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La sorcellerie dans la mentalité africaine

De
144 pages
La prolifération de la sorcellerie en Afrique inquiète plus d'un observateur du continent noir, parce qu'elle favorise, entre autres, la relation et la soumission de l'homme à des forces invisibles multiples reléguant par le fait même à un rang secondaire sa capacité naturelle de réaction face aux difficultés de la vie. Bien informés des implications socioculturelles, politiques et religieuses du phénomène de la sorcellerie, les penseurs du continent noir sont invités à l'aborder à partir de la réalité existentielle de l'homme, afin de faire de la modernité une réalité vivante dans la vie de l'Africain.
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Boniface BAOULÉSÉKÉ
LA SORCELLERIE DANS LA MENTALITÉ AFRICAINE
La sorcellerie dans la mentalité africaine
Boniface BAOULÉSÉKÉLA SORCELLERIEDANS LA MENTALITÉAFRICAINEL’Harmattan
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11072-1 EAN : 9782343110721
INTRODUCTION GÉNÉRALE Notre réflexion sur les questions de sorcellerie en Afrique est essentiellement anthropologique. Elle tente, à travers certaines structures sociopolitiques des peuples de ce continent, de faire émerger les cellules porteuses de croyances sorcellaires, en les exposant dans leurs différents aspects et leurs multiples manifestations, avant de chercher à savoir l'évolution que connaît le phénomène chez les populations modernes et sa signification pour l'homme d'aujourd'hui. Il s'agit donc d'une analyse de la culture africaine à partir de ce que l'individu croit et vit, mais qui semble se fonder sur des ambiguïtés, souvent angoissantes et malveillantes, pouvant perturber son équilibre psychologique et brouiller ainsi sa perception réelle de la vie. Il en ressort que nombre de structures des sociétés africaines, de la croyance à la vie familiale, en passant par les festivités qui ponctuent son existence, sont foncièrement marquées par la sorcellerie. Car, pour tout Africain bien informé, derrière le calme apparent que présentent ces organisations, se profile toute une gamme de relations invisibles aux yeux du commun des mortels dont seuls les initiés, encore appelés voyants ou sorciers, possèdent le secret. Étymologiquement, le terme sorcellerie vient du latin sors qui désigne un lot, un tirage au sort ou encore, par extension, l'acte de consulter les dieux, vu certainement le lien du tirage au sort avec les divinités chez les Romains. Toutefois, dans la langue française, la sorcellerie découlant dusorconnaît un léger décalage péjoratif latin en signifiant non plus un destin quelconque révélé par le tirage au sort ou par le moyen des dieux, mais le « mauvais sort jeté par quelqu'un, qu'on nomme donc
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1 sorcier. » Dans cette perspective, elle évoque en français la manipulation consciente d'actes visant à produire des effets socialement maléfiques et se confond à la magie malfaisante. Elle désigne ainsi « soit un ensemble de pratiques rituelles destinées à nuire en provoquant accidents, maladies ou mort, soit les qualités inhérentes à un individu qualifié de sorcier en raison des pouvoirs 2 maléfiques dont il est doté. » Cette vision de la sorcellerie est celle qui a dominé et domine aujourd'hui encore l'esprit occidental ; elle semble, toutefois, réductive au regard des réalités sorcellaires de nombre de peuples, africains et non-africains, où elle acquiert plutôt un sens beaucoup plus large et ambivalent. Chez ces derniers, en effet, la sorcellerie, sans nier son aspect négatif et maléfique, se présente avant tout « comme une intelligence et un pouvoir d'une autre nature, qui dépasse l'intelligence et le pouvoir humains ordinaires, qui permet de dominer et de nuire à la vie et aux biens des autres ; aussi bien que de protéger ou de réaliser certains 3 désirs » Il s'agit donc d'un pouvoir invisible, souvent 1  G. HULSTAERT, « Les Mongo et la sorcellerie », inAnnales Aequatoria; cf. J. CHEVALIER, vol. 4, 1983, p. 6  A. GHEERBRANT,Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Paris, Robert LaffontJupiter, 1982, p. 899. C'est le sens que prend aujourd'hui le terme sort. Selon le Petit Robert, celui-ci renvoie à un « effet magique, généralement néfaste, qui résulte de certaines opérations de sorcellerie », et a comme synonymes « charme, ensorcellement, jettatura, maléfice, sortilège», mauvais œil, etc.Le Nouveau petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Le Robert, 2010, p. 2400. 2 J.-M. SALLMANN (dir.),Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, Paris, Librairie Générale Française, 2006, p. 663. 3  T. DZAKAL'entrepreneuriat congolais àMILANDOU, «  M. l'épreuve des pouvoirs magiques. Une face cachée de la gestion culturelle du risque ? », inPolitique africaine, n° 56, 1994, p. 108. Ce glissement dans la conception de la sorcellerie montre bien son 8
inconscient, par lequel un individu ou un groupe d'individus agissent négativement ou positivement sur les personnes et les objets. Dans cette optique, la sorcellerie est une réalité à double facette qui fait partie d'une vision religieuse où interviennent également des esprits ou des forces extérieures. Elle se distingue de la magie qui est une technique accessible à tous au moyen de laquelle un initié peut manipuler un certain nombre de forces et modifier par ce procédé l'ordre naturel des choses. Toutefois, elle n'ignore absolument pas cette dernière qu'elle intègre, du reste, dans nombre de cas, dans sa pratique et ses manifestations visibles.
caractère fluctuant, en fonction des époques, du contexte, des individus, etc., qui peut même, sans se confondre à elles, englober un certain nombre de réalités dont plusieurs apparaîtront dans notre travail. Il s'agit, entre autres, de la magie (ensemble de croyances et de pratiques reposant sur l'idée qu'il existe des puissances cachées dans la nature, qu'il s'agit de se concilier ou de conjurer, pour s'attirer un bien ou susciter un malheur, visant ainsi à une efficacité matérielle), de la divination (art de prédire l'avenir par l'observation et l'interprétation de certains phénomènes), de l'occultisme (ensemble des théories et des pratiques fondées sur la théorie des correspondances, selon laquelle tout objet appartient à un ensemble unique et entretient avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non temporels et non spatiaux. Les pratiques se classent en mantique, magie et alchimie. L'occultisme culmine dans la théosophie), du fétichisme (ensemble des pratiques qui placent le fétiche au centre des croyances et des pratiques religieuses), du maraboutisme (allégeance collective et culte d'un clan ou d'une tribu à un marabout ou maître d'une confrérie islamique, qui est supposé lui apporter sa bénédiction), de l’idolâtrie(culte rendu à des idoles ou à des créatures adorées comme la divinité même), etc. Cf.Dictionnaire Larousse. 9