LA SOCIOLOGIE DE LANGUE FRANÇAISE

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Rayaumont, 1956 : George Gurvitch et Henri Janne, alarmés par l'arrogante invasion de l'anglais dans le monde en général, dans la sociologie en particulier, décident de créer l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF), institution destinée à défendre et promouvoir l'usage du français dans le champ de leur discipline. Marcel Bolle De Bal, évoque ses souvenirs personnels d'une épopée conviviale de plus de quarante années, dont il a été un des acteurs parmi les plus engagés.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296188303
Nombre de pages : 145
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LA SOCIOLOGIE DE LANGUE FRANÇAISE: UN ENJEU, UN COMBAT

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Gérard FABRE, Pour une sociologie du procès littéraire, 2001. Anne-Marie COSTALAT-FOUNEAU, Identité sociale et langage: la construction du sens, 2001. Cédric FRÉTIGNÉ (en collaboration avec Thierry PANEL), Sociologie de classe, 2001. Sandrine MARÉ-GlRAULT, L'organisation qualifiante, 2001. Amparo LAS EN, Le temps des jeunes: rythmes, durée et virtualités, 2001. Pierre HEINZ, L'espace régional Alsacien, 2001. Michalis LlANOS, Le nouveau contrôle social, 2001. Zhenhua XU, Le néologisme et ses implications sociales, 2001. Jean-Louis FABIANI, Le goût de l'enquête, 2001.

2001 ISBN: 2-7475-0467-0

@ L'Harmattan,

Marcel BOLLE DE BAL

LA SOCIOLOGIE DE LANGUE FRANÇAISE: UN ENJEU, UN COMBAT
Souvenirs d'un acteur

Préfacede Renaud SAINSAULIEU

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budape~ HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur
Aux Editions l'Harmattan, Paris

- V qyages au cœur des sciences humaines. De la Reliance (Ed.), 2 tomes, 1996. - Les adieux d'un sociologueheureux. Traces d'un passage, 1999. - Le sportif et le sociologue.Sport, individu et société (en collaboration), 2000.

Aux Presses Interuniversitaires Européennes, Bruxelles - Les doublesjeux de la participation. Rémunération,performance et culture, 1990 (traduit en anglais et en slovène). - Wegimont ou le château des relations humaines. Une expérience de formation
psychosociologique à la gestion, 1998. - Les survivants du Bqyau de la Mort. Lettres de deux jeunes Wallons en 14-18 (Ed.), 1998.

Aux Editions de l'Institut de Sociologie, Bruxelles - Relationshumaineset relationsindustrielles,1958 (traduit en espagnol). - LA structuredes rémunérationsen Belgique(en collaboration), 4 volumes, 19591963. - Le salaire à la production. Formes nouvelles et fonctions sociologiques (en collaboration), 1965. - LA vie de /'entrepn'se.Suppléments de rémunérationet partietpation ouvrière, 1967 (traduit en portugais). - Problèmesde sociologie u travail, 1969 (traduit en espagnol). d - Image de l'hommeet sociologie ontemporaine c (Ed.), 1969.
Aux Editions de l'Université de Bruxelles

- Accroissement de la productivité et psychosociologie du travail (Ed.), 1976. - Formation, travail, travail deformation (Ed.), 1978. -LA tentation communautaire. Les paradoxes de la reliance et de la contre-culture, 1985. Chez d'autres éditeurs Fédération des

- Mode de rémunération et collaboration dans l'entrepn'se, Bruxelles, Industries Belges, 1967.

- Le salaire aux résultats dans les sociétés industrialisées: tendances évolutives et aspects psychosociologiques, Genève, BIT, 1972. - Les aspirations de reliance sociale. Reliance sociale, recherche sociale, action sociale,

Bruxelles, Programmation de la Politique Scientifique, 1978. - LA participation. Revue des étudessur la participation (en collaboration), Dublin, Fondation pour l'Amélioration des Conditions de Travail, 1987 (traduit en anglais) . - LA Franc-Maçonnen'e, orte du devenir. Un laboratoirede reliances,Paris, Detrad, p 1998. - La fraternité maçonnique,Paris, Edimaf, 2000.

A la mémoire

de

Georges GURVITCH Henri JANNE Présidents-fondateurs de l'AISLF Yvonne Roux Secrétaire générale émérite

qui ont créé, géré et développé l'AISLF

A tous nos collègues

qui font fait font et feront de l'AISLF

un instrument efficace, reliant et convivial de promotion de la langue française en sociologie.

En hommage particulier à
Christiane RONDI,

qui, durant une quarantaine d'années consacrées au devenir de l'AISLF, a constitué le carrefour chaleureux et affectif des reliances formelles et informelles, secrètes, discrètes et concrètes, au sein de notre association en plein essor, et aurait, elle aussi, beaucoup de souvenirs à conter, alors qu'aujourd'hui elle transmet le flambeau de «son» poste de Secrétaire Générale Adjointe, au moment même où sort ce livre...

PREFACE

L'AISLF, FAIT SOCIAL TOTAL

C'est par hasard, au cours d'un colloque tenu à Toulouse sur l'identité, en septembre 1979 sous la direction de Pierre Tap, que j'ai fait la connaissance de Marcel alors viceprésident de l'AISLF et de son président Raymond Ledrut. Marcel m'a ensuite invité à Bruxelles, car je représentais un courant de sociologie des organisations voisin de sa propre approche psychosociologique de la vie des troupes au travail.

Je suis ainsi venu au 12e Congrès de l'AISLF, à Bruxelles en 1985, congrès organisé par Marcel, devenu entre-temps président, sur le thème « 1984. .. et alors? L'individu et la machine sociale ». J'y ai présenté une communication dans le comité de recherches sur l'autogestion.
Sans trop savoir ce qui m'arrivait, je pénétrais par la petite porte, comme à l'improviste, dans un monde et toute une histoire de sociologues, dont j'étais loin d'imaginer l'ampleur. Derrière la forme modestement institutionnelle d'une simple association scientifique vivait et continue de vivre activement une sorte de fait social total. .. sans doute une page déjà écrite de l'histoire de la discipline sociologique, et je souhaiterais faire partager au lecteur de cet ouvrage les étapes de ma découverte de sa richesse plurielle, avant de céder la place à la parole de Marcel Bolle De Bal, un des témoins et acteurs principaux de cette déjà longue tradition.

Le premier aspect de ce fait social est l'extraordinaire capacité de vivre les échanges intellectuels de manière conviviale qui a caractérisé ma découverte de l'AISLF, expérience que je souhaite à tous ses membres! Je suis devenu sensible à cette qualité conviviale-critique lors de nos débats de Bureau à Sils Maria en 1986, quand nous discutions pourtant âprement sur la nécessité de centrer le futur congrès de Genève sur le thème du lien social. Polonais, Belges, Suisses, Français, Américains, Allemands, nous confrontions intensément mais calmement nos arguments sur la façon de comprendre la réalité sociale autrement que sous la forme de rapports de force. Encore très proche du Tout politique de Mai 1968 nous avions du mal, et particulièrement moi inspiré par l'analyse stratégique des relations de pouvoir en organisation, à admettre que la structure sociale pouvait aussi résulter de relations de confiance. Marcel Balle De Bal, lui, nous exposait alors son concept de « reliance» pour affltmer sa vision optimiste du social de proximité loin de la domination ou des acteurs de pouvoir, loin aussi des structures communautaires enfermant l'individu dans une matrice de contraintes normatives. Nos échanges animés par Georges Balandier, Claude Javeau, Raymond Ledrut, Christian Lalive d'Epinay étaient certes aigus, mais sans conséquences de carrière, sans enjeux autres que l'affmement de la pensée. Trois journées conviviales dans un superbe chalet de l'Engadine m'ont introduit à une véritable culture de l'argumentation, d'un agir communicationnel dont Jean-Michel Berthelot se présentait comme un défenseur militant. Devenir amis en discutant d'un thème qui devrait mobiliser des centaines de sociologues, sans enjeux autres que de les introduire à une interprétation cruciale de l'époque post-moderne, telle était ma découverte quasiémerveillée d'une dimension intellectuelle de cette vie associative. Cet esprit a ensuite continué d'animer nos rencontres de congrès et de colloques, à Cotonou au Bénin, à Cluj en Roumanie, à Istanbul et encore tout près de nous à 8

Ohrid en Macédoine, à Toulouse sur la sociologie de l'alimentation. Notre esprit est bien celui d'une amitié critique et j'en suis encore tout imprégné dans mon désir de sociologie intellectuelle. La seconde dimension de ce fait social AISLF rejoint la dimension démographique de notre métier de sociologues. En constituant un véritable et dense réseau d'échanges scientifiques, depuis sa fondation en 1958, l'AISLF a réuni probablement plus de trois mille membres dans ses activités de congrès, colloques et comités de recherches.

Les dernières statistiques parues dans l'annuaire de 1999 font en effet état de 1200 membres, francophones pour une part non négligeable de leurs activités scientifiques. La barre des milles membres a été franchie après le congrès de Genève organisé par Jacques Coenen-Huther, Christian Lalive d'Epinay et Walo Hutmacher.
L'usage du français comme langue fondatrice de la sociologie rassemble du monde dans les Balkans, comme au Portugal, en Italie ou en Tunisie! La défense de l'usage scientifique du français, remontant au choix de George Gurvitch et Henri Janne mais aussi de Georges Friedmann et Raymond Aron, n'est pas le bras scientifique d'une francophonie politique. Il s'agit d'un réseau transnational capable de réunir des centaines de sociologues pour analyser les sociétés en prenant appui sur un corpus scientifique élaboré dans cette langue. A l'origine française avec Tocqueville, A. Comte, Le Play, E. Durkheim, cette sociologie est progressivement devenue le résultat d'un échange scientifique entre Paris, Bruxelles, Strasbourg, Louvain, Montréal, Tunis, Lyon, Neuchâtel, Liège. De grands noms de la sociologie se sont croisés dans ce milieu comme l'indique la liste des membres des différents Bureaux. Fernand Dumont du Québec et Henri Janne de Belgique étant les derniers à nous avoir quittés au cours de la décennie qui s'achève. 9

Un troisième aspect de ce fait social total est le caractère véritablement international de l'association, en ce sens qu'avec le français se rencontrent des collègues de tous pays et de tous types de société. La composition du dernier Bureau en est bien le signe: trois Français, une Belge, trois Canadiens, un Suisse, une Grecque, une Bulgare, un Africain du Bénin, un Portugais, un Italien, une Tunisienne, un Brésilien. Ceci sans compter les anciens Présidents, membres de droit du Bureau: quatre Français, deux Suisses, deux Belges, un Tunisien, un Québécois, un Américain (un « Etatsunien» comme disent nos amis du Québec). Le cercle d'origine (Belgique, France, Suisse et Canada) s'est considérablement élargi à une cinquantaine de pays, surtout de l'Europe de l'Ouest et du Sud, mais aussi du Maghreb et de l'Amérique du Nord. Une mondialisation progressive pourrait-on dire, que les trois derniers Bureaux viennent en fait d'étendre à l'Afrique Occidentale, à l'Europe de l'Est et aux Balkans. Il ne s'agit certes pas d'une ampleur comparable à celle des rassemblements des congrès de l'AIS (cinq mille membres venus à Montréal en 1998 1) mais l'AISLF remplit assez bien sa tâche de mettre une même langue au service de l'échange scientifique de collègues vivant des histoires de sociétés différentes. Pour aller plus avant dans cette mission de reconnaissances sociétales, je dirais même qu'en provoquant des rencontres de congrès et colloques dans le monde entier, l'AISLF, son Bureau et ses comités ont constitué une sorte d'université itinérante, activant, au gré de ces rencontres, des travaux d'analyse sociologique pertinents sur des problèmes-clés de notre époque. Car c'est bien souvent localement que sont vécues et analysées des questions sociales et des interrogations théoriques portées par l'histoire même de la société. A Lausanne, c'était le thème du secret qu'une société suisse nous donnait à travailler « discrètement », tandis qu'à Ohrid nous parlions de société en transition, à Cotonou de culture et démocratie. Bref l'AISLF offre aux sociologues de véritables opportunités pour connaître des sociétés différentes et des collègues d'autres pays. Et ce fut un véritable bonheur 10

pour les membres des Bureaux auxquels j'ai participé, comme cela ressort si bien des mémoires de Marcel Bolle De Bal, de se sentir contribuer à l'invention d'une véritable politique de développement international de notre discipline. Par le biais de la vie de notre association, nous pouvons soutenir le caractère profondément interculturel de l'AISLF. Grâce au français se découvrent d'autres manières de pratiquer et connaître la sociologie. C'est bien l'un des constats majeurs du colloque organisé à Montréal en 1995 par Gilles Houle: l'AISLF contribue à développer une vision interculturelle des sociétés et des concepts en sociologie. L'association concerne donc les dynamiques internationales de débat, les réseaux d'échanges scientifiques, la culture même des milieux scientifiques. Elle apparaît aussi comme une véritable institution productive de travaux de recherches. Il faut savoir en effet que de nombreux comités et groupes de recherches, une quarantaine au total, dont beaucoup ont plus de dix ans, réunissent des collègues de plusieurs pays pour confronter leurs problèmes et résultats de recherche scientifique. Un Comité qui fonctionne bien est animé par un Bureau, concerne une trentaine de membres de tous pays, se réunit en colloque spécifique une à deux fois tous les quatre ans, sans compter les nombreuses séances de travail qui leur sont assurées au cours de chaque congrès. En fait presque tous les membres de l'AISLF participent à au moins un comité (40 comités par 30 membres = 1200 personnes I). Ces comités ont fait avancer la connaissance sociologique sur les problèmes de société - le travail, l'entreprise, la mobilité, l'alimentation, les relations professionnelles, la famille, la santé, la ville - autant que sur les concepts et sur le métier de sociologue. Des ouvrages, revues et colloques sont pris en charge par ces comités selon un programme et une dynamique scientifique Il

entièrement indépendante. Le secrétaire général Jean-Michel Berthelot et son adjointe Christiane Rondi ont publié annuellement un compte-rendu de toutes ces activités dans le Bulletin de l'Association. Pour les seules années 96 et 97, les activités de tous ces comités - en plus de celles tenues lors du lsème Congrès (Evora) - peuvent être illustrées par le tableau suivant:

Année 1996 1997

Colloques 18 41

N ombre de participants 1260 2870

Publications 11 22

avec une moyenne de 70 participants par colloque.
Mais de ces échanges en comités, il résulte bien plus que des rencontres: les collègues s'invitent pour enseigner ou participer à des recherches internationales, engager des traductions, ou participer à des jurys de doctorat. En fm de compte l'AISLF contribue à sa manière à la production scientifique par l'action des milieux francophones. Certes ces comités ont des hauts et des bas et on ne peut les comparer ni à un département universitaire ni à un laboratoire de recherches, car on reste dans le domaine de l'associatif et du volontariat. Mais combien de recherches ont été imaginées, accompagnées et valorisées par l'activité confraternelle de ces comités! Toutefois un fait social total - l'AISLF en l'occurrence

- n'est pas qu'un lieu de rencontres, d'échanges, de production, de communication et de culture: encore faut-il, pour acquérir une légitimité institutionnelle, parler de son rapport au pouvoir, à l'argent, au politique, à l'idéologie. Sur ce point aussi l'AISLF existe, quoique de manière fort originale et souvent fragile. 12

Spécifiquement l'AISLF fonctionne avec ses cotisations environ 60.000 francs et sur une subvention régulières du CNRS, un bureau et des moyens fournis pour le secrétariat par l'Université de Toulouse, un poste d'ingénieur du CNRS accordé par la direction scientifique de cet organisme français. Par ailleurs, chaque président en exercice peut obtenir de l'aide de son université. Liliane V oyé, présidente de 1996 à 2000, a obtenu une décharge de cours et l'aide de son secrétariat universitaire. En ce qui me concerne, l'Institut d'Etudes Politiques de Paris a soutenu ma présidence de 1992 à 1996 par une aide en secrétariat, voyages et bureau d'accueil. Au total les moyens de l'association sont certes réduits, l'équivalent de 300.000 francs par an en subventions et avantages matériels. Et pourtant un congrès coûte au bas mot un million. Un colloque organisé par le bureau ou un comité de recherches (60 participants comme à Ohrid en Macédoine en mars 2000) revient à 150.000 francs tout compris: voyages, hébergement, préparation, actes. Et la vie de l'association repose en réalité sur une moyenne d'une dizaine de colloques tous les ans. Si bien que les sommes effectivement mobilisées sur une durée de 4 ans par l'AISLF pour ses colloques, publications et congrès peuvent atteindre 5 à 6 millions de francs sans que l'ensemble de ces sommes ne passe par une comptabilité centrale. C'est-à-dire que notre association réussit à trouver les moyens de réunir de forts soutiens matériels, souvent sur le plan local grâce au travail acharné des collègues organisateurs. D'où vient cette force collective? Certainement pas d'une quelconque liaison institutionnelle et politique. L'AISLF conserve clairement son caractère démocratique et associatif. Elle ne dispose en personnel que d'un secrétariat permanent. Sauf cas exceptionnels, elle n'a jusqu'à présent guère obtenu de soutiens d'organisations internationales de la culture et de la francophonie pour son fonctionnement régulier.

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Elle n'est liée à aucun parti politique spécifique. On peut même clairement affltmer qu'elle n'est guère connue en dehors des cercles universitaires. Enfm ses mécanismes statutaires interdisent la réélection d'un président au-delà de son mandat triennal (quadriennal, en fait aujourd'hui) et le statut associatif interdit toute rétribution à ses membres. On ne peut pas non plus dire qu'il s'agisse d'un mouvement social ou d'une organisation très rationalisée. Certes fondée à l'origine par Georges Gurvitch et Henri Janne pour soutenir une démarche sociologique qui paraisse moins dépendante des Etats-Unis que l'AIS, notre association ne s'inscrivait pas pour autant dans une logique de blocs idéologiques. L'AISLF a toujours tenu à développer des contacts suivis tant avec l'AIS (Association Internationale de Sociologie) qu'avec les sociologues des pays de l'Est, longtemps méfiants à l'égard des sciences sociales dites bourgeoises. Présente depuis plus de quarante années sur quasiment tous les fronts du fait social total: le pouvoir, la culture, les sciences et la technique professionnelles, les idées, les relations interpersonnelles, les organisations, l'action collective, l'AISLF constitue donc bien un phénomène pour les milieux contemporains de sciences sociales. Comment comprendre une telle longévité et une telle dynamique associative? Deux facteurs expliqueraient selon moi cette dimension quasi institutionnelle d'une association qui dure et se développe depuis aussi longtemps. Le premier de ces facteurs me paraît avoir été l'exceptionnelle implication de personnages qui ont, comme présidents, membres du Bureau et responsables de comités de recherche, consacré une part importante de leur temps et de leurs énergies pour que vive cette dynamique collective. Avec Georges Balandier, Georges Gurvitch, Henri Janne, il faut citer Marcel Bolle De Bal et quelques autres qui ont été porteurs d'une dynamique de reliance sociale à longue portée. En fm de 14

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