La sortie de religion est-ce une chance?

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Le processus de sécularisation qui touche nos sociétés a interpellé ces cinq prêtres-ouvriers qui eux y virent une chance. Les réflexions du théologien Joseph Moingt et du philosophe Marcel Gauchet sur "le christianisme comme religion de la sortie de religion" les ont beaucoup marqués. Vivant dans un contexte de sortie de religion, leur conviction est que les chrétiens sont invités à être des acteurs de la réussite de l'humanité. Ils nous proposent de saisir cette chance.
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
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EAN13 : 9782336256900
Nombre de pages : 194
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La sortie de religion, est-ce une chance ?

Religions et Spiritualité Collection dirigée par Richard Moreau
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue inter-religieux. Dernières parutions Francis LAPIERRE, Saint Luc en Actes ?, 2010. Georges BONDO, Analogie de l'Avent. Transcendance de l'extériorité et critique anthropologique, 2010. André THAYSE, Dieu caché et Réel voilé. L'une et l'autre Alliance, 2010. NGUYEN DANG TRUC, Bouddha, un contemporain des Anciens Grecs, 2010, Philibert et Dominique SECRETAN, Fêtes et raisons. Pages religieuses, 2010. Roger BENJAMIN, Nature et avenir du christianisme, 2009. Philippe PENEAUD, Le visage du Christ. Iconographie de la Croix, 2009. Philippe PENEAUD, La personne du Christ. Le Dieu-homme, 2009. Geneviève SION-CHARVET, Bible et Coran à l’école laïque, 2009. Edgard EL HAIBY, Théologie et bioéthique chez Karl Rahner, 2009. Philippe LECLERCQ, Le Christ autrement dit. Essai de théologie interreligieuse, 2009. Jacques RIBS, L’Occident chrétien et la fin du mythe de Prométhée. La rupture fondatrice du monde moderne, 2009. Claude Henri VALLOTTON, Suis-je encore croyant ? Un itinéraire spirituel, 2009.

Michel Gigand, Michel Lefort, Jean-Marie Peynard, José Reis et Claude Simon

La sortie de religion, est-ce une chance ?

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12280-2 EAN : 9782296122802

Note de l'édition

Prêtres-ouvriers de la région de Caen, français ou portugais, célibataires ou mariés, cinq hommes témoignent de leurs engagements dans l'Église catholique et dans le monde au cours des cinquante dernières années. En ces temps de sécularisation, de déchristianisation et de remise en cause de toutes les institutions, y compris religieuses, ces pages font mémoire d'une page importante de l'Église de France au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, à savoir de celle de ces hommes qui s'engagèrent comme prêtres au service de l'évangélisation de la classe ouvrière. Ce livre est donc un témoignage précieux au moment où cette génération de prêtres est en train de disparaître, alors qu'elle a peu écrit. Il permet de bien saisir une ambiance religieuse dans le monde catholique de l'époque tant en France qu'au Portugal. Un regret. Quelques expressions agressives à l'égard de l'institution romaine auraient pu être évitées, mais n'oublions pas que cet ouvrage n'est pas tant une étude qu'un « cri », un témoignage de cinq militants. Il faut donc l'accueillir ainsi.

Richard Moreau

Sommaire Prologue : Présentation de la recherche ..................... 15 Chapitre 1 : Un monde en processus de Sécularisation ................................................................. 19
Qu’est-ce que c’est ?.................................................................19 D’où vient ce phénomène ? ......................................................21 Que ne faut-il pas entendre par sécularisation ? .......................23 Les caractéristiques du processus de sécularisation .................24

Chapitre 2 : Dans le passé une religion catholique englobante .................................................... 27
Témoignages de notre passé .....................................................27 Bref aperçu de ce que vont être nos témoignages.....................27 Petites histoires de nos vies : nos témoignages sur l'aspect religion.........................................................................30

Chapitre 3 : Qu’est ce qu’une religion de salut ?........ 49
Exemples d’interdits qu’elle met ..............................................50 Exemples d’accommodements qu’elle s’autorise.....................53

Chapitre 4 : Notre vécu en classe ouvrière n’a cessé de modifier notre façon de croire ................................. 61
Courte synthèse de nos évolutions............................................61 Nos témoignages ......................................................................63 Le contenu de la foi chrétienne.................................................82 Nous vivons la foi chrétienne dans un contexte différent du passé......................................................................82 Le Dieu de Jésus est différent de celui des religions et des philosophies....................................................................84 À propos de la création.............................................................86 À propos de l’intervention de Dieu dans le monde ..................86

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Une autre représentation de Dieu, évangélique celle-là ! .........88 La foi chrétienne dépasse la religion qui la porte .....................90 La foi chrétienne repose sur des témoins..................................92 Les événements internationaux nous ont aussi fait évoluer......93

Chapitre 5 : L’interprétation de la révélation de Dieu dans l'histoire ................................................................. 97
Qu’est-ce que la formation « Lire la Vie, Lire la Bible » ? ......97 L’évolution dans la lecture des Écritures................................102 Dans le passé, la Bible et son interprétation officielle étaient intouchables............................................................................103 La « désacralisation » de la Bible...........................................104 La Bible est à lire dans son temps ..........................................105 La Bible, parole d'homme.......................................................106 La bible, parole de Dieu pour le chrétien ...............................107 Les pratiques croyantes de Jésus et de son collectif ...............109 Les actes « cultuels » de Jésus et de son collectif...................112 L’utilisation des Écritures.......................................................113 De Jésus-Christ à nous : la continuation de la révélation de Dieu....................................................................................115 Regard sur le collectif Jésus et son attitude vis-à-vis de la religion de son temps..............................................................117

Chapitre 6 : L’évolution de nos pratiques chrétiennes .................................................................... 121
Les Églises au début du christianisme. Rapide coup d’œil ....122 Clarification du mot « pratiques » ..........................................124 Participer à faire réussir l’humanité, c’est l’objectif de nos pratiques chrétiennes ..............................................................125 Notre participation aux luttes .................................................129 En fidélité au message évangélique et à sa traduction historique dans le déroulement du christianisme.....................................141 Parler dans un langage accessible aux travailleurs .................143 Des actes parlants ...................................................................145 Nos actes « cultuels », célébrations de nos pratiques chrétiennes..............................................................................147 L’Eucharistie ..........................................................................148

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La prière..................................................................................150 Autres acte cultuels.................................................................151 Le ministère presbytéral .........................................................153

Chapitre 7 : La sortie de religion................................ 155 Que constatons-nous ?............................................................155 Vivre en chrétiens dans un contexte de sortie de religion ......159 Chapitre 8 : L’humanisme évangélique..................... 161 Acteurs pour la réussite de l’humanité ...................................161 Le salut : ce qu’il est, ce qu’il n’est pas..................................161 Le salut n'est pas balisé par des traditions religieuses ............162 Le salut (la réussite de l’humanité) se joue dans l’aujourd’hui, le quotidien de la vie...............................................................164 Un choix d’humanisation de l’humanité ................................168 Chapitre 9 : Folie de croire... ça ? .............................. 173 Bilan d’étape sur le chemin parcouru .....................................173 Quelques convictions fortes....................................................189 Bibliographie ................................................................ 191

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« La religion s’accommode mal de la liberté de la foi ».
Joseph Moingt, L’Homme qui venait de Dieu, Paris, Le Cerf, 1993, p. 467.

Prologue Présentation de la recherche
Nous entendons souvent dire par des copains et copines, par des proches de nos familles : « Qu’est-ce qui fait que tu continues à être chrétien ? Pourtant toutes tes années de travail et d’engagement en classe ouvrière ne t’ont-ils pas ouvert les yeux ? Tu vois bien que ce que raconte la religion catholique n’intéresse plus beaucoup les gens aujourd’hui ; et toi, malgré tout, tu continues à te dire chrétien ». Notre partage du travail professionnel (entre trente et quarante années de boulot suivant chacun de nous), le compagnonnage avec nos camarades de travail, l’engagement syndical, associatif, politique font que celles et ceux qui nous connaissent bien n’ont pas hésité et n’hésitent toujours pas à nous pousser dans nos retranchements… et nous leur en sommes reconnaissants. Les interrogations qui sont les leurs sont aussi devenues les nôtres. Pas question de les fuir ou de nous enfermer dans des certitudes de foi. Alors nous avons décidé depuis plusieurs années, dans notre petite équipe de prêtres-ouvriers, de n’escamoter aucune des questions : « Est-ce que ça vaut le coup de croire ? Qu’est-ce que croire ? En quel Dieu ? A-t-on besoin de religion ? ... » Sans oublier toutes les questions propres à la religion catholique : « Tu crois aux miracles ? Et à la virginité de Marie ? Et à Adam et Éve ? Et au péché originel ? Et au paradis, au purgatoire, à l’enfer ? » C’est à quantité de ces interrogations que nous avons voulu apporter ici notre façon de voir... Nous ne disons pas, bien sûr, que nous détenons la vérité ; nous ne disons pas non plus que nous avons réponse à

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tout. Simplement nous avons voulu chercher à comprendre si le christianisme, dont nous avons hérité, avait encore un intérêt. Si oui, de quel christianisme parlons-nous ? Nous partageons en effet avec beaucoup de gens ce sentiment : à quoi bon s’accrocher à la foi chrétienne reçue si elle n’a pas quelque chose à voir avec le combat de libération de l’humanité ? Comment avons-nous réfléchi depuis une quinzaine d’années ? Nous sommes partis d’un constat : nos sociétés, occidentales au moins (car nous ne voulons parler que de là où nous sommes), sont traversées par un processus de sécularisation. Ne soyez pas effrayés par le terme sécularisation, nous allons l’expliquer, ce sera l’objet de notre premier chapitre. Il est clair pour nous que ce processus nous a bousculés et nous a transformés... Et cela continue... Nos échanges sur ce phénomène nous ont amenés, avec nos camarades prêtres-ouvriers de Basse-Normandie, à la rédaction d’un texte dont nous reprendrons l’essentiel. À partir de ce constat, les portes ont été grand ouvertes pour creuser sans retenue quantité de mises en question, nos vies de travailleurs ayant tellement interrogé en profondeur la foi chrétienne qui nous anime. Notre recherche a été progressive et a donné lieu à beaucoup de débats qui ont abouti à plusieurs textes, écrits collectifs et individuels. À leur lecture, certains copains nous ont fait part de l’intérêt qu’ils y portaient. Plusieurs nous ont alors demandé pourquoi nous n’en ferions pas un livre. Ce sont eux qui, en fin de compte, nous ont poussés à rassembler toutes ces réflexions. Nous avons alors pris conscience que nous avions un « patrimoine » à léguer, résultat de tout un travail collectif de longue haleine, analysé dans des réunions quasiment toutes les semaines, à l’exception de la période d’été (un peu de vacances quand même !). Chacun de nos écrits a fait le point à un moment donné de nos recherches sans vouloir pour autant fournir un modèle. Il ne s’agissait pas non plus de nous mettre en avant, ni de montrer que nous serions les meilleurs. Ce que vous allez lire est le résultat de beaucoup de débats et de lectures. Nous ne

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citerons pas tous les auteurs qui nous ont aidés (quelques-uns quand même). Les militantes et militants ouvriers écrivent trop peu (c’est dommage !) car ce sont elles et eux qui nous ont le plus bousculés et poussés à comprendre. À ce propos, un camarade postier du Calvados écrit en préface d’un livre : « Hormis de très rares écrits, les paroles ouvrières émergent d’interrogatoires de justice, de rapports des représentants de l’État… Ces hommes et ces femmes qui surgissent au hasard des archives de périodes révolues, ce sont aussi ceux que j’ai côtoyés dans le monde du travail et dans le syndicalisme ».1 Heureusement cela s’est bien amélioré au XXe siècle. Mais les écrits les plus nombreux de la classe ouvrière se font par tracts… Et nous n’oublions pas l’importance qu’ils ont et qu’ils gardent toujours dans notre vécu en classe ouvrière. Dans notre équipe, où nous avons partagé depuis une vingtaine d’années, nous sommes cinq hommes… Et pas de femmes. C’est la conséquence du passé de religion dont nous parlerons plus loin. Il n’y a là aucun mépris pour les femmes, au contraire. D’ailleurs deux d’entre nous (les Michel) sont mariés et depuis environ cinq ans nous faisons partie d’une « équipe de chrétiens en classe ouvrière » qui se compose aujourd’hui de femmes et d’hommes. L’évolution dont nous parlerons, elle est là aussi. Désormais quand nous prenons la parole publiquement nous le faisons avec cette équipe dont il sera plusieurs fois question dans ce livre. Nous ne reprenons pas nos écrits dans leur ordre chronologique, car il nous semble que nous devons d’abord expliquer ce qu’est le processus de sécularisation, ensuite parler de notre vécu concret dans le passé, du point de vue de la religion, et analyser ce qu’est une religion de salut (objet des deuxième et troisième chapitres), enfin et surtout témoigner de
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Pierre Coftier, J’entends l’alouette qui chante. L’éveil d'un monde ouvrier, Calvados 1789-1919, Cabourg, Éditions des Cahiers du temps, 2003, p.1.

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notre vécu en classe ouvrière. C’est ce parcours engagé dans la vie et les luttes ouvrières qui nous a fait interroger le message évangélique. Est- ce que la foi « étouffe » ? De quelle Bonne Nouvelle libératrice le christianisme a-t-il été porteur à son origine ? La foi des débuts du christianisme a-t-elle perdu de sa valeur ? Ou bien peut-elle toujours être force, dynamisme pour l’humanité d’aujourd’hui ? C’est ce que nous allons aborder ici et nous voulons le faire sans dérobade. Entrons dans le vif du sujet !

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Chapitre 1 Un monde en processus de sécularisation
Qu’est-ce que c’est ?

Historiquement le mot sécularisation définit un processus irréversible par lequel l’être humain, prenant en main sa destinée, les sociétés deviennent autonomes par rapport à la tutelle des Églises, des religions. « La sécularisation n’est pas, comme le veut l’ensemble des théories de la sécularisation, une désacralisation du monde menée par l’avancée irréversible de la rationalisation dans tous les domaines de l’activité humaine ; elle est un processus essentiellement libérateur puisque, « grâce à elle, l’homme devient adulte et se découvre comme sujet responsable d’une histoire qui a cessé d’être un « fatum »2 ; c’est à l’avènement d’un christianisme adulte, sans religion, tout de spiritualité que nous invite le théologien et non à un accommodement avec la modernité ».3 La sécularisation, c’est le produit d’une évolution des sociétés : elles deviennent alors profanes, laïques, échappent au monde « ecclésiastique » ; elles deviennent autonomes dans tous les domaines : politique, moral, scientifique ; elles se
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Fatum = destin. CR de F.Warin de l’ouvrage de Harvey Cox, La cité séculière, 1969.

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