performance du service offert. Ceci nous amène à élargir la perspective en recourant dans un second temps à la notion de gouvernance locale pour caractériser ces pratiques innovantes dont l'objectif majeur est de chercher à mieux coordonner les politiques locales. L'intérêt de 14 cette notion est de réintroduire deux composantes fondamentales dans l'analyse des mécanismes de coordination spatiale. d'acteurs: le rôle central du pouvoir dans la compréhension des mécanismes de coordination, et la place occupée par les acteurs publics dans la construction des relations économiques locales. Deux dimensions interactives de la gouvemance peuvent être distinguées: une dimension institutionnelle qui comprend les règles facilitant la
13 Jayet H., "Tetritoires et concurrence territoriale", Revue d'Economie Régionale et Urbaine, vol!, 1992, pp. 55-76. 14 Wallet F, Gouvemance locale et action publique locale: l'exemple des processus de reconversion industrielle, Communication .au Colloque ASRDLF Renouveau régional, renouveau urbain, Lille, 1-3 septembre, 1997. 34

coordination entre acteurs, et un niveau stratégique organisationnel auquel se déroule l'action proprement dite.

ou

La théorie des institutions 15 est à la base de cette notion de
gouvemance. Les structures de gouvernance font le lien entre les individus qui se coordonnent et un environnement institutionnel, composé d'institutions politiques et légales, de lois, de normes, de coutumes, doté d'un système collectif de sanctions, et qui est le lieu de facteurs de changement qui produisent des évolutions dans les coûts de gouvemance 16. En cherchant à appliquer cette notion de gouvemance aux stratégies qui caractérisent l'action locale des collectivités pour l'offre de sites, on peut avoir une perte d'efficacité dans le cas où le territoire offert est trop petit; de même, on peut assister à des dysfonctionnements de l'organisation dans le cas où celui-ci est trop grand. Plus on avance dans l'effet taille recherché, plus les risques de conflits sont élevés. Donc, plus la dimension de l'offre est grande, plus les contrats devront être précis, et moins la souplesse de l'organisation sera possible. En somme, que l'on insère la problématique de l'attraction de capital au sein d'un concept d'organisation territoriale ou que l'on observe les pratiques d'action locales au travers de la notion de gouvemance locale, on se situe face à des cadres d'analyse qui renvoient au rôle des spécificités du site sur les stratégies d'acteurs. Ces spécificités renvoient l'acteur à une prise de conscience d'une structure territoriale identitaire commune.

CONCLUSION
En définitive, on voit, au terme de cet article, que la réflexion autour de la problématique de l'offre de sites par les collectivités locales s'oriente bien vers la voie du paradigme de l'homo-situs. Les acteurs publics cherchent à créer les conditions locales propres à nourrir le territoire de trajectoires d'actions
15 Williamson O.E, Les institutions de l'économie, Interéditions, Paris, 1994. 16 Williamson O.E, "Efficiency, power, authority and economic organisation", in J. Groenwegen ed., Transaction cost, economic and beyond, Kluwer Academic Publishers, Boston, 1996. 35

communes. Ce qu'il faut souligner, c'est que celles-ci ne peuvent se matérialiser que si les sites d'où elles émergent n'ont pas coupé le cordon ombilical avec leurs structures identitaires originaires. Ce sont celles-ci, quand elles existent, qui vont permettre la mise en œuvre de stratégies d'actions appropriées aux conditions qui régissent la dynamique sociétale du moment. Ce qu'il y a lieu de faire ressortir, c'est que compte tenu de la dynamique de globalisation de l'économie, les acteurs s'immergent dans leurs sites respectifs pour trouver les ressorts suffisants leur permettant une gestion optimale de la structuration spatiale. Celle-ci ne peut faire l'économie d'une offre de sites au capital dont l'essence de la dynamique est, avant tout, endogène. Organisation territoriale, gouvernance, site constituent la substance incontournable du processus de l'attraction du capital dans le cadre d'une économie globalisée.

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BmLIOGRAPHIE
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61-73. ,

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