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La spiritualité en perspectives

De
288 pages
L'originalité des Essais ici proposés tient à ce que l'on a demandé à des Praticiens de la Psychopathologie, de la Psychanalyse, des Soins palliatifs, mais aussi de la Philosophie, de l'Histoire, et à des représentants de pratiques religieuses ou initiatiques, de parler librement de ce que leur évoque spontanément l'idée de "Spiritualité" dans l'ancrage de leur profession ou de leur exercice. Les réponses, on l'imagine, ont été des plus variées. Mais, au-delà des divergences marquées, tous les contributeurs se sont rencontrés dans un même souci du Respect de l'Homme en quête de son Image.
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LA SPIRITUALITÉ PERSPECTIVES

EN

Rencontres interdisciplinaires
(Neuropsychologie, Psychiatrie, Médecine, Psychologie, Philosophie, Histoire, Pratiques)

cg L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7123-8 EAN 9782747571234

Sous la Direction de

Jacques CHAZAUD
Avec le concours de : Michel de Boucaud, Monique Charles, Jean-Claude Colombel, Jacques Grignon, Olivier Labergère, Philippe Prats, Raymond Sala.

LA SPIRITUALITÉ EN PERSPECTIVES
Rencontres interdisciplinaires (Neuropsychologie, Psychiatrie, Médecine Psychologie, Philosophie, Histoire, Pratiques)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

FRANCE

AVANT PROPOS

Ce recueil n'est pas un livre de Spiritualité. Ce n'est pas, non plus, à proprement parler, un ouvrage sur la Spiritualité. Un tel travail demanderait qu'on en définisse d'abord formellement le concept, lequel erre comme il est facile de le constater en consultant les dictionnaires - entre la philosophie, les représentations religieuses et la sociologie. Il s'égare même, sous la forme d'un certain « spiritualisme », jusque dans les impasses de l'occultisme. Il ne s'agira donc pas, ici, de cerner une Essence ou, encore moins, une Quintessence~ Tout au plus l'un d'entre les auteurs évoquera-t-il, dans un domaine limité, quelques-uns de ses usages à des fins opérationnelles, pour ne pas dire opératoires. . . Alors? Alors, toute l'originalité (si l'on veut bien leur en reconnaître une) des Essais ici proposés tient à ce qu'on a demandé à des praticiens (pour ne pas dire « pratiquants») de la psychopathologie, de la psychologie, de la psychanalyse, des soins palliatifs, mais aussi de la philosophie et de l'histoire, de parler librement de ce que leur évoque spontanément « l'idée» de Spiritualité, dans l'ancrage de leur profession et des thèmes privilégiés qu'elle leur inspire. Les réponses, on l'imagine, sont très variées. D'autant qu'un malin génie a voulu que plus d'un contributeur ait une double, voire une triple pratique. Par ailleurs, on sait qu'il est banal que les options fondamentales de chacun ne soient pas obligatoirement « conformes» à la méthodologie de son métier déclaré. Ecce Homo! C'est en parfaite connivence qu'ont accepté de participer à l'entreprise celui (ou celle) qui croit au ciel et celui (ou celle) qui n'y croit pas, comme celui (ou celle) qui ne sait que croire; celui (ou celle) qui pratique une forme de culte ou de rite, et celui (ou celle) qui pense en marchant, en parIant ou en œuvrant.

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Mais si, pour certain( e)s, dans sa patience infinie, «le ciel peut attendre» (selon le mot du grand réalisateur Frank CAPRA),tous les participants de cet ensemble se sentent pris dans l'urgence d'une certaine Image de I 'homme où la question de la Spiritualité se présente frontalement. Elle subit, selon les opinions de chacun( e) ou son « équation per... sonnelle », divers traitements. Ici on parlera de sa genèse, là de ses semblants, ailleurs de ses lisières, ou de son sens d' « englobant» ou d'inspiratrice de l'action. Elle se trouvera aussi évoquée par allusion ou dans l'exemplarité, faisant récit, d'une ancienne et exceptionnelle rencontre, mise en situation et suivie dans sa durable présence. Cette notion de «Rencontre» (et ses dévoiements possibles) est certainement l'une des rares à faire le liant (ou le lien) de l'ensemble. Pour autant que l'on tienne à quelque homogénéité dans ce qui s'est d'abord voulu comme un exercice d'ouverture... d'esprit, de discussion et de mutuelle tolérance.
Jacques CHAZAUD

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CHAPITRE 1

LE CORPS, AUTEUR DE SPIRITUALITÉ?
par Jacques CHAZAUD

Jean LHERMITIE,grand neurologue, Académicien de Médecine et bon catholique, entretenait l'idée que si l'arc des cathédrales gothiques avait pu être conçu, cela était dû à l'impression, dans l'âme de l'architecte, d'une structure de son corps: celle de la texture interne du col du fémur... Certaines données de l'observation de ma pratique pédopsychiatrique et psychanalytique m'ont conduit à penser que ce n'était pas là une idée forcément folle, si j'en croyais certains rêves qui suggéraient - sinon une mémoire du corps - des traces ou inscriptions, des aventures du développement prénatal ou précoce de l'organisme. Ceci pour annoncer je me propose de chercher ici, en tant que médecin, neuroscientiste et anthropologue, ce que sont les figures et analogons biologiques ou physiologiques de la spiritualité. Étant entendu que je prendrai ce dernier terme... polysémique jusqu'à l'équivocité dans ses dislocations connotatives - dans son sens le plus commun: étroitement religieux. Ce qui ne signifie pas que j'entende prêcher pour une paroisse ou combattre d'autres chapelles, ni imposer un dogmatisIne réductionniste scientiste borné (qui serait d'ailleurs contradictoire avec ma position philosophique).Je n'entends, je le répète, que simplement énoncer des faits d'analogie, non sans risquer toutefois de transgresser, malgré tout, mon désir de bienveillante neutralité mais en gardant, du moins je l'espère, un esprit d'ouverture et de réceptivité Je commencerai d'ailleurs par un « miracle» lié à un stade défini de la maturation nerveuse: Celui de voir, un jour, son enfant se lever sans appuio.. Certes, il y avait déjà eu,

depuis longtemps, d'éphémères et inconstants réflexes de redressement, des réactions de peur de la chute (cette chute qui sera métaphorisée dans les expressions ultérieures de la vie morale). Il existera aussi, plus tard, des réactions toniques de prestance, sorte d'orgueil organique à l'approche de l'altérité reconnue. Mais s'ériger, tenir debout, droit, c'est une autre chose qui introduit la dimension humaine de la verticalité et donc une transcendance physiologique arrachant à la pesanteur pour conquérir la grâce. On a donné beaucoup de définitions de l'Homme: animal raisonnable; zoon politikon; le rieur au pouce opposable; le « parlêtre ». Il y a en lui de tout cela; mais je pense que c'est d'abord « l'animal orthostatique» et que là se noue, si ce n'est son destin, la manière corporelle de son« dasein »», de son Être-Là. Être debout c'est dessiner une ligne rejoignant ciel et terre, entre Là-Haut et Ici...Bas; la tête sous le soleil, les pieds sur une terre qui recouvre un sous sol. On sait que cela en~ traîne inexorablement des « rêveries », pour parler comme BACHELARD. rattache toute une symbolique de légendes, S'y peuplées de puissances d'en haut, de forces telluriques et souterraines. Dans l'axe du monde de l'homnle qui tient debout, partout et toujours le haut c'est la grandeur, l'élévation, alors que la bassesse, dit DE GREEFF,se trouve sous nos pieds. Haut et Bas forment un axe de polarisation pour la projection anthropomorphique génératrice des idées morales et religieuses. Certaines techniques psychothérapiques exemplifient la fonction fabulatrice qui caractérise le fait biologique de la verticalité humainei Le rêve éveillé dirigé, selon la méthode d'imagination active de mouvement de Robert DESOILLE, montre, même chez le plus matérialiste d'entre nous, et quel que soit son statut social, son niveau d'éducation, que l'homme debout est, dans sa seule représentation, un « mythomane» invétéré, et que son cosmos intériorisé a son ciel rempli d'êtres de lumière, de puissances tutélaires, alors que, dans la noirceur des entrailles de la terre, se trouvent des 10

entités maléfiques. À la descente se lie la régression aux plus vieilles angoisses archaïques « objectivées »; le franchissement des obstacles ascensionnels ouvre la voie des subli.. mations. Dans l'imaginaire de KANT, le ciel étoilé au dessus de sa tête représentait l'Impératif de la conscience... Voilà ce qui résulte d'avoir une maturation staticoéquilibratoire et cortico-motrice acquise à douze mois. Mais, de plus, « l'Érectus» a deux bras et une asymétrie fondamentale des fonctions nerveuse. Le plus généralement, avec la prédominance de l'hémisphère gauche, la priorité est à droite! DE GREEFF,dont les idées sont profondément incorporées dans une conception générale neurobiologique, parle de la droite comme de ce que nous peuplons spirituellement, comme du connu, du familier, de la sécurité, du bienveillant: place d'honneur de l'invité, siège d'élection auprès de Dieu. La gauche (Ce sont, là encore, des condensations symboliques structurelles!) est «sinistre », lieu des mauvais présages, de la méprise (<< mauvaise prise » ?), de la
« DŒaladresse ».

On connaît encore très mal le monde des gauchers, qui sont loin de l'être toujours puremellt et simplement, même s'ils ne sont plus systématiquement «contrariés ». Mais, droitier ou gaucher, lorsque l'être humain étend ses bras à l'horizontale, il fait la croix dont le signe graphique se retrouve pratiquement dans toutes les représentations culturoreligieuses. Jambes écartées et bras ouverts vers le haut ça fait, avec la tête, un pentagramme. Inscrivez-le dans un cercle, ou faites lui inscrire une étoile: le pythagorisme avec le Nombre d'Or et sa spiritualité mystico-mathématique ne sont pas loin. Ça a inspiré les bâtisseurs de lieux de culte et alimente toujours les spéculations philosophico-pratiques de quelques architectes; la retombée s'en retrouve encore sous la forme de l'étoile à cinq branches ftappée sur moult drapeaux et allégorise, aussi, l'Orient initiatique. Le troisième axe de notre corporéité est moins riche. Certes le devant est ouverture spatiale et lieu de déplacement. Il

Progresser, c'est «aller de l'avant» et reculer c'est fuir. Il faut encore, dit-on, protéger ses arrières, car ce qui se passe dans le dos est potentiellement dangereux et lié à « l'imprévu », à l'invisible menace. Possiblement lié au maléfique, ceci reste cependant généralement plutôt profane; sauf dans Ie gospel: « Ô when the saints go marching in »... Mais notre homme debout, qui peut se laisser aller à la rêverie en s'asseyant ou en marchant, ne fait pas, en s'allongeant, que rêver éveillé à ses axes cosmiques. II dort et, quand il dort, il rêve selon des mécanismes phasiques dont on connaît de mieux en mieux les déterminismes neurophysiologiques et les circuiteries encéphaliques d'implémentation. Et cela le conduira très loin dans les profondeurs du psychisme, mais d'abord, et primitivement, dans l'autre monde. Sans faire de raccourci hâtif entre l'enfant de PIAGET et le primitif: le rêve qui est « réveil interne» - est d'abord spatialement «réalisé ». Cela se retrouve chez les Grecs homériques, où - au moins pour le chrematismos remontant par la « porte de come» - c'est un être, dieu, fantôme, parent ou ami, qui se tient au-dessus de la tête du rêveur et lui donne des oracles, des admonestations, des messages. On conçoit que l'ethnologie classique ait vu dans le rêve une source de la croyance aux esprits et, pour partie, à celle de l'âme (qui tient auss~ avec l'ombre, au double spéculaire qui rejoint d'ailleurs la figuration onirique de soi et son détachement corporel pour des promenades nocturnes chez les vivants et les morts). Je ne sais s'il existe encore des inspirés à qlli Dieu parle en songes. Le dernier a peut-être été le cavalier mercenaire René DESCARlES qui rencontra en rêves l'Esprit de Vérité, près d'UJm, le 10 novembre 1619... Je ne m'apesentirai pas ici sur les spéculations, même les plus brillantes, des tentatives de psychanalyse appliquée qui s'appuient sur l'analogie entres figures de rêve et mythologies religieuses pour affirmer que le mythe est le rêve collectif de l'humanité; quand bien même le philosophe Paul

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RICŒURreconnaît, à côté de «résonances cosmiques hiérophaniques» et de l'image poétique, une composante onirique du symbolisme sacré et religieux qui « lui donne à penser ». En discuter nous entraînerait dans de trop vastes considérations méthodologiques sur les relations entre image, fonction et structure. Remarquons simplement que LÉVI-STRAUSS identifie, en dernière analyse, les combinatoires formelles de ses « Mythologiques» au code de l'A.D.N. !!!. Dans la ver... sion de JUNo, symboles oniriques, psychotiques, mythiques, religieux, participeraient d'une même «archétypologie» issue de préformes matricielles héréditaires, inscrites dans le cerveau. Est-on si loin alors d'un BERGSONvoyant dans les mythes de la religion « close» une expression biologique de l'instinct de conservation? Tout près du rêve, il nous faut survoler de nombreux états oniroïdes : - L'extase est un état de conscience fascinée, ravie par sa vision contemplative avec suspensioll de la motricité et des sensations, ralentissement des fonctions végétatives. Le sujet est exclusivement concentré sur son imagerie à thème d;apparitions religieuses, souvent érotisées. L'extase est au premier chef le lot de l'hystérie, état morbide encore très mal connu et sur lequel nous ne possédons, objectivement, que de renseignements partiels, comme la non réactivité de l'électroencéphalogramme à la stimulation douloureuse. Et aussi la certitude de la possibilité de sueurs ou de larmes de sang, voire des gangrènes sèches et nécroses qui évoquent les stigmates. On connaît encore une « extase pathétique» avec attitudes de crucifixion. On a pu en reproduire les attitudes par l'injection d'un alcaloïde (la bulbocapnine) chez le... macaque! On pense inévitablement ici aux extases visionnaires des Mystiques. Mais on sait que Thérèse D'AVILArejetait, au moins certaines d'entre elles, comme «songeries» et «rêveries» et qu'elle était fort loin de s'en réjouir mais se plai13

gnait, au contraire, d'être « aflligée » par des « révélation ». On sait pareillement que Jean de la Croix les considérait (même lorsqu'elles étaient, selon lui, inspirées par Dieu!) comme un elnbarras sur la voie de la néantisation dans l'abîme de la foi. Ce même Juan de YEPESne concevait ses voix que comme effet de langage d'un soi dédoublé, et Terey sa de CEPADA AHuMADAcomme une réponse externalisée, donc suspecte, à une question à peine formulée. Pas si fous les Saints? Laissons leur, même si, parfois, ils se contredisent dans leurs révélations (ainsi de Sainte Brigitte et de Sainte Catherine de Sienne sur le statut de la Vierge), très largement le « bénéfice du doute» ! Notre ami, l'Abbé Jacques GRIGNON,a concré une volumineuse thèse de Louvain, malheureusement inédite, à l'expérience sanjuaniste dans sa différence avec I 'hallucination morbide. - Une place à part doit être réservée à l'épilepsie. À côté de «l'état de rêve» de la crise dite uncinée, il existe occasionnellement dans l'épilepsie « temporale» une indicible émotion de « survol temporel» instantané. Accompagnée de félicité et de béatitude, elle réalise la plénitude d'une communion cosmique dans l'englobant d'un état de joie transcendantal. Ces états d'exception, Fiodor MIKHAÏLoVITCH en savait quelque chose qu'il a projeté sur son « innocent}) Prince Michkine... Mais il en est d'autres formes. Mon ami le docteur Robert Michel PALEMa enregistré une crise accompagnée d'hallucinations visuelles christique et virginale que son patient s'évertuait à lui montrer... en vain ! ...On doit aussi relever qu'il existe des techniques contrôlées de l'extase. L' omphalopsychie (forme mystique du « se regarder le nombril») de Saint Siméon, est une technique de concentration et, en somme, de privation sensorielle avec modification de la respiration, qui aboutit, proprio sensu, à l'illumination (vision de la « lumière du cœur » qui qualifie aussi, sous d'autres climats, le Vajrasatta). Le Zazen en est proche. Son intérêt est d'avoir fait l'objet d'études physiologiques. Dans cette induction volontaire d'un état 14

logique~_ Dans cette induction volontaire d'un état modifiéde
conscience, on observe un.e réduction du métabolisme; une forte augmentation de la résistance électrique de la peau; des modifications neuro...végétatives; des changements significatifs de l'activité électrique cérébrale (avec augmentation d'ondes alpha lentes dans les régions :frontales et centrales, parfois des ondes théta ftontales prédominantes). On remarque, sur l'imagerie par tomographie par émission monophotonique, des modifications (à type d'extinction) des «aires d'orientation spa-tiale» lorsque le méditant se fond dans un infini de lumière et de joie. Ces résultats ont été confirmés chez une franciscaine orante. - Proche de l'extase est la Transe. Elle intervient dans les pratiques chamaniques, le rituel vaudou, les techniques de fusion divine des derviches. Elle est procurée par des danses, des rythmes répétitifs, la prise de drogues dans une ambiance d'exaltation collective. Il est inutile de s'étendre sur la transformation de !'HaItien en «cheval» d'un esprit Loa, sinon que nous pourrions avoir l'impression d'une grande crise d'hystérie, alors qu'il s'agit d'un phénomène social et que l'extraordinaire filin de Jean ROUCH,Les Maîtres fous, nous montre des transes cathartiques conjuratoires... magiques, sinon «laïques », permettant à des populations indigènes de supporter l'aliénation coloniale... Nous n'insisterons pas non plus sur les cactaces et chmnpignons qui~ via la mescaline, la psilocybine etc., font «les yeux émerveillés» et servent aux cérémonies sacrées des indiens du Mexique. L'ingestion de cette «chair des dieux» leur apporte des révélations par un bon usage, socioculturellement contrôlé, de leurs hallu-cinations et fantasma... gories toxiques. L'usage dévoyé qu'en ont fait les adeptes du mouvement psychédélique, absorbeurs de pilules d'étemité~ a abouti aux retombées de l'extase « sur mesure» dans la démesure de !'ecstasy.... ...C'est le moment de rappeler que l'analogie hallucinations/visions /rêves est classique. Georges DUMASa fait 15

une étude exhaustive du surnaturel et des dieux qui peuplent les hallucinations des psychoses. Pour l'anecdote, j'évoquerai ici le cas du Père SURINqui, après avoir exorcisé l'épidémie de démonomanie des Ursulines de Loudun, fut atteint d'un syndrome d'automatisme mental avec délire de possession, sentiment d'emprise, de vol de la pensée. J'en rapprocherai le cas d'tm responsable communiste que ses camarades conduisirent dans mon service après qu'il eût l'intuition soudaine de la présence divine dont il recevait des « locutions muettes », et qu'il se mit à prêcher dans les cellules. J'eus à peine le temps de relever quelques signes neurologiques discrets. Le lendemain il était mort. Sa famille s'opposant à l'autopsie, je n'ai pu trouver les empreintes de Dieu sous mon scalpel... - Nous pouvons désormais, à parler un peu rapidement, voir les hallucinations sur l'ilnagerie cérébrale,. mais il n'est plus temps de convoquer la Pucelle pour pratiquer une résonance magnétique fonctionnelle de son cerveau. Cela ne nous permettrait d'ailleurs pas forcément de nous prononcer sur la cause, et encore moins le contenu, de ses voix et de ses visions ainsi « objectivées»" Je n'exclue pas, pour ma part, ce qu'affirmait déjà LIÉBEAULT des apparitions religieuses, qu'une imagination affectivement exacerbée puisse déborder vers le sensorium., pour donner une figuration à leurs émotions, leurs représentations et à leurs désirs profonds, chez des personnes (peut-être de complexion particulière) de foi intense, immergées dans un contexte historico-culturel donné, et un climat spirituel de croyances vivantes; surtout si elles se trouvent pour une raison quelconque (oraison, déprivation relative de stimulations captatrices d'attention etc...) dans un état modifié, même légèrement, de conscience. Mais il s'agit là d'une question disputée; nombre psychiatres n'admettent plus à notre époque, entre l'anatomo-pathologie et le surnaturel, l'entraînement du psychisme par des causes passion... nelles (et/ou sociales) naturelles; ce qu'un von MONAKOW appelait l'envahissemerlt de la sphère de l'orientation et de la causalité par celle des instincts. En nos temps, les théories 16

organo-dynamiste et cognitiviste de l'hallucination l'ont majoritairement emporté sur les théories « projectives» du phénomène... Récemment, cependant, MARTINOTet ses collaborateurs de l'INSERM ont rouvert le dossier des « interférences affectives» dans les hallucinations. Ils ont constaté à l'imagerie (IRMf) des différences d'intensité et de localisation des activités médio- frontales et cingulaires dans le traitement des informations émotionnelles selon la personnalité. Ils écrivent qu'il est donc «possible de spéculer qu'une charge affective excessive de cette région "carrefour" puisse perturber les fonctions de contrôle qu'elle exerce sur d'autres régions "d'intégration cognitive" et perturber les mécanismes de feed-back interrégionaux qui évitent qu'une représentation soit perçue comme étrangère au champ de conscience ». Je me souviens ici d'une patiente antillaise qui faisait une dépression consécutive au décès de sa mère et qui voyait cette dernière, et parlait avec elle, tous les soirs. Cette hallucination isolée, qui faisait partie d'un travail de deuil difficile, s~est rapidement dissipée sans autres manifestations anormales (mais culturellement acceptée, selon une infirmière de même origine) que la conviction persistante, après-coup, de la réalité de ces « retours de chez les morts» (comme disait ma patiente). Je ne me prononcerai pas sur le cas du « conseil » des Archanges et des Saints de Jehanne ROMÉE(dite Jeanne d'Arc). Mais je ne conçois pas que l'on puisse considérer le si mystérieux daïmonion de Socrate (cet « enfant bâtard du dieu », ainsi que le nomme l'Apologie de PLATON)soit autre chose que la « Personnification» (selon l'expression de KEs.. SIDISreprenant un siècle plus tard, et sans le savoir, celle de BRIERRE DEBOISMONT), u l'extemalisation de la « voix» de o sa Conscience morale (verbum caro factum est...). Nous ne sommes plus au temps où LÉLUTdiagtl0stiquait en SaCRATE (pour des raisons que j'ai montrées ailleurs politiques) un aliéné excentrique! Curieusement, à l'inverse de celui de Jeanne, le conseil de SOCRATE, i l'on en croit PLATON, e lui s n 17

donnait que des avis dissuasifs du type: «ne fais pas ». Il pourrait donc s'agir - plus que d'une intuition figurée d'un retour de l'origine auditive de son Sunnoi (et non d'une expression de son Idéal). Toute proportion gardée, cela me rappelle une expérience de jeunesse, alors que je m'étais assoupi et fut brusquement réveillé par un appel de ma mère criant mon prénom. Je descendis au rez-de-chaussée et fut très surpris de ne trouver personne. Je remontais alors à m011bureau pour me remettre au travail (ma mère avait une exigence aussi affectueuse qu'insistante de me voir réussir !). Apparemment, si je puis m'exprimer ainsi, je n'étais pas arrivé à en.dormir mon Surmoi avec moi! Je sais qu'on attribue ce genre assez courant d'hallucination, dite hypnagogique (MAURY,LEROY),à la phénoménologie de la phase de transition entre le sommeil et le retour à la vigilance. Mais, dans mon expérience vécue, je l'ai ressentie comme un... appel à la vigilance contrariant ma paresse. Je n'entends pas, bien évidemment, soutenir comme faisant preuve, cette interprétation de «ma» voix, très esthésique et différente des discours dans le rêve. Les circonstances particulières de son apparition (la préparation d'exwnens importants et la culpabilité liée à la constatatioll de mon laisser-aller) m'a possiblement induit à plaquer une signification ad hoc sur un phénomène physiologique banal de seuil ou, selon l'expression employée par OSWALDda.ns son admirable ouvrage, sur une manifestation de fluctuation physiologique des « confins de réalité »... Mais qu'en était-il de DESCARTES ui, au sortir de sa longue réclusion, se sentait q suivi par un personnage invisible qui lui criait de poursuivre sa recherche de la Vérité? Le Sieur du Perron était, il est vrai, un gros dormeur. Mais, en l'occurrence, il était réveillé et se promenait. Puissent tous les hallucinés être des DESCARTES! Pour en revenir aux Spirituels et autres visionnaires, mon ami Jacques GRIGNON,docteur en théologie et en psychologie, qui a scruté l'œuvre et la vie du grand Religieux

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espagnol Juan de la CRUZ, nous a rappelé que

commun Maître Henri EY

...

il n'y avait aucune différence

- selon notre

entre les psychoses hallucinatoires, l'expression délirante et l'expression mystique,. sinon celle du sens et de la fonction de celles-ci dans l'ouverture de l'existence. C'est ce que j'ai dit, à ma manière, à propos des évaluations transculturelles. Aussi bizarre et étrange qu'apparaissent la nature et le contenu d'une expression, elle doit être considérée comme normale (ce qui ne signifie pas qu'elle témoigne en faveur de sa vérité intrinsèque) si elle n'a pas pour fonction de couper la communication et n'entrave pas l'interaction en bloquant toute circulation d'échanges dynamiques et symboliques au profit d'une finalité de retranchement ou de clôture défensive. Alors qu'un Africain m'exprimait le vécu hallucinatoire de ses possessions et maléfices dus aux génies et divinités de son ethnie, sa famille me disait: «Nous croyons, nous aussi, aux sortilèges et aux esprits de la forêt et du fleuve; mais comme il vous le raconte, Docteur, ç'est complètement fou! ». Si non e vero... Mais, alors même qu'il resterait encore beaucoup à dire sur les épineux sujets des vestiges supposés, chez les inspirés, du fonctionnement non subjectivisé d'un hypothétique « homme bicaméral» prémycénien guidé automatiquement par les «voix divines hallucinatoires» de son hémisphère droit (selon les reconstructions aventureuses et les inférences bio-évolutives et culturelles des plus audacieuses de JAYNES); ou encore à interroger l'existence d'éventuelles « hallucinations volontaires », d'abord étudiées par GALTONet retrouvées chez certains artistes (GOETHE, Gustave MOREAU),et encore d 'hallucinations accompagnant la création (BALZAC,FLAUBERT), oire d'auto-observations v de psychiatres (comme celles de QUERCY,qui ne nous livre d'ailleurs que des descriptions assez confuses) ; alors même que, dans l'un de ses ouvrages de voyage au Tibet, Alexandra David-NÉEL nous raconte comment elle s'est entraînée à halluciner un lama imaginaire qui venait ensuite inopportuné19

ment lui apparaître, la ftôler, et dont elle eut beaucoup de mal à se débarrasser, nous quitterons la partie là dessus. Nous allons évoquer maintenant quelques faits des plus étranges. Certains malades, atteints de pathologies diverses, présentent une imperception de leur image dans le miroir, qu'ils interprètent naturellement comme un maléfice, réveillant l'angoisse primitive d'avoir son âme volée ou « mangée». D'autres malades ont une hallucination de compagnon (pourquoi pas d'un bon ange ?). Chez d'autres un double, visible ou invisible, vit la vie du sujet qu'il vampirise. Il peut exister un « double double »: tout cela est diablerie et se retrouve, avec la perte de l'ombre, dans les récits folkloriques, mythiques, religieux, littéraires et désormais cinématographiques. - Une expériellce encore plus bizarre est celle de sortir du corps et de l'observer à partir d'une position élevée. Ceci se retrouve dans de nombreuses conditions morbides, mais prend corps lors du tracé électrique de certaines épilepsies. Nous sommes près, ici, du survol de la transe chamanique. Les expériences d'« excorporation» peuvent être reproduites par stimulation cérébrale du gyrus angulaire, et le vol dans les cieux par ingestion de yagué péruvien. - La décorporation se retrouve, non sans entraîner des conversions spirituelles, dans les états frontières de la mort (en cas par exemple d'arrêt cardiaque, de coma vigile...). Le sujet a pu entendre le « verdict» de sa mort clinique; il se retrouve dans un tunnel, au seuil d'un monde de lumière où il est attendu par des « anges », des chers disparus. Le patient est très déçu lorsqu'il revient à la vie !... Le manque d'oxygél1atÎon cérébrale joue ici un rôle certain en suractivant certains neurones spéciaux (neurones à récepteurs NDMA) qui produisent, avec une libération d'opioïde, un surcroît de souvenirs, et des « visions surnaturelles ». Le sentiment de fusion cosmique est, lui, reproductible par activation électrique de l'amygdale temporale. Les troubles de la 20

vascularisation et des neuro-médiateurs de l'analyseur visuel (dont la partie corticale est en liaison intime avec la circuite... rie de l'imaginaire) sont probablement partiellement responsable du phénomène lumineux. Il est à noter ici que l'ingestion de peyotl produit, avec la décorporation, le tunnel et l'être de lumière: le « mescalito »... Il est alors tentant de déduire de tout cela un « module de Dieu» » ou du « Nirvâna » dans le cerveau temporo-amygdalien. Serait-ce dans les profondeurs du « cortex limbique» que se situerait l'archétype de l'Imago Dei? Ce serait prendre Saint Augustin au mot d'un « Dieu plus intime à moi que moi-même» et « soleil des esprits ». Dans ce contexte observons, sinon un capucin, un membre d'un autre Ordre devant le Pontife. Il baisse la tête, fléchit le torse, prend respectueusement sa main et la baise; alors qu'il se contente de la serrer à un confrère, voire à lui faire simplement un petit signe au passage. Le Pontife manifeste sa mansuétude en apposant la main sur la tête de son fidèle. Vous aurez compris que je parle ainsi de la vie des grands singes! C'est que, déjà, l'anthropoïde a une vie sociale ritualisée dont les schèmes et les mécanismes innés de déclenchement sont inscrits dans le système nerveux. Elle passe par des signes et messages, pas seulement dans la conduite hiérarchique, mais dans toutes les relations de groupe. Les sternes, elles, paraissent avoir inventé, avec l'offrande, une forme de symbolisme. Le mâle offre un poisson à la femelle. Si elle accepte, la conjugalité est scellée. L'important ici, c'est que le poisson est un pur signifiant: il ne sera pas mangé. C'est autre chose que les ripailles de noces chez les Sapiens... Dans le même esprit que l'offrande, les éthologues ont démontré, sur la voie de la symbolisation, l'importance des activités de déplacement qui peuvent être entraînées dans 21

une évolution leur donnant une fonction sociale... Mais nous laisserons là cette passionnante question disputée. L 'ethologie, comme science des mœurs, étant la nouvelle forme de l'étude des instincts, un exposé approfondi se devrait de prendre ici en considération le rôle joué chez l'homme par les avatars de l'instinct, ou de la pulsion sexuelle dans les phénomènes de spiritualité mystique. Les orgies rituelles appartiennent à un passé réel, non seulement fantasmé, et n'ont pas toujours été le fait des seules sectes ésotériques. Le Cantique des cantiques est supposé figurer un symbole vivant pour l'Église. Le culte du phallus, celui de la fécondité, les hiérogamies, sont toujours d'actualité dans les religions de l'Inde, et le «passage à l'acte» copulatoire du yoga tantrique hindouiste ou bouddhiste, avec toutes ses so... phistications techniques et ritualisations, appartient aux voies raffinées de l'extase. L'érotisme sacré devient le chiffie de la fusion avec l'absolu et la sexualité initiatique ouverture à 1'« au...delàdu par delà »... Le temps est alors venu de conclure. L'inventaire ici soumis, non sans quelques simplifications et de nombreuses lacunes n'a, je l'ai dit d'entrée, aucune intention polémique dans mon esprit: que Dieu, ou que la Nature de Bouddha, soient si souvent «en nous)} n'exclut pas que nous soyons « en eux ». Les nouveaux «neurothéologiens» ne rejettent pas que les méditants volontaires utilisent des boucles d'activation neuronale réverbérantes qui leur ouvrent une réalité supra-mondaine, de même que l'usage normal des centres sensoriels nous ouvre au monde (voir la notice en post scriptum). Les expériences transcendantales d'origine pathologique seraient alors à l'expérience mystique ce que I 'hallucination et son objectivation sont à la perception. Et il reste, par ailleurs, loisible de penser que le « saut évolutif» du ritualisme animal au symbolisme du langage humain tient à ce qu'un WHITEHEAD aurait appelé une «décision occasionnelle» de Dieu, et d'autres un «Principe anthropique» 22

de l'Univers... Je suis plus économe dans mes hypothèses, mais n'ai rien contre ceux qui ne reculent pas à payer leur supplément d'âme au prix fort. Je n'ai pas encore suffisamment exploré les sentes et les traverses des sciences profanes et sacrées pour affirmer être arrivé au royaume de l'unique Vérité. Il Y a, pour moi, plus important: psychanalyste, je sais que l'humanité ne vit pas que de pain et de sexe. Mais, aussi, de sublimations et de besoin d'Exemplarité pour passer du régime primaire du déplaisir (ou du plaisir « é-perdu ») au régime secondaire d'un plaisir possible, selon l'épreuve qu'est la réalité. Pire que le refoulement des pulsions, disait FREUD,est celui du Surmoi. Souffrance de l'Idéal ou Idéal en souffrance engendrent la plus noire mélancolie ou des comportements de violence individuelle ou collective. Le monde régulateur et médiateur des Valeurs a une fonction non seulement sociale, mais vitale. C'est la condition incontournable de notre « orthostatisme psychique ». Les incroyants doiv'ent donc, pour le moms, impérativement communier dans une spiritualité laïque. Notice (Post-scriptum) :

La nouvelle catégorie des «neurothéologiens» (dont le représentant le plus en vue est le neuro-radiologue NEWBERG)rejettent, par principe, que les phénomènes de l'expérience religieuse puissent n'être que les effets produits par l'excitation des neurones. Ils insistent sur la normalité mentale et la bonne santé physique de leurs sujets qui se livrent volontairement à leurs exercices spirituels. Il n'en cherchent pas moins la concomitarlce encéphalique de l'état mystique. Dans la technique dite "passive» serait impliqué un circuit réverbérant (ftonto/thalamo/hippocampique ) désaffé.. rentant progressivement l'aire d'orientation (à droite pour l'espace, à gauche pour le corps) qui libérerait des influx vers l'hypothalamus (système nerveux autonome), avec boucle en 23

retour vers le système limbique. Le sujet accéderait ainsi à l'Existence Unitaire (ou à la Vacuité). Les techniques « actives» aboutiraient à l'Union Transcendantale par un circuit légèrement différent. Tout ceci est bien hypothétique! Reste que l'expérience m)'stique semble plus riche, complexe et «/ruitive » que ses analogues morbides. Reste, aussi, qu'une pathologie avérée n'interdit pas une vie religieuse authellti.. queo.. Là, comme ailleurs, le débat doit donc rester ouvert. Bibliographie (K.): Psychanalyse, folklore, religion. Paris, Payot, 1972. AKOUN (A.), (directeur) : L'Anthropologie. Verviers, Marabout Université, 1974. BACHEI~ARD (G.) : L'air et les songes. Paris, Joseph Corti, 1943. La terre et les rêveries de la volonté. Id. 1948. BARRON (F.), JARVIK (M.), STERLING (B.) : "The hallucigenic drugs", in: Altered states of awareness. San Francisco, Scientific American, W. H. Freeman & Co., pp. 97107. BRIERRE de BOISMOND (A): Des hallucinations Paris, Baillière, 1852. CHAIGNET (A.E.) : Vie de Socrate. Paris, Didier, 1868. CHAZAUD (J.) : La souffrance de l'Idéal. Toulouse, Privat, 1979. La Personnalité. Id. 1982. Idées en folie. Paris, L'Harmattan, 1994. DE GREEFF (E.) : Aux sources de 1'humain. Paris, Plon, 1949. DAVID-NÉEL (A.) : Mystiques et magiciens du Tibet. Paris, Plon, 1929. DESOILLE (R.) : Entretiens sur le Rêve .Éveillé dirigé en psychothérapie. Paris, Payot, 1973. DODDS (E.R.): Les Grecs et l'irrationnel. Paris, AubierMontaigne, 1959. 24

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CHAPITRE 2

PSYCHIATRIE

ET SPIRITUALITÉ
par Michel de BOUCAUD

La vie de l'homme est constituée de trois dimensions essentielles que la réflexion de tous les temps n'ont pas cessé d'approfondir: la vie du corps, du psychisme et de l'esprit. La structure de l'homme est faite de la vie somatique, psychique et spirituelle. Les arts, la littérature la philosophie et les sciences se sont toujours intéressés à considérer ces domaines de la personnalité humaine qui font sa structure, sa richesse et sa fragilité. Mais selon les périodes, les mentalités se sont attachées à privilégier certaines dimensions. Et à toutes les époques de l'humanité les diverses formes d'expression des hommes ont toujours pris en compte les dimensions spirituelles. A toutes les époques, les troubles psychiques ont toujours concerné les domaines de la vie corporelle, psychique et spirituelle. Les troubles de la vie psychique sont toujours plus ou moins intriqués au domaine spirituel. Il n'y a pas de cloisonnement dans l'expression des troubles mentaux. Mais il y eut des périodes de l'histoire où cet aspect fut plus méconnu, comme ce fut le cas dans la deuxième moitié du vingtième siècle. Les rapports entre la psychiatrie et la spiritualité n'ont cependant pas cessé de se poser et de s'exprimer. Au milieu des progrès scientifiques considérables de notre époque, le problème ne fait que s'accentuer. Mais il est intéressant de bien préciser les champs de la réflexion pour une approche théorique et clinique approfondie. L'histoire, l'analyse des attitudes contemporaines, les dimensions clini-

ques et les conceptions théoriques seront ainsi les principaux chemins de notre parcours. I Les distinctions fondamentales: Dans la relation entre psychiatrie et spiritualité, il est essentiel de bien définir les concepts et les réalités concernés. La psychiatrie est un art et une science à la fois. Elle est l'art et la science permettant de traiter et de guérir les maladies mentales et les troubles psychiques. Elle est la disci... pline concernant la réalité clinique de la désorganisation de l'être psychique (Henri Ey). Elle considère l'homme malade comme une unité bio-psycho-sociale. Elle cherche à faire la synthèse des nombreuses disciplines nécessaires à la connaissance et au traitement de la maladie mentale, de la biologie moléculaire à la sociologie en passant par les disciplines fondamentales et les sciences cliniques nécessaires à sa compréhension. La psychiatrie prend en compte bien entendu le fait psychiatrique présent en l'homme, mais aussi le fait psychique, la sphère de la perS01llle.« Il n'y a d'être psychique que s'il constitue une personne, et dans un être, le psychique est ce qui, dans cet être, met en jeu une réaction personnelle». (Henri Ev) La psychiatrie prend aussi en compte le fait psychopathologique que }'on considère généralement comme le fait psychique pathologique modélisé. La notion de modélisation lui apporte une spécificité au sein des multiples phénomènes rencontrés dans les désorganisations psychiques. Elle permet de le considérer dans une perspective de généralisation et d'accentuer la dimension du sens existant dans tout phénomène psychique. Au regard de tout cela, la spiritualité concerne la vie spirituelle, ce qui est relatif à la vie de l'esprit en tant que dynamisme de l'âme en le différentiant du corporel et du psychique. Parler de vie spirituelle, c'est considérer }'existence de l'esprit comme une réalité substantielle, selon 28